INFLUENCE
DÉ LÀ PHILOSOPHIE DU DIX-HUITliME SIÈCLE SUE l'église YAUDOISE, et SUITE DES ÉYÉNEMElfTS jusqu'à Là révolution FBÀlfÇÀISE.
(De i780 à 1799.)
SooicH BT Airrosrns : <— Indiquées au bài des pages.
Aucune éipoqùe n'a laissé un plus grand nombre de documents que celle dont nous allons traiter (1); mais aucun horizon n'est plus monotone que celui des faits qui la remplissent. Jamais les événements
(1) On ne doit pas oublier que ces documents sont presque tous iné- <)its. J'en indiquerai un assez grand nombre pour qu'on puisse juger de lew richesse, en mentionnant les sources d'où ils émanent.
n'ont été plus nombreux ni moins saillants qu'en cette partie de notre histoire.
L'esprit de persécution continuait à s'exercer de mille manières contre le repos des Vaudois ; mais il avait perdu son audace , comme leur foi son héroïsme . La hardiesse passait à des idées nouvelles^ aussi éloignées de la foi que de l'intolérance. Une longue suite de vexations rampantes et assidues, cauteleuses et acharnées, sourdes et tracassières à la fois, s'étendit comme un réseau étouffant sur l'Eglise vaudoise.
Cette Eglise elle-même se ressentait obscurément déjà de l'influence dissolvante du dix-huitième siècle, a Les candidats au saint ministère, dit M. Monastier, c< n'acquéraient plus, pour la plupart, dans les acadéc< mies étrangères où ils allaient se préparer , qu'une a froide orthodoxie ou des germes fatals de socinia- « nisme. La vertu fut souvent prêchée et exaltée, c< plus que l'œuvre du Christ, plus que la foi, plus a que l'amour du Seigneur (1). » Et c'est alors aussi que la vertu devenait plus rare !
Cet apparent contraste n'est qu'une conséquence parfaitement claire aux yeux du chrétien; et la mé-
(1) Monastier. Hùt. des Vaudois, t. II, p. 198.
taphysique elle-même, en reconnaissant aujourd'hui qu^un grand nombre de phénomènes moraux s'opèrent an dedans de nous-mêmes , sans l'intervention I de notre propre volonté , devra forcément avancer vers l'instauration logique de cette influence mystérieuse, libre et puissante, que le plus humble enfant de Christ connaît déjà sous le nom de la grâce de Dieu.
Mais à l'époque où ce chapitre doit reprendre l'histoire des VaudoiSjles questions de forme se disputaient encore un empire qui déjà ne leur appartenait plus.
C'était surtout le fonnalisme étroit et tyrannîque de l'Eglise romaine qui voulait s'imposer, et qui luttait par la violence contre la répulsion croissante qu'il inspirait.
« Nous avons d'amères tribulations, écrivait-on des Vallées, car les personnes nées ou baptisées catholiques, avant 1686, et celles qui se sont catholisées dans la persécution, mais qui sont revenues à leur Eglise 6ndes temps plus calmes, ainsi que les y autorisait l'édit de 1694, ont reçu l'ordre, contrairement à cet édit, d'abandonner le protestantisme , et de ne pas sortir du pays pour l'aller professer au dehors , sous
peine de confiscation des biens et des galères. Plusieurs d'entre ceux qui sont rentrés depuis 1730^ sont morts dans les prisons; d'autres sont errants* dans les montagnes ^ ou sans ressources à Tétranger (1).
d Le 23 juin dernier, dit un autre Yaudois (en 1535), une de mes filles, nommée Catherine, nous fut enlevée sans que nous sussions d'abord ce qu'elle était devenue. Mais quelques jours après, son petit fi^ère, âgé de sept ans, la rencontra; et elle, l'ayant pris par la main, le conduisit au Périer, chez le prêtre don Quadro. J'allai alors chez cet ecclésiastique pour réclamer mes enfants; mais il refusa de me les rendre, sous prétexte qu'ils s'étaient catholisés. Je dis alors que le petit, de sept ans, n'était pas en âge de raison pour une chose semblable; mais tout fut inutile, et je ne les revis plus (2).
Les pasteurs vaudois réclamèrent à Pignerol pour que ces enfants fussent rendus à leur malheureux
(1) Lettre du 13 juillet 1733, adressée par M. Cypriea Appia, pasteur de Saint-Jean, à M. Turretin professeur à Genève. (Archives partie.)
(2) Requêle de Jean Richard, natif et habitant du village de» Pralt^ àans la vallée de Saint-Martin, — Elle n'est pas datée. (Archives de cour ; Turin, S. 528.) Lé signataire demande que ses enfants lui soient rendus. — J« n'ai point trouvé de réponse à cette requête.
père; mais ils n'obtinrent que des promesses sans résultats ; et la requête adressée au roi dans le même but ne paraît pas même avoir reçu de réponse.
Cependant Tédit du 18 août 1655 n'autorisait Tabjuration des enfants, contrairement à la volonté des auteurs de leurs jours, qu'à un âge déterminé (1). Mais l'influence des auteurs de ces rapts était si grande, que plusieurs faits semblables se reproduisirent encore.
On lit dans les actes synodaux des Vallées (2)
« L'assemblée ayant la douleur de voir que contre
a les édits de nos souverains , et notamment contre
« la patente de Pignerol de 1655 , on a enlevé quel-
a ques enfants à leurs parents , a arrêté qu'on sup-
«pliera très humblement S. M. d'ordonner qu'ils
« nous soient restitués , et qu'à l'avenir on observe
« en notre faveur les royales et gracieuses disposi-
Mions de S. M. et celles de ses glorieux prédéces-
«seurs. »
Les représentations du synode étant restées inutiles, on recourut à la médiation de l'Angleterre, qui n'obtint pas de meilleurs résultats. « On n'a point en-
(1) Plus de douze ans pour les garçons et plus de dix pour les filles. (3) Synode tenu aux Clots, le 23 octobre 1736, § Y.
levé d*enfants aux Vaudois , fut-il répondu à Tambassadeur de cette puissance ; on a seulement reçu dans riiospice de refuge (1) ceux qui s'y sont volontairement retirés (2). i>La note d'où sont extraites ces paroles ajoute même que deux enfants qui n'avaient pas atteint Tâge voulu, savoir : un garçon de onze ans et une fille de sept, avaient été renvoyés de l'hospice à leurs parents. Mais si ce fait a eu lieu, ce n'a pu être que par un faux semblant, préparé peut-être pour la circonstance 3 car on trouve au contraire, que cet hospice, loin de renvoyer volontairement à leurs parents les enfants qu'il avait réclusionnés, n'aspirait pas moins qu'à obliger les parents eux-mêmes à lui restituer forcément ceux de ces enfants qui avaient échappé à la surveillance de leurs ravisseurs, pour retourner dans leur famille (3).
(1) Opéra del rifttgio , ci ospizio p^ cattolizzali e cattolizandi. Fondé d'abord à Turio, eu 1679, par la duchesse Marie, régente alors des Etats de Savoie. A cet établissement était affectée une rente de 3000 francs prise sur les revenus de l'ordre de Saint-Maurice et Lazare ; et de 2500 francs •ur ceux de la compagnie de Saint-Paul. C'est en 1740 seulement qu'il fut transporté à Pignerol. — On peut voir de très longs détails, sur ce sujet, dans Ouboia, t. XIII, vol. XY, de la p. 217 à 251.
(2) Réponse au mémoire remis par M. le due de Bedfort, ministre d*An' gleterref à M. le chevalier Ossorio, et par celui-ci envoyé à Turin, avec sa lettre du 31 mat 1748, à M. le marquis de Gorzègue, au sujet des représentations des Vaudois. (Inscription de l'enveloppe renfermant cette note, aux archives d'Etal à Turin.)
(3) Gela résulte d'une dépèche de l'Ioteodant de Pignerol, qui avait de-
Les moines et les curés, disséminés dans les Vallées, étaient les pourvoyeurs naturels de Thospice détentionnaire. On demanda au gouvernement de restreindre le nombre de ces ecclésiastiques. Loin de le diminuer, on l'augmenta. C'est à cette époque que remonte l'érection de l'évéché de Pignerol (1). Le gouvernement répondit qu'on n'avait envoyé dans les Vallées que le nombre de prêtres strictement nécessaire, pour la direction spirituelle des catholiques (2).
On espérait, par ces paroles, donner le change aux étrangers sur l'existence des missions prosélytistes qui avaient lieu dans les Vallées. La dénégation était implicite, quoique non exprimée en termes formels ; et cependant ce prosélytisme organisé était incontestable. Qu'on juge par là de la foi qu'on pouvait atta-
■iDdé à i'ÀTOcat Général, te po»»a cMigarsi wn rtligionariOf a re»tituire •0* otpizio, un figlio minare d'cmni dieei? — La réponse de l'avocat géaéral fut négative. — Cette réponse est datée de Turin, 31 juillet 1778. (Àrdhret de cour ; no de S. 613.) Mais on trouve, à la date du 15 novembre 1747, une requête de Pierre Roehe^ ayant pour but d'obtenir la restitution d'an enfant qui lui avait été enlevé, avant l'âge autorisé pour les abjurations; c'est .en vain que le père produisait l'acte de naissance de son enbot : cet acte fut renvoyé cinq fois de suite, pour être rédigé sous des fornies difiereotes. — J'ignore si la restitution a été obtenue.
(1) En 1748.
[%) Béponse au Mémoire du due de Bedfort, (Pièce déjà dtée.)
— sé-
cher à de semblables promesses, lorsqu e les rapports diplomatiques étaient si peu sincères.
Dans cette même note il est dit (1) qu'on n'avait jamais fait contribuer les protestants aux frais du culte catholique; et néanmoins, deux ans auparavant, les Vaudois de Saint-Jean contribuaient encore à la dépense du cierge pascal et à l'entretien des cloches de l'église papiste de leur localité, comme nous l'apprennent leurs propres requêtes (2),
Et, par une inconcevable injustice, les poursuites les plus sévères étaient alors dirigées contre tout protestant qui eût été soupçonné de faire des prosélytes à l'Eglise réformée (3). C'était de la part du papisme
(1) A l'article V.
(2) Datées de mars 1746.
(3) On intenta un procès au pasteur de Saint-Jean (Daniel Isaac Appia]* sur l'accusation d'un renégat prétendant que ce pasteur lui avait fait des représentations pour le détourner d'embrasser le catholicisme. (Lettre d'Appîa au commandant de Pignerol, pour se justifier de cette accusation. — La letre n'est pas datée, mais on y trouve cette phrase qui en détermine l'époque : Sotto li tre d% qwsto medesimo mese d'Agosto del cadentt anno 1773.) — Comme, depuis 1708 jusqu'à 1780, il y eut dans les vallées Taudoises huit pasteurs qui portèrent le nom d' Appia , je crois utile d'en donner ici la généalogie. Deux frères de ce nom, Paul et Cyprien , qui avaient fait l'un et l'autre leurs études en Angleterre, furent consacrés i La Tour, le 13 février 1708.
PatU Appia fut pasteur à Prarusting, de 1708 à 1724; puis au Yillar, de 1728 à 1738 ; et enfin à Bobi , de 1739 à 1756. Son fils, Paul Joseph, fut pasteur à Maneille, de 1732 à 1734 ; puis à Rora, de 1735 à 1764. Il eut un
une défiance accusatrice qui laissait soupçonner bien peu de force dans ses doctrines.
La crainte du protestantisme était telle qu'on s'opposait, même d'oflSce, à ce que ses adhérents fussent , eu majorité dans les conseils municipaux (i); et Ton allait jusqu'à interdire le culte de famille, dans lequel la Bible offrait aux âmes simples de nos bons montagnards, la nourriture spirituelle dont elles avaient besoin (2).
C/ était les priver de l'un des biens auxquels ils tenaient le plus ; et le prix qu'ils y attachaient est attesté par les nombreuses, mais inutiles requêtes qu'ils adressèrent à cet égard à l'autorité (3), qui se réser-
fils, nommé Paul , qui fut pasteur à Prarusting, de 1750 à 1760 ; puis à Bobi, de 1760 à 1768.
Cyprien Appia fut pasteur à Saint- Jean, de 1708 à 1738. Son fils, Daniel Iwu, à ÂDgrogne, de 1736 à 1739; puis au Yiiiar, de 1739 à 1761. Le ûls de Daniel Isaac se nommait simplement Daniel et fut pasteur à Saiut-Jean, de 1745 à 1763. Celui-ci eut deux fils : Cyprien Barthélémy qui fut pasteur à Mineiile, de 1760 à 1763 ; puis & Prarusting, de 1763 à 1787; et Dante/ /«OM Appia^ qui fut pasteur à Saint-Jean, de 1763 à 1780. (C'est de ce dernier dont il est question dans cette note.) « (1) Informations et rapport du commandant de Pigneroi, sur la formation du conseil de Prarusting , ch* erano tutti religionarii. Datées du 13 joillet 1747. (Turin, Archives de cour, no de S. 577.)
(9) Décret du Sénat de Turin, datée du 18 janvier 1771, et renouvelant
llnterdietion de toute assemblée ou conférence religieuse hors des temples.
(Ircfaives du Sénat.) — Elles avaient déjà été interdites par défenses du
19 lévrier 1756 et du 9 août 1769.
(3) « Aprëf la lecture du mémoire, présenté par H. Jahier, touchant les
' vait ainsi la faculté de faire à son gré d'arbitraires poursuites, sous prétexte de réunions religieuses.
Ces vexations d*ailleurs n'étaient pas les seules. Arrivait-il par exemple que des vieillards se laissassent aller, par faiblesse d'esprit ou par toute autre cause^ à embrasser le catholicisme, on voulait que leurs enfante élevés dans la foi protestante abandonnassent leurs propres convictions, pour entrer dans l'Eglise romaine (1). Quantaux enfants illégitimes,ils étaient de plein droit acquis au papisme (2)^ et souvent il y eut pour
« démarches qu'il a faites , de concert avec MM. ses collègues, pour obc tenir la révocation des défenses prononcées par le royal Sén^t, coœer- « nant les exercices de religion hors des temples... l'assemblée décide «pilm « renouvellera les requêtes présentées à ce sujet le IS mars 1771, et le t^ « septembre 1773. > (Procès-verbal du Synode tenu au Chiabas, le 6 ma{ 1772, article VU.) Mais il parait que ces requêtes furent inutiles, car dans le Synode du 12 au 13 octobre 1774, le pasteur Jahier lut un nouveau me' moire sur la suite de ses démarches ; et à la date du 24 octobre 1774, un ordre de l'intendant de Pignerol (Sylvestre Beltram), renouvelait la défense di far adunanze^ Sinodi o colloquit, in luoghi e case particolari, tenza K» eenza di S. M, (A.rch. part.)
(1) Ordre du Secrétaire d'Etat, au département de l'intérieur, enjoignant au Préfet de Pignerol de veiller à ce que les enfants nés de parents protestants, mais qui se seraient ensuite catholisés, fussent élevés catholiques. — Cet ordre, basé sur le Biglietto reggio du 17 juillet 1728, est daté do 14 avril 1744. (Turtn, Archivée du Sénat : Materie écoles . et ordinarie, de 1738 à 1745. Registre Y. Fol. 351.)
(2) Nel 1751, un fancitdo essendo nato da due hereticij sciotti amendtêe dal Vincolo matrimonalie , fu scritto dal Prefetto da Pinarolo al senaio, etc.. Il fat décidé que cet enfant serait enlevé à ses parents et élevé catholique. {Parère , sul ricorso del Vescovo di Pinerolo, toccaïUo {'ojImomente nella cattol. rel, de spurii nati da religionarii. Daté du 21 mai ITSS.
la mère coupable uue douleur non moins cnielle que la honte y à voir son nourrisson enlevé de ses bras pour être transporté à Thospice des catholisés. D'un autre côté , les vallées vaudoises souffidrent pendant presque toute la durée du dix-huitième siècle , d'une eitréme misère; tantôt provenant des événements publics (\), tantôt causée par de mauvaises récoltes (2.;
- Turin. ArehiTes d'État. Cat. FaMtfft, do 518.) — Par un real Hglietlo di 94 juin 1739, Charles-Emmanuel ni ayait ordonné, pour un enfant né ea de tellet circonstances, la recherche de la paternité, afin que si le père était protestant, Tenfant ne fût point élevé catholique. — - iVaprès un ordre do sénat de forin, daté du 3 mai i7S5, le préfet de Pignerol devait reewmnander aux juges de Saint- Jean et d'Angrogne de veiller à ce qne denx enflants, qui se trouvaient en pareil cas, fussent élevés par leurs mèm, jnsqa'à ce qu'Us pussent être recueillis par l'hospice. Les mères dénient être tenues de présenter ces nourrissons, toutes les fois qu'elles en unient reqpiises. (Détails tirés du même parert.) — En 1757, les Yaudois admsèrent une requête pour avoir la faculté d'élever dans leur religion de teb en&nts, lorsque les parents ou l'Eglise voudraient s'en charger. — Cette reqii(|te n'est pas datée, mais le Mémoirt du Sénat de Pigneroly prémU à iS>. If. sur cette denoaiide , est daté du 39 novembre 1757. — Il Qppelie que cette matière a déjà été examinée en juin 1739, et d'une matière eontradictoire en 1751. Il propose de s'en tenir aux dispositions du tt août 1955. —
(1) « Les calamités dont Dieu a affligé divers peuples, les chitiments « dent il nous a visités nous-mêmes, dans ces dernières années, par la té- • anjté des récoites (seule ressource de ce pays) et autres malheurs qui ont ( rédait la plupart des habitants à un état de pauvreté lamentable... en- < gagent l'assemblée à décider qu'un jeûne public sera célébré, etc.. » (Artes du synode vaudois, tenu au Villar, le 19 avril 1768, art. lY et Y.)
^) f Les rigueurs de l'hiver on^ détruit nos récoltes et causé une grande ■itère. » (Synode du 19 octobre 1716, § lY.) — « Nos récoltes ont presfM totalement manqué... • (Lettre de Cyprien Appia, septembre 1738.)
quelquefois aggravée par les poursuites du fisc (1); ou par des sinistres inattendus (2) , amenant ici la ruine lente des familles, là leur démoralisation (3).
— « Il 7 a 27 ans que j'exerce le ministère dans les Vallées. Nous sommes toujours exposés à la haine et aux outrages de nos ennemis. Nous gémissons sous les croix les plus pesantes. Les Vallées sont pauvres et ne peuvent faire que très peu de chose pour leurs pasteurs. Sans les secours britanniques nous ne pourrions subsister. • (Lettre du même, cahier de 1734.)
— Les récoltes manquèrent encore en 1752, en 1768, et en 1779.
(1) Séquestre mis sur les biens, dont les impositions étaient en retard. ( Archives du Perrier , au. 1716. ] Mémoires de Léger, sur l'état des Val> lées en 1729. (Archives des P. P. de Genève, vol. X. p. 174, etc.) A hrùf cuscount of thé Yaudois of Piémont, Brochure publiée en 1753. — c Noos sommes écrasés de taxes extraordinaires, pendant que les catholiques sont même exemptés de la taille royale. » {Correspondance vaudotw, lettres de 1764, etc.)
(2) « Nous souffrons encore beaucoup du terrible malheur arrivé en 1728. » (Lettre de Cyprien Appia, modérateur, datée de Saint-Jean, ce 3 mars 1731.) — Il s'agissait d'une inondation. — Une autre inondation désastreuse eut lieu en septembre 1738. C'est à la suite de ce débordement que fut construite à Bobi la digue nommée le rempart. Des collectes furent fait) s de 1739 à 1743, en Hollande et en Angleterre, pour l'élever, et subvenir aux besoins des habitants. {Ve'tat distributif de ces secours forme un MSC. in-fol. de 40 pages. Sur 372 chefs de famille qui y figurent, comme parties prenantes, il y en a 186 (la moitié juste,) dont la signature n'est représentée que par un signe de convention. — Cette particularité peut servir à faire connaître, avec assez d'exactitude, l'état de l'instruction primaire dans les vallées vaudoises, à cette époque, par la proportion de ceux qui savaient écrire leur nom, sur ceux qui étaient complètement illettrés.
(3) Note sur tes événements survenus après 1730, « Beaucoup de nos gens n'entrevoyant qu'inquiétudes et désordres chez eux, voulurent s'expatrier.
— Les uns, ayant su qu'on accordait des secours plus considérables à ceux qui étaient serrés de plus près par le prosélytisme (afin de les en garantir), affectèrent d'être près d'abjurer pour avoir part à ces secours. D'autres vendirent leurs biens à perte et passèrent à l'étranger. N'y ayant pas trouvé la fortune qu'ils avaient espérée, ils revinrent plus misérables et
Celte pauvreté excessive provenait en partie du manque de travail et de commerce : triste résultat des interdictions de toute nature qui pesaient sur les Yaudois; elle était due, en partie aussi, à la surabondance de cette population, resserrée dans les limites infranchissables des trois vallées, où ils étaient parqués (i). Mais on doit dire, à l'honneur des doctrines évangéliques j que les EgUses protestantes étrangères furent
plat imiDieU. Sonvent ausn, ceux qui avaient abjuré pour échapper aux ponrtoites de Tédit , ne purent se soustraire à celles de leur conscience. Qadqoet-aiis se rendirent en Suisse pour y reprendre la religion qu'ils avaient abjurée. Leurs biens furent alors confisqués en Piémont, et de grands dangers les y attendaient s'ils voulaient y revenir. On faisait même des procès anx pasteurs, en les accusant d'avoir encouragé ces catholisés à la râapsation ; et Ton défendit à ceux qui restaient de sortir du pays. D'autres, après avoir tout dépensé en pays étranger, revenaient augmenter la ■Bisère de leurs vallées natales. Des parents protestants avaient des enfsBts baptisés catholiques; et plusieurs de ces enfants étant revenus à la foi de leurs pères, furent poursuivis comme relaps. Le rel&chement des liens de famille, de la discipline et des mœurs, furent le résultat de cette vie a^tée et vagabonde. Le pays s'en ressentit longtemps, etc. •
(1) « Outre que les limites, qu'on leur a de temps en temps restreintes, sont petites, il ne leur est pas permis, quoique chrétiens, d'en sortir pour i^étalAir ailleurs, avec leurs frères, dans les Etats du même souverain; de sorte que ces montagnes sont en certains lieux trop peuplées, en d'autres
pas asses. Le commerce y est impossible, la pauvreté générale, etc
(Requête des Pasteurs vaudois aux magnifiques Seignet^rs de la Florissante Képuidique HelveHique, à Zurich ; elle est datée du 15 mars 1728. Ecrite de la main de Reyoaudin, modérateur adjoint , et signée de neuf autres pasteurs, parmi lesquels Vincent Arnaud, fils du colonel. — Arch. part.)
aussi assidues à soulager les Yaudois que rindrgence à les frapper (i).
Le roi de Sardaigne peut-être eût pu contribuer davantage à les secourir; car ils lui avaient donné récemment de nouvelles preuves de leur fidélité. « Vous savez, Messieurs, écrivait Tintendant de Pignerol aux ministres vaudois, en 1733, que Sa Majesté notre souverain a déclaré la guerre; et vous n'ignorez pas sans
(1) Longue série de pièces et de lettres, s'étendant du 16 mars 1730 au 11 août 1731, et toutes relatives à la gestion et à la distribution des dix oiiUe florins accordés par la Hollande aux vallées vaudoises. (Mémoire du professeur Léger, imprimé à Genève en 1731, in-4o de 30 pages. — Voir aussi le mémoire manuscrit renfermé dans les Archive» des patteur^ de Genève ^ vol. X. 177. ) — Etat» de secours accordés par la Hollande aux Eglises vaudoises, fait et arrête' à Delfl, le 13 mars 1738, par M M, les commissaires du Synode vcdlon, etc. (Mémoire communiqué.) — Ces secours étaient réguliers et accordés, lo aux pauvres de chaque paroisse; 2o aux pasteurs en activité; 3o aux pasteurs émérites; 4o aux veuves de pasteur ; 5o aux maîtres d'école. — A la date du mémoire, il y avait dans les Vallées 68 écoles, participant à ces secours; et trois veuves de pasteurs, qui recevaient chacune 60 florins. C'étaient MMmes Léger, Bastie et Reynaudin. Elles vivaient toutes trois ensemble à Yillesèche. — De 1739 à 1744 , eurent lieu des distributions de secours, en suite de l'inondation de 1738. On trouve, à la date de 1741, tm tableau général des subsides ecclésiastiques pour leê Vallées y où l'ADgleterre figure pour 270 livres sterling. — En 1758, un mémoire pour les Eglises évangéliques des vallées de Luseme, Pérouse e^ Saint-Martin^ adressé au stadhouder et suivi d'une note sur un secours extraordinaire de 300 francs, accordé en décembre 1758, par les Eglises vallonnés, aux pauvres des Eglises vaudoises, ainsi que pour l'établissement d'une maison d'ccoîe à Villar-Pinacbe. — Enfin le Mémoire concernant la situation présente des Eglises évangéliques des vallées vaudoises... présenté au Synode tenu à La Haye, le 9 septembre 1762, etc. complète le tableau des secours étrangers, reçus à cette époque par les Vallées.
doute, qu'il part pour se mettre à la tête de rarmée. Je dois donc vous avertir qu'il faut, s'il vous plaît, exhorter vos troupeaux à faire des prières extraordinaires.... pour le succès de ses armes (1). » On verra plus loin que les Vaudois eux-mêmes contribuèrent par leur valeur, à les rendre glorieuses.
La cause de cette guerre était cependant bien éloignée des intérêts du peuple piémontais. Il s'agissait de la couronne de Pologne , que l'empereur d'Autriche (2) voulait faire passer sur le front de l'Electeur de Saxe. La France s'y opposait, et le roi de Sardaigne s'allia à la France. Il joignit ses troupes à celles du maréchal de Villars, et prit à l'Autriche diverses places en Italie (3). La mort du maréchal (4) mit un terme aux exploits de Charles-Emmanuel III, mais ne l'empêcha pas d'en recueillir les fruits; car le traité de paix , qu'il conclut l'année suivante avec la cour de Vienne (5), augmenta ses Etats de tout le Novarais, et de quelques autres terres lombardes.
(1) Lettre datée du 17 octobre 1733. (Correspondance du modérateur des Eglises Taudoises de 173*2 à 1734. (Archives particulières.) (3) Charles YI.
(3) PaTie, le 4 novembre 1733 ; Milan, le 30 décembre même année ; No- ▼are, le 7 janvier 1734 ; Tortone, le 28, etc.
(4) Survenue à Turiu, le 17 juin 1734. De Villars était âgé de 84 ans.
(5) Signé à Tienne, le 3 octobre 1735. — Par ce traité, les royaumes de
Peu d'années après, la guerre se ralluma entre TAutriche et la France (i)^ mais cette fois, le roi de Sardaigne , fidèle à la politique habituelle de ses prédécesseurs, se déclara contre la France et s'unit à l'Autriche (2).
L'armée fi^ançaise tenta une invasion dans le Piémont, par les passages des Alpes vaudoises, en 1742; Charles-Emmanuel la repoussa en Dauphiné.
L'année suivante, les Français s'étant unis aux Espagnols pénétrèrent en Piémont par le Var, et battirent le roi de Sardaigne, près de Coni, le 30 septembre 174.4..
Us firent ensuite le siège de Coni , mais ne purent s'emparer de la place, où les Vaudois, disent les historiens, déployèrent une grande valeur (3).
Naples et de Sicile furent cédés à Don Carlos, allié de la France, et issu de la maison de Bourbon. — Il était fils de Philippe Y et d'Elisabeth Farnèse ; né le 20 janvier 1716; duc de Parme et de Plaisance en 1731, et roi des Deux-Siciles en 1735; il fut proclamé roi d'Espagne sous le nom de Charles III, à Madrid, le 11 de septembre 1735. 11 laissa alors Ferdinand, son troisième fils, à Naples, comme roi des Deux-Siciles. — Ce ne fut qu'en 1761 (le 15 d'août), qu'eut lieu le pacte de famille, conclu à Versailles, eutre les quatre souverains de la maison de Bourbon, à la suite duquel l'Angleterre leur déclara la guerre.
(1) La France était alors soutenue et alliée de l'Espagne.
(2) En 1742.
(3) Voir Monaitier, t. II, p. 182.
Trois ans après, eut lieu la bataille de T Assiette (1), dont le succès fut dû principalement aux Yaudois , et dont la conséquence fut encore d'agrandir les Etats de leur souverain (2).
Le col de TÂssiette est situé entre Fenestrelles et Exilles, sur la montagne qui sépare la vallée de Pragela de celle de la Doire. Les Piémontais unis aux impériaux (3) y avaient élevé de forts retranchements. Le maréchal de Bellisle vint les y attaquer ; il avait
(1) Le 19 juillet 1747.
(3) Par traité, signé à Aix-la-Chapelle , en 1748.
(3) Il y a^ait huit bataillons de troupes piémontaises, et trois batailloDS de troupes ioipériales. (Ces détails et les suivants sont tirés d'un manuscrit intitulé : Memorie storiche «stratto dal libro lUolato, liber rerum notabilium et decretoruni, pro hoc conventu Sancts-Mariœ : Gratiarum Carmeli coUecti ; da Fra Cypriano , tegretario del convenlo» — Arch. de Tévêché de Pignerol.) — J*ai aussi consulté pour les détails , deux ballades ou girventeSy sur cet événement. L'une de ces pièces est en patois, et commence ainsi :
Sé fossé may senti, etc
L'antre , écrite en mauvais français, fut composée probablement par un soldat vandois ; ce n'est qu'un long jeu de mots sur le nom du champ de bataille.
On peut en juger par les vers suivants :
Dix mille fantassius T ont laissé la Tie....
Voulant tremper leurs doigts Dans VAsnelte aux Yaudois. Cette complainte a 22 couplets. — D'après les historiens français, il ne périt à la bataille de l'Assiette que 1500 hommes. — La relation que je cite donne des nombres différents. Je les ai adoptés à cause de leur précision, mais je ne puis les garantir. Des recherches sur cet objet eussent été pour moi difficiles et superfUies.
neuf canons; ses adversaires n'en possédaient pas un. Il avait huit bataillons de réserve^ et toutes les forces piémontaises étaient en activité. L'attaque commença vers le milieu du jour, et le feu se prolongea jusqu'au soir.
 la faveur de leur artillerie , les Français gagnèrent d'abord du terrain y ils gravirent la montagne jusqu'au pied des retranchements ennemis; mais par une vigoureuse sortie, les Piémontais les repoussèrent avec avantage. Le maréchal de Beliisle ralliant ses troupes sur les plateaux InféHéurS; leur doiina (Quelques instants de repos; puis les ayant encouragées , il les ramena vaillamment à la charge. Elles montèrent cette fois à l'assaut avec tant de rapidité, que la mousqueterie piémontaise ne put les faire reculer. Le combat s'engagea à l'arme blanche sur presque toute la ligne. Le poste qtie les Yaùdois occupaient demeura tellement rempli de cadavres, qu'on l'appela depuis lors le Vallon de la mort (i). Mais l'ennemi tenait toujours. Quelques-uns de nos montagnards, se rappelant alors les heureux succès de leur tactique de guérillas, firent rouler des pierres énormes sur les as-
(1) Ces détails sont extraits des Mémoires de Paul Appia, (Maouscrit communiqué par la famille de l'auteur.)
saillants , et cela en telle quantité y que les Français , malgré leur vigoureuse initiative^ plièrent encore devant ces foudroyantes avalanches de rocs et furent une seconde fois repoussés.
a Alors^ dit notre relation^Bellisle, qui dans cette affaire s'était fort bien conduit , malgré ses revers, et à qui le rouge en montait au visage^ résolut d'y engager et sa gloire et sa vie.
a n fait un dernier effort, ramène une troisième fois ses troupes fatiguées^ leur donne l'exemple, s'élance à leur tête et sous le feu de l'ennemi, s'exposant comme un ample soldat, il vient avec toute l'audace d'un héros planter , le premier, un étendard sur nos retranehemeiiis. C'était glorieux; liiais ce fut tout. Le lant maréchal fut tué sur la place.
c Sa troupe perdit six mille hommes en morts ou en blessés; eipârini eux, plus de trois cents officiers. On prit en ou^ trois drapeaux.
«De notre côté, continue le narrateur, nous eûmes • deux cents morts ou blessés, parmi lesquels trois officiers, dont l'un se rétablit (1). x>
L'attention du souverain, ayant ainsi été favorable-
(1) Relation précitée : Memorie storiehe^ eslrtitle dal libro Utolato, Uber "Bnia noUbUittm, etc
ment ramenée sur les fidèles et valeureux habitants des montagnes vaudoises, Charles-Emmanuel leur accorda d'abord quelques faveurs.
Ils purent avoir des notaires de leur communion (1). La justice civile se montra moins partiale à Tégard des protestants (2) ; Tautorité les protégea même en diverses circonstances.
Mais TEghse romaine n'en mit que plus d'activité dans ses menées de vexations et de prosélytisme. Elle obtint à la fois de nouvelles Instructions, plus rigoureuses que celles de 4730 (3), et la faculté d'ouvrir,
(1) Charles-Emmanuel H établit, à l'usage des protestants, six offices de notaires , dans les vallées vaudoises , à condition que ces officiers civils ne contracteraient que pour leurs coreligionnaires. — Patentes royales, da 14 février 1746. (Dérogeant ainsi au § 4, du cfaap. 3, Titre XXII , liTre Y, des Constitutions ou code général du royaume.) — Avant la concession de ces patentes, divers notaires protestants avaient néanmoins été anto* risés à exercer leur charge dans les Vallées. — Jean-Pierre Brezzi, à Saint- Jean, avait été patenté le 4 septembre 1732 ; Jacques Brezzi, son frère , avait été patenté le 7 août 1733, pour exercer à La Tour ; mais il transporta son office à Saint-Germain. — Jean François Combe enfin occupait, à Sainte Jean, un office de notaire, acheté le 22 juillet 1708, à Manfredo Danna : mais pour lequel Combe n'avait été patenté qu'à la date du 5 mai 1741. (Extrait de diverses pièces, des archives de cour.)
(2) En 1774, les Yaudois réclamèrent contre des taxes injustement perçues sur eux. (Leur requête, selon l'usage regrettable de ces temps , n'est pas datée.) — Un ordre de la chambre des comptes, en date du 17 août 1774, portait que les droits injustement perçus leur seraient rembourses. (Ces deux pièces ont été imprimées sur une même feuille.)
(3) Instructions du sénat de Turin, datées du 29 juillet 1740, et adressées aux juges .des valle'es vaudoises, sur la conduite qu'ils auront à lenir
aux portes des Vallées, l'office de captations et d'ealèvemeuts qui jusque-là avait été placé à Turin , sous le titre de Refuge ou d!AtJ>erge de la Vertu (1) ; cet
à N^ard deê religionnairet. Elles renferment 33 articles, s'appayant tons Kir des édits antérieurs : comme celles de 1730, dont elles sont le commentaire pesamment aggravé. — D'après «es nooTelles in*lruetiont , s'il arrinit qu'on protestant tombât malade hors des limites légales des Ysllées nadoises, le pasteur ne pourrait aller le visiter sans être accompagné d'un liûiue; il lui était défendu de passer la nuit auprès du malade; il ne pouvait y ségoumer qu'un jour, et devait s'abstenir d'y célébrer aucune espèce de eolte. — Le culte catholique, en revanche, devait pouvoir être célébré partout, même dans les localités complètement protestantes, si les curés ou les BMSsionaaires le jugeaient convenable. — Le nombre des pasteurs et des temples vaudois ne pouvait être augmenté. — Tout exercice religieux Mit public , soit privé , était ^pterdit à Saint-Jean. Encore moins était-il porsus d'y avoir une école. Il était défendu au pasteur d'y résider; et s'il M trouvait appelé auprès d'un malade, il ne pouvait y passer plus d'une anit (C'est alors que les Vaudois de Saint-Jean célébrèrent leur culte au Qiiabas, tanple bâti sur le territoire d'Angrogne.) — En outre par ces in- Hmetions , il était défendu aux Vaudois de recevoir des catholiques dans kus temples, d'enclore leurs cimetières , d'acheter ou d'affermer des biens kon des limites tolérées, et d'avoir aucun rapport religieux avec les étran- |tn. — Les mariages mixtes sont aussi défendus, à moins que le cKwjoint pMeitant ne signe préalablement la promesse d'embrasser le catholicisme. ■-Lçs enfants des protestants pourront être enlevés à leurs parents, à un ige déterminé (pour les garçons, en sus de douze ans et pour les filles, en las de dix) , si ces enfants manifestent le désir de se catholiser. (Et l'on csaçoit combien il était facile de supposer ce désir , op de le faire naître , par l'appât de quelque promesse, dans l'esprit irréfléchi de l'enfant.) Enfin, les étrangers protestants ne pourront s'établir dans les vallées vaudoises qae moyennant une permission expresse de Sa Majesté. — Con questi lumi, •joutent les instructions en terminant, restando voi sufficiamente instrutto,
a eio ehe riguarda H sudetti religionarii, non avete dunqu6 che a vigi" Un, etc....
(1) VAIberga di virtu était un établissement antérieur au Refuge^ m&i* aaqael ce dernier fiit primitivement uni. (De 1679 à 1739.) En 1740 le Bfi-
établissement reçut ensuite plus d'extension encore (4); et c'est à cette époque que doivent se rapporter diverses tentatives d'abjuration poursuivies par la violence, non point seulement sur des enfants, mais sur des hommes faits (2).
fuge fut transporté à Pignerol, et ouvert sous le titre à*Hogpiee pour les catholisés et ceux qui veulent se catholieer. — On devait y instruire les réfugiés dans quelques arts ou métiers, qui leur permissent de gagner leur vie lorsqu'ils en sortiraient. Mais bientôt l'intérêt religieux ou plutôt ecclésiastique l'emporta sur celui de l'iodustrie et de la charité. Cet établissement ne fut plus alors destiné qu'à propager les doctrines et les formes du culte catholique , parmi les protestants. Cette propagation avait surtout pour objet de rattacher à l'Eglise romaine les enfants qu'on parvenait à attirer dans l'hospice. Il prit alors le nom d'Hospizio di Catecumeni, (En 1772.) ,
(1) En date du 28 décembre 1740, ordre royal , pour fournir 20,000 livres, à la construction de Vhospice à Pignerol. — Du 13 mai 1744, nouvel ordre , pour subvenir aux agrandissements de cette construction. — Do 1er mai 1745, patentes pour organiser l'administration de l'établissement. — Du 14 juin 1745, Biglietto reggiOj ordonnant d'y transporter les enfants vaudois, entretenus neW alherga di Virtu, in Torino. — Du 24 juin 1730, concordat avec Benoit XIY , appliquant le quart des rentes provenues de bénéâees vacants, à l'hospice de Pignerol. (Articles YI et VU.) — Du 21 mars 1752, patentes par lesquelles S. M. déclare prendre cet établissement sous sa protection, et en approuve les règlements. — Far ces derniers : lo rétablissement est réputé séculier ; 2o la direction en est confiée à une commission qui sera présidée par l'évéque , et en son absence par le gouverneur ou le commandant de Pignerol. Cette commission se réunira une fois par mois. (Articles II, III et IV.) L'hospice ne pouvant entretenir à la foi& plus de cinquante peosionuaires, on les divisera en deux catégories. (Article XVI) etc. Voir Duboin, T. XIII, vol. XV, p. 220-228.
(2) Il existe un petit poème fort imparfaitement rhythmé, mais plein de naïveté et quelquefois d'énergie, dans lequel un Vaudois, nommé Michelin^ raconte qu'étant parti un samedi soir, pour aller dans la vallée de Saint'
L'Eglise vaudoise, de son côté, n'en appréciait que
Martin, il fut arrêté au Pomaret, par les toIdaU , conduit à la Pérouse foaillé, privé de ses habits, et jeté dans an cachot. Là, dit-il :
Je n'étais assisté d'aucune nourriture :
Et mon corps grelottait par la grande froidure. Tiennent ensuite quelques détails sur sa captivité ;
Les enfants, le matin,
Tenaient devant ma porte
Me disant, Michelin....
Ne nous chantez-vous plus la chanson de l'Assiette?
— Il s'agit ici de cette ballade que j'ai citée à propos du combat de PAuiette. Peut-être était-elle l'ouvrage du même barde des montagnes , maintenant prisonnier. Comme Homère, le pauvre Michelin paraît avoir été aveugle; car dans ce récit, il ne parle que de ce qu'il entend, et jamais de ce qu'il voit; il raconte qu'il tomba, en se promenant dans son cachot; et enfin, que les gens du peuple lui disaient : Chantez, avec votre violon, et tout gagnerez detoa ou trois picaillone. — (Le picaillon est une ancienne monnaie piémontaise, valant deux deniers.) — a Quand les archers venaient, dit-il ensuite, il fallait employer la force, pour éloigner la foule des portes de mon cachot. > Et les curieux s'entretenaient de lui, dans les tenues suivants :
S'il se faisait chrétien Se disaient-ils l'un l'autre.
On lui ferait du bien.
Mais il n'est pas des nôtres ; Et puisqu'il ne veut pas I Changer de religion,
On va le laisser là Périr dans la prison.
Qsatre strophes sont ensuite consacrées à narrer les différents propos •le la foule :
Croyez-vous que cela le tirera d'affaire?...
Que peut-il avoir fait, ce pauvre misérable?... « Bt moi, dit-il, qui écoutais tout cela, couché sur la paille, je priais Ueo , de me soutenir
Bn fermeté de foi, pendant toute ma vie. >
mieux la nécessité de fortifier sa discipline et son organisation (1). Elle obtint de pouvoir être représentée
Il y eut aussi des yisiteura charitables qui lui apportèrent quelque soulagement. Puis des moines qui -vinrent le presser d'abjurer. Enfin il fut conduit à Pignerol, où il subit un nouvel emprisonnement et de nouvelles sollicitations :
Si vous n'abjurez pas votre infime hérésie...
Votre corps périra
Au fond d'une prison
Et l'on confisquera
Toute votre maison.
Ma maison est au ciel; c'est en lui que j'espère 1... .
Quand j'aurais en ce lieu
Tout perdu, corps et biens.
Mon âme devant Dieu
Ife craindra jamais rien.
Enfin la persévérance des convertisseurs fut vaincue par la persév^iince du captif à demeurer dans l'Evangile ; et Michelin fut remis en liberté. — Cette pièce de vers a 37 couplets, de «2 quatrains chacun. — J'ai cru devoir la citer, malgré son peu de mérite littéraire, à raison des sentiments qui y sont exprimés, et des détails qu'elle fait connaître ; car ces détails font quelquefois mieux comprendre le caractère de l'époque, que des documents plus sérieux.
(1) Obligé dejne restreindre dans ces notes déjà trop étendues, je ne puis qu'indiquer ici, sans développements, les acte» synodaux et les matières y traitées, qui se rapportent à cet objet. — Consistoires: Synode de 1760^ § Vil; Synode de 1768, § XIII. Diaconie : Synode de 1765, § IV. Sa»»ctification du dimanche : Synode de 1722, § I et X ; de 1724, § I ; de 1727, § VIII ; de 1745, § IV ; de 1748; § IX ; de 1753 ; § III ; de 1760, §. II etc« Culte: 1718, XIV; 1722, VIII, XI; 1729, VIII; 1745, X; 1762, II, etc. Synodes : 1820, VIII; 1744, V; 1791, IV, etc. o Le modérateur et l'adjoint, feront, l'année où il n'y a pas de synode, une tournée dans toutes les Eglises, pour s'enquérir de leurs besoins et maintenir la bonne harmonie entre les paroissiens et leur pasteur. > (Actes du synode tenu aux Clots, le S3 oc* tiire 1736, § 10.) Le synode de Saint-Germain, 29 novembre 1729, remar^ quait avec douleur que la discipline e'tait de plus en plm relâchée (§ VIII } ,-
officiellement par les directeurs électifs , que lui donnaient ses propres synodes, sous le nom de.lablevaudoise (1). Elle s'occupa de régulariser le traitement de ses pasteurs (2) et de ses maîtres d'école (3) ; ainsi
et le tynode de La Tour, (1748,) ordonna que tout pasteur lirait chaque année, à Piquet, du haut de la chaire, les articles de la ditcipline extraite iet octet eynodaux, afin que les fidèles ne pussent arguer d'igoorance à eet égard (§ TIII.) — Ce premiw extrait disciplinaire airait été fait par le pasteur Bastie, mais c'était un ouvrage fort incomplet.
(1) Une lettre de l'intendant de Pignerol, datée du IS keptembre 1754, Mtorise la Table Vaudoite à rédiger et à signer des requêtes au nom des Tallées. — Dans le synode tenu en 17S4 à Saint-Germain , il fut arrêté que l'on ferait un inTeotaire de tons les papiers relatifs aux Eglises vaudoises, et qu'ils seraient remis au modérateur, pour être conservés de mains en nains, dans les archives du corps qu'il devait présider, (g TIII.) — • L'introduction des membres kUptee dans le corps de la TaUe Vaudoite fbt tentée en 179S. (Synode du Tillar, art. XIII.) Elle fut proposée de nouveau an synode de 1795, et ne fut admise défiaitivement qu'à celui de 1833. •— Dans le synode de 1765, on décida que deux personnes, parentes l'une de l'antre, ne pourraient faire ensemble partie de la Table. (§ IX.)
(9) Les subsides d'Angleterre avaient été suspenduF, en 1733. L'arriéré fst soldé en 1736. — Sur le rapport du procureur général, Edouard Wortkey, (daté de Londres, 30 mai 1736,) Georges I régularisa leur payement •Itérienr. (Ordonnance signée à Wîte-Hal, le 9 juin 1726.) Par une procnration, datée du 30 mai 17S6, les Eglises vaudoises avaient autorisé le banquier Schetvrynd, à Londres, à toucher cet argent, pour le leur faire passer en Piémont, où ils le recevaient des mains d'un banquier de Turin. (Cette même année 1726, l'Eglise d'Amsterdam , avait fait passer des secourt aux Tallées.) — Georges II renouvela l'ordonnance qui. assurait aux Tandois la régularité de ces subsides. La première distribution eut lieu sous son règne, le 35 mars 1738.
(3) Il y en avait alors 68 dans les communes vaudoises, et 14 seulement partidpant régulièrement aux secours étrangers : savoir les 13 régentstks éeolet commanales qni recevaient chacun 160 francs des subsides britannique s,
que de surveiller ses étudiants dans les facultés de théologie étrangères (1).
Dès Tannée 17â7, on trouve l'origine de la petite Eglise protestante de Turin ^ qui n'obtint im service régulier qu'un siècle plus tard (2), et qui ^ tout récemment à peine, a pris ran(^ au nombre des Eglises vaudoises (3).
Les entraves ne lui ont pas manqué (i) ; itiais il lui
•t celui de Téoele ItUne, qui recevait 950 francs de la Holladde. — Lei 64 autree iaitituteurt recevaient leur salaire des élèves» et ne tenaient école ^|tte pendant trois ou quatre omms durant l'hiver.
(i) U 7 avait à Lausanne cinq places ou bourses d'étudiants vaudois , payées par les cantons évangéliques de la Suisse. En 17i6, on en transpwta «M à Genève. En 1797 , le synode des Eglises vrallonnes en fonda nne à MarbOQi^. La reine Anne en avait établi trois en Angleterre. Il y en avait . alors une, puis il en fut créé une seconde à Bâle , au collège d'Erasme ; deux autres enfin furent créées à C^ève , après 1790. Il y en eut aind trois dans cette ville , et en tout treixe. ^ Toir les actes synodaux du iC septembre 1683; du 3 juin 1694 ; du 6 octobre, même année ; du 17 juin 1695; du 19 juillet 1701; du 17 septembre 1790; du 13 novembre 1795 ; et successivement, aux années 1797« § TI; 1799, § TU; 1743, § U; etc.
(9) Le pasteur de Saint-Jean, Cyprien Af^, qui avait fait ses études en Angleterre, offrit à Tambassadeur de cette puissance, près la cour de Turin, d'aller célébrer un service religieux dans son hôtel, toutes les fois ^*il le désirerait. (Lettre du 5 janvier 1797.) Ce ne fut qu'en 1997. par arrêté du 6 juillet, qtt^Bm pasteur vaudois fut nommé Ckap^Unm an Lsfs* tien» prelMUnlM, • TWrin.
(S) Voir VEtkê dt9 «OMm tmmimtn, dn 6 septembre 1849, p. 43 ; H dans ce vol. diap. XXIT.
(4) Vn riffw tt/telle, ml vitmriê dt Tormo^ rigmardtnU i niigimmrii èîKl^. «n f«Ml« rillc, datée du 93 mars 17S3, ordonnait : te Q«e Ions ks protestants de Turin anront à se &tfc ùncrire i U
a suffi de la patience et de l'espoir en Dieu pour les surmonter heureusement* Puisse-t-elle maintenant l'en bénir et le glorifier par sa vie chrétienne !
Les restes longtemps oubliés des anciennes Eglises vaudoises, dans les Alpes firançaises, s'étaient aussi peu à peu relevés (1). Des rejetons nouveaux et pleins de sève poussaient autour de la souche, qui semblait disparue. Et fidèles & leur origine, ces Eglises renaissantes profitant du premier rayon de liberté que fit luire sur elles l'époque où nous allons entrer, pour
Se Qa'ils n'auront jamtif à leur serriee de domcf tique eathoUqne ;
30 Qa'il» ne pourront obtenir d'y résider an delà d'une année : ce terme éeoalé, la permisaion sera prorogée s'il y a lieu ;
40 Us ne pourront affermer des propriétés aux enTirons de Turin, sans antorisation spéciale de l'autorité ;
50 Nul d'entre eux ne pourra se lÎTrer k Tindustrie du filage ou de l'outrais(w de la soie, réservée exclusivement aux catholiques ;
60 II leur est interdit de parler, d'écrire, ainsi que de distribuer des li- Très ou des estampes, et de tenir des conférences sur des sujets religieux.
L'ambassadeur britannique, lord Rochefort, fit, à la date du 4 juillet 1753, une protestation dans laquelle on remarque ce passage: • Je ne suppose « pas qu'en interdisant tonte conférence religieuse, on prétende empêcher « personne de Tenir assister au culte, qui a lieu dans la chapelle de la lé- « gation. »
La réponse du roi, à cette note, est du 7 juillet 1753. Il y est dit à cet épsà. : « Les protestants continuant de fréquenter la maison du ministre « d'Angleterre, comme Ut ont fait par le patsé, nous fermerons les yeux • là-dessus, par manière de tolérance. » (Arch. du Turin, no de S. 529, 530.
(1) Voir, dans le chapitre lY de la Ire partie de cet ouTrage, à l'année tff5, k Mimoirê $wr Uivro^rhis VhM$%9 dam lavaUé^du Pô H 9n Queyrat.
s'unir aussitôt en un seul corps, avec leurs sœurs des vallées du Piémont (1). Cette union temporelle n'a pu se maintenir, mais on peut espérer que leur union spirituelle n'a fait depuis lors que s'accroître. Dieu permit encore que les mêmes hommes y contribuassent plus tard (2).
Pendant ce temps, l'esprit de l'avenir avait commencé de se manifester. L'hostilité séculaire du papisme contre l'Eglise réformée tendait à s'effacer entre les représentants les plus éclairés des deux cultes (3). Les Yaudois éprouvaient moins de peine à compléter l'exercice du leur (A). Des motifs nouveaux
(1) On lit dans les actes du synode de 1801, § III : « Les Eglises de Saint-Véran, Molines, Fonsillarde, La Chalp, Arvieux et Brunissard, dans le département des Hautes-Alpes , ayant délégué à la Yéoérable assemblée le citoyen David Monnet, son pasteur actuel... demandent instamment d'être considérées comme ne faisant qu'un seul corps ayec les nôtres. » Le synode l'accorda avec empressement, et se réjouit de cet échange de témoignages fraternels, aux deux côtés des Alpes. — Le vénérable pasteur Monnet est aujourd'hui (1850) le doyen des pasteurs de l'Eglise vaudoise.
(2) Le bienheureux Félix Neff vint aux Vallées en 1826; son influence, quoique plus lente à se manifester, n'y fut pas moins profonde que dans les Alpes françaises, où son souvenir est si justement vénéré.
(3) Dans le synode de 1701, on décida de s'adresser à l'évèque de Pignerol, pour obtenir le déplacement du curé de Pramol : « persuadés (estc il dit à l'art. Y), que ce prélat, le modèle de la douceur, de l'équité ei c de toutes les vertus chrétiennes, éloignera, dans sa sagesse, un homme a qui peut semer la discorde. >
(4) Des exercices religieux se faisaient à Saint^Jean, contrairement à l'édit de 1740 ; mais on n*usait pas alors de rigueurs pour les faire cesser. — Cep^dant, par requête du 11 féTrier 1792, les Yaudois avaient demandé
rattachaient Tintérét de leur Eglise à l'union de ses
membres et à la rectitude de leur vie.
Ainsi s'oubliaient peu à peu les anciennes difficultés,
qui avaient fait craindre pour Texistence de TEglise vaudoise (i)^ et les dissensions intestines qui avaient menacé son bonheur (2).
La cause qui les avait produites ne s'était que trop longtemps maintenue ; car^ depuis le fils de Reynaudin jusques au docte et caustique Peyran, on ne cessa presque jamais d'avoir aux Vallées quelque pasteur dont là vie scolaire avait été non-seulement peu sé-
d'tToir une cloche an temple de Serres. La répooie, datée du 13, fut né- ^tive. — En 1732, le conseil supérienr de Pignerol s'était opposé à la reconstmctioii du temple de Faëtt (Y. Synode du Yillar, 6 octobre 1723, § II.)
(1) On Ut dans une lettre, écrite de Saint-Jean, le 3 mars 1736 : • Ceux de la plaine sont si extraordinairement endettés envers des créanciers , la plupart catholiques, que quand ces derniers voudront être payés, il faudra que la plupart de leurs débiteurs déshabitent. Il y en a toujours quelquesans qui changent... Cette Eglise te péri peu à peu... > (Correspondance Tandoise, Arcb. part.)
(3) Sant m'étendre sur cette matière, je renvoie au mémoire de Léger, inséré dans lee Arehvee dee patteurt de Genève, vol. X, p. 177, et à celui qu'il fit imprimer en 1731. >— Voici cependant quelques passages d'une lettre adressée par le synode wallon à l'Eglise vaudoise , le 17 déc; 1730. I Nos Eglises pourraient-elles être insensibles aux divisions funestes qu'el-
• les voient naître dans votre sein ?... Au nom de Dieu, Messieurs et très
• honorés frères, prenez des précautions efficaces, sous les yeux du puis- « sant scrutateur des âmes, pour étouffei d'une manière chrétienne, dès « leur naissance, ces premiers feux d'une dissension, dont les suites vous < seraient étemeUement funestes. »
rieuse , maïs trop souvent répréhensîble (1 ) . La fièvre innovatrice et dissolvante du siècle les poursuivit même quelquefois jusque dans leur paroisse (2). Mais ces écarts devenaient de plus en plus rares; et les actes de contrition , d'humilité , de repentance , les nombreux appels de l'Eglise vaudoise à Tesprit du Seigneur, par des jeûnes et des prières, furent enfin écoutés (3). Elle sortit, pour ainsi dire, une seconde fois du moyen âge.
(1) Le fils de RejoaDdin fot reiiToyé de l'académie de Bile, pour sa conduite irrégulière; après avoir précédemment été éloigné d'Utrecht, il quitta cette dernière ville en compagnie de Scipion Rostan, qui fut successivement à Utrecht, à Lausanne, à Genève et à Râle, et qui partout laissa des sujets de reproche. — Cette jeunesse agitée neTempècha pas néanmoins de montrer un noble cœur et une conduite irrépréhensible, au temps de sa maturité. — Nous pourrions en dire autant de Jacques Feyrau, dont la jeunesse a fourni matière à un mémoire très rigoureux. Hais il nous est permis d'oublier ceijuvenliaf dont la mémoire de Th. de Bèze lui-même n'a pas eu a souffrir, pour nous rappeler que le synode de Bobi (octobre 1760), adressa des remerciements spéciaux à Peyran, pour l'excellence de sa modérature^ et dans le même article (§ I) le cita comme un modèle aux modérateurs à venir.
(2) Il existe un mémoire latin, qui doit se rapporter à l'année 1780 , dans lequel les pasteurs Jacques Peyran et Paul Appia, avaient été accusés de vouloir supprimer l'effusion de l'eau, dans la cérémonie du baptême. — Ces pasteurs protestèrent dans le synode du Pomaret (20 juillet 1830) cootre cette inculpation.
(3) a On ne saurait se dissimuler l'état déplorable dans lequel le monde
• chrétien est depuis longtemps plongé » (disait le synode de 1782, § II) ; « le vice continuant de régner parmi nous et même d'augmenter son em-
• pire ( synode de 1788, § II) , » montre les funestes effets des passions « déréglées qui éclatent de temps en temps. > (Synode de 1777, § m.)
Le gouffle subversif qui l'avait eflQeurée, bouleversait maintenant le monde, en ébranlant tous les trônes de l'Europe par la chute de la monarchie française. La révolution de 1790 venait d'éclater. Nos vallées elles-mêmes furent bientôt entraînées dans Tefifrayante ori)ite de ses innovations.
a Tout alors, dit M. Monastier (1) , tendait à détourner l'âme de la vie intérieure, cachée avec Christ en Dieu. La puissance de l'intelligence humaine, unie à la force matérielle, s'était faite la régénératrice du monde. Il n'était question que d'organisation sociale, de conquétes'visibles et de gloire mondaine^ il ne restait pour ainsi dire plus de place siu* la terre pour les intérêts du ciel. j>
Mais on peut dire aussi, que ce fut là un temps d'orage , et que le propre des orages est d'être rapides et de purifier l'air.
< Km choies tont si fréqnentest nos transgressions si maltipltées, nos \ices
< là nombreui, que nos consciences, d'accord avec la religion, nous près- « lent de solliciter la clémence diirine. » (Synode de 1774, § III.) Et les jeûnes solennels qui eurent lieu depuis lors, savoir, en 1775, 1778, 1781, 1783, 1786, 1789 et 1799, ont tous été précédés par de pareilles humilialioDs, ferrentes de repentir , pleines de prières et de supplications , telles foe nnUe Eglise, peut-être, n'en adressa jamais de plus profondément senties.
(i) T. u, p. aoo.
Aussi la lourde atmosphère du passé s'est-elle dégagée ; dans ces agitations , des éléments vieillis qui étaient incompatibles avec la vie du progrès.
Dieu tire le bien du mal, et il dirige à leur insu les hommes qui s'agitent sous sa main.