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LES RAMEAUX

(MOUVEMENTS RÉGIONAUX ET SECTES

Introduction.

« Il existe au sein de toute grande religion une force dissolvante, celle même qui a servi le plus puissamment à la constituer d’abord à la place d’une autre : l’indépendance du jugement individuel » (1). Cette force dissolvante se fit sentir dès que les successeurs de Mahomet eurent oublié son ascendant personnel, dès que des races étrangères converties à l’Islam eurent apporté leur esprit critique dans l’étude de la doctrine.

Les divisions politiques. — Le premier élément de division fut la raison politique. L’Imamat avait été transmis, selon les orthodoxes ottomans, des Arabes aux Turcs par une série d’usurpations qui rompirent l’unité politique et religieuse de l’Islam. Mahomet, en élevant sa famille au premier rang dans La Mekke, avait enlevé le pouvoir à des clans riches et puissants qui, après avoir d’abord vainement lutté contre lui, embrassèrent la nouvelle religion, les uns par conviction réelle,

(1) Guyau, U Irréligion de V avenir, Introd., p. XVIII.

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les autres par ambition raisonnée. Ces clans, semblables à tous les çofs qui se partagent le monde arabe, tirèrent parti de toutes les occasions pour augmenter leur influence, finirent par s’emparer du khalifat, au détriment de la descendance naturelle du Prophète. Tels furent les Omeyyades, tels furent les Abbassides.

Les familles dépossédées du trône s’enfuyaient, allaient chercher refuge dans une contrée éloignée ou dans une province qui leur restait fidèle. L’islamisme, dans son libéralisme, n’avait pas éteint les particularismes locaux chez les peuples soumis et convertis. Les fugitifs étaient accueillis au mieux par ces peuples qui profitaient. de leur arrivée pour affirmer leur vitalité, leur désir d’indépendance, et, sous un prétexte de secours à donner aux princes dépossédés, entraient en lutte ouverte contre le pouvoir central. Des états dissidents se formèrent ainsi : ceux des Alides en Arabie, en Perse, ceux des Omeyyades en Afrique, en Espagne. En même temps, à la faveur des rivalités et des luttes affaiblissantes, les gouverneurs des provinces éloignées fondaient des dynasties d’abord vassales, rapidement indépendantes.

Lorsqu’enfin les Turco-Mongols vinrent porter le dernier coup à l’empire abbasside, lorsque l’Ottoman Sélim se fut emparé de l’imamat, le pouvoir spirituel et temporel des premiers khalifes ne représentait plus qu’un fantôme traditionnel. Les Ottomans se considèrent comme les héritiers du khalifat. Or en dehors de toutes les dissidences arabes, les Turco-Mongols laissèrent aussi dans l’émiettement du khanat, des groupements musulmans sur des terres jamais soumises aux Ottomans. En Chine, en Afghanistan, en Russie, dans l’Inde vivent des communautés musulmanes grandies en dehors de l’obéissance directe à l’imamat. Dans Tinté-

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rieur même de l’empire ottoman, les Arabes refusent au surplus le droit aux Turcs de se parer des trophées de leur victoire militaire.

Il existe donc, en dehors de l’imamat ottoman, une série d’évolutions particulières musulmanes, découlant les unes de l’expansion arabe, les autres de l’expansion turco-mongole.

Les divisions par V esprit et la critique . — Les événements politiques ne furent pas les seuls à rompre l’unité, à diminuer la valeur de l’imamat. L’Islam fut à l’origine une religion de nomades, faite pour des nomades. Lorsque des peuples sédentaires convertis se furent introduits dans la communauté, lorsqu’aux Sémites s’ajoutèrent des Aryens, Hindous, Persans ou Grecs, des Egyptiens, des Berbères, l’influence de l’esprit particulier des races se fit sentir. Les nouveaux venus soumirent à une critique approfondie les préceptes du Coran, les adaptèrent à leurs propres conceptions. « L’extrême simplicité des éléments constitutifs de la religion musulmane, son cadre vaste, flexible et mobile, permit à chacun d’y faire entrer sans le rompre, ses idées, ses convictions, ses espérances, sans trop les violenter, pourvu qu’elles ne tiennent ni de l’athéisme, ni de l’idolâtrie (1). »

Les premiers commentateurs formèrent simplement des écoles rivales ; les philosophes eux durent se soumettre à la discipline générale ; mais une aggravation dans les différences de compréhension se produisit lorsque la critique se compliqua de questions de politique ou de rivalités de races. Il est assez difficile souvent

(1) P. Hugueney, Christus.

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de les séparer les unes des autres. L’apport étranger cause nécessairement dans ces conditions l’apparition de sectes. Ou bien ces sectes sont une sorte de francmaçonnerie, de mutualité, ou bien elles sont la manifestation extérieure d’agitations politiques.

Qu’est devenue la civilisation dite arabe au milieu de toutes ces divergences allant en s’aggravant ? Sous le gouvernement des khalifes arabes, l’apogée de l’empire fut marquée par le développement des études. Mais l’étude des sciences étrangères et profanes, la dialectique, la casuistique marquèrent le commencement du déclin. L’Islam avait porté aux peuples soumis une morale et une loi. L’indépendance reconquise garda la doctrine, mais dans chaque contrée, la civilisation, toujours à base musulmane, devint une adaptation à l’évolution générale des aspirations particulières de la race. De même qu’il existe un art mauresque, un art persan, un art égypto-arabe, de même la pensée, les tendances politiques, obéissent à un idéal local sous le grand voile commun de la religion islamique.

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