‹ L'Isle-Verte (St. Jean Baptiste) [microforme]Chapitre 6 sur 51 · PE 7 DER · texte numérisé non relu

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portant les destinées et l’avenir de notre pays, —César et sa fortune !—contourna la terre ferme pour venir côtoyer ensuite l’île d’Antierle”” M costi qui deviendra plus tard la légendaire demeure de l’historique Olivier Gamache, cet épouvantail des paroisses pendant plus de

Lardi dos - vingt ans.

ande Puis ce fut le tour de l’île St Barnabé,— ssin en face de Rimouski,—qu'il aperçut au lever e en Æ du soleil, semblable à un énorme cétacé ande M endormi sur la mer calme et sans ride : ce dont sera, deux siècles plus tard, le refuge d'un chef pauvre ermite inconnu portant le nom de e de M famille du hardi marin français, —Toussaint attre Cartier, — que l’on trouvera mort un bon pce. 4 matin de janvier, dans sa froide cabane en : Duel (4 bois, et que le Père Ambroise Rouillard, srait (9 missionnaire - récollet, enterrera le 30 janira- M vier 1767.

e,— Ce jour-là, Cartier longera la côte sud de ages M plus près pour examiner l’île nouvelle qu'il ela © vient d’entrevoir :—ce sera plus tard le Bicde # quel ; non loin une caverne ouvre sur la mer NS son orifice béant : c’est là qu’une troupe de que Sauvages Montagnais, affolés et poursuivis ille, D par ae courront s’abriter, croyant y:

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trouver le salut. Hélas ! la “ Caverne au massacre ” deviendra légendaire à cause de Phorrible hécatombe dont elle tire son nom.

Cette légende horriblement tragique du massacre du Bic aura pour interprète digne en tout point d’une pareïlle tâche, J. C. Taché, une de nos meilleures plumes !

Et le vent soufllait toujours et la petite flottille remontait vaillamment la grande rivière du Canada. C'était alors an commen- -cement des beaux jours d'automne, et tout le long de la côte sud, aussi tourmentée par la nature que la rive opposée, les forêts jaunissantes et les herbes alanguies des grèves, “donnaient au paysage, grandiose par son ampleur et sa beauté. cette teinte mélancolique qui est encore un des plus grands, charmes de la nature à cette époque de l’année.

Quel vaste cadre, aux couleuts variées enserrant sur la mer qui se faisait paisible ces trois barques aux ailes déployées !

Quel contraste entre ces-géants de la côte nord, rocs à pic jetés là comme une

- menace et un défi au temps, et ces humbles galiotes-pygmées à la merci des flots et des

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À la tombée du jour, Jacques - Cartier apprit des Sauvages qu’il avait à son bord (1) qu’on approchait d’un des trois grands royaümes qui s’ partageaient alors le pays tout entier, celui du Saguenay. Comme les courants étaient très forts à l'endroit où il se trouvait, Jacques-Oartier serra de près la côte sud à sa gauche et mouilla. Il ne voulait pas entrer dans la rivièredu Saguenay avant qu le jour fut levé.

au large le retour du matin.

À travers la brume légère qui s'élève du

fleuve le soir, Jacques-Cartier aperçut une A île d'assez grande dimension se détachant,

par une couleur uniformément sombre et inténse, sur le fond plus clair du paysage environnant.

Quelque chose apparut—quelque chose de vert.

comme dirait Bouilhet dans son poême Les Fossiles.

Il l'avait remarquée de loin, bouts ‘n80leillée des feux du roi du jour à son déclin. Aussi voulut-il s’y faire mener aussitôt que son navire eût jeté l'ancre pour passer la

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nuit. Le spectacle devait être alors admirable, car la brûme venait de se dissiper, refoulée au flanc des Laurentides par la brise caressante et douce du soir. À droite, les grandes falaises de la côte nord derrière lesquelles le soleil venait de disparaître, laïssant après lui cette traînée de lumière qui fait le désespoir des peintres et l’admiration des penseurs, des admirateurs de la belle et grande nature.

Les derniers rayons du soleil couchant avaient mis des flèches d’or aux branches des sapins verts et des épinettes sombres dont l'ile est couverte, et cet embrasement et cet étincellement, aux heures du soir, devaient

être de nature à impressionner fortement

l'âme ardente et poétique du marin français.

La côte sud elle-même—la partie supérieure—gardait la trace des derniers embrasements du soleil, tandis que l’ombre se faisait à ses pieds que baignait alors le fleuve calme et apaisé.

Quand le soleil se meurt de sa mort grave et iente,

Quand le grand exilé descend dans son sommeil,

On peut voir resplendir, comme un brasier vermeil L’horizo2 flamboyant et chaud qu'il ensanglante.

Voilà la scène sublime qui vint alors

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frapper le regard de Jacques-Cartier et des matelots montant la petite barque qui les amenait au rivage de l’île.

Aussi s’écria-t-1l—du moins, c’est la lé- |

gende qui le dit—-en s'adressant à ses compagnons : “—Oh! c’est bien là l’Isle-Verte ! ?”— Voilà pourquoi le poète a pu dire :

Quand l’immortel Cartier monta le St La’vent, La légende nous dit que ‘‘ belle isle voyant ‘ Il vint au rivage.

‘ Et Cartier ébloui de si belles beautés:

‘ Isle-Verte, dit-il, tu nous as subjugués ‘ Par ton paysage.

‘ Que tes oiseaux chanteurs y vivent de longs jours! ‘“ Qu’à l’abri des autans s’écoulent leurs amours, ‘“ Leur frôle existence, ‘ Et que tes sapins verts, formant de verts côteaux, ‘ Confondent en un seul leurs flexibles rameaux, “ Signe d'espérance! ”

Les Sauvages de Cartier .’oublièrent pas ces paroles du valeureux marin français, qu'ils transmirent aux Sauvages de Tadoussac en leur disant que le grand chef des grandes maisons ailées avait donné à l’île, en face de l'embouchure du Saguenay, le gracieux nom d'Ile-Verte. La tribu sauvage de Tadoussac conserva le nom de File et l’apprit aux missionnaires ; c'est ainsi qu'en 1663. on trouve

dans la Beliou des Jésuites la mention

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première de l’Isle-Verte, Les missionnaires, qui'ñe bornaient pas leurs visites à l’île seu-

‘lement, vinrent évangéliser les sauvages vivant surles bords de la grande rivière qui se jette dans le fleuve en face de l'ile «et “appliquèrent le nom de Js/e-Verte à laterre

ferme où se tronveaujourd'hui bâtiela paroisse. Voilà comment il se fait que cette Paroisse de PIsle-Verte a vu son nom naître de la lésende. Telles sont les origines un peu fabuleuses, il est vrai, mais non pas impossibles ni improbables de ce gracieux nom que porte la Paroisse, origines distantes de nous de plus de six demi siècles,

L'histoire de l'Isle - Verte s'identifierait donc par là aux pénibles commencements de

- la civilisation sur cette terre d'Amérique ? Pourquoi pas ? Cela ne répugne pas du

tout à l'esprit, bien qu'aucune donnée sérieuse, aucun fait véridique ne lui viennent servi

de point d'appui, au moins jusqu'à une époque

déterminée.

Mais laissons arriver Samu:l de Champlain en 1608 ; laissons venir sur nos bords les premiers missionnaires venws du vieux pays de France et l’on verra que l’histoire de

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l’'Isle-Verte est très ancienne, bien avant les Seigneurs, associant ses destinées à celles de Tadoussac, sa vis-à-vis, comme deux sœurs séparées mais unies dans une commune idé”, une même pensée et un même but : “ prendre une place au soleil de la civilisation et de l’évangélisation chrétienne et marcher dans la voie du progrès intellectuel et moral.

Quelle admiration aussi intense que « ‘}

vraie Jacques-Cartier ne dut-il pas éprouver en face de cette nature grandiose, de cette végétation luxuriante étalant aux regards étonnés et ravis la multiplicité de ses charmes —autant de parures —charmes non affaiblis

| par l’arrivée des premiéres brises d’autorne.

Ici, des milliers de pigeons de mer aux couleurs les plus diverses et les plus chatoyantes ; là, des centaines d’outardes voyageuses, de canards sauvages, de mauves et de goélands prenant leurs ébats sur une étendue de mer sans fin.

Au sud, la forêt immense, onduleuse et pareille à la mer,--elle est à perte de vue, — allant se confondre là-haut avec i'azur du ciel :

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‘beauté ; cette côte nord tourmentée par la

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sol vierge de toute empreinte du pied des visages pâles ; demeure séculaire des ours et du chevreuil, de l'élan, du caribou et de l’orignal ; retraite familière et assurée de l'enfant des bois, cet être au teint cuivré dont l’histoire gardera le nom, mais dont le pays, tôt ou tard, perdra la trace intéressante à plus d’un titre.

La vision de l’avenir ne vint-elle, pas tourmenter alors l’âme de Cartier ? Son regard inspiré n'’entrevit-il pas à travers les siècles, le couronnement héroïque de l’œuvre gigantesque dont il venait pour être en ce pays l’infime mais providentiel ouvrier ?

À l'ombre du grand mât de son vaisseau, si fragile comparé aux énormes cuirassés de nos jours, à l'heure où des milliers d'étoiles venaïent sourire à la terre et mettre un regain de beauté dans notre ciel si pur aux nuits d’automne, il dut songer et méditer profondément. Il dut songer qu’un jour peut-être, ces vastes forêts pleines d’ombres, cachant des

ennemis de toute espèce : serpents, reptiles

et sauvages sanguinaires ; ces îles aux falaises abruptes, mais d’une végétation de toute

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grande main de la nature, verraient leur retraite se peupler d'hommes nouveaux venus d’où 1l ’enait ; hommes au cœur large, à l'âme sereine et à la forte encolure.

Il les voyait, robustes comme les grands bouleaux penchés au-dessus du Saguenay, mettre la cognée au pied de l'arbre, refouler la forêt, défricher le sol, bâtir d’humbles cabanes, édifier des temples au Dieu de leurs pères, se multiplier, former des centres importants, vivre de la grande vie des sociétés unies, et former ainsi un peuple vérilet fort, un peuple nouveau que Dieu aura sous sa sainte garde et destiné peut-etre à accomplir daus le monde une mission provi-°

dentivlle dont le ciel gardait encore le secret,

Et Cartier dût tressaillir de tout son être

sous l'effet de cette vision de l’avenir : tres-

saillement de joie et d’intime ivresse ; rayonnement de l'intelligence de Dieu dont il était animé, lui, appelé dans les secrets du Très- Haut à accomplir de grandes choses.

Dieu permet parfois de ces visions consolantes pour retremper le courage des hommes qu'il à marqués au front du signe du génie,

les appelant à coopérer aux grandes œuvres

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qui étonnent le monde. Visions bénies qui peuvent parfois n'être que des illusions brillantes, des chimères heureuses ; mais qu’importe ! il est de ces illusions et de ces chimères qui soutiennent et rendent forts aux heures d’abattement, de doute, de lutte et de découragement, et à ce titre, elles méritent encore d’être bénies, puisqu'elles aident à marcher sans faiblesse vers le but où l’on tend.

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