CHAPITRE VIII
Erection Canonique de l’Isle-Verte.—Premiers curés.— Erection civile.—Accidents et pertes de vie ! 1837-38 !
ie Révd Messire Bourget quitta l’Isle-
À Verte au commencement de l’anné: 1827. Au mois de novembre, Mgr Panet se rappellant “sans doute que M. Bourget était l’auteur de
la requête de 1825, demandant l'érection ca-
- nônique de l’Isle-Verte avec un curé résidant,
le chargea, comme étant le plus à même de voir juste, de vérifier les faits mentionnés dans la supplique des habitants de la paroisse qu'il venait de quitter. Il se rendit donc sur les lieux et dressa sur le champ un procèsverbal constatant qu’un prètre, à l’Isle-Verte, y aurait une dime suffisante pour vivre honorablement. Ce rapport était signé : “ Louis Bertrand” pour l’Isle-Verte, “ Benjamin Dionne ” pour Cacouna et ‘“ Paul Rioux ?”
allait >, à La dant,
jers CU” ertes de
, l'Isle- 327. Au pellant teur de tion ca“ ésidant, ème de itionnés paroisse onc sur procès le- Verte, jvre hoce Louis enjamin Rioux ”
pour les Trois-Pistoles. L2 procès-verbal fut envoyé à Québec et le 12 maï suivant, 1828, Mgr Bernard Claude Panet érigeait canoniquement la paroisse de l’Isle-Verte sous le vocable de ‘ La décollation de St Jean Baptiste de l’Isle-Verte.
En 1827, M. Béland était nommé premier curé de l’Isle-Verte en remplacement de M.
Bourget, |
Le premier soin du curé fut de voir à la commodité des habitants pour assister au service religieux. Il s’aperçut bien vite que la chapelle, avec vingt-sept ans d’existence, n'était plus propre au service divin et ne.
pouvait plus suffire à l’accroissement de la population de la paroisse. Il commença donc par sonder le terrain ; car la question de bâtir une église daus une paroisse est toujours épineuse. Qu'importe mon peu de succès, se disait-1l. Qu'importe le sèmeur, pourvu que l’idée reste en terre, germe et porte des fruits, lorsqu'un nouveau maître aura paru ! Il travailla donc les masses, discutant l’opportunité d’une nouvelle église en harmonie
| avec les circonstances : car l’Isle-Verte se
trouvaît érigée en paroisse et par conséquetñit - \
prenait de l’importance à tous les points de k vue. Il fallut parler, parler encore et discuter sans fin ; pendant ce temps-là, les années coulaient et les accidents venaient jeter presque l’'épouvante parmi la brave population de l’Isle-Verte toujours calme et toujours paisible jusque-là, à part le meurtre de Dubé.
Pour les paroisses comme pour les familles d
et les individus, il sonne une heure de deuil, Æ Li
une heure de poignante tristesse qui frappe r:
en pleine poitrine et fait réfléchir profondé-E £
ment les populations qui sont restées saines] le et vivaces. Parfois, des coups terribles etf m
épouvantables sont portés subitement à toute “une paroisse, pareils à un vaste et énergique avertissement qui nous fait dire comme malgré nous-même : le doigt de Dieu est là digitus Dei est hic.
C'était dans le printemps 1829 ;-un brav - cultivateur de l’Isle-Verte, nommé Françoié Rochette, partait de la rivière-verte en cha loupe pour aller vendre de l’avoine au Bic Il était accor. ragné d’un jeune homme irla . dais d’origine. Ce n'était pas un ‘“ peuréux, ‘que le père Rochette ; cependant le gros ve de nord-est qui sowfRaït alors sur la mer au
de P
ints de | rait dû le faire refléchir un peu. Mais non ! liscuter & Ilen avait vu bien d'autres et la mort, disaitannées & il souvent, devait le trouver dans son lit au er pres- | milieu de sa famille. Le voilà donc parti pour oulation le Bic. Les glaces nombreuses, de vastes bantoujours quises poussées par la force du vent, se presle Dubé. à saient le long de la rive sud, menaçautes et familles dangereuses. L'entrée de la rivière en était de deuil, littéralement bouchée. Néanmoins, :: rsévéi frappe rant dans son entreprise, Rochstte réussit à brofondé-R Sa8ner le large. C’est là que commençaient es saines les difficultés de la mer courroucée que les ribles”etf marins seuls connaissent. ‘Le vent furieux nt à toute poussait l’embarcation vers l’île aux Pommes. inergiqu Que pouvait-il faire, aidé seulement d’un petit comm garçon, pour résister au vent qui l’entrainait u est là-—@ et Intter contre les glaces qui menaçaient à à tout instant d’entrouvrir ou d’écraser sa chaun bravt loupe chargée ? Enfin ! après une lutte dé- Françoil | sespérée, Rochette et son compagnon virent e en cha leur bateau renversé et eux-mêmes jetés à la e au Bich mer, au milieu des glaces amoncelées et en Lime irlanl bPillonnantes.
À la même heure, au centre du village, deux habitants quittaient [leurs demeures pour aller sur les battures, chasser les outar-
peureux, » gros vel la mer à
des qui abondent au printemps à l’Isle-Verte, Avec le vent de Nord-Est les outardes affolées se laissent tuer facilement par les chasseurs qui savent choisir l'appoint du vent et de la marée pour faire plus de victimes. Ces deux cultivateurs chasseurs étaient MM. Alarie et Paul Côté. Arrivés sur les battures, nos chasseurs aperçurent au loin, à travers les glaces, une forme noire qui ressemblait à un vaisseau naufragé. Ils eurent le pressentiment que ce pauvre Rochette avait péri avec son compagnon d’infortune, et c’est sous le poids de cette idée fixe et pénible qu’ils se hasardèrent jusque là, espérant arriver encore assez tôt, si quelque malheur était arrivé. Hélas ! la réalité devait se faire trop évidente à leurs yeux étonnés et stupéfaits. Triste et déplorable réalité ! Les chasseurs Coté, en arrivant auprès de la barge renversée, se virent en face d’une scène bien émouvante, un de ces drames de la mer qui empoigne fortement et terrifie - un homme : | .Couché le long du vaisseau, comme s’il eut voulu s’en faire un abri,le jeune irlandais était sans vie, rigide, glacé. Plus loin, étendu sur la glace, le corps de Rochette faisait
Verte, Folées sseurs t de la , deux arie et s chasglaces, aissea tu que ce compaoids de dèrent.
z tôt, si D réalité 8 yeux xorable ant auen face drames.
terrifie
me s’il landais | étendu faisait
peine à voir Tout autour du corps, la neige avait été battue, comme si le pauvre navigateur -avait lutté jusqu’à la dernière heure contre l’envahissement du froid qui l'aura vaincu et couché sur la glace pour,ne plus se relever.
Il devait être mort peu de temps avant l’arrivée des chasseurs, car le cadavre n'avait : pas encore pris cette rigidité qu'avait celui de son jeune et malheureux compagnon.
S'ils étaient arrivés plustôt, au lieu de:
deux victimes, la paroïsse n’en aurait eu qu’une à déplorer. Triste nouvelle que celle-là et comme elle impressionna profondément les deux compagnons de chasse qui n’en pouvaient croire leurs yeux remplis de larmes. : Ils s’empresserent de venir au village y chercher du secours, et bientôt toute la population éploré: connaissait le sort des pauvres navigateurs partis joyeux au matin. La chapelle se tendit de noir et une foule sympathique entoura I:s deux tombes des naufragés. a
Quelques années plus tard, un Lon matin
d’automné avancé, Les habitants de l’Isle-
Verte turent tout étonnés d’apercevoir, en face de l’île Verte, la mâture d’un gros navire se dessiner en noir sur le ciel clair. La nuit
avait été terrible au large ; “ une nuit de chien, ” disaient les marins, où l’on ne voyait point à dix pas devant soi. La brume était ‘très épaisse sur le fleuve, tellement que le phare allumé sur la pointe Nord de l’île Verte
\ n'illuminait plus qu'un rayon très restreint
du fleuve. Le pilote du navire naufragé était M. Chevalier, de la paroisse même de l'Isie-Verte, décédé il y a quelques années.
Avait-il craint la traversée si dangereuse de l’Isle-Verte par un pareil temps ? Redoutant les dangers multiples qu’on rencontre au nord de l’île, avait-il pris ce moyen extrême de venir havrer en dedans de l’île Verte, ou bien fut-il amené là malgré lui, luttant en vain ccntre la mer furieuse et les ténèbres épaisses
a une nuit d'automne très avancées ? Nous l'ignorons. C’est alors que deux matelots de l'équipage résolurent de déserter le tiavire. Mal leur en prit !
Ils partirent donc à la faveur de la nuit, gagnant les îlets et allant droit devant eux, Le nuit était d'encre à cette époque de l’année
et nos deux déserteurs se trouvèrent écartés, complètement perdus sur ce sol qu’ils ne connaissaient pas. L'un des deux, plus rohuste, plus fort, réussit à gagner une maison habité: par un nommé Damboise, mais 1l avait les deux pieds presque complètement gelés. Quant à son compagnon, on le crut noyé, perdu à jamais. Au printemps suivant, des chasseurs de l’Isle-Verte trouvèrent son #” corps défiguré, brisé, à moitié mangé par les! renards près des tlets de l’Anse. On suppose qu'abandonné par son compagnon qui ne pouvait plus le soutenir et devait penser à lui pour qu’il n’y eut pas deux victimes, il se serait couché sur la glace pour y mourir, * croyant qu'il lui était plus agréable de s’endormir là du dernier sommeil que de se faire bafouer à la mer sur un bâtiment à voiles.
Le Rév. M. Luc Aubry (1834-1837)
M. Aubry arriva à l’Isle-Verte en 1834 pour succéder à M. Béland de douce et sympathique mémoire. Son premier devoir fut de demander à qui de droit l'érection civile de. la paroisse. Le 12 février 1835 une proclamation de Son Excellence Mathew Lord Aylmer
gouverneur en chef du Haut et Bas Canada reconnaissait civilement la paroisse de l’Isle- Verte et lui donnait les borres que voici :
, ‘ Paroisse de St Jean Baptiste de l’Isle-Verte, | dans le district de Québec, bornée comme suit, conformément à un rapport de MM. J.
LB. E. Bacquet, Hector $S. Huot et Edouard MP, Caron, commissaires nommés à cette fin, savoir : La dite paroisse devra comprendre Ja seigneurie d’Artigny et partie celle de | l'Isle-Verte, comprenant une étendue de trois lieues et quatorze arpents de front sur deux lieues de profondeur, bornée vers Le nord au fleuve St Laurent , versle sud par les réserves de la couronne—vers le nord-est par la - ligne seigneuriale des Trois-Pistoles, vers le sud-ouest parce qu’on appelle vulgairement.
sur les lieux la ligne de Cacouna, c'est-à-dire par la ligne qui sépare la partie de la dite seigneurie de lIsle-Verte qui appartient à Alexandre Fraser, Ecr., de celle des représentants de feu Louis Gauvreau, Ecr.”
En novembre 1834, le peuple canadien était appelé à s’élire une chambre nouvelle vu. | que le quatorzième parlement était terminé. .: : Le lieutenant-colonel Louis Bertrand, mar-
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rte, ame LUE ard fin, ndre e de trois deux d au éserar la rs le ent.
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chand de l’Isle-Verte, celui-là même qui avait levé les rec: aes pour la guerre de 1812, n'eut qu’à se mettre sur les rangs pour l'emporter sur ses adversaires. C'était un respectable . vieillard que M. Louis Bertrand, et la parois: se de l’Isle-Verte en a gardé un touchant souvenir. C'était aussi un homme de principes,
M. Aubry ne resta que peu d'années à# l'Isle-Verte qu'il laissa en 1837. à
Nous ne pouvons laisser passer cette date sans dire un mot de la situation d'alors. On connait bien ce qui se passa aux alentours de … Montréal, à St Charles, à St Denis, à St Eus: tache, voire même dans les paroisses en haut de Québec, maïs on ignore peut-être les dis positions d’esprits des habitants échelonnés le long du fleuve en bas de Québec.
À lJ'Isle-Verte, comme dans toutes les autres paroisses, 11 y eut de l’indignation et du mécontentement. Les voix ne craignaient pas de s'élever et de eondamne : hautement !
les actes d’un pouvoir tyrannique et arbitraire qui traitait nos ancêtres en véritables parias, : en véritables vaincus. (C'était le règne de la : terreur et nous étions des ilotes. Mais l’éloi- | gnement des grands villages où fermentait la :
| rivolte ; l'isolement des grands centres d’où
Partaièent des courants électriques qui ga-
j gnaient les alentours ; la privation, si nous
||) pouvons parler ainsi, de ces orateurs à la
dl langue de feu qui bouleversaient les popula- || tions canadiennes en leur parlant des dou- :ceurs de la liberté après leur avoir montré
| dindignité de l'esclavage qui semblait peser
: (0 de
US ar éles : la confiance dans leurs pasteurs et ; La uen aux enseignements de Notre
“Mère la Sainte Eglise furent les véritables
‘causes qui empêchèrent les populations d’en bas de Québec de se montrer grouillantes et
On avait vu Papineau venir jusqu’à
‘Kamouraska, tonnant contre l'Angleterre de
-O'Connell, et excitant partout le peuple à la révolte. L’enthousiasme dura peu ; ce fut comme un coup de foudre dans un ciel
sombre. Les catastrophes de St Denis, de St
agi sagement en né prêtant qu'une oreille
LA
assez discrète aux bruits de révolte, et en!
écoutant les sages avis de leurs curés qui leur prêchaient la soumission. L'Eglise, à1 toutes les grandes époques dé trouble, à | toujours fait entendre sa voix d’apaisement & et de conciliation, et ceux-là seuls, peuples où #2 individus, ont eu raison de se féliciter, qui fi ont écouté et pris en considération les sages f avertissements qu'Elle savait donner. pe
Cette insurrection de 1837-38. est diversement appréciée, mais l’histoire impartiale dira, croyons-nous, que le peuple canadien, soulevé dans un moment d’indignation, à st trouver les libertés qu’il possède aujourd’hui, en payant de sa personne et du sang d'un erand nombre des siens.
1837 restera comme-une grande image d’un passé sombre où nos pères ont payé de leur tête et de leur liberté les glorieuses prérogatives dont nous sommes tant fiers à cette heure de calme et de discussion pa tique. 8
Honneur à tousteux-là—sublinres éveil si vous le voulez—mais héros quand même) qui ont montré en face de tout un pays q les acclamait quel cœur noble battait dans
ia AR
leur vaillante poitrine. Honneur àces soldats d’un jour, véritables vendéens mourant pour là patrie et la liberté, qui ont étonné le monde et su mériter les sympathies et les admirations mêmes de leurs ennemis.