‹ L'Israël des Alpes (volume 2)Chapitre 1 sur 48 · HISTOIRE DES VAUDOIS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES VAUDOIS

depuis l'expulsion de 1698 jusqu'à celle de 1730.

(Le duc de Savoie dans la vallée de Luserne, la république dans celle de Saint-Martin.)

Sôubces et autorités : — Toutes inédites et de peu d'étendue. On les a indiquées au bas de chaque page.

En vertu de l'édit du 1er juillet 1698, tous les réfugiés français , proscrits par la révocation de l'édit de Nantes, qui s'étaient retirés dans les vallées vaudoises , sur les invitations expresses de Victor-Amédée II (1) , furent obligés de quitter cet asile ; et al-

[lj Edits de juin 1692 et de mai 1694.

lèrent avec une partie des habitants originaires du Pragela , ainsi qu'un grand nombre d'autres familles vaudoises qui leur étaient alliées, fonder en Allemagne les colonies dont on a vu l'histoire dans les chapitres précédents.

Cet événement , qui privait les vallées vaudoises d'une partie considérable de leur population, ne put manquer d'être très douloureux pour ceux qui le subirent. — La mesure qui l'amena ne fut assurément point prise dans l'intérêt des Vaudois; cette expulsion inattendue et cruelle de la moitié d'un peuple violemment déchiré et traînant ses lambeaux dans l'exil, dut être à bon droit regardée comme une persécution nouvelle.

Mais ce ne peut être sans motifs que la Providence a permis cette catastrophe ; et à présent que la poussière soulevée par ce bouleversement subit , est tombée aux yeux de l'historien, on ne saurait méconnaître l'influence providentielle que cette élimination de tous les étrangers du milieu des Vaudois dut avoir pour l'intégrité, le maintien, la conservation à part et sans mélange de cet Israël des Alpes, déjà éprouvé par tant d'infortunes, dans le plan des destinées auxquelles il avait été appelé. Cette mesure n'avait été

prise par le roi de Piémont que sur les instances réitérées, et peut-être impérieuses, de Louis XIV, dont les catholiques fureurs poursuivaient ses sujets fugitifs jusque dans l'asile sacré d'une hospitalité étrangère; et Victor-Amédée, en fermant cet asile aux proscrits des autres nations, rassura les habitants originaires des vallées vaudoises, sur leur repos et sur leur avenir (1). Ses vues étaient toutes politiques : les résultats furent tout religieux ; mais ils ne se développèrent que plus tard.

Privée des sept pasteurs d'origine étrangère , qui devaient sortir du Piémont avant le 1er septembre 1698, l'Eglise vaudoise tint un synode extraordinaire à Bobi. le 12 août de la même année, afin de pourvoir immédiatement au service des paroisses qui allaient devenir vacantes ou qui l'étaient déjà ; et les six pasteurs d'origine vaudoise, qui restaient seuls dans les vallées, se répartirent la charge de les desservir (2).

(1) La lettre de Victor-Amédée II, adressée dans ce but au comte Martiniano, gouverneur de Pignerol , est du 23 août 1698 ; il le charge de dire aux Vaudois : che jntono con ogni quiette e sicurilla , applicarsi a luor affari domesliei; poiche proveranno sempre gli effetli délia sua reggia prolletione (sic). — Le comte Martiniano adressa une ampliation de cette lettre au sieur Pasca, podestat de la vallée de Luserne, qui à son tour la fit connaître dans toutes les communes vaudoises. — (Archives du Villar; cahier Religionarii, fol. 107.)

(2) Cette répartition eut lieu de la manière suivante : Léger, pasteur de

Le personnel de la Table vaudoise fut aussi renouvelé (1).

En même temps on demanda au roi l'autorisation de faire venir provisoirement de la Suisse , des pasteurs destinés à remplacer les ministres français (2) ; et cette autorisation ayant été obtenue , on écrivit dans ce but à l'académie de Genève, qui pourvut sans retard aux besoins qui lui étaient exposés (3). Le sy-

Bobi, joignit à cette paroisse celle du Villar; Malaxot, pasteur d'Angrogne y joignit Saint-Jean. Ces deux pasteurs devaient eu outre desservir en commun la paroisse de La Tour. Reynaudin, pasteur de Pral , devait se transporter à Ville-Sèche et joindre à son champ de travail le Pomaret. Bertin restait à Macel et desservirait de plus la paroisse de Pral. Jacques Jahier, pasteur de Pramol , desservirait en outre Rora. Bernard Jahier, enfin, joindrait à sa paroisse de Saint-Germain celles de Prarusting et de Rocheplate. — Le Synode ajoute que « si la divine providence rappelait un « jour dans ces vallées les pasteurs qui sont obligés d'en sortir présen- « tement, chacun d'eux retournera dans l'Eglise qu'il laisse vacante. »

(1) Le Modérateur, Henri Arnaud, fut remplacé par David Léger, modérateur-adjoint. Ce dernier poste fut confié à Malanol; et la charge de secrétaire, occupée par David Jordan, fut donnée à Laurent Baslie.

(2) Le capitaine Paslre et Joseph Donneaud furent pour cela députés à Turin, par le synode de 1698.

(3) Archives de Berne, onglet E. Lettre du modérateur (23 septembre 1698) recommandant les pasteurs sortants. — Archives de la vénérable compagnie de Genève, vol. 0. p. 499, 510 etc., et vol. Q. p. 20, 82 etc., sur la demande et l'envoi des pasteurs suisses. — Ces derniers, qui vinrent aux Vallées, et les paroisses où ils furent placés sont : Dubois, à Bobi; Dind , au Villar; Senebier, à La Tour; Decoppet , à Saint-Jean et Dutoit à Prarusting. Les pasteurs vaudois se placèrent dans les paroisses les plus pauvres, les plus montagneuses et les plus difficiles; savoir,' Bertin à Rora Malanot à Angrogne , J. Jahier à Pramol, B. Jahier à Saint- Germain ,

node demanda aussi que l'on fit arriver, aussitôt que possible, au terme de leurs études, les étudiants vaudois qui se préparaient au ministère évangélique. dans les facultés de théologie suisses ; il exposait enfin les pressantes nécessités des Vallées , les dettes dont leurs communes étaient chargées , le dénûment des habitants, la misère, la pénurie, l'absence de travail, les mauvaises récoltes et l'impossibilité où seraient les Vaudois de pourvoir à l'entretien de leurs pasteurs sans des secours étrangers (1). Ces secours ne leur furent pas refusés ; les membres d'un même corps sont solidaires les uns des autres , -et l'inépuisable charité des protestants, qui jouissaient alors d'une po-

David Léger au Pomaret (il fut remplacé, deux ans après, par JacqctesLk i ger et lui-même alla à Ville-Sèche) ; LArRE^s Berti-î à Maneille et à Mace (il fut remplacé l'année suivante par Hevriod) ; et Paul Rettsacdix, à Pral et à Rodoret. — Ces dispositions se rapportent à l'année 1699. — Reyuaudin passa à Bobi eu 1705. en remplacement de Portaz, qui lui-même avait remplacé decoppet en 1703. — M. Senebier se retira en 1700 (sa lettre de rappel est de novembre 1699); mais en i70l eut lieu la consécration de deux ministres vaudois : Jeax Jahier et Charles Bastie.

(1) Mémoire touchant l'état politique et ecclésiastique des Vaudois, par rapport au pressant besoin d'assiitance qu'ils réclament pour acquitter leurs dettes. (Arch. de la vén. camp, des pasteurs de Genève, vol. Q. p. 83.) — Ce mémoire fut "envoyé au duc de Zell; à l'archevêque de fanterbury; à l'évèque de Salisbury, pour S. M. Britannique; à M. Spanheim professeur à Leide, pour les états généraux de Hollande; au comte de Dhona , pour l'Electeur de Brandebourg ; au premier pasteur de la cour de Hessc-Casseî et à M. Herwart, envoyé du roi d' Angleterre en Suisse.

sition plus heureuse que ceux des vallées du Piémont, permit à ces derniers de relever leur culte et leurs écoles , qu'un zèle patient et dévoué avait jusque-là soutenus.

Indépendamment des réunions générales des synodes, qui n'avaient lieu qu'une ou deux fois par an, et qui plus tard ne revinrent que tous les cinq ans , les pasteurs de chaque vallée vaudoise avaient alors leurs colloques particuliers , qui les réunissaient tous les mois (1). Ils prêchaient dans leur paroisse, deux fois chaque dimanche , et faisaient un service de prière, suivi d'une instruction religieuse, chaque jour sur semaine (2). Un pasteur, manquant de paroisse, ne craignit pas de diriger lui-même l'école de La Tour (3). Les paroisses menacées de perdre leur culte ne reculaient pas devant d'onéreux sacrifices pour se le maintenir (-4). La suspension momentanée des sub-

(1) On lit dans les actes synodaux du 10 février 1699 : a Les pasteurs du colloque de Val-Luserne desserviront l'Eglise de Rora tour à tour. » (Archives de la Table.)

(2) Les pasteurs venus de la Suisse furent autorisés à ne faire qu'une prédication le dimanche et une catéchèse sur semaine, mais pendant la première année seulement de leur ministère dans les Vallées. (Même source.)

(3) Ce fut Abraham Henriot, venu également de la Suisse. — De 1699 à 1700. — C'était une école latine et italienne. — Voir les actes du synode du 19 juillet 1701.

(4) On lit dans les actes synodaux du 28 octobre 1699 : « l'Eglise de Pra-

sides que la reine Anne avait accordés aux pasteurs vaudois , ne ralentit en rien leur activité dans l'accomplissement de toutes les fonctions de leur ministère (1). Les retours cruels de violence arbitraire, subis par les Vaudois de la part de leur prince, ne l'es empêchèrent pas de lui prouver leur fidélité dans mainte circonstance. Une révolte éclata à Mondovi. en juin 1700 . et les milices vaudoises contribuèrent puissamment à l'étouffer.

Yictor-Amédée II était alors en dissentiment avec la cour de Rome (2), au sujet de la monarchie de Sicile (3-, et ces dissentiments se prolongèrent pendant une vingtaine d'années.

c rusting ayant été obligée de dépenser près de trois cents livres pour se c maintenir dans l'exercice public de la religion dont le droit lui avait été * conteste... toutes les autres Eglises des Vallées sont virement pressées < de leur tendre la main... pour manquer lear union et leur charité chrét tienne. » — Le rescrit de Victor- Amedée, qui autorise les Vaudois de Prarusting à avoir un temple, est du 20 octobre 1699. Turin, ArcK. de la cour de* comptes, Reçio conlrorollo générale. An. 1699, no 199, fol. 112.] — Un rapport sur l'érection de ce temple , et sur l'ancien emplacement de Rocheplate, où l'on enge que le nouveau soit bâti, so trouve aux Archives d'Etat. Cat. Vald. no de série -188.

(1) Voir les Actes synodaux de juin. 1700 et de juillet 1701.

(2) Mercure historique, T. XVIII, p. 16, 238; T. H, p. 7, 128, 616: T. XXI, p. 235. 355, 480. etc. Toutes ces indications se rapportent anx dates comprises entre juillet 1700 et novembre 1702.

(3) Urbain U , par une bulle du 5 juillet 1098, avait accordé à Roger . comte de Sicile, qu'un tribunal, appelé la Monarchie de Sicile, aurait le droit de juger souverainement et sans appel toutes les affaires ecciesia-

Il ne devait pas tarder d'être de nouveau en hostilité avec la France , et d'attirer sur ses Etats le fléau de la guerre , plus redoutable alors que l'animadversion de Rome.

En 1701, ayant reconnu le duc d'Anjou pour roi d'Espagne, il lui donna en mariage sa seconde fille (1). Mais bientôt , entraîné dans une voie contraire, il se tourna contre son gendre , après avoir trompé la France et l'Espagne, pendant deux ans, avec cette duplicité de haut parage qu'on décore du nom de diplomatie, et qui ôterait tout prestige à l'art de gouverner , s'il ne devait être basé que sur de pareils moyens.

Ces fluctuations capricieuses d'une politique qui sacrifie tout à l'intérêt , et qui ne demeure constante que dans son inflexible égoïsme , brisant avec indif-

stiques. Clément XI contesta à Victor-Amédée II les privilèges de cette institution; et finalement, il publia, le 20 février 1715, une Constitution, pour l'abolir. Il y eut appel de cette bulle au pape mieux informé ; et le débat se prolongea jusqu'à la mort du pontife.

(1) Louise-Gabrielle de Savoie, qui fut mariée par procureur, le 11 septembre 1701. — Le duc d'Anjou, né le 19 décembre 1683, fut appelé à la couronne d'Espagne, le 2 octobre 1700, par le testament de Charles II, qui rappelle dans cet acte les droits de Marie-Thérèse, aïeule du duc d'Aojou. En vertu de cet acte, il fut déclaré roi d'Espagne, sous le nom de Philippe V, à Fontainebleau, le 16 novembre 1700, et le 24 du même mois, à Madrid : où il fit son entrée le U avril 1701. — Le traité d'Utrecht (11 avril 1713) seul le mit en possession paisible de ce trône contesté.

férence les liens de l'honneur et ceux de l'affection, pour se ranger toujours au parti du plus fort, présentent un aspect affligeant, qui repousse les hommes droits.

Toutes les puissances de l'Europe avaient confirmé l'élection du duc d'Anjou comme roi d'Espagne , à l'exception de l'Autriche, qui voyait avec jalousie un prince de la maison de France monter sur le trône de Charles II (1). Mais bientôt l'Empire germanique tout entier. l'Angleterre et la Hollande, formèrent une ligue (2), pour détrôner ce monarque. Les veilles haines de ces puissances contre Louis XIV, qui le soutenait, en étaient le véritable motif.

Yictor-Amédée, nommé généralissime des armées de France et d'Espagne , en Italie (3) , au lieu de défendre son gendre avec affection , son allié avec loyauté, prit des engagements secrets avec leurs ennemis. La maison d'Autriche lui avait promis leMontferrat pour prix de sa défection ; et doublement perfide, il combattit encore contre les impériaux en diverses rencontres. Ce manège dura pendant deux ans.

(1) Prédécesseur de Philippe V, en Espagne.

(2) Signée le 7 septembre 1701.

(3) En septembre 1701.

Les armées impériales , commandées par le prince Eugène , et les troupes françaises commandées par Catinat, se rencontrèrent en Piémont, dès le milieu de 1701 (1). Le maréchal de Catinat reçut successiment plusieurs petits échecs, qu'il ne pouvait attribuer à la seule habileté de son adversaire. Il soupçonna la connivence du duc de Savoie avec ses ennemis, et fit part de ses soupçons à la cour de Versailles, qui les repoussa. Mais dix-huit mois après , Louis XIV ne pouvait plus douter qu'ils ne fussent fondés , et prenant soudain une de ces résolutions énergiques , auxquelles dispose une volonté altière , développée par l'habitude d'un pouvoir obéi , il ordonna au duc de Vendôme de désarmer et de retenir prisonnières, les troupes du duc de Savoie qui se trouvaient dans le Milanais (2). Ces ordres furent exécutés. Trois cent quarante officiers piémontais se virent inopinément privés de la liberté et répartis en diverses forteresses.

(1) Le 9 juillet 1701 eut lieu le combat de Carpi, sur l'Adige. Le 1er septembre, combat de Chiari, près de l'Oglio. — Escarmouches nombreuses.

(2) Louis XIV écrivit en même temps à Victor-Amédée : « Monsieur, puis- « que la religion, l'honneur, l'intérêt, les alliances et votre propre signac ture ne font rien entre nous, j'envoie mon cousin, le duc de Vendôme, à t la tète de mes armées pour vous expliquer mes intentions. « (Lamberty P. II, p. 564.)

Cette nouvelle arriva à Turin le 1er d'octobre 1703. Aussitôt les portes de la place sont fermées ; la plus vive agitation se répand à la cour et dans la ville ; l'ambassadeur de France est arrêté dans son hôtel (1) ; et les Français domiciliés à Turin reçoivent l'ordre de ne pas en franchir les murailles.

Toutes les troupes disponibles sont mises sur pied , celles qui étaient en Ivrée et ailleurs, rappelées aux fortifications; les rapports avec l'Autriche deviennent plus intimes (2). Le duc de Savoie cherche à rallier toutes ses forces ; et voici de quelle manière il donnait alors connaissance aux Vaudois de ces événements :

« Chers et bien-aimés fidèles, « La violence inouïe que la France vient d'exercer « contre la bonne foi des traités'et le droit des gens, « ayant fait désarmer nos troupes, qui étaient à son « service dans le Milanais , retenu nos officiers pri- « sonniers , et faisant marcher un corps de troupes

(1) La même mesure fut prise à l'égard de l'ambassadeur d'Espagne. — Merc. hist. T. XXIV, p. 508.

(2) Le 25 octobre 1703 fut signé le traité d'alliance offensive et défensive entre la Savoie et l'Autriche, par lequel cette dernière puissance garantissait à Victor-Amédée la possession du Montferrat Mantouan : prix tonvenu de la défection de ce prince. [Art d$ vérifier les dates.)

— lace pour envahir nos Etats.... Nous vous le faisons sa- « voir, étant persuadés que le même motif, qui vous « a portés à nous faire connaître dans toutes les oc- « casions des guerres passées , votre fidélité et votre « zèle, vous inspirera à ne nous en donner pas moins « de marques dans celle-ci , qui est beaucoup plus « importante.

« Vous devez , à cette fin , sans perte de temps , « former vos compagnies , ainsi que vous avez fait « dans la dernière guerre, et accepter tous les refu- « giés français qui voudront venir dans vos vallées ; « vous devrez même les convier à s'y rendre pour « agir conjointement avec vous. Nos commissaires

« pourvoiront à la subsistance de ces troupes Il

« s'agit du soutien de nos Etats, de notre gloire et de « votre salut... Et sur ce, nous prions Dieu qu'il vous « ait en sa sainte et digne garde (1). »

Les Vaudois mirent aussitôt sur pied trente-quatre

(1) Cette lettre est datée de Turin, le 5 octobre 1703. — Elle fut envoyée à chaque pasteur vaudois, avec une autre lettre qui leur était personnelle et qui portait aussi la signature de Victor-Amédee, sous l'adresse suivante : A notre cher, bien-aimé et féal N. ministre de... — Ces pièces se trouvent dans Lamberty, Mémoire pour servir à l'histoire du dix-huitième siècle. T. II; Mercure historique, T. XXI, p. 629. La lettre de Yictor-Amédée adressée aux Vaudois, est en outre dans Moser, pièces justificatives, no 18 ; et dans Erman et Reclam, T. VI. — Je n'en ai cité que la partie essentielle à l'histoire.

compagnies de leurs vaillantes milices, et ne tardèrent pas d'attirer l'attention par de brillants coups de main.

« Le duc de Savoie leur ayant permis de se nommer un commandant, écrivait-on, sur la fin de l'année, ils ont choisi M. de Malanot, qui était un de leurs capitaines dans la guerre précédente (1).

« Ils ont déjà fait diverses courses sur les frontières de Provence et de Dauphiné , et ont exigé cinquante mille livres de contribution de cette dernière province, outre un grand nombre de bestiaux. Ils ont offert cet argent à S. A. R. ; mais elle a voulu le leur laisser, afin de leur donner moyen de se mieux armer et équiper (2). »

Aussi, pendant que les Yaudois lui étaient utiles . Victor-Amédée traitait-il sévèrement ceux qui venaient se plaindre d'eux (3).

(1) Ce passage est textuellement reproduit du Mercure historique, T. XXV, janvier 1704. — Cependant je dois faire observer que la particule dont on pourrait faire précéder un nom quelconque parmi les Yaudois, est étrangère dans leurs habitudes à toute signification nobiliaire, contrairement à ce que l'on pourrait croire en lisant ici le nom de leur commandant. — Lorsque différentes personnes portent le même nom, on les distingue par celui du lieu qu'elles habitent, précédé de l'article contracté. Mais aucune distinction de rang n'a jamais été attachée chez eux à ces désignations.

(2) Mercure historique, T. XXV, p. 136.

(3) «Le gouverneur du fort Mutino, qui venait se plaindre des habitants « des Vallées, fut arrêté à Pignerol. » Mercure historique, T. XXIV!, p. 509.

Ce peuple, toujours sacrifié, ou par la tyrannie de ses rois lorsqu'ils étaient puissants , ou par son dévouement à leur cause lorsqu'ils étaient menacés , se signala encore par de nouveaux exploits en l'année 1704.

Mais dans l'intervalle , leurs rangs s'étaient augmentés d'une foule de réfugiés français , venus de la Suisse (i) ou des Cévennes.

Ces derniers avaient pris les armes contre Louis XIV, au commencement de 1703. « Ce n'est point ici une révolte, » disaient-ils, dans leur manifeste (2) , ni une rébellion des sujets contre leur souverain. Nous lui avons toujours été soumis et fidèles... Mais c'est un droit de la nature qui nous oblige de repousser la force par la force; autrement nous serions complices de nos propres malheurs, traîtres à notre foi, à nousmêmes et à notre patrie, etc.... »

Malgré l'intrépidité de leurs chefs, ils furent écrasés (3) ; les habitants d'Orange , qui avaient résisté

(1) Louis XIV avait envoyé un chargé d'affaires, M. de Puissieux, pour obtenir du gouvernement suisse qu'il empêchât les réfugiés français qui s'y trouvaient, d'aller prendre les armes sous les drapeaux du duc de Savoie. — De longues conférences s'ensuivirent. — Voir Mercure historique, T. XXIV, p. 512, 634, 641, 648 ; T. XXV, no de janvier, etc.

(2) Daté du 17 février 1703. Imprimé à part.

(3) Voir les histoires des Camisards. — Lamberly, T. H, etc.

plus longtemps, furent bannis et se retirèrent en Prusse. Les fugitifs des Cévennes/dont la tête était mise à prix ou dont les biens avaient été confisqués, se retirèrent aux Vallées.

Les forces de Victor-Amédée s'augmentèrent avec avantage de ces hardis partisans, aguerris aux privations et aux dangers. Dans sa prospérité cependant, il avait interdit aux Vaudois de leur donner asile (1). Plus tard, il dut encore les bannir (2). Aujourd'hui, ils étaient d'autant mieux accueillis , que ses Etats étaient plus menacés. Le duc de La Feuillade (3) venait de s'emparer de toute la Savoie (4). Bientôt, il traversa les Alpes. En juin 1704, il prit la ville et le château de Suze. Quelques jours après , le duc de Vendôme se rendît maître de Verceil (o), où près de

(1) En avril 1703. ■ Le duc de Savoie a fait venir quelques-uns des prin- « cipaux habitants des Vallées et leur a déclaré, pour lous, qu'il leur défi fendait, sous de rigoureuses peines, d'avoir aucun commerce avec les

« soulevés des Cévennes, ni de donner retraite à aucun d'eux, etc »

Mercure historique, T. XXIII, p. 355.

(2) Par les Instructions du' 20 juin 1730.

(3) D'autres disent, le maréchal de Tessé.

(4) A la réserve du fort de Montmellian , qui ne se rendit qu'en 1705. On en démolit alors les fortifications.

(5) Suze fut prise le 12 juin, et Verceil le 21 juillet.

six mille hommes furent faits prisonniers. La place (livrée ne tarda pas de subir le même sort (1).

Pendant que le duc de Vendôme poursuivait ainsi ses succès , le duc de La Feuillade chercha à détacher les vallées vaudoises de la cause de leur souverain. Après avoir occupé Suze , il se porta dans nos vallées. Tl offrit d'abord de les préserver de tous les inconvénients de la guerre , si elles* voulaient garder la neutralité entre lui et le duc de Savoie (2). Ce fait suffit à démontrer l'importance de leurs armes. « Les habitants des vallées de Saint-Martin et de Saint-Germain , qui sont les plus exposées, avaient assez de penchant à cette neutralité ; mais M. Van-der-Meer, ministre des Etats généraux , s'y étant rendu avec M. Arnaud, rassura entièrement les esprits et fit évanouir les desseins des Français (3). »

(1) Le 30 septembre 1704.

(2) Mercure historique, T. XXVI, p. 140.

(3) Il s'agit ici du ministre Henri Arnaud, qui avait présidé à la rentrée des Vaudois dans leur patrie en 1689, qui fut proscrit en 1698, et qui revint aux Vallées en 1703. Il exerça alors son ministère dans l'Eglise de Saint-Jean , comme l'atteste un mémoire, daté du 27 décembre 1706 , en ces termes: L'Eglise de Saint-Jean est maintenant desservie par M. Henri Arnaud, en qualité de ministre provisionnaire. {Etat des Eglises des Vallées. Bibliothèque particulière de M. Appia, à Francfort.) Peu après, Arnaud se rendit à Londres, car il y était en 1707. — D'après la tradition, il aurait voulu faire passer la vallée de Luserne sous le régime républicain

« Là-dessus, le maréchal voyant qu'il n'y avait rien à faire par la négociation, fondit de tous côtés sur les Vaudois. Tl fit attaquer le fort de Mirabouc, par M. de Lapara (-1), pendant que lui-même entra dans la vallée de Saint-Martin, avec le reste de ses troupes, et s'en empara (2).

« Il passa ensuite dans celle de Saint-Germain, où il trouva beaucoup de résistance de la part des Vaudois , qui en gardaient les avenues , mais qui enfin , furent obligés de plier à cause de la supériorité des ennemis.

« Cependant, le marquis de Parelles y étant arrivé, avec l'ordre de faire marcher les milices du voisinage au secours des Vallées, et le duc de Savoie y ayant aussi envoyé quelques troupes réglées, ceux des vallées de Saint-Germain envoyèrent leurs femmes , leurs enfants et leurs effets mobiliers dans les commu-

qu'avait adopté celle de Saint-Martin, et sa tête eût été mise à prix. (Je tiens cette tradition du dernier des pasteurs vaudois en Wurtemberg , M. Mondon, successeur du fils d'Arnaud, à Gros-Villar, et mort presque centenaire, il y a peu de temps. — Un autre fils d'Arnaud fut nommé pasteur au Pomaret en 1713. — Le premier se nommait Scipion et le second Vincent.)

(1) Le 20 juin 1704.

(2) Ses troupes continuèrent de l'occuper, jusqu'au 8 d'août 1708. (Attestation notariée de cette occupation, en date du 18 mai 1713. — Archives du Perrier.)

nautés voisines et dans les bois , après quoi ils s'assemblèrent de nouveau sous le commandement de M. de St-Hippolyte (1).

« Ils commencèrent, le même jour, à reconquérir leurs postes, et dès le 1er juillet ils attaquèrent les Français à Angrogne , et les défirent, n'ayant eu de leur côté que cinq hommes tués et sept blessés. Cet avantage déconcerta tellement les ennemis, que dèslors ils commencèrent à quitter à la sourdine les hauteurs des environs d'Angrogne, et peu à peu ils abandonnèrent entièrement la vallée d'Angrogne, ainsi que celle de Luserne (2) . »

Il n'en fut pas de même pour la vallée de St-Martin. Le duc de La Feuillade persuada à quelques communes de s'ériger en république indépendante (3), sous la protection de Louis XIV. Son but était d'avoir un pied à terre pour ses troupes, en Piémont, et de diviser le pays en affaiblissant d'autant la domination de Victor- Amédée. On sait d'ailleurs que la vallée de

(1) Le 30 juin 1704.

(2) Le fort de Mirabouc, qui avait été assiégé, fut dégagé par les Vaudois le 14 juillet 1704. — Tous les passages entre guillemets sont extraits du Merc. kist. T. XXVI, p. 140 et suivantes.

(3) Il avait voulu persuader la même chose aux communes du Val-Luserne, mais ce fut sans succès. — Loc. cit. p. 248.

Saint-Martin est une des plus fortes des Alpes. Ce n'est pas son étendue qui la rend importante, mais sa position. Enfin les Yaudois avaient acquis un renom , qui les faisait paraître à l'étranger plus grands qu'ils n'étaient. Ce peuple figurait, pour ainsi dire, au rang d'une puissance, de dernier ordre sans doute, mais plus connue cependant que bien d'autres qui avaient droit à ce titre.

C'est ce qui explique comment Louis XIV a pu descendre à signer, avec toutes les formes d'un traité sérieux, l'inconcevable mystification, ou la puérile ruse de guerre, qui fit croire pendant quatre ans à la république de Saint-Martin (1).

Voici les principales dispositions de ce traité : « Les chefs, anciens, syndics, conseillers, capitalce nés et autres officiers de la vallée de Saint-Martin, « Pomaret, Envers-Pinache et Chenevières, tant ca- « tholiques que de la religion prétendue réformée : » 1° s'érigent et sont reconnus en république, sous la protection du roi de France et de ses successeurs ;

(1) Son existence n'étant mentionnée par aucun historien, j'ai cru devoir citer uu plus grand nombre de témoignages à l'appui de ce fait. — Même remarque, pour le séjour de Victor- Amédée à Rora, qui a été contesté. — De là, l'abondance des notes qui suivent.

2° ils se constitueront leurs propres règlements, qui seront approuvés et maintenus par S. M. T. Ch.; 3° ils établissent parmi eux la liberté de conscience , avec la réserve que les réfugiés français ne pourront venir en jouir; 4° que pour V affermissement et la défense de ladite république, S. M. y entretiendra à ses frais les troupes nécessaires (1).

C'était tout ce que voulait La Feuillade, et pour ne pas revenir sur ce sujet, disons tout de suite que les destinées de cette éphémère république ont été aussi malheureuses pour ceux qui en faisaient partie que pour leur alentours. Les troupes françaises s'vfTtant établies, conformément au traité, et l'ayant occupée pendant

(1) Ces lignes soulignées reproduisent les termes mêmes du traité. — Il a en tout sept articles, qui descendent quelquefois à des détails sans valeur politique. Le cinquième stipule au nom des Vaudois : o que S. M. t et ses successeurs leur fournira {sic) toujours du sel au Périer, à deux soit « la livre. » On lit au bas du traité : t Nous, ayant pour agréable le sus- « dit traité, acceptons et promis {sic), d'observer invariablement tous les « points; en témoin de quoi nous avons signé ces présentes de notre main, « et à icelles fait apposer notre scel secret. »

« A Versailles, le 25 juillet 1704. » Signé Louis, contresigné Colbert. [Traite' passé entre le duc de La Feuillade et les particuliers de la vallée de St- Martin, le 15 juillet 1704. — Turin, Archives de Cour, no de S. 486). — D'après un mémoire de l'époque, les propositions du général français, à cet égard, auraient d'abord été repoussées par les Vaudois du Val-Pérouse et du Val-St-Martin ; mais il se saisit de leurs biens et c'eût été pour y rentrer qu'ils consentirent à ce traité.

[Mémoin pour les Eglises évangéliques de» vallées du Pragela, de 1704 à 1707. Àrch. des P. P. de G. vol. R.

tout le temps de son existence (1), faisaient des incursions hostiles sur les terres environnantes (2). Il s'y rassembla des vagabonds de tous pays, qui vinrent lui demander asile (3). Les pasteurs et les maîtres d'école cessant d'être soutenus par la répartition des subsides anglais (4), et bannis peut-être par quelque caprice populaire , furent obligés de s'éloigner, errants et sans ressources (5); l'instruction primaire et

(1) Jusqu'au 8 août 1708. — Attestation notariée, dans les Archives du Perrier.

(2) u L'Eglise de St-Germain, dans la vallée de Pérouse, est présentement abandonnée de ses habitants et sans aucun eiercice de religion, à cause des ennemis qui l'ont entièrement ruiuée et brûlée. Elle n'a point de ministre ni de regent d'école, attendu qu'ils sont obligés d'être réfugies dans le voisinage, un peu plus éloignes des ennemis.

« L'Eglise de Pramol est pareillement déshabitée de ses paroissiens, à cause que les ennemis l'ont de même brûlée en plus grande partie; et ils sont obligés de se recouvrer dans les autres endroits des Vallées. »

(Mémoire sur l'état des Vallées du 27 décembre 1706.)

(3) <i Cette vallée étant tombée dans la rébellion, est maintenant habitée par la lie et par l'écume de divers peuples... qui portent les armes contre S. A. R. »

{Mémoire pour les Eglises évangéligues du Piémont, de 1704 à 1707. — Genève, Arch. de la ven. comp. des P. P. vol. R.)

(4) « Ces 784 louis d'Angleterre ne nous valent ici que 4 livres ducaes pièce. Il se trouve donc que les pasteurs ne reçoivent que 200 ducats chacun, et les maîtres d'école 100. Pour le régent latin, il y en aura environ 170. Mais il y en avait beaucoup moins encore, devant le malheur de la vallée de St-Martin. »

{Mémoire en faveur des Vallées, 1708. Même source.)

(5) « Les trois Eglises de la vallée de St-Martin... ayant eu le malheur de tomber dans l'infidélité... leurs pasteurs les ont quittées. » {Loto cit.) —

le culte divin y tombèrent rapidement en décadence (1); et lorsque le peuple réclama des pasteurs, on s'adressa, pour remplir ces augustes fonctions, à des jeunes gens sans vocation (2), qui commirent les actes les plus irréguliers (3).

Les Vaudois considéraient cette vallée comme perdu3 pour leur Eglise (4), et craignaient que, leur unité de corps étant ainsi brisée, la perte totale ne s'ensuivît (5). Mais enfin, la guerre étant finie, la vallée

« L'assemblée ayant délibéré sur l'état des pasteurs errants, et le moyen de les faire subsister... » décide qu'une retenue sera faite sur le traitement de leurs collègues de la vallée de Luserne. — « Jean Jahier, ci-devant pasteur à Pral, sera censé pasteur du camp volant... n (Actes synodaux du 7 octobre 1704. — Arch. de la Table vaudoise.)

(1) « L'Eglise de Villesèche, qui était devant leur révolte composée des communautés de Rioclaret, Faët, Bouvil, Traverses et St-Martin, n'a maintenant, ni ministre, ni maître d'école, ni exercice religieux d'aucune sorte. » (Etat des Eglises de la vallée de St-Martin et du Pomaret, présentement dominées par les ennemis). Mémoire sans date. — Il y est dit ensuite : « Toutes les autres Eglises de ces vallées sont dans le même état, n — (Communiqué par M. Appia.)

(2) Voir les Arch. de'Ja comp. des P. P. de Genève. Registre R. pages 312. 313.

(3) Mentionnés dans une lettre de Reynaudin, du 28 septembre 1708 {même source). Voir aussi les actes synodaux du Villar, 23 octobre 1708 [Arch. de la Table vaudoise.)

(4) « La vallée de St-Martin, que l'on croyait perdue, étant revenue à ses devoirs... » (Convocation synodale adressée par le modérateur Reynaudin, à Messieurs les pasteurs, anciens, directeurs et autres chefs de famille, etc.. Datée de Bobi, 26 décembre 1708. — Arch. du Villars. Rel. fol. 158.)

(5) « Cette division entraînera inévitablement la ruine de ces vallées. » (Mémoire sur l'état des vallées vaudoùes, du 27 décembre 1706.)

de Saint-Martin rentra sous la domination de Victor- Amédée, qui accorda une amnistie complète à tous ses habitants (1), en considération de la fidélité que lui avait témoignée la vallée de Luserne, où il avait trouvé un asile au temps de ses malheurs. Car les généraux français l'avaient privé momentanément de presque tous ses Etats.

Le duc de Vendôme, qui avait assiégé Verrue dès le 22 octobre 1704, s'empara de cette place le 10 avril 1705, après la plus belle défense qui jamais ait été faite par des assiégés (2).

Le duc de La Feuillade prit d'assaut Villefranche (3) ,

a La conservation de la vallée de Luserne dépend de celle de la vallée de St-Martia... sans quoi, on ne peut pas espérer de pouvoir subsister longtemps, d [Mémoire pour les Eglises des vallées du Piémont.)

(1) Sous le nom de patentes de grâce, datées du camp de Balbottet, 17 août 1708, accordant l'amnistie, à condition que les prétendus républicains renouvelleront leur serment de fidélité à la maison de Savoie, entre les mains du gouverneur Gasca. — Cette pièce commence ainsi: « Dopo « l'énorme crime di rebellionne , comesso du i particolari, e abitanti délia a valle di san Martino, etc... : étant tous coupables du crime de haute trahison et de lèse-majesté, ils ont encouru peine de mort, etc.. Mais son Altesse Royale, mue de compassion, etc.. leur fait grâce. » (Archives d'Etat à Turin. Vald. no. deS. 482.)

(2) Ce jugement est tiré du Mercure historique, T. XXVII, page 479 ; les dates sont tirées de l'ouvrage des Bénédictins, car le Mercure place la reddition de Verrue au 7 avril.

(3) Le 2 avr il 1705 d'après le Mercure, et le 7 mars d'après l'Art de vérifier les dates. — Mais le château de Villefranche ne fut pris que le 3 atril.

Montalban et Nice, dont le gouverneur se transporta dans la citadelle, sans pouvoir y tenir plus de trois jours (1).

La Miradole se rendit à discrétion, le 11 mai, après vingt-deux jours de tranchée. Le 16 août, les troupes impériales et savoyardes, commandées par le prince Eugène, sont défaites près de Cassano ; puis les fortifications de Nice, d'Ivrée et de Verrue sont détruites par les Français. L'année d'après, ces derniers remportent encore une brillante victoire à Calcinato (2). Turin est investi par eux, du 12 au 13 mai; et dans la nuit du 3 au 4 juin, ils ouvrent la tranchée. Le duc de Savoie se retire à Bubiane, où il reçoit une députation des officiers et des pasteurs des vallées vaudoises (3). Il alla ensuite à Luserne, où selon les expressions d'un ancien manuscrit, les Vaudois lui firent

(1) La ville fut prise le 6 et la citadelle le 9 avril 1705.

(2) Le 19 avril 1706.

(3) « Pendant la guerre qui vient de finir, S. M. le roi de Sardâigne « semblait vouloir favoriser les Vaudois, jusque-là même que, l'année 1706, « s'étant rendu dans la vallée de Luserne, dans le temps que l'armée de « France les poursuivait par tant de près, les pasteurs et officiers protes- « tants des Vallées, se sont rendus à Bibiane et à Luserne, pour lui pro- « tester une fidélité inviolable et à toute épreuve. Ce prince les reçut « très gracieusement, leur disant que s'ils lui étaient fidèles, comme ils le « protestaient, ils trouveraient en sa personne un bon ami, aussi bien qu'un « père affectionné , et les maintiendrait dans tous leurs privilèges, sans « permettre qu'on y apportât la moindre infraction. » (Extrait d'une note

une retraite assurée (1). On a lieu de croire que cette retraite fut la profonde vallée de Rora (2) où Janavel, avec dix-huit hommes, avait pu arrêter une armée, et devant laquelle s'arrêta aussi l'ennemi qui avait suivi le duc de Savoie jusqu'à Briquéras (3). Peutêtre même ne fut-ce que devant les armes des Vaudois que le général français s'arrêta dans cette circonstance (4). Victor- Amédée, en se retirant ainsi au

manuscrite placée à la suite d'une copie des Négociations de 1686, appartenant à M. Ant. Blanc, de La Tour. — Ces mots, la guerre qui vient de finir, permettent de croire que la note a été rédigée peu après les événements dont elle fait mention. Le dernier qu'elle relate est du 9 août 1718.

(1) « A la paix d'Utrecht, l'influence de la cour britannique aurait pu a faire jouir les Vaudoisdu Pragela des mêmes prérogatives dont jouissent « les trois autres vallées, d'autant plus que celles-ci avaient, au sujet du a siège de Turin, procuré retraite assurée à leur souverain... et que tout « cela était récent. » (Mémoire concernant la situation présente des vallées du Piémont et celle du ministère dans ces Eglises, dressé par les pasteurs commissaires... chargés au nom du synode... du soin de veiller à leurs intérêts, etc.. Présenté au synode de La Haye, le 9 septembre 1762. (Archives des Eglises vallones, communiqué par M. Appia.)

(2) Voir Monastier, T. II, p. 173. — Gilles, Waldensian Researches. Brokedon Excursions. Acland, etc.

(3) Histoire militaire du Piémont, par le comte de Saluées, T. V, p. 189; cité par Monastier, T. II, p. 172.

(4) Lors de l'arrivée de Victor-Amédée dans la vallée de Luserne, les Vaudois, « exposant leur propre vie pour son service, se sont opposés à l'aru mée française avec tant de vigueur, qu'ils ont obligé l'ennemi de se rea tirer et d'abandonner la vallée de Luserne. » (Note précitée, MSC. de M. Antoine Blanc.) — « Le duc de Savoie vint ensuite dans la vallée de Lu- « serne, où La Feuillade voulut encore le combattre, mais il fut repoussé « partout et rentra dans son camp. » (Histoire du prince Eugène... édition de Vienne, 1755, en 5 volumes in-8o, T. III, p. 77.

milieu de ces valeureux montagnards, avait pour but, non-seulement de chercher un refuge qui ne lui eût pas manqué ailleurs, mais surtout de les rattacher à son service par des témoignages personnels de bienveillance , qui leur fissent oublier ce qu'ils avaient souffert. Il savait en effet que le duc de La Feuillade leur avait offert la protection de la France; il importait de prévenir une défection semblable à celle de la vallée de Saint-Martin , ou du moins de donner à la vallée de Luserne des marques de confiance et de bon vouloir dignes de sa fidélité. Yictor-Amédée II tenait en outre à organiser les forces militaires de ces fidèles sujets, qui accoururent autour de lui, en grand nombre (1), et peut-être à s'en faire une garde personnelle destinée à remplacer les Suisses , qui l'avaient abandonné (2).

On le vit en effet arriver à Carmagnole, escorté de

(1) Expressions du comte de Saluées. Hist. militaire du Piémont v. 189.

(2) Mercure historique , T. XXVII, p. 1705. — « Les Yaudois sont en- ■ core fiers d'avoir, en 1706, lors du siège de Turin, donné asile à Vict tor-Amédee, leur plus cruel persécuteur, qui vint, sans gardes, se jeter « entre leurs bras, jusqu'à l'approche de l'immortel Eugène. Ce fut dans « le village de llora qu'il se retira, et tous nos hommes, en état de port ter les armes, le suivirent au siège ou plutôt à la délivrance de sa capi- « taie, u [Lettre de M. Paul Appia, député de la vallée de Luserne, à M. le comte de Nieperg, datée de La Tour, ce 2 décembre 1799. — Communiquée par M. Appia, de Francfort.)

six-cents Vaudois et de cent Camisards qui avaient appartenu à l'intrépide régiment de Cavalier. (\). Ce ne fut pas sans avoir remercié le secrétaire général de la vallée de Luserne, des bons offices qu'il lui avait rendus, au nom de tous les habitants de la vallée (2); il avait même laissé à Rora un souvenir de sa main aux hôtes qui l'avaient reçu (3).

A Carmagnole, le prince Eugène vint le rejoindre avec huit régiments de troupes de ligne et quatre mille dragons. Le duc s'arrêta ensuite quelques jours au château de Pianesse , et marcha de là sur Turin , dont il fît lever le siège aux Français (4), à la suite

(1) Histoire du prince Eugène de Savoie. Edition de Vienne de 1755, T. IU, p. 104.

(2) « Invitati dalli buoni serviggi , sin qui resi, con ogni applicatione, « — fedelta e zelo, del Nodaro Collegiaro, Guiseppe Brezzi, del Villar, « in qualita di segretaro délie valli diLuserna, deputato dal corpo, in ge~ * nerale délie ufficiali valdesi, etc... »

(Rescrit de Victor-Amédée H, daté de Bubiane, 31 juillet 1706, et imprimé en 1711, in Torino, per Gio Battista Valetla, stampatore di S. A. R.) — Victor-Amédée arriva à Bubiane le 7 juillet 1706; il y resta jusqu'au 14, dans la maison des missionnaires. (Storia délia missione, dal P. Bonaventura di vergemoli. MSC. fol. Arch. Ev. Pignerol.) De là il alla à Luserne : ce ne peut donc être que du 16 au 28 juillet qu'il se rendit à Rora, puisque le 31 juillet il était de retour à Bubiane.

(3) Un gobelet d'argent. (Voir tous les écrivains modernes.) — Monastier T. II, p. 173. Gilly, Narrative of an excursion.... Beattie, Vallées vaudoises pittoresques, p. 170, etc. —

(4) Le 7 septembre 1706. — Le duc de Savoie et le prince Eugène étaient arrivés, dans la nuit du 6 au 7, sur la colline de Superga, où Victor- Amé-

d'une brillante victoire qui lui rendit ses Etats (1).

La perte des vaincus ne monta cependant qu'à deux mille hommes; mais la consternation fut telle, qu'au lieu de se porter sous Casai , pour couvrir le Milanais , leur armée regagna Pignerol , pour se retirer en Dauphiné. C'était abandonner tout ce qu'elle avait conquis. Encore subit-elle de nouvelles pertes pendant cette retraite.

Les Vaudois, commandés par le colonel de Saint- Amour, la harcelèrent pendant tout le temps de leur retraite, et lui enlevèrent plusieurs convois (2). Ils avaient établi un camp volant qui se portait avec rapidité d'une montagne à l'autre, et qui fit des incursions jusques en Dauphiné.

dée, en vertu d'un vœu qu'il avait formé alors, fit élever, neuf ans après, une fort belle église, sur les plans de Philippe Juvara, de Messine, en l'honneur de la Vierge, « qui, à ce que prétendait le peuple, avait reçu dans son tablier les bombes que les Français faisaient pleuvoir sur Turin.» (Mémoire pour servir à l'histoire des Vaudois , MSC. fol, p. 61 , par M. Paul Appia. — Se rapportant surtout à l'époque de la RestauratioD. — Communiqué par la famille Appia.)

(1) Ou frappa, au sujet de cette victoire, une médaille représentant la chute de Phaéton, avec ces mots: Mergitur Eridano MDCCVII. Sur le revers, on voit le duc de Savoie embrassant le prince Eugène, et la Renommée qui vole au-dessus d'eux, en faisant flotter une bandelette où est écrit : Sabaudia liberata : io Iriumphe!

(2) L'Esprit des cours..., T. XV. Histoire militaire du Piémont, T. V, y âge 212.

La guerre se poursuivit faiblement pendant quelques années. En 1707. les troupes françaises et espagnoles remirent aux alliés les places qui leur restaient enLombardie (1), et évacuèrent ce pays.

L'année suivante. Victor-Amédée tenta de s'emparer du Dauphiné: mais Thabile maréchal de Yillars, gouverneur de cette province, fit échouer tous les desseins du duc. Ce dernier regagna cependant les terres cisalpines que lui avait enlevées La Feuillade. et entre autres la vallée de Saint-Martin (2 . Il avait établi son camp près de Mentoules (3), où des députés de la vallée de Luserne (4) vinrent solliciter sa clémence, en faveur de leurs coreligionnaires égarés, dont la puérile république s'était évanouie devant l'ombre de son avant-garde. « Sa Majesté, dit l'un de ces députés, s'entretint avec nous pendant une demi-heure , avec la bonté d'un père et une douceur qui est presque sans exemple de la part d'un souverain envers ses sujets (5). » Aussi ne refusa-t-il

T Par capitulation du 13 mars, •j S jze s'était rendue le 30 octobre 1707.

3) A Balb*ttet.

(4) Pmml Beyaaudin, modérateur, accompagne de MM. Gonnte et Léger. ô Lettre de Reynaudin, datée de Bobi, 26 septembre 1708. (Arehrres <hi VUlar, cahier Reiigi&narii, M. 158.

pas son pardon à ceux pour qui il était sollicité, n'exigeant d'eux que de renouveler à sa dynastie leur serment de fidélité (1). Il autorisa en même temps un synode destiné à pourvoir aux besoins des palisses restituées (2).

C'est en 1708 aussi que le duc de Savoie (3) entra en possession du Monferrat, qui lui avait été garanti par l'Autriche lors de son alliance avec les impériaux (4).

L'année d'après se passa sans incident remarquable; mais en 1710 le maréchal de Berwik fut envoyé en Savoie par Louis XIV, et les Vaudois reprirent les armes pour leur prince. « On a publié à Turin, écriton de cette ville, que ceux qui voudront aller servir parmi eux, jouiront du payement et des gages ordinaires de la milice, jusqu'à la fin de la campagne (5).

(1) Patentes de grâce, datées du camp de Balbotlet, 17 août 1708. (Archives de cour.)

(2) Décret daté du même camp, le 13 de septembre 1708.

(3) On donnait déjà à "Victor-Amédée le titre de Majesté , mais comme roi de Sicile et non comme roi du Piémont. Ce ne fut qu'à partir du 18 août 1718, qu'il prit la Sardaigne en échange de la Sicile, et le titre de roi de Sardaigne, hérité par ses successeurs.

(4) En vertu du traité du 25 octobre 1703.

(5) Mercure historique et politique , La Haye, 1710. No de juillet, page

C'était un nouvel appel adressé indirectement aux réfugiés français. Pourquoi faut-il que les rois, après la victoire, aient été si souvent infidèles aux promesses qu'ils avaient faites dans leurs revers ? Ces malheureux proscrits, déjà deux fois trompés, le furent encore une troisième; car plusieurs d'entre eux vinrent alors joindre leurs armes à celles des défenseurs du trône de Savoie.

Yictor-Amédée II déclara, le 26 mai 1711, qu'il allait se mettre en personne à la tête de ses troupes (1); et peu après il eut reconquis la Savoie. L'année suivante, le maréchal de Berwik traversa le mont Genèvre avec une armée française, et vint camper à Cézane (:>;. De là il se rendit maître des vallées d'Oulx et de Pragela. Le roi de Piémont leva aussitôt le camp de Saint-Columban, où il se trouvait alors, et vint* repousser Tennemi en Dauphiné. Pendant ce temps le baron de Saint-Rémy s'était emparé de la vallée de Barcelonnette: et les Vaudois, au milieu de tous ces mouvements dont ils étaient le centre, ne laissaient pas d'agir avec leur valeur et leur audace

(1) Extrait d'une lettre de Turin, du 17juin 1711. (Mercure historique et politique. No de juillet, p. 531.)

(2) Le 11 juillet 1712. ild. No d'août 1712, p. 1647.

accoutumées. Beaucoup d'excursions et d'escarmouches victorieuses qu'ils firent à cette époque, contribuèrent puissamment à repousser l'ennemi , ainsi qu'à leur donner à eux-mêmes les moyens de se pourvoir de munitions, et de s'équiper aux dépens de leurs adversaires. Le roi, pour leur témoigner sa satisfaction, ordonna au comte de Bagnol, d'envoyer un caissier à Pignerol , afin de payer les arrérages qui étaient dus à ces vaillantes milices , auxquelles il offrit même une continuation de solde, sur pied de guerre , si elles voulaient continuer de défendre les passages des Alpes comme par le passé (1).

Le traité d'Utrecht (2) avait rendu Yictor-Amédée paisible possesseur de ses Etats agrandis. Les hautes vallées du Cluson et de la Doire lui demeurèrent avec le comté de Nice, en échange de la vallée de Barcelonnette, qui restait à la France ; et nous avons vu déjà combien les Vaudois du Pragela eurent à souffrir, plus tard, de l'abandon dans lequel les puissances protestantes laissèrent alors leurs intérêts inaperçus.

Les Pragelains, cependant, assistèrent par députés

(1) Même collection. No de mai 1713, p. 372.

(2) 11 ayril 1713.

au synode général des Eglises vaudoises qui eut lieu à cette époque, pour la réorganisation de leur Eglise (1). Mais ils ne jouirent pas longtemps de cette faveur. Les actes de cette assemblée furent déclarés exécutoires, à la réserve de l'incorporation des anciennes paroisses vaudoises du Pragela dans l'ensemble unitaire de toutes celles des vallées (2).

Henri Arnaud, qui était venu reprendre du service aux Vallées en 1703 (3), en était reparti en 1707 (4). Le roi d'Angleterre l'invita vainement à venir à sa

(1) A Bobi, le 11 novembre 1709. — On s'était déjà occupé, dans le synode précédent, a de procéder, pour le service de Son Altesse Royale, à l'é- « tablissement de quelques pasteurs, dans la vallée de Saint-Martin , prou près pour confirmer ces gens-là dans la fidélité qu'ils devaient à leur .(i légitime souverain, d (Préliminaires des actes synodaux du 23 octobre 1708. — Arc/iires de la Table vaudoise.)

(2) Voir la déclaration de l'intendant de Pignerol , apposée au bas des actes du Synode de Bobi 1709. — C'est dans le synode du Villar (23 octobre 1708) que nous trouvons pour la première fois l'intervention du pouvoir civil pour sanctionner les actes de nos assemblées religieuses en les déclarant exécutoires : a quelli [articoli) admettiamo e dichiaramo esecutorii.. Pasca, inlendente e direllore.rt — En d'autres circonstances, l'appui du pouvoir séculier eût été précieux et eût pu donner une grande force aux décisions de nos synodes, si elles avaient été contestées. Mais jamais ils n'en eurent besoin.

(3) Voir Mercure historique , T. XXVI, p. 140, et le Mémoire pour les Eglises du Piémont, daté de Saint-Jean, 27 décembre 1706. (Arch. des PP. de Genève, vol. R.)

(4) Voir l'article XV des actes synodaux du 13 et 14 février 1708. {Archives de la Table vaudoise.)

cour (4), le modeste pasteur des Alpes, ne pouvant résider parmi les habitants de ces vallées du Piémont qu'il avait reconquises, préféra rejoindre ses compatriotes exilés, dans la modeste colonie des bords de l'Eintz, où il s'occupa, comme Xénophon, à mettre en ordre la relation de ses patriotiques travaux (2).

Li peuplade vaudoise, qu'il venait de quitter, subissait des destinées moins heureuses encore. Appauvrie par les vicissitudes récentes qu'elle avait souffertes, et par la guerre qui venait de se terminer, elle achevait de s'épuiser, afin de pourvoir aux besoins des nombreux réfugiés qu'elle avait accueillis (3). En enlevant des bras à l'agriculture, les enrôlements militaires avaient augmenté le nombre des bouches à

(1) Acland, The glorious recovery, etc.... Bracebridge. — Plenderbath et Mémoires de Paul Appia. (Communiqués.)

(2) Imprimée en 1710. — Les uns disent à Bàle, d'autres à Cassel. — Réimprimée à N'euchàtel en 1843.

(3) Ordre de Bercastel, gouverneur de Luserne aux réfugiés français, e allri slranieri.... che non sono arrolali, e che possedono alcun registro, de quitter le pays dans trois jours. — Daté de Luserne, 27 avril 1706. — (Archives du Villar, cod. Religionarii, fol. 131.) — Mais cet ordre ne produisit qu'un effet momentané : car on trouve, à la date du 18 septembre 1708, une noie des pauvres et des réfugiés étrangers dans les vallées vaudoises et au 25 mai 1709, un nouvel ordre d'expulsion : de l'exécution duquel sont rendues responsables les communes vaudoises qui servaient d'asile à ces réfugiés. (Arch. Villar, cod. cit. fol. 161); enfin, à la date du 23 mars 1714, un nouTel ordre pour le même objet, fld. ib. fol. 171.)

nourrir (1), et sans les secours étrangers qui furent accordés aux Yaudois r2). la générosité de leur prince (3) n'eût pu les empêcher peut-être de succomber aux plus extrêmes privations (4).

Cet état de misère se prolongea pendant bien des années (5). L'Eglise vaudoise, néanmoins, semblait

(1) Rapport sur le triste état des Eglises du Pragela et des anciennes vallées : Adressé à Genève par les pasteurs vaudois; daté du 1er de juin 1714. (Arch. de la vénérable compagnie des PP. de Genève, vol. S. p. 258.) — La cause première en était les edits de 1703 et de 1704 , par lesquels Victor-Amedée avait appelé sous les drapeaux les proscrits étrangers.

(2) Mémoire en faveur des Vallées en 1707. (Arch. PP. Gen. vol. R.) — Mémoire du ministre Léger, délégué par la compagnie pour se rendre aux Vallées, etc.. allant du 2 d'août 1629 à la fin de novembre, et insère dans les mêmes archives, vol. X, p. 173 et suivantes. — Un mémoire justificatif des opérations de Léger fut publie l'année d'après, sous la date du 20 octobre 1730. (Communiqué par M. Vaucher Mouchon, de Genève.)

(3) Stato délie compagnie Yaldesi, che hanDO servito S. M. durante l'hor scorsa guerra... quali hanno continuamenle gio'ito del pane e délie contribuzione, stateli graziosamenle accordati da delta S. M., etc.. Pièce datée de Saint-Jean, 22 mai 1717. (Se trouve aux Archives d'Etat, Turin, categ., Yald., no S, 456.) MSC. de 40 p. fol. — Les noms sont écrits sur deux colonnes; il y a 73 colonnes. — La minute est du notaire Joseph Brezri.

(4) Lettre des pasteurs de Bobi et du Yillar à la vénérable compagnie des PP. de Genève, exposaut qu'il règne dans le pays une famine si grande, que l'on voit des malheureux obligés de se nourrir avec l'herbe des champs, a Les catholiques , disent-ils , reçoivent des secours , par leurs coreligionnaires et plusieurs des nôtres sont en danger de sacrifier leur foi pour conserver leur vie. » — Ecrite par Reynaudin le 15 juin 1714. — Le conseil de la ville de Genève décida qu'il serait accordé cent écus de secours, pour les Eglises de Bobi et du Yillar. (Arch. comp. vol. S. p. 260 et 270.)

(5) Yoir Mémoire sur la situation présente des Eglises évangéliques des Vallées... présente au synode de La Haye, le 9 septembre 17o2.

se consolider (1). Les habitants de ces contrées avaient retrouvé des amis. Plusieurs d'entre les magistrats, appelés à les gouverner, se montrèrent même leurs protecteurs (2) . Mais la bienveillance du souverain (3) et l'estime de leurs alentours ne purent prévaloir contre l'influence hostile de l'Eglise romaine, qui ne cessait de les poursuivre. Elle obtint qu'on les obligeât de cesser toute œuvre manuelle pendant les jours de fête catholique (4), et qu'il leur fût interdit de rece-

(1) Yoir les Actes synodaux de l'Eglise vaudoise , depuis 1708 jusqu'à

(2) Le marquis de Bercastel, gouverneur de Luserne, spirito da un alto di carita, e mosso a compassione verso il delto popolo , se compiaciuto di farli l'offerla e di dar e sborsar, la soma di Hure Irecenlo ducati d'argento... pour l'érection du temple du Villar. — Tiré d'uu acte notarié du 11 février 1706. — Le temple fut terminé en 1707. Ce n'était qu'une reconstruction. — (Cette pièce et beaucoup d'autres qui s'y rapportent se trouvent dans les archives du Villar, cahier religionarii du fol. 121 au fol. 157.) — La cloche de cet édifice fut refondue en 1719, par un nommé Nigretti de Crussol. — Les conventions faites avec cet artiste sont du 28 avril , et se trouvent au fol. 174.

(3) En 1693 et 1694, en 1703 et en 1706, en 1708 et en 1713, Victor- Amédée II avait témoigné aux Vaudois non-seulement de la bienveillance mais même de l'attachement et de la reconnaissance. (Voir à ces dates.) — On lit dans une lettre du modérateur à l'ambassadeur d'Angleterre à Turin : « Que Votre Excellence veuille bien rappeler à notre souverain, qu'il avait donné sa parole à lord Molesworth (prédécesseur de lord Hedges) de ne plus inquiéter les Vaudois. » — La lettre est du 26 mai 1727.

(4) Un ordre de Victor- Amédée II, daté du 14 juillet 1718, enjoignit aux Vaudois de s'abstenir de toute espèce de travail pendant les jours de fête de l'Eglise romaine. (Arch.. du Villar, id. fol. 176.) — Les Vaudois réclamèrent contre cette interdiction ; et par un nouvel ordre , daté du

voir dans les temples, aucune personne étrangère à leur culte (1); puis, sous prétexte de sécurité publique, leurs droits les plus légitimes furent souvent méconnus (2). Déjà, on avait voulu restreindre le

9 d'août 1718, il leur fut permis de travailler chez eux, à portes closes, pendant les heures seulement où les catholiques pouvaient se livrer à de pareils travaux. A6n de vaquer à ceux pour lesquels les catholiques avaient besoin d'une permission du curé, les protestants devaient en obtenir une du juge. (Cette p.èce est sous forme de biglielo regio dans les archives de Turin, et d'instructions explicatives transmises par le comte de Meliarède, ministre de l'intérieur, dans celles de Pignerol.) — Le second article de l'édit du 25 juin 1720 confirmait ces dispositions. — Mais les Vandois réclamèrent encore contre ce chômage forcé des fêtes d'une autre Eglise que la leur. (Memoria sopra il mccorso fallo, nel 1718, dalli proteslanti , per la libel la di (ravagliare le fesli , e sopra diversi abusi. — Arch. de cour, Turin, no de série 451.) — De nouvelles instructions fuient adressées, en 1721, au sénat de Pignerol, pour confirmer l'édit du 14 juillet 1718. (Id. no 452.) — Mais les tracasseries auxquelles donnait lieu l'arbitraire de cet édit, devinrent si criantes, que sur une nouvelle requête des .Vaudois, le roi les adoucit un peu : par rescrit du 12 mai 1724, conûrmint les dispositions du 25 juin 1720; — et par bigli-'to regio du 27 juin 1724, confirmant celles du 9 août 1718. — (Même so::rce, nos 442, 927, etc.)

(1) Le conseil supérieur de Pignerol, demanda d'abord le 31 mars 1717, que l'on empècliàt les protestants du Pomaret de recevoir des catholiques à leur culte. (C'était surtout pour en éloigner les reformés du Pragela , qu'on avait forcés à suivre les rites de l'Eglise romaine.) Victor-Amédée II, par un rescrit du 2 avril 1717, fit droit à cette demande. — Le 58 mai parut un manifeste, qui admit quelques exceptions personnelles à cette interdiction. (Turin, Arch. de cour, Cat. Valdesi : du no 474 à 478.) Mais cette interdiction fut bientôt étendue à tous les temples vaudois. (Ordres du 28 septembre et du 22 octobre 1720 : cités dans une requête de 1721.)

(2) Ordre du 20 juin 1714, qui, en bannissant des protestants français du pays, interdisait au\ Vaudois eux-mêmes d'en sortir. — Note du procureur général, datée du II septembre 1714, disant que ces mesures sont pour la tranquillité publique. (Archives du Périer. )

nombre de leurs temples (1), et la propagande redoublait d'activité pour leur susciter de nouvelles tracasseries (2).

(1) Lorsque le territoire de Luserne et celui de Saint-Jean ne faisaient qu'une seule commune (en 1688, par suite de la dépopulation du pays, proveuue de l'expulsion des Vaudois) , les catholiques de Saint-Jean élevèrent une église qui plus tard, lors du retour des exilés, passa au culte protestant, en vertu de transactions q<;i nous sont inconnues; et la restitution de cet édifice au culte catholique fut ordonnée par décret du 12 mai 1717. — Le temple de Saint-Germain, qui avait été démoli en 1686 et relevé en 1711, n'était pas à la même place que l'ancien. Par ce motif on demandait qu'il fût détruit ; mais comme l'emplacement du temple primitif ne put être exactement déterminé, on laissa subsister celui qui existait. (Risoluzioni prese nel congresso lenulo avanti S. E. il signor conte minislro e primo segretario di slato , Mellarède , li 12 maggio 1717. (Turin, Arch. de cour, Valàesi, no de S. 473.1 — Un édit spécial de Victor-Amédée avait autorisé le culte protestant dans la commune de Prarusling : dalle regioni di cosla longia e Massera in su, verso la montagna ; e alla Duriva del Colloretlo , ove vi e un piccolo canale, etc.. (Edit du 20 octobre 1699. Se trouve aux Archives de la cour des comptes, à Turin, Reg. contr. gen. MDCXC. no 199, fol. 112.) Les instructions du 20 juin 1730 ne pouvaient supprimer cet édit; mais elles statuaient : qu'aucun temple nouveau ne pourrait être élevé dans les Vallées; et quant à celui de Prarusting, il est dit : vogliamo ben permettre che sussista la campana (quelques auteurs ont lu : la cabane) ; à condition toutefois, qu'elle ne recevra aucune extension, et que le pasteur qui demeurait autrefois à Rocheplate y rétablira sa résidence, sans pouvoir demeurer à Saint-Barlhélemy. » {Islrultione a rignardo de Valdesi, 20 juin 1730, artic. IX.) — Plus tard, tous les lieux de réunions religieuses, hors les temples, furent fermés dans les Vallées. (Décrets du sénat de Turin, du 19 février 1756 et du 18 janvier 1771. — Arch. du S.)

(2) En particulier pour obtenir des catholisations. — Les dots étaient fixées ; ( slato délie dolli... cosliluite a figlie converlile... etc. Arch. Cour.

448.) — Les dons même abondaient. (Acte testamentaire du 2 juillet 1723, par lequel le testateur dispose de ses biens en faveur des Vaudois qui se cathol seraient. — Archives de l'Intendance de Pignerol, catégorie lie, classe 4, article VIII, no 8.) Pour les tracasseries, j'ai un mémoire t intitulé Griefs des vallées du Piémont, qui est de 1721. — Il serait trop long d'entrer dans les détails.

Les vexations suivirent les rigueurs (1), les tentatives criminelles elles-mêmes demeurèrent impunies (2); des actes cruels se faisaient jour par intervalle (3), ou s'enveloppant de mystère, inspiraient plus d'effroi (4).

(1) Des poursuites criminelles étaient intentées aux pasteurs qui accordaient leur office ecclésiastique à quiconque était né sur la rive gauche dû Cluson ou du Pragela, où le gouvernement ne voulait reconnaître que des catholiques. — Pour avoir administré le baptême à un enfant né à Fenestrelle, le 18 avrill727,le pasteur de St-Jean, Cyprien Appia, fut condamné au bannissement et à la confiscation des biens. Mais l'ambassadeur d'Angleterre, Lord Hedges, obtint sa grâce. — « Nous n'osons plus nous assem- « bler pour aucune affaire, » écrivait-il plus tard, « en suite du procès qui u a été intenté à cinq d'entre nous, qui s'étaient abouches pour affaires pu-

« bliques (Lettre d'Appia, datée du 24 août 1733 , à M. Chetwind, à

Londres. — Correspondance vaudoise.) Ce procès se termina aussi par une condamnation, mais grâce à l'indulgence du souverain elle fut annulée par des patentes, datées du 16 avril 1734, et entérinées le 20. — Au nombre de ces personnes se trouvait un nommé Daniel Musseton. — Cyprien Appia s'y trouvait encore impliqué, ainsi que d'autres pasteurs.

(2) C'est en 1727 que paraît avoir été formé, par les moines du Villars, le projet de faire sauter, au moyen d'une mine, le temple protestant du lieu, bâti en 1707. — J'ai donné des détails sur ce fait, dans un volume sur les Vaudois, publié en 1834, page 53. — Voir aussi Blair, History of the Waldenses, (2 volumes in-8o.) Edimbourg, 1833. Tome II, page 533.

(3) Il s'agit ici des enlèvements d'enfants vaudois, qui avaient lieu de temps en temps, d'une manière violente ou subreptice. — La correspondance vaudoise, de 1725 à 1765, qui a été entre nos mains, en contieut un grand nombre. — « On ne néglige rien pour porter les enfants à la révolte « contre leurs père et mère... Etienne Odin, de Prarustiug est fort inquiet u au sujet de sa fille, qui s'est catholisée... Le tribunal de Pignerol fait « vendre judiciairement les biens d'Odin, pour en doter l'apostasie de sa « fille, au préjudice de ses enfants fidèles... Toutes les requêtes que nous « avons présentées depuis 1718, ont été sans résultat. » (Passages extraits de diverses lettres du modérateur, depuis le 5 janvier jusqu'au 12 juin 1727.)

(4) Lors de la démolition du couvent du Villar on trouva des squelettes humains, muraillés dans l'intérieur des parois épaisses de l'édifice.

La protection des puissances étrangères n'était efficace que pour réparer et non pour prévenir (t). La défiance régnait partout (2), les plaintes des Vaudois n'étaient plus écoutées (3), leurs synodes ne pouvaient

(1) « Les Eglises évangéliques du Piémont, qui ne subsistent que par un « miracle perpétuel de la Providence... ont toujours été l'objet d'une tu- « tébire protection de la part des souverains de la Grande-Bretagne, de- « puis le règne de la reine Marie. Les afflictions auxquelles elles sont con- « tinuellement exposées la leur rendent plus nécessaire que jamais. » (Lettre de condoléance, écrite le 10 septembre 1727, par le modérateur des Eglises vaudoises au roi d'Angleterre Georges III, à propos de la mort de son père Georges II. Correspondance vaudoise:) « A l'étranger, dit le mémoire de « 1729, sur l'état des Eglises vaudoises, leur plus ferme appui est mainte- « nant l'Angleterre, comme avant la paix des Pyrénées, elles étaient sou- « tenues par le roi de France. » ( Registres de la vénérable compagnie des P. P. de Genève, volume X, pages 174 etc.) — On doit y ajouter la Hollande et la Prusse, qui certes ont, dans tous les temps, bien plus fait pour les Vaudois que la France. —

(2) Même contre les pasteurs: car les secours en argent, venus de l'étranger, n'avaient pas de destination fixe. Le synode en disposait. Une partie du traitement des pasteurs et des maîtres d'école était prise sur ces sommes. De là quelques irrégularités, beaucoup de jalousies rivales, et des bruits de malversation sans cesse renaissants, quoique toujours démentis. — Les directeurs des Eglises vaudoises se plaignaient de l'ingratitude et des accusations auxquelles ils étaient en butte. — Leurs Lettres, d'un autre côté, étaient souvent interceptées à Pigncrol. — On n'osait s'épancher, se fier à personne, ni au dedans ni au dehors, etc. {Les registres de la vénérable compagnie des P. P. de Genève, vol. T. V. X, ainsi que la correspondance du modérateur vaudois, et un grand nombre de lettres el de pamphlets du temps, qu'il serait trop long de citer en détail, renferment les preuves de tous ces faits.) — En 1727, un imposteur s'était présenté à Londres, avec des papiers supposés et le cachet falsifié des Eglises vaudoises, pour se faire attribuer les secours qui leur étaient destinés. (Lettre du modérateur à M. Chetwind, procureur des Vaudois à Londres, en date du 6 mai 1727, etc.)

(3) « Nos requêtes ne sont pas répondues, nos plaintes restent sans écho,

qu'effacer des griefs particuliers (l), maintenir l'union dans les familles (2), veiller aux bonnes mœurs (3) et sauvegarder la discipline (4).

a on va jusqu'à retenir les lettres que nous tous faisons parvenir. » Correspondance vaudoise de 1713 à 1729. — Lettres à M. Hedges à Turiu, et à M. Turretin à Genève.) — i Les livres que nous faisons venir de Genève a pour l'instruction religieuse de nos enfants, sont arrêtés au bureau du c Pont d'Arve , sans qu'oD les en puisse retirer. » ( Note de la main de Cyj ricn Appia, datée de 17-29.) « Nos députés ne peuvent avoir accès au-

« près du roi... nos requêtes sont desservies (Synode du 28 novembre

1724, § 5), etc.

(1) Voir, Actes synodaux, du 3 juin 1694, art. 1 et 2; du 25 octobre 1695, article 7 et 9; du 25 avril 1697, articles et 5 , du 28 avril 1705, article 7 et 10; du 23 octobre 1708, article 8 et 9 ; de 1712, article 3; de 1724, § 7; de 1727, § 4; de 1729, § 9 et 16, etc. — a Les Vaudois sont peu fa- « vorisés par la magistrature catholique, mais les procès qu'ils ont entre c eux se terminent presque toujours par l'entremise de leurs ministres ou « autres, qu'ils choisissent pour arbitres. » (Briève narration des Yaudoist ou sujets prolestants de S. M... faite par un gentilhomme, en ses voyages d'Italie: sans date; mais il y est parle des démêlés de la cour de Rome avec la maison de Savoie, il y a quatorze ans de cela : ce qui tend à faire placer cette note en 1707 . s'il s'agit des démêlés de 1694 relatifs au rétablissement des Vaudois, ou eu 1733, s'il s'agit de ceux relatifs à la Monarchie de Sicile , qui se prolongèrent jusqu'en 1729. (Archives d'Etat à Turin. Cat. Valdesi. No de série 458.

(2) Voir les Actes synodaux, aux § déjà cités. [Archives de la Table vaudoise.)

(3) Voir en outre les synodes de 1703, § 14; de 1707, § 7, 8 : de 1708, § il, 12; de 1712, § 6, 11 ; de 1713, § 4, 15; de 1716, § 9; de 1718, § 8, 9 ; de 1725, § 3 et de 1729, § 8, 9 et 16.

(4) Voir le synode de St-Germain , 29 novembre 1729, article VIII. — (Suivent diverses dispositions.) — Le synode précédent, d*après une lettre du modérateur à M. Iselin, à Bàle (datée du 12 mars 1727). « a pris la « résolution d'examiner désormais les étudiants, avant de les envoyer aux u places qui leur seront accordées par les académies étrangères. » — Toutes les opérations de ces assemblées n'avaient du .reste pour objet que le

Mais cette discipline elle-même avait participé à l'ébranlement de leurs destinées (i); les doctrines dissolvantes du siècle croissaient sans détruire le fanatisme religieux, qui n'avait plus même, pour son intolérance, l'excuse de la conviction (2).

L'Eglise vaudoise multipliait les prières et les jeûnes publics, afin d'attirer la bénédiction de Dieu sur son avenir (3).

Cependant la société tendait à se transformer, les

maintien de l'ordre, des bonnes mœurs, des doctrines évangéliques, et de la discipline. — Pour les dispositions de détail, voir les procès-verbaux de leurs opérations.

(1) Mêmes sources que pour les notes précédentes, et de plus, synode de 1708, art. 1 et 2 ; de 1710, § 23 et 24; de 1715, 4 et 8; de 1716, 2 ; de 1727, 5, etc. « Nos écoles sont très irrégulièrement tenues. i> (Lettre du modérateur à Jacques Léger, pasteur à Genève, datée du 5 avril 1728.) a Nos Eglises ont besoin de réformes considérables. » (Lettre à M. Burlamaqui, du 23 avril même année.)

(2) Il était défendu alors aux Vaudois : lo d'acquérir des propriétés hors de leurs limites et d'exercer certaines professions ; 2o de s'établir hors de leurs vallées, même pour commercer; 3o de faire des prosélytes dans l'Église romaine, et de s'opposer à son prosélytisme parmi eux ; 4° de réclamer leurs enfants enlevés sous prétexte d'abjuration ; 5° d'augmenter le nombre de leurs temples et de leurs ministres, dans l'intérieur même des vallées ; 6o de tenir des assemblées religieuses, ou de simples réunions de prière, hors de ces temples et sans la présence du pasteur. (Voyez Gilly, Vigilantius and Valdo, page 32.) — Chacune de ces interdictions devenait un prétexte à de faciles calomnies et à de promptes procédures.

(3) De 1701 à 1726, sept jeûnes publics et solennels furent ordonnés par le synode, dans les Vallées. — Celui de 1720 était pour conjurer le fléau de la peste ; et celui de 1723 , pour remercier Dieu d'en avoir été préservés. —

mœurs se modifiaient et l'esprit du passé cherchait d'autant plus vivement à regagner son empire.

La promulgation de l'ancien statut piémontais (1), qui aggravait la position des Yaudois (2), concorda avec l'ouverture du concile d'Embrun (3) qui fomenta les dissensions amenées par la bulle Unigenitus.

Les remontrances furent vaines de la part des Vaudois, pour obtenir des dispositions plus équitables et plus douces (4) ; on pressentait au contraire de nouvelles rigueurs, et l'édit du 20 juin 1730, publié sous

(1) Le synode du 28 novembre 1724, eut pour but principal d'examiner, au poiutde vue des intérêts vaudois, ce qui avait été publié en 1723, sous le titre de Royales constitutions. (Voir les procès-verbaux de cette assemblée.)

(2) L'édit du rétablissement des Vaudois (23 mai 1694) n'y était pasrap- •pelé. — Il n'y était fait aucune mention des habitants des Vallées, quoique les Juifs fussent, par les mêmes constitutions, mis à couvert de toute insulte et violence. (Tels sont les termes d'un placet dressé par le synode de 172-4.) — L'observation des fêtes catholiques y est rendue obligatoire. — Ou interdit aux protestants d'avoir des notaires de leur religion, quoiqu'ils en aient eu de temps immémorial. (Termes du même placet.) — On oblige les parents à se dépouiller de leurs biens en faveur de leurs enfants catbolisés, qu'ils avaient précisément le moins de motifs de favoriser, etc.

(3) Ouvert le 16 d'août 1727. — Ce fut à la date du 24 octobre 1728 que fut rendu un parère, circa il capo da aggiungere aile costiluzioni a riguardo de valdesi, où il est dit, à propos de l'édit de 1694, sur lequel les Vaudois s'appuy3ient pour demander le maintien de leurs privilèges, que « les « circonstances venant à changer, les édits perdent de leur valeur. » (Turin, Arch. de cour. S. 441.) Cette maxime n'a pas besoin de commentaire.

(4) « Malgré toutes nos requêtes nous n'avons pu obtenir le moindre « relèvement. » (Dernières paroles d'un mémoire dressé en 1728, sous ce titre : Griefs des Vaudois. Archives particulières.)

forme (Y Instructions au sénat do Pignerol, ne fit que réunir et codifier, pour ainsi dire, toutes les mesures donlils avaient gémi. C'est alors que furent expulsés pour la seconde fois, de leurs vallées, tous les protestants d'origine étrangère, et qu'à quelques exceptions près, tous les protestants originaires du Pragela s'en virent bannis sans retour (1).

Les organes de l'Eglise vaudoise et ses protecteurs étrangers réclamèrent vainement contre ces abus de pouvoir : on répondit à leurs justes griefs par d'insidieuses subtilités (2) ou par des promesses presque tou-

(1) La liste nominale des Vaudois de Pragela, exilés en 1730, et qui trouvaient dans le canton de Berne, au mois de mai de cette année là, se trouve dans Dielerici, page 404. Leur nombre est de 360 personnes. — Ceux des autres vallées qui étaient en Suisse, comme exiles, en décembre 1730, se montent à 480 personnes. La liste en est aussi donnée par Dieterici, page 408-414. (Total des Vaudois exilés à la fin de 1730 : 840.)

(2) « Toutes les réclamations des Vaudois ou des puis-ances qui les pro- « tégent, ne sont fondées que sur l'édit du 23 mai 1094 ; or cet édit laisse « subsister tous ceux qui étaient autérieurs à 1686, et par conséquent la « plénitude de l'action du souverain. » {Progelto di capo per l'arjiunla aile costiluzioni... Arch. de Cour, no D. S. 471.) — Au lieu d'accorder plus de liberté aux Vaudois, il faut les restreindre autant que possible. [Parère sovra la loleranza degl' erilici, in Piemonte. Même source, no 464. — sans date.) — « Le roi d'Angleterre fit faire des représentations au sujet des « Vaudois, par lord Molenvorck , son envoyé extraordinaire à Turin; on « ptomit de régulariser leur position d'après les édits antérieurs, et tous « les articles de l'edit du 20 juin 1730 furent successivement comrauni- « qués à l'ambassadeur anglais, avec l'édit qui leur servait de base. Il en « a reconnu l'exactitude : on est donc mal venu à s'en plaindre aujour- « d'hui. » (Extrait et résumé d'une noie remise au secrétaire d' Angleterre,

jours illusoires (1). Ils renouvelèrent leurs requêtes (2).

Allen, le 27 avril 1731. — Même source, no 465.) — Il fut reconnu cependant que plusieurs des édits avancés n'étaient pas applicables aux -vallées vaudoises. (Rescrit du 12 août 1730, publié par Borelli.) — Les états gé néraux de Hollande avaient écrit à Victor-Amédée pour le même objet, en date du 7 novembre 1730 ; la réponse du roi , polie mais évasive, est du 2 décembre 1730. (Arch. de cour, nos 467, 468.) — L'influence du cler gé catholique s'exerçait alors sur le roi, par l'intermédiaire d'une personne, pour laquelle il croyait pouvoir sacrifier le repos des Vaudois, puisqu'il ne tarda pas à lui sacrifier son trône.

(1) Le roi de Prusse écrivait à Victor-Amédée, sous la date du 6 janvier 1725: « La tranquillité des Vaudois ne saurait m'ètre indifférente... on veu^ « les obliger à l'observation des fêtes catholiques, contrairement à l'édit du « 23 mai 1694... l'ordonnance par laquelle ils doivent fournir une pension « à leurs enfants qui auraient abjuré la religion de leurs pères, ne me paa raît pas moins dure... enfin on arrête à la douane les livres qui sont né- « cessaires pour l'exercice de la religion protestante... Je prie Votre 51a- « jesté d'être bien persuadée que de toutes les marques d'amitié qu'elle me « pourra donner, celle d'avoir égard à mon intercession pour les Eglises « vaudoises me sera toujours la plus agréable, n Cette lettre, pleine d'un si noble et si touchant intérêt, se trouve en entier dans Dieterici, pages 395-397. — Victor-Amédée y répondit le 3 mars 1725 : a Monsieur mon « frère, j'ai reçu très agréablement la lettre de V. M. qui vient de m'ètre « rendue. J'aurai toujours un empressement sincère de rencontrer au pos- 'i sible vos satisfactions; mais je ne puis me refuser celle de lui dire que o les offices qu'elle accorde aux Vaudois mes sujets, par un pur effect d'in- « tercession généreuse, me trouvent déjà prévenu par les sentiments de « bonté et de protection, avec lesquels je regarde la fidélité' et le zèle des u mêmes Vaudois, et par conséquent leur tranquillité. L'on n'est point dans « le cas qu'elle coure aucun risque, puisque mon intention est qu'elle soit « autant permanente que le sera leur attachement à remplir leurs devoirs; « et je prie Votre Majesté d'être persuadée de la parfaite amitié et con- « sidération, avec laquelle je suis, Monsieur mon frère, de Votre Majesté, « le bon frère : Victor-Amédée. » — Quoique cette lettre ne répondit à aucun des faits mentionnés par le roi de Prusse, elle n'en est pas moins remarquable par le témoignage que Victor-Amédee rend à la fidélité des Vaudois, aiusi qu'à leur attachement à leurs devoirs.

(2) Le 20 novembre 1730 ; signée par 165 chefs de famille des Vallées, présentée au roi par Appia et Léger, députés.

Mais ces protestations du droit ne firent qu'exciter l'injustice (1); et les dénis de justice agrandissaient encore le champ des vexations (2).

Etait-ce un châtiment de la Providence infligé à cette peuplade (plus éprouvée que mille autres, par les verges de l'amour jaloux de son Dieu), pour la punir du zèle décroissant qui se manifestait chez elle, et du relâchement de mœurs dont ses propres synodes se plaignaient déjà (3)?

«La fin du dix-huitième siècle, » dit M. Monastier (4) (et nous n'hésitons pas à faire peser ce jugement sur le dix-huitième siècle tout entier) , « s'était quelque peu ressentie, aux Vallées, du déclin de la pensée religieuse généralement affaiblie partout. L'esprit chrétien, si vif et si fécond jadis, s'alimentait avec plus de lenteur

(1) Recherche de toutes les personnes actuellement protestantes , mais qui étaient nées ou avaient été baptisées dans l'Eglise romaine, avant 1686 et après 1676, pour les obliger à rentrer dans le catholicisme ou à sortir du pays. (De 1730 à 1732.) — Rescrit du 9 octobre 1733, interdisant aux Vaudois qui n'étaient pas dans ce cas, la faculté de sortir du pays pour accompagner leurs parents à l'étranger. (Archives du Villar. Cahier rel. folio 177.)

(2) Toutes les poui suites criminelles qui eurent lieu à cette époque, pour fait de religion, et les proscriptions multipliées qui décimèrent les vallées vaudoises, ainsi que les mesures précédemment citées, ne le prouvent que trop.

(3) Dans les préliminaires de chaque exhortation à un jeune public. (Actes synodaux, etc.

(4) Tome II, page 198.

à la source pure de l'Evangile. Une raison orgueilleuse et fragile, un sens humain, d'autant plus fier qu'il était plus borné, commençaient à revendiquer une place dans la théologie. »

Nous verrons ces germes d'affaiblissement moral et religieux se développer dans le chapitre suivant, et décroître heureusement vers la fin de cette histoire.

L'Eternel, dit David, n'a point abandonné son peuple, et le Dieu d'Israël s'est souvenu de son héritage. Poisse de même l'Israël des Alpes ne jamais oublier les grâces de son Dieu !

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