ETAT DES VAUDOIS
sous LÀ RESTAURATION (De 1814 à 1848.)
SooBGU n AUTOiiTBf. — Pïèces offidelle». Ampliations de docameoti.
— Mémoire tur Ui dtttinéet iet Vaudait depuit la révolution françaite
( en allemand ; par le profesieur YA-nim de Halle ; compris dans une cérie
de matériaux pour l'histoire eccléiiastique moderne, publiés dans les Nou-
vellet anwUet théologiquee de Halle. Lvrr, de mai 1821, p. 316. — Dans le
même journal : livr. de mai 1823, p. 316 : Aperçu eur Vétat actuel dee
Yaudoiê du Piémont.) — Die Waldenser in unseren Tagen , Yon D. B. T.
Mayeriioff, Berlin, 1834. — Sus, Mémoire» relatif» aux Fondoit. (Londres,
1814, en anglais.) — Rapports sur le» travaux du comité vaudoi», établi à
I^Midres à la suite du grand intérêt qu'excita en Angleterre la Relation d'un
voyage dans les Vallées, par M* W. Gillt.) ~ De cet auteur : Valdo et Vi-
gUance. — Monastier : les deux derniers cbapitres de son ouvrage. —
BiiMB , .4 hrief narrative of a visit to the Vaudois , etc. — Bulle^
(tN« et Rapports du Comité vaudois établi à Londres, en 1821. — Autres
oovragei en Anglais : Aclaud, PuNvnuATB, Jacksou, BaiotaBinGB, etc.
(Voir la Bibliographie.) — Statment of the grievances of the Waldenses ,
1843, in-8o de 40 p. publié par le comité de Londres. — La complète éman-
tipalion des Vaudois, par le comte Ferdinand Dbl Poixo, 1839 (en italien.)
^ Témoignages en faveur des Vaudois (en anglais : Londres 1836.) — La
<M(roiifM et la tiare : Considérations sur l'état présent des Vaudois. Lon»
dret 1842. — Etat et griefo des Yaudois ea 1843. L'qd et l'autre eo anglais, etc.... — Et de Donibreuz artides Je jonrnaaz: Monly Bfvievo juin 1814 ; Quarterley Reviexo 1843 ; Revue d'Edimbourg, Magagin hrilanniquef Gazette d'Augebourg (décembre 1843) ; Archivée du chrietùmitme ; Archivée Weeleyennee; le Semeur, ete. (Ces différeatea sources oat été indiquées avec plus de détails, dans la dernière partie du catalogue placé à la fin de ce f<A.) — Enfin, Mémoiree d'Appiti : lo Bio^rofhiquee; SoSur VAat actuel det Vaur doit considérée au point de vue de l'hietoire et de la ttatittique. ( Ce second mémoire est daté du 14 férrier 161(( et fome on manuscrit de 13 p. fol).
Au point de vue rigoureusement historique, l'époque de la restauration devrait s'entendre, pour les Yaudois , depuis le moment où ils sont rentrés sous la législation exceptionnelle du dix-septième siècle (1614) , jusqu'à Tavénement du régime constitutionnel, qui proclama leur émancipation civile et politique (1848) 'y et Ton ne serait pas même fondé à clore là cette période, si quelques-unes des dispositions arbitraires du passé se maintenaient encore dans Tavenir.
On a lieu d'espérer qu'il a'en sera pas ainsi : grâce à la liberté qui s'y est établie, aux lumières qui s'y propagent , à la charité qui s'y réveille, et aux progrès déjà accomplis, par le sage gouvernement qui préside à ses destinées.
C'est donc aux dernières mesures de répression , poursuivies contre les Yaudois en vertu des lois an-
demies, que nous bornerons ce chapitre : ne croyant pas devoir étendre le nom discrédité de restauration, sur les dernières années du règne de Charles-Albert, qui ouvrirent la voie nouvelle et ont laissé de si grands souvenirs.
(Avril 1814.) Victor-Emmanuel IV allait ressaisir le sceptre du Piémont; il était roi depuis 4802, mais n'avait pas encore régné. Une flotte anglaise était allée le diercher en Sardaigne^ pour le faire passer de Fexil sur le trône de ses ancêtres.
J.ies Vaudois jugèrent à propos d'envoyer une députation à Gênes, pour le recevoir à son débarquement et lui recommander les destinées de leur patrie.
Les pasteurs et les maires de toutes les communes vaodoises se réunirent donc à Rocheplate , le A mai 1814. Ils nommèrent pour députés M. Peyran et M. Appia. Ce dernier nous a conservé la relation de l'ambassade.
« Nous partîmes , dit-il , de Pignerol , le 6 mai , et arrivâmes à Gènes le 9. Une heure après notre arrivée , l'artillerie de tous les forts et celle de tous les vaisseaux de guerre anglais, annonça que le roi venait d'entrer dans le port, a Nous jugeâmes que nous n'avions pas un mo-
ment à perdre pour obtenir une audience du général Bentink, commandant des forces britanniques. N'ayant pu lui être présentés , nous remîmes notre requête à son banquier, et au révérend Wennok, chapelain des troupes britanniques, qui s'intéressa vivement à nous.
« La requête portait, en substance, cpie nous priions Sa Majesté de nous traiter comme ses autres sujets. Nous eûmes la certitude qu'elle avait été remise au général, et recommandée par lui à Victor^Emmanuel. Mais ce dernier fit si peu de cas de la recommandation, faite par le représentant de cette grande et généreuse nation qui venait de lui rendre un trône, qu'avant même d'être arrivé à Turin , il fit paraître un édit qui remettait en vigueur toutes les anciennes mesures d'intolérance et d'exclusion , perlées contre nous(1). »
Par cet édit , l'injonction de cesser tout travail les jours de fêtes catholiques ; la défense d'acquérir des biens hors du territoire des Vallées; l'interdiction de toute charge civile; l'obligation d'avoir dans les conseils communaux une majorité catholique , et beau-
(1) Mémoires de Paul Appia , sur ce qui s'est passé dans les Voilas de 1799 à 1816. — L'édit dont il est ici question est du 21 mai 1814.
coup d'autres mescffes vexatoires étaient de nouveau imposées aux Yaudois*
Ce |Nrince, qui avait à réorganiser toutes les administrations de ses Etats, à relever le lustre de sa couronne ^ à faire oublier la gloire usurpatrice de l'Empereur dans les vertus de la légitimité héréditaire , au lieu de se montrer un père pour son peuple, ne se montra qu'un valet servile du papisme.
Peu de jours après la publication de Tédit, qui faisait reculer les Yaudois jusques au régime de Philibert, Yictor^Ëmmanuel IV, signa deux ordonnances, Tune contre les francs-maçons, l'autre contre les mbergistes et les restaurateurs, qui serviraient du gras le vendredi et le samedi (!)•
Les Yaudois, redoutant avec raison les conséquences d'un retour si étrange à des rigueurs , dont les lumières du siècle avaient fait un anachronisme , hasardèrent une nouvelle tentative pour obtenir quelque adoucissement à leur position. Les mesures qu'on avait rétablies contre eux étaient si arriérées, 91e plusieurs étaient déjà tombées en désuétude à b fin du siècle précédent. Ils espéraient , d'ailleurs ,
(1) Lear faisant encourir dans ce cas une amende de douze écus d*or. '(lémoiret d'Appia.)
qa'en rappelant an roi les esEpreations de la leHie ai bienveillante que son père avait jadis écrite en fin«nr des Vaudoi8(i), il consentirait à réaliser ipielqiMSunes des promesses qni y étaient oonteniies.
Une députation vaudoise se mit dmcoa route poop Turin (3). Elle fut reçue en audienoer^^yale la 98 mai 1814.— J'acc<mlerai aux Vaudœs tout ce i|Be je pourrai, répondit le monarque (3). •— Ses intentioiis étaient sans doute bonnes ; mais le clergé eatboKqoei maître du souverain et ennemi des Yaudoia, parvint bientôt à rendre ces derniers d'autant {dus soqpedi au gouvernement restauré, qu'ils s'étaiooit montoés^ plus dignes de la protection et des égards de ceiiii qui venait de tomber.
(1) Biglietlo regio de Yietor-Amédée lU, au duc d'iuMto, daNidi 4 JM
(9) Composée de deux pagteun : Sert et Peyran ; et de devx laifÉM t Brezri et Vertu. — La requête qu'ils présentèrent an rot ae tnwt« daM Bbrt. Valdesi, p. 4S5. j
(3) Yictor-Emmanuet lY s'entretint familièrement avee let dépèlés. ft ^
leur fit Toir un tieil habit rapiécé qu'il atait porté eu SardaigM , «t mw^ .- r dit : • Voyez, c'est ma femme qui a mis cette pièce. » Mais cette dBijpfiillé 1 de mœurs, correspondait à une simplicité d'esprit, dont le dergé aot toa» 1 jours profiter. On tit ce roi suivre des processions nu-pieds, avec on cSnf» j dans la main, et descendre au r6Ie d'agent de police, en faisuit aifllflr' j lui-même les passants qui ne se découvraient pas devant la • -
(Ces détails sont extraits des mémoires d'Àppia et de divenct tes par les députés.)
ff Malgré le bon accueil que nous avions reçu , écrit un député, notre requête a été depellita (déchirée); ce à quoi Ton devait bien s'attendre, à la manière dont vont les choses. »
Sachons çré à Victor-Emmanuel d'avoir voulu aooiorder aux Vaudois tout ce qu'il pourrait; mais recontiaissons , pour la dignité du trône , cpi'il n'a rien pu du tout.
Bientôt; on donna Tordre à ceux qui avaient pris à fenne les biens nationaux accordés aux Vaudois par la commission executive et par Napoléon, de n'en phs exploiter les bois ni les vignes , et d'aviser à ce que ces biens pussent être prochainement remis en toute valeur entre les mains du gouvernement (i).
Puis on fit fermer le temple que les Vaudois avaient constrtnt à Saint-Jean , et ils furent obligés de célébrer leurs services religieux dans l'ancien temple du Chiabas , bâti sur les confins d'Angrogne, malgré le dAabrement de cet édifice depuis si longtemps abandonné (2).
(1) Cet ordra est da 30 septembre 1814. ~ Les comptes relatifs à l'ad- ■iùstratioa de ces biens furent réglés devant l'intendant de Pignerol, par It modérateur des Vallées, en juillet 1815.
(^ lit lettre du ministre de Tintérieur (comte Yédon) à l'intendant de Pignerol , pour cet objet, est du 3 octobre 1814. — Celle de l'intendant
Le seul fruit que les Vaudois retirèrent de cette seconde députation, fut une patente royale qui confirmait les latitudes dont ils avaient joui avant 1794, et maintenait toutes les restrictions existantes à cette époque (1). Mais la privation des ressources sur lesquelles reposait le salaire de leurs pasteurs , et les nouvelles entraves apportées à leur culte , leur foisaient une impérieuse nécessité de recourir encore au souverain.
Cette troisième députation avait pour but de réclamer Tusage du temple de Saint-Jean y le maintien des propriétés achetées hors des limites, sous le gouvernement français , et une compensation des biens nationaux pour le traitement des pasteurs (2). Le roi refusa de se prononcer immédiatement ; il ajourna sa réponse; mais il manifesta de favorables intentions.
(comte Crotti) au modérateur, pour le même objet, est du 35 novembre. — Le ministre demandait la suppression de tous les temples bâtis hors des limites, a Je pense, ajouta le comte Crotti, au bas de sa lettre, qu'il saffira de fermer le temple de Saint-Jean, qui est le seul qui se trouve dans ce cas, et de vous réunir ailleurs. » — Nous trouverons d'autres exemples encore de cette bienveillante modération , par laquelle de dignes magistrats , sans manquer à leur devoir , savaient adoucir les rigueurs de leur souverain.
(1) Ces patentes sont du 30 septembre 1814.
(2) Cette députatioD doit avoir été reçue à Turin du 2 au 4 décembre
« Notre députation pastorale, écrit M. Bert (i), a été pfésentée vendredi dernier (2) à l'ambassade britannique (3). On ne peut rien de plus encourageant que cette réception. Son Excellence a paru prendre le plus vif intérêt à notre sort , et a promis toute son intercession auprès du roi. Elle a d'ailleurs témoigné sa suprise qu'on en revînt aux anciens édits.
« Nos députés ont remis entre ses mains un projet de requête à Sa Majesté y où sont exprimées toutes nos demandes relatives aux pasteurs, au temple de Siint-Jean, et aux acquéreurs hors des limites.
ff L'ambassadeur a demandé des nouvelles de notre bon M. 6 (A) qui lui avait écrit pour lui oflrir
ses services, en qualité de chapelain ; nous avons lieu d'e8pâ*er que non-seulement il sera agréé, mais qu'il y aura une souscription pour qu'il puisse résider dans la capitale.
(1) DtM nue lettre particulière datée de Sainte-Marguerite , 6 décemkeitia.
(I) Ce derait être le 2 décembre 1814.
tJK) A Tttric.
(4) U a'agit iei de M. Geymet, ancien modérateur des Eglises vaudoises, fais soQS-préfet de Pigoerol. — A la chute de l'empire français , tous les Taadois qui occupaient un poste quelconque dépendant de l'Etat, reçurent kar àèaÙÊÊÎoa, — Avant d'être sous-préfet, M. Geymet avait été pasteur de La Tour ; et M. Bert, Tauteur de cette lettre, fut d'abord son suffragant ; pidi il le remplaça. — U a publié sur les Yaudois un intéressant opuscule tetkBlé : Li Hvrt de famiUe, Genève 1830, in-12, de lO.*» p.
a On nous a confirmé que le baroa , général de Neyperg, serait ambassadeur d'Autriche à Turin.
a Notre sombre horizon s*éclaircit un peu. r~ Vous savez sans doute Tordre signifié de la clôture du temple de Saint-Jean. Cette signification a été en» voyée par Tintendant, avec des adoucissements de sa propre main. Déjà on a recomn^encé le service au Chabas. d
Mais les ennemis des Yaudois ne cessaient de les poursuivre de toute sorte d'accusations,
a Nous avons comparu à l'intendance; dit encore M. Bert (1), et nos adversaires semblent visiblement craindre les suites de leurs fausses accusations. L'accueil que nous avons reçu contribue à nous rassurer. »
Pendant ce temps, le congrès de Vienne avait ouvert ses séances (2). « On assure, dit M, Monastier (3), qu'un ami des Vaudois avait préparé les voies à ce que leur émancipation fût imposée au roi de Sardaigne , comme compensation des avantages territo-
(1) Par suite d'une citation du 17 novembre 1814.
(2) II s'ouvrit le 1er novembre 1814 , et fut clos le 10 juin 1815. L'sete du congrès se compose de 121 articles. Il a établi les divers Etats de l'Snrope tels qu'ils existent aujourd'hui.
(3) T. II, p. 203.
riaux qui lui étaient faits. Une démarche des Vallées auprès du congrès en aurait été Toccasion. Un mémoire fut rédigé; mais au moment de l'envoyer, la Table vaudoise, craignant de mécontenter un monarque qu'elle croyait généreux , ne jugea pas convenable de lui donner cours. Victor-Emmanuel, en effet, avait habité Pignerol , parcouru leurs vallées , commandé leurs milices ; et l'attente qu'ils fondaient sur lui était si grande, qu'ils renoncèrent alors à l'emploi des moyens qui auraient pu lui déplaire; x>
Ce monarque eut moins d'égards pour eux. Un ma- Difeste fut publié le 4 janvier i8i5, pour remettre en vigueur toutes les anciennes lois (i).
Les Vaudois renouvelèrent des représentations, qui furent inutiles (2).
Le gouvernement persista dans la voie qu'il avait choisie, et fit afficher dans les Vallées les principales dispositions des anciens édits (3) :
i" Il est enjoint à chacun d'observer religieusement tes fêtes catholiques.
(1) Manifetto del reggio governOy délia provincia di Pinerolo. (luiprimé.) (S) Mémoire sur l'e'tat actuel des Vaudoie.., (14 février 1815), par Paul
Juepk Afpia. — Manuscrit communiqué.
(3) Aviio al puidico , daté de Luserue k mars 1815, ei signé Cerrulto,
suppléant du vice-juge Perrotli.
1* n est défandude se lirrar à aucim travail osteasiUe, 068 jouis-là.
3^ On tolérera la v^ite des cpmestîbles : à conditioa de tenir fermée la devanture des tx>utiqi]6ii, et de cesser tout trafic pendant la messe , les vêpres et rinstruction catéchétique du prieur. Une exception est accordée en faveur des subsMmces médicinalea(i).
i^ Défense aux aubergistes, çafetieni traiteuvHi etc. de rien servir à personne , pendant ces m^nes heures j le tout, sous peine d'amende et de {NEiscmé
Toute esipèce de divertissement est en outre interdit (2).
La publication de ces diflKrentes mesures , depuis longtemps oubliées , causa une certaine fermentation dans le pays , surtout parmi la classe la plus mondaine de la population.
(1) Il y eut des débats pour savoir li le sucre, acheté chez on pharma« cien pendant ces heures privilégiées, devait être considéré eonme renède ou comme aliment.
(3) Cette pièce renferme neuf articles. Le dernier rappelle les dispositions des édits du 25 juin 1626 et du 20 juin 1730, qui rendent les protestants responsables de la présence d'un catholique dans leurs temples, etc... SperiafM che dipenienlemente a quanto sovra , tutti gli ébitanti 9uietti « chiumque tUtro, si faranno un dovere di metttrsi in rtgolay per eoti evitare ii dispiacere che proveriesimo di procedere emtro i cotUraventm. ^Dato Torre, Yallè di Lusema, ii k marzo 1815.)
Les anciens édits, cependant, qui avaient été remis en vigueur d'une manière générale, contenaient des dispositions bien plus vexatoires encore, et c'était pour ainsi dire une concession que de s'en tenir aux exigences sus-mentionnées.
C'est ce que le vice-juge, Cerrutto, chercha à faire comprendre à ses administrés, par une lettre destinée à être lue publiquement , et à éclairer le peuple sur l'esprit du précédent avis (i)« « On m'accuse, dit- il, d'une rigueur déplacée ; cependant, les édits que j'ai rappelés ayant été remis en vigueur par celui du 21 mai i8i4<, j'ai cru devoir en renouveler la connaissance pour éviter les nombreuses contraventions contre lesquelles j'aurais dû chaque jour sévir, si je les avais laissés dans l'oubli où ils étaient tombés. Je ne les ai donc rappelés que par intérêt pour mes administrés, et non par une rigueur volontaire.
a Leur observation amènera non-seulement le respect des fêtes catholiques , mais aussi une sanctification plus digne des jours de dimanche, que les protestants eux-mêmes font profession de respecter (2). o
(1) Cette lettre eit datée de Tarte, vaX Lutema, H 9 marzo 1815, et signée Cerrutto, vice-giudice del mandamento.
(2) Voici les termes plus sévères de la lettrt .... per levare h tcandaloso
n détermine ensuite le sens de Tédit de 1626, qui enjoint de se découvrir au passage du saint sacrement, ou de se retirer (1); et de celui de i730, qui accorde la faculté de travailler les jours de fête, moyennant une autorisation du juge. C'était faire entrevoir qu'il ne la refuserait pas ; d'autant plus qu'il termine sa lettre en disant : a Je puis en toute vérité me glorifier d'avoir toujours reçu toute sorte de bons traitements de la part des Yaudois; et je serais bien ingrat si je ne me faisais pas un devoir de leur rendre le réciproque, autant que la justice pourra le comporter (2), »
Mais au milieu de ces préoccupations secondaires, de grands événements s'étaient accomplis dans le monde.
Napoléon venait de quitter l'île d'Elbe (3).
Pendant que les souverains légitimes étaient impo-
abtuo dai proteitanti che dai giorni di domenica {fesla per loro da tutti i tempi iempre stata in tuo d'osservarsi con molta vigore), si fanno lecito di travagliare pttbUcamentey etc..
^t) Ces derniers mots sont un adoucissement, qui appartient à l'interprétation du juge lui-même.
'^2) lo posso con tulta verila gloriami ed atlesiare publicamente, d^easere tempre stato dai Proleatanli traltalo con ogni riguardo, e che dovrei ben essere taciato da ingrato se non fossi correspondente, etc....
(3) Il en partit le 26 février 1815, débarqua le 1er mars au golfe Juan et entrait le 20 aux Tuileries, que Louis XYIII avait abandonnées la veille.
ses à leurs peuples par des armées étrangères, ce glorieux captif, venu seul et sans armes, faisait fuir devant lui une royauté entourée de bataillons.
Cet homme étonnant qui , plus que personne , a répandu le sang des peuples, et que leur enthousiasme accueillait toujours; qui se fit roi, lorsque les rois tombaient au souffle révolutionnaire, et qui fonda sur les débris de leurs trônes le plus vaste empire qui se soit vu depuis TEmpire romain ; cet homme, qui avait forgé son épée avec les fers brisés par la révolution, et qui du fond de sa captivité, en face de tous les potentats réunis au congrès de Vienne , osa concevoir et exécuter Tincroyable projet de reconquérir le trône français par sa seule présence : Napoléon ve- :iiait de rentrer à Paris.
L'Europe tressaillit à cette nouvelle. Le congrès de tienne fut dissous ; Napoléon, mis au ban des Etats alliés, vit tous les rois qu'il avait vaincus marcher ^X)ntre lui à la tête de leurs armées.
Lui-môme , en deux mois de temps , avait levé plus de quatre cent mille hommes.
Une dernière lutte allait se livrer.
L'Europe était dans l'attente, les peuples dans la Tappréhension.
Les libertés qu'O ftTaft accordées anx Vaadoik^ et l'oppression que leof avait rapjxntée Victor-Emmanuel IVy firent penser qu'ils devaient s'intéresser an retour de f Empereur.
Il ne manqua pas de courtisans empressés d'exploiter ces soupçons. Victor-Emmâqliel s'était mis sous la dépendance absolue du clergé; c'était faire la cour aux rois que d'être agréable aiix prêtres ; et ces derniers ne cachaient pas leur joie aux accusations dont lesYaudois étaient l'objet. Il n'en fallut pas davantage pour que les soupçons se changeassent en certitode.
Un homme généreux et puissant , qui avait véou parmi eux(i), et qui venait d'être promu au grade d'intendant des armées du roi , le comte CSrotti y se porta leur caution.
Voici en quels termes, dignes et réservés, le modérateur des Eglises vaudoises donna connaissance aux pasteurs de ce fait et de la conduite qu'ils devaient tenir :
a Sa Majesté, à laquelle on nous avait représentés comme nous réjouissant du retour de Napoléon, ayant eu sur ce sujet un entretien particulier avec un
(1) Comme inteodant de la province de Pigaerol. — Il yiaita plaiiean fois les Tallées yaudoises.
seigneur, à qui nous avons déjà les plus vives obligations : ce seigneur a désabusé le roi , et m'a fait passer l'avis qu'il avait bien voulu être caution , auprès de Sa Majesté, de notre fidélité et de notre attachement à son service.
« J'ai cru devoir, MM. et très honorés frères, vous donner connaissance de ces particularités, vous priant tous en général, et chacun en particulier, de faire paraître par la sagesse de votre conduite, dans ces temps difficiles et épineux , que vous descendez de ces anciens Yaudois qui , quelquefois maltraités , ne laissaient pas d'oublier les torts de leurs supérieurs, pour courir à leur secours , et que rien n'était capable de détourner de leur devoir.
« J'ai une espérance bien fondée qu'avant la mi- Juin tout ira à souhait pour nous ; et que Sa Majesté, convaincue qu'on a cherché plusieurs fois à surprendre sa religion à notre égard , voyant la sagesse de notre conduite et l'attachement que nous avons poUr son auguste personne.... nous donnera des preuves non équivoques de son attachement et de ses soins paternels (1). »
(1) Cette lettre est signée de Jean Rodolphe Peyran et datée du Pomant, le 13 ayril 1815.
Cette espérance fiit loin de se léaliaer, maie la fidélité des Yaudois n'en fut pas ébranlée, et lear bonn« conduite ne cessa de protester contre les insinuatiois perfides auxquelles ils étident en butte.
Leurs pasteurs , privés de traitements fixes , n'avaient d'autre ressource alors que les dons volontaires de leurs paroissiens; le subside anglais ne leur lut rendu que sur la fin de 1814, et de plus amoindri (i).
Tous ceux d'entre eux qui avaient occupé une place sous le gouvernement firançais , en fiirent privés, si minime qu'elle fftt. Ils surent se résigner à cette défiiveur, que les préjugés du nouveau régime fiiisaient prévoir, mais que leur conduite n'avait pas méritée.
« M. Pierre Geymet, dit Monastier, avait su se conquérir le respect et rattachement de tous ses administrés , pendant les treize années qu'il avait occupé la sous-préfecture de Pignerol. Il a laissé dans ce cheflieu , tout catholique romain , une réputation intacte de probité, à une époque où les hauts fonctionnaires en avaient généralement si peu. A la Restauration , Geymet se retira à La Tour, si pauvre et si modeste
(1) Cette diminution dura- jusqu'en 18S7. Alors le Tén. Esq. Gilly obtint le rétablissement de ces subsides sur l'ancien pied , et le solde de rarriéré. ^ Cet arriéré fut capitalisé, pour fournir au traitement de deux nouveaux pasteurs ; ceux de Macel et de Rodoret.
à la fois, qu'il ne dédaigna pas, lui qui était quelques jours auparavant le premier magistrat des Vallées, d'accepter Thumble place de maître de Técole latine, dont le traitement ne dépassait pas 700 francs , et à laquelle il consacra ses dernières forces, jusqu'aux approches de sa mort, survenue en 1822 (1). »
Le gouvernement avait annoncé l'intention (2) de retirer aux Yaudois les biens dont ils avaient été nantis par l'administration française (3), afin de les restituer aux paroisses catholiques , qui avaient été supprimées à la même époque, et qui furent alors rétabUes. Mais les curés voulaient en outre que Ton fit payer aux Yaudois une somme équivalente aux revenus de ces biens , pendant tout le temps dont ils en avaient joui.
« Le comte Crotti, intendant de la province de Pignerol, assembla les intéressés (4!), et les invita à débattre leurs intérêts devant lui.
« Bien que modérée dans la forme , la discussion
(1) T. II, p. 199. — L'auteur de VlsraXl de» Alpe» a été lui-même un des écoliers de H. Geymet.
(S) Par no ordre du 30 septembre 1814.
(3) Par les décrets du 38 brumaire, 13 nivôse, 11 et '23 germinal an IX« ainsi que par le décret impérial du 35 thermidor an XIII.
(4) En juUlet 1819.
était tenace; chaque parti abondait dans son sens; elle ne paraissait pas tourner vers une solution, quand le plus jeune des prêtres qui, comme tel, prit la parole après ses confrères, émit un avis différent du leur, a Les ministres , dit-il, ont administré nonseulement légitimement, puisqu'ils tenaient ces pouvoirs de l'autorité reconnue alors par tout le Piémont, mais encore loyalement, comme le prouvent les comptes qu'ils viennent de nous soumettre ; ils ont conservé nos biens intacts et en parfait état : nous ne devons rien exiger de plus. »
a Ce prêtre équitable, ajoute Monastier, justifia avec tant de franchise et de vérité sa manière de voir, qu'elle prévalut, et termina le différend, à la grande satisfaction du digne intendant qui, au nom du roi , avait entrepris de l'arranger (1). »
Peu de temps après, les Vaudois adressèrent une requête à leur souverain , pour exposer rétat de souffrance et de disette ou sont réduits leurs pasteurs (2). « Nos honoraires, disent-ils , se composaient autrefois
(1) Monastùtr, T. II, p. 205.
(2) Ce sont les termes de la requête. — Cette requête n'est pas datée selon la déplorabie habitntle de l'aitciuiine chaoceilerie vaudoise; mais sa date est déterminée pur le parère du ministre qui est du 17 février 1816. — Ce parère a dix piges in-folio. (Archives de cour.)
de deux subsides d'Angleterre : l'un appelé royalj l'autre nationaL Ils s'élevaient annuellement à peu près à quatre cents livres de Piémont pour chaque pasteur.
« Le subside royal ayant éprouvé un retard en 1793 et i794, les pasteurs obtinrent du Synode de 1795, qu'il fût pourvu à ce déficit par les communes, à charge de restitution si ledit subside revenait. Ainsi ont été complétés nos traitements jusqu'en 1800.
a A cette époque, la commission executive s'étant occupée de nous sans que nous l'eussions demandé, il nous fut assigné une rente de biens nationaux, à titre de dédommagement des subsides perdus.
a Depuis le retour de notre légitime souverain, nous dûmes rendre tout cela; et les comptes en ont été réglés devant le régent de l'intendance, à Pignerol, en juillet 1815.»
Ils demandent en conséquence , que les communes qu'ils desservent soient imposées pour leur fournir un traitement, ou que Sa Majesté y pourvoie par quelque autre moyen.
Le préavis du ministre ne fut pas favorable à la demande des Vaudois : Tambassadeur britannique fit des instances, qui paraissent n'avoir pas d'abord été
écoutées (1), mais qui finirent par ramener le gouvernement à des vues plus sages et plus humaines. Ces dernires se firent jour dans un conseil des ministres, tenu le 23 février 1816 (2) , où Ton arrêta les bases de Tédit qui parut quatre jours après. Par cet édit, Victor-Emmanuel IV statuait :
1° Qu'il serait pourvu au traitement des pasteurs vaudois, d'une manière ultérieurement déterminée (3);
2° Que les biens acquis par les Vaudois, hors de leurs anciennes limites, pourraient être conservés par leurs propriétaires;
(1) On lit, dans une note adressée par le ministre de l'intérieur an ministre des affaires étrangères (sans doute pour être commnniquée à l'ambassadeur britannique], o que les Yaudois veulent se faire un mérite de la perte des subsides anglais, per il loro atlaeamenlo alla causa délia liherta ; il che vuol dire per la ribellione al loro légitima sovrano^ etc. (Arch. de cour, no de série 665.) — Or je n*ai -vu rien de semblable daos la requête des Yaudois; ces paroles ne peuvent avoir été avancées que sur de simples ouï-dire. — Aiasi, ou cherchait nou-seuiement à desservir les Yaudois dans leur patrie, mais encore à leur nuire à l'étranger.
(2) On lit à la fin de la décision du conseil, qui fut soumise à l'approbation du roi : S. M. approva le delerminazioni del congresso, con che Passegno per la aussitenza de paslori de Valdesi, non ricada »n netsuna parte a peso de catholici domiciliali in quelle valli. (Même source, no 666.)
(3) Oq leur assigna une somme d'environ 500 francs qui fut d'abord payée par le trésorier royal de Pignerol. — Une ordonnance royale, du 14 décembre 1818 (Bbrt, Valdesi, p. 261], décida que cette somme serait prélevée sur le produit des centimes additionnels, perçus au marc le franc sur l'impôt foncier des Yallées. Il en résulta des fluctuations. En 1839, par
3** Qu'il serait permis aux protestants d'exercer des professions civiles, telles que celles d'ingénieur, d'architeete, de chirurgien, etc. (i).
Peu de temps après , Victor-Emmanuel , revenu complètement des préventions, qu'on avait cherché à
exemple, la diminatioa était d'un dizième ; et c'est alors qu'on fixa ces sub- ^des à6431 Cr. poar tontes les Vallées; savoir, 348 fr. 55 c. par semestre, à chaque pasteur : hormis ceux de Macel et de Rodoret, établit après 1816. — On peut se faire une idée des ressources générales de l'Eglise Taud<H8e à cette époque par le tableau suivant, emprunté an budget de 1841.
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