CHAPITRE IX
| Le Résd. M. Doucet et la: première église (1837n 1852.)—Le“ Calvaire. ”—Visite épiscopale de Mgr Turgeon, administrateur —Les Irlandans et le typhus u l'Isle-Verte en 1850.
M. Doucet arriva dans la paroisse de l’Isie-Verte aux moments les plus critiques de notre histoire nationale. La Province de 4 |: Québecétait en feu, (et nous appelons Province
1. de Quéhrc, la partie du Bas-Canada d'alors qui .. comprenait Montréal, Québecet leurs envi- | -rons) L'insurrection levait la tête et les | patriotes s’organisaient à la hâte aux cris de : Vive la liberté! L'on marchait à la mort | sans sourciller et l'écho des victoires anglaises ” venait saourir lugubrement sur les bords du fleuve en bas de Québec, au milieu des populations réstées loyales, mais ne fraternisant pas moins par le cœur et la pensée avec
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- soumission à l’autorité constituée et reconnue.
Jes glorieux enfants de St Eustache et St Charles. Le clergé, en général, condamnait cet égarement de la foule, et la grande voix des évêques catholiques préchait la paix et la
À partir de Kamouraska en descendant vers
la Gaspésie, les populations surent demeurer
fidèles à la voix de leurs pasteurs, et l'Eglise catholique, dans cette partie-ci du pays, n'eut
pas à pleurer sur les égarements de ses enfants 2"
ni sur la mort d'aucun d’entre eux.
Comme pour faire diversion au ét d'idée qui existait alors avec une intensité peu | commune, M. Doucet entreprit la tâche péni- | ble de bâtir une église qui fut digne de l'accroissement de l’Isle-Verte, digne de sa popus. lation et de ses moyens. M. Béland, de douce. et sainte mémoire, en avait commencé la croisade sans avoir vu ses efforts couronnés de succès ; M. Aubry n’avait fait qu’effleurer pour ainsi dire la question , M. Doucet allait y jeter toute son énergie de prêtre, toute sa xolonté et tout son désintéressement de citoyen, conciencieux, probe et désintéressé. Ce ne fut pas sans luttes, sans misères, sans travaux et sans démarches qu’ii vit enfin le com-
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.mencement de son œuvre. Dès les premières années les difficultés commencçaïent à s’accumuler, formidables, votre même désespérantes,
Le Revd. M. Proulx, curé de la Rivière- . du-Loup, avait été nommé par Mgr Signaï pour faire un rapport détaillé de cette affaire de la construction d’une église à l’Isle-Verte. | Au 16 janvier 1843, le procès verbal de M.
À, Proulx était approuvé par l'évêque, mais avec des modifications déterminée, Mgr Signai se réservait le droit, cependant, de décider dans le cours de sa visite aurant l’été de changer ou non la direction donnée à l’église par le procès verbal du Revd M. Antoine Proulx.
Au mois de juillet 1848, Mgr Signai était à l'Isle-Verte, en visite pastorale, Illui était donné de constater, lui-même, le besoin d’une église et profita de sa visite pour examiner soigneusement l'endroit où l’église devait être bâtie, et ordonner de vive voix ce qu’il croyait être opportun de faire dans les circonstances. Selon qu'il s’en était réservé lé droit, Mgr Signaï décida de ne point changer la direction donnée à l’église, mais seulement d'avancer l'édifice de douze pieds
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vers le sud-ouest pour donner autour de l’église un espace plus vaste à la circulation. Cette décision ne parut pas satisfaire tout le monde, car nous voyons que deux ans après la visite de Mgr Signaï, une requête des habitants de l'Isle-Verte partait pour Québec demandant une visite nouvelle et la convocation d’une assemblée pour y discuter avec le délégué le choix d’un emplacement plus convenable.
M. J. B. Grenier, curé de Cacouna, fut envoyé à l’Isle-Verte, et voici une partie du procès-verbal qu'il y dressa alors : “ J’ai, en vertu de ma dite commission, et en présence de la dite assemblée, après un examen préalable des localités, déterminé que la nouvelle église dans la dite paroisse par le procès-verbal du dit Seigneur Joseph Signaï, en date du 30 juillet 1838, au lieu d’être bâtie à l’endroit fixé par le dit procès-verbal, le sera dans la direction du Nord-Est au Sud-Ouest, à 144 pieds au moins au sud - ouest de l’église actuélle, et à eiviron 50 pieds au nord du chemin public du premier rang, laquelle nouvelle place nous avons fais désigner par des piquets plantés en terre. ”
Le procès-verbal, de plus, changeait toutes
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les dimensions données à l’église par la première décision de 1833. Mor de Québec, le 2 février 1846, approuva le travail du Révd M.
Grenier, mais les habitants de l’Isle-Verte crurent bien faire en s’arrangeant entre eux de manière à bâtir l'église autrement que ne le comportait le procès-verbal. Les travaux allèrent leur che:nin rapidement jusqu’à ce qu’un doute, peu encourageant, commença à inquiéter les habitants.
On redisait hautement de toute part que Mgr de Québec n’approuverait pas l'édifice tel que construit et ne permettrait pas que Îles exercices rélirieux y soient célébrés. Les habitants de l’Isle-Verte s'empressèrent d’adresser une nouvelle requête à Mgr Signaï, dans laguelle il protestent de leur soumission à l’église et n’avouent avoir agi contrairement aux dictés du procès-verbal que dans la pensée du p}s grand bien de tous. ‘“ Nous étions convaincus ajoutaient-ils, que Sa Grandeur donnerait plus tard son approbation en voyant ce temple achevé—un des plus beaux du pays—et ils continuaient ainsi à donner, à l'appui de leurs prétentions, les raisons les plus fortes qui.les avaient induits à agir comme ils l'avaient fait.
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Le 18 décembre 1848, le Rév. M. C. F.
Cazeau de si douce mémoire, le regretté Prélat et premier Supérieur de l’Université-La- : val, fut envoyé à l’Isle-Verte comme une espèce de médiateur entre les habitants et leur Evêque. Il étudia la question sur toutes les faces, il entendit les raisons des habitants, et le 17 janvier 1849, son Procès-Verbal exoné rait de tout blâme les contribuables de l’Isle- Verte. D'après M. C. F. Cazeau, les habitants avaient eu raison de changer les dimensions de l’église, agissant en cela pour le bien du plus grand nombre. La nouvelle église se trouvait donc à avoir 140 pieds de longueur sur 62 de largeur et 85 de hauteur ; dans la partie postérieure de l’église 1l devait être hâtie une sacristie de 62 pieds de longueur sur 86 de large. Mgr de Québec approuva le Procès-verbal de M. C.F. Cazeau par un décret publié le 24 février de la même année 1849.
Les dimensions de l’égiise étaieut fixées, les doutes disparus, il ne restait plus qu'à continuer les travaux avec vigueur et c’est ce que l'on fit aussi avec une ardeur et un entrain peu ordinaires. C'était l’accalmie après les heures sombres de craintes et de doutes.
C’est sous M. Doucet que la grande voix du Grand Vicaire Mailloux se fit entendre d’un bout de la Province du Canada à l’autre déclarant une guerre à mort à l'intempérance et à l’ivrognerie, ce vice hideux qui nous fait tant de mal. Il était le généralissime de cette grande armée des zélateurs de l’œuvre de la tempérance et chaque jour de nouvelles recrues venaient augmenter le régiment de la croix. Dans toutes les paroisses, on faisait une propagande active, et chaque pasteur se constituait le chef de la croisade nouvelle montant à l’assaut de cette forteresse immonde où lé dieu de l’ivrognerie tient ses quartiers toujours achalandés.
À l'Isle-Verte, il y eut des conversions retentissantes, et M. Doucet voulant que le souvenir des bonnes résolutions prises ne s’envolât pas sous le souffle de l'oubli, il dressa sur un point culminant faisant face à l’église un immense “ Calvaire ” qu’on appela le “ Monument de la Tempérance. ” Une grande croix en bois s’élançait dans les airs, . semblant protéger de ses deux bras étendus le village bâti à ses pieds. Ce monument, vu de loin, jetait dans l’âme des passants une
impression poignante, une émotion indéfinis-
sable,
O crux, Ave, spes unica, Muridi salus et gloria !
La croix ! voilà le drapeau sous lequel
les canadiens devraient toujours marcher.
In hoc signo vinces ! lisait Clovis dans le ciel de la Gaule païenne ; et de nos jours ces admirables paroles ont encore leur applica- .… tion. La croix.! on la retrouve partout ; sur la poitrine des croisés, sur le cœur des Vendéens, à la boutonnière des braves ! et il fait bon de rappeler, par des monuments significatifs, que la croix ayant été le partage de l'Homme-Dieu ici-bas, on ne doit pas craindre
de porter la nôtre, quelque pesante qu'elle puisse être.
0 vieux calvaire! 0O sainte solitude!
Doux monument qui borde le chemin,
Abri du mendiant quand le soleil est rude...
Au vieux calvaire encor quand la nuit tombe Quelque vieillard—un baton à la main,
Vient appreudre à braver le calme de la tombe Et l’espoir brille à son front plus serein.
Cette croix n'existe plus aujourd’hui, ainsi que l'escalier de quatre-vingt marches qui y conduisait. Le vent l’a déracinée pen-
sent les uns ; une main sacrilége l’a renversée, disent les autres.
kw *
Le 27 juin 1849, Mgr Turgeon, de sainte mémoire était en visite pastorale à l’Isle-Verte, Il n’était alors qu'administrateur et nommé Evêque titulaire de Sydney. Les habitants de l’Isle-Verte, encore tout heureux des décisions de Mgr Signaï au sujet de leur nouvelle église, ne ménagèrent pas leur temps et leur zèle pour recevoir dignement leur nouveau titulaire appelé à devenir lui-même le plus haut représentant de hiéarchie catholique, en çe pays.
Sensible à cette marque d'affection particulière, Mgr Turgeon remercia chaleureusement les habitants de l’Isle-Verte dont le zèle et l’'empressement à réhausser par leurs décorations les solennités d’une visite épiscopa'e étaient certainement à leur plus grand honneur.
Le 20 décembre de la même année, le Revd. M. Belzille assistant-secrétaire de l’Archevêché, venait à l’Isle-Verte y ériger avec une grande pompe et au milieu d’un vaste ‘concours de fidèles venus des paroisses envi-
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ronnantes, in magnifique chemin de Croix acheté spécialement pour la nouvelie église, C'était une cérémonie toute nouvelle pour
les habitants de la Paroisse, et bon nombre
de curés voisins réhaussèrent par leur présence la solennité de la fête. Ont signé l’acte d'érection les Rvds. I. Doucet. O. Hébert, J, Loz. Marceau, et F. H. Belzille,
L'année suivante, les épreuves les plus rudes vinrent assiéger l’Isle-Verte. C'était vers le milieu du mois de juin 1850. M. Barry qui dirigeait l'établissement que les messieurs Price avaient sur la Rivière-Verte pour l’exploitation de leurs limites à bois, fit venir de l'Irlande bon nombre de ses compatriotes qui arrivèrent dans la paroisse atteints du typhus, cette terrible maladie qui ne pardonne pas.
Le bâ'iment à voiles qui les avait amenés à son bord jeta l’ancre au bout d'en bas de l’île verte, et la terrible nouvelle que l'épidémie décimait les nouveaux arrivants se commu-
niqua bientôt dans tout le village où une
panique menaça d’avoir lieu. La voix du curé Doucet unie à celle du D: Desjardins,
(aujourd’hui à Ste Anne de la Pocatière),
rassura les plus épouvantés, et l’on procéda
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lue
avec des soins infinis au débarquement de ces pauvres malheureux arrivant malades sur un sol étranger.
Le Dr Desjardins donna toute son attention et tous ses soins aux pauvres malades et il vit bientôt le fléau disparaître d’ax süilieu de la paroisse de l’Isle-Verte sans faire un trop grand nombre de victimes,
Alors que sévissait l'épidémie du typhus, un triste accident vint augmenter le malheur de la situation. On aurait dit qu'une main invisib'e s’appesantissait sur la paroisse de l’Isle-Verte pourtant assez éprouvée jusque-là. Deux écluses barraient alors comme aujourd’hui la Rivière-Verte à une distance de quelques arpents seulement, et entre ces deux écluses une digue avait été construite pour retenir, près du moulin à scie, une foule de planches de rebut. C'était au printemps ét le courant de la rivière était très fort Quatre hommes du chantier travaillaient un bon matin sur cette digue, lorsque pressée par la masse des eaux impétueuses, elle vint se rompre. :
Il y avait là en ce moment O'Kiff, Ban-
ville, St Pierre et un autre Irlandais dont
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F, Bans dont
nous ignorons le nom O'Kifqui savait nager sauta à l’eau et descendit les rapides. Les trois autres se cramponnèrent au bois de la digue, sautèreut dans cette position les rapides qu'O’Kiff venait de traverser à la nage et arrivés derrière les magasins d’aujourd’hui appartenant à MM. Chs. Bertrand & Compagnie, Banville fut sauvé par-le notaire Chamberland et les deux autres réussirent à sauter à terre. Quelques secondes encore et les trois pauvres malheureux étaient entraînés au pied de l’écluse où ils se seraient broyés sur les rochers à fleur d’eau.
Quant à O’Kiff, emporté par le courant rapide, il ne put gagner terre et il dut sauter l’écluse, haute de plus de 15 pieds. Son corps fut retrouvé le lendemain à l'embouchure de
là rivière. On lui fit des funérailles splen-
dides auxquelles toute la paroisse assista.
C'était un homine bien instruit que cet irlandais O’Kiff, ayant des manières distinguées et très affables. Sa mort fut considérée comme une perte sensible pour l’'Isle-Verte. C'était là de -dures épreuves en peu de temps, sombres drames de la vie qui font penser et nous inclinent comme malgré nous vers nos misères
et les mesquineries de cette pauvre vie qui n’est qu'un passage, après tout, et qui mérite peu l'attachement pourtant bien fort que chacun lui porte.
* 4 * On peut dire que sous le ministère de M. Doucet, la paroisse de l’Isle-Verte, était à son point culminant, à l'apogée si l’on aime mieux. lle était devenue un centre important, à tel point que les ministres d'alors jetaient les yeux sur elle pour faire de l’embouchure de sa rivière un port de mer où les bâtiments fussent à l’abri des tempêtes et des bourrasques. Il y avait trois noms sur la liste, trois paroisses se disputaient pour ainsi dire la palme de la victoire : Trois-Pistoles, . l’Isle-Verte et la Rivière-du-Loup. L’Isle- . Verte semblait devoir l'emporter sur ses voisines, non-seulement à cause des nombreux chantiers et du commerce qui s’y faisaient chaque année sur une grande échelle, mais surtout à cause de sa position avantageuse :
en effet, entre l’Isle-Verte et la terre ferme, il y a un hâvre naturel assez vaste pour.contenir plusieurs navires de forts tonnages et Jes mettre parfaitement à l'abri du vent et
qui érite que
re de ait à aime mpor- ’alots l’emoù les et des sur ‘la r ainsi stoles, L’'Isle- 1r ses nbreux isaient >, Mas 0 euse rme, il conte
iges et rent et
des ouragans subits. Lors des chargements du bois faits dans les chantiers d'hiver par les MM. Price, il y avait jusqu’à trois bâtiments voiliers ensemble dans le chenal entre l'Ile et la terre du sud.
Un bon matin d'été, un joli petit steamer arrivait au détour de l'ile verte ayant à son bord l’Honorable M. Cauchon, MM. Roxers et Keeper envoyés par le gouvernement en exploration et devant faire un rapport pour servir de base à une décision définitive. Ces messieurs examinèrent l’ensemble des avantages qu'offrait le port de l’Isle-Verte et.se déclarèrent publiquement enchantés des lieux qu'ils visitaient pour la première fois. On leur présenta une adresse de circonstance, puis ils partirent pour les Trois-Pistoles, après avoir pris le repas chez M. Barry, gérant pour Îles MM. Price.
Ea chance ne devait pas être du côté de l’Isle-Verte. La Rivière-du-Loup n'était pas non plus sans offrir de grandes commodités pour un port de mer... aussi l'emporta-t-elle sur ses deux autres rivales ; le quai y fut de suite commencé.
C’est encore sous M. Doucet, en 1849, que
l'on vit s'établir le Bureau d’enrégistrement à l’Isle-Verte ; c'était une seconde division du comté de Rimouski. Rimouski avait son bureau depuis longtemps déjà—tout comme 1l était le centre des affaires municipales de Témiscouata et Rimouski. Cette innovation arrivait à point pour donner un regain de vitalité et d'importance à l’Isle-Verte.
Restait à choisir le nouveau titulaire. On ne se demanda pas longtemps : qui sera Régistrateur ?—car M. Taché, qui était alors député du comté, s'empressa de nommer M.
John Heath, Notaire, Régistrateur à l’Isle- Verte, passant par dessus la tête du Notaire