‹ L'Israël des Alpes (volume 5)Chapitre 5 sur 45 · WI · texte numérisé non relu

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sures prises par ie gouvernement provisoire j qui fat alors établi en Piémont.

Son règne fat de peu de durée (4).

Une nouvelle coalition s'était formée contre la Fr&noe (2) ; et six mois s'étaient à peine écoulés , qu'une armée russe envahissait le Piémont , sous les ordres de Suwarov^ (3). Napoléon n'était plus là; Milan (4) , Turin (5), Alexandrie (6), tombent au pouvoir des alliés. Les républiques de Gènes et de Naples, ont bientôt cessé d'exister (7).

(1) Devant l'invasioD dont noof alloni parla , le gonveraeniAit provisoire se retira à Pigoerol; ensuite à Fenestrelle, où sa retraite fut couverte par les Yaudois qui repoussèrent les Autrichiens, au défilé du Malanage. La place de Fenestrelle demeura aux Français pendant tout le temps de l'occupation austro-russe.

(3; Par suite du traité d'alliance offensive et défensive entre TAi^leterre et la Russie, signé le 5 janvier 1799. (Un simple traité d'alliance avait déjà été formé entre les deux puissances , le 18 décembre 1798.)

(3) Prononcez Souvarof.

(4) Le 20 juin.

(5) Le 33 juillet.

(6) Rendu le 24 mai.

(7) La RéptMiqtu parthénopéenne avait été établie après Toccupation de Naples, par Championnet. (Le 23 janvier 1799.) — On lit dans la vie de ce général, que la population de Naples, et surtout le clergé, voyait avec déplaisir l'occupation de cette ville par l'armée française. — Le jour oà s'opère annuellement le prétendu miracle de^ la liquéfaction du sang de saint Janvier, patron des Napolitains, le prodige habituel tardait à se réaliser. — C'est un signe de la colère divine contre l'occupation française disaient les moines. — Le peuple commençait à manifester des intentions menaçantes. — Le général est averti. — Allez dire à l'évéque que je te

fraBçatse, victorieuse à la Trébie (I) et à NoTi &}, recniait, épuisée par ses victoires, devant des forces sapériesTes (3).

A Cannagnole , la population indigène se souleva contre la garnison , et la bravoure des Vaudois contribua puissamment à comprimer Témeute (4).

Cependant il fallait reculer. Les cosaques venaient 4'eovahir Pignerol. Des blessés français, des invalides, logustes et misérables débris de l'armée de Vérone, leftaaient devant eux. a Ces malheureux, dit un con-

(cnds responsable de l'efieduatioa da miracle , dit-il i l'on de ses aides âe eimp. Si dans dix minutes le miraéle ne s'est pas accompli, Son ExceU Ittce sera inmédiatemeot fusillée. — Il est inutile d'ajouter que la liquébetioB da prétendu sang de saint-Janvier eut lieu quelques instants après que ee message fut parvenu an prélat. — Le général Championnet était petettant

(1) La bataille de la Trébie eut lieu du 17 au 19 juin 1799. Les Autrichiens pv^teodent l'avoir gagnée.

(S) Le 15 août.

A ▲ Hof i, lu Français perdirent 10,000 hommes. — Les Attstro>Rnsses orent 13,000 morts et 7,000 blessés. — ttais leur armée était de 70,000 ^ttuses et eeUe des Français de 45,000. Le général Joubert, qui les com- «uidait, 7 périt.

(4) Toir Ii-d«8sus les réflexions de Monastier, T. II. p. 191. — Un con- 1>i^nlB présente ainsi ce lait : i L'administration générale dn Piémont 1^^ réfugiée à Pigoerol... On fit partir pour cette ville quatre k cinq *ttti ?audois, qui croyaient ne pas devoir aller plus loin ; mais on les fit '■'Aer jusqu'à Koan, où ils se trouvèrent enveloppés par deux mille Franf*ii, qd les forcèrent de naroher sur Carmagnole.... t (Ltttre au comte ^ Viiperg , précédemment citée.)

temporain (i), étaient arrivés à La Tour, entassés sur plusieurs charrettes. Ils venaient de Gavour. Us mirent pied à terre sur la grande place. On apporta du pain, du fromage, du vin. Plusieurs d'entre eux soufiO^ient cruellement. Il y en avait dont les blessures n'avaient pas été pansées depuis plus de quinze jours : parce que les Cosaques les poursuivaient, pour ainsi dire, répée dans les reins. Le chirurgien FissoOr vint en panser plusieurs. Mais au moment où on allait les loger, une fausse alarme de l'arrivée des Cosaques , qu'on disait être aux Blonats, les jeta dans la teiTCur. Les charrettes qui les avaient amenés étaient reparties pour Cavour; la plupart d'entre eux avaient de la peine à se traîner. On les accompagna jusqu'à Sainte- Marguerite où ils firent une halte nouvelle , et poussèrent le soir jusqu'à Bobi, où ils arrivèrent sans argent, sans médicaments et sans linge. »

C'est à l'humanité du pasteur de Bobi, le vénérable Emmanuel Rostan , et au dévouement de ses parois-

(1) Mémoires de Paul Appia, sur les évéDements qui se sont passés de 1799 à 1816. — L'auteur de ces mémoires fut nommé membre du contnl général et juge de paix à La Tour. — Ses écrits sont la principale source à laquelle j'ai puisé pour l'année 1799. — ils m'ont été communiqués par le vén. M. Appia, pasteur de l'Eglise française de Francfort S. M. , à la mémoire duquel mon respectueux attachement ne saurait témoigner trop de reconnaissance.

siens, cpie les blessés français durent alors d'être rendus à leur patrie.

Voici comment le fait est officiellement exposé , daos un ordre du jour du général en chef de l'armée française (1).

a Trois cents malades ou blessés étaient arrivés à Bobiy dans le dénùment le plus absolu et prêts à périr faute de secours.

a Le respectable vieillard Rostan et son épouse se montrèrent dans cette circonstance avec cette noble

(1) C'était le général Sachet. Il enroya lai-mème cet ordre du jour au ■ii i t tft Rostan , avee une lettre qui se terminait ainsi : t Le général en

• ebef, citoyen pasteur, a pensé ne pouvoir dans cette circonstance donner I nn témoignage plus sensible de sa satisfaction , qu'en offrant une telle « conduite à l'admiration de l'année. » Les deux pièces sont datées dm eamp de la Pietra, 3 frimaire 1799. (24 novembre 1800.) — Une lettre du tlbet de bataillon Pressecq, commandant de place au quartier général, aceoapagnait cet envoi. — • Je suis bien flatté, citoyen pasteur, d'avoir reçu g de m<m général Thonorable mission de vous faire passer le paquet ci- « joÎBt. Il le remercie easaite d'avoir sauvé la vie à tant de leurs frères f d'armes. Je n'ai pu, dit-il, donner plus tôt connaissance au général de cette f belle action, attendu que ce n'est que dans le mois de brumaire dernier

• que j'en ai été instruit, et cela par un pur hasard, etc.... »

Bostan reçut plus tard une lettre du chancelier de l'ordre de la légion dlMoaear (baroa de Laeépède) , qui lui annonçait la décoration. — J'expUqoerâi plus loin pourquoi il ne l'a pas reçue. — Voici les premières ligmeé de l'ordre du jour de Snchet. • Le général en chef , à qui il a été

• renda compte des actes d'humanité et de républicanisme, exercés envers I les Français, par les habitants de la vallée de Luserne et surtout par le « respectable vieillard Rostan, ministre protestant, ordonne que les détails ■ de lear louable conduite soient offerts à la reconnaissance de Tai^iée. • Sait le narré des événements.

simplicité qui caractérise les républicains. Us n'ont qu'un veau et vingt-cinq pains, qui sont aussitôt distribués aux malades. Ce vénérable vieillard ne borne pas là sa générosité : il y ajoute le peu de vin qu'il a et quelques chemises qui sont employées au pansement des blessés. Vers la fin du jour (c'était plutôt quelques jours après) (i), on craint d'être surpris; ear les ennemis n'étaient plus éloignés de Bobi que de quatre milles. A l'aspect du danger, la sollicitude du citoyen Rostan est réveillée de nouveau. Il fait un appel à ses compsctriotes de toute la vallée, pour les inviter à porter sur leurs épaules (au delà des frontières piéïnontaises) (2), les trois cents français malades ou blessés.

a Cet appel est bientôt suivi de l'exécution. On traverse le col La-Croix, qui est un des plus longs et des plus diftîciles des Alpes , et encore couvert de neige. Après dix heures d'une marche des plus pénibles, on arrive au premier village de France où les blessés sont déposés. Ils oublient leurs maux, pour bénir leurs li-

(1) Cette parenthèse se trouve dans l'écrit de Suchet. Les Austro-Rutses arrivèrent à La Tour le 3 juin ; et c'est te 4 juin (1799) que les blet* ses français furent transportés de Bobi en France.

(2) Cette parenthèse n'est pas dans l'ordre du jour.

bératears; et les braves habitants de la vallée de Luserne, qui venaient de faire preuve d'un courage audessus de tout éloge, retournent dans leurs foyers.

c Puissent une teUe conduite et un tel dévouement

être d'un utile exemple et trouver des imitateurs I »

Ce foit cependant fut imputé à crime aux Vaudois,

par leurs ennemis piémontais (1) ; et Souwarow leur

adressa une menaçante proclamation.

c Peuples! leur disait-il , quel parti comptez-vous

(1) Yoy. Monoêlier T. U, p. 19S. — Cet auteur a cm devoir rappeler an bat de cette page que Marauda, dans son ouvrage, TàUeau du Pumont , rerendiqiie IlKmneur de eet acte de dévouement, accompli , dit-il, par lea ordres. — Voici une anecdote contemporaine, qui montre la valeur de cette aaertioB. — i En 1801 (dit Appia dans ses mémoires), me trouTsnt à Turin, je fis visite à M. Marauda, qui était alors occupé d'écrire son TcMetm 4m Ftéwunt. — Vous pourries y insérer la belle action de Rostan. — Quelle Cit-clleT dit-il. — Je la lui racontai. — Il ignorait donc ce fait ; et lors de U publication de son ouvrage, je fus extrêmement surpris de voir qu'il se fappropriait : se faisant adresser une lettre où Ton disait que, sons ses or» dret des soldats de son corps avaient sauvé ces Français. — Mais en 1799, ee eorps n'existait pas. Marauda était alors dans la vallée de Saint-Martin, it avec loi le cheval de Jean Bonjour de La Tour , qu'il n'a javoulu payer, et que les Austro-Russes lui prirent à Pral, au moment où fl dierdiait à passer le soi , pour se retirer à Abriès. • — Çest à caase de l'incertitude jetée sur la belle action du pasteur de Bobi , par cette réelamation de Marauda , qu'on ne donna pas suite au projet de décorer le TénéraUe Rostan. — Marauda lui-même demanda la croix d'bon- ■enr, mais sa lettre resta sans réponse. — Je ne puis le juger comme militaire (quoique les mémoires d'Appia contiennent encore cette note : « Maranda avait liait le double espion en 1792 et 1793) ; t mais , comme Ustorieo, il n'a aucune autorité. — Son nom ne se serait pas même trouvé dans eet pages, sans la note de M. Monastier.

de tenir? Hommes séduits, vou8{ffotégez les Français; les perturbateurs, les ennemis de la tranquillité publique. Ils se sont déclarés les ennemis de rHomme- Dieu ! et l'ancien attachement de vos aïeux pour les dogmes chrétiens... vous a («ocuré la protection de r Angleterre. Les Français se sont déclarés les ennemis de cette puissance; et cette puissance ^ vc^re bienfaitrice, n'est-elle pas maintenant notre alliée? etc (1).... »

Déjà les troupes russes étaient arrivées à Pignerol. a Les habitants de la vallée de Luseme (dit Âppia dans ses mémoires) , prévoyant qu'ils ne tarderaient pas à recevoir leur visite , jugèrent à propos de nommer des députés, pour aller à leur rencontre et traiter avec elles (2). Je fus du nombre; et le 3 juin 1799, à la pointe du jour, ayant été prévenu que les coalisés pa^ raissaient en grand nombre du côté de Luseme, je me levai ; mais avant que je fusse habillé , les cosa-

(1) Cette proclamatiou, qui n'est pas datée, est imprimée sur deux coionoes, l'une en italien et l'autre en français. Hahn la donne en entier à la p. 207, du 2e vol. de son ouvr. Hùt. de» Sectes au moyen âge,

(2) Ces députés furent : Jean Daniel Peyrol ; Jaoqvee Vertu ; Pitm Voile f de Saint-Jean, ancien capitaine des milices Taadoises ; l'avoeat Pkh «htUt quoique catholique ; et Paul Appia, l'auteur des mémoires.

qaes parcouraient déjà les rues de La Tour, en poussant des hourras! effrayants.

Des pillards les suivaient pour nous dévaliser. Mes eoOègues étaient absents ; Pierre Voile défendait sa maison contre le pillage. Jacques Vertu avait perdu la parole de saisissement, et ne pouvait me suivre. Je revins sur mes pas^ fort inquiet du parti que j'avais à prendre ; car j'hésitais à me présenter seul à quatre on cinq cents furieux, qui ne pourraient peut-être pas comprendre mes paroles. — M. Appia, prenez garde ! me dit un catholique, que je rencontrai; car vous avei encore votre cocarde tricolore. — Je le remerciai de son avis et remplaçai aussitôt ma périlleuse cocarde par un morceau de papier blanc. Puis, élevant les mains vers le ciel , je priai Dieu de m'assister et dans l'espoir d'être utile à ma patrie, je m'acheminai ters les Cosaques. Ils venaient de massacrer huit hussards de Zimmerman. Mon cœiu* tremblait comme 8oq[>endu à un fil. On commençait le pillage; je vis la boutique des frères Long envahie.

Le danger raffermit mon courage. Ce que Dieu garde est bien gardé : remettant mon sort entre ses mains, je m'avançai sans crainte vers l'officier qui

— no —

me parut le plus élevé en grade. — Qui ôtes-vous? et que voulezvous? me dit-il en allemand.

Je lui répondis, dans cette langue , que j'étais un magistrat du lieu et que je désirais sayoir ce qu'il eugeait des habitants de La Tour.

— Qu'ils mettent bas les armes; et qu'on nous livre tous les Français.

— Nul n'est armé. Les Français sont en fuite ou massacrés.

— Votre nom?

— Appia.

— Garantissez-vous sur votre tête la vérité de ce que vous dites?

— Oui, Monsieur.

— En ce cas, je vais sonner la retraite.

Mais avant de le quitter, je voulus m'informer du lieu où se trouvait son général. — Il n'y a point de général I reprit-il.

— Et votre commandant? ^

— Il est à Saint- Jean.

— Donnez-moi un sauf-conduit pour me rendre auprès de lui.

Il réfléchit un moment , puis il dit : — Vous n'en avez pas besoin.

Alors il fit sonner la retraite ^ et je me mis à la recherche de mes collègues en députation.

Les deux premiers que je vis n'osaient sortir, parce qu'ils avaient entendu dire au premier officier qui avait paru, qu'on allait mettre tout le bourg à feu et à sang. Je les rassurai et nous nous mîmes en marcbe^ pour Saint-Jean.

On s'y battait; car nous entendions le bruit de la fiiâllade. Chaque coup me portait au cœur. Arrivés aux Blcmats , nous fûmes cernés par trois patrouilles de Croates. Mais il nous était impossible de rien faire comprendre. A ce moment parut un officier sur le pont. Nous levâmes un mouchoir blanc en l'air; il nous répondit de même et nous fit amener à lui. Lui ayant expliqué l'objet de notre mission, il nous dit d'aller le rejoindre à Luseme, auprès du colonel Woisach.

Nous y sdlftmes. Cet officier nous reçut très bien. La première chose que je lui demandai fut de rendre la liberté à la fille atnée de Pierre YoUe , qui avait été ^tée par les soldats. Il me l'accorda tout de suite, ^hardi ^ je lui demandai la même grâce pour une ^ntaine de prisonniers, que nous avions vus sous la balle; mais il nous la refusa. Après quoi il nous dit :

« Messieurs, retournez dans vos maisons; dites aux a habitants d'être tranquilles et de reprendre sans « crainte leurs travaux. »

Je le priai de me donner cet ordre par écrit.

— Allez récrire, et je le signerai.

Nous entrâmes chez le curé où nous écrivîmes Tordre; mais le colonel était déjà monté à cheval; nous nous hâtâmes de le lui apporter et il le signa sur le pommeau de la selle.

Je lui demandai encore Tautorisation d'établir des patrouilles, pour nous garantir du pillage.

— - Allez, répondit-il; tout ce que vous ferez sera bien fait. — Et il ajouta cette autorisation sur le billet qu'il avait signé.

Il nous avait parlé moitié en latin et moitié en allemand.

Nous partîmes fort satisfaits de notre mission, b

L'auteur raconte ensuite qu'il favorisa l'évasion d'une compagnie de soldats français (i), en leur donnant des guides pour les conduire à Angrogne, et de là sur les terres de France, leur évitant ainsi de tomber entre les mains des ennemis.

(1) Appartenant à la trente-troisième demi-brigade de ligne, que le général Carpeotier avait envoyée à Zimmerman , depuis Briançon.

D fit aussitôt établir une garde spéciale, dans chaque commune vaudoise (i).

Puis, observant que la faveur qu'il avait obtenue pour le repos des Vaudois. ne dépendait encore que d'un subalterne, il résolut de la faire sanctionner par le général en chef.

Ayant réuni ses codéputés, il partit avec eux pour PigneroL

«Arrivés à Briqueras, dit-il, nous tombâmes au milieu de quelques centaines de Cosaques , qui brûlaient d'envie de nous dévaliser. L'un d'eux avait même déjà porté la main à la bride de mon cheval ; nuis un oflScier autrichien nous fit relâcher. i>

A Pignerol, le comte Zuccato introduisit les députés auprès du comte Denison , commandant l'avantgarde des troupes austro-russes.

— Messieurs, leur dit cet officier, vous venez d'une vallée rebelle ; il faut vous rendre aux arrêts. Et il les fit reconduire dans leur hôtel, par un huzard, chargé d'y mettre bonne garde.

« Ce huzard , ajoute l'auteur , parlait très bien le

(i) Lei eatholiqaef, dit-il, et ceux qui espéraient le piUage, ne pouvaient 'éprendre cornaient on remettait aussitôt les armes aux mains d'une po- P^lttion qu'on était irenu désarmer. Aussi disaient-ils, à propos des Tan- ^ : • Quad le diable tiendrait, il est tout de suite leur ami >

hollandais. Nous entrâmes en conversation, n avait habité Amsterdam et se trouvait lié avec plusieurs personnes de ma connaissance. Au bout de quelques temps il fut tout à fait de nos amis.

a L'auberge était remplie d'officiers autrichiens , parmi lesquels il y en avait de blessés. Ils avaient été repoussés au Malanage par nos gens des communautés de Prarusting , Angrogne et Saint-Germain , qu'on avait postés là, pour couvrir la retraite du gouvernement provisoire. Ce^ officiers nous regardaient de bien mauvais œil.

(X II était arrivé dans la journée dix à douze mille Austro-Russes, qui bivouaquaient sur les places de Pignerol. Ces troupes étaient destinées à marcher contre la vallée de Luserne.

Cette cruelle pensée m'empêcha de prendre aucun repos durant la nuit.

a Au point du jour , une éclatante musique se fit entendre. C'était le régiment russe qui faisait sa prière. Un moment après, on frappa à grands coups de crosse de fusil. à la porte de l'hôtel, puis à celle de notre chambre. C'était un aide de camp , arrivant pour nous conduire au prince Bagration, qui logeait chez le comte dePavie, l'un de nos plus cruels ennemis. Le

sort de notre chère patrie allait peut-être dépendre des hasards d'une entrevue. Hais non, il dépendait de Dieu ; et Dieu nous protégeait; car ce prince russe se trouva être un ange de bonté, dont les Vaudois béniront à jamais la mémoire.

€ Il écouta patiemment tout ce que je lui exposai sur là position de nos vallées, et je terminai par lui dire que je lui apportais la soumission des habitants. — Cest bien! dit-il; l'avez- vous par écrit? — Non , Monseigneur. — Eh bien, allez l'écrire et signez-la.

« La lui ayant apportée, nous lui demandâmes la grâce de trente-trois malheureux prisonniers, que nous avions vus à Luseme. — ^ Je vous l'accorde , répondit-il avec obligeance.

< Etant sortis ensuite, nous vtmes sur la place une tourbe de cinq à six cents hommes , chargés de sacs , de cordes et de hottes. — Que veulent ces gens-là î dit le prince. — Vous demander des armes. — Pour quoi feire? — Pour saccager et piller nos vallées. — Qu'on chasse cette canaille! dit-il à un colonel; et un régiment de Croates l'eut bientôt dissipée.

< Un ofScier de Nice était sur la place de Saint-* Donat , devant une table où se signaient des enrôlements volontabes; là il criait à la foule : Af veut piè

parti per ender contra i Barbets (1)? Dès qu'il eut appris Tordre de Bagration, il disparut aussi, d

Les députés se rendirent ensuite à la mairie, où les ordres du prince devaient leur être expédiés avec des passeports. Mais avant de les leur remettre, on leur lit signer une déclaration, par laquelle ils répondaient, mr leur tête, de la tranquillité des Vallées.

Ces dignes patriotes n'hésitèrent pas à signer. Etant revenus aux Vallées, ils apprirent qu'une horde de quelques centaines de brigands , s'était jetée sur la colline de Prarusting, pour se livrer au pillage et qu'on avait déjà incendié le quartier des Gay (2).

Aussitôt les députés vaudois mandent un exprès, pour en donner avis au prince. Bagration fit immédiatement cesser ces brigandages, et peu de jours après, il envoya une estafette à La Tour, pour engager ces mêmes députés à revenir à Pignerol.

— Messieurs, leur dit-il, en les voyant, j'ai été si satisfait de la manière franche et loyale avec laquelle vous avez agi, que je n'ai pas voulu quitter cette ville sans avoir le plaisir de vous revoir. Mais ce n'est pas le seul motif qui m'a fait désirer votre présence; de*

(1) Qui veut Rengager pour marcher contre les Vaudoii?

(2) L% perte subie dans ce quartier fut étaluée à 25,000 fraucs«

main vous serez appelés à faire votre soumission au maréchal.

Le lendemain, ils partirent avec le comte Zuccato, pour se rendre à Turin, auprès de Suwarow.

a Des officiers reconnaissant le comte lui dirent : D'où venez-vous, Zuccato? — D'une expédition mancpiée. — Laquelle? — Nous devions marcher aujourd'hui contre la vallée de Luseme : ce pays s'est rendu; voici les députés (1). »

Après quelques heures de repos, ils furent conduits dans le palais du maréchal, qui logeait chez le prince de la Cisterne; mais ne pouvant les recevoir ce jourlà, il les invita à dîner, pour le lendemain, à huit heures du matin.

«En attendant Theuredu diner, on nous introduisit dans la salle de Tétat-major, où nous trou-

(1) ÀTaot d'entrer & Turin , le comte recommanda au postillon de faire le tour de la 'viHe pour y pénétrer par la porte du Pô, car les Français oc- ^paient encore la eitadeUe, et tiraient lor toutes les toitures ou les ea- ^ilcades qui entraient par Porte-Neute. <— Ah bah ! dit le postillon, (pour éviter une demi-heure de chemiu), on ne tirera pas daos ce moment. — S vous D*aTez pas peur, ni moi non plus, dit Zuccato ; ce n'est pas mon mé tier. ~~ Et la voiture fut lancée au galop. Mais bientôt une roue se détache et, au même instant . un boulet passe sur la tète des voyageurs. « Je suis persuadé, dit Appia, que l'artilleur crut que c'était lui qui nous avait renversés. > — Cet accident n'eut pas de suite fâcheuse.

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