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vàtnes le colonel Ck)ntsiiikow (i) , et le jeune prince
de Gorciakow (2) Ces messieurs parlaient le
français avec une volubilité qui m'étonna.... Ayant été introduits dans la salle à manger, nous vtmes entrer un petit homme âgé, en veste blanche à la Keyserlitz : culottes blanches, et petit bonnet de cuir sur la tète; bas et bottes souples, tombant sur ses talons... c'était le maréchal. Le comte me prend par la main et me présente. Je veux lui répéter de vive voix l'acte de soumission que nous avions donné par écrit; mais il me dit : — Cela n'est pas nécessaire ; je sais tout. — Puis il m'embrasse, en prononçant ces mots : pace, amicizia e fratellanzal... Je me rappelai malgré moi, que cet homme qui nous recevait si bien , était ce cruel général qui avait fait mettre à feu et à sang le faubourg de Praga à Varsovie , et je frémis en pensant que nous aurions pu avoir le même sort.
« Après cela un domestique vint lui apporter un grand verre d'eau-de-vie, qu'il avala tout d'un trait.
(1) Prononcez Corunicof.
(2) Prononcer Gorchicof.
(3) PaiXt amitié et fraternité, a Vrai salut de Jdcubio! » ajoute l'auteur. (Page 41 du manuscrit.)
Un moment après , le même domestique lui apporta une assiette, dans laquelle il y avait une douzaine de gros raiforts avec du sel et de l'huile. Il les croquait avec ses gencives décharnées , aussi facilement que s'il avait eu encore de jeunes dents. Puis il vint vers moi j m'en mit trois dans la main gauche , et me fit servir ua verre d'eau-de-vie.
« Quand nous eûmes fini notre raifort, il nous dit : — Messieurs, de quelle religion étes-vous? Dites-vous toi ou vous au Bon Dieu? — Lui ayant fait connaître notre foi, il se tourna vers un vieux général danois, et il lui dit : — Priez pour ces messieurs.
a Le général joignit les mains , et commença une
prière avec beaucoup d'onction. Mais il parait que
Sowarow ne l'approuvait pas; car lui mettant la main
sur le bras, il l'interrompit , et se mit à lui en réciter
i^ne, que le général danois répétait à mesure et mot
Pour mot.
« Les témoins de cette scène singulière avaient l^^ucoup de peine à s'empêcher de rire. Quand elle ftit achevée, le maréchal nous dit ; — A présent met- ^ns-nous à table. »
Après le dîner il fit connaître aux députés vaudois
qu'ils devaient aller rendre leurs devairs an 'président du conseil suprême (i).
Le comte Zuccato les introduisit. *^ Excellence y dit-il, voici trois députés vaudois... Mais le président ne lui en laissa pas dire d'avantage , et se levant comme un furieux : — Ces gens sont d'une vallée rebelle ; ils ont le cœur pourri \
a Qu'on juge de notre situation , écrit Appia. Le président était venu se placer en face de nous; et dans notre perplexité, ignorant les griefs qu'il pouvait avoir contre nous , nous ne savions que répondre à cette brutale inculpation.
a Mais le digne comte Zuccato ne se laissa pas imposer, et il répondit avec fermeté ; — Ces messieurs sont d'honnêtes gens, auxquels leur patrie doit beaucoup. Au surplus, ils sont sous la protection immédiate du maréchal Suwarow.
ce A ce nom redoutable, le président resta un moment interdit; ses lèvres tremblaient; on voyait éclater dans tous ses traits la rage de ce que cette expédition contre les vallées avait manqué (2). H
(1) C'était le comte Thaun , de Saint- André, marquis de Revel. -r» Lt conseil se réunissait dans les palais de la place de Saint-Charles.
(9) « Ou savait à Turin qu'il était parti une elpédition contrt les Vallées. Les Yaudois qui habitaient cette capitale étaient dans la consterna-
ti^/6iUoû , suggérée; il était doubtemeftt irrité.
f Cependant, lorsqu'il eut appris raccueil que nous irions reçu, il nous fit trois fois des excuses, et finit par nous inviter à dtner, pour nous faire, dit-il, oublier M balourdise, »
On conçoit aisément que les députés vaudois n'eurent garde d'accepter une pareille invitation. Ils se hâtèrent de revenir aux Vallées, et d*y donner connaissance du résultat de leur mission, par une circulaire envoyée dans toutes les communes.
Quelques temps après on envoya en station, à La Toor, trente à quarante Cosaques, commandés par un lieutenant. <x Rien n'égale la gloutonnerie de ces troupes, » dit l'auteur des mémoires que nous venons de citer (1). B Ces soldats rapportaient souvent de la campagne des noix vertes, et des grappes de raisin à peine formées; ils mettaient tout cela dans leur marmite, avec la viande qu'on leur donnait et y ajoutaient des bouts de chandelle pour l'assaisonner.
liOB. Ayant reocootré MaUaot dani la me des Ambassadeurs : — ciel ! ■e dit-il, eommeot ètes-vous ici f — Je tiens de La Tour. — Les vallées ^sdoises subsistent-eUes encore? etc... > (Extrait des mêmes mémoires.)
(1) Ces détails se sont pas d'une grande Talenr historique; mais ils eanetérisent trop bien la scène que nous tenons de parcourir , pour que iMNii ayons cru devoir les supprimer.
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« Je leur vis foire ce beau potage dans leurs quartiers; mais jamais ils n'ont voulu loger dans aucune maison. Leur défiance était extrême. Hs couchaient péle-méle avec leurs chevaux. Le matin, à l'aube du jour, ils se tournaient vers l'orient, et feisaient leur prière avec une multitude de signes de croix. Le respect qu'ils portent à leurs supérieurs est incroyable (i). Ils vont jusqu'à s'approcher d'eux, à genoux, pour leur baiser les bottes, après avoû* été frafqpés du knout.
« Ils étaient enthousiastes de Suwarow. Un soir , ayant invité à souper leur lieutenant Kitow (2), avec le trucheman, qui était Bohémien , je vins à lui foire une question sur le maréchal. Aussitôt Kitow se lève debout, tire son sabre , le met entre ses dents, prend un pistolet dans chaque main , et les élevant au-dessus de sa tête il s'écrie, d'une voix stridente, malgré le sabre qu'il mordait : Oh ! Souvarof ! Souvarof!...
(1) Lonqut leur colonel Stadion iti'enroyait une lettre, le Cosaque <iBi ta était oharfé me l'apportait immédiatement; et quelle que fût l'heure de la Buil où il arritàt, il me faisait leter pour me la remettre et m'en faire ilfner un reçu. J*écriTais mon nom sur le registre du poste en grosses «Apllalts grecques , et alors ils pouvaient le lire , etc.. » ( Mêmes mé- MOlrM.)
(I) ProMAcu Kitof,
c Ha femme et mes en£Emts en eurent une peur mortelle. »
Je supprime de nombreux détmls, entre autres sur une échauffourée de Marauda, qui faillit entraîner la mine de sa patrie.
Ayant recruté en France une troupe irrégulière de quelques centaines d'hommes, il vint par le col La-Croix, attaquer les Cosaques cantonnés à La Tour.
n fut repoussé ; mais il était Vaudois : on crut ses compatriotes d'intelligence avec lui; ils furent accusés de trahison; et les députés qui avaient garanti sur leur tête la tranquillité des Vallées , manquèrent d'y perdre la vie. Les uns furent arrêtés , d'autres prirent la faite (i). La protection divine leur fournit encore dans cette circonstance les moyens de se justifier et l'inquiétude se calma.
L'animosité de leurs ennemis fut moins prompte i s'apaiser.
Lorsque le comte de Dénison commandait encore à Pignerol , il écrivit un jour aux représentants des Vallées, et personnellement à Appia, que des confé- KDoes révolutionnaires avaient lieu à La Tour.
(1) Appia nooote, à ce propos, . les détails de son étuion en France; V Us sont trop personnels pour troarer place ici.
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Appia se hâta d'accourir auprès du commandant, pour le dissuader. Il le trouva fort irrité. — Je sais mieux instruit que vous ne pensez, lui dit Denison; je connais les membres de votre club , et il les hii nomma (1). — Je puis vous assurer, reprit le dépoté, que non-seulement on vous a indignement trompé sur la formation de ce prétendu club, mais que d'entre les personnes désignées, il n'en est pas deux, peut-être , qui depuis un an se soient trouvées ensemble. — D'où viennent donc ces accusations? — Ce serait à moi de vous le demander? — Laisi^ns cela : mais d'où vient cette haine dont vous êtes l'objet? car il n'est pas de jour que quelque prêtre ne soit à assiéger ma porte , pour m' exciter contre vous (2).
a Le prince Bagration m'avait déjà tenu le même langage, » observe Appia dans ses mémoires.
a Et lorsque le général Wukassovich arriva à Pignerol, en 1799, un chanoine de cette ville s'em-
(1) C'étaient Lauzaroth, lecteur et chantre à Bobi; Peyrot, pasteur à Rora ; Frache de La Tour, Brezzi etc.
(2) Le député ayant expliqué au commandant que cette haine provenait de la différence de religion, Dénison s'écria : — Bon Dieu ! cela est-il possible? Nous vivons, nous, dans la meilleure intelligenceSavec les Kalmouks; et pourtant ils sont idolâtres. — Oui, mais tous n'êtes pas catholiqaes 1 — (Mêmes mémoires.)
iptessa de llrriter contre les Vaudois par les plus fausses accusations. Nous nous bâtâmes, dit-il, de dresser ri^Mdogie de notre conduite, depuis le 3 juin, et de h lui apporter.
n put vérifier les faits. Mais alors il ajouta : — J'ai encore ici, dans les prisons, un de vos montagnards, qui a voulu tuer un de mes sergents d'un coup de pistolet.
< J'étais instruit de l'affaire. — Mon général , lui dis-je, cet homme n'est pas Vaudois; c'est un catho- Ikjue de Lusemette. — Ayant reconnu la justesse de ees informations, Wuskasovich nous renvoya, en disant : Allez ! soye2 tranquilles; je réglerai ma conduite sur votre modération.
c Un jour d'hiver , poursuit le narrateur (c'était en décembre 1799), je vois venir chez moi le colonel Pftpius, accompagné de plusieurs oflSciers. — Monsieur, me dit-il, nous sommes informés que les Vaudois veulent nous empoisonner ou nous livrer aux Français.
« Je restai un moment interdit. Mon indignation ne pouvait s'exprimer. Mais Dieu me donna du calme. k fis venir mes trois enfants, dont l'aîné n'avait que neuf ans, et je dis au colonel : — Monsieur, voilà mes
enfants ; je les chéris plus que ma vie ; prenez-les en otages ; et s'il vous arrive une seule égratignure de la part d'un Yaudois, faites-en ce que vous jugarex à propos ! »
Ah! il connaissait bien ses compatriotes, le noble citoyen qui s'exprimait ainsi; et pluii que personne^ il était digne de les représenter I
Les ofSciers se retirèrent rassurés, et lui laissèrent ses enfants; mais ce trait de l'histoire moderne est digne aussi des plus beaux jours de l'antique Italie.
Je n'irai pas plus loin : les faits me pressent et me débordent. Malgré mes soins pour abréger, je sens se briser le cadre de ce travail, sous la pression des événements multipliés qu'il doit encore contenir. Que la sécheresse des pages suivantes , où une extrême concision me permettra seule de faire entrer tout ce que comporte le sujet du chapitre , soit compensée par les détails plus animés de celles-ci.
Napoléon était revenu d'Egypte (1); il avait dissous le Directoire (2), organisé le Sénat (3), reçu le titre de premier Consul (4.), reconstitué les tribunaux (5), l'administration (6) et l'armée (7).
(1) Du 24 août au 16 octobre 1799. — (2) Le 10 novembre. — (3) Le 34 ^embre. — (4) Le 13 décembre. — (5) Le 17 mars 1800. — (ft) Le 17 fôvrier 1800. — (7) Du 10 novembre 1799 au 27 avril 1800.
n Mait sa main puissante pour reconstruire y en aussi peu de temps, Tavenir de la France avec les débris du passé.
Le 6 mai iSOO; il part de Paris, pour venir se mettre à la tête de Tarmée des Alpes. Dix jours après, il franchit avec elle les neiges du Saint-Bernard. Une semaine s'est à peine écoulée, que les places de Suze, d'Yvrée, de la Brdnette, sont déjà entre ses mains. Le 2 de juin , il était à Milan.
Toutes les troupes coalisées contre lui s'étaient réunies dans la plaine d'Alexandrie. Il y marche ; les bat à Montébello (i) , et son armée jusque-là victo^rieuse (3), parut cesser de TétreàMarengo. a II était trois heures de Faprès-midi ; tous les généraux regardaient la bataille comme perdue. Dans la persua- SKHi que l'armée française était en déroute, Zach maiMBUTrait pour lui couper la retraite. — Soldats ! il iMms fout coucher sur le champ de bataille ! — s'écrie Napoléon. » Au même instant , il donne Tcmlre de Quircher en avant. L'artillerie est démasquée ; elle fait Pendant dix miputes un feu terrible ^ l'ennemi étonné
(1) Le 9 de juin. — Il fit aux Autrichiens six mille prisonniers.
(^ La prise des plaees de Nice (29 mai), de NoTare (30 mai) , de Tur- ^ (H mai), de Pa^ie (3 juin), de Lodi (4 juin), de Crémone (5 juin) et de Plaisance (7 juin), précéda la bataille de Marengo.
s'arrête; la charge est battue en même temps sur ■ toute la ligne : et cet élan qui se communique comme 1= la flamme au cœur des braves, les entraîne à la voix b de leur chef. Desaix arrive avec sa division, calme et i intrépide ; et Tennemi qui croyait nous couper la re^ ^ traite, est tourné lui-même par sa gauche.
« Dans ce moment, Bonaparte ordonne à la cava- t lerie de passer au galop par les intervalles. Cette ma- i nœuvre hardie décide le succès.
a Les Autrichiens plient de partout. L'ardeur des i nôtres s'en augmente; ils s'emparent de Marengo... ^ La bataille est gagnée (!)• »
Tout le Piémont et toute la Lombardie , retombèrent ainsi sous l'influence de la France ; et la répu^ blique cisalpine fut soudain proclamée.
a Cet événement, dit M. Monastier (2), auquel d'ailleurs les Yaudois n'avaient pris aucune part, leur faisait une position comme ils n'en avaient jamais eu, comme ils n'auraient jamais osé l'espérer. En un jour.
(1) Extrait d'un écrit da maréchal Lannes, cité dans rhistoire de Napoléon par Hugo, p. 154-158. — La bataille de Marengo eut lieu le' 14 juin. — Un armistice fut signé le 15; et le traité d'Alexandrie, qui rendait le Piémont et la Lombardie à la France , fût conclu le 16 juin 1800. — Le lendemain 17 , Napoléon était de retour à Milan.
(S) T. II, p. 190.
le par enchantement, ils voyaient tomber i lois prohibitives, sous lesquelles ils avaient mps gémi. La barrière qui les séparait des toyens venait d'être brisée. Un libre champ ert à l'activité de leurs lumières et de leur in- De parias méprisés , ils passaient au même itique que leurs persécuteurs les plus hau- , ce qui leur était plus précieux que tout le i allaient jouir sans entraves de cette liberté e, pour laquelle ils avaient lutté pendant trois »
ui chapitre suivant que nous allons les voir te nouvelle position.