EXPULSION TOTALE DES VAUDOIS
DÉPORTÉS A YERCEILy OU CONDUITS EN EXIL. (De septembre 1686 à septembre 1687.)
Soimtti vr iirroinif . «- La toattre f^niê êtê waanm iadiqvéM aii «tep. XY; phu ll<Mn« Hisi. dêi YMÊdoû tt 6ê Uut admiiêicn iam U duché de Wwrtêmhtrg, lirét dn aeUi Ui plut auUuntiqun ; latkh, 1T96; m vol. pdtt iii-8o de Mi p.<fli all«nad.) ^ Daima, Mittoinde fin- IrodmUim du Yaudoii daiM le Brandebmrg; Berlin 1831 ; un toi. tn-8o de XX et 414 p. (en allemod). Mémoires drren, par Irmao al Eielam t. Vi ; LaMbarty, Kaller, ate. (Tooa, aatavra allainandt). ^ Exiruitt det rtgittrti du etmeil d^Etat do Gmhe, cltfpMU févritr 1687 à dêcntlbre 1690, canetrima tout et fataU rvteltf aw ytatiait dtm etttt tpoptt. Un MSG iii-40 traamia par M. Le Fort. — Ditert extraits des Àrchites de Berne , cooimnnîqués par H. Honastler. — Autres, des Arehitai da Stalgart, de Zarish et de Danntadt. Bailn, las Jaomaiu do temps: Gaxattes de France, de Layda, d'Angleterre, etc. — Et pour ee qui est relatif à l'état des Vaudoisen t, Arckivtt £EUÊt at da la «oar dm mmptm à Tarin.
Pendant le cours des événements que nous venons de rappeler, un grand nombre de lettres avaient été écrites en Suisse , en Hollande , et en Prusse (alors le Brandebourg) y ainsi qu'en Wiurtemberg, pour é-
veiller en faveur des Vaudoîs la sollicitude des puissances protestantes y qui eussent pu les secourir par leur intercession y leurs aumônes ou leur hospitalité. L'expression des sympathies les plus généreuses répondit à cet appel. Dès le commencement de la persécution , TAvoyer de Berne avait adressé dans toutes les paroisses du canton, et probablement aussi dans les autres cantons protestants de la Suisse (I), une chfculaire pressante pour recommander la câébration d'un jeûne public, accompagné de collectes universelles en faveur des Yaudois. Cette circulaire oonmiençait ainsi : c Gomme dans ces temps doalou- « reux, nos frères de Piémont, poursuivis par le fer « et par le feu, tués, fiiits prisonmers, et bannis de « leurs pays , sont fugitifs et à l'état le plus déploa rable, etc.... (2); d d*où il résulte qu'à cette époque déjà,' un certain nombre de Yaudois avaient été 6anr nii de leurs pays et se trouvaient fugitifs. Dès le commencement de l'année, il paraît même que l'idée d'un inévitable et prochain exil s'était répandue aux
(1) Ce qvi parait réattlter des tennea aaitanU da oaUa eirealaire i TaM ht fNiyt eonfédérét tt eUliét iont invitét, etc...
(9) Cette eircQlaire etl datée do U mai 1686; et le/ailiia qu'alla iiuiiqae darait avoir liea la S4 do YnèOM noit. ArehivM dt Bfrnt, GomiDttDicatioa da M. Mouatiar.
Yaliées, puisqu'on s'y préoccupait déjà d'assurer à leurs habitants un asile en pays étranger (1).
On sait cornaient ils furent décimés par le massacre et les prisons» L'héroïque résistance des derniers défenseurs de ces montagnes dépeuplées prépara la délitrance des captifs qui s'étaient rendus. Les combattants ne consentirent à terminer la lutte qu'à la condition de pouvoir se retirer librement avec leurs frères prisonniers ; et ils se h&tèrent d'en donner connaissance aux cantons évangéliques. Yictor-Âmédéê, sans paraître accepter nulle condition de la part de se$mfet8 rebelk$y comme on les appelait, ratifia implicitement cette clause, en disant de ses prisonniers : « Je souhaite que la résolution que je prendrai à leur égard vous soit agréable (S). » Huit jours après la réception de cette lettre, les cantons protestants de la Suisse nommèrent des députés, qui se réuni-
(t) LettMS éerites dans ce bot, en janTier 1086, par let dépotés Tandoit : 10 an grand électeur de Brandebourg (Frédéric-Guillaume) ; 99 au duc de Wurtemberg; 3e à l'éleetenr du Palatinat; ko au comte de Waldcck. Réponse faTorable de l'électeur de Brandebourg, le 31 janTier; autre lettre du mène aux cantons suisse*, du IS mars, pour leur recommander les Yaudois, et du 3 juin, pour demander des renseigoements sur leur nombre, leur fortune, leurs industries, etc... (Citées par Dieteriei.)
(S) Lettre aux cantons éTangéliques , do 17 d'août 16M. (ArcAtvet de tomr, Turin.)
rent à Arau (1) , ponr conférer sur la sortie pnojetét des Vaudois, et l'asOe qu'on pondait leur offinr. Ayant pris connaissance de tous les documents, cette assemblée remit à deux mandataires, nommés par elle, le soin de s'entendre à cet égard a^ec le comte Gavon, chargé d'affiùres du Piémont près le gouvernement helvétique. Ils se rendirent à Luseme, oii il résidait; et leurs négociations ne firent qu'arrâler d'une manière oflteielle les bases de l'aeowd sur le* quel les derniers combattants des Vallées avaient posé les armes.
Quant à la route que les Vaudois devraient suivre pour sortir des Etats de Savoie, Victor-Amédée avait d'abord désigné celles du Saint-Bernard et du Valais; mais comme ils n'eussent pu traverser ce denûar ter* ritoire sans l'assentiment préalable de l'évèque de Sion, les délégués des cantons protestants qui étaient demeurés à Luseme, auprès de l'ambassadeur pîémontais, demandèrent que les proscrits Vaudois fussent dirigés sur la Suisse par la route du mont Geais. Le comte Gavon écrivit à Turin dans ce sens, et cette direction fut adoptée.
1) En Mptonhre 1686. Introductioa de la Btntré», ptr Araâiid
Alors aussi commencèrent d'arriver à Genève les deux détachements vaudois qui avaient lutté avec tant de courage dans les vallées de Luserne et de Saînt-Hartin j et dont la glorieuse capitulation avait déterminé la délivrance de leurs frères. Ils étaient les premiers à ea jouir, comnte ils avaient été les derniers à se rendre ; et n'ayant point passé par les prisons, ik avaient aussi moins souffert : car les maladies des cachots sont plus meurtrières que les blessures du combat. Les magistrats de Genève n'avaient pas même encore connaissance de leur départ des Vallées, lorsqu'ils entrèrent dans cette ville avec armes et bagages, le % novembre 1686.
Ils étaient quatre-vingts personnes , tant h<Hnma$ que femmes et eqfants. Le conseil d'JStat décida que leurs armes seraient déposées sous les halles pour leur, être rendues au sortir de la cité (i).
Bientêt on reçut avis que le »duc de Savoie avait élargi une partie des prisonniers (2). C'était ceux de Turin. Salvajot, dont on connaît les mémoires, faisait partie de ce premier départ ; mais ce n'était pas encore là une mesure générale. Les mandataires suisses
(1) Registres da eooseil d'Etat de Genève, séanee du 96 novembre 1086. (S) M. iéaMe di I déocmbrt.
renoavelërent leurs instances , el le 3 de JanYÎer 1687 parut enfin un édit par lequel il était accordé aux Vaudois non catholisés d'être vois en liberté , quel que fût le motif pour lequel ils fussent détenus, à condition qu'ils sortiraient immédiatement des Etats de Savoie , sans s'écarter , sous p^ne de la viCi de la route qui leur serait désignée.
Mais ils ne partirent pas sans éprouver de nouvel* les peines.
La Propagande voyait avec regret un si grand nom* tnre d'hérétiques échapper y même par l'exil , à ses tentatives de conversion.
On sait combien d'éminents p^sonnages et de grandes familles s'étaient intéressées à son œuvre avec une ferveur mal éclairée, sans doute , mais peufr-être sincère. Leur prosélytisme avait d'abord été du Me y il devint ensuite de l'ambition*
Les faveurs de la cour et du dergé avaient récompensé le dévouement des premières personnes qui s'étaient généreusement chaînées de l'entretien et de l'éducation de quelques enfants vaudois. Ce fut un moyen de parvenir; chacun voulut avoir son converti. Le beau monde fit une mode de cet empressement , et l'on écrivait de Turin : a On voit rarement passer
« on canosse qui n'ait son Barbet (1) derrière lui ; il « y en a même quelquefois jusqu'à deux, distingués par a leur bonnet à la dragonne (2). »
Mais, comme tout ce qui est une affaire de mode, cet engouement passa vite , et ces pauvres enfants tombèrent dans l'oubli , souvent dans la misère, parfois dans la dégradation.
Lors du départ de leurs familles, on cherchait encore à s^empererde quelques-uns d'entre eux.
« Les prisonniers de ma brigade, écrivait le directeur de Tune d'elles, m'ont dit qu'à leur sortie de la dtadelle de Turin le major leur avait enlevé plusieurs ^ifants par force (3). »
Les Yaudois qui avaient abjuré dans les Vallées ou dans les prisons, étaient aussi fort nombreux (4). On conçoit l'entratnement, ou plutôt le vertige, qui, pour les esprits faibles, avait dû multiplier de tels moments d'oubli dans la terreur de la persécution. Plusieurs descon&er/tf n'avaient d'ailleurs abandonné leur Eglise
(1) Terme de méprii par lequel on avait détigoé let Vaudoia, en raison éa nom de Btirba* qn'ili donnaient anciennement à leurs pasteurs.
(9) Lettre des commissaires suisses à Uwi ieignêun de Berne , 14 mars 1€S7. [Ardtivtt d$ Berne, onglet C]
(8) Lettre à M. Panehaud, 11 mars. {Art^ivêi iê Beme, C.)
<4) Leur recensement donne le chiffre 1.116. [Arekitui dfEtat , Turin , pièces diferaes.)
qu'avec l'espoir de demeurer dans leur patrie; mds ils en furent bien craellement punis. Pour les empocher de se joindre à ceux qui se rendaient en Suisse, on ne les laissa sortir de prison qu'après le départ du dernier de leurs firères. Za vogue de$ convenu était alors passée ; les Yau^ois fidèles avaient conquis les égards et l'admiration , même de leurs ennemis; les apostatsdemeuraient suspects, mémeà leurs nouveaux coreligionnaires ; et enfin, an lieu de pouvoir rentrer dans leurs Alpes natales, ils se virent relégués dans les plaines marécageuses de Veroeil (i), av«c défense d'en sortir, «ous peine de dix ans de galères. Leur vie y fut très misérable ; plusieurs d'entre eux moururent jles fièvres typhoïdes qu'ils contractèrent dans ces climats, si diflTérents des leurs. Leurs compatriotes, qui avaient préféré l'exil à l'a-
(1) L'ordre de let y diriger arrira le 3 mars 1687. Un premier départ de 690 pertODDei, toutes de U vallée de Saint-MartiB , a«t bm le 8. KBei furent embarquéet sur le P6. Un second cooToi partit le 15. D'après nn dé- DOinbrement fait à CiglsanOf le 17, il se composait de 79S hommes, S60 femmes, SOI infirmes et S8 enfants. Ce petit nombre d'ealknts 8*expliqae par les oombreuK enlèvements dont ils étaient été l'ol^et. Les chiffres q«i précèdent sont tirés d'une pièce intitulée : DitlnbmgioM deUe ftUMzmti étU$ wUli dt Luztma, nella eittà « terre dêUa pravùma di V$neUi. (Àrchivei de cour.) Un autre tableau, où le peuple vaudois est groapé par fasaUles, porte à 1973 le nombre des Camilles qui existaient dans les Vallées avant 1686, et à éS4 le nombre de celles qui se sont catholiasées. (Héme source, RiêirHlo dêgli oHltmii MU VaUi etc...)
poetasie, étaient libres de choisir un asile en pays étranger, tandis que, pareils aux descendants de Jacib en Egypte, les malheureux déportés se virent retenus comme des esclaves dans les rizières méphitiques de Verceil. Une peine de dix ans de galères était prononcée contre tout habitant qui, hors de cette province, aurait reçu chez lui un des Vaudois catholises. Ils ne pouvaient s'en éloigner , même momentanément, sans une autorisation formelle du gouvernement , étant tenus , eu outre, de produire à leur retour des attestations d'exactitude aux oflSces de l'Eglise romaine, signées par les curés de toutes les paroisses dans lesquelles ils auraient séjourné. N'a-t*on pas raison de dire qu'au lieu de la dignité de l'exil, ils avaient choisi la honte de la servitude?
Ei^, il leur était interdit de la manière la plus rigoureuse de jamais remettre le pied dans les vallées vaudoises , pour quelque motif ( i ) et avec quelque autorisation que ce fût. Quiconque y eût été surpris devait être puni de mort ; et deux mille francs de récompense (2) étaient assurés à celui qui arrêterait un tel contrevenant.
(1) SoUo quoLHvogUo pivlMto imoffinoHU,
(9) E promtsêo, b sasa mjuuuRTi «■omato (iotittance qui prouve le
On voit que ces malheureux déportés , qui avaieiit espéré un sort plus doux par leur apostasie, furent au contraire bien moins favorablement traités que leurs compatriotes fidèles et proscrits. Ces derniers, après être sortis sans bassesse des Etats de Savoie , furent accueillis par Teslime, raffection, les sympathies universelles des pays étrangers, et parvinrent plus tard à rentrer dans leur patrie, qu'ils ne quittèrent {dus; tandis que les misérables catholisés, objet de défianoe et de mépris pour tout le monde, abandonnés de leur propre estime, languissant loin de leurs montagnes, et sans perspective d'y rentrer jamais, traînèrent dans l'oubli les derniers restes d'une existence pénible et dédaignée. Quelles hautes leçons ressortent de ce profond abaissement !
Avant l'arrivée de ces tristes colons, Verceil déjà avait eu des Vaudois dans ses murs ; mais comme ils n'étaient que prisonniers et non catholisés, ils furent appelés à s'expatrier avec leurs fidèles coreligionnaires et partirent en même temps que les prisonniers de Tinîn.
peu de foi qu'on mettait et qu'on tjoutiit alors aui promettes même lc« plut authentiques : ce Caractère apparaît partout où le eatholieitme a été triomphant) ; il prewÙQ Ai dcppie cinquanta , etc... Somme ciacle : ''OS Dr. 80 cent.
CéUH dons l'hiver de 1686 à 1687. Ces iMOtagoards, autrefois m vigoureux, éuient maintenaot pilesy débiles, saoa babitoy sans souliers, atteints de fièvres et de dyssenteries (!)• La mort avait éciairci leurs rangs dans une longue réclusion (2) ; les rigueurs de rbiver menaçaient maintenait cas existences affaiblies h peine échappées aux rigueurs des cachots (3)»
ils arrivèrent à Turin ; là des scènes plus tristes encore les attendaient» A cause du mauvais tempe « sans doute, on afvait doimé Tordre de ne pas laisser partir les enfants au-<le$sou8 de douze ans; mais on avait {ffouûs à leurs parenta de les leur renvoyer au retour de la belle saison (4). Ces pauvres gens, déjà si sour vent trompés , ne vireni là qu'une ruse par laquelle on voulait les priver de leurs enfants, les retwir loin d'eux p k$ fenre cathoUqvm et les leur enlever pour jamais.
<1) KapporU Mr l« prodMJM «rrivéc dM pr«nièvn hkmàm et froteritt Taudoit, dreuét par lei eommÎMairet qui avaient été envoyés à leur reneontrc. {B»giitTt$ d« conaml i*Etat de Genève, léancet du 14, du 15, du M ai dv Si janvier 168T.)
(S) ... (M <K Torino • éi VeretHi enno pocM; U molim é, eki êrtu» quoH ifiUi morti. (Mémoires de Salvajnt.)
(3) II en noonit plusieurs en route. (Lettres et rapports des commislairca.)
(4) t Si cra ordine di son laseiar aodare nassan ftgtiooli minori df dodeci
• anni ; e dieevano die gli manderebbero o«l bel tempo ; e die i iignori
• die ne vorebbe ne pigliassea.! {Mhmiftt et SelMf^ol.)
Les cris, les larmes et les gémissements remplissaient toutes les prisons (4); les mères surtout étaient désolées ; plusieurs d'entre elles eussent préféré vmr leurs enfiints sans vie que livrés à leurs persécuteurs (t). Au premier acte d'enlèvement que l'on voulut tenter en vertu de cet ordre, il y eut du sang répandu (3); la résistance fut si vive qu'on renonça à faire exécuter cette mesure (4), dont l'humanité eût approuvé l'exécution si le souvenir des perfidies passées n'eût trop permis d'en suspecter le buu Nonseulement les enfants que ces fiimilles émigrant^ gardaient avec elles leur furent donc laissés, maisencoie plusieurs de ceux qui leur avaient été précédemment enlevés, apprenant que leurs parents allaient partir , quittèrent les grandes maisons dans lesquelles ils avaient été placés et se sauvèrent pour venir se joindre au cortège des exilés (5).
Mais la plupart de ces pauvres enfants se virent
(1) f Brt UD gnn pianto in quel giorno, frt i p«dri e le nwire. ■ (/4.) (S) « Motte madré ertno riiotte, te ^eoivano par p^liar i km Janainoli,
t di tirarli un eotello nel Tentre. ■ (id.) (a) f Coaunineiarono a pigliar uoa Sglit di DavOe Coamo di San Gio-
< Tanni , e la balevano, e gli feoe molto tanf ue. 11 padre Toleado diCta-
• derla lo misce in prigione, per qnalcbe giorni. » (/d.)
(4) • Ma» per la Tolonte di Dio, quel ordinc nedurè dwqnel gkrao. ■ {U.)
(5) Diêtiption du Efliê$s vndoiiêi, p. ».
poursuivis , atteints et ramenés des bras de leur famille {HTOScrite dans les palais qui leur servaient de prisons. En traversant la Savoie , quelques-uns de ceux qui avaient pu partir furent encore enlevés : ici par des religieux (i> , là par des gentilshommes (3), ailleurs par des soldats (3).
Il faut néanmoins observer que la plupart de ces en&nts furent plus tard rendus (4).
Mais combien de peines de tout genre ajoutées aux sou£Erances de leurs parents! « Ces misérables, dit Amiuid (5) , étaient accablés dinfirmités et de langueur : les uns rongés par la vermine, d'autres épuisés par leurs blessures ; couverts de plaies et de baillons j ils ressemblaient à des ombres plutôt qu'à des êtres humains. »
Tel est rétat dans lequel les premiers détachements de cepeupleexpatrié parurent sous lesmursde Genève.
« Enfin, les voici qui arrivent, ces braves gens, ces
(1) AAiguebelle.
(i) ▲ Suse, à Saiot-J«aa de Manileane, à Annecy.
(8) A Frangy, à Saint-Jalicn.
(4) • Tontes les penonnes enletéee depuis le mont Genis ont été ren- « dnet, qaoiqa'aTee sises de peine, à In réserre d'une jeune fille, qu*un c gentilhomme de Ssint-Jean-de-Manrienne , nommé M. Gslaffre, n's pss • voulu rendre, malgré mes instances et eellesdu eommissaire de S. A. R. ■ (Uttft du l«r mars. Archivât d» Btm$, C. D.)
(5) hfnirée, p. 4.
«r géoéreux coafesseun de notre Seigneur Jésuft- « Christ! » s'écriaîi un témoin oculaire de leur entrée dans cette viile.
a Nous n'avons encore q«ie la premièie brigade , composée de soixaote*<lix personnes , de toul aeie et de tout âge, arrivées par on fifoîd qiû a gdé le Rhône jusque dans son fond. Us sont le reste de plus de mille qui étaient emprisonnés en deux lieaK différents j et ont encore laissé une vingtaine des leurs sur les chemins où ils ont achevé d'expir» de froid y de faim et de misère. Leurs conducteurs n'ont pas vouhi leur permettre de les secourir. Peutrétie étaitrce un père qui laissait son enfiint; une mère, sa fille; des enfants, lesaoleurs de leurs jours (1). » Ds arrivèrent en divers temps et en diverses brigadesy au nondire d'environ trois mille personnes (2). Mais ils étaient presque tous dans un tel étal de dénftment que la plupart d'entre eux n'eussenl pu at-
(1) ivMmafLtUrê9 f$twak*; MitîM de Bftllffwhw. IMI, L 1, f. S87.
{%) Voici lur quelles batei ee chiffre e$i établi ;
8mU «rriv4«t !• » aQtevbm MSS: M penoaaM. (U 10 décMibre, mèaM asDée, le «oaitU à*VXU 4i Geocve est averti que pnoehaÂMMiMl 4e- Teieat arriver encore qiia.tre Wiffadee, de mUk ptnomiêi cbaoïoa.) Kwveaox proicrita arrivé» le 14 janvier 1687 , au nombire de 70. Le S4 de mène noie, iOS ; le M, ileei, 840. ▲ p^ir de celte épdqoe, je ne Irgave plus d'évaloalioD préciie, jnaqu'au 81 d'août 1687, qà «rrivénMl à fiescTe
teindre les frontières de la Savoie sans de nombreux secours. Les uns, courbés par l'âge et par la maladie, ne possédaient rien pour se vêtir ^ d'autres, percés de blessures qui s'étaient agrandies et envenimées dans l'oubli de.s cachots , avaient à peine du linge pour les panser; plusieurs étaient perclus de leurs membres,
gelés en route, et ne pouvaient se servir de leurs mains même pour recevoir ou porter à leur bouche les aliments qu'on leur offirait ; il y en avait dont l'estomac souffrant ne pouvait digérer sans des douleurs cuisantes la moindre nourriture. Les plus malades avaient
de DoatellM troapei d'exilés, su nombre de 800 penonnee, la plupart de la Tallée de Pragda Tovi cet chiffrée réanii doDoeot le nombra iHO. Hait lei groupes auxquels ils se rapportent n*ont certainement pas été les seuls ; il doit y a^oîr eu des convois plus Ibrta et plus nombreux. Nous savons , par les mémoires de Saltajot, que celui dont il taisait partie arriTa à Genève le 10 février 1687 ; et il ajoute qu'il était des premiers. De février an mois d'aoAt, phuieora autres earâvanea d'esilés ont dû se sueeéder à Genève. Un grand nombre de pièces en font foi. Dans les registres du conseil d'Etat de cette ville, à la date du 13 d'aodt (par conséquent avant l'arrivée de la plus forte brigade mentionnée dans cette liste, nous trouvons la distribution suivante des Yaudois déjà expatriés: en Brandebimrgt 700; en WurtMtbirg, 700; dans le PtUaiiiwt, MO; dans les cantons de Zmith et de Berne f ISO; à Genève (d'après une note mentionnée au procèS'verbal de la séance du 1er juin 1687), 150; total : S,500; et, en ajoutant le chiffre de la brigade du 31 d'aoât , on obtient le nombre de 3,300. Le mémoire présenté en juin 1687 à l'électeur de Brandebourg par le délégué suisse David Holxhalb, de Zurich, doone ainsi le recensement des Yaudois recueillis à cette époque dans la confédération helvétique : 1,001 hommes, 8M fliMiincs, 764 enfants au-dessous de quinze ans ; total : 9.696 personnes.
été entassés sur des charrettes ou des moatures; les uns chancelaient sous te poids d'une extrême langueur; d'autres éuient si transis qu'ils n'avaient pas la force de parler ; plusieurs endn étaient tellement accablés de peines morales qu'ils eussent préféré mourir. U y en eut qui rendirent le dernier soupir sur la frontière comme s'ils n'avaient pu survivre à la perte de leur cruelle patrie; d'autres moururent en arrivant à Genève, entre les deux portes de la ville, trouvant ainsi la fin de leurs nuiux au moment où ils eiissent pu en être soulagés.
Tous ces détails sont tirés des relations du temps ; et il n'en est pas un seul, qui ne s'appuie sur c[uelque témoignage contemporain.
Les habitants de Genève furent admirables de dévouement, de générosité, de sympathies délicates et empressés pour secourir d'aussi grandes infcniunes.
C'est avec une sorte d'enthousiasme qu'ils accueillirent les proscrits. La moitié de la population s'était portée à leur rencontre jusque sur les bords de l'Arve qui servait de limite à leur noble pays, si restreint sur la carte, mais si grand dans le monde.
« Les Genevois s'entrebattaient , dit un contemporaîQi pQur recueillir les plus inisérables d? ces p^u-
yjtes Yaudois. C'était à qui les aurait plus tôt conduiu dans sa demeure, U y eo eut qui les portèrent entre leurs bras depuis les frontières jusqu'à la ville. »
Cet empressement à les accueillir était si grand que, pour éviter Tencombrement des routes et la surcharge des maisons, le conseil d'Etat de Genève se vit obligé de rendre un arrêté par lequel il fut prescrit à chaque citoyen d'attendre, pour recevoir les nouveaux venus, la distribution de leurs billets de logement (1).
Mais quelle douleur pour les uns et les autres, lorsque, se cherchant dans la foule , les membres de la même &mille ne se retrouvaient pas! Les Yaudois qui étaient arrivés les premiers, et à qui la généreuse hospitalité de cette ville chrétienne avait rendu quelques forces, accouraient à leur tour à la rencontre des nouvelles brigades dont on annonçait l'arrivée, pour s'informer des parents ou des amis qui leur manquaient.
a Un père demandait son enfant, et un enfant son père; un mari cherchait sa femme, et une femme son mari (2). » Ces rech^ches n'étaient souvent suivies que des plus tristes déceptions, a Cela produisait un spectacle si triste et si lugubre, que tous les assistants
(1) Séftoee do 9 férrier 1687.
(9) Bon», p. 981.
fondaient en larmes, pendant que ces malheureux, oppressés et abattus par l'excès de leur douleur, n'avaient ni la force de pleurer ni de se plaindre (i). »
Janavel fut un des premiers à sortir de Genève pour aller au-devant de ses compatriotes. Ses tristes prévisions s'étaient réalisées; ses conseils n'avaient pu prévenir une aussi grande catastrophe, et lui qui, depuis trente-deux ans, avait mangé du pain de l'exil , eût voulu d'autant plus en éviter l'amertume aux enfants des montagnes vaudoises, ah ! s'il avait pu quelquefois regretter d'en être séparé, qui dira si maintenant le bonheur de revoir les familles qu'il avait chéries, le peuple qu'il avait défendu, ne combattait pas dans son patriotisme la douleur de cette nouvelle proscription ! Mais au pénible tableau de tant de misères , errantes et sans patrie : à chaque débris de ce grand naufrage qui jetait sous les murs de Genève les déplorables restes de tout un peuple expatrié : cette ville généreuse , aussi vaillante dans la charité que Janavel l'avait été dans les combats, répondait aux proscrits par de nouveaux secours.
D'ailleurs, il se trouvait encore, parmi les exilés, des
(1) Diênpalùm, ete. p. U,
bandes épaq;aée6 et courageuses , des familles privilégiées, qui excitaient l'admiration en même temps que la pitié.
On citait, parmi les Vaudois , un de leurs Barbas, âgé de quatre-vingt-dix ans, qui menait avec lui une tribu de soixante et douze enfants ou petits enfants (1).
Ces dignes débris de l'Eglise vaudoise semblaient faire revivre au milieu des peuples modernes les imposantes images des émigrations patriarcales, dont la Bible avait rendu le souvenir familier à tous les protestants.
Ces exilés arrivèrent à Genève en chantant, d'une voix grave et triste , ce psaume d'Israël fugitif, que Théodore de Bèze avait traduit dans la langue de Calvin :
« Faut-il, grand Dieu, que dous soyons épars (2) f >
et dans lequel, en pariant des ennemis du peuple de Dieu, le psalmiste a introduit des détails qui se rap-
(1) Cette famUle fAitait partie de la trobièroe bande det exilés. Il ea «et question dans on manuserit de l'époque qui m*a été communiqué par M. Lombard-Odier de Génère. Ce HS '. dit qne les Vaudois étaient déjà «OMS la eûnduiU d^ Arnaud patteur âê lew'nation. Mais ces derniers mots ne spfflsent pas h éublir quirnand fût d'origine Tandoise, surtout en préleoee des preuTes qui le présentent eomme un Français réfugié aui Yalléet.
(S) C'est le punme 74«, du reeueil en usage dans les Eglises r^fomées.
portalefit si fklètemcffit m% excès commis dans les Vallées par les persécuteurs de Y/êraël de$ Alpes.
Pillons, brûlons, ont dit ces flirieux ;
Et trop «roêls dans ccitte li^ustê guerre,
Us ont partout ravagé notre terre ,
Et par le feu (Seigneur!) consumé tes saints liecix.
Hais les malheurs de la guerre n'avaient été que le prélude de plus longues et plus ^rièves souffianoes que les Yaudois avaient subies dans les prisons. Us y étaient entrés au nombre d'environ douze mille , et n'en ressortirent que trois mille cinq -cents (i)« Dans quelques-uns de ces lieux de captivité , on ne leur donnait à boire que de l'eau corronquie ; ailleurs ils n'avaient pour se nourrir que d'insuffisants et ouuivais aliments. A Queyrasque et à Asti, ils fiirent entassés dans les fossés de la ville, exposés à toutes les intempéries des saisons; ailleurs, couchés sur le pavé ou sur la terre nue, et quelquefois si serrés dans une enceinte étroite, qu'ils avaient de la peine à se re-
(I) C'est U chiffre âpprosimâtif ; mtii à on petit nonbre d'ouiéft ftèt, je erois poavwr le donner coome eiaet. Il avait élé ilit,4lain U lÉiafti de iOdéoenbre 1686 do eonseU dltat de Genètezii m dMl «iii«r «• ptmi M mille, H pwù trois amlru tende* db&euob d*a«fcnl. U y ont «i plas grand nombre de tand««, maii «kA.une d'entre eUne était mmpnif e d*nn moine grand nombm d'émifmntf.
muer. La chaleur de Tété en 1686 aVait , diseht les relations du temps, engendré une telle quantité de poux, que les captifs ne pouvaient dornîir; il y avait même de gros vers qui déchiraient la peau (1); on a vu plusieurs de ces pauvres malades tellement rongés, que leur chair s'en allait en pièces. On a compté jus* qu'à soixante et quinze malades dans une seule chan^ brée, et lorsqu'ils sortirent de là, au milieu de l'hiver, «ans transition de la captivité au voyage , dénués de forces et de vêtements (â), il y en eut plusieurs qui ne marchèrent qu'à la mort.
A Mondovi, Tordre de laissa* partir tes Vaodois ne leur fut communiqué que la veille du jour de Noël, à cinq heures du soir (3); et l'on dit en même temps aux prisonniers que, s'ils n'en profitaient pas tout de suite, ils ne pourraient plus sortir le lendemain. Aussîtdt les prisons se vidèrent; tous ces malheureux se précipitèrent , malgré la nuit et les neiges, au milieu des grands chemins glacés; ils firent cinq lieues sans s'arrêter; mais cent cinquante des leurs mouru-
(t) Probablement dei larrei de diven ineetet.
(9) « Cet pauvret geni det Vtliêet toot la plupart trèt mil tétut oti nut.» [Begittret du eomeU éPEtal da Gntivê; séance dn S janvier 1687.)
(3) A Lnieme, l'ordre fut d'abord affiché dant les rnet, tant être cem* ■inniqué aui pritonaiert qu'il eonoemaitexelutiyenient.
reot en route. Qodle barbarie de la paît de ceux qui les avaient trompés et qui célébrèreaty le leDdemain, la fête de Noël, sans embarras dans leur ^lise !
A Fossany on les fit partir pour le mont Genis au milieu d'un violent orage; quatre-vingt-six de ces malheureux proscnts périrent dans les neiges, et beaucoup d'autres eurent les pieds ou les mains gelés (1).
La brigade suivante, qui traversa le mont Genis vers la fin de février (2) , put encore reconnaître sur la neige les cadavres de ceux qui avaient péri en janvier. Mais les réclamations adressées par le gouvernement suisse à la cour de Turin , sur le peu d'égards
(1) Avit 4'iM grand wuUhêtit arrivé omb VoMéoit fur U moM CfitU, Note nârtmée m oonteil d'Etat de GcnèTC, par Ict oommiwairei aaiiso envoyét à la renooDtrt des exilés. Elle est datée da 3 février. — Une lettre de Me Tmebet, éerite d'Annecy à M. le eolonel Perdriot à Génère, tout la date du U, donne des détaila lur cette catastrophe. (Af«A««#t de Bem», C et D.) La troupe Taudoise était de 390 personnes; elle fut réduite 4 S30, noaleulenent par cet accident, mais encore par dlTcrs ealèTenents qoi eurent lieu à travers la Savoie. Ainsi Marie Barrette de Pramsting, Marie Cardon d'Angrogne, Jeao Pasquet , Jacques Pascal, Paul et Jean Cardoo furent enlevés à Saint-Jean de Maurienne. Les trois filles de Jean Pasquet avaient été précédemment enlcTées à Rivoli, etc... — Si le cadre de ce travail me l'avait permis, j'aurais donné, sur ce point et sur bien d'autres, des détails beaucoup plus étendus.
(S) Elle arriva à Genève 1^ !«' de mars. (Lettre de Me Paschand , con» iciUer d'Etat, à L. L. B. B. de Berne.)
témoignés aux Vaudois, et le dénûment dans lequel ils étaient laissés, malgré l'article des stipulations par lequel Victop-Amédée s'était chargé de pourvoir à leurs besoins jusqu'aux frontières de Savoie ; l'indignation que l'on ressentit à la vue de tant de malheurs, la voix même de l'humanité, décidèrent le duc de Savoie à prendre des mesures plus efficaces pour leur conservation. II fit transporter à la Novalèze, au pied du mont Cenis , quinze balles de casaques en gros drap noir, destinées aux convois ultérieurs. Celui qui traversa cette montagne un mois après la catastrophe qui l'avait couverte de deuil, était composé de deux, bandes de prisonniers, venues l'une de Luseme ï"- et l'autre de Turin, mais réunies à Saint-Ambroise , au nombre de deux cents deux personnes. Une quarantaine de ces capotes de laine, envoyées par Victor- Amédée, leur furent distribuées. Le chevalier de Pat» relies les avait accompagnés jusques au pont de Frèlerive , et le capitaine Carrel, son frère, les conduisit de là jusques aux frontières de Genève. Us se louèrent beaucoup des soins qu'on avait eus pour eux pendant ce voyage, et donnèrent une attestation dans ce sens au capitaine qui la leur avait demandée. Cette
dernière circonstance prouve que le duc de Savoie
avait enfin pris à cœur de veiller sincèrement au soin des malheureux proscrits (4).
Hs ne laissaient pas néanmoins d'avoir encore à subir de grandes privations, ails sont dans un pitoyable état, n écrivait un des commissaires suisses envoyés à leur rencontre (2). a Presque tous sont malades , et sans nos secours, la moitié seraient morts en chemin. J'ai pu ravoir la fille qui avait été enlevée à Lanslebourg y et un joli garçon que le maître de La Ramassa avait gardé au mont Cenis. J'ai écrit au commissaire de Son Altesse Royale pour faire rendre les enfants retenus à Saint-Jean et à Aiguebelles; on en a renvoyé quatre; il en reste encore cinq, qu'on a promis de faire prendre avec les treize malades qui sont restés en route, d
« Ces gens ont bien souffert. Cependant ibsontpa^
(1) Dans tout cfl qui i*ett pané de pénible à t'égard des Vaudob, on doit «noini aoeaier lei inteotioni de leur fouTerain, que les menées de lenrs ennemis. Il est même des choses qui prou'veraient que ees dernien se dé* fiaient encore des bonnes dispositions de Victor-Amédée à l'égard des Vandois. Salvajoi raconte dans ses mémoires que ce prince venait souTent passer des revues dans la citadelle dé Turin ; mais qu'on défendait alon aux prisonniers vaudois de sortir des bétimeots dans lesquels ils étaien| reofermés, et même de se montrer au fenêtres; et que l'on OMttait aa prison, «n «n croltont, quiconque faisait la moindre tentative ponr demander grâce à S. A. R.
(S) Lettre du commissaire CoaifiLun, datée d'Anneey.... Mars 16i7. [Ar- 9hiv09 dt Bem9, onglet 0.) J*en abrège quelques expressions.
tients et contents^ et remercient Dieu aux larmes, en vous faisant d'actuelles (1) bénédictions de voir les soins qu'on prend pour les secourir. » Ces dernières paroles sont extraites textuellement de la lettre que nous avons citée.
Voici maintenant les détails que donne Salvajot sur la marche de ce convoi dont il faisait partie.
a Après nous avoir fait beaucoup de promesses pour nous engager à embrasser le catholicisme , on nous laissa partir le 27 février 1687 (3). Le départ se fit en bon ordre. On mit sur des charrettes les enfants et les personnes qui né pouvaient marcher. Lorsque la route était trq> mauvaise pour les voitures, on nous donnait des mulets ^ des ânes et des chevaux. Nous traversâmes presque toute la Savoie à cheval^ et quand les Savoyards ne faisaient pas leur devoir^ le safgent leur donnait des coups de bâton. » On voit que les mœurs de ce temps n'étaient guère plus douces à l'égard des sujets catholiques, que des proscrits
(1) De eontfaineUci.
(9) Yoiei l'indieatioD de leurs étapes, de Turin à GenèTe : lo Saint-Anibroise ; io Bossolino ; 80 la Nof alèie, où ils arrivèrent le 1er de mars ; 4o Lans> lebourg ; 5o M odane ; 60 Saint-Jean de M aurienne ; 7o Aiguebelles ; 8<> Grisy ; 90 Farergie ; iOo Annecy ; llo Crusiglia ; et après douie jours de marche, >ls arrivèrent le 10 de mari à Genève, où ils séjournèrent jusque» au S4.
protestants. TIs n'étaient les uns et les autres, pour l'entourage des souverains, que des manants ^ corvéables et taUlables selon leur bon plaisir.)
a Nos sergents étaient très bons, ajoute Salvajot. Ils avaient soin qu'on ne nous fit aucun tort. » (Par crainte, sans doute, des châtiments corporels qui les eussent attendus eux-mêmes , en suite des nouvelles dispositions d'esprit qu'avaient produites les accidents survenus par la dureté des premiers conducteurs. )
A Genève , dit la relation de 1689 , a les Vaudois furent reçus, non-seulement comme des frères, mais comme des personnes qui portaient avec elles , la paix et la bénédiction dans les familles (f ).
On leur prépara des places réservées dans le temple de Saint-Pierre, derrière celles des syndics de la ville (2).
On avait fait disposer pour eux l'hospice Plain-Palais (3); mais presque tous les proscrits, même ceux qui étaient malades , furent logés et soignés par les habitants de Genève.
Les autres villes protestantes de la Suisse s'empres-
(1) iHmpoXùm..,. p. 34.
{%) Conteil (TBUt de Genève, téanee do 8 fétrier 1687.
(S) H«ft«frft 4» coMta iT^lol. Sétnce du 18 janvier.
sèrent de concourir à ce généreux accueil. Celle de Berne avait c^ert aux magistrats de Genève, de faire vêtir les Vaudois à ses frais (1) ; mais on y avait déjà pourvu (2).
Cependant, toutes ces bandes successives d'émignmts ne pouvaient s'entasser dans une seule ville. De fréquents couriers étaient échangés entre tous les cantons protestants de la Suisse, pour arriver à y lépartir le plus avantageusement possible un aussi grand nombre d'exilés.
Une partie d'entre eux fut dirigée en Wurtemberg et en Brandebourg dans le courant de l'année 1687; mais la plupart hivernèrent en Suisse y en attendant qu'une station définitive leur eût été assignée.
Quelquesi-uns allèrent en Hollande, et de là en Amérique ; le plus^ grand nombre cependant répugnait à s'éloigner des vallées vaudoises. Les pauvres bannis espéraient encore pouvoir y rentrer quelque jours , et retardaient autant que possible la fixation d'un établissement qui les eût enchaînés sur la terre étrai>-
gère.
(i) Mém wuret. Séance dn 9 féTiier.
(9) Plutann mmimci de leeoun y contribuèreDi; io le gouvernemciit (•éeoee du oooicil d'BUt, da 9 février) ; 9o la bowrtt italitnm (léaace du S février) Se let particalien; (téaBcei du 19 lévrier, du 19 mars art.)
Janavel nourrissait ces sentiments de patriotisme dans leur cœur. Os avaient d'ailleurs laissé une partie de leurs compatriotes en Piémont; car, indépendamment de ceux qui se trouvaient à Verceil, tous les Vaudois qui, durant la guerre de 4686, avaient été pris les armesàla main, loin de se voir relâchés avec les auti«s prisonniers, furent condamnés aux galèies, et phis tard, employés aux traraux des fortifications (i).
Enfin tous les pasteurs vaudois, à l'exception d'Arnaud et de Montoux, étûent retenus, malgré les fré» quMtes et vives représentations de la Suisae, à qui l'on répondait que Victor^Amédée s'était léawé de prononcer sur leur sort, au retour d'un voyage qu'il venait de faire à Venise (^).
€ Deux jours avant notre départ de Turin, raconte Salvajot, on mit tous nos imnistres avec leurs familles dans une diambre séparée ; des gardes furent placés à la paUBy afin que nul ne pût en sortir, et ainsi nos pauvres ministres resièrenten prison, eux qui croyaient devoir être les pruniers à partir (3). » Hais Victor-
(!) Lettrt dn comte de GtTon à M. de Marat, Ine en eomeil d*BUt de iîeoèTe, léeDce du 7 février 1687. Toy. Begiêtrtt du eonÊ$il.
(t) Même tource.
(S) t Gli fioero mettere tutti cod le lore famiglie ia aaa caaan... B gU t dinero ehe prima era per il lalato dell* anima ava; e poi «Im 8. A. R... t fli dartfbbe qaalehe intrelerie; ma ohe per le Vaila, mq pwMiero piè
Amédée ne se Mta pas de statuer snr leur sort ; car on fit dans un ouvrage publié en 1690 : « Les pastetirs vaudois sont toujours prisonniers ; on à essayé tour à tour des promesses et des menaces pour les faire abjurelr ; et à présent encore, ils gémissent dispersés et retenus dans trois châteaux-forts, où ils sont exposés à beaucoup d'incommodités et de misères, sans qu'on voie encore aucune apparence à leur délivrance» (1).
Hs ne forent élargis qu'en juin 4690 (2), lorsque les Vaudois victorieux eurent reconquis leurs vallées, et que Yictor-Amédée eut intérêt à se les rattacher par suite de la rupture politique qui venait d'éclater entre le Piémont et -la France.
Le secret de la puissance des rois est d'avoir su opprimer les hommes les uns par les autres; leurs armées sont tirées du peuple et dirigées contre le peuple.
• ad and«rgli! B i oottri pOTcri mioiitri reitarono in prigiooe, e credeTauo « d'etMre i primi a partire. ■
(1) Siti. de la diuip. du Egl. vavd., p. {85. Cet paatenn étaîeot aa nombre de neuf. {Mémo^9 de Datid Holzhalb au grand électeur de Brandebourg. — 8m- Ntat dit Yaudoit .-juin 1687. Archivée de B«rUn.) Six antrea, UToir : MM. Arnaud, Montouz, Bayte père et file, Damai etc., Ja- ▼el, aTaient pn lortirda paya. Un lenl avait abjuré : e'était J. P. Danne. On fit un jeu de nota eur. ion nom en disant qa*U suifiuit d*an accent aigu wr la dernière lettre pour indiquer ce qu'il était dcTcnu. Cet homme qu'il est plna fieilc de croire égaré que conTaineu, écrivit quelques outrages en fa- Tenr de l'Eglise romaine.
[%) lÊmmrt Aâtorifiie, U VU, p. M7.
Les guerres qui suigiasent entre les natioiis ne sont jamais dans Tintérét des nations : c'est l'ambition des dynasties qui les produit et en profite.
Aussi, tout peuple opprimé est le complice du tyran qu'il subit ; car, s'il était isolé, nul tyran ne pouirait prévaloir contre un peuple tout entier.
Mais Dieu a permis cette tutelle rigoureuse des sociétés humaines, afin de leur faire sentir le prix de l'émancipation } et pour avoir la liberté, il fiiut en être digne.
Une âme indépendante, même dans l'oppression, même dans le martyre, est plus libre encore qu'une âme servile privée de ses maîtres.
Terminons par ces paroles de l'Evangile : c Si Christ vous affiranchit, vous serez véritablement libres.»
FIN DU TOIU SIGOIID.