CONCLUSION
La religion n'est plus, si toutefois elle Ta jamais été, la cause principale de la transformation sociale d'un peuple. Son rôle se borne à servir de frein ou d'excilant, suivant les circonstances. Elle crée sans doute des mouvements d'opinion et les arrête quand elle le juge nécessaire, mais, aussi bien dans un cas comme dans Tautre, elle agit surtout sous la pression d'événements à la production desquels elle est presque toujours étrangère. Sa véritable force n'existe, semble-til, qu'autant qu'elle est à Vetat naissant; alors seulement elle exerce une véritable action personnelle sans laquelle, du reste, il lui eut été impossible d'assurer son existence.
A ce moment, la foi est capable de transporter les montagnes, suivant l'expression consacrée. Cependant même alors qu'elle tient le mieux les esprits en sa puissance, elle ne fait en réalité que s'approprier les anciennes coutumes enlesmodiQant d'une façon insensible, les débadtisant, pour ainsi
dire, plutôt que les transformant. Plus tard, elle en est réduite à devenir le satellite de la politiijue si elle veut conserver sa puissance originelle.
Ainsi par exemple, Mahomet a fait tous ses eiïorts pouraméliorer la condition de la femme arabe ; il lui a assuré un douaire quand elle se marie; il lui a octroyé une part convenable dans la succes^sioo de ses parents; il a recommandé d'avoir pour elle des égards et des ménagements. En théorie, ces réformes devaient donner à la femme une situation supérieure à celle des femmes de cette époque, et pourtHiil, en fait, aucune amélioration réelle ne s*est produite, les mœurs étant, sous ce rapport, restées, à peu de chose près, les mêmes que pendant la période autéislamique.
Il en a été tout autrement quand la religion a prêté son concours à Tœuvre politique pour faire de musiques tribus isolées, souvent ennemies les unes des autres, une véritable nation nouvelle qui devait étendre au loin son empire. Les deux forces se sont alors prêté un appui mutuel dans une mesure qu'on ne saurait exactement évaluer ; mais il semble ce[}eiidant que la part de la politique a été le plus souvent prépondéranle ou, pour mieux dire, que les intérêts matériels étaient plus impulsifs que les intérêts religieux.
Aussitôt après la mort du Prophète, le souci des biens de ce monde contrebalance celui du s^lut éternel et, dès la mort d'Omar, l'équilibre se trouve
définitivement rompu ; la politique prime la religion et s'en sert corn me d'un vigoureux levier pour favoriser ses desseins à Textérieur ou d'un bouclier impénétrable pour se défendre contre ses ennemis intérieurs.
L'avènement des Oméyyades qui, aux yeux de certains fidèles, avaient usurpé le pouvoir souverain, afiaiblit singulièrement l'influence de la religion. Le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel restèrent bien dans une même main, mais ce dernier seul avait conservé toute sa plénitude, l'autre n'étant plus reconnu que par une fraction des fidèles. Cet affaiblissement de l'autorité spirituelle, ainsi battue en brèche, ne pouvait que s'accentuer de jour en jour, jusqu'au moment où les Abbassides, réduits à abandonnera d'autres l'autorité politique, disparurent pour toujours sans laisser d'héritiers de leur papauté musulmane.
Depuis ce jour, les rôles furent pour ainsi dire intervertis d'une façon définitive. Les divers chefs d'États musulmans se disputèrent le titre du Khalifat suprême sans qu'aucun d'eux réussit à se le faire reconnaître par l'ensemble de la communauté musulmane. Cette rivalité amena en quelque sorte la suppression complète du pouvoir spirituel. Personne ne fut plus qualifié pour maintenir l'unité absolue de la croyance et le zèle des fidèles ne put plus être suffisamment réchauffé pour les entraîner dans une action commune.
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Dans certains pays, les confréries, devenues florissantes, cherchèrent bien à s'emparer de la direction des consciences mais, de ce lait, elles entrèrent en lutte avec le pouvoir civil, le seul dont disposât dorénavant le souverain musulman. D'ordinaire, cette lutte resta sourde, cependant il lui arriva parfois de se manifester d'une façon ouverte, comme on en a vu de curieux exemples au Maroc comme en Algérie avant la conquête.
L'eotrée en scène des Européens dans le monde islamique, où ils se sont introduits par la conquête ou par le protectorat, va encore modifier profondément la situation un peu critique de l'islamisme. On laissera, sans aucun doute, les musulmans libres de pratiquer le culte de leurs ancêtres; on aura des égards pour leur pseudo-clergé; on entretiendra leurs mosquées, on respectera, dans la mesure du possible, leur statut personnel : mais tout cela n'empêchera pas la religion du Prophète d'être dorénavant sans chef autorisé pour la conduire et lui conserver son unité en apparence tout au moins.
Beaucoup de musulmans se rendent bien compte de cette situation, à laquelle il leur est fort difficile de trouver un remède. Quelques-uns voudraient rendre au sultan de Constantinople l'autorité spirituelle suprême que possédaient autrefois les Khalifes, mais la tâche qu'ils assument est malaisée à accomplir. En Afrique surtout, où l'islamisme compte de si nombreux prosélytes, la domination
turque n'a pas laissé de bien bons souvenirs et, d'autre part, lopinioQ accréditée veut que le pontificat suprême soit exercé par un descendant de la lainille de Mahomet. On hésite donc beaucoup à entrer dans cette voie, étant donné s«irt«)ut que le sultan n'est pas très libre d'agir au milieu du concert des puissances européennes.
Malgré ces circonstances défavorables, l'existence de l'islamisme n'est cependant point sérieusement menacée. Son rayonnement, quoique affaibli, per-^ siste au moins en vertu de la vitesse acquise, puisqu'il n'a plus de véritable agent [)ropulseur. Qu'il doive disparaître un jour, personne n'oserait l'affirmer et, dans tous les cas, ce moment est trop lointain pour qu'il puisse être indiqué par les prévisions humaines. Ce qui est vr;«isemblable, c'est qu'il a de longues années à vivre et que ce temps sera d'aulant plus long qu il acceptera les quelques réformes que l'évolution naturelle des choses impose à tout et à tous.
Parmi ces réformes, la principale est celle qui isolera le plus la loi civile de la loi religieuse En procédant avec prudence, et de proche en proche, il est certainement possible d'éliminer certriines prescriptions que leur origine religieuse a fait maintenir. Ainsi, la monogamie, que la misère a introduite d'une manière générale dans les mœurs, pourrait sans peine être rendue obligatoire par la loi civile sans qu'en somme la religion eût réellement à en
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souffrir. Bien entendu, il faudrait maintenir les facilités acror«lêes au divorce et tout d'cibonj procéder sur les points que le changement des mœurs a de lui-même indiqués.
Le monde islamique n'est plus fermé aux étrangers. La pénél ration européenne, chaque jour plus grande, transforme inévitablement les mœnrs des musulmans, et cette action, pour lente qu'elle lums paraisse, devient très visible au bout de quelques années. Les indifçènes algériens d'aujourd'hui dillèrent à ce point de leurs coreligionnaires d'il y a cin quanle ans, que ceux qui les ont vus à cette épcKjue croiraient presque avoir affaire à un peuple différent. Dans une mesure plus resireinfe, il est vrai, rélément féminin a participé à cette évoiulion. La femme a auj«^urd'hui des exigences qu'elle n'aurait pas osé manifester il y a un demi-siècle et sou mari, si orthodoxe qu*il soit, lui cède dans la plupart des cas.
D'un autre côté, les littératures étrangères ont commencé à pénétrer dans les milieux iustruits, môme parmi ceux qui, par scrupule religieux, ne voulaient autrefois connaître que les œuvres écrites par des musulmans. La barrière entre lescivïlisalioûs européenne et musulmane subsiste encore, il est vrai, mais de petites brèches s'y sont déclarées, en attendant que vienne le jour prochain où, devenues plus nombreuses, elles laisseront tout passer. Celte infiltration des idées se fera d'autant plus vite que
réiitede la population musulmane pourra désormais acquérir une instruction supérieure au moyen des livres originaux ou traduits que rimprimerie met aujourd'hui à la portée des bourses les plus modestes.
Partout, les modes ou coutumes nouvelles sont introduites par la pliis haute classe de la société. Il n'en va pas autrement chez les musulmans qu'ailleurs, aussi est-ce parmi les favorisés de la fortune ou de l'intelligence qu'il faut chercher les principaux auxiliaires de la tâche réformatrice que Ton se donne mission d'accomplir. La diffusion de l'instruction primaire, utile plus tard, est plutôt nuisible au début ; l'enseignement secondaire a déjà plus de valeur, mais c'est surtout l'enseignement supérieur qui fournit le vrai moyen de régénérer la masse d'une nation. L'expérience Ta démontré depuis longtemps près de nous, et, en ce moment, nous en avons une nouvelle preuve par ce qui se passe dans l'Extrême-Orient. On envie toujours plus ou moins le sort de ceux qui sont placés au-dessus de soi et on les imite volontiers dans l'espoir de réussir à être un jour comme eux.
Tout d'abord, les progrès seront peu profonds; les anciennes habitudes reparaîtront de temps à autre à travers la couche de vernis dont on les aura recouvertes, comme elles le font d'ailleurs chez tous les peuples civilisés. En 1904, à Paris, les diseuses de bonne aventure, chiromanciennes ou autres, gagnent largement leur vie et, si elles comptent dans leur
clientèle toutes les catégories sociales, il ^st bien certain qu'elles tirent leurs plus beaux revenus des gens riches qui, pour la plupart, ont reçu une éducation très complète. Il serait excessif d'exiger davantage des musulmans et de leur tenir rigueur de conserver certaines pratiques superstitieuses qui nous semblent plus étranges uniquement parce que nous n'y sommes pas habitués et que nous oublions volontiers nos propres défauts.
Le plus puissant facteur de la réforme islamique sera à coup sûr la révolution économique que les progrès de la science ont provoquée dans le monde moderne. Tant qu'ils n'accepteront ouvertement que l'argent produise un intérêt normal, les musulmans ne pourront recourir à l'association des capitaux, association indispensable pour l'exécutiondes grands travaux de toute nature. Les sommes qu'ils auront amassées par leur travail et qu'ils ne seront pas à môme d'employer directement resteront improductives, en sorte que dans la lutte pour la vie ils se trouveront toujours en état d'infériorité vis à-vis de leurs concurrents. Rien ne s'oppose à ce qu'ils nous imitent sur ce point, car, somme toute, en fléchissant sur le prêt à intérêts, la religion n'est point touchée dans un de ses organes essentiels.
La difficulté la plus réelle pour opérer cette transformation, c'est d'avoir quelqu'un qui en prenne l'initiative et la direction. Dans la crainte d'être accusé d'hérésie ou tout au moins de tiédeur dans la
foi, personne ne voudra assumer une telle tâche. C'est de soi, en quelque sorte, que la chose se fera, discrètement d'abord, puis, plus tard, de façon ouverte. Les personnages religieux, au lieu de fulminer, fermeront les yeux et finiront eux-mêmes par céder au courant qui les entraînera malgré eux. Après avoir accepté le fait accompli, ils déclareront la chose tolérée d'abord et tout a fait permise un peu plus tard.
Le jeune musulman se laisse facilement entraîner à contrevenir à certaines rigueurs de la religion musulmane. Il ne craint pas trop de s'enivrer à l'occasion ou de faire bombance pendant quelques journées du ramadan. Il jette ainsi ses gourmes, à l'instar de nos jeunes étudiants ; mais aussitôt qu'il prend de l'âge, il s'assagit et finit par devenir d'un rigorisme intransigeant. Le mariage, qu'il contracte d'ordinaire plusieurs fois dans sa vie, paraît être sur le tard l'occasion d'une recrudescence de piété et de rigidité dans les mœurs. Aussi résulte-t il de ce fait que toute tentative de progrès due à l'initiative des jeunes gens est suivie d'un mouvement de recul qu'ils provoquent eux-mêmes quelques années après.
L'évolution vers des mœurs ou des pratiques nouvelles aura donc toujours quelque peine à se produire spontanément ou pour mieux dire par les musulmans eux-mêmes. C'est du dehors que viendra l'impulsion la plus active ou la plus efficace. La con-
tagion de l'exemple des Européens chrétiens en sera pendant longtemps encore le princif^Hl fiicteur. Il ne faut pas compter sur la formation récerjte de petites communautés musulmanes en Aii^lelt^rre et aux États-Unis. Le nombre de leurs adljéreals est beaucoup trop restreint d'une part et, d'ruitre part, ces nouveaux convertis ne disposent pas (iu presiige nécessaire pour qu'on écoute leurs avis oiil*^urs ronseils. Les rares conversions isolées qui onl lieu d;ins les Indes ou ailleurs sont encore moins importaules à ce point de vue.
Cependant, comme l'élément féminin prétioraine parmi les prosélytes de Liverpool, il se puurrait qu'en dépit des apparences les Européens convertis aient tout de même une influence réelle sur leurs coreligionnaires orientaux. Bien qu'en Orient, la femme reste en général en dehors de la dii erlion des affaires religieuses ou politiques, il est fort possible que les musulmanes européennes, agissant sur l'esprit de leurs compagnes orientales^ ct^llesci, à leur tour, influencent leurs maris et oblieunenl d'eux telle réforme des habitudes, qui serait le point de départ d'un changement dans les mœurs. L action, pour être discrète et indirecte, n'en sérail j^rs motos efficace.
En Europe, tout en étant la conservatrice naturelle de la religion, soit par la part personnelle qu'elle y prend, soit par l'éducation qu>.lle donne à ses enfants, la femme peut, quand elle le veut, en
altérer ou modifier les démonstrations extérieures* La musulmane n'a sans doute pas une influence aussi considérable dans son milieu ; cependant, rien ne dit qu'elle ne réussira pas, elle aussi, à imposer sa volonté lorsqu'elle y sera stimulée par quelquesunes de ses compagnes européennes.
Si habiles et si intelligents qu'ils soient, les Européens convertis à l'islamisme ne jouiront jamais d'une assez grande considération pour déterminer' un courant d'opinion parmi les nouveaux coreligionnaires qu'ils se sont donnés. Il faudrait pour cela s'êlre converti fort jeune et avoir fait une étude complète de la théologie musulmane sur les textes arabes eux-mêmes. Parle fait môme qu'il a une première fois changé de convictions, le renégat est toujours suspect à ceux dont il a embrassé la foi, surtout s'il parle d'introduire de nouvelles pratiques et de modifier les anciennes. 11 n'a donc aucune chance d'être écouté, fût il même en état de discuter en invoquant des textes précis à l'appui de son opinion.
Quant à connaître complètement la théologie, il n'y doit pas songer. Tant d'auteurs ont écrit sur la matière qu'il est impossible de les avoir tous étudiés, en sorte que, dans une discussion sur un point quelconque, on peut toujours fournir comme argument l'opinion d'un personnage peu connu, mais dont l'autorité, cependant, prévaudra contre une citation faite par un nouveau converti, quelle que soit la réputation de l'auteur cité. Dans ces matières
délicates, les paroles prennent souvent plus de force de celui qui les répète que de celui qui les a prononcées pour la première fois.
Le nombre des hommes qui ont ainsi abandon ué leur ancienne religion pour adopter volontairemeiit l'islamisme a toujours été peu considérable, et il semble difficile qu*il en soit autrement avec Tinterdiction faite aux vrais croyants de lire le livre sacré dans une langue étrangère. Sans doute, il est aussi aisé d'apprendre les quelques mots arabes nécessaires aux prières canoniques que de retenir dans sa mémoire les prières qui se disent en latin ou eu grec chez certains chrétiens; mais il faut une assez longue étude de la langue arabe pour être en mesure de comprendre le Coran et ses commentaires. Or, si tous les fidèles n'ont pas besoin d'être capables de lire les livres canoniques, il est bien évident, cepen dant, qu'un certain nombre d'entre eux devraient être à même d'expliquer à leurs coreligionnaires les devoirs qu'ils ont à remplir et d'appuyer leurs indications sur un passage du texte sacré.
Pour sortir des pays de langue arabe, l'islamisme aura donc besoin de revenir sur l'interdiction de se servir des traductions du Coran ou, tout au moins, d'avoir un clergé régulier, car l'étude de l'arabe exige un temps assez long et des efforts considérables. A vrai dire, rien ne s'oppose à la traduction dans une langue étrangère de tous les livres théologiques, y compris le Coran. De l'aveu des
musulmans les plus fervents, le texte sacré n'est pas d'une clarté absolue. De nombreux commentaires, faits en vue d'en préciser exactement le sens, ne sont pas arrivés à un résultat définitif, puisqu'ils ne sont pas toujours d'accord entre eux et qu'ils donnent plusieurs interprétations différentes d'un même verset.
Pourquoi, dans ces conditions, refuser d'accepter une traduction qui, accompagnée de quelques noies, fournirait un texte à peu de choses près aussi clair que l'original. Bien entendu que cette traduction aurait à être revue et corrigée à plusieurs reprises avant d'être fixée pour toujours. La seule objection sérieuse à ce projet serait qu'il y aurait toujours danger à déduire des conclusions de termes qui, dans la phrase traduite où ils se trouvent, rendent très exactement la pensée, tandis qu'ils donneraient une idée inexacte ou fausse si on les prenait avec l'une ou l'autre des significations que Tétymologie permettrait de leur attribuer.
Il adviendrait alors chez les musulmans européens ce qui se passe actuellement dans la religion catholique orthodoxe, où le prêtre seul étudie le latin dont la plupart de ses ouailles n'entendent pas un traître mot. De même les pasteurs de la religion réformée, qui prennent pour texte un verset de la Bible, doivent étudier la langue hébraïque s'ils veulent être en état de prêcher exactement afin d'être sûrs du sens de leur citation, qu'ils prennent tout
d'abord dans l'une des traductions dont la Bible a été l'objet dans un grand nombre de langues.
Mais, en admettant môme que toutes ces facUités soient accordées aux Européens désireux d entrer dans le giron de l'islamisme, il y a une cause d'empêchement qui paraît presque insurmontable. Le statut personnel est si intimement lié à la religion qu'il est bien difficile d'embrasser la religion musulmane sans adopter ce statut en grande parlie. Qu'arriverait il, par exemple, le jour où un Ajiglais converti aux doctrines du Prophète voudrait devenir polygame, se fondant, d'une part, sur ce que sa foi Vy autorise et, d'autre part, sur ce fait que celte forme du mariage existe dans des pays soumis à l'autorité de son pays? M. Quilliam, qui, eu 1889, a fondé la communauté musulmane de Liveipool, préfère peut être la monogamie personnellefiit:ra, mais rien ne dit que parmi ses imitateurs il ne s'en trouvera pas quelques-uns qui auront une autre ma nière de voir au sujet du mariage.
Concilier les obligations de la loi civile avec celles de la loi religieuse n'est certes pas chose absolument impossible, mais elle ne va pas jamais sans quelques difficultés. Eu France, le catholique qui divorce reste dûment marié au point de vue religieux. Il lui reste, il est vrai, la faculté de renoncer au divorce, aiais, à moins d'être d'un tempérament tout particulier ou d'une vertu à toute épreuve, il contreviendra d*une autre façon aux commandements de l'Église.
Une pareille situation ne saurait être que temporaire. Un jour ou Tautre, il faudra bien finir par accepter ce qu'on ne peut empêcher et le mieux, semble-t il, serait de se décider promptement. Le trouble, ainsi jeté dans les esprits, est toujours funeste en matière de foi.
Les musulmans feront donc bien de ne pas trop attendre pour accepter franchement tout ce qui, dans les mœurs nouvelles de quelques-uns de leurs coreligionnaires, choque les usages sans compromettre les bases essentielles jde la religion. A cette condition seulement, leur foi continuera à vivre et à prospérer de longs siècles, sans doute. Alors, sans renoncera l'espoir du salut éternel, ils pourront lutter avec avantage pour la possession des biens de ce monde avec tous ceux qui, de plus en plus, cherchent à cantonner la religion dans son domaine purement spirituel.