CHAPITRE X
L'IsIe- Verte depf/i.< 1 85 ^Jusqu'à 1 8S2 — Vrinripaux événements — Une lettre de .T. C. Tdrjié. — Les " Habits Rouges " et Vciffedre du Trent !
L'Abeé L. rRovEXCHER (1852-1854.)
Ce n'est pas sans un regret, sans une peine sincère que les habitants de l'Isle- Verte virent le départ de M. Isidore Dou:et. Comme nous l'avons dit, il laissait derrière lui un monument durable : 1 "église actuelle ; cependant le ciel ne lui donna pas le temps de la voir complètement terminée.
L'abbé Provencher arriva à l'Isle-Yerte au mois d'octobre 1852. 11 venait y continuer lœuvre de son prédé:esseur. Homme de science profonde, rechercheur infatiguable, bourreau de travail, si nous pouvons parler ainsi, il n'était peut-être pas fait pour le
— ITâ -
«et'vice anif. L^s loisirs d'une retrdite et le charme d'un travail intelligeiit à travers les sciences uaturelles lui convenaient mieux. Toutefois, il suivit le courant des idéas de progrès et d'avancement qui se manifestaient hautement alors. L'Isle-Yerte prospérait d'une ]n-ospérité pleine de vigueur, pleine d^s plus belles pi'omesses Son commerce comme sa population (1) avaient pris de l'extension à mesure que le défrichement des terres allait en augmentant et que les communications, entre paroisses, devenaient de plus en plus faciles.
L'émigration n'était pas encore parmi nous à l'état de fléau, et les cultivateurs restaient autour du clocher, plus contents de leur sort, en* apparence i^arfois misérable, mais toujours rempli de charmes secrets et de consolations {profondes. L'Lsle-Yerte avait donc une importance marquante en 1852, et M. Provencher, pour se mettre au niveau des idées et des faits accomplis, ne se montra pas rétrograde, sachant bien qu'en ce siède de X^roo-rès celui " qui n'avanre pas, recule !
{\) Popnlarion, 2,GG3,— il)iit 2.601 r-atholiqties r4 2 met) otf-s. Voir Rcc. 18.J1.
— ITC. —
Homme de lettre et comprenant le rôle si vaste que l'éducation a joué et est encore appelée à jouer parmi nous, il eut l'idée d'appeler à risle- Verte les sœurs religieuses qui se consacrent à l'éducation de nos jeunes filles. On se mit à l'œuvre généreusement et en peu de temps l'Isle-Yerte voyait s'élever tout près de l'église u le magnifique demeure aux larges proportions, prête à recevoir les religieuses enseignantes.
M lis hélas ! elles sont encore attendues et ne viennent pas. Pourquoi ne vinrentelles pas, me direz-vous ? Mystère ! Nous savons que la bâtisse est là servant aujourd'hui de maison d'éjole pour les garçons , elle est là rappelant à la génération qui pousse l'idée géaéreuse de M. Proveiuîher. Ce projet était pourtant destiné à faire un bien énorme à la paroisse et augmenter d'autant son importance déjà reconnue et incontestée.
Il fallait être plus prévoyant, plus clairvoyant. Il y avait peut-être alois peu d'esprit d'initiative. On s'endormait peut-être trop sur les lauriers fiicilement acquis ; rien d'étonnant alors que cette entreprise tombât à l'eau, causant ainsi des dommages considéra-
blés à la paroisse qui n'en calcula pas dans le temps toute la véritable étendue.
En effet, l'Isle-Yerte posséderait aujourd'hui un couvent magnifique où viendraient s'abreuver aux sources vives de l'instruction chrétienne et de l'éducation morale, une foule de jeunes filles venues de toutes les parties du comté et d'ailleurs. L'Isle-Yerte destinée à devenir dans la suite le chef-lieu du beau et vaste comté deTémiscouata méritait à tous égards, l'honneur d'avoir un couvent parmi ses habitants.
1854 est une date quasi mémorable dans les annales du pays. Les idées étaient au développement rapide de la colonisation et tout ce qui paraissait enrayer les progrès de l'agriculture en Canada fut extirpé jusque dans sa racine.
Ce fut une joie géiérale lorsqu'on apprit la nouvelle de l'abolition de la Tenure seigneuriale. Ce système -bon à l'origine de la colonie — levier puissant aux premiers temps de la colonisation et du défrichement, était devenu nuisib'e et quasi-ruineux pour les censitaires et c'est heureux qu'il ait été aboli. Son utilité ayant cessé — il passait dans le domaine des choses enfuies.
Celte année 1854 vit aussi le départ du Révérend Onésime Provancher. Laprovideice l'appelait à jouer un rôle plus en rapport avec ses aptitudes et ses ambitions toujours dignes sur un théâtre plus approprié. Son départ ne fut pas marqué sans regret sincères. Il avait eu ses idées comme les paroissiens les leurs ; mais admettons qu'il comprit ses devoirs de prêtre en voulant doter l'Isle - Verte d'un monument digne d'elle et de ses tendances et de ses aspirations d'alors
C'est un savant dont notre pays s'honore aujourd'hui et dont la réputation deviendra grande jusqu'à l'étranger. Ecoutez ce que l'abbé Appolinaire G-ingras dit de M. Provancher, dans ses " impertinences à l'eau de
Si quelqu'un veut quf» Provrvnchor Ignore une plante secrète.
Que le bon DifU crée en cachette La plante qu'on vput lui caclier.
On ne dit pas de ce savant Que l'homuie a blanchi dans l'étude:
Il n'est pas blanc ! L'écorce est rude. Mais lo cœir est de diamaul.
Ce dernier vers est tou*" son c^loge et il nous dispense d'en dire plus et moins bien sur le savant naturaliste canadien.
En 1854, M J. C. Taché était le député des comtés unis de Rimouski et Témiscouata, et il faisait déjà présager le rôle important qu'il était appelé à jouer.
Nous le savons littérateur émérite, homme d'une activité dévorante et dont les travaux de tout genre attestent une âme peu commune, une intelligence hors ligne. ^lédecin, il pratiqua consciencieusement, fît des recherches et étudia sans cesse : témoin son étude sur la lèpre de Tracadie où il a fait preuve d'une vaste érudition jointe à la connaissance complète du sujet qu'il avait à traiter. Il eut même des moments où la poésie l'enivra ; l'aile de la muse était venue lui caresser le front. Aimant les bois et leurs voix mystérieuses, adorant la mer, les champs, l'air pur et la liberté, il a écrit ses impressions à l'eau forte dans une étude qui est restée le modèle du genre et qu'on appelle " Forestiers et Voyageurs."
A cette heure où le calme de la vie est venu le frapper à sa porte ; maintenant que les années ont un peu neigé sur sa tête, encore belle et expressive, il doit lui être doux de revenir sur le passé. Quel est le
voyageur qui, au soir de sa journée, ne se retourne pas pour mesurer du regard l'étendue de la route parcourue ? Et ne sommesnous pas tous des voyageurs à travers les sombres déserts de la vie, al'ant vers " ce grand inconnu "' qui nous attire et nous épouvante ?
Il ne devait pas seulement méditer, lui dont l'âme ardente avait des ailes pour s'élever bien haut ; il devait prier puisqu'il était poète et d'ailleurs tout homme pne lorsqu'il admire la terre, les cieux et l'onde et lorsqu'il croit e'\ Dieu comme il y croyait.
Représentant des comtés unis de Himoiiski et de Tén-iscouata de 1848 à 1857, on ne le connut que pour le prendre en estime et de nos jours encore le nom de J. C. Taché sonne haut et ferme et se prononce avec respect. Un jour, la raconnaissance, bien mieux, l'enthousiasme né d'un attachement sans borne, porta les électeurs de Témiscouata à lui offrir un gage de leur amitié et de leur affection pour sa personne : c'était une magnifique montre d'or avec une chaîne de prix. L. N. Grauvreau, notaire à l'Is'e- Verte, fut chargé de lui présenter ces cadeaux, et
voici la lettre qu'il reçut dans la suite de M. Taché :
Aux citoyens du comté ch Téiniscouata, Mes Aivns,
J'afcoptc avec boali^ur le cadeau rjue vous ra'offrez et je vous remercie surtout rie l'adresse qui l'accompagne : i'uu et l'autre me seront un souvenir précieux de nos rapport» ensemble.
Si la vie publique a ses déboire», ses difficultés, 8e& dégoûts, elle a aussi ses consolations ; et à la suite du témoignante de sa propre conscience, quand on a J'approbatioii d'iiommes comme vous, mes amis, on peut se rire de bieD deo misères,
J'étais sûr que vous étiez en communion de principe» avec mes électeurs de Rimouski, car tou^ ceux qui vou* ressemblent ont voté pour moi.
Vous m'avez; compris parfaitement quand vous me dites que ma politique, mes tendances et mes aspirations ne sont pas au succès de certains hommes, de certains partis, de certaines factions, car les hommes meurent, les partis changent ou se dissolvent, les factions périssent ^ mais la société reste là pour recueillir le bien ou le mal qu'on a semé dans son sein.
Nous sommes dans des temps difficiles, à une époque^ do transformation, dans un siècle de progrès matériels, ne nous laissons pas éblouir par ce mouvement, par ces apparences; en dehors des institutions politiques, au-dessus de la prospéi'ité matérielle, il est des cho&es de l'ordre intellectuel et de l'ordre moral qui sont d'une plus grande importance encore, veillons-y, mes amis.
Je voudrais pouvoir vous en dire plus long, mais eu outre que le temps me manque, mes idées viennent trop lentement au gré de mon impatience de vous les exprimer, car, comme le dit le Père Lacordaire ; " Il faut être libre
" pour oxprimer sa pensée *^t on ne Tt'st pas quand la recon- " naissance nous a enchaiaé. "
Au revoir, mes amis, je uo vous oublierai jamais.
J . C. Tache.
Rimouski, 1er Sept. 1854.
Les co m meut aires sont inutiles.
M. Provauclier quitta donc Tlsle Verte dans le mois d'Octobre 1854 alors que l'abbé Jean Baptiste Gagnon était nommé curé à sa place. Il laissait l'Isle Verte prospère grandissant à vue d'œil, et étendant vers le sud le défrichement des terres destinées dans un avenir rapproché à donner l'aisauce à bon nombre de colons qui ne faisaient alors que commencer à cultiver sur une étendue de terrain assez considérable.
RévfL JI. J, Et 6?(/o-//o«— (1854-56)
Monsieur Gragnon était le cinquième curé de Tlsle Verte, celui à qui revient rhojneur d'avoir mis, pour ainsi dire, la dernière main à la spleudide église en pierre bâtie par les habitants de l'Isle Verte.d'abord par souscriptions volontaires puis au moyen de réparations authentiques.
Au mois de juillet 1>585, Mgr Charles François Baillargeon viut à Tlsle Verte, y faire la visite pastorale. Cette visite empruntait aux circonstances un intérêt tout particulier. L'église neuve, presque finie, n'attendait plus que la main d'un dignitaire de l'ég'lise i^our être bénie et consacrée. On espérait que Mgr profiterait de sa visite à risle Verte pour consacrer le nouveau temple et le bénir. Quel ne fut pas le désappointement des gens en apprenant que la solennité était renvoyée à l'automne.
Dès le 3 octobre 1855, l'Is'e Verte revêtait ses habits de fête. L'enthousiasme était dans tous les cœurs et la joie se lisait sur tous les fronts. C'était une fête inaccoutumée que celle-là où l'on bénissait solennellement l'église de la paroisse, qui s'élevait orgueilleuse et pavoisée, au bord du chemin royal. Dès Taube^ on vit accourir les habitants des paroisses voisines^ venant se mêler à la foule des paroissiens de ris'e - Verte, pour être témoins d'une des plus belles cérémonies de l'Eglise Catholique. Ce fut un jour mémorable dont on garda longtemps le souvenir, un de ces jours ensoleillés où. l'âme s'impres-
sionue d'autant plus que la fête est plus belle, plus grande, plus en rapport arec les sentiments éprouvés.
Aussi quelle grandeur dans les cérémonies de l'église ! Quel charme n'ont-elles pas ? Quel langage convainquant ne prennent-elles pas ? Elles émeuvent, elles inspirent, elles consolent l'àme humaine et élèvent bien haut les cœurs émus. Qui de nous n'a gardé de sa jeunesse — le printemps de la vie — le souvenir bienfaisant et consolateur des cérémonies de la première communion et de la confirmation ? Notre âme d'enfant en est restée doucement et agréablement flattée et impressionnée. Clest comme une grande image qui survit à tout ce c^ui est le passé, à tout ce qui fut et ne reviendra pas. Jours bénis î jours heureux de la première communion î celui C[ui les oublie a dû sentir déjà sur son âme passer le souflle des passions mauvaises, — véritable simouns, ce vent du désert qui déracine et dessèche tout.
Aidons à réhausser la grandeur des cérémonies religieuses. Donnons - nous bien garde de travailler à ce qu'elles perdent de leur beauté et de leur sublimité. Aidons-les
par nos chants et nos cantiques aux jours des grandes fêtes. Aidons-les encore par nos empressements dans les décorations lorsque le jour — le grand jour de la Fête-Dieu, - est arrivé.
Voici l'acte de bénédiction de l'église de risle-Yerte : " Le trois octobre mil huit " cent cinquante cinq, nous. Prêtre soussigné, '' curé de St-Simoii, sur l'invitation de M. " Jean Baptiste Gi-agnon, curé de cette paroisse, " nous avons fait la bénédiction de la nou- " velle église en présence de
M Narcisse Bélanger, Ptre, • uré de St Arsène.
M. Th. Albert DeGaspé, Ptre (1) curé de St Eloi.
MM. Louis Bertrand, Marchand
Charles Bertrand.
Achille Bertrand,
L X. Gauvreau, X P.
John Heath, Régistratfur,
Hospice Desjardins, M. D.
Jean Emilien Frasi-r. X P.
Tous paroissiens de l'Isle-Yerte.
(1; M. D-îGa^pé qui vioot de mourir (13S9.) avait été vicaire à l'Isle-Vorte en 1850. Juste 200 ans après que Ui chef de la famille de DeGaspé, Chs. Aubert de la Chesnaye, eut pris pussessioa de la seigneurie de l'Isle- Verte.
Sous l'administratiou du Révérend M.
Gagiion, il se passa dans la paroisse de l'Isle- Yerte un fait aussi étrange qu'inattendu. Le révérend M Doucet, à la tête d'une souscription volontaire et généreuse, avait acheté une magnifique statue de la Ste Vierge qui devait être installée solennellement le jour qui veirait la bénédiction de l'église neuve. Sous M. Provancber, les habitants demandèrent de devancer l'heure de l'installation de la statue de la Ste-Yierge achetée par M. Dou<et. Cette demande, bien légitime et qui faisait honneur à la piété et au zèle des habitants de risle-Verte pour la Très Sainte- Vierge, fut refusée sous nous ne savons quel prétexte. A peine l'église était-elle bénie et décidément ouverte au culte, M. Gagnon, à la demande de boji nombre des habitants de la paroisse, s'empressa, lui. d'exposer à la vénération des fidèles la statue qui menaçait et allait en effet devenir légendaire dans la paroisse. Il parait que cette statue, si elle avait eu le mérite d'exciter l'admiration des uns par sa beauté réelle et son travail artistique, par contre, elle n'avait pas manqué de blesser qtielques prudes de la localité, et c'en
était assez pour que la discorde éclatât dans le camp.
Sous le fallacieux prétexte qu'elle n'était i:)as assez détente, certaines personnes inconnues profitèrent des ombres de la nuit pour entrer dans l'ég'liseet y commettie le sacrilège enlèvement de la statue qu'ils allèrent, suivant les uns, jeter à la mer, tout près de l'Ile Yerte, suivant les autres, enterrer à quelques perches de distance de l'église, dans la direction du Nord .
Nous nous étonnons qu'on n'ait pas à l'instant même réparé l'outrage fait à la Mère de Dieu, en souscrivant de suite pour l'achat d'une nouvelle statue qu'on aurait installée avec pompe. Ce mouvement réparatoire aurait pris les proportions d'une solennité grandiose, d'une fête sans précédent dans les annales de l'histoire religieuse des paroisses et l'on aurait vengé dignement la mère et son fils.
Monsieur Gagnon ne resta que deux ans curé de l'Isle-Yerte. C'était un homme trop bon, d'un caractère trop doux pour être énergique. Toutefois, il ne manquait pas d'une certaine énergie de volonté qui le conduisait
sûrement au but qu'il avait en vue et qu'il croyait être dans lintérèt de la vérité et de la justice. Missionnaire pendant plusieurs annéesj, il avait acquis une grande connaissance des hommes et des choses, qu'il savait mettre à profit lorsqu'il survenait quelque conflit dans une paroisse. Il allait être remplacé par M. Lazare Marceau.
Révd M. Uizare Marceau (i85G à 1870)
Le premier soin de ^I. Marceau en arrivant à risle-Yerte, fut de donner son attention à l'ornement intérieur de l'église. Il voulait suivre la marche de ses prédécesseurs et travailler à faire de l'église paroissiale un des plus beaux temples de Dieu, en bas de Québec. Secondé dignement par la bonne volonté et le zèle pieux des habitants, il lui était facile d'arriver à cette fin.
L'entreprise, assez onéreuse, fut confiée à M. F. X; Berlinguet, architecte de Québec, et en admirant aujourd'hui les trois autels qui parent l'ég'lise de l'Isle-Yerte, en examidant de pi es la beauté artistique des panneaux sculptés qui ornent les murs de chaque
cô'é du maître-aut»*l, on pout dire que M. Berlingiiet s'acquitta de son ouvra^i arec hoiiueur. Il y a du goût dans tout cela, il y a ce nous ne savons quoi de fini qui dit que la main d'un artiste a passé par là en y iaissant son empreinte.
La chemin de croix, d'ancienne date, n'allait pas aux murs blanchis de la nouvelle église. Aussi le Eév. M. Marceau s'empressa-t-il d'en acheter un nouA'eauqui fut installé avec grande pompe. Il était à peine érigé que M^T Baillarg3on, de sainte mémoire, arrivait à l'Isle Yerte pour y faire la visite pastorale.
Nous étions alors au 12 septembre 1861. Il y avait comme un frisson de malais 3 dans Pair. C'était comme un pressentiment de guerre prochaine. O.i avait appris la capture de messieurs Slidell et Masson à bord du vaisseau de la malle anglais?, b " Trent "par le capitaine Wilks, commandant le " San lacinto " pendant la gun-re civile aux Etats- Unis. 0.1 connaissait la sommation ai Lord Lyons aux américains de faire apologie, et le refus de la République de se rendre à cette injonction. L^s relations entre ces deux pays
devinrent tellem?nt tenduf^s qu'elles finirent par se rompre tout-à-fait, et l'Angleterre, craignant une invasion des troupes américaines sur le territoire du Canada, envoya des troupes parmi nous pour protéger les frontières contre les Féniens. Les vaisseaux de gu?rre portant les troup ^s impériales étaient attendus de jour eu jour. Ordre avait été donné aux gardiens des phares le long du St Laurent d»^ tenir leurs fanaux allumés chaque soir du mois de décembre, car les frégates devaient remonter le fleuve jusqu'à Québec, si c'était possible.
Ouvrage inutile ; peines perdues ; les vaisseaux de guerre, pris par les glaces si nombreuses à cette saison de l'année, durent taire escale au Bic. On vit alors les canotiers de Lévis traverser les paroisses à la course allant aidr^r au débarquement des troupes. ITn bon matin de décembre, par un froid assez vif, l'Isle-Yerte se réveilla aux cris des soldats et aux appels des clairons. On aurait dit les hordes de Colborne venant incendier quelques villages le long de la côte. Mais non, les allures des soldats anglais étaient plus pacifiquf^s. On avait faim parmi les
" habits ron^i?s " et les maisons (l(^s particuliers s'ouvrirent toutes grandes pour venir en aide à ces pauvres solda' s fatigués et à moitié transis par un froid ai loup.
Une partie de ces trouves se rendit à Qaéb.^c et l'autre, croyons-nous, remonta le grand chemin deTémiscouata pour aller faire la patr mille du côté du Maine. Ce n'était là qu'un alerte, comme on le sait, et les soldats n'eurent pas même à faire le coup de feu avec les américains. C'était une mesure de prudence, un ' tactique militaire qui eut son bon côté, quoiqu'elle dut coûter énormément cher à la mère-patrie.
E:i 1868, la grande nouv^dle réjouissante arriva parmi nous annonçant que le projet de construire un chemin de fer de Halifax à la Eiviè/ -du-Loup où il devait s? joindre au G-rand-Tron", était sur le point de se réaliser. Déjà hs ingénieurs du gouvernnnent s'o3cupaient du tracé le moins dispendieux , déjà les coLitracteurs de partie du chemin projeté établissaient leurs quartiers ici et là, engageaient les hommes et se ravitaillaient de chevaux, de foin, d? graiu^ et de provisions.
Couçoit-on la joie sans pareille qui vint relever le courage des plus abattus ? S'imagine-1-oii les réjouissauces profondes qu'éprouva toute la population é^h^lonnée sur les VjDrds du Sr L lurent en bas de laRivièredu-Loup, en voyant l'ère de prospérité qui s'annonçait pour elle ? L^ chemin de fer allait ouvrir de nouveaux débouchés, augmenter la facilité des communications, partant plus de vie. plus d'activité et plus d'aisanc\ Le commerce devait nécessairement augmenter ; les denrées et les produits multiples de la ferme, du commerçant de l'ouvrier et de l'artisan allaient se frayer un une route plus facile , la valeur des propriétés ne pouvait qu'augmenter et les vaçtes régions, en arrière des paroisses établies au bord du fleuve, devaient cesser de demeurer inexplorées et incultes.
L'Isle-Yerte, ch^f-lieu alors du beau et vaste comté de Ténisoouata, allait pouvoir lutter à armes égales avec les paroisses en haut de la Rivière-du-Loup Possédant de vastes pouvoirs d'eau qui faisaient marcher trois ou quatre moulins très actifs, l'Isle- Yerte, plus que tout autre paroisse, devait se
réjouir de voir passer à ses portes le chemin de fer Iutercolouial,facilitant les exportations et lui ouvrant de nouveaux marchés du côté de St-Jean-Njuveau-Brunswick et Halifax L'Isle-Verte reprenait une activité qui semblait disparue avec le départ des hommes de chantiers et le brouhaha des grandes charges de x)lanches et de madriers qu'on entassaient dans les barges pour les transborder dans la cale des navires à l'ancre entre TIle-Yerte et terre-ferme.
L'Intercolonial venait donc à point jou3r un rôle très important dans le progrès et le développement d3s paroisses échelonnéas sur son parcours.
Ecoutez Arthur Buies à la page 133 de ses ' Petites Chroniqu3s pour 1887." Ce que fera Tinter col'^ni al pour l'avenir du Dominion on ne saurait avoir dès maintenant une trop haute idée. Le voyage à Halifax auquel on ne pensait jamais jadis, qui prenait cinq jours il n'y a pas plus de deux ans, qui n'avait aucune espè3e d'attrait, est aujourd'hui devenue d'occurance journalière. Nous devenons donc familiers avec les ressources, les développements et les mœurs de ^(^ p.- >-
viuces maritimes qui ue vous iutéressaieiit jamais que de loi eu loiu et dont nous ignorons à peu près la situation politique et commerciale : grâce à Tlntercolonial, notis allous être, désormais, en relations coustantes avec les provinces maritimes et les iles du Cap Breton et du Prince-P]douard ; et ces pro viuces éloignées ne nous paraitro nt plus comme les extrémités à peine sensibles d'une vaste confédération, mais comme partie intégrante de nous-mêmes, vivant de notre vie, confondues dans des aspirations communes, grandissant et se développant avec nous. Yoilà quel est le résultat déjà fort appréciable d'une ligne qui ne fonctionne que depuis un an (^) et qui, contrairement à toute attente, deviendra avant longtemps, une source de profits pour le trésor en même temps quelle est un bienfait incalculable pour toute l'Amérique Anglaise.
L'Intercolonial a coûté vingt millions ; eh, bien, soyons en heureux et fiers, il rapportera en proportion de ce qu il a coûté ; il va être le grand moteur qui mettra en mou-
(*) Ceci était iiu écrit à R'moi^ki par M. Baies, diirant l'été de 1S77— \iQ aa après l'ouv-nture offi -[«.'Ue àti che.niin Intprcolonial.
vomont tout un système de communications multipliées entre les parties diverses du Dominion ; il va être la g'rande artère principale de deux provinces importantes à laquelle se ramifieront bientôt une foule d'autres artères secondaires dirigées dans tous les sens ; enfin il va être le véhicule d'un énorme commerce qui ne fera que prendre avec les années des proportions de plus en plus merveilleuses,
Les circonstances sont pour elL:^ ce qui est beaucoup de nos jours.
En 1859, les notables de Tlsle- Verte, réunis en asseiublé3 au palais de justice, jetèrent les bases d'une association qui prit le nom de " Institut de l'Isle-Yerie. " Leur but était de s'assembler à des époques régulières pour discuter et s'instruire, et de fonder une bibliothèque ave:- une salle de lecture où Ton serait venu i:)uiser la science et passer agréablement les quart-d'heures de loisirs que la vie donne à chacun ici-bis. L'idée était belle et généreuse et personne ne se fit tirer l'oreille pour entrer dans un mouvement qui était 'tout à l'honneur de la paroisse et de ses citoyens.
On choisit alors comme président honoraire Sir N. F. Belleau.
Toici les noms des officiers : Louis Bertrand, Président actif.
Hosp. Desjardins, M. D. Vice-président
Charles Bertrand, Trésorier.
J. E. Fraser, N P. Bibliothécaire.