XI
« Confession de foi des Vaudois, » de la vallée de Suze et du marquisat de Salw:es. — Cette pièce n'est pas sous forme d'articles. Elle est plutôt un manifeste, qu'une confession. — On y découvre déjà le besoin que les protestants du Piémont éprouvent, de se ménager un appui politique auprès des puissances étrangères. — Il suffit pour s'en convaincre de lire la déclaration qui termine cette pièce, et que Léger a reproduite (p. 115 ) à la suite de la confession de 1655. — Pour le texte du manifeste de 1603, voir Perrin, p. 185; et Léger, p. 111.
XH. (1655).
Confession qu'en pourrait nommer « d'anathème, » parce qu'elle est d'entre tous les écrits publiés par les Vaudois, ou mm leur no»>, le seul où ils prononcent anathème contre ceux qui ne partagent pas leurs idées. Voir Léger, p. 116, ligne S. } — Léger l'inti-
tule : « Briève confession de foi des églises réformées de Pié • « mont , publiée avec leur manifeste, à l'occasion des effroya- « bles massacres de Tan 1655. » (P. I , çh. XVII , p. 112.) — Ces paroles ne disent, ni où, ni comment, ni par qui cette confession de foi aurait été dressée. — Elles disent seulement que cette pièce n'existait pas avant 1655 ; or, en 1655, aucun synode ne s'est tenu dans les vallées Vaudoises pour la dresser; elle a paru pour la première fois dans un livre publié à l'étranger, sans lieu d'impression. (Voir dans cette Bibliographie, Ire Partie, section I, § II, n» 2.) Ce livre ne pouvait pas alors pénétrer en Piémont; la confession de foi qu'il contient n'y a donc pas été publiée. Son origine est très douteuse. (Voir dans cette Bibliogr. , Sect. I,
§ II, n° 2 ) On peut dire cependant que l'Eglise vaudoise ,
(représentée par un synode régulier), n'a pris aucune part à sa rédaction; il est probable que la majorité des membres de cette Eglise ne la connaissaientjpas lorsqu'elle parut ; il est certain qu'elle ne répond pas du tout à l'ancienne doctrine des Vaudois. — Toute autre confession de foi , issue de l'une des nombreuses sectes du protestantisme existantes à cette époque , aurait pu tout aussi bien leur être attribuée , en vertu même des déclarations qu'elle contient. (Voir Léger, p. 115, lignes 20, 21,22, 23.)
Les Vaudois, en effet, y renoncent au titre d'Eglise spéciale (voir Léger, p. 112 , 3e alinéa ) ; ils repoussent même le nom de Vaudois , et ne prennent plus que celui de réformés. — On pourrait dire qu'ils renient à la fois le nom et la doctrine de leurs pères , si cette confession de foi était vraiment leur ouvrage ; mais tout atteste , au contraire, qu'ils y sont restés complètement étrangers (comme Eglise, du moins). — L'opinion la plus probable est qu'un de leurs amis politiques, avec l'assentiment sans doute de quelques Vaudois isolés , l'aura produite en leur nom , à rétranger, pour rallier à leur défense toutes les Eglises réformées.
Cette confession de foi renferme XXXIII articles, calqués sur ceux de La Rochelle. Elle a été publiée par Léger , p. 112, et par Hahn,p. 668.
La doctrine qui y domine est celle de la prédestination absolue. — Tous les hommes sont damnés dès le sein de leur mère, (Art. IX et X. ) Dieu retire de la damnation les prédestinés, et y laisse les autres : sans que nos prières, nos vertus, nos efforts puissent rien changer à ces destinées indépendantes de nous et niées d'avance. Art. XI, XVI et XVIII).
« Cette doctrine, dit M. Guizot, remonte au V« siècle. Ses ori- « gines sont obscures et douteuses, Saint Augustin, se défendit « énergiquement de l'avoir enseignée. Mais dès qu'elle parut, « elle choqua le bon sens et l'équité morale de la plupart des a chrétiens »
( Cours d 'Histoire moderne, IVe leçon ; édit. de Bruxelles 1835. T. I. 178, 179.)
On n'en trouve aucune trace, dans les anciens livres des Vaudois, en langue romane. « Nous avons toujours cru, di- « sent-ils, au contraire, que Dieu a donné à l'homme un « principe de spontanéité et de vertu (action, force), par le « moyen duquel il peut travailler à son salut, selon les dons « qu'ils a reçus : comme semble le faire entendre la parabole « des talents ; et avec l'aide de Dieu : selon qu'il est dit , je me « tiens à la porte et je frappe: et que les réprouvés étaient faits « tels par leur propre faute : conformément à ces paroles, cha- « cun recevra selon ses œuvres..., etc.» (Extrait et résumé des articles XV et XVI de l'exposé de la foi Vaudoise aux Réformateurs. — MSC. de Dublin, Clas. C. T. V, n° 18. — Scultetus : Annales evangelii renovati , anno M DXXX. — Ruchat , Hist. de la rèformation en Suisse , T. III. — QEcolampadius , episto- /«?..., etc.). L'opinion la plus avancée dans un autre sens, que j'aie trouvée dans les anciens livres vaudois, est ainsi conçue :
La potesta aatural , laquai es lo La puissance naturelle , laquelle libre arbitre, se po, alcuna vecz,alar- est le libre arbitre, se peut quelquegar per graczia e alcuna vecz restre- fois étendre par grâce, et quelquefois gner.... restreindre.... Le libre arbitre se peut
Lo libre arbitri, se po perdre per perdre par le péché, et accroître par lo pecca, e accreisser per graczia... la grâce... Et semblable ^est la) rai-
E similhant raczon es del rete- son du maintien et du liement des nament e del ligament de li pecca. pêches. (De la rémission ou de la responsabilité du péché.)
( De la postesta donna a li Vicari de Xrist , publié par Hahn ,
Geschichte der Wddenser , etc. , de la pag. 611 à 616;
fin du 1er alinéa.)
Mais ces paroles mêmes supposent l'existence du libre arbitre, que nie la confession de 1655 : ( article IX. )
On ne peut disconvenir qu'une logique rigoureuse n'amène à la prédestination. Mais on ne doit pas oublier que la logique est une forme de notre entendement ; et qu'en dehors de cette forme se trouvent précisément les bases de la vie. — La foi en Dieu, en notre propre existence , en l'immortalité de l'âme , etc. , ne sont pas le résultat d'un syllogisme. — Dieu n'a pas voulu que notre vie pût dépendre d'un bon ou d'un mauvais raisonnement. — C'est en vain qu'une logique irréprochable peut m'amener au fatalisme : un raisonnement non moins correct, me dirait aussi que Dieu étant immuable, nos prières sont inutiles; que les lois de la causalité annulent la liberté morale; que notre existence physique n'est qu'une hypothèse, etc. ; mais je sens que j'existe je sens que je suis libre, je sens que la prière me fait du bien ; et je remercie Dieu d'avoir mis au dedans de moi quelque chose que le raisonnement ne puisse ni dominer ni détruire.
On a voulu lier la conscience des chrétiens de nos jours à cette confession de foi d'origine douteuse ; mais une autorité quelconque qui, en dehors de la Bible, aspire à limiter à la fois le sens de la Bible et les vues de la conscience, n'est qu'un papisme déguisé. Elle suppose que la foi des rédacteurs d'une confession est transmissible à ceux qui l'adoptent , par le fait seul de son adoption. Il en résulterait deux classes de croyants: les uns qui croient par eux-mêmes ; et, d'autres, par discipline, sur l'autorité des premiers. Cette délégation de la foi, n'est pas fondée sur l'Evangile. Elle est d'ailleurs incompatible avec le principe du libre examen ; car on ne peut dire à personne : « Je vous accorde le libre examen, à condition que vous arriverez à des résultats d'avance déterminés par moi. » Une telle prétention serait le sceau de l'écrou, mis sur la pensée humaine. Puis, les convictions sont nécessairement individuelles; elles sont des choses que l'on a comprises; elles sont dès lors relatives à nos
moyens de comprendre; et comme ils varient selon les individus, on ne pourra jamais, dans une société composée de gens de tout âge et de toute valeur , considérer un formulaire unique, comme étant l'expression sincère des convictions de tous. La même conviction supposerait le même type moral , et dès lors la même vie : ce qui n'est pas. Enfin, un tel formulaire, serait un lit de Procuste pour [les intelligences, si elles pouvaient réellement y être assujéties : mais elles ne le peuvent pas; ce n'est donc qu'une fiction : et pour ceux qui la maintiennent ou la subissent, à raison de son caractère officiel, une tacite complicité de mensonge. Qu'est-ce d'ailleurs qu'une foi officielle ? Sous toutes les formes religieuses, soit dogmatiques, soit cérémonielles, il y a des cœurs sans vie. La vie de l'âme est la seule condition du salut ; cette vie s'obtient par la grâce de Dieu, et non par des adhésions, plus ou moins éclairées, à des spéculations contestables, ou par des pratiques de dévotion, plus ou moins puériles. La vie n'est pas incompatible sans doute avec ces formes ; mais elle n'en procède pas ; et si les disciples du Christ furent nommés chrétiens (Actes des Apôtres XI, 26), c'est parce qu'ils menaient une vie chrétienne. — C'est à ce titre surtout que les Vaudois des anciens temps peuvent être appelés les héritiers de la primitive Eglise.