‹ L'islamismeChapitre 6 sur 19 · LES HADITS · texte numérisé non relu

LES HADITS

Od ne saurait avoir une idée exacte d'une religion si un ne !a considère que sous son état actuel, sans remonter a la (orme primitive que lui avait imposée sou foriilaleur. Cette recherche est aisée à faire pour risiamisme, car nous possédons sur les débuts de celle reli|;îioa, des documents bien précis ayant une réelle valeur historique et non de simples récits d'un caractère plus ou moins légendaire, comme c'est le cas pour la plupart des autres religions révélées ou non.

Gr^ce à la date relativement récente de l'apostolat de Mahomet et surtout au rôfe politique que ce prophète a joué, nous connaissons d'une manière très détaillée, ses moindres faits ou gestes. Nous savons donc cojiiment cet homme extraordinaire, placé au niilîeu d un pays à peu près désert, a pu réussira fonder un nouveau culte et à lui imprimer une telle vi^^ueur, qu'en moins d'un siècle il s'était propagé sur uu iaimense territoire, en renversant tous les

l'islamisme loi

obstacles qu'il rencontrait sur sa roule et on jtnanl à bas quelques empires dont la puissance yeniblaît inébranlable.

Les renseignements ou traditions qui concernent le Propliète portent en arabe le nom de hndits, mol dont la signification étymologique est celle tle nouvelle ou récit. Recueillis de la bouche même de lé* moins oculaires ou auriculaires, les hadits oui rarement été mis par écrit tout d'abord ; on se tnîitenta de se les transmettre de vive voix, ce moyen de iransmission étant considéré par les Arabes comiue préférable à tout aulre.

Cette idée peut paraître singulière ; cependant elle s'explique très bien par le système graphique encore en usage parmi les Arabes. Au lieu d'écrire lous les éléments phonétiques des mots, ils se conlenlenl d'en tracer les consonnes. Le lecteur est donc (obligé de suppléer aux voyelles brèves qui font défuut ^ï, bien que la grammaire soit là pour fixer les voyelles d'une façon générale, il arrive souvent qu'un jiiénie groupe puisse se lire avec des voyelles dilïéreiites et provoque des sens qui n'ont aucun rappnrt entre eUx. Sans doute, un rédacteur habile au mit évité presque toutes les amphibologies qui peuvent résulter d'un tel système, mais alors il eût été enlrivîné à modifier la forme orale primitive qui, elle, ne présentait aucune ambiguité, puisqu'elle faisait entendre tous les sons sans exception, aussi bien les voyelles que les consonnes. Et ce premier chan*

gement risquait d'en amener d'autres, tenté qu'aurait été l'écrivain d'arrondir ses périodes ou d'enjoliver son style sans avoir un respect suffisant pour l'exactitude de la pensée.

Les circonstances obligèrent bien vite les musulmans à vaincre la répugnance qu'ils avaient à mettre par écrit les sources orales de leurs traditions prophétiques. Les fidèles, dont la mémoire avait conservé intacts un ou plusieurs hadits, ne tardèrent pas à être en nombre insuffisant pour faire part directement de leur science à leurs coreligionnaires qui se multipliaient avec rapidité et s'éparpillaient de tous côtés. En outre, la mort faucha cruellement dans leurs rangs à cette époque héroïque où l'expansion de rislamisme était accompagnée de luttes quotidiennes à main armée. Force fut donc de procéder pour les hadits à une opération analogue à celle opérée précédemment pour le Coran.

Ce travail a été fait avec le plus grand soin. Aucun hadits n'a été admis comme authentique à moins que non seulement son rapporteur pût citer le nom de celui de qui il le tenait directement, mais aussi le nom de tous ceux qui, avant lui, se l'étaient transmis oralement en remontant par une série ininterrompue jusqu'à un témoin oculaire ou auriculaire. Ces témoins, pour être dignes de foi, devaient être des compagnons du Prophète. Cette suite de reporters successifs d'un hadits forme ce qu'on appelle en arabe son isnâd a appui )). L'isnâd a été lui-môme

L*ISLAAfISllK 11)3

Tobjet d'un contrôle sévère, car on a tenu à s'assurer que, d'après leur âge et les circonstanré!? de leur vie, tous ces personnages avaient bien été h même de communiquer entre eux.

Certains tempéraments ont été cependant apportés à ces principes un peu rigoureux. On a acceplé pour authentiques des hadits dont Tisnâd ne réunissait pas toutes les conditions voulues, pourvu ([u'on remontât à un personnage connu dont la viTacité ne présentait pas le moindre doute. En outre, certains rapporteurs n'ayant retenu dans leur mémoire qu*une partie des faits contenus dans un hadits, on a néanmoins accepté d'eux ce lambeau de tradition en se réservant, si c'était possible, de le compléter par le récit d'un autre rapporteur. Au^si trouve-ton fréquemment dans les recueils de hadits, le même récit reproduit à plusieurs reprises soit par fragments, soit encore avec des variantes légères qui résultent du mode d'information dont on s'est servi.

En passant de la forme orale à la forme écrite, les hadits ont, selon toute vraisemblance, été Tobjet de légères retouches. Toutefois, les incorrections qu'on y a laissé subsister permettent de croire que les changements n'ont guère porté que sur la substitution de quelques formes littéraires à des formes par trop vulgaires admises seulement dans le langage parlé. On rencontre, en efiet, maints passajçes si mal rédigés que les avis des commentateurs difîé-

rént du tout au tout sur le sens qu'il convient de leur attribuer.

Ces petites taches n'infirment en aucune façon la valeur générale des hadits au point de vue historique. Les renseignements qu'ils nous fournissent sur les actes les plus intimes de Mahomet sont d'une franchise et d'une crudité telles qu'il est inadmissible qu'ils aient été inventés à plaisir. L'examen critique quelles auteurs musulmans ont fait eux-mêmes de ces textes, ne laisse guère à désirer, car ils n'ont jamais manqué de signaler les défauts qu'ils présentent à tous les points de vue. Ils ont éliminé nombre de hadits qu'ils ont regardés comme apocryphes et aujourd'hui on ne fait en général usage que de deux recueils que l'on appelle les deux sahih (authentique) qui ont été coUigés par Moslim et El-Bokhâri. Ce dernier surtout jouit d'une vogue plus particulière et, dans tout le nord de l'Afrique, les serments solennels se prêtent sur un volume du sahih d'El-Bokhâri.

Tant qu'il était resté à la Mecque, Mahomet avait à coup sûr mené une vie irréprochable ; mais comme à ce moment, il n'était pas constamment en scène devant un public qui observait ses moindres actes, ses ennemis n'hésitaient pas à médire de lui et à laisser planer sur lui toute espèce de soupçons fâcheux. Aussi, dès son arrivée à Médine, pensa-t-il avec raison que le seul moyen de se mettre tout à fait à l'abri de la médisance et de la calomnie, c'était

L*I8LAMISM8 105

de ne cacher à personne aucun des détails les plus intimes de son existence.

Sauf pendant la nuit, Mahomet était accessible à tous, même dans son appartement où il ne passait d'ordinaire que de courts instants. Le plus souvent il était dans la mosqliée, entouré d'un groupe de ses fidèles et donnant audience à quiconque se présentait; à aucun instant du jour ni de la nuit il n'était seul. Chacune de ses femmes, chez lesquelles il passait la nuit à tour de rôle, a fourni son contingent de liadits en racontant tout ce que le Prophète avait pu dire d'intéressant dans ses causeries nocturnes. Souvent môme ces récits mentionnent certains détails sur Thygiène du mariage et les mesures de propreté que doit observer le fidèle dans ses relations conjugales.

Dans une sorte d'antichambre ou de couloir de sa maison, le Prophète donnait asile â quelques déshérités de la fortune. Plus préoccupés d'assurer leur salut éternel que d'acquérir les biens de ce inonde, ces hôtes permanents du Prophète ne quittaient guère leur gîte que pour se tenir à la mosquée. Témoins oculaires ou auriculaires des incidents môme les plus insignifiants, ils ont été les principaux informateurs de toute la partie des hadits se référant à la conduite privée de Mahomet. Parmi ces personnages connus sous le nom de « gens de la banquette », Abou-Horeïra occupe le rang le plus distingué dans l'esprit des musulmans.

Inspiré par Dieu, Mahomet ne devait faire que des choses permises et accomplir tous ses devoirs d'homme avec la plus entière perfection. D'ailleurs, à diverses reprises, le Coran dit qu'il n'y a pas de meilleur modèle à imiter que l'Envoyé de Dieu. Il y avait du reste un grand avantage pour l'islamisme à ce que tous ses adeptes fussent habitués aux mêmes pratiques domestiques ou sociales ; c'était le moyen de Uii donner une cohésion plus grande et d'établir une sorte de lien matériel qui venait renforcer celui que la religion avait précédemment établi. Ces coutumes uniformes dans la vie quotidienne sont partout le signe visible de cette communauté de senti'ments qui a nom patriotisme et dont Mahomet tenait à éveiller Tidée dans l'esprit des Arabes, afin de les mettre en état de se régénérer et de se relever de la décadence dans laquelle ils étaient tombés. Et il arriva à ce résultat qu'un musulman, en quelque pays qu'il aille, retrouve chez ses coreligionnaires des habitudes sociales qui lui sont familières tout au moins pour les choses essentielles.

Toute ces pratiques minutieuses, calquées sur celles du Prophète et s'appliquant aux choses les plus variées, nous surprennent un peu ; mais elles avaient déjà fait Tétonnement des contemporains de Mahomet ainsi qu'en fait foi un hadits qui rapporte que les infidèles narguèrent un jour certain musulman en lui disant qu'on enseignait aux musulmans jusqu'à la façon d'aller à la garde-robe. Il est cer-

tain, en efiet, que les badits nous font connaître comment Mahomet accomplissait les actes les plus intimes de son existence terrestre et qu'ils entrent à cet égard dans des détails qui nous paraissent vraiment bien puérils. Peut-être cependant seronsnous moins surpris si nous voulons bien nous souvenir que, nous aussi, nous tenons à être au courant des moindres faits et gestes de nos grands hommes et que nous nous disputons volontiers la possession de leurs reliques dont certaines au moins ne méritent guère rhonneur d'être conservées.

Malgré la discrétion accoutumée dont font preuve les musulmans pour tout ce qui touche à leur gynécée, les femmes du Prophète ont subi, elles aussi, une constante interview dont les résultats sont insérés tout au long dans les hadits. Nous connaissons dans tous leurs détails leur conduite vis-à-vis de l'Envoyé de Dieu ; nous savons comment elles faisaient leur toilette en toute circonstance et il n'est pas une seule bonne musulmane qui ne cherche à observer scrupuleusement les usages et la conduite de ces épouses modèles qui figurent en bonne place parmi les traditionnistes de la première heure. Aïcha^ la femme préférée du Prophète, a contribué pour une part très importante à renseigner les musulmans sur les faits et gestes de son mari et son autorité en la matière ne le cède en aucune façon à celle des informateurs du sexe masculin.

Af&rmer que les hadits équivalent de tous points à

une morale en actions serait à coup sûr excessif ; cependant, si on laisse de côté certaines parties, entre autres celles relatives aux questions d'hygiène et de toilette, c'est bien là le rôle qu'on peut assigner à ces traditions dans l'éducation musulmane. Au milieu des détails rapportés sur la manière dont le Prophète pratiquait les rites du nouveau culte, on voit agir tous les personnages mis en scène y compris Mahomet lui-même, et chacun dans son rôle donne un exemple de ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire. On y trouve également des maximes, des conseils et des prescriptions morales qui se présentent sous une forme plus claire et moins abstraite que dans le Livre sacré.

Du moment que Mahomet était à la fois le chef spirituel et le chef temporel des musulmans, il va de soi que les traditions, qui sont le. reflet immédiat de sa vie, s'appliquent aux sujets les plus variés. Aussi est-il facile à un musulman instruit, qui est embarrassé par un cas de conscience quelconque, de trouver un hadits qui le renseigne sur ce qu'il doit faire dans la circonstance ou tout au moins qui lui fournisse la solution d'un cas analogue. Il y puisera de la même façon tout ce qui lui est nécessaire pour diriger sa conduite en toute occasion, qu'il s'agisse d'une question politique ou sociale ou même simplement d'une affaire commerciale, car s'il y a de nombreux hadits sur la prière, l'ablution, l'aumône, le pèlerinage, la guerre sainte, le jeûne,

etc. , il y en a aussi sur les contrats de toute nature, contrats de mariage, de vente, d'affranchissement, etc..

Les exégètes du Coran ont fait de larges emprunts aux hadits et c'est grâce à eux, surtout, qu'ils ont pu exactement déterminer à quelle catégorie appartenait un verset, s'il était abrogeant, abrogé ou douteux. Les jurisconsultes, eux aussi, ont dû puiser à la même source le jour où ils ont voulu fornauler les principes du droit que le Coran ne leur indiquait que par exception ou sous une forme par trop vague. Les espèces assez nombreuses qu'on rencontre au cours des hadits, ont, en outre, contribué à former un premier corps de jurisprudence.

Ainsi, c'est dans les hadits qu'il faut chercher pour dégager le véritable esprit de la foi musulmane aussi bien dans ses théories pures, que dans ses applications pratiques. On accepte, il est vrai, l'idée que Mahomet n'a pas été absolument infaillible ; il a donc pu commettre quelques erreurs, mais on est unanime à croire qu'aucune faute grave ne saurait lui être imputée ; ses rares péchés ont toujours été véniels, et par suite ne sont d'aucune importance.

Les traditions peuvent être divisées en trois groupes principaux : celles dans lesquelles on relate un acte même du Prophète ; celles où l'on rapporte les paroles qu'il a prononcées à l'occasion d'un fait qui

lui était étranger, et enfin celles où il n'est question ni d'un fait, ni d'une parole, mais simplement du silence que Mahomet a gardé sur un événement ou sur une question quelconque, ce silence ayant aux yeux des musulmans la valeur d'une approbiation. Toutes ces traditions d'ailleurs, pourvu qu'elles aient le caractère de Taulhenticité, jouissent d'un égal crédit au point de vue des conclusions à en tirer. Toutefois on conçoit que, s'il s'agit de procéder par voie d'analogie, les déductions tirées de la troisième catégorie offrent un champ plus vaste que celui des deux premières, et prêtent mieux que les autres à l'introduction dans la loi de dispositions nouvelles.

Contrairement, en effet, à l'opinion qu'on s'est faite en cette matière, la loi musulmane n'est pas immuable d'une façon absolue; elle est susceptible de se modifier au cours des âges à la condition que l'on prenne pour la transformer un double point d'appui : le Coran et les hadits, c'est-à-dire sans violer une des prescriptions précises qui ont été formulées dans l'un ou l'autre de ces deux documents. 11 semblerait que, précisément à cause de sa forme plus vague, le Coran, sous ce rapport, fut de beaucoup plus élastique que les hadits. Pourtant, en y regardant de près, on s'aperçoit qu'il y a, dans ces deux séries de textes, une part à peu près égale d'indécision. Car, de même qu'il y a dans le Coran des versets abrégés ou douteux, il y a aussi des

hadits dont la valeur est très discutable, même quand ils ont été consignés dans des recueils qualifiés d'authentiques par excellence, tels celui de El-Bokbâri et celui de Moslim. Dans tous les cas, il y a dans ces deux sources de quoi puiser largement quand on voudra légiférer à nouveau, qu'il s'agisse de réformer d'anciennes dispositions ou d'en élaborer de nouvelles.

Malgré la haute autorité dont ils jouissent, les hadits n'ont aucun caractère sacré, c'est-à-dire qu'aucune des prescriptions qu'ils contiennent n'émane directement de Dieu comme c'est le cas pour le Coran. C'est Mahomet seul qui agit, parle ou garde le silence et Mahomet, en dehors de son rôle dans la révélation du Coran, n'est plus qu'un simple mortel soumis aux mêmes lois naturelles que ses semblables. Un hadits met d'ailleurs la chose parfaitement en relief. 11 nous rapporte qu'aussitôt après la mort du Prophète, Omar insista avec son énergie habituelle pour qu'on ne cachât point aux musulmans la vérité sur ce triste événement. Certaios d'entre eux, en effet, pénétrés qu'ils étaient de l'idée que le fondateur de la nouvelle religion ne pouvait être un homme comme eux, exposé aux règles inflexibles de la nature, se refusaient à croire qn'il eût subi le sort commun à tous les. êtres terrestres.

Cette constatation officielle, pour ainsi dire, de la nature humaine du Prophète n'a nullement affaibli

son prestige aux yeux des fidèles, bien que de son vivant, Mahomet en se mettant parfois au-dessus de certains principes qu'il avait lui-même proclamés, eût semblé revendiquer une place spéciale dans la série des êtres animés. Il convient toutefois de reremarquer que, à part le droit d'avoir un plus grand nombre de femmes que ses coreligionnaires, il ne s'attribua guère d'autres privilèges que celui de pratiquer les exercices de piété avec une ferveur excessive. Il tenait à faire éclater ainsi la supériorité de sa foi, s'astreignant dans ce but à de longs jeûnes ou à de fréquentes prières et ne voulant être égalé ou dépassé par personne dans le record de la piété.

Mahomet blâme vivement tous ceux qui exagèrent leurs actes de dévotion ; à maintes reprises il déclara qu'une religion ne doit imposer à ses adeptes aucune charge excessive et, en cette matière, il professa que le mieux est l'ennemi du bien. En réprimant ces excès de zèle, il agit avec sagesse et favorisa grandement la propagation de l'islamisme aussi bien de son temps que dans l'avenir. Peu à la fois, souvent et bien, telle semble être sa devise en qe qui touche aux rites de la religion. Il sut ainsi tirer parti de la puissance d'effet qui s'attache à un acte répété à de fréquentes reprises et à des moments réguliers. Ses cinq courtes prières que le fidèle doit répéter chaque jour à heures fixes produisent un résultat analogue à celui que l'on a voulu obtenir

chez les prêtres chrétiens en leur imposant la lec* ture quotidienne du bréviaire. Et comme ces exercices de piété n'exigent guère qu'une demi-liiure chaque jour, il a été possible de les rendre obligatoires pour l'universalité des fidèles. Exiger davyntage, c'était s'exposer à de graves mécomptes.

Le nombre des hadils serait très considérable si on devait accepter les yeux fermés tous les récits qui se sont transmis sous ce nom. Mais Iti critique musulmane a fait bonne justice de toutes les traditions dont l'authenticité pouvait laisser place au moindre doute. El-Bokhâri, l'auteur le plus estimé en la matière, déclare qu'il n'a pu retenir dans son recueil que 7.275 traditions sur environ 600.000 qui étaient parvenues à sa connaissance Et il faut ajouter que quelques-uns de ces hadits suuL répétés à plusieurs endroits différents de l'ouvrage quand ils offraient la moindre variante dans le texLe, qu'ils n'avaient pas le même isnâd ou encore quils s'appliquaient à des sujets différents. Toutefois le nombre des hadits acceptés dépasse sensiblement le chiffre indiqué ci-dessus, car il y a des hadits qui figurent dans un recueil alors qu'ils ne sont pas notés dans les autres.

Il va sans dire que les hadits n'ont pas été transmis avec un soin aussi méticuleux que les versets du Coran. En outre, le texte n'en est pas toujours très clair et cela pour deux causes principales : la première, c'est qu'on a reproduit textuellement ou à

peu près les paroles rapportées, sans être toujours bien informé des circonstances dans lesquelles elles avaient été dites ; la seconde, c'est que certains mots employés n'ont pas une signification rigoureusement sûre, soit parce qu'ils avaient plusieurs sens diiîérenls dans le dialecte du Hedjaz, soit parce que tout en ayant la même prononciation que certains mots du Hedjaz il n'en avaient pas la signification parce qu'ils appartenaient à des dialectes différents.

Assez souvent donc, les commentateurs sont fort embarrassés de préciser la signification du texte d uu liadits et. parmi les diverses explications qu'ils proposent, il est bien malaisé de faire un choix. Ainsi s'expliquent quelques contradictions qui, au premier abord, paraissent singulières dans des ouvrages de ce genre. Le système graphique des Arabes n'est pas tout à fait étranger à ce défaut de clarté, car il yiermet de donner au groupe de consonnes qui représente un mot des sons différents suivant la façon dont on lui distribue les voyelles complémentaires, PAi sorte qu'à la lecture il devient impossible, dan^ certains cas, de préciser sa pronondation et, par suite, sa valeur avec toute la rigueur désirable.

Dans l'éducation musulmane, le hadits joue un rôle plus important pratiquement que le Coran luimême. En effet, à part quelques lettrés qui, aidés des commentaires, sont en état de comprendre le Livre sacré, la masse de ceux qui n'ont fait en arabe que des études rudimentaires est absolument inca-

pable de saisir le sens de la plupart des versets. Chacun, il est vrai, meuble autant qu'il le peut sa mémoire de sourates plus ou moins nombreuses, mais il n'en comprend pas mieux le texte qu'un catholique, sans instruction classique, ne se rend compte du sens des prières latines qu'on lui a fait apprendre par cœur. Ce n'est donc pas dans de tels documents que l'immense majorité des musulmans trouve les indications qui lui permettent de diriger sa conduite dans les circonstances ordinaires de la vie.

La langue des hadits est bien autrement compréhensible. Chaque fidèlq, d'une instruction moyenne, est en état de saisir le s^ns général de la plupart des hadits et d'y puiser les eiiseignements dont il tirera profit pour se rapprocher le plus possible de la perfection dans la pratique de ses devoirs religieux. D'ailleurs, pendant certains mois de l'année et en particulier durant le mois de ramadan, il y a, dans presque toutes les mosquées, des personnes de bonne volonté qui font des lectures publiques des recueils d'El-Bokhâri ou de Moslim. Ces lectures édifiantes ont toujours un nombreux auditoire. Elles ont cet avantage d'être intelligibles à tous sans distinction, pourvu qu'elles soient de temps à autre accompagnées de brefs commentaires. Elles fournissent ainsi au fidèle le moyen de fortifier sa foi et lui permettent d'observer d'une manière plus rigoureuse l'exemple que leur a donné le Prophète luimême. Les auditeurs de ces sortes de cours d'adultes

répandent ensuite parmi leurs coreligionnaires l'instruction religieuse qu'ils ont ainsi reçue et, de proche en proche, tous les membres de la communauté musulmane sont amenés à une uniformité de pratiques et de coutumes qui maintient entre eux une cohésion plus forte que celle qu'on obtiendrait par une simple prédication si ardente et si éloquente qu'elle fût.

L'ensemble des hadits et des indications qu'ils fournissent porte en arabe le nom de Sonna, mot qui signifie « voie pratiquée ». Et c'est bien là le rôle que jouent les traditions dans la vie musulmane, le Coran restant toujours le seul exposé complet des théories sur lesquelles est basé l'islamisme tout entier ; aussi est-ce en vertu de cette destination qu'il est permis à ceux qui rejettent les hadits de se dire musulmans. Il existe, en effet, un assez grand nombre de musulmans qui se refusent absolument à. admettre la valeur religieuse des hadits ; ils les considèrent comme apocryphes et n'en veulent tenir aucun compte. Les Persans composent le groupe principal de ces dissidents qui sont appelés Chiites^ tandis que les croyants à l'authenticité des traditions sont désignés par le nom de Sunnites. D'autres divergences séparent, il est vrai, ces deux catégories de musulmans, mais c'est bien sur ce point spécial, en effet, qu'est la caractéristique visible de leur antagonisme.

Page 1