‹ L'Israël des Alpes (volume 2)Chapitre 13 sur 48 · PERRIN · texte numérisé non relu

PERRIN

Perbin. « Histoire des Vaudois et des Albigeois , etc. , à Ge- « nève, pour Matthieu Berjori. cId. loi. xvui. (1618.).» — Deux volumes, ordinairement reliés en un : ce XXX, 248: IV et 333 pages; les 157 dernières contiennent des livres vaudois, en langue romane, avec la traduction. L'épître dédicatoire est adressée à Lesdiguières, et datée de Nyons, en Dauphine', ce 1er janvier 1618.

Perrin n'était pas d'origine vaudoise, (il était né à Lyon) ; mais comme les documents, dont il a fait usage, lui sont tous venus des vallées (Gilles, p. 383. Perrin, ch. III et p. 57-60.), il doit, comme historien, entrer dans la classe des historiens vaudois. — Parmi ces documents historiques, sont les mémoires de Vignaux, intitulés : De la source, ancienneté', doctrine, religion, mœurs, confessions et progrès du peuple surnommé Vaudois, ha-

bitant dans les vallées du Piémont. — Ces mémoires sont aujourd'hui perdus. — Un auteur moderne affirme, à tort, les avoir consultés. (Fabre d'Olivet. Les Montagnards des Alpes, Tome T, p. 26.) — Les mémoires de Vignaux n'étaient du reste que la traduction d'un ouvrage semblable, composé en italien par Jérôme Miol, pasteur d'Angrogne en 1580. (Gilles, p. 383.)

Perrin eut encore à sa disposition beaucoup d'autres documents. (Voir ses chap II, III, et VII.) — On lit dans les Actes des synodes du Dauphiné ( synode tenu à Grenoble en 1602 ) , que les pasteurs de l'Embrunois et du Val-Gluson (qui faisait alors partie du Dauphiné), étaient invités à recueillir «toute «sorte de pièces, pour servir à l'histoire de la vie, doctrine « et persécutions des Albigeois et des Vaudois. » Au synode d'Embrun (en 1603), on décida de remettre ces pièces à M. Charnier, pasteur à Montélimart, qui s'était chargé d'écrire cette histoire : (Léger parle de M. Charnier, P. II, p. 257, 258) ; M. Charnier délégua cette mission à M. Crisson (synode de Grenoble, 1605), qui lui-même la remit à Perrin, pasteur à Nyons. (Voir une note à la p. 147 du T. II, de cet ouvrage.) — En 1604, les vallées vaudoises avaient encore envoyé des pièces historiques, que Vignaux lui-même apporta à Perrin. (Gilles, p. 333.) Le synode de Saint- Marcelin, tenu en 1606, exhorta ce dernier à presser son travail. — Au synode d'Orpières, tenu en 1608 , Perrin demanda une allocation pour subvenir aux frais de ses recher. ches. — Il présenta le manuscrit de son ouvrage en 1609 , au synode de Saint-Paul-trois-Châteaux. — Le style de cet ouvrage fut retouché à Genève par M. Tronchin. (Registres de la vén^ Comp. vol. E., p. 205.) — Le synode de Tonneins (1614, art. VI)décida qu'il en serait envoyé un exemplaire à chaque pasteur du Dauphiné. Mais il ne paraît pas que ce livre ait généralement répondu à l'attente qu'on en avait conçue; car le synode de Vitré (1617, art. IV.) décida que l'ouvrage de Perrin serait soumis à l'examen des pasteurs et professeurs de Genève. Le résultat de cet examen ne paraît pas non plus avoir été avantageux, puisque le synode de Charenton (1623, chap. X, art. 1er) décida qu'on procéderait à la composition d'une Nouvelle His-

foire des Vaudois et des Albigeois. (M. Tilloit, de Sedau, en fut chargé. Les provinces du Dauphiné furent exhortées à lui envoyer tous les documents qu'elles pourraient réunir ; mais la mort l'empêcha de réaliser ce dessein.)

Indépendamment de la somme que Perrin avait demandée au synode d'Orpières, cet auteur reçut 300 livres de celui de Privas (tenu en 1612, art. III) ; et en outre il vendit son manuscrit à l'éditeur qui l'imprima. (Arch.de la ve'n. Comp. de Genève, vol. E., p. 203. ) — Jamais peut-être le prix d'un travail historique n'avait été moins mérité. — Si Perrin avait publié tout simplement les documents qui lui furent remis, son ouvrage aurait acquis une grande valeur ; car ces pièces venaient des sources les plus directes : (le synode de Mentoules , 1612, avait décidé qu'une Bible in-folio serait remise à un particulier de Pragela en échange des nombreux manuscrits qu'il avait fournis à Perrin). Ces manuscrits étaient au nombre de douze volumes. (Perrin, p. 57-60.) Non-seulement Perrin n'a pas su profiter de ces riches matériaux, mais il a même été accusé d'en avoir fait un usage infidèle; (voir dans le Magasin Britannique, no GXIII, p- 397 , un remarquable article du docteur Todd, sur le Livre de George Morel, Bibl. Dublin, clas. G. Tab. V, n° 18.)

Comme écrivain, Perrin n'a qu'un talent très contestable. Ce qui rend son ouvrage précieux, ce sont les fragments originaux des anciens traités vaudois qui terminent le volume. — Perrin est rare dans les bibliothèques publiques, et assez fréquent dans les collections particulières.

GILLES, en italien Gillio, en latin ^Egidius.

« Histoire ecclésiastique des Eglises réformées, recueillies en quelques vallées de Piedmont et ci rcon voisines, autrefois appelées Vaudoises; commençant dès l'an 1160, de nostre Seigneur et finissant en l'an 1643; par Pierre Gilles, pasteur de l'Eglise réformée de La Tour.... A Genève, pour Jean de Tournes.... M DC.XLIV. » Un vol. in-4° de XX, 569 et XLV p. — Réim-

primé, d'après Winer (Handb. der théolog. Litter. Sect. XX), en 1655, in-4°; à Genève.

L'épitre dédicatoire, adressée aux pasteurs, anciens et diacres, et à tous les fidèles des vallées du Piedmont, est datée : de La Tour, ce 27 de Juin 1643, et de mon âge, le 72e.

Le projet de cette nouvelle histoire des Vaudois fut conçu immédiatement après l'apparition de l'ouvrage insuffisant de Perrin.

— On lit dans les Actes des synodes vaudois (syn. de Pramol, tenu le 15 septembre 1620) : « E ordinato, che si ndurra in « scritto, l'historia délie cose avenute in le cbiese di queste tre « valli, dal 1600 in qua ; e è dato carrigo à M. Pietro Gillio, con « l'aiuto di M. Appia, e participatione di M. Gaio, e altri che po- « trano portare in ciô, aiuto opportuno..., etc. »

Cette histoire fut d'abord écrite en italien. — En 1627, elle était presque achevée dans cette langue, et il ne s'agissait plus que de rétribuer Gilles de ses travaux. — Le synode du Villa (tenu du 16 au 18 septembre 1625), avait décidé : « che ogni « chiesa darà à l'honorando Pietro Gillio , il compimenti d « scudi tre, con li due gia qui dananzi assignati. » D'où il ré sulte que pour subvenir aux frais de cette histoire, chaque paroisse vaudoise s'était imposée une contribution de 5 écus. — On lit en effet dans les Actes du synode de 1627 (tenu à Pramol, du 13 au 17 septembre), que cette contribution, n'ayant pas encore été intégralement payée : « e ordinato che infra un mese a le chiese le più potenti, habiano da dargli (al reverendo M. Pièce tro Gillio, per la fatica dell' Historia), il compimento de « scudi cinque, e le altre de scudi quatro, senza includerni fio- « rini quatro, datti nel principio da ogni chiesa. » — Ces quatre premiers florins avaient été donnés pour l'achat du papier.

Mais en 1630, des seize pasteurs vaudois, alors vivants (dont quinze en exercice et un émérite, sans compter le pasteur du Roure en Pragela), quatorze moururent de la peste, qui emporta plus de la moitié de la population totale des vallées vaudoises.

— Gilles fut un des deux qui survécurent (mais il avait perdu ses quatre fils aînés); il était alors âgé de 59 ans, et prêchait encore deux ou trois fois le dimanche et une fois chaque jour, pen-

dant la semaine (voir son ouvrage, page 516, et dans VIsraèl des Alpes. T. II, chap. V). — A cette époque, on fit venir de Genève de nouveaux pasteurs pour desservir les Eglises vaudoises. Comme ils ne pouvaient prêcher qu'en français , l'usage de cette langue prédomina; et Gilles, considérant qu'elle était plus répandue que l'italien, eut le courage de recommencer son travail et de l'accomplir tel que nous le possédons aujourd'hui.

Il a de grandes qualités, comme écrivain ; énergique et naïf, plein de naturel et de force, on ne peut lui reprocher que d'avoir vieilli et d'être un peu diffus. — Comme historien, il est au premier rang par son exactitude, son impartialité et sa modération. — Mais c'est plutôt un chroniqueur qu'un historien ; il raconte par ordre chronologique les faits qui se sont passés au sein de tous les pays dont il doit s'occuper. Dans le cadre de chaque année se trouvent successivement réunis les événements qui ont eu lieu dans les localités les plus étrangères les unes aux autres. De là vient que la lecture de Gilles, quoiqu'intéressante dans toutes ses pages, ne laisse que des souvenirs confus. Aux yeux de l'esprit comme aux yeux du corps, les images diverses qui se succèdent rapidement, s'effacent les unes par les autres.

L'histoire de Gilles fait source pour les événements qui se sont passés de 1550 à 1640. Elle fut mise à l'index par la cour de Rome, comme l'ont été plus tard l'ouvrage de Léger et le volume que j'ai publié en 1834. — Gilles doit être lu en regard de Rorengo, qui racontera un autre point de vue, les mêmes faits que lui, et qui cherche souvent à le réfuter; mais sans succès. — Rorengo l'appelle : il professore Gillio ; (Dédicace , p. 2) et dit : « che si vantava cThavere corsa l'Ialia, l'Alemagna e diversi paèsi, percercar nuove dottrine o vecchi..., etc. » (Ror.> chap. XV, p. 73). — Gela prouve les connaissances de notre auteur et le prix qu'il attachait à la vérité.

On lit dans les Actes du synode, tenu à Pinache le 1er mai i 607 « E stato proposto da M. Pietro Gillio, ministro délia Torre, se

« sarebbe bene di metter in scritto tutte le dillicolta e questione, « onde sara trattato nei sinodi..., etc. » Ce projet d'archives régulières, proposé par le premier de nos historiens, n'a été mis à exécution que deux siècles plus tard. — Deux pasteurs vaudois, contemporains de Gilles, portaient le même nom que lui: c'étaient Pierre Gilles, pasteur à Molines, et Jaques Gilles, pasteur à Angrogne. — Ce dernier avait été suspendu de ses fonctions pour six mois. (Synode du Villar, septembre 1616.) — Je les mentionne pour prévenir les erreurs que la conformité de noms pourrait faire naître à la lecture des documents contemporains.

Gilles est l'auteur de quelques ouvrages polémiques dont voici 'origine. — Rorengo avait publié en 1632 un ouvrage contre les Vaudois : (Brève narratione delVintroductione deyl'heretici nelle valli.) Le ministre du Villar, Valère Gros, réfuta cet ouvrage par ordre du synode (Léger, p. 539). Rorengo parle de sa réponse dans Memorie storichi..,, p. 252. — Rorengo s'adjoignit alors le préfet des moines de Pignerol, nommé Antoine Lazzari, et par pseudonyme, Théodore Belvédère. Ils écrivirent ensemble les Lettres apologétiques, qui parurent en 1643. (Elles étaient sur le ton de Vittoria triomphale, publiée par le cordelier Gassini, en 1610). — Gilles répondit aux Lettres apologétiques par des considérations qui amenèrent une nouvelle réplique des moines, sous le titre de Turris contra Damascum (publiée en 1636) ; en réponse à ce nouvel ouvrage, Gilles composa un traité latin en trente-trois chapitres ; mais avant que ce traité eut été imprimé, une quatrième publication monacale, intitulé : Lucerna délia christiana vanta, le força à reprendre la plume pour la réfuter aussi. — Sa réponse, intitulée Torre evangelica, avait quarante-huit chapitres. Théodore Belvédère y répliqua seul dans Risposta al libro del Sr Giliio titolato Torre evangelica. — Ce livre était divisé en dix-huit sections et dédié à la société de propaganda fide et extirpandis hereticis. Gilles y répondit encore et le réfuta en un pareil nombre de chapitres, dans un opuscule dont j'ignore le titre. — Tous ces ouvrages sont devenus très rares.

Il existe, de la main de Gilles, le manuscrit d'une ancienne

« Discipline vaudoise, » tirée des dispositions synodales antérieures à 1564, par le ministre Humbert Raymond, et complétée par notre auteur, sous ce titre : « Les ordonnances ecclésiasti- « ques, faictes par nos très-honorés Pères et Frères, ministres « de la Parolle de Dieu, aux Vallées de Luzerne, Saint-Martin, « Pérouse, Gluson et Marquizat .... transcriptes en ce présent « livre, par moy, Pierre Gilles, secrétaire, Tan 1610, par le corn- « mandement du Synode. » De 1615 à 1630, Gilles fut presque toujours modérateur de l'Eglise Vaudoise. — La réimpression de son histoire avait été entreprise récemment par Mme Jenkinson, bienfaitrice des vallées vaudoises. Les dix premiers chapitres seuls ont été réimprimés.

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