‹ L'Israël des Alpes (volume 5)Chapitre 2 sur 45 · HISTOIRE DES VAUDOIS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES VAUDOIS

DEPUIS l'expulsion

DE 1698 jusqu'à celle de 1730.

(Le duc de Savoie dans la vallée de Luserne, la république

daDS celle de Saint-Martin.)

Soumcxs BT AtTronris : — Toutes inédites et de peu d'étendue. On ies a iadîqoéet au bat de chaque' page.

Eu vertu de Tédit du !«' juillet 1698, tous les réfugiés français, proscrits parla révocation de Tédit de Nantes, qui s'étaient retirés dans les vallées vaudoises , sur les invitations expresses de Victor-Amédée II (1), furent obligés de quitter cet asile; et al-

(1) Edits de juin 1692 et de mai 1694. *

lèrent avec une partie des habitants originaires du Pragela , ainsi qu'un grand nombre d'autres familles vaudoises qui leur étaient alliées, fonder en Allemagne les colonies dont on a vu Thistoire dans les chapitres précédents.

Cet événement, qui privait les vallées vaudoises d'une partie con^dérable de leur population t ne put manquer d'être très douloureux pour ceux qui le subi-^ rent. — La mesure qui l'amena ne fut assurément point prise dans l'intérêt des Vaudois; cette expulsion inattendue et cruelle de la moitié d'un peuple violemment déchiré et traînant ses lambeaux dans l'exil, dut être à bon droit regardée comme une persécution nouvelle.

Mais ce ne peut être sans motifs que la Providence a permis cette catastrophe; et à présent que la poussière soulevée par ce bouleversement subit, est tombée aux yeux de l'historien, on ne saurait méconnaître l'influence providentielle que cette élimination de tous les étrangers du milieu des Vaudois dut avoir pour l'intégrité, le maintien, la conservation à part et sans mélange de cet Israël des Alpes , déjà éprouvé par tant d'infortunes , dans le plan des destinées aux- !|uelles il avait été appelée Cette mesure n'avait été

pnie par le mi de Viémont que ma les instances réitéréeS; et peut-être impérieuses, de Louis XIV, dont les catboliques fureurs poursuivaient ses sujets fugitifs jusque dans Tasile sacré d'une hospitalité étrangère; et Victor^Âmédée, en fermant cet asile aux proscrits des autres nations, rassura les habitants originaires tes vallées vaudoises, sur leur repos et sur leur avenir (I )• Ses vues étaient toutes politiques : les résultats furent tout religieux ^ mais ils ne se développèrent que plus tard.

Privée des sept pasteurs d'origine étrangère , qui devaient sortir du Piémont avant le 1"^ septembre i 698, l'Eglise vaudoise tint un synode extraordinaire à Bobi, le 12 août de la même année, afin de pourvoir im- ' médiatement au service des paroisses qui allaient devenir vacantes ou qui l'étaient déjà ; et les six pasteurs d'origine vaudoise, qui restaient seuls dans les vallées, se répartirent la charge de les desservir (2).

(i) La lettre de Victor- Amédée II, adressée dans ce but au comte Hartinano, gooTemenr de Pignerol , est du 33 août 1698 ; il le charge de dire •n Yaadois : ehe puono con ogni quiette e Heuritta , appliearsi a Itior affm itmettiei; pùich« proveranno gempre gli effetti délia stta reggia protdftOM (ne). — Le comte Martiniano adressa une ampliation de cette lettre au lienr Pasca, podestat de la Tallée de Luserne, qui à son tour la fit connaître dans tontes les communes vaudoises. — (Archives du Villar ; cahier Religùma/Hi, M. 107.)

{%) Cette répartition entlieu de la manière suivante : L4«m, pasteniHie

Le personnel de la Table vaudoise fut aussi renouvelé (1).

En même temps on demanda au roi l'autorisation de faire venir provisoirement de la Suisse ^ des pasteurs destinés à remplacer les ministres français (2) ; et cette autorisation ayant été obtenue , on écrivit dans ce but à l'académie de Genève, qui pourvut sans à retard aux besoins qui lui étaient exposés (3). Le sy-

Bobi, joignit à cette partHsse celle du VUlar; Mâlanot, pasteur d'Angrognê f joignit Saint-^ean. Ces deux pasteurs deyaieot en outre desservir en commun la paroisse de La Tour. RaTifiuniii , pasteur de Pral , devait se transporter à ViUe-Sèehe et joindre à son champ de traTail le Pomaret. Bbb- TiH restait à Macel et desservirait de plus la paroisse de Pral. Jacqubs Jahibb, pasteur de Pramol , desservirait en outre Rora. Bbbnabd JAHika, enfiOf joindrait à sa paroisse de Saint-Germain celles de Prartuting et de Rocheplate. — Le Synode ajoute que « si la divine providence rappelait un « jour dans ces vallées les pasteurs qui sont obligés d'en sortir présen- I tement, chacun d'eux retournera dans l'Eglise qu'il laisse vacante. »

(1) Le MoDiBATBTB, Henri Arnaud, fut remplacé par JDavtd Léger , fnO' dérateur- adjoint. Ce dernier poste fut confié à Malanot; et la charge de SBCRiTAiBB, occupéc par David Jordan, fut donnée à Laurent Baetie.

(2) Le capitaine Paetre et Joeeph Donneaud furent pour cela députés à Turin , par le synode de 1698.

(3) Archives de Berne, onglet E. Lettre du modérateur (23 septembre 1698) recommandant les pasteurs sortants. — Archives de la vénérable compagnie de Genève, vol. 0. p. 499, 510 etc., et vol. Q. p. 20, 82 etc., sur la demande et l'envoi des pasteurs suisses. — Ces derniers, qui vinrent aux YalJlWi, et les paroisses où ils furent placés sont: Dubois, à Bobi; Dind, iM^l^ar; Sbicbeibr, à La Tour; Dbcoppbt, à Saint' Jean et Dutoit à Pràrutting. Les pasteurs vaudois se placèrent dans les paroisses les plus pauvres, les plus montagneuses et les plus difficiles ; savoir,' Bbrtin à Rora 1IAI.A1I0T à Angrogne, J. Jabibb à Pramol, B. Jahibb à Saint- Germain , .

node demanda aussi que Ton fit arriver, aussitôt que possible, au terme de leurs études, les étudiants vaudois qui se préparaient au ministère évangélique, dans les facultés de théologie suisses ; il exposait enfin les pressantes nécessités des Vallées , les dettes dont leurs communes étaient chargées , le dénûment des habitants, la misère, la pénurie, l'absence de travail, les mauvuses récoltes et l'impossibilité où seraient les Yaudois de pourvoir à l'entretien de leurs pasteurs sans des secours étrangers (1). Ces secours ne leur furent pas refusés ; les membres d'un même corps sont solidaires les uns des autres , et l'inépuisable diarité des protestants, qui jouissaient alors d'une po-

Dayii» Lien au Pomaret (il fut remplacé, deux ani après, par JicQin» Li"/ OBK et lui-même alla i ViUê~Siche) ; LiuAim Bbahn à MatuiUê et à Maee (H fat remplacé l'année suiyante par Hbhkiod) ; et Paui. Rsthacsiii , à Pral et à Rodoret: — Ces dispositions se rapportent à l'année 1699. — Reynaadin passa à Bobi en 1705, en remplacement de PoaTAs, qui lui-même aTait remplacé bbcoppbt en 1703. — M. Samniam se retira en 1700 (sa lettre de rappel est de norembre 1699); mais en 1701 eut lieu la consécration de deux ministres vaudois : Jim JAnna et Chablis Bastib.

(1) Mémoire touchant Vétat politique et eceluiattique de* Vaudoie ,«par rapport au preuant hetoin d'aetittanee qn^ilt réclametU pour acquitter Uure éMea. (Arch. de la vén. comp. des pasteurs de Genève, vol. Q. p. 83.) — Ce mémoire fut envoyé au duc de Zell; à l'archevêque de Canterbai^^ à révèqnede Salisbury, pour S. M. Britannique; à M. Spanheim profriipir i Lôde, poor les états généraux de Hollande ; an comte de Dhona , pour l'Electeur de Brandebourg ; au premier pasteur de la cour de Besse<€assel tt i M. Herwart, envoyé du roi d'Angleterre en Suisse.

sitîon plus heureuse que ceux des vallées du Piémont^ pennit à ces derniers de relever leur culte et leurs écoles^ qu'un zèle patient et dévoué avait jusque-là soutenus.

Indépendamment des réunions générales des sy^ nodes^ qui n'avaient lieu qu'une ou deux fois par aii^ et qui plus tard ne revinrent que tous les cinq ans j les pasteurs de chaque vallée vaudoise avaient alors leurs colloques particuliers ^ qui les réunissaient tous les mois (i)« Ils prêchaient dans leur paroisse^ deux fois chaque dimanche , et faisaient un service de prière, suivi d'une instruction religieuse, chaque jour sur semaine (S). Un pasteur, manquant de paroi^e^ ne craignit pas de diriger lui-même Fécole de La Tour (3). Les paroisses menacées de perdre leur culte ne reculaient pas devant d'onéreux sacrifices pour se le maintenir (4). La suspension momentanée des sub^

(l] On lit dans les actes synodaux du 10 février 1699 : • Les paitenrs du colloque de VcU-Luierne desserTiront l'Eglise de Rora tour à tour. » (Archives de la Table.)

(2) Les pasteurs venus de la Suisse furent autorisés à ne faire qu'une prédication le dimanche et une catéchèse sur semaine, mais pendant la premUt^ année teiUement de leur ministère dans les Vallées. (Même source.)

($) Ce fut Abraham Henriot, venu également de la Suisse. — De 1699 à 1700. — C'était une école latine et italienne. — Voir les actes du synode da 19 juUIet 1701.

(4) On lit dans les actei synodaux du 28 octobre 1699 : o l'Eglise de Pra-

sîdes cjae la feiiie Anne avait aecordés aux pasteurs yandcris , ne ralentit en rien lew activité dans l'ao^ oomplissement de tontes les fonctions de leur ministère (1). Les retours cruels tle violence arbitraire, subis p^ les Vaudcns de la part de leur prince, ne les empêchèrent pas de hii prouver leur fidélité dans mainte circonstance. Une révolte éclata à Mondovi , en juin 1700 , et les milices vaudoises contribuèrent puissamment à Fétooffer.

\ictor-Amédée II était alors en dissentiment avec la cour de Rome (2) , au sujet de ta monarchie de Sietfe (3) ; et ces dissentiments se prolongèrent pendant une vingtaine d'années.

• nuting ayant été obligée de dépenier près de troi* cents IWrei pour se « inaintenir dans Texerdce public de la religion dont le droit lui avait été « eootesté^ tontes les autres Eglises des Yalléei sont TiTement pressées € de leur tendre la main... pour marquer leur union et leur charité chré- « tienne. » — Le reacrit de Tictor-Amédée, qui autorise les Yaudois de Praivsting à avoir nn temple, est du 90 octobre 1099. (Turin, Arch. de la cour in eimptet, Begio eontroroHo générale. An. 1699, no 199, fol. IIS.) — Un rapport snr Téreetion de ce temple , et sur l'ancien emplaeemoit de Hodieplate, où Ton exige que le nouyean soit bâti , se troate aux Ârehivet ntai. Cat Tald. n« de série M8.

(1) Voir les Actes synodattt de juin 1700 et de juillet 1701.

(9) Merewre kUtorique, T. XVIII, p. 16, 938; T. XX, p. 7, 198, 616; T. XH, p. 335, 355, 480, etc. Tottles ces indications se rapportent aux dates c ompris e s entre jnillet 1700 et novembre 1709.

(3) Drbtin II , par une bulle da 5 jnillet 1098, atait accordé à Roger , eomte de Sicile, qn'nn tribunal, appelé la Monarchie de Sicile , aurait le droit de juger souteninemeot et sans appel tontes les affsirei «odésia-

II ne devait pas tarder d'être de nouveau en hostilité avec la France, et d'attirer sur ses Etats Le fléau de la guerre , plus redoutable alors que Tanimadversion de Rome.

En 1701, ayant reconnu le duc d'Anjou poiff roi d'Espagne, il lui donna en mariage sa seconde fille (1). Mais bientôt , entraîné dans une voie contraire, il se tourna contre son gendre , après avoir trompé la France et TËspagne, pendant deux ans, avec cette duplicité de haut parage qu'on décore du nom de diplomatie, et qui ôterait tout prestige à Tart de gouverner ., s'il ne devait être basé que sur de pareils moyens.

Ces fluctuations capricieuses d'une politique qui sacrifie tout à l'intérêt , et qui ne demeure constante que dans son inflexible égoïsme , brisant avec indif-

itiques. Clément XI contesta à Yictor-Âmédée II les privilèges de cette institution ; et finalement, il publia, le 20 février 1715, une Conttiitdion, pour Tabolir. Il y eut appel de cette bulle au pape mieux informé ; et le débat se prolongea jusqu'à la mort du pontife.

(1) Louise-Gabrielle de SaToie, qui fut mariée par procureur, le 11 septembre 1701. — Le duc d'Anjou, né le 19 décembr«^683, fut appelé i la couronne d'Espagne, le 2 octobre 1700, par le testament de Charles II, qui rappelle dans cet acte les droits de Marie-Thérèse, aïeule du duc d'ÂDjou. En Tertu de cet acte, il fut déclaré roi d'Espagne, sous le nom de Philippe V, à Fontainebleau, le 16 novembre 1700, et le 24 du même mois, à Madrid : où il fit son entrée le 14 avril 1701. — Le traité d'Utrecht (11 avril 1713) seul It mit en possession paisible de ce tr6ne contesté.

fiSrence les Héni» de nionneur et cet» de Taffection , poor se ranger toujours m parti du plus fort, présentent un aspect affligeant, qui repousse les hommes droits.

Toutes les puissances de l'Europe avaient confirmé l'élection du duc d'Anjou comme roi d'Eq)agne , à Texception de rAutriche, qui voyait avec jalousie un jffince de la maison de France monter sur le trAne de Charles n (1). Hais bientôt TEmpire germanique tout entier, l'Angleterre et la Hollande, formèrent une ligue (2), pour détrôner ce monarque. Les veilles haines de ces puissances contre Louis XIV, qui le soutenait, en étaient le véritable motif.

Yictor-Amédée, nommé généralissime des armées de France et d'Espagne , en Italie (3) , au lieu de dé^ fendre son gendre avec affection, son allié avec loyauté, prit des engagements secrets avec leurs ennemis. La maison d'Autriche lui avait promis le Mont^ ferrât pour prix de sa défection; et doublement perfide, il combattit encore contre les impériaux en diverses rencontres. Ce manège dura pendant deux ans.

(1) Prédécesseur de Philippe V, en Esptgae.

(S) Signée le 7 septembre 1701. i (3) En septembre 1701.

Les armées impériales , commandées par le prince Eugène , et les troupes françaises commandées par Catiuat, se rencontrèrent en Piémont, dès le milieu de 1701 (1). Le maréchal de Catinat reçut successiment plusieurs petits échecs , qu'il ne pouvait attribuer à la seule habileté de son adversaire. II soupçonna la connivence du duc de Savoie avec ses ennemis, et fit part de ses soupçons à la cour de Versailles, qui les repoussa. Mais dix-huit mois après, Louis XIV ne pouvait plus douter qu'ils ne fussent fonjlés , et prenant soudain une de œs résolutions énergiques , auxquelles dispose une volonté altière , développée par l'habitude d'un pouvoir obéi , il ordonna au duc de Vendôme de désarmer et de retenir prisonnières, les troupes du duc de Savoie qui se trouvaient dans le Milanais (2). Ces ordres furent exécutés. Trois cent quarante officiers piémontais se virent inopinément privés de la liberté et répartis en diverses forteresses.

(1) Le 9 juillet 1701 eut lieu le combat de Carpt, sur l'Àdige. Le 1er gep> tembre, combat de Chiari, près de l'OgUo. — Escarmouches nombreuses.

(2) Louis XIV écrivit eu même temps à Yictor-Amédée : « Monsieur, puisc que la religion, Tbonneur, l'intérêt, les alliances et votre propre signat ture ne font rien entre nous, j'envoie mon cousin, le duc de Vendôme, à « la tète de mes armées pour vous expliquer mes intentions. » (Lamberty P. U, p. 564.)

Cette nouTelle arriva à Turin le i«' d'octobre 1703.

Aussitôt les portes de la place sont fermées; la plus rive agitation se répand à la cour et dans la ville ; l'ambassadeur de France est arrêté dans son hôtel (1) ; et les Français domiciliés à Turin reçoivent Tordre de ne pas en franchir les murailles.

Toutes les troupes disponibles sont mises sur pied, celles qui étaient en Ivrée et ailleurs , rappelées aux fortifications; les rapports avec T Autriche deviennent plus intimes (2). Le duc de Savoie cherche à rallier toutes ses forces; et voici de quelle manière il donnait alors connaissance aux Vaudois de ces événements :

« Chers et bien-aimés fidèles,

a La violence inouïe que la France vient d'exercer a contre la bonne foi des traités et le droit des gens, « ayant fait désarmer nos troupes, qui étaient à son a service dans le Milanais , retenu nos officiers pria sonnienr, et faisant marcher un corps de troupes

(i) La même mesure fut prise i Tégard de Tambasiadeur d'Espagne. — Merc, hist. T. XXIY, p. 508.

(3) Le 25 octobre 1703 fut signé le traité d'alliance offensive et défen. ■ÏTe entre la Satoie et rAutriche, par lequel cette dernière puissance garantissait à Tictoif-Amédée la possession du Montferrat Mantouan ; prix tonvenu de la défection de ce prince. {Art di vérifier Ub ieUu»)

a pdur envahir nos Etats. «•• Nous vpQd le faisons sa- « Toir^ étant persuadés que le même motif , qui tous a a portés à notis faire connaître dans toutes les oc^ a casions des guerres passées ^ votre fidélité et votre « lèley vous inspirera à ne nous en donner pas moins a de marques dans celle-ci j qui est beaucoup plus a importante.

« Vous devez , à cette fin ^ sans perte de temps ^ « former vos compagnies ^ ainsi que vous avez fait « dans la dernière guerre, et accepter tous les refua giés finançais qui voudront venir dans vos vallées; or vous devrez même les convier à s'y rendre pour a agir conjointement avec vous. Nos commissaires

a pourvoiront à la subsistance de ces troupes Il

a s'agit du soutien de nos Etats, de notre gloire et de a votre salut. •• Et sur ce, nous prions Dieu qu'il vous a ait en sa sainte et digne garde -(1). x>

Les Yaudois mirent aussitôt sur pied trente-quatre

(1) Cette lettre est datée de Toria, le 5 octobre 1703. — Eflb fut eavoyée à chaque pasteur vaudoig , avec une autre lettre qui leur était personnelle et qui portait aussi la signature de Yictor-Amédée, sous l'adresse suivante : A notre cher, bien-aimé et féal N. miniitre de... -^ Ces pièces se trouvent dansLAMBBRTT, Mémoire pour servir à l'hietoire du dix-huitième siècle. T. Il; Mercure historique, T. XXI, p. 629. La lettre de Yictor-Amédée adressée aux Vftvdois, est en outre dans Moser, pièces justificatives, no 18 ; et dans Er- <iMNi et Reelam, T. TI. -^ Je n'en ai cité qne la partie essentielle à l'histoire.

oompdgnidÉ de leurs vaiflantes milices , et ne tardèrent pas d'attirer l'attention par de brillants coups de main.

< Le duc de Savoie letir ayant permis de se nommer un commandant, écrivait-on, sur la fin de Tannée , ils ont choisi M. de Malanot y qui était un de leurs capitaines dans la guerre précédente (1).

e Ils ont déjà fait diverses courses sur les fi*ontières de Provence et de Dauphiné , et ont exigé cinquante nulle livres de contribution de cette dernière province, outre un grand nombre de bestiaux. Ils ont offert cet argent à S. A. R. ; mais elle a voulu le leur laisser, afin de leur donner moyen de se mieux armer et équiper (2). s

Aussi, pendant que les Vaudois lui étaient utiles , Victor-Amédée traitait-il sévèrement ceux qui venaient se plaindre d'eux (3).

(1) Ce passage est textaeilement reproduit du Mereore historique, T. XXV, jaavier 1704. — Cependant je dois fsire obserrer que la partieule dont on pourrait Caire préeéder un nom quelconque parmi les Vaudois, est étrangère dans leurs habitudes à toute signification nobiliaire , contrairemeot à ce que Ton pourrait croire en lisant ici le nom de leur commandant. — Lorsque différentes personnes portent le même nom, on les distingue par celui du lien qu'elles habitent, précédé de l'article contracté. Mais aueune distinction de rang n*a jamais été attachée chei eux à ces désignations.

(S) Mercure historique, T . XXV, p. 136.

(3) « Le gouTcrneur du fort Hutino, qui tenait se plaindre des habitants « des Yallées, fut arrêté à Pignerol. » Mercure historiquef T. XXlYj, p. 809.

Ce peuple^ toujours sacrifié^ ou par la tyrannie de ses rois lorsqu'ils étaient puissants , ou par son dévouement à leur cause lorsqu'ils étaient menacés , se signala encore par de nouveaux exploits en Tan-* née 1704.

Mais dans l'intervalle, leurs. rangs s'étaient augmentés d'une foule de réfugiés français, venus de la Suisse (i) ou des Cévennes.

Ces derniers avaient pris les armes contre Louis XTV, au commencement de 1703. a Ce n'est point ici une révolte, » disaient-ils, dans leur manifeste (2) , ni une rébellion des sujets contre leur souverain. Nous lui avons toujours été soumis et fidèles... Mais c'est un droit de la nature qui nous oblige de repousser la force par la force; autrement nous serions complices de nos propres malheurs, traîtres à notre foi, à nousmêmes et à notre patrie, etc.... »

Malgré l'intrépidité de leurs chefs, ils furent écrasés (3) ; les habitants d'Orange , qui avaient résisté

(1) Louis XIV avait eoToyé un chargé d'affaires, M. de Puissieux, pour obtenir du gouTernement suisse qu'il empêchât les réfugiés français qui s'y trouvaient, d'aller prendre les armes sous les drapeaux du duc de Savoie. — De longues conférences «'ensuivirent. —Voir Mercure historique, T. XXIY, p. 512, 634, 641, «48 ; T. XXV, no de janvier, etc.

(2) Daté du 17 février 1703. Imprimé à part.

(3) Voir les histoires des Camisards. — Lamberly, T. Il, etc.

plus longtemps, furent bannis et se retirèrent en Prusse. Les fugitifs des Cévennes, dont la tête était mise à prix ou dont les biens avaient été confisqués, f se retirèrent aux Vallées.

Les forces de Yictor-Amédée s'augmentèrent avec avantage de ces hardis partisans, aguerris aux priva* tions et aux dangers. Dans sa prospérité cependant, il avait interdit aux Yaudois de leur donner asile (1). Plus tard, il dut encore les bannir (S). Aujourd'hui, ils ébûent d'autant mieux accueillis , que ses Etats étaient plus menacés. Le duc de La Feuillade (3) venait de s'emparer de toute la Savoie (4). Bientôt, il traversa les Alpes. En juin iïO^, il prit la ville et le château de Suze. Quelques jours après , le duc de Vendôme se rendît maître de Verceil (5), où près de

(1) En avril 1703. « Le duc deSaToiea fait Tenir quelques-uns des prin- € cipaox habitants des Vallées et leur a déclaré, pour tous, qu'il lèat dé- • fendait , sous de rigoureuses peines , d'avoir aucun^ commerce avec les

c soulefés des Cévennes, ni de donner retraite à aucun d'eux, etc »

Mercure historique, T. XXIII, p. 355.

(2) Par les Instructions du 20 juin 1730.

(3) D'autres disent, le maréchal de Tessé.

(4) A la réserve du fort- de Uontmellian, qui ne se rendit qu'en 1705. On en démolit alors les fortifications.

(5) Suze fut prise le 12 juin, et Verceil le 21 juillet.

à% mille) hommes fbrent faits prisonniers. La place divrëe ne tarda pas de subir le même sort (i). . Pendant que le duc de Vendôme poursuivait ainsi ses succès , le duc de La Feuillade chercha à détacher les vallées vaudoisea de la cause de leur souverain. Après avoir occupé S]ize, il se porta dans nos vallées. Il offrit d'abord de les préserver de tous les inconvénients de la guerre^ si elles voulaient garder la neutralité entre lui et le duc de Savoie (2). Ce fait suffit à démontrer l'importance de leurs armes. « Les habitants des vallées de Saint-Martin et de Saint-Germain ^ qui sont les plus exposées, avaient assez de penchant à cette neutralité; mais M. Van-der-Meer, ministre des Etats généraux , s'y étant rendu aveo M. Âmaudy rassura entièrement les esprits et fit évanouir les desseins des Français (3). »

(i) L€l%0 Mptembre 1704.

{%) Mtroure kittorique, T. XXYI, p. 140.

(3) Il 8*agit ici du mioistrs Henri Arnaud, qui avait présidé à la rentrée des Taudois dans leur patrie en 1689, qui fut proscrit en 1698, et qui revint aux Vallées en 1703. Il exerça alors son ministère dans l'Eglise de Saint-Jean , comme l'atteste un mémoi«, daté du 27 décembre 1706 , en ees termes : V Eglise de Saint-Jean est maintenant detsérvie par M. Henri ArMudf en qualité de minittreprovieionnaire, (Etat dee Egliêet de* Vallée», Bibliothèque particulière de M. Appia, à Francfort.) Peu après, Arnaud se rendit à Londres, car il y était en 1707. — D'après la tradition, il aurait Toulu faire passer la vallée de Luserne sous le régime républicain

a Là-dessus^ le marédial voyant qu'il n'y avait rien à faire par la négociation, fondit de tous côtés sur les Vaudois. Il fit attaquer le fort de Hirabouc, par M. de ^ Lapara (i), pendant que lui-niéme entra dans la vallée de Saint-Martin, avecie reste de ses troupes, et s'en empara (2).

a n passa ensuite dans celle de Saint-Germain, où il trouva beaucoup de résistance de la part des Vaudois, qui en gardaient les avenues, mais qui enfin, furent (d)ligés de plier à cause de la supériorité des ennemis.

a Cependant, le marquis de Parelles y étant arrivé, avec Tordre de faire marcher les milices du voisinage au secours des Vallées, et le duc de Savoie y ayant aussi envoyé quelques troupes réglées, ceux des vallées de Saint-Germain envoyèrent leurs femmes, leurs enfants et leurs effets mobiliers dans les commu-

qn'avait adopté celle de Saint-Martin, et sa tète eût été mise à prix. (Je tiens cette tradition du dernier des pasteurs Taodois en Wurtemberg , M. Mondon, successeur du fils d'Arnaud, à Gros-Y illar, et mort presque centenaire, il 7 a peu de temps. — Un autre fils d*Âmaud fut nommé pasteur au Pomaret en 1713. — Le premief* se nommait Sclpion et le second Vincent.)

(1) Le 20 juin 1704.

(3) Ses troupes continuèrent de l'occuper , jusqu'au 8 d'aoât 1708. (Attestation notariée de cette occupation, en date du 18 mai 1713. — ArcAtvM d» PwTter.)

2* ils se constitueront leurs propres règlements, qui seront approuvés et maintenus par S. M. T. Ciui ^ 3"" ils établissent parmi eux la liberté de conscience, avec la réserve que les réfugiés firançais ne pourront venir en jouir; 4® que pour raffermissement et la défense de ladite république, S. M, y entretiendra à ses frais les troupes nécessaires (i).

C'était tout ce que voulait La Feuillade, et pour ne pas revenir sur ce sujet, disons tout de suite que les destinées de cette éphémèrê république ont été aussi malheureuses pour ceuxquien faisaient partie que pour leur alentours. Les troupes françaises s'y étant établies, conformément au traité, et l'ayant occupée pendant

(1) Cet lignes toalignées reproduisent les termes mêmes da trtité. — Il a en toat sept articles, qui descendent quelquefois à des détails sans valeur politique. Le cinquième stipule au nom des Yaudois : i que S. M. « et ses successeurs leur fournira (Hc) toujours d« #«( an Périer, à àmx 9oU • la liffre* » On lit an bas du traité : t Nous, ayant pour agréable le sus- « dit traité, acceptons et promis (ne), d'obserrer inTariablement tous les « points ; en témoin de quoi nous atons signé ces présentes de notre main, « et à icelles dit apposer notre scel secret. »

€ A Versailles, le S5 juillet 1704. » Signé Louiê, contresigné Cotbert. {Traité paué entre le due de La FeuiUade et le* particulière de la vallée de Sl'Marti», le 15 juillet 1704. — Turin, ÀrdÛTes de Cour, no de S. 486). — D'après un mémoire de l'époque, les propositions du général français, à cet égard, auraient d'abord été repoussées par les Yaudois du Yal-Péronse et du Yal^t-Martin ; mais il se saisit de leurs biens et c'eût été pour y rentrer qu'ils consentirent à ce traité.

(Méwunre pour le$ Eglieee évoMgéliqutt dee vaUéee du Proffela, de 1704 à 1707. Àreh. des P. P. de G. toI. R.

tout le temps de son existence (1)^ faisaient des in- 'Iborsions hostiles sur les terres environnantes (2). I! s'y rassembla des vagabonds de tous pays, qui vinrent lui demander asile (3). Les pasteurs et les maîtres d'école cessant d'être soutenus par la répartition des subsides anglais (A), et bannis peut-être par quelque caprice populaire , furent obligés de s'éloigner, errants et sans ressources (5); l'instruction primaire et

(1) Jusqu'au 8 tout 1708. — AttetUtion BOtariée, dans les Arekivtt du Ferrier.

(S) c L'Eglise de St-Gennain, dans la Tsllée de Péroose, est présentement abandonnée de ses habitants et sans aneun eiercice de religion, à cause des ennemis qui l'ont entièrement ruinée et brâlée. Elle n'a point de ministre ni de régent d'école, attendu qu'ils sont obligés d'être réfugiés dans le Toisinage, un peu plus éloignés des ennemis.

t L'Eglise de Pramol est pareillement déshabitée de ses paroissiens, à cause que les ennemis l'ont de même brâlée en plus grande partie; et ils sont obligés de se reeouirrer dans les antres endroits des Vallées. •

(Mémoire «wr Vétal dei Valléêi du 37 décembre 1706.)

(3) t Cette Tallée étant tombée dans la rébellion, est maintenant habitée par la lie et par l'écume de divers peuples... qui portent les armes eontre S. A. R. •

{Mémoire pour le» Eglite» évangéligue» du Piémont^ de 1704 à 1707. •» GenèTC, Arch.de la.'vén. comp. des P. P. -vol. R.)

(4) c Ces 784 louis d'Angleterre ne nous valent ici que 4 livres ducaes pièce. Il se trouve donc que les pasteurs ne reçoivent que 300 ducats chacun, et les maîtres d'école 100. Pour le régent latin, il y en aura •■vîron 170. Hais il y en avait beaucoup moins encore, devant le malheur de la vallée de St-Hartin. •

{M^noire en faveur de» Vallée», 1708. Même source.)

(5) ■ Les trois Eglises de la vallée de St-Martin... ayant eu le malheur de tomber dans l'infidélité... leurs pasteurs les ont quittées. • {Imo cii.) —

le culte divin y tombèrent rapidement en décad^n^ ce (1); et lorsque le peuple réclama des pasteurs^ o& s'adressa, pour remplir ces augustes fonctions, à des jeunes gens sans vocation (3); qui commirent lea actes les plus irréguliers (3),

IhCs Yaudoii^ c(Hisidéraient cette vallée comme per*due pour leur Eglise (4), et craignaient que, leur unité de corps étant ainsi brisée, la perte totale ne s'ensuivit (5). Mais enfin, la guerre étant finie, la vallée

« L'assemblée ayant délibéré sur l'état des pasteurs errants, et Le moyen de les faire subsister... • décide qu'une retenue sera faite sur le traitement de leurs collègues de la -vallée de Luseme. -** « Jean Jafaier, ci-devant pasteur à Pral, sera censé pasteur du eamp vofanl... > (Actes synodaux du 7 octobre 1704. ^ Arch. de la Table -vaudoise.)

(1) L'Eglise de Yillesèche, qui était iewmt leur révolt* composée an communautés de Rioclaret, Faët, Bouvil, Traverses et St-Martin, n'a maintenant, ni ministre, ni maître d'école, ni exercice religieux d'aucune sorte. > {Etat des EgUtes de la vallée de St^ Martin et du Pomaret, présentement dominéee par lee ennemie). Mémoire sans date. — Il y est dit ensuite : « Toutes les autres Eglises de ces vallées sont dans le même état. • — (Communiqué par M. Appia.)

(3) Voir lee Arch, de^la comp. dee P. P. de Genève. Registre R. pages 312. 313.

(3) Mentionnés dans une lettre de Reynaudin , du 28 septembre 1708 {même source). Voir aussi les actes synodaux du Yillar, 23 octobre 1708 {Arch. de la Table vaudoiee.)

(4) c La vallée de St-Martin, que l'on croyait perdue , étant revenue à ses devoirs... > (Convocation synodale adressée par le modérateur Reynaudin, à Messieurs les pasteurs, anciens ^ directeure et autres chefs de famiUe, etc.. Datée de Bobi, 26 décembre 1708. — Arch. du Villars. Rbl. fol. 158.)

(5) « Cette division entraînera inévitablement la ruine de ces vallées. » (Mémoire sw l'état des vallées vaudoises^ du 27 décembre 1706.)

de Saint^Martin rentra sous la donûDation de Victor-^ i^dée^ ifoi accorda une amnistie complète à tous ses habitants (1), en considération de la fidélité que lu^ avait témoignée la vallée de Luseme, où il avait trouvé un asile au temps de ses malheurs. Car les généraux français l'avaient privé momentanément de presque tous ses Etats.

Le duc de Vendôme^ qui avait assiégé Verrue dès le 22 octobre 1704, s'empara de cette place le 10 avril i70S, après la plus belle défense qui jamais ait été faite par des assiégés (2).

Le duc de La Feuillade prit d'assaut Villefranche (3) ,

« La eonsenration de la Tallée de Loserne dépend de celle de la vallée de Si-Martin... sans quoi, on ne peut pas espérer de pouvoir subsister looglemps. B [Mmoire pmr hf Eglite$ i$$ vallée* du Piémont,)

(i) Sous le nom de patentet de grdcey datées du camp de Balhottet, 17 â9ét 1798, ateordant l'amnistie, à eondttion que les prétendus républicains renouvelleront leur serment de fidélité à la maison de Savoie, entre les mains du gouverneur Gasca. — Cette pièce commence amsi : « Dopo « refiorme crime di rehellionne, comesso da i parlieolari, e àbitatUi délia « voile di ê€M Martino, etc. ; étant tous coupables du crime de haute t rahison et de lèse-majesté, ils ont encouru peine de mort, etc... Mais son Altesse Boyale, mue de compassion, etc.. leur fait grâce. • (Archives d'Etat à Turin. Yald. no. deS. 482.)

(9) Ce jugement est tiré du Mercure hittorique, T. XXYII, page 479 ; les dates sont tirées de l'ouvrage des Bénédictins, car le Mercure place la reddition de Yerriie au 7 avril.

(3) Le 3 avrU 1705 d'après le Mercure, et le 7 mars d'après VArt de vérifier Iti dates. — Mais le château de Yillefranche ne fut pris que le 3 tiriU

Montalban et Nice, dont le gouverneur se transporta dans la citadelle, sans pouvoir y tenir plus de trois jours (i).

La Miradole se rendit à discrétion, le il mai, après vingt-deux jours de tranchée. Le 16 août, les troupes impériales et savoyardes, commandées par le prince Eugène, sont défaites près de Cassano ; puis les forti* fications de Nice, dlvrée et de Verrue sont détruites par les Français. L'année d'après, ces derniers remportent encore une brillante victoire à Calcinato (S). Turin est investi par eux, du 12 au 13 mai; et dans la nuit du 3 au 4 juin, ils ouvrent la tranchée. Le duc de Savoie se retire à Bubiane, où il reçoit une députation des officiers et des pasteurs des vallées vaudoises (3). Il alla ensuite à Luserne, où selon les expressions d'un ancien manuscrit, ks Vaudois lui firent

(1) La TÎlle fut prise le 6 et la citadelle le 9 kstW 1705.

(2) Le 19 avril 1706.

(3) « Pendant la guerre qui vient de finir, S. M. le roi de Sardai^ne c semblait vouloir favoriser les Yàudois, jusque-là même que, Tannée 1706, « s'étant rendu dans la vallée de Luserne, dans le temps que Tannée de « France les poursuivait par tant de près , les pasteurs et officiers protes- « tants des Vallées, se sont rendus à Bibiane et à Luserne, pour lui proc tester une fidélité inviolable et à toute épreuve. Ce prince les reçut t très gracieusement, leur disant que s'ils lui étaient fidèles, comme ils le protestaient, ils trouveraient en sa personne un bon ami, aussi bien qu'un « père affectionné, et les maintiendrait dans tous leurs privilèges, sans « permettre qu'on y apportât la moindre infraction. » (Extrait d'une note

tme retraite auurée (i). On â lieu de croire que cette mtraite fiit la jurofoiide vallée de Rora (S) où Janavet, ayee dix-hûit hommes, avait pu arrêter une année, et devant laquelle s'arrêta aussi Tennemi qui avait suivi le duc de Savoie jusqu'à Briqueras (3). Peutétire môme ne fut-ce que devant les armes des Vaudois que le général firançais s'arrêta dans cette circonstance (4). Victor-Amédée, en se retirant ainsi au

manuscrite placée à la suite d'aae copia des Négoeiaiions d4 1686, appartenant à M. Aot. Blanc, de La Tour. — Ces mots, la guerre ç^ vient de finir, penaettept de croire que la note a été rédigée peu après les événements dont elle fait mention. Le dernier qu'elle relate est du 9 août 1718.

(1) ■ A la paix d'Utreeht, l'influence de la oour britannique aurait pu « faire jouir les Yaudoisdu Pragela des mêmes prérogatives dont jouissent « kt trois antm -vallées, d'autant pins que celles-ci avaient, au sujet du « siège de Turin, procuré retraite aieurée à leur souTerain... et que tout « cela était récent. > [Mémoire concernant la eituation prétente det valléee 4» Piémoni et eeUe du ministire dane eee Eglieety dreeeé par les paetewe eommiseairee... chargée au nom du synode,;, dueoin de veUler à leure intéritSf etc.. PréeefUé au eynode de La Haye, le 9 eeptembre 1762. (Archives des Eglises valloaes, communiqué par M. Appia.)

(2) Voir Monastier, T. II, p. 173. — Gilles, Waldeneian Researchee. BrO' kedon ExcureUme. Aciand, etc.

(8) Hiêtoire miUtatre du Piémont, par le comte de Saluées, T. T, p. 188; eifté par Monastier, T. Il, p. 172.

(4) LcNCi de l'arrivée de Yictor-Amédée dans la Tallée de Luserne, les Taadois, c exposant leur propre vie pour son service, eesont opposée à l'ar- • wtée framçaiee avec tant de vigueur, qu'ils ont obligé l'ennemi de se re« a tirer et d'abandonner la vallée de Luserne. » (Note précitée, MSC. de M. Antoine Blàoe.) — ■ Le dae de Savoie vint ensuite dans la vallée de Lu* t serne, où La Feuillade Toulut encore le combattre, mais il fut repoussé c partout et rentra dans son eamp. > {Histoire du prince Êugènef., édition de Vienne, 17S5, en 5 volumes in-8o, T. III, p. 77.

milieu de ces valeureux montagnards, avait pour but, non-seulement de chercher nin refuge qui ne lui eût pas manqué ailleurs , mais surtout de les rattacher à son service par des témoignages personnels de bienveillance , qui leur fissent oublier ce qu'ils avaient souffert, n savait en effet que le duc de La Feuillade leur avait offert la protection de la France; il importait de prévenir une défection semblable à celle de la vallée de Saint-Martin , ou du moins de donner à la vallée ^e Luserne des marques de confiance et de bon vouloir dignes de sa fidélité. Yictor-Âmédée II tenait en outre à organiser les forces militaires de ces fidèles sujets, qui accoururent autour de lui^ en grand nombre (1), et peut-être à s'en faire une garde personnelle destinée à remplacer les Suisses , qui Favaient abandonné (2).

On le vit en effet arriver à Carmagnole, escorté de

(i) Expressions du comte de Saluées. Hisl. militaire du Piémont y. 189.

(2) Mercure historique , T. XXVII, p. 1705. — « Les Yaudois sont en* « core fiers d'avoir, en 1706, lors du siège de Turin, donné asile à Yict tor-Amédée, leur plus cruel persécuteur, qui Tint, sans gardes, se jeter « entre leurs bras, jusqu'à l'approche de l'immortel Eugène. Ce fut dans c lé \illage de Rora qu'il se retira, et tous nos hommes, en état de porc ter les armes, le suivirent au siège ou plutôt <à la délivrance de sa capi- « taie. • {Lettre de M, Paul Appia, député de la vallée de Luserne^ à M. le comte de Nieperg, datée de La Tour, ce 2 décembre 1799. — Communiquée par M. Appia, de Francfort.)

six-cents Yaudois et de cent Camisards qui avaient appartenu à l'intrépide régiment de Cavalier, (i). Gène fut pas sans avoir remercié le secrétaire général de la vaUée de Luseme^ des bons offices qu'il lui avait rendus, au nom de tous les habitants de la vallée (2); il avait même laissé à Rora un souvenir de sa main aux hôtes qui Tavaient reçu (3).

A Carmagnole, le prince Eugène vint le rejoindre avec huit régiments de troupes de ligne et quatre mille dragcms. Le duc s'arrêta ensuite quelques jours au chAteau de Pianesse , et marcha de là sur Turin , dont il fit lever le siège aux Français (4), à la suite

(1) Hiâtoirê d» prince Eugèn» ds Savoie, Edition de Vieone de i75S, T. ni, p. 104. * •

(3) « InviUti dalii buotU eerviggi , sin qui reei, cod ogai applicatione, I — fedelU e zelo, del Nodaro CoUegiaro, Guiseppe Brezzi, del Yillar, I m qwUita di Mgretaro délie "valli di Luserna, deputato ial carpo^ in ge- « neraJU dette ufficùUi vaidêei^ etc.. >

(Rescrit de Vietor-Amédée II, daté de Babiane, 31 juillet 1706, et iraprimé eo 1711, in Torino, per Gio Battieta Valetta, ttampatore di S. A. R.) - Yictor-Ainédée arri-va à Bubiane le 7 juillet 1706; il y resta ju8qn*aa il, dans la maison des missionnaires. {Storia délia mittionet dal P- BonawUwra di vergemoli. MSC, fol. Arcb. Et. Pignerol.) De là il alla à Laseme : ce ne peut donc être que du 16 au 38 juillet qu'il se rendit à lora, puisque le 31 juillet il était de retour à Bubiane.

(3) Un gobelet d'argent. (Voir tous les écrivains modernes.) — Honastier T. II, p. 173* Gilly, Narrative of an exewrsion.... Beattie, VaUéee «auineee pUtoreeqnei^ p. 170, etc. —

(4) Le 7 septembre 1706. — Le dnc de Satoie et le prince Eugène étaient tfhvés, dans la nuit du 6 an 7, sur la colline de Superga, où Yictor-j

d'une brillante victoire qui lui rendit ses Etats (i).

La perte des vaincus ne montst cependant qu'à deux mille bonunes^ mais la consternation fut telle, qu'au lieu de se porter sous Casai, pour couvrir le Milanais, leur armée regagna Pignerol, pour se retirer en Dauphiné. C'était abandonner tout ce qu'elle avait conquis. Encore subit-elle de nouvelles pertes pendant cette rétraite.

Les Yaudois, commandés par le colonel de Saint-» Amour, la harcelèrent pendant tout le temps de leur retraite, et lui enlevèrent plusieurs convois (3)« Ils avaient établi un camp volant qui se portait avec rapidité d'une montagne à l'autre, et qui fit des incursions jusques en Dauphiné.

dée, en vertu d'un Tœu qu'il avait formé alors, fit élever, neuf ans après, une fort belle église , sur les plans de Philippe Javara , de Messine , en Thonneur de la Vierge, « qui, à ce que prétendait le peuple, avait reçu dans son tablier les bombes que les Français faisaient pleuvoir sur Tarin. > (Mémoire pour tervir à l'histoire des Vaudois , MSC. fol. p. 61 , par M. Paul Appia. — Se rapportant surtout à l'époque de la Restauration. — Communiqué par la famille Appia.)

(1) On frappa, au sujet de cette victoire, une médaille représentant la chute de Phaéton, avec ces mots : Mergilur Eridano MDCCVII. Sur le revers, on voit le duo de Savoie embrassant le prince Eugène, et la Renommée qui vole au-dessus d'eux, en faisant flotter une bandelette où est écrit : Sahaudia liberata: io Iriumpheî

(2) UEsprit deê cours,., , T. XV. Histoire mililaire du PimotU » T. V, page 212.

La guerre se poursuivit faiblement pendant quel» ques années. En 1707^ les troupes françaises et espagnoles remirent aux alliés lejs places qui leur restaient enLombardie (i), et évacuèrent ce pays.

L'année suivante, Yictor-Amédée tenta de s'emparer du Dauphiné; mais Thabile maréchal de Villars, gouverneur de cette province , fit échouer tous les desseins du duc. Ce dernier regagna cependant les terres cisalpines que lui avait enlevées La Feuillade, et entre autres la vallée de Saint-Martin (2). II avait établi son camp près de Mentoules (3), où des députés de la vallée de Luserne (A) vinrent soIlicHer sa clémence , en faveur de leurs coreligionnaires égarés, dont la puérile république s'était évanouie devant Tombre de son avant-garde. « Sa Majesté, dit l'un de ces députés, s'entretint avec nous pendant une demi-heure , avec la bonté d'un père et une douceur qui est presque sans exemple de la part d'un souverain envers ses sujets (5). » Aussi ne lefusa-t-il

(1) Par capitulation du 13 mars.

(3) Suze s'était rendue le 30 octobre 1707.

(3) A Balbottet.

(4) Paul Reynaudin^ modérateur, accompagné de MM. Goante et Lég9r,

(5) Lettre de Reynaudin, datée de Bobi, 26 septembre 1708. (Arobirei du Yillar, cahier Rriigionarii, fol. 158.

pas ÇO0 pardon à ceux pour qpii il était 9(dli0ité, n'exigeant d'eux que de renouveler à sa dynastie tetit serment de fidélité (1). Il autorisa en même temps un synode destiné à pourvoir aux besoins des pajnsses restituées (2).

C'est en 1708 aussi que le duc de Savoie (3) entra eu possession du Monferrat^ qui lui avait été garanti par l'Autriche lors de son alliance avec les impériaux (A).

L'année d'après se passa sans incident remarquable 5 mais en 1710 le maréchal de Ëerwîk fut envoyé en Savoie par Louis XTV, et les Vaudois reprirent les armes pour leur prince. « On a publié à Turin, écriton dé cette ville, que ceux qui voudront aller servir parmi eux, jouiront du payement et des gages ordinaires de la milice, jusqu'à la fin de la campagne (5).

(i) Patentés de grâM, datées du camp dt Balholtet, 17 août 1708* (Archives de cour.) (S) Décret daté du même camp, le 13 de septembre 1708.

(3) On donnait déjà à Victor- Amédée le titre de Majesté , mais comme roi de Sicile et non comme roi du Piémont. Ce ne fut qu'à partir du 18 août 1718, qu'il prit la Sardaigne en échange de la Sicile, et le titre de roi de Sardaigne, hérité par ses successeurs.

(4) En vertu dû traité du 25 octobre 1703.

(5) Mercure historique et politique , La Haye , 1710. No de juillet, page

C'était rùk nonviel t|ipel adressé indirectement au réfîigiés français. Pourquoi finit41 que les rois^ après lafictoire, aient été si souvent infidèles aux prennes^ ses qu'ils avaient frites dans leurs revers? Ces matbeoreux proscrits , déjà deux fcns trompés, le furent mcaie une troisième; car {dusieurs d'entre eux vinrent alors Joindre leurs armes k celles des défenseurs du tWtee de Savoie.

Yictor-Amédée O déclara^ le 26 mai 1711, qu'il allait se mettre en personne à la tête de ses troupes (1); et peu aptes il eut reconquis la Savoie. L'année suivante, le maréchal de Berwik traversa le mont 6esèvre avec une armée française, et vint camper à Cezane (2). De là il se rendit maître des vallées d'Oulx et de Pragela. Le roi de Piémont leva aussitôt le eamp de Saint-Columban, où 11 se trouvait alors, et vint repousser Tennemi en Dauphiné. Pendant ce temps le baron de Saint-Rémy s'était emparé de la vallée de BarqBlonnette; et les Vaudois, au milieu de tous ces mouvements dont ils étaient le centre, ne laissaient pas d'agir avec leur valeur et leur audace

(1) Extrait d'une lettre de Turin, du 17 juin 1711. (Mercure historique et politique. No de juillet, p. SM.) (3) Le 11 juillet 1713. (/d. No d'août 1712, p. 1647.

accoutumées. Beaucoup d'excursions et d'escarmouches victorieuses qu'ils firent à cette époque^ contribuèrent puissamment à repousser Fennenii y ainsi qu'à leur donner à eux-mêmes lesmoyens de se pourvoir de munitions, et de s'équiper aux dépens de leurs adversaires. Le roi, pour leur témoigner sa satisfaction, ordonna au comte de Bagnol^^ d'envoyer un caissier à Pignerol , afin de payer les arrérages qui étaient dus à ces vaillantes milices , auxquelles il offrit même une continuation de solde, sur pied de guerre , si elles voulaient continuer de défendre les passages des Alpes comme par le passé (i).

Le traité d'Utrecht (2) avait rendu Victor-Amédée paisible possesseur de ses Etats agrandis. Les hautes vallées du Ciuson et de la Doire lui demeurèrent avec le comté de Nice, en échange de la vallée de Barcelonnette, qui restait à la France ; et nous avons vu déjà combien les Yaudois du Pragela eurent à souffi*ir, plus tard, de l'abandon dans lequel les puissances protestantes laissèrent alors leurs intérêts ina* perçus.

Les Pragelains, cependant, assistèrent par députés

(1) Même collection. No de mai 1713, p. 37â.

(2) 11 aTril 1713.

au synode général des Eglises vaadoises qui eut lien à cette époqoe, pour la réc^anisation de leur Eglise (i). Hais ils ne jouirent pas longtemps de cette faveur. Les actes de cette assemblée furent déclarés exécu^ toireS) à la réserve de l'incorporation des anciennes paroisses vaudoises du Pragelà dans l'ensemble unî^ taire de toutes celles des vallées (3).

Henri Arnaud, qui était venu reprendre du service aux Vallées en 1703 (3), eu était reparti en 1707 (4). Le m d'Angleterre l'invita vainement à venir à sa

(1) ▲ Bobi, le 11 aoremlire 1709. — On s*était déjà oeenpé, dans te ty» Bode précédent, • de proeéder, pour le senriee de Son Altesie Royale, à Té- « faèlîHesent de qnelqaes pasteurs, dans la vallée de Saint-Martin , profl près pour eonfirraer ces gens-là dans la fidélité qaMls devaient à leur c léçitiiiie soaverain. « (Préliminaires des octet synodaux du 23 octobre 1708. — Arekives de la TaHe vatidoiêe.)

(3) Voir la déclaration de l'intendant de Pignerol , apposée au bas des actes dn Synode de Bobi 1709. — C'est dans le synode du Villar (33 octobre 1708) que nous trouvons pour la première fois Tintervention du pouvoir civil pour sanctionner les actes de nos assemblées religieuses en les déclarant exécutoiret : • qwUi {articoli) admettiamo e diehiaramo êiecutortt.. Patea, intendente e direttore. « — Un d'autres circonstances, l'appui dn pouvoir séculier eût été précieux et eût pu donner une grande force aux décisions de nos synodes , si elles avaient été contestées. Mais jamais ils s'en eurent besoin.

(3) Voir Mercure historique , T. XIYI, .p. 140, et le Mémoire pour les Eglises du Piémont, daté de Saint-Jean, 37 décembre 1706. (Arch. des PP. de Genève, vol. R.)

(4) Voir l'article XV des aetes synodaux du 13 et 14 février 1708. ( itrckives de la TabU vsmâoiêe.)

cour (1); le modeste pasteur des Alpes, ne pouvant résider parmi les habitants de ces vallées du Piémont qu'il avait reconquises, préféra rejoindre ses compatriotes exilés, dans la modeste colonie des bords de TEintz, où il s'occupa, comme Xénophon, à mettre en ordre la relation de ses patriotiques travaux (2).

La peuplade vaudoise, qu'il venait de quitter, subissait des destinées moins heureuses encore. Appauvrie par les vicissitudes récentes qu'elle avait souffertes, et par la guerre qui venait de se terminer, elle achevait de s'épuiser, afin de pourvoir aux besoins des nombreux réfugiés qu'elle avait accueillis (3). En enlevant des bras à l'agriculture, les enrôlements militaires avaient augmenté le nombre des bouches à

(1) Aclaod, The ghriout recovery, etc.... Bracebridge. — Plenderbath et Mémoires de Patd Appia. (Communiqués.)

(â) Imprimée en 1710. — Les uns disent à Bàle , d'autres à Cassel. — Réimprimée à Neuchâtel en 1845.

(3) Ordre de Bercastel , gouverneur de Luseme aux réfugiés français , e aliri ttranieri.... che non eono arrolati, e cke poesedono alcun regietro, de quitter le pays dans trois jours. — Daté de Luseme, 27 avril 1706. — (Archives du Yillar, cod. Religionariiy fol. 131.) — Mais cet ordre ne produisit qu'un effet momentané : car on trouve, à la date du 18 septembre 1708 « une note des pauvres et des réfugiés étrangers dans les vallées vaudoises et au 95 mai 1709, un nouvel ordre d'expulsion : de l'exécution duquel sont rendues responsables les communes vaudoises qui servaient d'asile à ces refugiés, (Arch. Villar, cod. cit. fol. 161); enBn, à la date du 23 mars 1714, un nouvel ordre pour le même objet. (Id. ib. fol. 171.)

nourrir (i), et sans les secours étrangers qui furent ace(»rdés aux Vaudois (2), la générosité de leur prince (3) n'eût pu les empêcher peut-être de succomber aux plus extrêmes privations (4).

Cet état de misère se prolongea pendant bien des années (5). L'Eglise vaudoise^ néanmoins^ semblait

^(i) Happort Htr U triile iUU dêi Eglites du Pragtla «1 des ancieim»i uUUe» : Adressé à GenèTe par les pastears vaudois; daté du 1er de joia 1714. (Areh. de la Ténérable compagnie des PP. de GenèTe, toi. S. p. 358.) — La cause première en était les édiU de 1703 et de 1704 , par lesquels Tietor-Amédée avait appelé sous les drapeaux les proscrits étrangers.

(S) Mémoire en faveur des Vallées en 1707. (Arch. PP. Gen. yoI. R.) — Mémoire du minietre Léger, délégué par la compagnie pour se rendre aux Vallées, etc... allant du 3 d'août 1639 à la fin de notembre, et inséré dans les mêmes archives» vol. X, p. 173 et suivantes. — Un mémoire justifieaUf des opérations de Léger fut publié Tannée d'après, sous la date du 30 octobre 1730. (Commaniqué par M. Yaucher Mouchon, de Genève.)

(3) Stato délie compagnie Yaldesi, che hanno servito S. M. durante l'hor soorsa guerra... quali hanno continuamente gicilo del pane e délie contri' buziono, sUUeli graziosamente accordait da detla S. Jf., etc.. Pièce datée de Saint-Jean, SS'mai 1717. (Se trouve aux Archives d'Etat, Turin, catég., Tald., do S, 456.) MSC. de 40 p. fol. — Les noms sont écrits sur deux colonnes ; il y a 73 colonnes. — La minute est du notaire Joseph Brezzi.

(4) Lettre des pasteurs de Bobi et du Viliar à la vénérable compagnie des PP. de Genève, exposant qu'il règne dans le pays une famine si grande, que l'on voit des malheureux obligés de se nourrir avec l'herbe des champs. « Les catholiques , disent-ils , reçoivent des secours , par leurs coreligion- Baires et plusieurs des nôtres sont en danger de sacrifier leur foi pour conserver leur vie. • — Ecrite par Reynaudin le 15 juin 1714. — Le conseil de la ville de Genève décida qu'il serait accordé cent écus de secours, pour les Eglises de Bobi et du Yillar. (Arch. comp. vol. S. p. 260 et 270.)

(5) Toir Mémoire sur la. silualùm présente des Eglises évangéliques des Vallées... présenté au synode de La Haye, le 9 septembre 1762.

86 consolider (1), Les habitants de ces contrées ava retrouvé des amis. Plusieurs d'entre les magistr appelés à les-gouverner^ se montrèrent même 1< protecteurs (2). Mais la bienveillance du souverain et Festime de leurs alentours ne purent prévaloir < tre rinfiuence hostile de FEglise romaine, qui ne ( sait de les poursuivre. Elle obtint qu'on les oblij de cesser toute œuvre manuelle pendant les jour fête catholique (4), et qu'il leur fût interdit de n

(1) y ait let Aclt$ êffnedauat iâ l'EgUsê vaudoise, depuii 1708 ji

(S) Le marquis de Bercastel, goaveroeur de Lasenie, tpirUe da u di earita , e mosso a compattioM verso il detto popoh , te oompiaeit farU Vofferta e di dar e thorear, la eoma di livre treeerUo dueati d'arge pour l'éreotioa du temple du Yillar. — Tiré d'un acte notarié du j vrier 1706. — Le temple fut terminé en 1707. Ce n'était qu'une reconi tion. — (Cette pièce et beaucoup d'autres qui s'y rapportent se tro dans les archives du Yillar, cahier religionarii du fol. 121 au fol. 15 La cloche de cet édifice fut refondue en 1710, par un nommé Nigre Crussol. — Les conventions faites avec cet artiste sont élu 28 avril , trouvent au fui. 174.

(3) En 1693 et 1694, en 1703 et en 1706, en 1708 et en 1713 , V Amédée II avait témoigné aux Yaudois non-seulement de la bienvei mais même de rattachement et de la reconnaissance. (Voir à ces dat( On lit dans une lettre du modérateur à l'ambassadeur d'Angleterre rin : f Que Votre Excellence veuille bien rappeler à notre souverain avait donné ta parole à lord Molesworth (prédécesseur de lord Hedg ne plut inquiétn' let Vaudois. » — La lettre est du 26 mai 1727.

(4) Un ordre de Victor- Amédée II, daté du 14 juillet 1718, enj aux Yaudois de s'abstenir de toute espèce de travail pendant les joi fête de l'Eglise romaine. (Arch. du Yillar, id. fol. 176.) — Les Yaudi clamèrent contre cette interdiction ; et par un nouvel ordre , da

voir dans les temples, aucune personne étrangère à leur culte (1) ; puis, sous prétexte de sécurité publique^ leurs droits les plus légitimes furent souvent méconnus (2). Déjà^ on avait voulu restreindre le

9 d'août 1718, il leur fut permis de travailler chez eux , à portes closes , pendant les heures seulemeot où les catholiques pouvaient se livrer à de pareils travaux. Afin de vaquer à ceux pour lesquels les catholiques avaient besoin d'une permission do curé, les protestants devaient en obtenir une da juge. (Cette pièce est sous forme de biglieto regio dans les archives de Tarin , et d'instruclions explicatives transmises par le comte de Mellarède, ministre de l'intérieur, dans celles de Pignerol.) — Le second •rticle de Tédit du 25 juin 1720 confirmait ces dispositions. — Mais les Taadois réclamèrent encore contre ce chômage forcé des fêtes d'une autre Kglise que la leur. {Memoria sopra il raceorso fattOf nel 1718, dalli pro» testanli , per la liherta di travagliar.e le festi , e sopra diversi ahusi. — Arch. de cour, Turin, no de série 451.) — De nouvelles instructions furent adressées, en 1721, au sénat de Pignerol, pour confirmer l'édit du 14 juillet 1718. (Id. no 452.) — Mais les tracasseries auxquelles donnait lieu l'arbitrûre de cet édit, devinent si criantes, que sur une nouvelle requête des Yaudois, le roi les adoucit un peu : par rescrit du 12 mai 1724, confirmint les dispositions du 25 juin 1720; — et par biglieto regio du 27 juin 1724, confirmant celles du 9 août 1718. — (Même source, nos 442, 927, etc.)

(1) Le conseil supérieur de Pignerol, demanda d'abord le 31 mars 1717, que l'on empêchât les protestants du Pomaret de recevoir des catholiques à leur culte. (C'était surtout pour en éloigner les réformés du Pragela , qu'on avait forcés à suivre les rites de l'Eglise romaine.) Yictor-Amédée II, par un rescrit du 3 avril 1717, fit droit à cette demande. — Le 28 mai parut un manifeste, qui admit quelques exceptions personnelles à cette interdiction. (Turin, Arch. de cour, Cat. Yaldesi : du no 474 à 478.) Mais cette interdiction fut bientôt étendue à tous les temples vaudois. (Ordres du 28 sentembre et du 22 octobre 1720 : cités dans une requête de 1721.)

(2) Ordre du 20 juin 1714, qui, en bannissant des protestants français du pays, interdisait aux Yaudois eux-mêmes d'en sortir. — Note du procureur général, datée du 11 septembre 1714, disant que ces mesures sont pour la tranquillité publique. (Archives du Périer. )

nombre de leurs temples (1), et la propagande redoublait d'activité pour leur susciter de nouvelles tracasseries (2).

(1) Lorsque le territoire de Luserne et celui de Saint-Jeaa ne faisaient qu'une seule commune (en 1688, par suite de la dépopulation du pays, pro- Tenue de l'expulsion des Yaudois) , les catholiques de Saint-Jean élevèrent une église qui plus tard, lors du retoifr des exilés, passa au culte prêtes* tant, en vertu de trjBnsactions qui nous sont inconnues ; et la restitatipn de cet édifice au culte catholique fut ordonné^ par décret du 13 mai 1717. — Le temple de Saint-Germain, qui avait été démoli en 1686 et relevé en 1711, n'était pas à la même place que Tancien. Par ce motif on demandait qa'il fût détruit ; mais comme l'emplacement du temple primitif ne pu| jltre exactement déterminé, on laissa subsister celui qui existait. (Rit(dusfiùni -prête nel congreteo tenuto avanti S. E, il signor conte minislro f priniQ tegretario di etato, Mellarède, U 12 maggio 1717. (Turin, Arch. de .cour, Yalàen, no de S. 473.1 — Un édit spécial de Yictor-Amédée avait autorisé le culte protestant dans la commune de Prarusting : dalle regioni di eof to longia e Maeeera in su, verso la montagna; e alla Duriva del CoUprettp , ove vi e un piccolo canale, etc.. (Edit du 20 octobre 1699. Se trouve «lUx Archives de la cour des comptes, à Turin, Reg. contr. gen. VOCXC. no 199, fol. 112.) Les instructions du 20 juin 1730 ne pouvaient supprimer cet édit; mais e^<es statuaient : qu'aucun temple nouveau ne pourrait être élevé dans les Vallées ; et quant à celui de Prarusting, il est dit : vogliavM ben permettere che siissista la campana (quelques auteurs ont lu : la cabane) ; à condition toutefois, qu'elle ne recevra aucune extension, et que le pasteur qui demeurait autrefois à Rocheplate y rétablira sa résidence, sans pouvoir demeurer à Saint-Barthélémy, o [Istruttione a tignardo de Valdesi^ 20 juin 1730, arlic. IX.) — Plus tard, tous les lieux de réunions religieuses, hors les temples, furent fermés dans les Vallées. (Déctets du sénat de Turin, du 19 février 1756 et du 18 janvier 1771. — Arch. du S.)

(2) En particulier pour obtenir des catholisations. — Les dots étaient fixées ; ( stato délie dotti... coslituite a figlie convertite..: etc. Arch. Cour. S. *48.) — Les dons même abondaient. (Acte testamentaire d|i 2 juillet 1723, par lequel le testateur dispose de ses biens en fdveur des Vaudois qui se cathoii seraient. — Archives de l'Intendance de Pignerol, catégorie Ire, classe 4, article VIII, no 8.) Pour les tracasseries^ j'ai un mémoire intitulé Griefs des valle'es du Pie'mont, qui est de 1721. — Il serais trop long d'entrer dans les détails.

Les vexations suivirent les rigueurs (1)^ les tentatives criminelles elles-mêmes demeurèrent impunies (S); des actes cruels se faisaient jour par intervalle (3), ou s'enveloppant de mystère, inspiraient plus d'eflroi (4).

(1) Det poartaites criminelles étaient intentées aux pasteurs qui accordaient leur oCfiee ecclésiastique à quiconque était né sur la ri? e fauche du Cbifoo Qtt dn Pragda, où le goaTernement ne voulait reconnaître que des eatbdiqaea. — Pour avoir administré le baptême à un enfant né à Fene^ trelle, le 18 avril 1797, le pastenr de St-Jean, Cyprien Appia, fat condamné an bannissement et à la confiscation des biens. Mais l'and»assadeur d'Angletecre. Lord Hedges, obtint sa grâce. — c Nous n'osons plus nous assem- ■ Ucr pour aucune affaire, » écrivait-il plus tard, i en suite du procès qui • 9, été intenté i cinq d'entre nous, qui s'étaient abouchés pour affaires pn- « bUqnca... • (Lettre d'Appia, datée du 34 août 1733 , à M. Cbetwind, i Londres. — Corrtspondcmee vaudoiêe.) Ce procès se termina aussi par une eondanmation, mais grâce à l'indulgence du souverain elle fut annulée par des-palentet, datées dn 16 avril 1784, et entérinées le 90. — Au nombre de cet personnes se trouvait un nommé Daniel Musseton. — Cyprien Appia s'y trouvait encore impliqué, ainsi que d'autres pasteurs.

(9) C'est en 1797 que parait avoir été formé, par les moines du Yillars, le prctlet de faire sauter, an moyen d'une mine, le temple protestant du Ken, bâti en 1707. — J'ai donné des détails sur ce fait, dans un volume sur ks Yaudois, publié en 1834, page 53. — Voir aussi Blair, Hittory of tka WaUiMuei, (9 volumes in-8o.) Edimbourg, 1833. Tome II, page 533.

(3) U s'agit ici des enlèvements d'enfants vaudois , qui avaient lieu de temps en tepips, d'une manière violente ou subreptice. — La corretpon' ianeê vcuidoige, de 1795 à 1765, qui a été entre nos mains, en contient un grand nombre. — « On ne néglige rien pour porter les enfants à la révolte I contre leurs père et mère... Etienne Odiuj de Prarusting est fort inquiet I an snjet de sa fille , qui s'est catholisée... Le tribunal de Pignerol fait

< vendre jadiciairement les biens d'Odin, pour en doter l'apostasie de sa « fiUe, au préjudice de ses enfants fidèles... Toutes les requêtes que nous

< avons présentées depuis 1718, ont été sans résultat. » (Passages extraits de diverses letlret du moiéralewr^ depuis le 5 janvier jusqu'au 19 juin 1727.)

(4) Lors de la démolition du couvent du Yillar on trouva des squelettes hnmains, murailles dans l'intérieur des parois épaisses de Tédifice.

La protection des puissances étrangères n'était efficace que pour réparer et non pour prévenir (1). La défiance «régnait partout (2), les plaintes des Yaudois n'étaient plus écoutées (3), leurs synodes ne pouvaient

(1) fl Les Eglises éTangéliques du Piémont, qui ne subsistent que par un « miracle perpétuel de la Providence... ont toujours été l'objet d'une tu- « télaire ppotection de la part des souverains de la Grande-Bretagne, defl puis le règne de la reine Marie. Les afflictions auxquelles elles sont confl tinuellemeot exposées la leur rendent plus nécessaire que jamais. » (Lettre de condoléance, écrite le 10 septembre 1727, par le modérateur des Eglises vaudoises au roi d'Angleterre Georges III, à propos delà mort de son père Georges II. Correspondanct vaudoise.) ■ A l'étranger, dit le mémoire de « 1729, 9ur l'étal des Eglises i>audoisei, leur plus ferme appui est mainte- « nant l'Angleterre, comme avant la paix des Pyrénées, elles étaient soufl tenues par le roi de France. » ( Registres de la vénérable compagnie des P. P. de Genève, volume X, pages 174 etc.) — On doit y ajouter la Hollande et la Prusse, qui certes ont, dans tous les temps, bien plus fait pour les Yaudois que la France. —

(2) Même contre les pasteurs: car les secours en argent, venus de l'étranger, n'avaient pas de destination fixe. Le synode en disposait. Une partie du traitement des pasteurs et des maitres d'école était prise sur ces sommes. De là quelques irrégularités, beaucoup de jalousies rivales, et des bruits de malversation sans cesse renaissants, quoique toujours démentis. — Les directeurs des Eglises vaudoises se plaignaient de l'ingratitude et des accusations auxquelles ils étaient en butte. — Leurs Lettres, d'un autre c6té, étaient souvent interceptées à Pigoerol. — On n'osait s'épancher, se fier à personne, ni au dedans ni au dehors, etc. [Les registres de la vénérable compagnie des P. P. de Genève^ vol. T. Y. X, ainsi que la correspondance du modérateur vaudois, et un grand nombre de lettres et de pamphlets du temps, qu'il serait trop long de citer en détail, renferment les preuves de tous ces faits.) — En 1727, un imposteur s'était présenté à Londres, avec des papiers supposés et le cachet falsifié des Eglises vaudoises, pour se faire attribuer les secours qui leur étaient destinés. {Lettre du modérateur à M, Chetwind, procureur des Yaudois à Londies, en date du 6 mai 1727, etc.) (3) • Nos requêtes ne sont pas répondues, nos plaintes restent sans écho,

qu'effacer des griefs particuliers (1), maintenir Tunion dans les familles (2), veiller aux bonnes mœurs (3) et sauvegarder la discipline (4).

• on va jusqu'à retenir les lettres que nous vous faisons parvenir. » Correspondance vaodoise de 1718 à 1729. — (Lettres à H. Hedges à Turin, et i M. Turretin à Genève.) — • Les livres que nous faisons venir de Genève

• pour rinstruction religieuse de nos enfants, sont arrêtés au bureau du

• Pont d'Arve , sans qu'on les en puisse retirer. » ( Note de la main de Cyprien Appia, datée de 1729.) ■ Nos députés ne peuvent avoir accès au- « près du roi... nos requêtes sont desservies... » (Synode du 28 novembre 1724, § 5), etc.

(1) Toir, Actes synodaux, du 3 juin 1694, art. 1 et 2; du 25 octobre 1695, article 7 et 9 ; du 25 avril 1697, article 2 et 5 , du 28 avril 1705, article 7 et 10; du 23 octobre 1708, article 8 et 9; de 1712, article 3; de 1724, § 7; de 1727, § 4; de 1729, §9 et 16, etc. — • Les Yaudois sont peu fa- « vorisés par la magistrature catholique, mais les procès qu'ils ont entre I eux se terminent presque toujours par l'entremise de leurs ministres ou I autres, qu'ils choisissent pour arbitres. » {Briève narration des Vaudois^ ou sujets prolestants de S. M... faite par un gentilhomme, en ses voyages i^Italie : sans date ; mais il y est parlé des démêlés de la cour de Rome avec la maison de Savoie, il y a quatorze ans de cela : ce qui tend à faire placer cette note en 1707 , s'il s'agit des démêlés de 1694 relatifs au rétablissement des Yaudois, ou eu 1733, s'il s'agit de ceux relatifo à la Jfowrekie de Sicile , qui se prolongèrent jusqu'en 1729. (Archives d'Etat à Tarin. Cat. Yaldesi. No de série 458.

(2) Voir les Actes synodaux, aux § déjà cités. {Archives de la Table vauimte.)

(3) Voir en outre les synodes de 1703, § 14; de 1707, § 7, 8 ; de 1708, 811, 12; de 1712, § 6, 11 ; de 1713, § 4, 15; de 1716, § 9; de 1718, § 8, 9 ; de 1725, § 3 et de 1729, § 8, 9 et 16.

(4) Yoir le synode de St-Germain , 29 novembre 1729 , article YIII. — (Soivent diverses dispositions.) — Le synode précédent, d'après une lettre do modérateur à H. Iselin, à Bâie (datée du 12 mars 1727), « a pris la

• résolution d'examiner désormais les étudiants , avant de les envoyer aux

* places qui leur seront accordées par les académies étrangères. » — Tou- ^ les opérations de ces assemblées n'avaient du reste pour objet que le

Mais cette discipline elle-même avait participé à rébranlement de leurs destinées (1); les doctrines dissolvantes du siècle croissaient sans détruire le fanatisme religieux, qui n'avait plus même, pour son intolérance, l'excuse dé la conviction (2).

L'Eglise vaudoise multipliait les prières et les jeûnes publics, afin d'attirer la bénédiction de t)ieu sur son avenir (3).

Cependant la société tendait à se transformer^ les

maintien de l'ordre, des bonnes mœurs, des doctrines évangéliqaes, et de la discipline. — Pour lés dispositions de détail, voir les procès-terbaux de leurs opérations.

(1) Mêmes sources que pour les notes précédentes, et de plus, synode de 1708, art. 1 et 2 ; de 1710, § 23 et 24; de 1715, 4 et 8; de 1716, S ; de 1727, 5, etc. • Nos écoles sont très irrégulièrement tenues. * (Lettre du modérateur à Jacques Léger, pasteur à Genève, datée du 5 avril 1728.) « Nos Eglises ont besoin de réformes considérables. » (Lettre à M. Burlamaqui, du 23 avril même année.)

(2) Il était défendu alors aux Yaudois : lo d'acquérir des propriétés hors de leurs limites et d'exercer certaines professions ; 2o de s'établir hors de leurs vallées, même pour commercer; 3o de faire des prosélytes dans l'Eglise romaine, et de s'opposer à son prosélytisme parmi eux ; 4o de réclamer leurs enfants enlevés sous prétexte d'abjuration ; 5o d'augmenter le nombre de leurs temples et de leurs ministres, dans l'intérieur même des vallées ; 6o de tenir des assemblées religieuses, ou de simples réunions de prière, hors de ces temples et sans là présence du pasteur. (Voyez Gilly , Vigilantius and Valdo, page 32.) — Chacune de ces interdictions devenait un prétexte à de faciles calomnies et à de promptes procédures.

(3) De 1701 à 1726, sept jeûnes publics et solennels furent ordonnés par le synode, dans les Vallées. — Celui de 1720 était pour conjurer le fléau de la peste ; et celui de 1723 , pour remercier Dieu d'en avoir été préservés. —

mœurs se modifiaient et Tesprit du passé cherchait d'autant plus vivement à regagner son empire.

La promulgation de Tancien statut piémontais (1), qui aggravait la position des Yaudois (2), concorda avec l'ouverture du concile d*£mbrun (3) qui fomenta les dissensions amenées par la bulle Unigenitus,

Les remontrances furent vaines de la part des Yaudois, pour obtenir des dispositions plus équitables et plus douces (4) ^ on pressentait au contraire de nouvelles rigueurs, et Tédit du 20 juin 1730, publié sous

(1) Le synode du S8 novembre 1724, eut pour but principal d'examiner, an point de vue des intérêts vaudois, ce qui avait été publié en 1723, sous le titre de Royales eonititutions. (Voir les procès-verbaux de cette assemblée.)

(S) L'èdit du rétablissement des Yaudois (23 mai 1694) n'y était pas rap. pelé. — U n'y était fait aucune mention des habitants des Vallées, quoique (et Juife fueeent, par les mêmes eonsliiiUions^ mis à couvert de toute insulte tt tiolenee. (Tels sont les termes d*un placet dressé par le synode de 1724.) — L'observation des fêtes catholiques y est rendue obligatoire. — Ou interdit aux protestants d'avoir des notaires de leur religioo, quoiqu'ils en sÎMl eu de temps immémorial, (Termes du même placet.) — On oblige les puents à se dépouiller de leurs biens en fateur de leurs enfants catholiiéi, qu'ils avaient précisément le moins de motib de favoriser, etc.

(S) Ouvert le 16 d'aoât 1727. — Ce fut à la date du 24 octobre 1728 que Art rendu nn parère, eirea il eapo da aggiungere aile coslitutioni a riguar- <b de valdesi, où il est dit, à propos de l'édit de 1694, sur lequel les Yau- Mi l'appuyaient pour demander le maintien de leurs privilèges, que a les «etreonstanees venant à changer, les édita perdent de leur valeur* > (Turin, 4rch. de cour. S. 441.) Cette maxime n'a pas besoin de commentaire.

(4) « Malgré toutes nos requêtes nous n'avons pu obtenir le moindre « relèvement. ■ (Dernières paroles d'un mémoire dressé en 1728, sous ce titre : Griefs des Vaudois, ArchiTes particulières.)

forme d'Instructions au sénat de Pignerol, ne fit que réunir et codifier, pour ainsi dire, toutes les mesures dont ils avaient gémi. C'est alors que furent expulsés pour la seconde fois, de leurs vallées, tous les protestants d'origine étrangère, et qu'à quelques exceptions près, tous les protestants originaires du Pragela s'en virent bannis sans retour (d).

Les organes de l'Eglise vaudoise et ses protecteurs étrangers réclamèrent vainement contre ces abus de pouvoir : on répondit à leurs justes griefs par d'insidieuses subtilités (2) ou par des promesses presque tou-

(1] La liste nominale des Vaudois de Pragela, exilés en 1730, et qui trouvaient dans le canton de Berne, au mois de mai de cette année là, se trouve dans Dietericiy page 404. Leur nombre est de 360 personnes. — Ceux des autres vallées qui étaient en Suisse, comme exilés, en décembre 1730, se montent à 480 personnes. La liste en est aussi donnée par Oieterici, pa> ge 408-414. (Total des Vaudois exilés à la fin de 1730 : 840.)

(2) « Toutes les réclamations des Vaudois ou des puissances qui les pro> « tégent, ne sont fondées que sur l'édit du 23 mai 1694 ; or cet édit laisse

• subsister tous ceux qui étaient antérieurs à 1686, et par conséquent la « plénitude de l'action du souverain. » {Progelto di capo per l'agiurUa all« coslituzioni... Arch. de Cour, no D. S. 471.) — Au lieu d'accorder plus de lil^erté aux Vaudois, il faut les restreindre autant que possible. [Parère tovra la loleranza degl' eriticiy in Piemonte. Même source, no 464. — sans

. date.) — « Le roi d'Angleterre fit faire des représentations au sujet des « Vaudois, par lord Molenvorck , son envoyé extraordinaire à Turin ; on a promit de régulariser leur position d'après les édits antérieurs, et tous « les articles de l'édit du 20 juin 1730 furent successivement communi-

• qués à l'ambassadeur anglais, avec l'édit qui leur servait de base. Il en

• a reconnu l'exactitude : on est donc mal venu à s'en plaindre aujour-

• d'hui. » (Extrait et résumé d'une note remise au iecre'taire d'Angleterre,

jours illusoires (i). Ils renouvelèrent leurs requêtes (S).

AUen, le S7 avrU 1731. — Même loiirce, do M5.) — Il fot reconnu cepen* dut que plusieurs des édite aTineés n'éUient pas applietbJes aux vallées Tsndoisea. (Reserit du 19 août 1730, publié par Borelli.) — Les éUto gé. Déranx de Hollande avaient écrit à Yictor-Amédée pour le même objet, ta date dn 7 novembre 1730 ; la réponse du roi . poiie Biais évasif e« est du 3 décembre 1730. (Arch. de cour, nos 467, 468.) — L'influence du cler. gé catholique s'exerçait alors sur le roi , par l 'intermédiaire d'une perioane, pour laquelle il croyait pouvoir sacrifier le repos des Yaudois, puisqu'il ne tarda pas à lui sacrifier son trône.

(1) Le roi de Prusse écrivait à Yictor-Amédée, sous la date dn 6 jan? ier 1725: «La tranquillité des Vaudois ne saurait m'étre indifférente... on veu^

• les obliger à l'observation des fêtes catholiques, contrairement à l'édit du « 23 mai 1694... l'ordonnance par laquelle ils doit eut fournir une pension « à leurs enfsnts qui auraient abjuré la religion de leurs pères, ne me pa- « raît pas moins dure... enfin on arr^e à la douane les livres qui sont né- I eessaires pour l'exercice de la religion protestante... Je prie Votre Ha- « jesté d'être bien persuadée que de toutes les marques d'amitié qu'elle me « pourra donner, celle d'avoir ^ard à mon intercession pour les Eglises « vaudoises me sera toujours la plus agréable. * Cette lettre, pleine d'un li noble et si touchant intérêt, se trouve en entier dans Dieterici, pages 395-397. — Victor-Amédée y répondit le 3 mars 1725 : • Monsieur mun « frère, j*ai reçu très agréablement la lettre de V. M. qui vient de m'étre « rendue. J'aurai toujours un empressement sincère de rencontrer au pos- « iible vos satisfactions; mais je ne puis me refuser celle de lui dire que I ks offices qu'elle accorde aux Vaudois mes sujets, par un pur effect d'in-

• tereessioa généreuse, me trouvent déjà prévenu par les sentiments de

• bonté et de protection, avec lesquels je regarde la fidélité et le zèle des « mêmei Vaudois, et par eoneéquent leur tranquillité. L'on n'est point dans « le cas qu^eUe coure aucun risque, puisque mon intention est qu'elle soit 1 autant permanente que le sera leur attachement à remplir leurs devoirs; « et je prie Votre Majesté d'être persuadée de la parfaite amitié et coo- « BÎdération, avec laquelle je suis, Monsieur mon frère, de Votre Majesté, « le bon frère : Victor-Amédée. » — Quoique cette lettre ne répondît à aucun des faits mentionnés par le roi de Prusse, elle n'en est pas moins re - Darquable par le témoignage que Victor-Amédée rend à la fidélité des Vaudois, ainsi qu'à leur attachement à leurs devoirs.

(2) Le 20 novembre 1730 ; signée par 165 chefs de famille des Vallées, présentée au roi par Appia et Léger, députés.

Mais ces protestations du droit ne firent qu'exciter l'injustice (1); et les dénis de justice agrandissaient encore le champ des vexations (2).

Etait-ce un châtiment de la Providence infligé à celte peuplade (plus éprouvée que mille autres, par les verges de Tamour jaloux de son Dieu), pour la punir du zèle décroissant qui se manifestait chez elle, et du relâchement de mœurs dont ses propres synodes se plaignaient déjà (3)?

« La fin du dix-huitième siècle, » dit M. Monastier (4) (et nous n'hésitons pas à faire peser ce jugement sur le diîi-huitième siècle tout entier) , « s'était quelque peu ressentie, aux Vallées, du déclin de la pensée religieuse généralement aflfaiblie partout. L'esprit chrétien , si vif et si fécond jadis, s'alimentait avec plus de lenteur

(1) Recherche de toutes les persoooes actuellement protestantes , mais qui étaient nées ou avaient été baptisées dans l'Eglise romaine, avant 1686 et après 1676, pour les obliger à rentrer dans le catholicisme ou à sortir du pays. (De 1730 à 1732.) — Rescrit du 9 octobre 1733, interdisant aux Vaudois qui n'étaient pas dans ce cas, la faculté de sortir du pays pour accompagner leurs parents à l'étranger. (Archives du TiUar. Cahier rel. folio 177.)

(2) Toutes les poursuites criminelles qui eurent lieu à cette époque, pour fait de religion, et les proscriptions multipliées qui décimèrent les vallées taudoises, ainsi que les mesures précédemment citées, ne le prouvent que trop.

(3) Dans les préliminaires de chaque exhortation à un jeune public. [Ac- Ut synodaux, etc.

(4) Tome H, page 198.

à la source pure de FEvangile. Une raison orgueilleuse et fragile, un sens humain, d'autant plus fier qu'il était plus borné, commençaient à revendiquer une

place dans la théologie, d

Nous verrons ces germes d'affaiblissement moral et religieux se développer dans le chapitre suivant, et décroître heureusement vers la fin de cette histoire.

L'Eternel, dit David, n'a point abandonné son peuple, et le Dieu d'Israël s'est souvenu de son héritage. Puisse de même l'Israël des Alpes ne jamais oublier les grâces de son Dieu !

CHAPITOE XX.

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