‹ L'Isle-Verte (St. Jean Baptiste) [microforme]Chapitre 36 sur 51 · MAT · texte numérisé non relu

MAT

était assez Pour que la discorde éclatât dans le camp.

Sous le fâllacieux prétexte qu’elle n'était pas assez décéhte, certaines personnes inconnues profitèrent des ombres de la nuit pour entrer dans l’église et y commettre le sacrilège enlèvement de lastatue qu’ils allèrent, suivant les uns, jeter à la mer, tout près de l'Ile Verte, suivänt les autres, enterrer à quelques per-

ches de distance de l’église, dans la direction du Nord.

Nous nous étonnons qu’on n'ait pas à : l'instant même réparé l’outrage fait à la Mère de Diéu, en souscrivant de suite pour l’achat d'une nouvelle statue qu’on aurait installée avec pompe. Ce mouvement réparatoire au-

rait pris les proportions d’une solennité gran-

diose, d’une fête sans précédent dans les annales de l’histoire religieuse des paroïsses et l’on aurait v enge dignement la mère et son

fils.

Mousieur Gagnon ne resta que deux ans curé de l’Isle-Verte. C'était un homme trop ©! bon, d’un caractère trop doux pour étreénergiqué. Toutefois, il ne manquait pas d’une cértaine énergie de volonté qui le conduisait

Je.

sûrement au but qu'il avait en vue et qu'il croyait être dans l’intérêt de la vérité et de la ‘ justice. Missionnaire pendant plusieurs années, il avait acquis une grande connaissance des hommes et des choses, qu’il savait mettre à profit lursqu’il survenait quelque conflit dans une paroisse. Il allait être remplacé par M. Lazare Marceau. |

Révd M. Lazare Marceau (1856 à 1870)

Le premier soin de M. Marceau en arrivaut à l’Isle-Verte, fut de donner son attention à l’ornement intérieur de l’église. Il voulait suivre la marche de ses prédécesseurs et travailler à faire de l’église paroissiale un des plus beaux temples de Dieu, en bas de Québec. Secondé dignement par la bonne volonté et le zèle pieux des habitants, il lui

était facile d'arriver à cette fin.

L'entreprise, assez onéreuse, fut conñée

à M. F: X. Berlinguet, architecte de Québeé, Let en admirant aujourd’hui les trois autels qui parent l’église de l’Isle-Verte, en examidant de près la beauté artistique des pan- neaux xculptés qui ornent les murs de chaque

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Berlinguet s'acquitta de son ouvrage avec honneur. Il y a du goût dans tout cela, il y a ce nous ne savons quoi de fini qui dit qué la main d’un artiste a passé par là en y laissant son empreinte.

Le chemin de croix, d’ancienne date, n'allait pas aux murs blanchis de la nouvelle église. Aussi lé Rév. M. Marceau s’empressa+t-il d’en acheter un nouveau qui fut installé avec grande pompe. Il était à peine érigé que Mor Baillargoon, de sante mémoire, arrivait à i’Isle Verte pour y faire la visite pastorale.

Nous étions alors au 12 septembre 1861.

Il y avait comme un frisson de malaise dans l'air. (C'était comme un pressentiment de guerre prochaine. Où avait appris la capture de messieurs Slidell et Masson à bord:du vaisseau de la malle anglais2, le “ Trent ” par le sapitaine Wilks, commandant le “ San Tacinto ” pendant la guz2rre civile aux États-

Unis. On connaissait la sommation ds Lord Lyons aux américains de faire apologie, et le. A refus de la République de s° rendre à cette injonction, Los rèlations entre ces deux pays +

devinrent tellement tendues qu'elles finirent par se rompre tout-à-fait, et. l'Angleterre, craignant une invasion des troupes américaines sur le territoire du Canada, envoya des -troupes parmi nous pour protéger les frontières contre les Féniens. Les vaisseaux de guzrre portant les troup?s impériales étaient attendus de ‘jour en jour. Ordre avait été donné aux gardiens des phares le long du St Laurent de tenir leurs fanaux allumés chaque soir du mois de décembre, car les frégates devaient remonter le fleuve jusqu'à Onbboe, si c'était possible.

Ouvrage inutile ; peines perdues ; les

Vaisseaux de guerre, pris par les glaces si nombreuses à cette saison de l'année, durent faire escale au Bic. On vit alors les canotiers de Lévis traverser les paroisses à la course allant aider au débarquement des troupes.

Un bon matin de décembre, par un froid assez vif, l’Isle-Verte se réveilla aux cris des soldats et aux appels des clairons. On aurait dit les hordes de Colborne venant incendier | quelques villages le long de la côte. Maie -hon, les allures des soldats anglais étaient Aùr pacifiques. On avait faim parmi les

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habits roûges ” et les maisons des -particu- Liers s’ouvrirent toutes grandes pour venir en aid: à ces pauvres solda's fatigués et à moitié transis par. un froid de loup.

Une partie de ces troupes se rendit. à Québec et l’autre, croyons-nous, remonta le grand chemin de Témiscouata pour aller faire la patrruille du côté du Maine. (Ce n'était là qu'un alerte, comme on le sait, et les soldats n’eurent pas même à faire le coup de feu avec les américains. (C'était une m’sure de. prudence, un: tactiqu? militaire qui eutson bon côté, quoiqu'elle dut coûter énormemeut cher

à la mèrs-patrie.

LT

Ea 1868, la grande nouvelle réjouissante arrivà parmi nous annonçant que le projet de construire un chemin de fer de Halifax à la Rivière-du-Loup où il devait se joindre au Grand-Tron’, était sur le point de s2 réaliser. Déjà ls ingénieurs du gouvernement s’occu-

paient du tracé le noins dispendieux , déjà ‘les contracteurs de partie du chemin projeté M ‘établissaient leurs quartiers ici et là, enga- . à geaient les hommes et se ravitaillaient de |

chevaux, de foin, de graïnset de provisions.

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Conçoit-on la joie sans pareille qui vint felever le courage des plus abattus ? S’imagine-t-on les réjouissances profondes qu'éprouva toute la population échelonnée sur les bords du St Laurent en bas de la Rivièredu-Loup, en voyant l’ère de prospérité qui s’annonçait pour elle? L2 chemin de fer allait ouvrir de nouveaux débouchés, augmenter la facilité des communications, ‘par:

tant plus de vie, plus d'activité et plus d’aisanc:. Le commerce devait nécessairement augmenter : les denrées et les produits multiples de la férme, du commarçant de l’ouvrier et de l'artisan allaient se frayer un une route plus facile, la valeur d2s propriétés

nepouvait qu'augmanter et les vastes régions, eu arrière des paroiss?s établies au bord du

. fleuve. devaient cesser de demeurer inexplorévs et incultes.

| L'Isle-Verte, ch2f-lieu alors du beau et ‘waste comté de Témiscouata, allait pouvoir … Tutter à armes égales avec lés paroisses en haut de la Rivière-du-Loup Possédant de vastes pouvoirs d’eau qui faisaient marcher trois ou quatre moulins très’ actifs, l’Isle- . Verte, plus que tout autre paroisse, devait se

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