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LA PRIERE

La prière est l'une des cinq prescriptions fondamentales de l'islamisme ; cependant elle n'a été instituée que dans le courant de la douzième année de l'apostolat du Prophète. Celui-ci, selon la IradiLioD, fut transporté au ciel durant une certaine nuit. Dieu lui indiqua alors le nombre de prières que tout musulman aurait le devoir d'accomplir chaque jour- Ce nombre fut fixé tout d'abord à cinquante, Mnis, comme Mahomet se retirait de l'empyrée, il rencoii'tra Moïse à qui il fit part de la décision divine. Le chiffre de cinquante parut si excessif h Moïs^e qu'il engagea Mahomet à retourner auprès de Dieu et k lui en demander la réduction. Enfin, apnïs plusieurs démarches successives, toujours provoquées par Moïse, Mahomet obtint que le nombre des prières serait réduit à cinq.

Beaucoup de musulmans se refusent a udmottre que ce voyage au ciel, connu sous le ik>iu d'ascension nocturne, ait été effectué en réalité ; ils esti-

ment qu'il s'agit d'une simple vision ou si l'on veut d'un rêve au cours duquel se serait produit cette véritable révélation. Quelque opinion que l'on ait à cet égard, il est certain que Mahomet, en présentant les choses ainsi, a tenu à affirmer, dans cette circonstance comme dans beaucoup d'autres, qu'il avait à cœur de diminuer le plus possible le nombre des obligations imposées aux fidèles pour la pratique de leur religion.

C'est du reste encore sous l'influence de cette préoccupation que le Prophète précisa le sens de l'expression vague dont il s'était servi en cette circonstance et qui pouvait laisser croire que la prière devait être faite cinq fois le jour et cinq fois la nuit. De cette explication il résulta que les prières canoniques n'ont lieu que cinq fois par vingt-quatre heures et qu'elles doivent être accomplies le jour seulement et non pendant la nuit. Il n'est point interdit cependant au fidèle de se relever la nuit pour faire des prières, mais ces prières sont surérogatoires.

Chacune des prières canoniques porte le nom du moment de la journée où elle doit avoir lieu. La première, dite du fedjer^ a lieu le matin à l'aube du jour ; la seconde, celle du dohor, se fait un peu après le passage du soleil au méridien ; la troisième, dite deïasr, s'accomplit au moment intermédiaire entre midi et le coucher du soleil, dans les environs de trois heures et demie de l'après-midi ; la quatrième.

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celle du maghreb, s'exécute au moment du coucher du soleil et enfin la cinquième, dite de Vacha se pratique à Tinstant où la nuit devient complète.

Avant de procéder à sa prière, le fidèle doit se mettre en état de pureté. Il arrive à ce résultat à la suite d'une ablution qui consiste à se laver successivement les deux mains, le visage et les bras jusqu'aux coudes en se servant pour cela d'une eau qui n'a été souillée par aucune des substances que la religion musulmane a déclarées impures. Lorsque Feau fait défaut il est permis d'employer du sable et de faire ce qu'on appelle l'ablution sèche, c'est à-dire de se frotter toutes les mêmes parties du corps indiquées ci-dessus avec la main préalablement passée sur du sable fin. La prescription relative à l'ablution sèche a évidemment pour but d'éviter des cas de dispenses inévitables au cas où on n'aurait pas trouvé d'eau du tout et qu'on n'aurait pas manqué d'invoquer chaque fois qu'il aurait fallu se déranger un peu pour en avoir. Puis, peu à peu, de tolérance en tolérance, l'ablution aurait fini par ne plus être pratiquée.

Aucun endroit n'a été spécialement fixé pour accomplir les prières canoniques : on les fait là où l'on se trouve au moment précis que la loi a indiqué. Quand le sol n'est point souillé on s'y agenouille et on s'y prosterne sans le recouvrir de quoi que ce soit ; dans le cas contraire, il convient de le nettoyer ou de se placer sur une natte ou un tapis. En voyage, tous ceux qui le peuvent ne manquent

jamais d en] porter avec eux un petit tapis sur lequel ils font leurs prières et dont le nom arabe, sedjdjada, rappelle Tusage auquel il est destiné.

Uoe seule fois par semaine, le vendredi, on doit autant L7ue possible, faire la prière du dohor en commun. Cet office se pratique alors dans une mosquée lorsqu'il en existe une dans la localité où se trouve le fidèle. A l'occasion des deux grandes fôtes utusulmanes, Tune qui a lieu à la fm du ramadan, l'autre qui tombe le dix du dernier mois de Tannée, la prière en commun est également prescrite. Et, comme tout le monde tient à y prendre part et que la mosquée u'est presque jamais assez vaste pour cooteuir la foule des fidèles, la prière se fait alors dans uu ijiiclos réservé, appelé mosalla, oratoire en plein vent dont le sol a été simplement mis à l'abri de souillures par un mur assez élevé pour qu'il ne puisse être franchi par les animaux.

DiiDs les villes, l'heure de la prière est annoncée parle muezzin du haut du minaret de la mosquée. Placé sur une galerie circulaire pratiquée au sommet du minaret^ le muezzin se place successivement du cùlé des quatre points cardinaux et, d'une voix retentissante, il proclame le symbole de la foi musulmane et invite ensuite les fidèles à se mettre en prière. Cel appel doit être fait très exactement aux heures prescrites. Aussi pour les deux prières qui ne cmncidimt pas avec un phénomène naturel, le dohor et Tasr, le muezzin doit-il consulter le cadran

solaire qui est installé dans chaque mosquée. Aujourd'hui cependant ils ont parfois recours à une pendule, mais ils ont le soin de la régler fréquemment sur leur cadran solaire. Dans la campagne ou dans les villages, chacun détermine aussi exactetement qu'il le peut les heures du dohor et de lasr. Pour cela on observe la longueur et la direction de Tombre d'une tige verticale.

La prière musulmane se compose d'un nombre déterminé de reka que l'on répète exactemeut autant de fois qu'il est nécessaire. Chaque reka consiste en un certain nombre de formules très simples que Ton prononce en prenant une série d'attitudes qui sont elles-mêmes peu compliquées. La loi canonique a fixé le nombre de reka que le fidèle est tenu de faire pour chaque prière. Ce nombre est fixé à deux pour la prière du fedjer; à quatre pour celle du dohor; à quatre également pour celle de Tasr; à trois pour celle du maghreb et à quatre pour celle de Tacha. Voici maintenant en quoi consiste une reka.

Tout d'abord le fidèle se tient debout, les bras le long du corps et se recueille un instant; ensuite il élève ses deux mains ouvertes à la hauteur des oreilles et prononce les mots arabes dont le sens est « Dieu est grand », formule qui porte en arabe le nom de tekMr. Aussitôt après avoir prononcé ce tekbîr, il abaisse ses deux mains à la hauteur de sa taille, puis, plaçant la main gauche dans la main droite, il récite le premier chapitre du Coran et si

ItS l'islamisme

soQ ÎDStructioQ religieuse le lui permet, il y ajoute trois ou quatre autres versets ou encore une des courtes sourates du Livre-Saint. Il prononce alors un nouveau tekbîr et s'incline profondément les mains appuyées sur les genoux en ayant soin de tenir ses doigts légèrement écartés les uns des autres» Et, tout en restant dans cette posture, il dit par trois fois la formule dont le sens est: « Gloire à Dieu le Très-iiaiil! Dieu écoute ceux qui le louent. Louange à Dieu! »

Cela iïiil, le fidèle relève la tête; il prononce de nouveau un tekbîr et ensuite il s'agenouille et se prosterne en touchant le sol de son front et de son nez, les deux mains appuyées sur le sol dechaquecôté de ïa tète. Peudant qu'il est ainsi prosterné il redit trois lois la formule qui signifie: « Gloire à Dieu le Très-Haut î » Après cela il relève la tête et, plaçant ses mains cliacune sur un de ses genoux, il prononce un tekbîr. Enfin il se prosterne pour la seconde fois le front et le nez contre terre ; il répète alors les nièuies paroles qu'il a déjà dites pendant la première prosternation et il se relève pour prononcer un dernier teki>îr.

Une reka terminée on procède sans interruption à ]a reka suivante jusqu'à ce que Ton ait accompli le nombre de reka indiqué pour la prière que Ton fait. Mais uae dernière formalité est nécessaire. Pour que Je rite soit complet, avant de se relever et après qu'il a prononcé le dernier tekbîr, le fidèle doit rester un

instant agenouillé le buste droit et tourner successivement la tête à droite puis à gauche en disant en arabe: « Le salut soit sur toi, ainsi que la miséricorde de Dieu 1 » Ce pax vobiscum s'appelle la salutation finale et s'adresse, dit-on, aux deux anges qui, suivant la croyance musulmane, ne cessent d être aux côtés de chaque homme à tous les moments de son existence terrestre, ayant Tun pour mission de noter ses bonnes actions, l'autre d'inscrire ses mauvaises actions.

La prière canonique doit se faire le visage tourné du côté de La Mecque et le point vers lequel le visage est alors dirigé porte le nom arabe de qibla. Au début de l'islamisme, ce fut Jérusalem qui çervit de qibla, mais un verset du Coran enjoignit aux fidèles de se tourner à l'avenir vers La Mecque.

Dans les villes, on détermine avec beaucoup de soin le point d'orientation de la prière qui, dans les mosquées, est indiqué par le mihrâb ou demi-coupole dans laquelle se tient celui qui préside les oflQces. Ce mihrâb est formé d'ordinaire par un quart de sphère ou un quart d'amande encastré dans la muraille et supporté à l'extérieur par deux colonnes. C'est toujours la partie la plus richement décorée de la mosquée.

Dans la campagne, la qibla est déterminée d'une façon approximative en se guidant sur celle de la mosquée la plus rapprochée. Mais, malgré le texte positif du Coran, il n'a pas été possible d'exiger de

gens peu instruits ou qui sont en voyage une connaissance rigoureuse de la qibla et, pourvu qu*on se tourne du côté qu'on croit être la qibla, la prière est toujours valable, même si on s'était en réalité tourné du côté opposé.

Le fidèle en prière est considéré comme étant en tôle à-tèle avec Dieu. Par suite de cette croyance, il n'est pas convenable de passer devant celui qui prie h moins de se tenir à une certaine distance, d'ailleurs peu considérable. Un objet quelconque placé rievtmt le musulman qui prie est donc nécessaire pour marquer la limite en deçà de laquelle il est inlerdit de j^asser. Cet objet, appelé sotra, qui forme celle II mile de protection est tantôt un mur, tantôt une pique lîcbée en terre, des chaussures ou encore une simple ligne tracée sur le sol. Grâce à cette croyance, les musulmans en prière dans une mosquée se tiennent en rangées régulières légèremenl espacées les unes des autres, au lieu d'être entassés pêle-mêle à la façon des moutons ainsi qu'ils le font quand ils sont réunis ailleurs en grand nombre.

Celui ([ui fait sa prière seul, à l'endroit où le hasard Ta conduit, juste à l'heure de la prière canonique, a accompli intégralement son devoir. Cependant, chaque fois qu'on le peut, il est préférable de se rendre à la mosquée ou, tout au moins, de rechercher la société de ses coreligionnaires pour se livrer avec eux aux pratiques religieuses quotidiennes. La prière en commun est sans contredit plus fervente

en apparence que la prière faite isolément, l'émulation jouant ici son rôle comme ailleurs.

Dès qu'on n'est plus seul pour prier, ne fût-on que deux, un des fidèles prend la direction de l'office et remplit la fonction dite dHmâm, Ce rôle est dévolu à celui des assistants que Ton juge le plus instruit des pratiques du culte et qui devient en réalité le moniteur de la prière, puisque tous ceux qui sont placés derrière lui doivent imiter scrupuleusement ses reka. Dans les mosquées il y a bien un ou plusieurs imâm attitrés, mais la présence de ces personnages n'est en aucune façon indispensable, le premier venu, qui sait faire la prière, pouvant les remplacer.

En cours de route, il est permis de modifier les heures de certaines prières. On est en droit de retarder le moment où l'on aurait dû faire les prières du dohor, de l'asr, et du maghreb en sorte qu'on peut cumuler deux prières ensemble. Ainsi la prière du dohor se fera à l'heure de l'asr et en même temps que cette dernière prière ; il en sera de même de la prière de maghreb que l'on fera coïncider avec celle de Tacha. En station, cette tolérance n'est plus admise. Il va sans dire que le malade ou l'infirme sont dispensés de toutes les attitudes imposées à l'homme bien portant et qu'ils seraient dans l'impossibilité d'exécuter. On leur demande seulement de les simuler du mieux qu'ils le peuvent.

La prière musulmane est caractérisée, d'une part, par le peu de temps qu'elle exige, et, d'autre part.

par la nature des paroles qui y sont prononcées. On y loue Dieu, on proclame son unité, on récite quelques versets du livre qu'il a révélé, mais à aucun moment on ne lui demande rien des biens de ce monde. On s'adresse à lui pour le prier de vous conduire dans la bonne voie et vous épargner les tentations ou les embûches du démon. 11 y a donc là une discrétion et une réserve tout à l'honneur des musulmans qui, au moment où ils se mettent en relations avec Dieu, ne songent qu'aux choses spirituelles et ne font nulle allusion à leurs besoins temporels, pas même au pain quotidien qui leur fait défaut si souvent. Sans doute il n'est pas interdit à un fidèle de solliciter la faveur de Dieu en ce monde sous une forme matérielle, mais cela se fait à l'aide d'oraisons spéciales qui n*ont rien de commun avec les prières canoniques, les seules qui ont un caractère islamique absolument pur.

En somme, y compris la durée de l'ablution, chaque prière canonique n'exige qu'un temps fort court, dix minutes au grand maximum. Une seule par jour serait donc un faible stimulant pour la foi ; mais, renouvelée cinq fois à intervalles à peu près égaux, elle tient constamment le fidèle en haleine et produit sur lui un effet aussi puissant que la lecture d'un bréviaire qui prend trop de temps pour qu'on puisse la rendre obligatoire pour tous.

Tous les musulmans ne se contentent pas des rites qui leur ont été prescrits ; quelques-uns, dans le

louable désir de faire mieux, s'imposent des prières surérogatoires, surtout pendant la nuit. Mahomet n'a jamais encouragé cette tendance à multiplier les actes de dévotion, et, de fait, le nombre de ceux dont la piété est exagérée est demeuré assez restreint. D'ordinaire ces dévots outrés n'agissent ainsi que pour se faire une réputation de sainteté dont ils savent tirer ensuite un profit matériel plus ou moins considérable.

Une coutume qui s'est beaucoup généralisée et qui se rattache à la prière est la récitation du chapelet. Le rosaire dont on fait usage est composé de 99 grains que Ton fait passer successivement sous ses doigts en prononçant pour chaque grain p né formule telle que : « Dieu est grand, Dieu est puissant », etc. La litanie complète comprend 99 formules différentes. Ceux qui les savent toutes par coeur les énoncent l'une après l'autre du commencement à la fin ; mais ceux qui n'en connaissent qu'un nombre restreint répètent la série qu'ils savent autant de fois qu'il est nécessaire pour arriver à l'épuisement de tous les grains.

Cette récitation était absolument inconnue au début de l'islamisme. Elle a été surtout propagée par les confréries religieuses qui ont trouvé là un moyen efiQcace d'entretenir le zèle de leurs adhérents. Mais, comme la série complète des litanies était par trop longue, chaque confrérie a fait choix, pour son usage particulier, d'un très petit nombre de formules

qu'elle oblige de répéter très souvent. Grâce à la variété des f orm ules que l'on obtient de cette manière, les affiliés des diverses confréries peuvent se reconnaître sûrement et sans le moindre efifort, puisqu'il suffit pour cela de les entendre débiter leur rosaire.

Les 99 épithètes qui se trouvent dans les litanies indiquent toutes les qualités de Dieu que Thorame conuaît ; mais, suivant une croyance généralement répandue, il existe un centième attribut, sorte de nom ineffable, que personne ne connaît actuellement sur terre. Celui, dit-on, qui trouverait ce nom serait capable de faire des choses merveilleuses, car il aurait le pouvoir de dompter les génies et d'en faire de dociles serviteurs. La légende assure que Salomon possédait ce secret magique, que le nom ineffable figurait sur son anneau et que c'est grâce à cela qu'il put réaliser les choses surnaturelles qu'on lui a attribuées. Tous les chercheurs de trésors, marocains ou autres, emploient toute leur activité à la recherche de ce nom qui leur permettrait de jouir des trésors dont les génies ont la garde.

Nulle part, ni dans le Coran, ni dans la Sonna, il n'est fait mention de prières à adresser à Mahomet. Le devoir strict de tout bon musulman consiste donc à déclarer hautement que Mahomet est l'Envoyé de Dieu et à accomplir toutes les prescriptions qu'en cette qualité il a été chargé de transmettre aux hommes. Cependant, avec le temps, l'idée s'est peu

à peu propagée que le Prophète, qui méritait, à coup sûr, une grande vénération, était digne d'une sorte de culte. Depuis longtemps déjà, aux fêles que Ton célèbre à Toccasion de la nativité de Mahomet, on avait coutume de réciter de longs poèmes en Thonneur de TEnvoyé de Dieu, lorsque en 671. le souverain marocain Youcef ben Yaqoub donna à ces fêtes un telle solennité qu'elles eurent toutes les allures d'un culte v.éritable. Bientôt toute l'Afrique mineure adopte ces usages qui tendent de plus en plus à se généraliser en dehors de ce cercle relativement restreint.

Cette première dérogation à la religion primitive en a provoqué une seconde : le culte des saints. Partout les tombeaux des personnages morts en odeur de sainteté sont devenus le but de pèlerinages annuels. Et, au cours de ces cérémonies, on adresse aux saints de véritables prières, qui n'ont rien de commun avec celles qui ont été établies par la loi canonique en ce sens que le souci des choses temporelles y a une part plus ou moins grande. D'ordinaire on deniande au saint de conjurer un fléau qui menace ou de le faire cesser, s'il s'est déjà produit, mais bien souvent aussi, il s'agit d'obtenir des choses d'ordre tout à fait privé. Il va sans dire que dans ces occasions, on ne manque jamais de remettre des offrandes en argent ou en nature, offrandes que l'on donne au gardien du tombeau qui est presque toujours un descendant du saint personnage lui-même.

11 existe aussi sous le nom spécial de hizb des formules de prières composées par de pieux et illustres personnages. Ces hizb peuvent se réciter là où Ton est sans être accompagnés de cérémonies particulières ; ils ont la vertu d'écarter les fléaux ou dangers auxquels on se trouve exposé. Parfois la récitation du hizb est suivie d'un vœu qui consiste à promettre une offrande en argent ou un ex-voto, dont tel ou tel saint doit être le bénéficaire. A peine est-il besoin d'ajouter que tout cela ne fait pas partie de l'islamisme pur, tel qu'il a été prêché par Mahomet. .

Od sait que la sécheresse est une cause fréquente de disette en Arabie et dans la plupart des pays islamiques. Il est donc naturel que l'on ait songé à faire appel à la bienveillance divine, pour qu'une pluie vivifiante vînt rendre au sol sa fertilité momentanément suspendue. Mahomet a le premier pratiqué cette prière spéciale et fixé la formule de ces rogations, qui sont partout en usage. Le cérémonial qui accompagne ces rogations varie légèrement d'un pays à l'autre, tout en restant le même dans son ensemble. Les fidèles, précédés de drapeaux empruntés à ceux qui, d'ordinaire, ornent le cénotaphe d'un saint, parcourent les environs de leur résidence et psalmodient durant de longues heures la prière rituelle. Parfois, quelques-uns des membres de cette procession portent leurs vêtements mis à l'envers ou simplement en mettant à droite la partie qui devrait être à gauche etvice ve7sâ. Cette pratique

symbolise la demande que Ton fait de changer Tordre actuel des choses.

Il existe également une prière spéciale que Mahomet a instituée pour les éclipses de soleil ou de lune. Ces phénomènes, dont la cause toute naturelle échappe aux masses ignorantes, effrayaient les Arabes qui les regardaient comme le présage de grandes calamités. Ils craignaient qu'ils ne fussent Tannonce d'une de ces terribles catastrophes, dont le Coran fait mention et qui amenèrent la destruction des peuples de Ad et de Tsemoud. Médine est d'ailleurs située sur des terrains volcaniques et, du temps du Prophète, on avait, conservé dans cette ville le souvenir d'effroyablescataclysmesqui, d'après les faibles indications qui nous sont fournies, devaient présenter la plus grande analogie avec les phéno mènes qui ont amené de nos jours la destruction complète de la ville de Saint-Pierre de la Martinique. Aussi, Mahomet lui même, impressionné par ces souvenirs, éprouvait-il une vive inquiétude lorsque le vent soufflait avec une grande violence. On conçoit sans peine que, dans cet état d'esprit, il ait subi Taffolement général et qu'il ait usé de la prière pour conjurer l'influence réputée néfaste des éclipses.

Au début, la religion musulmane a été surtout prêchée à des populations nomades. A des gens qui se déplaçaient sans cesse, il n'était guère possible d'imposer Tobligation d'aller à des intervalles fréquents prier dans une mosquée. Toutefois, comme certains

rites dé Fancienne religion des Arabes se pratiquaient dans la Kaaba, le grand temple de la Mecque, qui fut plus tard consacré à la religion musul> mane, Mahomet, autant pour rester fidèle à une tradition immémoriale que pour assurer aux fidèles un centre de réunion, s empressa de faire construire une mosquée dès qu'il quitta La Mecque, pour se réfugier à Médine. Cette première mosquée fut aménagée à Qoba, mais le premier monument de ce genre, fut en réalité la mosquée de Médine qui, après la Kaaba, est le sanctuaire le plus vénéré des musulmans.

La mosquée musulmane n*est pas seulement un temple, c'est en outre une sorte de maison commune. Chacun y peut venir, aussi bien le jour que la nuit, pour y faire ses prières ; et il est également permis de s'y installer pour y causer de choses et d'autres, y faire la sieste ou encore y coucher la nuit. Dans certains bourgs elle est même devenue une sorte d'hôtellerie où les étrangers de passage trouvent un gîte assuré ; c'est en outre un asile inviolable.

La forme architecturale d'une mosquée n'est soumise à aucune règle précise. En général, cependant, la mosquée se compose d'une grande salle rectangulaire prenant jour sur une cour qui, elle-même, sert au besoin d'oratoire les jours de grande affiuence. Extérieurement, la décoration est nulle ; on nevoit guère que des murailles nues percées d'une ou plusieurs portes et de quelques jours de souffrance.

A rintérieur, les murs ne sont vraiment ouvragés qu'aux alentours du mihrâb sur lequel se porte tout Tefifort artistique de Tarchitecte. Bien souvent, les colonnes qui supportent les voûtes où les arceaux sont en très beau marbre et les plafonds sont en bois de cèdre sculpté et peint de couleurs brillantes ; des lustres en bois ou en cristal, garnis de lampes, d'ordinaire en forme de veilleuses, jettent une clarté suffisante pour la prière du soir. Aucun être animé ne doit y être représenté, soit en peinture, soit en sculpture. Quant au sol, on le garnit de nattes ou de tapis et, comme les fidèles doivent y poser leur front au cours de la prière, on ôte ses chaussures avant de pénétrer dans le sanctuaire de façon à éviter de le souiller.

A la droite du mihrâb — quand on le regarde en face — se trouve une sorte de chaire appelée minbar. Cette chaise, formée d'une plate-forme à laquelle on accède par une série de degrés, disposés en échelle de meunier, sert le vendredi au personnage qui fait le prône dit Khotba. Ce prône débute par une prière qui appelle les bénédictions du Ciel sur le chef de l'islamisme. Après cela, le prédicateur ou Khatib annonce aux fidèles les événements importants qui touchent à l'islamisme, la proclamation de la guerre sainte par exemple, puis il termine par de courts conseils analogues à ceux de nos sermons. Certains minbar sont de véritables chefs d'oeuvre de bois sculpté.

Au milieu de la mosquée se dresse parfois une vaste estrade en bois où se placent les hazzâb, c'està-dire ceux qui savent par cœur une ou plusieurs hizb, nom que l'on donne à chacune des fractions du Coran quand celui-ci a été divisé en 60 parties à peu près égales. Chaque hazzab récitant une section difiérente du Coran, on peut arriver à obtenir la récitation complète du Livre saint en quelques instants quand tous les hazzab débitent simultanément leur partie et qu'ils sont au nombre de 60. Le plus souvent ils ne sont qu'au nombre de 30 ou de 15, chacun ayant alors à réciter 2 ou 4 hizb.

On a vu que l'appel des fidèles à la prière se fait du haut d'un minaret. Quelques mosquées ont plusieurs minarets, mais le plus souvent elles n'en ont qu'un, placé à l'un des angles de l'édifice et le dominant d'une assez grande hauteur. La forme de cette manière de clocher est ronde, octogonale ou carrée. En général, dans le nord de l'Afrique, la forme carrée indique une mosquée du rite malékite, tandis que la forme octogonale est plutôt celle d'une mosquée du rite hanéfite. Une fontaine pour les ablutions et des latrines sont toujours placées dans le voisinage de la salle de prières.

Il est à peine besoin d'ajouter que la mosquée de la Mecque, la Kaaba, est celle qui est la plus vénérée de tout le monde musulman. C'est d'ailleurs la seule où l'on puisse accomplir les rites du pèlerinage canonique. La mosquée de Médine tient le second

rang dans la vénération des fidèles et elle doit cette estime particulière à ce double fait qu'elle a été bâtie par le Prophète et qu'elle lui a servi de lieu de sépulture. La mosquée d'Omar à Jérusalem ne vient qu'en troisième ligne.

Le mot français mosquée n'est autre chose que l'altération du mot arabe mesdjid prononcé aussi mesguid qui signifie exactement « le lieu où l'on s'agenouille ». Il peut y avoir un nombre plus ou moins considérable de ces chapelles dans une même ville, et alors celles qui ont une chaire où se fait leKhotba prennent le nom de djâma et font office de cathédrales ou d'églises paroissiales. Dans les grandes villes, les^ djâma sont toujours insuffisantes pour contenir la totalité des fidèles et c'est pour cela que les jours des deux grandes fêtes religieuses on les délaisse pour se réunir dans le mosalla dont il a été fait mention ci-dessus.

Aucune cérémonie religieuse n'accompagne chez les musulmans, la naissance d'un enfant ou la célébration d'un mariage. Seules les funérailles donnent lieu à un office spécial. Cet office d'ailleurs n'a pas lieu dans la mosquée, mais au cimetière même ou encore dans un mosalla quand il s'agit d'un très grand personnage. On considère comme un honneur le fait de présider aux prières qui précèdent la mise en terre d'un musulman et les annalistes n'omettent jamais de citer le nom de cet officiant quand le défunt est un personnage marquant. N'étaient les

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usages pi ofiines, la mosquée serait donc vide la plus grande partie de la journée et complètement déserte la nuit.

De tout temps les criminels ont trouvé un asile inviolable dans tes mosquées. Plus tard beaucoup de mausolées de saints personnages ont joui du môme privilège, mais les historiens citent certains cas où ces asiles n'ont pas été respectés. Ils ajoutent toujours, il est vrai, rjue celui qui s'était rendu coupable d'un tel sacrilège n'avait pas tardé à être châtié de sa témérité soit par une mort subite, soit par tout autre accident imprévu.

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