‹ L'Isle-verteChapitre 9 sur 17 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

Erection Canonique de Vlsle-Verte. — Pre?iiiers curés.— Erection civile. — Accidents et pertes de

Le Eévd Messire Bourgvt quitta Tlsle- Yerte au commencement de l'année 1827. Au mois de novembre, Mgr Panet se rappellant sans doute que M. Bourget était l'auteur de la requête de 1825, demandant Térpction canonique de risle-Yerte avec un curé résidant, le chargea, comme étant le plus à même de voir juste, de vérifier les faits mentionnés dans la supplique des habitants de la paroisse qu'il venait de quitter. Il se rendit donc sur If^'s lieux et dressa sur le champ un procèsverbal constatant qu'un prêtre, à l'Isle-Yerte, y aurait une dîme suflB-sante pour vivre honorablement. Ce r ipport était signé : " Louis Bertrand " pour l'Isle-Yerte, " Benjamin Dioune " pour Ca«"ouna et " Paul Rioux "

pour les Trois-PistoL^s L^ procès-verbal fut (^uvoyé à Québec et le 12 mai suivant, 1828, Mgr Bernard Claude Pauet érigeait caiioniquemeut la paroisse de l'Isle-Verte sous le vocabL^ de " La décollation de St Jean Baptiste de risle-Yerte.

En 1827, M. Béland était nommé premier curé de l'Isle-Yerte en remplacement de M. Bourget.

Le premier soin du curé fut de voir à la commodité des habitants pour assister au service religieux. Il s'aperçut bien vite que la chapelle, avec vingt-sept ans d'existence, n'était plus propre au service divin et ne pouvait plus suiELre à l'accroissement de la population de la paroisse. Il commença donc par sonder le terrain ; car la question de bâtir une église dans une paroisse est toujours épineuse. Qu'importe mon peu de succès, se disait-il. Qu'importe le semeur, pourvu que l'idée reste eu terre, germe et porte des fruits, lorsqu'un nouveau maitre aura paru ! Il travailla donc les masses, discutant l'opportunité d'une nouvelle église en harmonie avec les circonstances : car l'Isle-Verte se trouvait éri^'é»' en paroiss^^ ot par conséquent

prenait de rimportance à tous les points de vue. Il fallut parler, parler encore et discuter sans fin ; pendant ce temps-là, les années coulaient et les accidents venaient jeter presque l'épouvante parmi la brave population de risle-Yerte toujours calme et toujours paisible jusque-là, à part le meurtre de Dubé.

Pour les paroisses comme pour les famillos et les individus, il sonne une heure de deuil, une heure de poignante tristesse qui frappe en i)leine poitrine et fait réfléchir profondément les populations qui sont restées saines et vivaces. Parfois, des coups terribles et épouvantables sont portés subitement à toute une paroisse, pareils à \\n vaste et énergique avertissement qui nous fait dire comme malsrré nous-mème : le doigt de Dieu est là — dii^itus Dei est hic.

C'était dans le printemps 1829 ; un brave cultivateur de l'Isle-Yerte, nommé François Eochette, partait de la rivière-verte en chaloupe pour aller vendre de l'avoine au Bic. Il était accompagné d'un jeune homme irlandais d'origine. Ce n'était pas un '" peureux, "" que le père Eochette ; cependant le gros vent de nord-est qui soufflait alors sur la mer au-

rait dû le faire réfléchir un peu. Mais uoii ! Il en avait vu bien d'autres et la mort, disaitil souvent, devait le trouver dans son lit au milieu de sa famille. Le voilà donc parti pour le Bic. Les glaces nombreuses, de vastes banquises poussées par la force du vent, se pressaient le long de la rive sud, menaçantes et dangereuses. L'entrée de la rivière en était littéralement bouchée. Néanmoins, persévérant dans son entreprise, Eochette réussit à gagner le large. C'est là qite commençaient les difficultés de la mer courroucée que les marins seuls connaissent. Le vent furieux poussait l'embarcation vers l'île aux Pommes. Que pouvait-il faire, aidé seulement d'un petit garçon, pour résister au vent qui l'entraînait et lutter contre les glaces qui menaçaient à tout instant d'entrouvrir ou d'écraser sa chaloupe chargée ? Enfin ! après une lutte désespérée, Eochette et son compagnon virent leur bateau renversé et eux-mêmes jetés à la mer, au milieu des glaces amoncelées et tourbillonnantes.

A la même heure, au centre du village, deux habitants quittaient leurs demeures pour aller sur les battures, chasser les outar»

des qui abond-L'iit au printemps à risle-Yt:rte, Avec le veut de Nord-Est les outardes affolées se laissent tuer facilement par les chasseurs qui savent choisir l'appoint du vent et de la marée pour faire plus de victimes. Cvs deux cultivateurs chasseurs étaient MM. Alarie et Paul Côté. Arrivés sur les battures, nos chasseurs aperçurent au loin, à travers les glaces, une forme noire qui ressemblait à un vaisseau naufragé. Ils eurent le pressentiment que ce pauvre Rochette avait péri avec son compagnon d'infortune, et c'est sous le poids de cette idée fixe et pénible qu'ils se hasardèrent jusque là, espérant arriver encore assez tôt, si quelque malhtjur était arrivé. Hélas ! la réalité devait se faire trop évidente à leurs yeux étonnés et stupéfaits. Triste et déplorable réalité ! Les chasseurs Coté, en arrivant auprès de la barge renversé?, se virent en face d'une scène bi.-n émouvante, un de ces drames de la mer qui empoigne fortement et terrifie un homme

Couché 1 j long du vaisseau, comme s'il eut voulu s'en faire un abri, 1: jeune irlandais était sans vie, rigide, glacé. Plus loin, éteudu sur kl glace, le corps de Roch.^tte faisait

peine à voir Tout autour du corps, la neige avait été battue, comme si le pauvre navigateur avait lutté jusqu'à la dernière heure contre l'envahissement du froid qui l'aura vaincu et couché sur la glace pour ne plus se reiever.

Il devait être moj t peu de temps avant l'arrivéo dts chasseurs, car le cadavre n'avait pas encore pris cette rigidité qu'avait celui de son jeune et malheureux compagnon.

S'ils étaient arrivés plustôt, au lieu de deux victimes, la paroisse n'en aurait eu qu'une à déplorer. Triste nouvelle que celle-là et comme elle impressionna profondément les deux compagnons de chasse qui n'en pouvaient croire If urs yeux remplis de larmes. Ils s'empressèrent de venir au village y chercher du secours, et bientôt toute la population éplorée connaissait le sort des pauvres navigateurs partis joyeux au matin, La chapelle se tendit de noir et une foule sympathique entoura les deux tombes des naufragés.

Quelques anné 'S plus tard, un bon matin d'automne avancé, les habitants de l'Isle-

Verte lurent tout étouuéi d'apercevoir, eu face de l'île Verte, la mâture d'un gros navire se dessiner en noir sur le ciel clair. La nuit avait été terrible au large ; "une nuit de chien, " disaient les marins, où l'on ne voyait point à dix pas devant soi. La brume était très épaisse sur le fleuve, tellement que le X)hare allumé sur la pointe Nord de File Verte n'illuminait plus qu'un rayon très restreint du fleuve. Le pilote du navire naufragé éfait M. Chevalier, de la paroisse même de risle-Verte, décédé il y a quelques années. Avait-il craint la traversée si dangereuse de risle-Verte par un pareil temps ? Redoutant les dangers multiples qu'on rencontre au nord de l'île, avait-il pris ce moyen extrême de venir havrer en dedans de Tile Verte, ou bien fut-il amené là malgré lui, luttant en vain contre la mer furieuse et les ténèbres épaisses d'une nuit d'automne très avancéa ? Nous l'ignorons. C'est alors que deux matelots de l'équipage résolurent de déserter le i.avire. Mal leur en prit !

Ils partirent donc à la faveur de la nuit, o'ao'nant les ilets et allant droit devant eux La nuit était d'encre à cette époque de l'année

et uos deux déserteurs se trouvèrent écartés, complètement perdus sur ce sol qu'ils ne connaissaient pas. L'un des doux, plus robuste, plus fort, réussit à gagner une maison habitée par un nommé Damboise, mais il avait les deux pieds presque complètement gelés. Quant à son compagnon, on le crut noyé, perdu à jamais. Au printemps suivant, des chasseurs de l'Isle-Yerte trouvèrent sou corps défiguré, brisé, à moitié mangé par les renards près des îlets de l'Anse. On suppose qu'abandonné par son compagnon qui ne pouvait plus le soutenir et devait penser à lui pour qu'il n'y eut pas deux victimf s, il se serait couché sur la glace pour y mourir, croyant qu'il lui était plus agréable de s'endormir là du dernier sommeil que de se faire bafouer à la mer sur un bâtiment à voiles.

Le Rév. M. Luc Aubry (1834-183t)

M. Aubry arriva à l'Isle-Yerte en 1834 pour succéder à M. Béland de douce et sympathique mémoire. Son premier devoir fut de demander à qui de droit l'érection civile de la paroisse. Le 12 février 1835 une proclamation de Son Excellence Mathew LordAylmer

gonveruv'ur eu chef du Haut et Bas Cautida reconnaissait civilement la paroisse de l'Isle- Verte et lui donnait les bornes que voici : " Paroisse de St Jean Baptiste de l'Isle-Yt-rte, dans le district de Québec, bornée comme suit, conformément à un rapport de MM. J. B. E. Bacqu.t, Hector S. Huot et Edouard Caron, commissaires nommés à cette fin, savoir : La dite paroisse devra comprendre la seigneurie d'Art igny et partie celle de risle-Yerte, comprenant une étendue de trois lieues et quatorze arpents de front sur deux lieues de profondeur, bornév? vers le nord au fleuve St Laurent . vers le sud par les réserves de la couronne-yvers le nord-est par la ligne seigneuriale des Trois-Pistoles, vers L^ sud-ou.'st parce qu'on appelle vulgairement sur les lieux la ligne de Cacouna, c'est-à-dire par la ligne qui sépare la partie de la dite seigneurie de risle-Yerie qui appartient à Alexandre Fraser, Ecr., de celle des représentants de feu Louis G-auvreau, Ecr."

En novembre 1834, le peuple canadien était appelé à s'élire une chambre nouvelle vu que le quatorzième parlement était terminé. Le lieutenant-colonel Louis Bertrand, mar-

chand de l'Isle-Verte, celui-là même qui avait levé les recrues pour la guerre de 1812, n'eut qu'à se mettre sur les rangs pour l'emporter sur ses adversaires. C'était un respectable vieillard que M. Louis Bertrand, et la iDaroisse de risle-Yerte en a gardé un touchant souvenir. C'était aussi un homme de principes.

M. Aubry ne resta que peu d'années à risle-Verte qu'il laissa en 1837.

Nous ne pouvons laisser passer cette date sans dire un mot de la situation d'alors. On connaît bien ce qui se passa aux alentours de Montréal, à St Charles, à St Denis, à Si Eustache, voire même dans les paroisses en haut de Québec, mais on ignore peut-être les dispositions d'esprits des habitants échelonnés' le long du fleuve en bas de Québec.

A l'Isle-Yerte, comme dans toutes les autres paroisses, il j eut de l'indignation et du mécontentement. Les voix ne craignaient pas de s'élever et de condamner hautement les actes d'un pouvoir tyrannique et arbitraire qui traitait nos ancêtres en véritables parias, en véritables vaincus. C'était le règne de la terreur et nous étioas des ilotes. Mais l'éloignement des grands villages où fermentait la

révolte ; risoleineut des grands centres d'où partaient des courants électriques qui gagnaient les alentours ; la privation, si nous pouvons parler ainsi, de ces orateurs à la langue de feu qui bouleversaient les populations canadiennes en leur parlant des douceurs de la liberté après leur avoir montré l'indignité de l'esclavage qui semblait peser sur elles ; la confiance dans leurs pasteurs et la soumission aux enseignements de Notre Mère la Sainte Eglise furent les véritables causes qui empêchèrent les populations d'en bas de Québec de se montrer grouillantes et querelleuses à cette heure de trouble qui sonnait sur tout le pays.

On avait vu Papineau venir jusqu'à Kamouraska, tonnant contre l'Angleterre de cette voix éloquente qui Ta fait comiDarer à O'Connell. et excitant partout le peuple à la révolte. L'enthousiasme dura peu ; ce fut comme un coup de foudre dans un ciel sombre. Les catastrophes de St Denis, de St Eustache, et le fameux combat de St Charles, tout en jetant nos colons dans le deuil et la consternation, leur firent voir qu'ils avaient agi sagement en ne prêtant qu'une oreille

assez discrète aux bruits de révolte, et en écoutant les sages avis de leurs curés qui leur prêchaient la soumission. L'Eglisev à toutes les grandes époques de trouble, a toujours fait entendre sa voix d'apaisement et de conciliation, et ceux-là seuls, peuples ou individus, ont eu raison de se féliciter, qui ont écouté et pris en considération les sages avertissements qu'Elle savait donner.

Cette insurrection de 1837-38 est diversement appréciée, mais l'histoire impartiale dira, croyons-nous, que le peuple canadien, soulevé dans un moment d'indignation, a su trouver les libertés qu'il possède aujourd'hui, en payant de sa personne et du sang, d'un grand nombre des siens.

1837 restera comme une grande image d'un passé sombre où nos pères ont payé de leur tête et de leur liberté les glorieuses prérogatives dont nous sommes tant fiers à cette heure de calme et de discussion pelitique.

Honneur à tous ceux-là — sublimes égarés si vous le voulez — mais héros quand même, qui ont montré en face de tout un pays qui les acclamait quel cœur noble battait dans

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leuT Taillante poitrine. Honneur à ces soldats d'un jour, véritables vendéens mourant pour la patrie et la liberté, qui ont étonné le monde et su mériter les sympathies et les admirations mêmes de leurs ennemis.

CHAPITKE IX

Le Pi^.'d. M. Douret et la première église (1837- 1852.)— Le " Calvaire. ''—Visite épiscopale de Ms^r Turgeon, administrateur — Les Manda ns et le fj/pïws à f hle-Verte en 1850.

:\I. Doucet arriva dans la paroisse de risle-Yerte aux moments les plus critiques de notre histoire nationale. L i Province de Québec était en feu, (et nous appelons Province de Qaéh r, la partie du Bas-Canada d'alors qui comprenait Montréal, Québec et leurs environs.) L'insurrection levait la tête et les patriotes s'organisaient à la, hâte aux cris de : Yive la liberté ! L'on marchait à la mort sans sourciller et l'écho des victoires anglaises venait mourir lugubrement sur les bords du fleuve en bas de Québec, au milieu des populations restées loyales, mais ne fraternisant pas moins par 1^ .^œur et la pensée avec

les glorieux enfants de St Eustache et St Charles. Le clergé, en général, condamnait cet égarement de la foule, et la grande voix des évêques catholiques prêchait la paix et la soumission à l'autorité constituée et reconnue. A partir de Kamouraska en desf^endant vers la Graspésie, les populations surent demeurer fidèles à la voix de leurs pasteurs, et l'Eglise catholique, dans cette partie-r-i du pays, n'eut pas à pleurer sur les égarements de ses enfants ni sur la mort d'aucun d'entre eux.

Comme pour faire diversion au courant d'idée qui existait alors avec une intensité peu commune, M. Doucet entreprit la tâche pénible de bâtir une église qui fut digne de l'accroissement de risle-Yerte, digne de sa population et de ses moyens. M. Béland, de douce et sainte mémoire, en avait commencé la croisade sans avoir vu ses efforts couronnés de succès ; M. Aubry n'avait fait qu'effleurer pour ainsi dire la question , M. Doucet allait y jeter toute son énergie de prêtre, toute sa volonté et tout son désintéressement de citoyen, conciencieux, probe et déiiintéressé. Ce ne fut pas sans luttes, sans misères, sans travaux et sans démarches qu'il vit enfin le com-

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meucemeut de son œuvre. Dès les premières années les difficultés commençaient à s'accumuler, formidables, votre même désespérantes.

Le Revd. M Proulx, curé de la Rivièredu-Loup, avait été nommé par Mgr Signai pour faire un rapport détaillé de cette affaire de la construction d'une église à l'Isle-Verte. Au 16 janvier 1843, le procès verbal de M. Proulx était approuvé par l'évêque, mais avec des modifications déterminée, Mgr Signai se réservait le droit, cependant, de décider dans le cours de sa visite durant l'été de changer ou non la direction donnée à Téglise par le procès verbal du Revd M. Antoine Proulx.

Au m^is de juillet 1843, Mgr Signai était à risle-Yerte, en visite pastorale. Il lui était donné de constater, lui-même, le besoin d'une église et profita de sa visite pour examiner soigneusement l'endroit où l'église devait être bâtie, et ordonner de vive voix ce qu'il croyait être opportun de faire dans les circonstances. Selon qu'il s'en était réservé le droit, Mgr Signai décida de ne point changer la direction donnée à l'églis?, mais seulement d'avancer l'édifice de douze pieds

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vers le sud-ouest pour donner autour de l'ég'lise un espace plus vaste à la circulatiou- Cette décision ne parut pas satisfaire tout le monde, car nous voyons que deux ans après la visite de Mgr Signai, une requête des habitants de l'Isle-Verte partait pour Québec demandant une visite nouvelle et la convocation d'une assemblée pour y discuter avec le délégué le choix d'u'i emplacement plus convenable.

M. .1. B. Grrenier, curé de Cacouna, fut envoyé à l'Isle-Yerte, et voici une partie du procès-verbal qu'il y dressa alors : '' J'ai, en vertu de ma dite commission, et en présence de la dite assemblée, après un examen préalable des localités, déterminé que la nouvelle église dans la dite paroisse par le pro<:ès-verbal du dit Seigneur Joseph Signai, en date du 30 juillet 1833, au lieu d'être bâtie à l'endroit fixé par le dit procès- verbal, le sera dans la direction du Nord-Est au Sud-Ouest, à 144 pieds au moins au sud - ouest de l'église actuelle, et à e iviron 50 pieds au nord du chemin public du premier rang, laquelle nouvelle place nous avons fait dé.signer par des piquets plantés en terre. ''

Le procès-verbal. de plus, changeait t<')utes

les dimensions données à l'église par la première décision de 1833. M^t de Québec, le 2 février 1846, approuva le travail du Eévd M. Grrenier, mais les habitants de l'Isle- Verte crurent bien faire en s'arrangeant entre eux de manière à bâtir l'église autrement que ne le com.portait le proeès-verbal. Les travaux allèrent leur chemin rapide Tient jusqu'à ce qu'un doute, peu encourageant, rommença à inquiéter les habitants.

On redisait hautement de toute part que Mgr de Québec n'aj^prouverait pas l'édifi^^e tel que construit et ne permettrait pas que les exercices reliurieux y soient célébrés. Les habitants de risle-Yerte s'empressèrent d'adresser une nouvelle requête à Mgr Signai, dans laquelle il protestent de leur soumission à l'église et n'avouent avoir agi contrairement aux dictés du procès- verbal que dans la pensée du plus grand bien de tous. " Nous étions convaincues ajoutaient-ils, que Sa Grandeur donnerait plus tard son approbation en voyant ce temple achevé — an des plus beaux du pays — et ils continuaient ainsi à donner, à l'appui de leurs prétentions, les raisons les plus fortes qui les avaient induits à agir comme ils l'avaient fait.

Le 18 décembre 1848, le Rév. M. C. F. Cazean de si douce mémoire, le regretté Prélat et premier Supérieur de l' Université-Laval, fuf envoyé à l'Isle-Yerte comme une espèce de médiateur entre les habitants et leur Evêque. Il étudia la cjuestîon sur toutes les faces, il entendit les raisons des habitants, et le 17 janvier 1849, son Procès- Yerbal exoné rait de tout blâme les contribuables de l'Isle- Yerte. D'après M. C. F. Cazeau, les habitants avaient eu raison de changer les dimensions de l'église, agissant en cela pour le bien du plus grand nombre. La nouvelle église se trouvait donc à avoir 140 pieds de longueur sur 62 de largeur et Sô de hauteur ; dans la partie postérieure de l'église il devait être bâtie une sacristie de 62 pieds de longueur sur 36 de large. Mgr de Québec approuva le Procès-verbal de M. C. F. Cazeau par un décret publié le 24 février de la même année 1849. Les dimensions de l'église étaient fixées, les doutes disparus, il ne restait plus qu'à continuer les travaux avec vigueur et c'est ce que l'on iît aussi avej une ardeur et un eùtrain peu ordinaires. C'était l'accalmie après les heures sombres de craintes et de doutes.

C est sous M. Doucet que la graude voix du G-rand Vicaire Mailloux se fit entendre d'un bout de la Province du Canada à l'autre déclarant une guerre à mort à Tintenipérance et à l'ivrognerie, ce vice hideux qui nous fait tant de mal. Il était le généralissime de cette grande armée des zélateurs de l'œuvre de la tempérance et chaque jour de nouvelles recrues venaient augmenter le régiment delà croix. Dons toutes les paroisses, on faisait" une propaîrande active, et chaque pasteur se constituait le chef de la croisade nouvelle montant à Tassant de cette forteiesse immonde où le dieu de l'ivrognerie tient ses quartiers toujours achalandés.

A risle-Yerte, il y eut des conversions retentissantes, et M. Doucet voulant que le souvenir des bonnes résolutions prises ne s'envolât pas sous le soufile de l'oubli, il dressa sur un point culminant faisant face à l'église un immense " Calvaire " qu'on appela le *' Monument de la Tempérance. " Une grande croix en bois s'élançait dans les airs, semblant protéger de ses deux bras étendus le village bâti à ses pieds. Ce monument, vu de loin, ietait dans l'âme des passants une

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impression poig-iuiiite, nue émotion indéfinissable.

O crux, Avo, spes uuica, Muiidi sains et gîoria î

La croix ! voilà le drapeau sous lequel les canadiens devraient toujours marcher. In hoc si^no vinces ! lisait Clovis dans le ciel de la Gaule païenne ; et de nos jours ces adm.irables paroles ont encore leur application. La croix ! on la retrouve partout ; sur la poitrine des croisés, sur le cœur des Vendéens, à la boutonnière des braves ! et il fait bon de rapiDeler, par des monuments significatifs, que la croix ayant été le partage de l'Homme-Dieu ici-bas, on ne doit pas craindre de porter la nôtre, quelque pesante qu'elle puisse être.

o vieux calvaire î O sainte solitude !

Doux monument qui borde le chemin,

Abri du mendiant quand le soleil est rude. . .

Au vieux calvaire eucor quand la nuit tombe

Quelque vieillard— un bâton à la main,

Vient apprendre à braver le calme de la tombe

Et l'espoir brille à son front plus serein.

Cette croix n'existe plus aujourd'hui, ainsi que l'escalier de quatre- vingt marches qui y conduisait. Le vent l'a déracinée pen-

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sent les uns ; une main sacriléa'e Ta renversée, disent les autres.

Le '27 juin 1849, Mgr Turgeon, de sainte mémoire était en visite pastora'e à l'Isle-Yerte. Il n'était alors qu'administrateur et nommé Evêque titulaire de Sydney. Les habitants de risle-Yerte, encore tout heureux des décisions de Mgr Signai au sujet de leur nouvelle église, ne ménagèrent pas leur temps et leur zèle pour recevoir dignement leur nouveau titulaire appelé à devenir lui-même le plus haut représentant de hiéarchie catholique, en ce pays.

Sensible à cette marque d'afFed ion particulière, Mgr Turgeon remercia chaleureusement les habitants de l'Isle-Yerte dont le zèle et l'empressement à réhausser par leurs décorations les solennités d'une visite épiscopa^e étaient certainement à leur plus grand hon-* neur.

Le 20 décembie de la même année, le Eevd. M. Belzille assistant-secrétaire de l'Archevêché, venait à l'Isle-Yerte y ériger avec une grande pompe et au milieu d'un vaste concours de fidèles venus des paroisses envi-

roiiuanti's, uu maguifique cheiiiiu de Croix acheté spécialement pour la nouvelle église. C'était une cérémonie toute nouvelle pour les habitants de la Paroisse^ et bon nombre de curés voisins réhaussèrent par leur présence la solennité de la fête. Ont signé Tacte d'érection les Evds. I. Doucet. 0. Hébert, J. Loz. Marceau, et F. H. Belzille.

L'année suivante, les épreuves les plus ludes vinrent assiéger l'Isle-Yerte. C'était vers le milieu dvi mois de juin 1850. M. Barry qui dirigeait l'établissement que les messieurs Price avaient sur la E-ivière-Yerte pour l'exploitation de leurs limites à bois, fit venir de l'Irlande bon nombre de ses compatriotes qui arrivèrent dans la paroisse atteints du typhus, cette terrible maladie qui ne pardonne pas. Le bâtiment à voiles qui les avait amenés à son bord jeta l'ancre au bout d'en bas de ITle verte, et la terrible nouvelle que l'épidémie décimait les nouveaux arrivants se communiqua bientôt dans tout le village oi\ uue panique menaça d'avoir lieu. La voix du curé Doucet unie à celle du Dr Desjardins, (aujourd'hui à Ste Anne de la Pocatière). rassn,ra les plus épouvantés^ et l'on procéda

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avec des soius infinis au débarquemeut de ces pauvres malheureux arrivant malades sur un sol étranger.

Le Dr Desjardius donna toute son attention et tous ses soins aux pauvres malades et il vit bientôt le fléiu disparaître d'au milieu de la paroisse de l'Isle-Yerte sans faire un trop grand nombre de victimes.

Alors que sévissait l'épidémie du typh^^s, un triste accident vint augmenter le malheur de la situation. On aurait dit qu'une main invisib'e s'appesantissait sur la paroisse de risle-Yerte pourtant assez éprouvée jusque-là. Deux écluses -barraient alors comme aujourd'hui la Eivière-Yerte à une distance de quelques arpents seulement, et entre ces deux écluses une digue avait été construite pour retenir, près du moulin à scie, une foule de planches de rebut. C'était au printemps et le courant de la rivière était très fort Quatre hommes du chantier travaillaient un bon matin sur cette digue, lorsque pressée par la masse des eaux impétueuses, elle vint se rompre.

Il y avait là en ce moment O'Kiff, Bmville, St Pierre et un autre Irlandais dont

nous ignorons le nom O'Kiff qui savait nager sauta à Veau et descendit les rapides. Les trois autres se cramponnèrent au bois de la ciigue^ sautèrent dans cette position les rapides qu'O'KifF venait de traverser à la nage et arrivés derrière les magasins d'aujourd'hui appartenaut à MM. Chs. Bertrand & Compagnie, Banville fut sauvé par le notaire Cliamberland et lés deux autres réussirent à sauter à terre. Quelques secondes encore et les trois pauvres malheureux étaient entraînés au pied de l'écluse où ils se seraient broyés sur les rochers à fleur d'eau.

Quant à O'KifF, emporté par le courant rapide, il ne put gagner terre et il dut sauter l'écluse, haute de plus de 15 pieds. Son corps fut retrouvé le lendemain à l'embouchure de la rivière. On lui fit des funérailles splendides auxquelles toute la paroisse assista. C'était un homme bien instruit que cet irlandais O'Kiff, ayant des manières distinguées et très affables. Sa mort fut considérée comme une perte sensible pour l'Isle-Yerte. C'était là de dures épreuves en peu de temps, sombres drames de la vie qui font penser et nous inclinent comme malo'ré nous vers nos misères

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et les mesquineries de cette pauvre vie qui n'est qu'un passage, après tout, et qui mérite peu rattachement pourtant bien fort que chaeuu lui porte.

On peut dire que sous le ministère de M. Doucet, la paroisse de TIsle-Yerte, était à son point culminant, à l'apogée si l'on aime mieux. Elle était devenue un centre important, à tel point que les ministres d'alors jetaient les yeux sur elle pour faire de l'embouchure de sa rivière un port de mer où les bâtiments fussent à l'abri des tempêtes et des bourrasques. Il y avait trois noms sur la liste, trois paroisses se disputaient pour ainsi dire la palme de la victoire : Trois-Pistoles, risle-Yerte et la Rivière-du-Loup. L'Isle- Verte semblait devoir l'emporter sur ses voisines, non-seulement à cause des nombreux chantiers et du commerce qui s'y faisaient chaque année sur une grande échelle, mais surtout à cause de sa position avantageuse : en effet, entre l'Isle-Yerte et la terre ferme, il y a un havre naturel assez -^aste pour contenir plusieurs navires de forts tonnages et les mettre parfaitement à Tabri du vent et

des ouragans subits Lors des chargemeuts du bois faits dans les chantiers d'hiver par les ^DI. Priée, il y avait jusqu'à trois bâtiments voiliers ensemble dans le chenal entre nie et la terre du sud.

Un bon matin d'été, un joli petit steamer arrivait au détour de l'ile verte ayant à son bord l'Honorable M. Cauchon, MM. Hoxers et Keeper envoyés par le gouvernement en exploration et devant faire un rapport pour servir de base à une décision définitive. Ces messieurs examinèrent l'ensemble des avantages qu'offrait le port de l'Isle-Yerte et^se déclarèrent publiquement enchantés des lieux qu'ils visitaient pour la première fois. On leur présenta une adresse de circonstance, puis ils partirent i:)our les Trois-Pistoles, après avoir pris le repas chez M. Birry, gérant pour les MM. Price.

La chance ne devait pas être du côté de l'Isle-Yerte. La Rivière-du-Loup n'était pas non plus sans offrir de grandes commodités

pour un port d? mer aussi l'emporta-t-elle

sur ses deux autres rivales ; le quai y fut de suite commencé.

C'est encore sous M D jucet, eu 1840, que

l'on vit s'établir le Bureau d'enregistrement à risle-Yerte ; c'était une seconde division du comté de Rimouski. Rimouski avait son bureau depuis longtemps déjà — tout comme il était le (entre des afïliires municipales de Témiscouata et Rimouski. Cette innovation arrivait à point pour donner un regain de vitalité et d'importance à l'isle-Yerte.

Restait à choisir le nouveau titulaire. On ne se demanda pas longtemps : qui sera Régistrateur ? — car M. Taché, qui était alors député du comté, s'empressa de nommer M. John Heath, Notaire, Régistrateur à Tlsle- Yerte, passant par dessus la tête du Notaire L. N. Grauvreau dont les chances étaient très fortes cependant. M. John Heath étant mort en novembre 1874, le député au local d'alors. M. Elie Mailloux, de St Arsène, résigna son mandat, et s'en vint résider à l'Isle-Yerte comme régistrateur. Mais à cette époque, le bureau d'enregistrement n'était plus une subdivision de la circonscription d'enregistrement de Rimonski.

Depuis 1861, le comté de Témiscouata marchait seul, n'unissant plus ses destinés à celui de Eimouski, et envoyait au parlement un député ayant un double mandat. L'Isle-

Verte, ciée chef lien du eop^té du Témiscouata et possédant une cour de circuit depuis 1853 garda le bureau d'eméii'istrement avec sou titulaire actuel, M. Elie Maillcux.

Comme nous l'avons vu bien des événements se sont passés durant les quinze années Cjue M. Doucet resta curé de l'Isle-Yerte, L'heure du départ allait sonner pour cet homme de bien dont le cœur était animé des plus grandes vertus. Quinze années de dévouement et de charité l'avaient entré profondément dans Te-time et la vénération de ses paroissiens ; tout un ministère de zèle pour le bien des âmes et le progrès matériel et intellectuel de sa paroisse le rendait cher à tous. Aussi, son départ de l'Isle-Yerte ne souleva que des regrets et fit couler bien des larmes. Oh ! oui elle est bien diA'ine la religion qui enfante de tels hommes î

M. Doucet quitta i'Isle-Verte au mois d'octobre 1852, laissant derrière lui une œuvre durable et des travaux importants. On lui présenta une adresse d'adieu accompagnée d'une montre d'or comme marque d'estime profonde et de vénération sincère. Il partit

aimé, regretté de tous pour s'en aller dans rarchidiocèse de Québec, où la mort est venue le surprendre dans la force de l'âge, il y a quelques années II était alors curé de Ste Hélène, comté de Kamouraska.

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