‹ L'isochronisme dans le vers françaisChapitre 32 sur 33 · XXX. — Vbrrirr. l · texte numérisé non relu

XXX. — Vbrrirr. l

5o l'isochronisme pans le vers français

Moyennes relatives (V. ch. 11, fin).

Musique (pour 43 mesures) iiru8"> (pour 62 mesures) gcuoo Vers (pour 0,3 pieds) i3,uio (pour i58 pieds) 8f"87

L'avantage est en somme du côté de la poésie. Il en est de même, je crois, pour les mesures ou pieds et les fortes (presque) absolument isochrones.

On remarquera que, ni dans la musique ni dans la poésie, la d. m. i. u. n'atteint en moyenne le seuil moyen assigné par la phvsio-psvchologie à la perception d'une différence de durée (iocu). Elle le dépasse, il est vrai, dans plusieurs de nos exemples ; mais j'ai déjà fait observer qu'il ne coïncide pas avec le seuil de la perception du rythme. Voir, pour plus de détail, Verrier, L'isochronisme dans la Musique et dans la Poésie.

Conclusion.

Le rythme du vers français, en ce qui concerne au moins l'égalité des intervalles, présente les mêmes caractères que le rythme de la musique, la même régularité et les mêmes irrégularités. A-t-il donc aussi pour principe cet isochronisme ?

M. Landry ne le croit pas : à son avis, la durée des pieds est essentiellement variable. Au point de vue objectif, il a raison. Mais alors, il faut aller jusqu'au bout et déclarer qu'il en est de même des mesures de la musique. Cesserons-nous donc de les regarder comme subjectivement isochrones ?

J'y vois deux difficultés.

D'abord, comment expliquer que partout et toujours on a cru à leur égalitf- ?

Ensuite, sur quoi reposera le rythme de la musique et des vers? Ce n'est pas sur le nombre des notes ou des syllabes par mesure ou par pied: il varie de 1 (on pourrait dire O, à cause des silences), de 1 à '1 ou même à 5, sinon davantage encore; l'isosyllabie des pieds ou même des vers n'existe, comme règle absolue, que dans bien peu de versifications, et elle n'y est souvent que la conséquence de l'alternance régulière entre syllabe forte et syllabe faible. Ce n'est pas sur le rapport de durée entre les notes ou les syllabes : ces rapports peuvent n'avoir rien de constant (jlw, iv^, l, Lw, i — dans les vers « trochaïques ») ni même de simple (« durées irrationnelles »), de relativement simple et constant, sans que pour

MUSIQUE ET P01 mi. bl

cela le rythme disparaisse. Ce n'esl pas davantage sur L'égalité des temps, qui constitue d'ailleurs un isochronisme, mais <|ui est en généra] atteinte de moins presque celle des mesures <>u des pieds et qui s'efface parfois tout à fail dans l'exécution el même dans la notation (v. Métrique anglaise, t. II. p. i3). Ce n'est pas non [ilus sur la marche générale du rythme, crescendo <»u deei cendo : à elle seule, si l'on supprime la distinction entre fortes el faibles, elle ne donne aucunemen i I impression de rythme Est-ce donc sur le retour du temps marqué à intervalles quelconques? Mais il n'\ a rien de plus arythmique que certaines combinaisons de sons Torts et de sons faibles. Il faut qu'il v ait une régularité dans le retour du temps marqué. En quoi consiste-t-elle ?

Les chiffres de M. I.andi\ nous l'appn mi lient :

j" la durée îles intervalles rythmiques ne varie qu'entre certaines limites :

2° elle reste quelquefois (presque) absolument constante dans plusieurs mesures ou pieds, soit consécutifs, soit même sépari

3° les parties fortes et longues, qui frappent surtout l'attention, sont très souvent (à peu près) absolument égales;

4° par suite d'arrangements symétriques, chiasmes, etc., qui rappellent nos rimes embrassées ou entrelacées, des intervalles objectivement égaux entre eux se combinent régulièrement avec d'autres intervalles objectivement égaux entre eux.

Est-ce que ces faits ne révèlent pas une tendance à l'isochronisme des intervalles rythmiques? Et cette tendance, avec l'illusion qui en résulte, nous indique le principe du rythme poétique et musical, celui qui doit servir à en définir la nature: le rythme de la musique et de la poésie est constitué par le retour du temps marqué à intervalles égaux.

Pourquoi a-t-on mis si longtemps à s'en apercevoir pour la poésie française, alors qu'on le reconnaît depuis des siècles pour la musique? C'est que le chant choral ou même simplement accompagné, mais surtout les progrès de l'orchestration, avec la multiplicité des instruments et les partitions compliquées, ont amené de bonne heure à le constater et à l'enseigner dans la pratique et dans la théorie de la musique. De là aussi, peut-être, plus de rigueur dans l'observation du principe, qui est consciente, consciemment voulue. Pour que ce principe se manifeste dans la diction poétique, où le diseur l'applique inconsciemment, il faut bien que le rythme du vers repose sur l'isochronisme des pieds.

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