L'Israélite H. de Balzac
Va, cours, douce et folle imagination, le charme de ma vie, la source de tous mes plaisirs l vole, papillonne, cours ; récompense- toi d’un moment de captivité !
Va, ma fille, je ne te retiens plus; badine, voltige à gauche, à droite, au centre, par monts et par vaux ; de ci, de là, aval, amont; à l’orient, au nord, dans les cieux, chez les morts, ici-bas !... partout!...
Oui, tout est ton domaine, depuis le passé jusqu’au présent; tu peux même embrasser le néant et dessiner tes tableaux fugitifs sur le voile qui cache l’avenir I
O ma tendre amie, la seule fidèle malgré ton inconstance, ne te garde que d’une seule chose, le seul écueil funeste... le bon sens!
Hélas 1 n’y brise pas notre légère nacelle, si chargée de mousse, de vent et de fictions riantes !
D’aussi loin que tu verras cette île de la raison et de la vérité, ce rocher si désert habité par cinq ou six hommes de génie , fuis ! fuis d’une aile rapide comme la pensée ; enfin fuis avec la vitesse du vulgaire et des grands, mais sois plus charmante et plus originale en ta fuite, tournoie dans les airs comme le fils de Dédale...
Hélas! ne péris pas en tombant; j’ai besoin de ton dé-
Digilized by Googl
l’israéute
lire, ne souffre pas que les feux de la vérité t'enlèvent jamais tes ailes diaprées...
De môme que le monde, je préfère une brillante illusion à de tristes réalités : charme donc mes soucis ! couvre d’un voile menteur le passé, l’avenir, et tresse une couronne de fleurs pour embellir la minute présente...
Que tout me sourie, je le veux; enivre-moi ! j’aime l’ivresse de l’âme et le délire du plaisir...
Lecteur, tout à moi !...
De l’aimable Momus je saisis les grelots;
Beau juif, sors de ta presse, et loin de nous les sotsl
O mon petit livret, livret mon ami, qui m’as fait passer tant d’heures cruelles, puisses-tu procurer une heure de plaisir à qui te lira! je serai content.