‹ L'islamisme d'après le Coran l'enseignement doctrinal et la pratiqueChapitre 99 sur 112 · FÊTE EN COMMÉMORATION DE LA GUÉRISON DE MAHOMET · texte numérisé non relu

FÊTE EN COMMÉMORATION DE LA GUÉRISON DE MAHOMET

€ Dans le muis de Safar, Mahomet, l’ami de Dieu, lut malade. La véhémence de la douleur dura jusqu’au treizième jour ; alors seulement elle se calma, et par l’effet de la bonté du Créateur, le Prophète entra en convalescence. D'après ce motif, les musulmans considèrent comme malheureux les treize premiers jours de cettelune. Au treizième, qu’ils nomment /est, « violence, » ils ont l’usage de faire nu nom du Prophète des oblations de pois chiches et de froment qu’ils distribuent ensuite par portions (1). »

dernier mercredi ( Akhir char Sfhamba).

* Le dernier mercredi de Safar est, d’une part, considéré par les scliiiles comme constamment de mauvais augure ; tandis que, de l’autre, les sunnites se réjouissent en ce jour. Les premiers n’osent pas bouger de leur place ; les autres vont se promener çà et là dans les jardins, où l’on tient même des foires et où des spectacles variés charment la vue (2). »

On trouve dans l’Eucologe musulman imprimé, à Calcutta, sous le titre de Hiddyal ul-islâm ou Guide de l’islamisme (3), deux prières particulières à ce jour-là. La première se dit en faisant l’ablution; elleeslainsi conçue :

(t) Biirah Mtira, p. 104.

(2) ld ., ibid.

(3) Hidiiyat ul-ishim, p. 270.

FÊTES UE L'iNDE MUSULMANE. .'Ktô

« Nous nous adressons à loi avec soumission et respect. Tu connais ce qui est dans leurs cœurs. Nous nous recommandons à ta miséricorde, ô le plus généreux des êtres généreux ! »

La deuxième se dit en buvant de l’eau de l’ablution, car il est d’usage de boire un peu de cette eau après s’être purifié (1); elle consiste dans les versets suivants du Coran :

« Salut à vous; entrez avec joie dans le paradis, pour y demeurer éternellement (2). Tel est le discours du Seigneur généreux (3). Salut parmi les créatures à Noé, salut à Abraham, salut à Moïse et à Aaron, salut à Llio (4); paix jusqu’au lever de l’aurore (5). »

« Les Persans, dit Chardin (G), nomment ce mercredi Châr chamba suri, « le mercredi de la trompette, » c’est-à-dire celui de la lin du monde, jour où les quatre grands anges Gabriel, Michel, Raphaël et Azraël sonneront de la trompette pour réveiller les morts. Ils croient ce jour malheureux ; c’est pourquoi ils ne font point d’affaires ce jour-là et ne sortent pas même du logis lorsqu’ils peuvent s’en exempter, appréhendant que tout ce qu’ils pourraient faire n’eùl un mauvais succès. Ils tiennent, à l’occasion de ce mercredi-là, tous les mercredis malheureux; jamais les caravanes ne se mettent en chemin le mercredi, et

(t) Voyez mon ouvrage intitulé : Doctrine et devoirs de la l'eligion musulmane, p. UK.

(2) Coran, XXXIX, 72.

(St Coran, XXXVI, 58.

(4) Coran, XXXVII, 120, 130.

(6) Coran, XCV1I, 5.

(6) Voyages, t. IX, p. 90.

:t;u> iiKi.uiioN musulmane dans l'inuk.

bien des gens ne veulent pas ouvrir leur boutique. »

Du reste, le 28 et le 29 de ce mois, quelque jour qu’ils tombent, sont considérés comme malheureux : le premier, à cause que ce fut à pareil jour que Haçan fut empoisonné par sa femme; le second, parce qu’on suppose que des végétaux nuisibles sont produits en ce même jour (1).

Mois de ttabi I e '-

FÊTE de la moiu du PROPHÈTE (Bdrwin tvafàt, « le douzième de la mort > ).

Le 12 du mois définit’ I er , on célèbre dans l’Inde la fêle de la mort de Mahomet, et ce qu’il y a de singulier, c’est que les Turcs font ce jour-là même la fête du Mewlud ou de la naissance du Prophète (2).

« La lune de Rabi I er , nous dit Javvan, est nommée aussi fin/tnrtu, et par le vulgaire les douze de la mort. Se Ion les sunnites, l’ami de Dieu (Mahomet) quitta ce monde périssable le douzième jour de ce mois (3). Cette affreuse nouvelle s’étant répandue dans le inonde y produisit une consternation générale, et chacun s’empressa d’offrir à Dieu ses vœux et ses prières pour le repos do l’àme du grand Prophète. Ces saints exercices durèrent douze jours, et de là vient sans doute la dénomination de les douze de la mort que l’on donne à ce mois. C’est à l’imila-

(1) Shakcspear, Du t., p. 559.

(2) Mouradgea d'Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, l. Il, p. 359, édition in-8“.

(3) C’est-à-dire le 12 rabi, lcr de la dixième année de l’hégire (8 juin 632 de J.-C.j.

tiun des premiers musulmans que ceux de l’Inde se réunissent à cette époque pour accomplir les mêmes devoirs.

« Toutefois les schiiles (1) soutiennent que la mort du Prophète a eu lieu le 28 de safar (treize jours plus tût) ; il convient de connaître la différence des opinions à cet égard (2). »

Le nom de bahûri, « printanier, » qu’on donne à ce mois dans l’Inde, est la traduction du nom arabe du môme mois Rabi’ qui signifie printemps. 11 est bon de se rappeler ici que l’année des anciens Arabes était solaire et se divisait en six saisons comme celle des Indiens ; de là les noms de premier printemps (rabi’ awwât) et de second printemps ou rabi’ Sâni, donnés aux deux mois de printemps, lesquels désignent actuellement le troisième et le quatrième mois de l’année lunaire musulmane, qui peuvent se trouver dans toutes les saisons de l’année.

L’explication que donne Jawan de l’expression les douze de la mort n’est pas très-claire, mais je n’en ai pas d'autre à proposer. Cette expression se retrouve dans le proverbe fort usité : Le khichrî (3) des douze de la mort est pour aujourd’hui et non pour demain, ce qui indique une abondance qui ne doit pas continuer (4).

(1) Ou imamiens. L’auteur du Bârah Mâça appartenait à cette

secte.

(2) Bârah Mâça, p. 19.

(3) Voyez plus haut en quoi consiste ce mets.

(i) Roebuck, en traduisant ce proverbe par les mots : This in (lie * khirhree of lhe twelfth o( Safar, etc., a commis deux erreurs, la première en rendant incorrectement bârah wafât; la seconde en mettant le mois de Safar pour celui de Rabi' I. (Voyez Oriental Proverbi , part. II, p. 29.)

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RELIGION MUSULMANE U.VNS L1NDK.

Mois de Habi 0*.

FÊTE UE MIHAN-.il.

Ce saint donna son nom à ce mois qui s’appelle eu conséquence Mirân-ji kâ Chând, « le mois de Mirân-ji. »

Mirân-ji est une double qualification honorifique, composée de Mirân, pluriel persan employé par respect et dérivé de mir (pour amîr), mot arabe qui signifie prince, et qui se donne aux Saïyid ou descendants de Mahomet, et de jî, mot hindoustani qui correspond à notre mot monsieur et à l’anglais master ou esquire. Le nom de ce saint, ou, pour mieux dire, celui sous lequel on le désigne spécialement, c’est Muhl-uddin, expression arabe qui signifie vivificalcur de la religion, et qui n’est proprement qu’un titre d’honneur. On fait souvent suivre ce nom de l’épithète de Gaus A'zam, qu’on donne, dans l’Inde, aux grands contemplatifs musulmans qui tombent en extase (1).

Le falilia de ce saint nous fait connaître le nom de son père, de sa mère, et même de ses frères et de sa sœur. Le voici :

« Saïyid et sultan ( i ), laquir et khwâja (3), riche et

(1) Le scheikh Mohammed Gaus est uu des principaux personnages qui ont porté ce litre. Il est enseveli à Goalior. On lit dans l’iiraîsrA-t malifil (p. 74) qu’il pouvait soumettre la planète Mars.

(2) Sultan, qui signifie roi, est, aussi bien que schah, qui a le

même sens, un titre honorifique des derviches ou fakirs. Voyez les Observations préliminaires. ■,

(9) Titre honorifique donné spécialement aux Mogols. (Sh&kespear. Hind. grain., p. 142.)

pauvre, roi et scbaïkh (1), derviche et saint N. S. Mir Mulii-uddin, dont le père est le saïd Salih Zangui, la mère Bibi (2) Fatimah II e , la sœurDlbi Nacibah, elles frères Abd-ulrazzac et Abd-ulwahhab. Que, par son intercession, mes vœux soient exaucés !

« A cette intention, le fidèle récitera la première surate du Coran une fois, la cent douzième quinze fois, et la prière nommée Durûd (3) onze fois (4). »

Le célèbre poète hindoustani Wali a consacré en l’honneur de ce saint un cadcla (5) plein de figures et d’allégories orientales, poème dont les extraits suivants me paraissent propres à être cités :

« L’éclat de l’islamisme vient de toi... j’espère que tu feras toujours briller à mon intelligence le flambeau de la doctrine spirituelle... Muhi-uddin est ton ndm béni et célèbre ; il est lumineux comme le soleil. L’emplacement où s’assemblent les pèlerins autour de ta tombe présente l’image du paradis ; ton regard y fait naître le printemps. La poussière du seuil de la porte de la chapelle où est renfermée ta châsse est préférable au surma d’Ispalian (6); les schaïklis qui viennent y

(1) Tilre honorifique qui signifie proprement vieillard, et qui se donne aussi bien que saiyid aux descendants de Mahomet. Toutefois, on nomme spécialement ainsi les musulmans originaires de l’Arabie.

(2) C'est-à-dire Madame.

(3) • Parole de louange. » Voir 1 ’Eucologe musulman, p. 203.

(4) Hidùyat-ul-islàm, p. 267.

(5) Sorte de poème dont les vers bail sont sur une même riiue. (Voyez Gladwin, Dissertations on the rhetoric of lhe Persians, p. 2.) — Le mot caeida, qui est féminin en arabe, est masculin en hindoustani.

(6) Le surma est un collyre de plombagine, dont le plus estime est celui d’Ispahan.

prier sont sûrs île trouver l’accès auprès île Pieu. Il a été resplendissant dans le monde comme l’astre du jour, celui qui a pu frotter son front sur les traces de tes pieds. Les contemplatifs seuls peuvent comprendre les secrets de les paroles, qu’ils considèrent comme égales à celles du Prophète ou même au Coran (1)... Ton assistance donne la force aux faibles, la richesse aux pauvres. Pourra-t-on en ce monde espérer la guérison, si Hippocrate ne reçoit sa science de loi? Tu as eu dans l’ordre des choses possibles le cachet de la puissance, sans qu’aucun obstacle soit venu t’arrêter. Un simple doute énoncé par toi a la valeur d’un axiome, parce que tu participes aux secrets de Dieu. Comparés à toi, Platon et Avicenne ne sont que des enfants... Que les juifs et leschétiens expriment à l’ envi leur dépit contre celui qui te chantera ; pour moi, je serai glorifié dans les deux mondes si tu acceptes le cacîdu de Wali, quelque indigne de toi qu'il soit. Tous ceux qui entendront les vers que je te consacre en seront charmés, comme ils le sont de ceux d’Anwari et de Khacâni (2).

Voici textuellement ce que dit Jawan (3) sur la fête de ce saint fameux :

« Le mois de rabi 2' est aussi nommé par le peuple lune de Mirân-jî. La raison en est qu’on célèbre le 1 1 de ce mois la commémoration de la mort d’un grand saint musulman qui a tracé les règles de conduite des pirs et celles de leurs disciples, et par qui un monde entier

(1) On sait que les musulmans le regardent comme la parole de bieu.

(2) Célèbres poètes persans.

(3) Bdrali Mdça, p. 24.

est comblé des faveurs célestes. En ce jour, les musulmans de la classe des schaïkhs et quelques schiiles se réunissent auprès de son tombeau, et là, ils adressent à Dieu des vœux, tant pour le spirituel que pour le temporel. Ils récitent le fatiha de ce saint sur des mets et des oblations de sucreries qu’ils distribuent ensuite poliment aux assistants. Avec les contemplatifs qui sont dévots à ce saint ou même qui font partie de l’ordre religieux à la tête duquel il est placé, se trouvent nombre de musiciens et de chanteurs musulmans qui ajoutent par leur talent à l’éclat de cette fête ; bien plus, de jeunes bayadères viennent l’embellir par le charme de leurs attraits et la grâce de leurs danses (1). Tout ce monde est donc réuni là le 11 derabi 2 e , et y forme un coup d’œil enchanteur. D’un côté on voit les préparatifs du banquet formé des offrandes faites au saint, de l’autre les démonstrations de respect religieux des troupes de danseuses. Les musiciens jouent du Dholliî (2) et du Saranguî (3), et battent la mesure en levant la main; les chanteurs prononcent ces mots cadencés : Oh! oh ! pauvre pir persécuté par un roi (4). En cet instant, les gens qui prennent part au banquet paraissent tous dans l’agitation et le trouble. L’un, hors de lui, tombe se roulant sur la terre comme un animal qu’on va sacri-

(1) Afsos ( Araisch-i mahfil, p. 110), parlant du tombeau du schab Arzan, situé près d’Azim-abad (Patna), dit aussi qu’il s’y rend tous les jeudis, avec une grande quantité de peuple, beaucoup de courtisanes et des bayadères qui exécutent des danses jusqu'au milieu de la nuit.

(2) Sorte de petit tambour.

(3) Sorte de violon.

(4l Allusion peut-être à ce qui sera dit plus loin.

fier ; un autre paraissant dans l’aflliction ne cesse de pleurer ; il pousse de longs gémissements ou exhale de froids (1) soupirs. Celui-ci, la tète courbée, fait entendre le cri perçant de Ilït (2) ; celui-là parait avoir renoncé à la vie ; il tourne autour d’un autre individu et bientôt tombe à ses pieds. Tant que durent ces actes, les assistants ne quittent point la place, persuadés qu’il faut rendre aux saints leur culte d’uno manière complète: ils ne so retirent que lorsque tout est terminé. Telle est en général la manière dont on célèbre les fêles des saints auprès de leurs tombeaux. »

Malgré tout ce qu’on vient de lire sur Téminonte sainteté de Muhî-udilîn et sur la dévotion qui préside à sa tête, Roebuck, dans ses Oriental proverbt, donne sans citer, il est vrai, aucune autorité, une note sur ce saint où il est représenté comme un licencieux scélérat. Mais celte note a plutôt l’air d’un conte des Mille et tmc Nuits que de toute autre chose ; au surplus, la voici :

« Miran-ji, autrement dit Scltaïkh Saddo, vivait à Sambhal dans le Ilubilkhand, d’autres disent à Amroha dans la province do l)ehli. 11 prétendait avoir une grande habileté dans l’art de faire des amulettes et de dire la bonne aventure, ce qui se nomme Jlm-i laksir (3). Un jour un paysan trouva, en labourant, une lampe à quatre mèches qui avait été fabriquée par un fameux magicien

(1) Nous mettrions brûlants au lieu de froids ; mais à raison do sa singularité, je laisse cette épithète, qui accompagne souvent le mot soupir en persan et en hindouslani.

(2) Mot arabe, qui signifie proprement lui, et qui sert aussi à désigner Dieu, comme c’est ici le cas.

(3) C’est-fi-dire « science du calcul par les chiffres. »

FÊTES DE L’iNDE MUSULMANE. IU3

des temps anciens, à laquelle était attachée une propriété telle, que toutes les fois qu’on l’allumait, quatre génies ou esprits familiers, prêts à exécuter les ordres de celui qui l’avait allumée, paraissaient à ses regards, mais restaient invisibles aux autres personnes. Ce paysan donna au Schaïkh la lampe merveilleuse. La première fois que celui-ci l’alluma, il fut alarmé A la vue des génies et tâcha d’éteindre la lampe ; mais les esprits l’informèrent qu’étant une fois appelés ils ne pouvaient se retirer qu’après avoir reçu quelque ordre à exécuter. Le Schaïkh étant d’un naturel lascif, leur ordonna de lui amener une belle femme qu’il avait vue dans un pays éloigné, ce qui fut fait aussitôt. La femme, qui était d’un haut rang, fut très-étonnée et saisie de crainte de se trouver dans un lieu inconnu avec un étranger. Toutefois, tandis qu’il allait par force ou par persuasion satisfaire ses désirs impurs, un des génies l’informa qu’ils ne continueraient à lui obéir que tant que ses actions resteraient dans les limites de la vertu, et que, s’il venait à les dépasser, ils le mettraient à mort. Il renonça pour le moment à son projet ; mais la même chose se répéta plusieurs fois, et à la tin la violence de sa passion l’ayant emporté sur la crainte, il satisfît, ses désirs et fut conséquemment mis à mort par les génies. D’autres disent qu’il se fit ainsi amener plusieurs femmes et en jouit, mais qu’à la fin, ayant envoyé prendre la fille de l’empereur de Constantinople, cette princesse connut le nom du Schaïkh et celui de sa ville, et qu’en ayant informé son père, celui-ci écrivit au souverain de Dehli qui envoya des gens mettre à mort le Schaïkh ; puis ils remplirent de terre la lampe et la jetèrent à la rivière.

* Ce scélérat eut néanmoins la réputation d’un saint et même d’un prophète, à cause du pouvoir surnaturel qu’il mit en œuvre par l’entremise de ses esprits familiers, et un superbe Dargâh, * châsse, » est élevé à sa mémoire à Amroha. Après sa mort, on dit qu’il est devenu un puissant esprit ou Jinn qui, dans l’occasion, inspire les hommes, mais particulièrement les femmes, en les douant de la connaissance de l’avenir et d’autres pouvoirs surnaturels. 11 y a aussi d’autres esprits de Pirs défunts qui exercent un semblable pouvoir, tels que ceux de Dariyâ (1), de Zaïn Khan, etc.; mais comme ils sont d’un rang inférieur à celui de Mirân-ji, ils se retirent lorsqu’il se présente. Ile là vient le proverbe: « Lorsque Mir vient, le Pin se retire (2), » proverbe usité pour dire que, lorsque le chef se montre, les agents inférieurs doivent lui céder la place (3). j>

Mois de Jumazi hr

FÊTE UE MAhAH.

Madar est le plus célèbre des saints musulmans de l’Inde ; les Hindous s’unissent à ses coréligionnaircs pour lui rendre le culte que les catholiques nomment de dulie. L’enthousiasme qu’il y inspire a propagé ce proverbe souvent cité: Quel dommage Madar cprouvcrat-il, si Schuja se rend à Ajmir (4)? Il a établi un ordre

(t) Ou Daridyi. Voyez dans la seconde partie l'article sur ce saint personnage.

(2) Oriental proverbs, partie II, p. 26.

(3) Oriental proverbs, partie 11, p. 27.

(i) Roehucli, Oriental proverbe, 11, p. 2. A la lettre: Anpilus

FÊTES llE L'iNDE MUSULMANE. Hiô

de iaquirs qui s’appellent de son nom Madariali et aussi, à ce qu’il parait, Tabacâliyah (1).

« Le Saïyid Badî-uddin (2) Kotbal Madar était fils dn Saïyid Ali d’Alep, fils du Saïyid Baha-uddin, fils du Saïyid Zahir-uddiu, fils du Saïyid Ahmad, fils du Saïyid Mohammed, fils du Saïyid Ismaïl, fils de l’Imam Jafar Sadic, fils de l’Imam Mohammed Bakar, fils de Zaïn ulahidin, fils de l’Imam Huçaïn, fils du prince des croyants Ali.

« 11 naquit à Alep en 442 (1050-51), fit le pèlerinage de la Mecque et de Médine à l’âge de cent ans, et reçut de Mahomet la permission de retenir son haleine (3). Sous le régne du sultan Ibrahim Scharqui (Slicrkey), Mahomet lui ordonna de résider au village de Makanpur (4), qui était désert à celte époque à cause d’un mauvais génie nommé Makan-déo qui y portait la déso-

partium genitalium iladari evulsus erit, si, etc. Le mot schujà signifie proprement brave; mais il est ici employé pour désigner un individu indéterminé, dans le même sens qu’on emploie zaîd en arabe. Ajmir est l’ancienne capitale de la province de ce nom, ville où est enseveli Muin-uddin, autre saint célèbre, dont il sera parlé à l’article suivant.

(1) Observations on the musulmauns of India, II, 31 K; Dabistan, Traduction Troyer, II, S’il ; Sicé, Lois musulmanes, p. IK.

(2) C'est-à-dire la merveille de la religion, et non Iladr-uddin, comme on l’a imprimé dans les Oriental proverbe (II, p. 219), ce qui siguifierait la lune de la religion.

(3) Habs-i dam, pratique à laquelle les Iaquirs se livrent, la considérant comme un acte religieux et comme un moyen de prolonger la vie, d’après le principe que chaque homme a un nombre déterminé de respirations à prendre, et qu’ainsi plus lentement il respire, plus longtemps il vit. (Shakespeare, Uict., p. 365.)

(4) Village près de Firozahad, province d’Agra. (Carey, Map of Ihndooslun.)

:H6 religion musulmane dans l’inde.

lation. Madar y alla, renferma le génie (1), rendit ainsi ce lieu habitable, et le nomma Makan-pur ou ville de Makan, nom qu’il a conservé. Ce prophète (2) passa là son temps dans des exercices religieux. Il avait aussi le pouvoir de faire des miracles, ce qui fut bientôt connu dans l’Hindouslan ; aussi alla-t-on le visiter de toutes parts. Il eut quatorze cent quarante-deux ( fourteen hundred and forty two ) fils, trois desquels naquirent d’une môme mère. Il mourut le 7 jumazi 1 er 837 (20 décembre 1433), et à cause de sa grande réputation de piété, et du pouvoir qu’il avait de faire des miracles, l’anniversaire de sa mort a été célébré depuis ce temps par une réunion à Makan-pur. Ce prophète était Agé de trois cent quatre-vingt-quinze ans neuf mois et vingt-six jours. Son tombeau fut élevé par le sultan Ibrahim Scharqui. »

La notice qui précède est due à un fakir madarien, c’est-à-dire de l’ordre de Madar, nommé Karim-uddin. Lord Valentia l’a insérée dans ses Voyages, tome I, page 477 ; mais elle n’a pas été traduite dans l’édition française de cet ouvrage. Cette notice parait exacte quand au fond, si l’on a soin de faire la part de l'enthousiasme qui a dirigé la plume de l’écrivain. Elle coïncide, pour la généalogie et le lieu de naissance, avec le fatiha de ce saint, fatiha qu’on récite sur son tombeau et qui est conçu en ces termes:

(!) De là peut-être le proverbe Se h ait Madar, frappe le faible, pour exprimer quelqu'un qui tyrannise ceux qui ne peuvent lui résister, mais qui n’ose pas attaquer ceux qui sont plus forts que lui. (Itnebuck, Oriental proverbt, II, 96.)

(2) L’enthousiasme envers Madar le fait considérer comme tel.

FÊTES DE L’INDE MUSULMANE. Ml

« Par l’dme pure du pivot (1) des contemplatifs et des spiritualistes : le foyer des lumières et des plaisirs célestes ; le centre des bienheureux pirs ; à savoir le pir Badî-uddin Ziiulah Schah Madar (que Dieu sanctifie son précieux tombeau); par Pâme pure de son père Ali Ha* labi (2) et de sa mère Bibi Khds ulmulâk (3), connue sous le nom de Bibi Hazira (je demande à Dieu une telle grâce).

c Le fidèle lira à cette intention le premier chapitre du Coran, une fois: le cent-douzième, trois fois ; et la prière Durud, trois fois. »

Les mille quatre cent quarante-deux enfants sont, sans nul doute, des enfants spirituels ou des disciples ; cela ne peut faire de difficulté. Quant à la prétendue longévité de Madar, qui, selon son biographe, fut tle quatre siècles, elle tient à l’idée dont il a été question sur l’art de retenir son haleine, et à ce que, l’époque de sa naissance n’étant pas connue, on s’est plu à l’éloigner de l’époque de sa mort qui est la seule certaine, car on aime à trouver dans les saints personnages des perfections qui ne sont pas dans les autres hommes. Il sera plus loin question d’un autre saint qui a vécu, à co qu’on dit, plus de trois cents ans.

Je dois actuellement entretenir le lecteur de la fête établie en l’honneur de Madar ; voici en quels termes en parle Jawan (4):

(t) Madar. L’auteur joue sur ce mot, qui est le nom propre du saint dont il s’agit, et qui signifie pit’of, foyer, centre, etc.

(2) Le texte porte chalabi, mais je pense que c’est une erreur et qu’il faut lire halabi ou d’Alep.

(3) A la lettre : fa famille des rois.

(A) Bdrah Mû ça, p. 33.

348 RELIGION MUSULMANE DANS L’iNLlE.

« Les gens du peuple, et surtout les femmes, donnent ordinairement le nom de Madar à la lune de Jumazi I er . Or, Madar est le surnom du saint désigné par les gens distingués sous le titre honorilique de Baili-uddin, mais plus connu sous le nom de Madar. On se sert aussi de piques pour cette solennité. Ceux qui veulent prendre part à la fête en plantent dans leurs villes respectives : cependant des musiciens se présentent battant une sorte de grand tambour ( dhol ), tandis que des fakirs dansent en criant: ô Madar; bien plus, ils traversent, en chantant les louanges de ce saint célèbre, des feux allumés exprès.

« Le tombeau de Madar est à Makan-pur. Le 17 de jumazi 1 er , jour fixé pour la fête de ce saint, ses dévots s’y rendent des lieux les plus éloignés. Une foule immense remplit le village ; des piques sont dressées de tous côtés, et, dans la nuit, une immense quantité de lampes et de lanternes dissipent l’obscurité. Ensuite on transporte toutes les piques au tombeau de Madar, oit chacun vient pour demander une grâce ou pour exprimer un vœu. v

Dans la citation qui précède, nous voyons un nouvel exemple de l’adoption des cérémonies et des usages indiens dans le culte musulman. Celte course à travers le le feu est évidemment empruntée aux Hindous, chez qui il y a même une fête dont le rit principal consiste h traverser cet élément qu’ils ont déifié sous le nom d’Agtii; cet acte se nomme dhammâl (1).

« Le tombeau de Madar est placé au milieu d’un grand

(1) Shakespear, Dict . , p. 427.

FÊTES UE l'inde musulmane. 349

édifice carré à chaque face duquel il y a une fenêtre qu’on ouvre de temps en temps. Il est de la forme ordinaire et couvert d’une étoffe d’or. Au-dessus est un dais de même étoffe qui est parfumé avec profusion d’essence de roses (1). »

Une pierre est, dit-on, suspendue sur cette tombe par des moyens inconnus. De là le proverbe : « Pour une rangée de briques, il faut le souille de Madar (2), » pour indiquer quelqu’un qui entreprend quelque chose d’extraordinaire sans (aire attention à son incapacité.

Afsos entre dans plus de détails queJawan. « C’est, ditil, à Makan-pur, village du district deCanoje, que se trouve la châsse du saïd Badi-uddin, connu sous le nom de Scha h Madar. Ce personnage est généralement très-vénéré, surtout par les gens du bas peuple ; car les faquirs qui appartiennent à sa lignée religieuse peuvent être rangés aussi dans cette classe, attendu qu’ils sont pour la plupart fort ignorants. Du reste , les faquirs nommés azâd, « indépendants (3), » assurent que cette descendance spirituelle n’est pas bien établie. Quoi qu’il en soit, les stupides dévots à ce saint ont adopté la couleur noire comme signe distinctif. Ayant donc attaché à des piques dorées des drapeaux noirs, ils parcourent souvent les rues des villes munis de ces étendards et faisant un grand bruit. Cette procession tumultueuse a surtout lieu dans le mois de jumazi 1 er . Chaque année,

(1) Voyages de Valentia, Irad. franç., I, 3X5.

(2) Roebuck, Oriental proverbs, part. II, p. 219. Voyez plus loin l’explication de cette expression.

(3) Ils se rasent la barbe, les sourcils et les cils, et font vœu de chasteté. (Shakespear, Dict., p. 38.)

à celle époque, une quantité considérable d’hommes et de femmes, généralement des classes inférieures, se rendent des lieux les plus éloignés au village de Makan-pur. Ayant à leur tôle des faquirs de l’ordre de Madar, les pèlerins marchent en corps portant la plupart des étendards tels que nous venons de les décrire, et quelques-uns jouant de l’instrument nommé rabab (1). On nomme cette procession chari (2), ce qui indique qu’on y porte des piques, et on lui donne aussi la dénomination générique de medni (3). Les pèlerins restent pendant plusieurs jours auprès du tombeau du saint, occupés à présenter leur vœux et leurs oblations; et lorsque le 17 du mois est passé, ils retournent dans leurs pays respectifs.

« L’usage d’aller en pèlerinage à Makan-pur est assez ancien ; mais on ignore complètement quel est celui qui l’a établi. Toutefois il est à présumer qu’il est dù à des gens ignorants et de basse condition, comme l’indique la foule méprisable qui s’v rend et qui s’imagine que ce pèlerinage est préférable à celui de la Mecque. Au surplus, on ne peut, par tout ceci, se former une opinion motivée sur la sainteté vraie ou fausse de Madar.

(1) Sorte de violon, d’où dérive le nom de rabdbiyah, qu’on donne en barbarie aux femmes qui dansent au son de cet instrument. Ile ce mot, les habitants des ports de la Méditerranée ont fait rababeou, rababelle, « extravagant, extravagante. »

(2) Nom de l’espèce de pique qu'on porte à la procession des dévots de Scbah Madar, et dans d’autres processions analogues. Ue là, ce mot indique cette procession même. Ces piques se nomment aussi jhanda, et cette procession Madar Jhanda. (Asialic Journal, N. S., iv, 75.)

(3) Corps de pèlerins allant visiter le tombeau d’un saint. (Voyez les Observations préliminaires.)

Le cazi Nur-ullult Sosatri le place parmi les schüles uu imamiens (1), dans son ouvrage intitulé Majalis ulmuminin (2); mais Dieu seul sait au juste ce qui en est (3). »

Comme on le voit dans la notice qui précède, Madar est le patron d’un ordre de faquirs qui portent le nom de Madariyah ou Madar panthi, a sectateurs de Madûr, » et même de Dafâli, « tambourineurs (4). » Ces derviches ont plusieurs traits de ressemblance avec les Sanniaci hindous. Comme eux ils vont presque nus en toute saison et ont leurs cheveux tressés ; ils se frottent le corps avec de la cendre de bouse de vache, et portent des chaînes de fer autour de leurs reins et à leur cou (5). H. H. Wilson assure qu’ils sont sunnites (G) ; la couleur noire qu’ils ont adoptée pour leurs drapeaux en est effectivement une preuve, car le noir est la couleur des sunnites, tandis que le vert est celle des imamiens ou schiites (7). Toutefois, Madar descendait d’Huçaïn, ce qui parait prouver qu’il était schiilc, et en effet, Afsos nous apprend qu’il a été considéré comme tel dans un ouvrage qu’il cite. Selon le même Wilson, la principale pratique des madariens consiste à faire usage du Ban g (li-

(t) L’auleur de cette notice était de cette secte. (Voyez les Obsei e allons préliminaires .)

(2) Assemblées des croyants.

(3) Aràisch-i mahfil, p. 70.

(4) Parce qu’ils se servent de l'instrument nommé da/la dans leurs cérémonies religieuses. (Obs. on Ihc mus. of India, II, 318.)

(5) Asialic Journal, N. S., tv, 76.

(6) Asiatic Journal, N. S., tv, 75.

(7) Asiatic Journal, N. S., tv, 75. — De Sacy, Chrestomalliie ar., t. 1, p. 4!), nouvelle édition.

queur enivrante tirée des feuilles de chanvre qu’on nomme irarac khiyâl, « feuille d’imagination, » ou de l’exsudation de ses (leurs), dans l’espoir de se procurer des visions. Selon lui, tout en admettant la mission divine de Mahomet, les madariens n’ont pas une grande vénération pour son titre de prophète et montrent pende respect envers ses institutions. D’après leurs légendes , Mahomet n’a eu d’accès au paradis que par la vertu des mots Dam Madar, < le souffle de Madar, » qui est la devise de la secte et ;\ laquelle la tradition attribue plusieurs effets miraculeux. Ces mots Dam Madar sont aussi une sorte de cri de guerre parmi les musulmans, souvent employé par les soldats au moment de l’attaque (1).

Mois île Jumaxi 2*.

FÊTE DE MUÏN UhDlN CHISCHTI (*).

Ce saint est un des plus célèbres de l’Inde musulmane, et son tombeau est encore aujourd’hui constamment entouré d’une foule de pèlerins, même hindous. Quelques-uns poussent le fanatisme jusqu’à prendre une pierre ou une brique de l’édifice. Ils emportent ces débris et le placent dans leur maison, qui devient ainsi à sou tour un lieu de pèlerinage par suite de la possession de cette précieuse relique. Mahaji et Daulat Kao

Q) Asialic Journal, N. S. lv, 75; Asialic Researches, t. XVI, p. 135.

(2) Ce sainl est probablement le môme que M. E. Sicé ( Lois musulmanes, p. 18) nomme Schéh-ulhamid Kaderwalî, et de la mort duquel on célèbre 5 Pondichéry l’anniversaire le 10 de jumazi 2*.

FÈrES DE L'INUE MUSULMANE. 3Ô3

sindia, quoique Hindous et fidèles observateurs du culte brahmanique, firent de riches présents au tombeau de ce saint, ainsi qu’aux prêtres musulmans ou Pir Zada (1) qui y étaient attachés (2).

f Le mois de jumazi 2«, ditjawan (3), est ordinairement nommé par les gens sans instruction Khaja Muïn-uddin, du nom d’un saint musulman trés-célèbre, le Khaja Muïn-uddin Chischli, qui mourut en ce mois. Le tombeau de ce personnage distingué est à Ajmir. C’est là que, suivant ce que j’ai entendu dire, les arcs des rois se tendent d’eux-mêmes. La cérémonie des piques a également lieu pour ce saint ; partout chacun s’empresse de les disposer. On se fait surtout un devoir d’aller à cette époque en pèlerinage à Ajmir, et si on ne peut s’y rendre, on dresse au moins des piques, t

Laisons parler actuellement Afsos (4):

« Le Khaja Muïn-uddin Chischli , dit-il, l’essence des contemplatifs, était fils de Gaiyds-uddin Chischli, de la race d’IIuçaïn, et par conséquent saïyid. Il naquit dans I eSejestun en 537 de l’hégire (1142-43). Quand il fut -âgé de quinze ans, il eut le malheur de perdre son père; mais le spiritualiste Ibrahim Candùzi le prit en amitié, lui fit sentir l’importance de la doctrine spiritualiste et le détermina à chercher le chemin de la contemplation. Il ne tarda pas à se plonger dans la dévotion la plus fervente et les pratiques d’austérité les plus

(1) A la lettre, fils dep/r.

(2) Hamilton, East-India Guzelt., t. I, p. 28. •

(3) Bdrah Mdça, p. 38.

(V) Ardïsch-i mah/il, p. 150.

■ iô4 liELlGION MUSULMANE DANS LINDE.

rudes. A vingt ans il retira des avantages religieux de ' la société du Schaïkh Abd-ulcadir Guilâni (1). Ensuite, comme le sultan Schihab-uddin Guri conquit l’Ilindoustan et vint à Dehli, alors Muin-uddin, résolu de vivre dans la retraite, se retira à Ajmir, où un trèsgrand nombre de personnes parvinrent, en suivant ses avis, à leur but spirituel. H y mourut le samedi 6 rajah C36 (12 février 1239), après avoir vécu quatre-vingtdix-sept ans solaires. Son tombeau se voit encore aujourd’hui dans cette ville sur le bord du Jahlara, où il attire habituellement un grand nombre de pèlerins. Tous les souverains qui ont régné sur l’Inde, depuis la mort de ce grand personnage, n’ont pas manqué de déposer des oblations sur ce tombeau vénéré. On peut citer en particulier Jalal-uddin Mohammed Akbar (2), monarque extrêmement religieux, qui alla plusieurs fois à pied d’Agra à Ajmir visiter le tombeau de ce saint et celui du Saïyid lluçaïn Machhadi , surnommé Khinj sawûr (S). Ce dernier était sans doute sebiite, et Mu'in-

(1) C’est-à-dire de la province de Guilan eu persan, d’où se forme guiUtni. En arabe, celte province se nomme JîUin, d'où dérive jiltini, qui est synonyme du premier mot. Voyez dans la seconde partie de ce mémoire l’article consacré au saint personnage dont il s’agit.

(2) L'auteur veut parler ici du grand Akbar, que le Père Catrou, dans son Histoire du Mogol , nous représente presque comme chrétien. Suivant cet écrivain, Akbar ne croyait pas à sa religion, et protégeait ouvertement le christianisme, il avait fait élever dans son palais une statue à la Sainte-Vierge. Je crois qu’en général il faut recevoir avec défiance les assertions du P. Catrou, qui parait avoir eu pour but principal, en écrivant son ouvrage, de donner de l'importance aux travaux apostoliques des Pères Jésuites dans l’empire du Mogol.

(3) C’est-à-dire monte sur un cheval boiteux.

uddin l’était aussi très-probablement, ainsi que le don. nent à entendre quelques vers qui restent de lui, vers où respire l’amour du saint amir Ali. »

Le pèlerinage d'Akbar avait un motif que n’indique pas Afsos, mais que les mémoires de Jahanguir (sultan Salim) nous découvrent. « Jusqu’à ce que mon père eût atteint l’âge de vingt-huit ans, y est-il dit, il n’avait eu aucun enfant qui eût survécu à sa naissance au-delà d’une heure astronomique ; et cette circonstance était pour lui le sujet d’une profonde affliction. Aussi offrait-il au trône de la toute-puissance de nombreuses et instantes supplications afin d’obtenir à cet égard l’objet de ses vœux. Tandis qu’il languissait dans cet état d’anxiété, un de ses amirs, qui connaissait le respect sans bornes qu’il portait aux derviches et la confiance qu’il avait dans l’influence des hommes de cette classe, lui dit un jour que, près de la sépulture du respectable Muïn-uddin Chischti, à Ajmir, résidait un Pir ou saint reclus, distingué parla pureté de sa vie et de ses mœurs, en quoi, disait cet amir, il n’avait pas son égal, non seulement dans l’Inde, mais dans le monde entier. Dans la chaleur de son zèle et de son espoir, mon père déclara que, si la Providence lui accordait un enfant qui survécût, il ferait à pied tout le chemin qu’il y a de la capitale, c’est-à-dire d’Agra à Ajmir, distance qui n’est pas moins de cent quarante kos, dans la seule vue d’aller porter ses vœux et ses offrandes au tombeau du saint personnage. Comme la résolution de mon père partait d’un cœur sincère, six mois précisément après la mort du dernier de mes frères morts enfants, le vendredi 17 de rabi 1 er de l’an 078 de l’hégire (18 août 1570),

le Très-Haut lit entrer sur la scène île l’existence l’humble auteur de ce récit.

«t Fidèle à scs engagements, mon père, dont le séjour est à présent dans les demeures célestes, accompagné de quelques-uns des amirs les plus considérables de sa cour, partit d’Agra; et faisant route à pied à raison de cinq kos par jour, il se présenta lui-même, à son arrivée à Ajmir, devant la tombe qui renferme les restes de Muïn-uddin. Quand il se fut acquitté de ses dévotions, il se mit sur-le-champ en devoir d’aller trouver le derviche à la piété et aux mérites duquel il était redevable d’avoir obtenu l’objet de ses ardentes supplications. Le pieux reclus se nommait Schaikh Salîm ; et mon père s’étant rendu à sa demeure me mit entre ses bras, le suppliant de prier Dieu pour la conservation de

ce cher enfant • Puisque vous avez remis cet enfant

entre mes bras, dit le derviche, je le nomme Muhatnmed Salim. Mon père, acceptant ces témoignages d’intérêt de la part du derviche, comme d’heureux augures trèsfavorables à ses espérances, retourna à sa capitale, d’où il continua à entretenir ensuite, durant l'espace de quatorze ans, une correspondance et des rapports trèsintimes avec ce saint reclus (1). »

Le lieu où résidait Schâh Salim était un village nommé Sikri, devenu depuis ce temps une ville appelée Falhpur-Sikri (2). Sur ce rocher, le plus élevé des montagnes

(t) J'ai emprunté ces lignes à l’article que l'illustre orientaliste de Sacy a donné sur la traduction anglaise des mémoires de Jahanguir, par D. Price. (Journal det Savants, 1830, p. 362 et suivantes.)

(2) < Sikri, dit Afsos, était un village à douze kos d’Agra. Akbar y bi'itit un château de pierres, par l’ordre du schaïk Salim Cbichti,

qui l’environnent, on voit encore le tombeau du saint au centre d’une place entourée d’arcades majestueuses (i).

Les membres de la lignée à la tête de laquelle est placé Muïn-uddin se nomment Chischtiyah. On en trouve surtout en Afganistan et au Penjab. Salim Chischti appartient à cette même lignée, ainsi que plusieurs autres personnages renommés par leur sainteté, parmi lesquels on distingue le Saïyid Schàh Zuliûr, sur qui on trouvera une notice dans la deuxième partie de ce mémoire.

A l’exemple d’Akbar, le célèbre Haider appela son second fils Tippou (2) sullan, du nom d’un pir vénéré dans le Carnatic et pour qui il avait une dévotion particulière (3).

Mois de Rujab.

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