‹ L'Israël des Alpes (volume 3)Chapitre 16 sur 23 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

EXIL DE JANAVEL.

RÉVOCATION DE l'ÉDIT DS NANTES.

PRÉLIMINAIRES d'unE QUATRIÈME PERSÉCUTION.

(De 1680 à 1685.)

Sovucu BT lOTOBiTRS. ^Hisiorieui précédemment cités. — Bihomt. Hiêt, iê VEdU iê iVofUft, ^ol. YI. — Bépome pour U* Egliteê ieê valléet du PiêflUMi/... G«oèv€, 1679, ia-4ode plus de 900 p. — ÀreMwt HjUamatiquêt de la France. Dépêches échangées entra Louis XIV et son ambassadeur à Turin. (Communiquées par M. Ouizot.) — Archive» d'Etal , à Turin. — Archi- Tcs de Berne et de Genève. » Areh, de la vén. coMp. det Pa»l$vn, de cette dernière tille. — Communications partie., etc.

Janavel ayant été excepté de l'amnistie par laquelle s'était terminée la guerre des bannis^ dut chercher un asileen pays étranger.

Il se retira à Genève.

Là, vivant isolé, il ne cessait de s'occuper des Vallées .L'héroïque vieillard, malgré tant de traverses,

avait conserré tonte l'énergie de son patriotisme et de sa foi. Dans la solitude de sa gloire, proscrite mais non pas oubliée, il consacrait ses derniers jours à prier pour le pays qu'il avait si vaillamment défendu ; et, dans les prévisions de sa haute expérience, il suivait avee anxiété les indices croissants d'un orage nouveau qu'il voyait se former sur l'avenir de sa chère patrie.

La France était alors, de tous les Etats de l'Europe, celui qui pesait le plus dans la balance de leurs destinées respectives ; mais tn raison même de sa grandeur, Louis XTV avait de grandes faiblesses.

Noble et résolu devant les puissances terrestrog, il subissait le pouvoir de la superstition, et fléchissait avec la crédule terreur de l'ignorance, devant ces puissances mystérieuses que son Eglise lui montrait dans le demi-jour redoutable de son domaine spirituel.

Sa vie dissolue, entrecoupée d'accès de dévotion, son cœur hautain, ses habitudes égoïstes ne pouvaient Être dominées que par la puissance accommodante et ambitieuse du papisme. Ce dernier, à son tour, ne voulait s'en prévaloir que pour écraser la liberté ; et comme le plus grand ennemi de la superstition est la

Bible, quiconque en appelait à Tautorité de ce livre divin était poursuivi par la haine du catholicisme.

Les confesseurs de Louis XIV persuadèrent donc à ce monarque qu'il pouvait travailler à la fois à sa renommée et à son salut par l'extermination des protestants : à la gloire de son règne en relevant , dans son impérieuse et majestueuse unité^ le corps chancelant, mais inflexible , de l'Eglise romaine^ à son propre salut en ofirant comme une sorte d'expiation pour ses fautes per%[>nnelles, la conversion des hérétiques, en holocauste, aux pieds des autels apaisés, de cette Eglise où tout s'achète, où tout se vend, où tout devient tranc.

Comme ce n'était là qu'une sorte de rançon à se procurer, on employa d'abord l'argent pour obtenir des catholisations. Ce mobile d'apostasies ne faisait qu'épurer l'Eglise protestante de toutes les ftmes vénales, de toutes les consciences tarées.

Un compte courant des dépenses et des recettes , les premières en argent, les secondes en conversions, était dressé avec soin, et régulièrement soumis à la conscience rassurée du Roi Très-Chrétien^ car tel était le titre que depuis Louis XI, qui le mérita si bien, prenaient les rois de France en montant sur le trône.

On vit «lorB^ks bandes de niendiants, se disant protestants, abjuner en masse dans une ville; se fkire (Myer^ puis se rendre dans une aotK vâle, ipour abjurer encore.; retirer un nouveau salaire, et pomrsoivre d'un tout à l'autse de la Eranee œlte scanda* leuse eomédie.

Aussi la ressource des apostasies vénales fnt-eUe IrientAt abandonnée. Mais le royal conjoint de Marie- Ibéièae ne ]K>uvaft aussi AcilenMsnt abandoosner ses viees. H venait de ocnmmeltiie un «ouval adultère (I); et se trouvait dès fors plus vû^emenl paessé de^soinB deson^salot.

Le culte protestant s'en ressentit bîantèt crueMe» ment. Vingt et un temples farent démolis, en 1680, dans le Virarais . Les proscriptions se miiltiiilièrent ; Texerdce des fonctions publiques et même des ppofessîons'civiles iVj fut interdit anx réformés. Les per-> sécutions dont ils étaient vHAimes dhient en augmentant, comme tes plaisirs criminels du monarqne.

On en vint aux dragonnades, Louvois, déjà chargé

(1) ter* iSTO Mm et Vontetptn, «n 16V9 tfoM tle PonUuifei.

(a) L'ordoonaoce du S décembre iS8l iulerdicaH aui notairet, médeeins. imprimeuri etc., appartenant à l'Egliie léformée, d'eiereer dorénavant Imir pvofBiiion»

des désastres et des incendies qui s'étaient conin^s dans le Palatinat, sous son commandement, écrivit à Louis XIV^ en parlant du Yivarais : « H fant faire une telle désolation dans ce pays, que l'exemple s'y fasse à jamais sentir. »

Ce n'était point assez 1 PxMjr fisapper le protestan*tisme tout entier, Tédit de Nantes fut révoqué, le 18 ûctobse 1686. L'ei&t (de catta révocaiion fut sou^aio et terrible. Un grand nombre de protestwts ftiffiçais poftèreat à Télrangcr leur» lumières et leurs vertus» leur fortune «oquise ou à acquérir. Cet acte seul aSù*blit la .France plttsqiie toutes les victoires de Louis XIV ne Favaieot fortifiée.

Mais en interdisant le culte réformé, il n'avait pas encore mtenlit les croyances. Oin voutut atler jusquelà^ La mort civile fut prononcée ^ur tous le^ protêt tants.

En conséquence, toii3leur^actes, les mariage mdmes Curent déclarés nuls, et le$ enfants nés ou h naître de ces unions, r^ tés illégitimes. Enfin quiconque, ayant abjuré ou paru abjurer le protestantisme, refusait à 3on Ut de mort les sacrements de l'Eglise catholique, était traîné sur la claie, et jeté à la voirie en cas de décte, ou condanmé aux galères en cas de guérisouî

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mais, qu'il guérit ou qu'il mourîit, ses biens devaient être confisqués au profit du roi.

Ce roi, vieilli dans l'orgueil et Timpudicité, avait perdu jusqu'à la dignité de sa gloire passée. De puériles terreurs le jetaient , impuissant et servile , aux pieds de son confesseur. Letellier lui fit enfin signer un édit tout imprégné du fiel et de la déloyauté du jésuitisme. Par cet inqualifiable édit^ tous les protestants étaient déclarés convertis au catholicisme; et ceux d'entre eux qui refusaient de se conformer aux pratiques de cette conimunion devaient être traités comme des relaps y c'est-à-dire traînés sur la claie après leur mort, ou jetés aux galères de leur vivant.

Jamais d'aussi révoltantes iniquités n'ont souillé l'histoire des ducs de Savoie. Yictor-Amédée luimême en témoigna sa désapprobation. Tous les cœurs généreux en furent indignés. Plusieurs catholiques illustres, tels que le cardinal de Noailles, Fléchier et Fénélon, protestèrent contre le tort qui en résulterait pour la France. Vauban^ le célèbre architecte qui munit de fortifications tant de villes de guerre, rédigea un mémoire dans lequel il présentait comme une calamité politique et sociale cet exil volontaire de cent mille Français. Il montrait la révocation de l'édit de

Nantes^ et les mesures subséquentes, entraînant la ruine du commerce et de rindustrie, mettant le désordre dans les familles, fortifiant les tloltes ennemies de neuf mille matelots, et les armées étrangères de six cents ofBciers et de douze mille soldats des plus aguerris.

Alors, que fit le roi? Il ordonna que quiconque s'expatrierait serait condamné à mort et à la coi^Sèation des biens, — C'était dire à ses sujets protestants: a Yous serez massacrés dans mon royaume, et exterminés si vous tentez d*en sortir! x>

Est-il possible qu'on ait pu conserver le titre de grand à ce despote immoral et cruel qui, dans sa dignité factice de potentat, ignorait si profondément le sens de la dignité humaine !

NousavoQsdû rappeler ces rigueurs, parce qu'elles eurent toutes leur application dans les vallées de Pérouse et de Pragela qui appartenaient à la France ; puis aussi à cause de l'ébranlement qui en résulta dans les autres vallées vaudoises ; car le contre-coup de cette mesure, retentissant en Piémont, détermina pour l'Israël des Alpes le plus terrible orage qui jamais ait menacé son existence.

Janavel le pressentait avec tristesse, mais avec cou-

rage', (fdi)s la ^Dicitude lômfaine deson pstriotismé. Connaissant les relations qui existaient entre LocrisXTV et Vietor-Amédée, il vit bien que le duc de Savoie de potiiraft étire qne^ le vassaf du roi de France.

En effet, dès le 42 d'octobre t68S, ce dernier écrivait au marquis d*Arcy, son ambassadeur à Taf m :

efj*aî donné Tordre au sieur d'Harleville (I) d'essayer dé Convertir les vallées qui sont de son gouvernement (2[) par Te logement de ipes troupes (3), et comme ces vallées sont limitrophes de celles du Piémont, qui sont sujettes du duc de Savoie, et dans lesqueires ses prédécesseur^ ont toujonrô témoigné soufltfr avee peine Texercice de la religion protestante, je désire que vous donniez part à ce prince de ce que je vou^ écris , et que vons Texhortier de ma part à se servir des mêmes mesures dans ses Etats, ne doutant pas qu'elfes n'aient le même succès (4). d

(1) LîeuUntnt da roi à Pignerol.

(S) Pétoust, Prag«U, CeuM, Utseaui* Métoov ExUm, Trâ^ertM». Sal»bertrans et Bardonoèche.

(3) Par le moyen des d^affonoadet. Le» pvotéflaaU inmwfrlia et âj^» niâtre» dont leur hérén$ étaient cbligét de loger, nourrir et déCrayer let aoldatt , qui aTaieot pour conclgnede tourmenter autaet que poaaîUe lei parKMinca chex lesquellea ila étaieni inataUéa.

(4) Cette pièce et let tuivaDtei jusqu'au S6 janvier 1686, aont extrailet

QtiiDie iottrs après, le marquis d'Axoy vépondati à son sottverain : «Je me ams. acquitté de Ferdre qu'il a plu à Votre Majesté de me donner par sa dépéohû du 13 de ee mois... J'en ai pris occaâoil d'^hc^tec le duo de Savoie à profiter de l'heureuse eonjpneUiBe cpiB kn offre le voisinage dbs troupes de VottieMajesté, pour obliger les gens de la religion prét^adus réfi»mée à se convertir, et pour rameDer de la. WFt» se^ peuples à une inéins crdyance^ qa'oDl; taai soubeitée ses prédëcesseursy sans avoir jaro^ eu une oceasiM auan fivQrable d'y riessît que dans ce Btemeol.

• M» le due dis Savoie m'a témoigné qa'il oecevai^t afvec tonales lenltnente possibles de fe&fect et da ror ettHMwwaBca les^ conseila de Voire Maîesté.... Mais qu^'il devBit laminer mûrement les choses^ car plursieurs de sea piédéeesaeurs avaient tenté inutUeroeet de le frira, et avalent même porté de gmnda déaev^ dres dans ce pays*cî par de telles entreprises»,

« Je k» répondis que sea pvédéceaseuss n!avaient point trouvé pour cela les facilités que lu» offirak Votre Maîesté; et que de Ibugtempa it^ n'en trouve-

des Arekive$ diphmati§ve$ de ta Fntntê , et m'ont été eommoniqnéev par l'obligeance d'un illuitre biitorîen, M. Gvnot, tlon ministre det affaires étrangères (en 1844).

rait d'aussi favorables. Puis je paras Fy laisser songer, comme à une chose où l'on ne s'intéressait que pour ses avantages.

a Le marquis de Saint-Thomas et le président Tmchi sont ceux qui goûtent le mieut les conseils cfe Votre Majesté; mais ce dernier particulièrement se persuade qu'il est, à cette heure, aussi facile que glorieux de les suivre.. (1), etc. 9

Cette dépêche est datée du 27 octobre i685; elle ouvre une négociation qui devait avoir les suites les plus graves pour les Vaudois, et même pour la maison de Savoie. J'emprunterai à la suite de cette correspondance ses propres expressions, pour faire connaître les préludes mystérieux de la persécution accomplie en 1686. Les textes^ mieux que l'analyse, dévoileront cette influence impérieuse de Louis XIY, dont tant d'événements ont porté l'empreinte dans notre histoire.

Le roi de France répondit à son ambassadeur (2) dans les termes suivants :

<K 11 paraît que le duc de Savoie n'a pas encore pris

(1) La dépêche est beaucoup plut longue, mais je l^aie&traile &dèl<mtat el auiii Ustuellemeot qve possible.

(3) De Versailles, le 10 Bovembre 1685.

1» feia» fésolmioii de travMltor eflBeaceméiit à cetCe grande afaira, qui A6 réussira jainm^ par de régé^ea tentatives, teltea que je vda Usa ^'il se» le9 propose (i) ^ luaKi il faut lui faire entendre que sa gloîie est intéressée à ce qu'il ramèae. tes wi^V^ à fueifue frix que ce soit, aux genoux de FEglise* -^ Et- ai le duc de Savoie n'avait pas assez de troupe de ce côté-là (ajoute Louis XIV dans une dépêche du 16 m^ vembre), vous pouvez rassurer qu'il seia assisté des miennes ; et que p bii dennerai toul le seGonvs dont il aura besoin poiu exécuter un si pieui^ desr sein. »

Dans sa réponse, du 24 novejiibre 1685, le marquis d'Arcy commence par dire qu'il a rappelé, d'une manière plus pressante, au duc de Savoie les offres de Sa Majesté Très-Chrétienne pour la conversion des Vaudois: a ce à quoi je lui ai fait voir, dit-il, qu1l serait puissament aidé par Tappréhension que leur causerait l'approche de vos troupes.

a M. le duc de Savoie, qui est un prince fort réser-

(I) «M «utre dépèfh» do vtrq«i» d'ANy, ckiée dk> t oothsIim 1685 ,

avait prévenu Louii XIV que le duc de Savoie , ne croyant ]w« ffi^il lui éppartiênne {h c\%\h\i9ti eil)1ittérafe) deflatitt éMntget État» e9 qut Voirê Majetté n'a fu faire dane tee amu, avait envoyé daaa Ua ValléM l'ioMiidaat Maroutse, pour voir quel biaie il y aurait à j^endre,

vé, 8'esi borné à me réitérer ses remerdemeiits pour rintérét que Votre Majesté porte à ses affaires.

« M. le marquis de Saînt-Thonoas m'a assuré que son mahre était disposé à profiter de Texerople et des secours de Votre Majesté.

a n m'a dit que plusieurs des sujets calvinistes de Victor-Amédée donnaient bonne espérance pour l'avenir; mais je lui ai répondu qu'on n'en viendrait jamais à bout sans employer la force, comme Votre Majesté Ta fait; si qu'il ne fallait pas que le duc attendit à s'en servir que vos trouppcs fussent éloignées de ses États.

a M. le président de Truchi, de son côté, m'a fait entendre qu'il était difficile de savoir les intentions du duc à cet égard , car il est d'un caractère fort indépendant et caché; et qu'on pourrait douter qu'il voulût véritablement travailler à la conversion des Vaudois comme Votre Majesté le lui conseille, parce que, lorsque ses ministres se sont hasardés à lui en parler, il ne les avait presque pas voulu écouter. »

L'original de cette dépêche est beaucoup plus étendu. Il était indispensable de l'abréger; mais le sens et les expressions les plus saillantes ont été exacte-

ment conservés. Cette observation s'ap|dique égale* ment à la réponse suivante de Louis XTV (I) :

« Je vois que vos instances auprès du duc ont été sans effets et quoique ses ministres reconnaissent que rien ne serait plus agréable à Dieu et plus utile aux Etats de Savoie que d'en bannir entièrement Thérésie, ils pensent que ce prince refusera de profiter des con« jonctures présentes, pour n'avoir obligation à personne ni du conseil ni de l'exécution.

a Vous devez néanmoins lui faire entendre que, tant qu'il laissera subsister des huguenots sur la frontière de mes Etats, 'son autorité ne sera point assez grande pour empêcher la désertion de mes sujets cal* vinistes ; et comme il peut bien juger que je ne le souffrirai pas, et q<je l'insolence de ces hérétiques me donnerait du mécontentement, il pourrait bien arriver que je ne pourrais plus avoir pour lui les mêmes sentiments d'amitié que je lui ai témoignés jusqu'à présent.

a Je m'assure, dit-il en terminant, qu'il fera sur ce sujet de plus sérieuses réflexions. »

Ce langage annonçait, de la part de Louis XIY, des

(i) Datée de VerMilles, 7 décembre 1685.

Toetf Vcôp ait f^ées peittt qt/'A eût reculé devant les hésitations du itjtc êe flavd^e ; et, lorqii^ pstrlé de f mmtenee dea pativrés persé<Mé9, on seul eomblen, à plus juste tHte, on* devait en ttouver dans son propre Imgage, dont les insinuations liaufaines annonçaient à Vicfor-'Aniédée tme afRance toute remplie de menaces*

Jje marqiris d'Arcy répondit, le i^ décembre 1685, qu'il avait renouvelé ses instances auprès du duc de Savoie et de ses ministres, et Je leur ai représenté combien if teur serait facile de forcer les Vaudois à changer de r)engio'n, au moyen des troupes de la France; que c'était une affaire honorable pour ce prince, qui convenait fort au repos et au bien de ses Ëlats, et qui pouvait même lui être d'un grand mérite auprès du pape pour obtenir l'investiture de la principauté de Masseray (t) que Sa Sainteté lai refuse Jusqu'à cette heure.

a A ces offres, à ces conseils et à ces représentations, on me répond, Sire, par beaucoup d'honnêtetés, de remerciements et de témoignages de recon-

(I) Réccoimcnt achetée par Tictor-Amédée au prii d*ane peotioB d« 87,000 livras.

naissance; mais je ne vt)rs paâ qu'on se mette en mesure de rien fbire d'efficace, ti

A la An de cette dépêche, il ajoute que Tes minisires paraissent toujours disposés à exiger ta conversion des Vaudois par tous les moyens possibles. Dans sa réponse^ datée (fn 44 décembre, Louis XlY lui dit: n n'y a pas de temps à perdre pour pouvoir réussir facilement , et je serais bien aise que le marquis de Saint-Thomas (i) me marquât le temps dans Teque' il voudrait agir, et que vous me le fissiez savoir au plus tôt. »

« Sire, répond ranibassadeur(2),j'*ai pris avant-hier nne audience de M. le duc de Savoie, pour savoir si ses mîniiitres tui avaient fidèlement rendu compte die ce que je leur avais fait connaître de la part de Votre Majesté, d

La relation est assez longue; il en résulte que Victor-Amédée a commencé par promettre de révoquer tous les anciens édrts favorables awx Vaudois, et qtrtl espère engager leurs ministres à se catholiser, en leur offrant le double de ce qu'ils rccevairiH dans leur E^îse, en qualité de pasteurs.

(1) Crémier ministre de Victor-Amédée.

(S) A rt daté dtf 5' janvier iWe. "^^

Ce prince a ajouté^ dit l'ambassadeur, qae, a s*il était un peu long, il fallait Texcuser sur Tenvie qu*il avait de connaître et de faire les choses par lui-même, afin de se rendre un jour plus capable de servir ses amis et ses alliés. »

a Je vois avec plaisir, répond Louis XTV (1), que le duc de Savoie est disposé à employer, sans plus de retardement, toute son autorité et même ses forces pour la conversion de ses sujets calvinistes; mais je crains qu'il ne se contente de vous faire part de ses projets sans les exécuter. C'est pourquoi vous devez lui repi*ésenter fortement que tous les ménagements qu'il aurait pour ces gens*là ne serviraient qu'à les rendre plus opiniâtres. Il doit, tout d'un coup, leur retirer les grâces et les permissions qui leur ont été octroyées par ses prédécesseurs; ordonner la démolition de leurs temples ; leur défendre de faire aucun exercice de religion et, dans le même temps, charger du logement de ses troupes ceux qui seront les plus opiniâtres et il réussira d'autant plus facilement, par

(1) Par dépêche datée de TerMiUei, 17 jaoTier 1686. Dans l'iiitervalle une DOOTelle dépêche lui avait été eovoyée de Turio, par le iparqaîs d'Arey, ions la date du iS. L'ambasaadeur'y disait|: /« m twig pM peu «wpirt« et chagrin i* U voir {U dme de Savoie) différer lo^jowre VeMefUiem de ee deeeein que je conlituM eependiuU à jtreeeer de loul mon poeeiUe,

cette fermeté de conduite, que ces misérables n'espéreront aucun secours, et que, quand même ils pourraient rérister aux forces du duc, ils jugeront bi^i qu'il sora toujours appuyé des miennes pour Texécation de ce dessein. »

Le 25 janvier, Louis XiV écrit encore au marquis d'Ârcy dans ce sens (i) ; mais déjà une partie de ses vœ4ix était réalisée , car, sous la date du S6, ce dernier lui envoyait la relation suivante :

ce J*ai craint qu'on ne voulût se sauver par des loa- ' gueurs, et j'ai insisté pour qu'on me marquât un jour précis d'exécution.

a De sorte, Sire, .qu'on m'a promis que, mercredi prochain (2), M. le duc de Savoie donnerait à connaître la résolution qu'il avait prise de ne plus souffrir dans leur religion ces huguenots des vallées de Luseme; car c'est là qu'ils se sont presque tous retirés.

a Le prince ne s'ouvre pas encore clairement à aucun de ses ministres, suivant (en cela) sa manière d'agir avec eux ; mais je continue à faire si bien con-

(1) En réponse à la dépèche du 12.

(i) Ce devait être le 30 jaDTier. L'édit de Vietor-Aoïédée , qui proierivait le protealaBtiMne dce Yalléat, fui rendu le SI.

nakre^ittkLréaointion m yous étés de ne point «MiflHr ai prè»de ym Elate^una ratraite seBilM>ley f«e^ ironoltttant toQta la mnmiiaa gràee (4 > et la lenteur qv'eii appeife dans cette entEefirîae, je ne puis croire qu'on s'empêche de la terminer à la satisiu^tion de Yeire Majaité.. m

La PMpagaMle et le nonce pressaient, de lenr c6fé, rexéeuifon de oa^ éesaein. Le duc de Savoie a\iiit espéré peut-être y pai*venfnr par des voies moins croellès ; pnr d€S eapfations qui eussent paru laisser aux apostasies Fapparence d^nn acte volontaire; et^ depuis quelques années, il avait multiplié" dans ce but (oas les moyens d'action Çïj, tous les appfits de récom-

(I) Cette correipondtDce diplomatique met hors de doute la réfr»gfltnet' «#Co ti^etta le dos de Sttoie tonteoCit à l*eifKilfeib« ifet Tmd >is , tous la prestion d'une politique dont la grandeur ne saurait être idmlw tant i^erve.

()) En ie79« fondation à Pignerol, de VOpera dd rifttgiù H OêffiMiê pi eatholiiati e eatht^izandif établitsemeot destiné à recevoir, à Doarrir et > 4»m let f rMMiMIU eatliolltéfe ocr qui voudraient «e caflioliser. Cesi là que furent oonduin provitoirenent, à partir de eette époque, loua Im eofanli eotevét dkni let valléet vauduites. Cet enfanta étaient quelquefoii •ebetéa o» donnéa»

Peu d'années auparavant , un établissement semblable avait été food« au Perrier, d)int la vallée de Saint-Xartin, sous le titre de Momte-DomniaUt ; mais \{ ne dura que peu de t«mpa.

Celui de Pigoeral, nu oooti^ira, a suMsté juequ'à dm jours. -* En f 631, usa nouvelle mianon ntboli^e *il AaMti à Sëfat-Bartliélttrr.

peuse (i); mais, comme le présumait son royal suzerain, depuis longtemps expert en fait de persécution,, tEglite réformée fie peut être détruite que par ta farce (2).

U fallut donc y recourir.

Du fond de son exil, Janavel avait prévu cette catastrophe. Avant qu'elle eût éclaté, il l'annonça à ses compatriotes , leur disant de queUe manftre ils seraient attaqués et de quelle manière ils devraient se déiendre. La stoeté de ses appréciations, justifiées avec une si cruelle exactitude par les événements, donne plus de prix à la lettre qui les renferme (3).

« Ces peu (4) de mots, dit-il à ses concitoyens,

sont pour vous saluer de tout mon cœur, et vous

donner des témoignages de l'amour que je vous porte.

« Vous ne serez pasfâcbésde savoir mes sentiments

(1) Exemption de ehargec et tutret faveurs, accordées aux Vaudois catboliiés : 8 octobre i6T7. — 98 janvier 1678. IS mars 1683 etc.

(S) Louis XIV au marquis d'Arcj. Dépèebes du 10 oQy taabrt 1685 « et du 17 janvier 1686.

(3) Bile n'est pas datée, nuis se rapporte évldeamient à 1685. Btle se trouve déposée aux archives de Turin, ou elle sera parvenue à la suite du même incident qui y fit parvenir le journal de la rentrée des Vaudois en 1689. Voycs Arnaud^ première édition, p. 175.

(4) Je cite textuellement. Tout ce qui est entre guillemets est dit par iaoatel.

sur pliiSMitm ckoMs qui rêm nsgardMVi. C'est que si mêu mutait mettre votre foi à téprenêe, comme cm te dil e^ ei^iBine on le croit^ je nsDUSfirie de prendre en bonne part le contenu de la présente.

a Quoique je ne doute pomt de votre pvodénoe ni de mtre eondoile^ taptennèreekoiefue musauresd fmre, e'esi éétrebien unis^ Hfawù qne MM. ietpMStemr^ mimH eUigét de $uwre kwr ptupkg jour et nmty afto d'en étcehttiotés H eespeeté» «anune il. conmiil; tus mtnttaiiKftde Dieau Ibine sekmékMntqoe des devoirs de leurs charge i pour consoler les nuMvaiitay mettre en sûroté les pewres finniHes^ cf donner courage aux eombattants par leurs prières.

«Ceux qui auront assez de lèle et deeepacké fnur entrer au conseil de guerre^ pourront y être reçus, pourvu qu'ils n*appréhendent pas le sang.

« Leur premier devoir, ajoute-t-H ensuite, sera de réunir tout le peuple, grands et petits; et après les avoir exhortés, selon la Parole de Dieu, de leur faire jurer fidétité à C Eglise et à la patrie, la main kvée vers le cielf. quand même il s'agirait de kt mort. Et ainsi faisant, vous verrez que Tépée de l'Eternel sera à votre côté.

et Si les choses tournent à la guerre, la prennère

dUMd que f ai à-voesdire, c'est d'adresser des requêtes bien kambiea à ?otre soirpersm ^ et cependant ne laisser pas d'avoir déjà denx homiiics en campagns^ Fon pour aHer ef Kaiifte pour Irenhr, afin que wus- ne soyea par sucpria.

a Bn eas que ÏGavetMïe eanlonner des troupe» dam leg ^alléeS) dit'il ensuite, tes syndics des conumiiieB devTMt représenter à S. Âr R. que' le peuple en' pre»* diait ombrafa, et oomnie s'ils eraugnaientqufU n^ai^ rivM ^selqne défihiisir au soldats ou anx oflBoiers^ ptier d'en être dispensés^ en oOt^ûi toutefois de payer leur portion en argent.

cr Yous êtes priés au nom de Dïeu de n'en accepter aucun, sous quelque prétexte que ce soil, ni sous quelque couleur que ce puisse être, enttrement, c'est votre perte assurée. Souvenez-Tous (tes; iimsgacres dé 4651^ et de toutes les perfidies dont on se sert aujour^d'hui : tout cela vous doit servir d'exemples. Si par nudiMor vous êtes attaqtiés, it faudra se défendre : le premier jour sans officiers ; et après oeb, voua tmvaiUerea nuil et jour à mettre parmi tous la conduite néeesaaire. »

n leur donne ensuite des instructions fort étendFues pour ce dernier objet. — Les compagnies ne doivent

être que de dix-huit à vingt hommes. — Point de lieotentnts, afin de ne pas marcher de pair avec k$ grands A monde, 1^ Vous aurez un conseil secret, compoeé d'un homme de chaque vallée, fidèle et craignant Dku^ ainsi que d'un ou de deux pasteurs qui aient du cœur; et un commandant général psjvdessus tous les peuples des Vallées. «Toutes ces nominations se feront à twtx de peuple et avec ban ordre; et si Dieu vous donne du temps, poursuit-t-il, vous aurez soin d'acheter un peu de blé, et de le retirer par les montagnes, afin qu'il serve à secourir les plus misérables, et à enBretenir les compagnies volantes. »

Viennent ensuite de nombreux détails sur les positions les plus importantes des Vallées: celles qu'il faut fortifier comme points de défense; celles qu'il convient de munir comme lieux de refuge; sur les retranchements qu'il faudra élever et sur les postes qu'on devra détruire.

8 Pour Angrogne, dit-il, il faut barricader fortement Bevengier, parce que c'est un lieu de grande impcH^ tance : lequel, bien gardé, garantit Rocheplate, Saint- Germain et Pramol, avec Rioclaret et Saint-Martin. *

11 renonce à défendre la commune de Rora, dont les habitants devient se retirer à Bobi.

« Vous êtes tous hommes de force et de travail^ conttQue-t-il : n'épargnez donc pas vos soins ni vos peines, pour faire des barricades partout où vous le jagerez à propos ; coupant les chemins et abattant les arbres, pour empêcher le passage aux ennnemis. »

Après cela il indique aux Yaudois la manière de conabattre avec le plus d'avantage , les armes dont ils devront se servir , Tordre dans lequel il leur convient de se ranger.

Il leur recommande de ne jamais faire battre la retraite les premiers. « Parce que, dit-il, cela fait perdre courage à vos gens et l'augmente à vos ennemis. Quand vous poursuivez ces derniers, fiiites-le en deux bandes, l'une par flanc, l'autre par pointe, afin de vous garantir des embûches. — H faudra en avertir tous les capitaines, afin qu'ils n'exposent pas leurs soldats, car en les conservant on garde f Eglise de Dieu. — Pour ce qui est des munitions, ne vous mettez pas en peine qu'elles manquent ; je vous en dirai quelque chose à la première commodité assurée. »

Il est probable que ce grand capitaine en avait mis en réserve dans quelques-unes des profondes cavernes qui lui servaient jadis d'asile, de magasin et de redoutes ; et cela, dans la prévision de nouveaux mal-

heure que l'avenir pouvait réserver ë sa trisie patrie.

Conformémeot à ses avis, les Vaudois GommeDoèrent par «nvoyer une députatiott à Turin ; mais elle ae fut pas reçue (1). L'intendant Marousse venait de paicourir les Vallées , afin d'étudier leure côtés fiaiides, leurs moyens de résistance et les dispositions de leurs habîÉattts. Son onapport était tout favorable anx tmtatjw^ depimélyf2aiiie.armé, ipie fomentait Louis XTV et qu'adoptait l'Eglise.

Puis M. de ia Roche avait été nomné gouverneur de la pnyrifiee et s'étfut rendu à Lusame po«r fiure feptifierles divers postes des envinons, entre autVûsLa Tour et Miisboucu

Enfin tous les oflBciers du régiment des gardas vaaaîent d'ôtre rappelés sous les drapeaux. Tous oeas du régiment de ta Groix-Kanche, lesquels étaient sans •xeeption des dievalien de Malte, avaient reça l'ordre de se munir de chevaux . Les uns et les aulces da» valent se tenir préis à marcher ; ainsi, partout a'élevaient les signes précurseurs d'uaa nouveUe 4>enéoatioa.

Pour la réaliser, la Propagande se donnait plus de

(I) le MUM^ià .«d'ifcy tn pwU 4»m m 4ép4oh« du 9S iaa«ior iSS6.

mouveineat que jaiaais. EUe avait des omiseils o^ggr nîsés à Turin, à Pignerol, à Grenoble et a Briançon, Ces conseils combinaient leurs effonts, et Ton 4oit d^ coonaiire que souvent les intentions et le zèle d'unp véritable charité ont animé plusieurs d'entre las per*sonnes qui en faisaient partie. Les sacrifices «qu'elles faissûent pour la conversion des hérétiques attestent leur générosité^ mais les moyens employés prouvent leur ignorance.

Le pcemier prétexte que l'on saisit peur attenter au rqpos des Vaudois fut amené par le grand nonoJ^re de réfugiés français^ qui s'étaient retirés dans les Vallées après la révocation de TEditde Nantes.

Louis XIV, aveuglé par Torgueil qui donnait sur lui tant de prise aux flatteries ambitieuses et rampantes du parti catholique, dont il était devenu l'instrimient sans volonté, déployait sa puissance au service de ces intrigues subalternes, et s'engageait de plus en plus dans cette politique , indigne du siède auquel on a donné son nom. Voulant à la fois opprimer les citoyens dans ses Etats et les empêcher d'en sortir, il avait obtenu de Victor-Amédée qu'il fermerait ses frontières aux Français fugitifs.

Dès la fin de l'année 4685, le duc de Savoie avait

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donc, sur les instances de son redoutable allié, promulgué un édk par lequel il était défendu aux Vaudois de recevoir aucun de leurs coreligionnaires réfugiés. n ordonnait à ces derniers de sortir du Piémont ou d'abjurer dans Tespace de huit jours, sous peine d'incarcération (1).

En même temps les propagandistes poursuivaient, avec une insistance d'intention et une fécondité de moyens dignes d'une meilleure cause, l'application de toutes les anciennes mesures de répression applicables au culte protestant. Ces mesures firappaient les vallées de Luseme et de Saint-Martin , qui appartenaient au Piémont , pendant que le conseil royal de Pignerol et le parlement de Grenoble poursuivaient la même œuvre dans les vallées du Cluson et de la Doire^ qui appartenaient à la France.

C'est dans ces circonstances qu*on arriva au commencement de Tannée 1686, et que l'ambassadeur de France put écrire à son maitre dès le 26 janvier : a C'est mercredi prochain que le duc de Savoie ni*a promis de faire connaître les mesures qu'il allait

(i) Cet édit est du k Dovenibre 1685. Il te troate dan Duboif » t. II •

prendre pour «entrer dans les vues de Votre Majesté. »

Nous touchons donc à une époque décisive dans l'histoire des Vaudois; la catastrophe est imminente; la lutte sera terrible; mais Tlsraêl des Alpes devait voir ses plus étonnants prodiges sortir du sein des plus désastreuses calamités.

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