I. — Les divergences arabes
Les théologiens musulmans, d’après un hadith de Mahomet, indiquent l’existence de 73 sectes. « Ce chiffre serait une perfection vis-à-vis du christianisme qui n’en aurait que 72, et du judaïsme qui n’en aurait que 71 (1). » Exact ou non, ce chiffre montre que de bonne heure les divisions furent nombreuses dans l’Islam. Le monde musulman s’est toujours divisé en deux grands groupes : les orthodoxes, les schismatiques. Déjà, avant Mahomet, les Arabes se partageaient en deux races ennemies : les Yéménites, parmi lesquels se comptent les Médinois, et les Maadites. Les deux fractions portaient dans chaque région des noms différents : en Syrie par exemple, les représentants du parti yéménite s’appelaient Kelbites, les Caïsites au contraire se réclamaient de Maad (2).
Dès les débuts de l’histoire musulmane, la discussion
(1) Dozy, op. cit ., p. 196. — Dans l’échelle des religions les Musulmans placent toujours dans l’ordre de valeur à leurs yeux : l’Islam, le Christianisme, le Judaïsme.
(2) Y. Piquet.
l’islam et les races
porta sur les droits d’Ali à l’héritage de Mahomet. Maowiya fut soutenu par les Kelbites qui, à Kairouan, en Espagne, en Sicile, rivalisèrent à toutes les époques de l’histoire avec les Caïsites. Ces derniers, appelés aussi Caïsanites, attribuaient à Ali et à sa descendance « une science occulte surhumaine, une connaissance qui, seule, éclaircit le sens intime de la révélation divine, mais qui exige de ses adeptes une foi aussi grande et une obéissance aussi absolue aux dépositaires de ce savoir qu’à la lettre du Coran (1) ». Ces divergences furent l’origine du premier schisme : tous les mécontents se groupèrent autour d’Ali trois fois évincé du pouvoir.
Mais à la suite de l’arbitrage qui donna le pouvoir à l’Omeyyade Maowiya, un certain nombre des partisans d’Ali se séparèrent de lui sous prétexte que ce dernier avait remis à la décision des hommes ce qui ne devait appartenir qu’à Dieu. Au nombre de 12.000 environ, ils « sortirent » donc des rangs des Alides et furent appelés Kharedjites, du verbe arabe « kharadja », sortir.