‹ L'Israélite H. de BalzacChapitre 21 sur 28 · LE JUIF SAUVE CLOTILDE — PUNITION, RÉCOMPENSE · texte numérisé non relu

LE JUIF SAUVE CLOTILDE — PUNITION, RÉCOMPENSE

Clotilde avait une foule de petites recherches qui jetaient sur l’exil de son père une espèce de volupté ; elle tâchait de lui remplacer par les soins de l’amitié la plus tendre les pompes de la cour de Chypre.

L’on me dira peut-être qu’une salle à manger contribue pour bien peu de chose au bonheur de la vieJ II n’en est pas moins vrai que, si vous étiez assis sur dn banc dont îe dossier est garni, comme le reste, '"de beaux coussins moelleux; que, si vous aviez les pieds sur un tapis de Perse; que, si votre vue était récréée au dehors par la vue de la mer, et au dedans par l’ensemble imposant de vingt colonnes de marbre vert supportant une frise de marbre blanc; que, si votre oreille entendait le doux murmure

des flots; que, si vous arriviez à cette pièce ronde par un péristyle gothique et très-sombre, vous seriez enchanté d’apercevoir un lieu clair, bien décoré, rempli des féeries de l’art et de la nature. Telle était la salle à manger particulière du roi de Chypre. Clotilde l’avaitœncore embellie par des vases mvrrhins dont elle renouvelait elle-même les fleurs. Je déclare que je désire une salle semblable. Ne me reprochez pas de la décrire; car c’èst le lieu d’une tragédie, et Aristote recommande d’en bien fixer le lieu. Cette salle se trouvait donc entre la salle des gardes et l’appartement de Clotilde.

Avertis par Trousse, le prince et la princesse s’y rendirent. La jeune fille guidait avec attention son père à travers la galerie; ils furent reçus par 1’évèque, Kéfalein, Monestan et les officiers de service, qui tous les attendaient dans une attitude respectueuse, comme cela se doit...

L’évêque prononça le Bénédicité ; Kéfalein apporta, selon les devoirs de sa charge, une aiguière dans laquelle le prince trempa ses mains, et Monestan présenta la serviette pour les essuyer. Leur service fini, Kéfalein sortit pour aller retrouver le Vénitien et apprendre la manœuvre des Tartares; l’évêque se retira de même, on ne sait pas pourquoi. Alors le prince et sa fille s’assirent. J’avoue que si j’étais prince je n’aimerais pas tout ce cérémonial, mais le roi de Chypre y tenait autant qu’à la vie. C’est encore un des traits du caractère de ce prince minutieux, et ne fautil pas qu’un roi ressemble le moins possible à un autre homme?

Clotilde ôta de la nef de son père la serviette peluchée du monarque, son couteau, son hanap, son couvert d or, et elle découvrit le potage empoisonné, dont l’odeur et la fumée auraient nourri dix Limousins. La princesse, armée d’une grande cuiller d’or, la plonge avec grâce dans le breuvage et remplit une assiette de vermeil qu’elle pose devant le vieillard en lui disant Attendez un peu, monseigneur, je crois qu’il est trop chaud. Le roi ne répondit rien parce qu’il avait faim. Je fais cette remarque pour

l’israélite

prouver que les princes se rapprochent un peu de nous.

La jeune fille s’en servit tout autant, et elle se mit à remuer ce fatal poison pour le refroidir. — Ce chevalier est fort aimable, dit le roi ; on aurait dû l’inviter à venir à notre couvert; cela nous fait penser que ce pauvre Lulu nous manquera toujours.

Lulu périt à Nicosie; c’était le fou du prince, qui le regretta parce qu’il était très-spirituel; sans ceiaLuluauraitil été regretté? je déclare que cette question est de la plus haute importance pour l’humanité.

— Sire, répondit Vérynel, si vous désirez le chevalier, je vais aller le chercher.

Devant le portail du château, figurez-vous un gros concierge assez bonhomme ; il est appuyé contre une colonne, à côté d'une femme dans l’âge où l’on peut encore avec décence recevoir un compliment; ils ont l’air de mauvaise humeur l’un contre [l’autre, cela seul indique à l’observateur qu’ils sont mariés.

En ce moment, un homme en habit très-simple, ayant cet âge heureux où l’existence et le sourire d’une femme sont tout pour nous, ayant une belle figure et une espèce de majesté, se présente d’un air suppliant devant le concierge, tout en adressant à la femme un coup d’œil qui voulait dire : Vous êtes encore belle, et, si vous le désiriez.. Le concierge, après avoir regardé sa femme, s écria :

— Sauve-toi, misérable; si je t’aperçois tu risques ta vie I Allons, disparais, ou j’appelle la garde pour te tuer.

Ces paroles peu chrétiennes étaient inspirées par Kaspect de cette fatale roue blanche que Nephtaiy portait sur son sein.

La femme du concierge était de mauvaise humeur contre son mari; dans cette disposition, on aime assez à contredire, surtout son mari. Du reste, elle aimait les beaux hommes; alors on voit qu’elle avait mille motifs pour soutenir Nephtaiy; aussi lui demanda-t-elle d’une voix douce : — Que voulez-vous? — Tuez-moi, s’écria-t-il, mais il faut que j’entre 1 Et le beau juif s’apercevant, d’après ces préliminaires, que l’orage grondait outre la femme

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et le mari, il prend son temps, s’élance, franchit le pont-levis avec la rapidité de l’éclair, il est dans les cours.

La flamme aurait dévoré Casin-Grandes que le concierge n’eut pas crié si fort, et il criait par trois raisons : la première, c’est que, lorsqu’il se mit en devoir de courir après le Juif, sa femme, mue par je ne sais quoi, le retint par son habit; la seconde, parce que le Juif souillait le château ; la troisième, parce qu’il fallait appeler au secours.

La femme triomphait, mais elle triomphait en criant et babillant. Le pauvre Nephtaly ne se doutait pas qu’il n’entra au château que parce que la nuit dernière le concierge n’avait pas... Prudes, je m’arrête. Ce concierge arrêté par sa femme, ses cris, ceux de sa moitié, les gens du prince qui accourent, Nephtaly qui s’enfuit, la sentinelle qui sonne du cor, tous ces traits du tableau peuvent former l’exposition d’un drame, il contient le type de tous les premiers actes de ceux que l’on voit au boulevard et même à l’Odéon.

A la voix du concierge, on accourt; il redouble ses cris en montrant du doigt le Juif qui volait vers le pavillon royal; on se précipite sur ses pas et l’on crie encore plus fort en espérant atteindre le coupable ; seconds cris, second acte-, s’il est trop faible, on y mettra un ballet.

— La princesse dine-t-elle? demanda l’Israélite à un écuyer; où est-elle, où est la salle à manger? L’écuyer ouvre la bouche; mais, sans attendre sa réponse, Nephtaly court toujours.

A ce moment la troupe assassine, grossie de tous les gens, rejoint le beau Juif et cherche à l’accabler; le Juif so défend vaillamment.

Grand combat.

— Tuez-le donc avant qu’il souille le palais I s’écria l’évêque en reconnaissant le vil animal. Et l’évêque saisit un morceau de bois et le lança vers Nephtaly,

Tumuite effroyable ! Ceux que l’Israélite frappe crient de plus belle. Tout ceci peut former, je crois, un troisième acte aussi bruyant que celui de maint opéra.

Nephtaly cherche à se faire jour, et, par un effort plus qu’humain, il se dégage des assaillants, il monte l’escalier rapidement, mais plus rapidement encore la foule le suit et l’atteint presqu’en haut du péristyle, au moment où il parvenait au premier étage. Le tumulte est à son comble, et de nouveaux cris, beaucoup plus aigus, augmentent la somme totale du tapage. Ce quatrième acte de bruit était causé par un tour de force de Nephtaly : lorsqu’on haut de l’escalier les officiers et les valets se jetèrent sur lui, il les repoussa en les embrassant tous et les fit rouler dans l’escalier; or, l’escalier étant de marbre, vous jugez que plus d’un nez fut meurtri, et le moyen que d’honnêtes chrétiens auxquels un Juif casse le nez ne crient pas. Néanmoins Nephtaly ne put se débarrasser de deux officiers plus tenaces qui l’arrêtaient par ses habits ; les entraînant alors avec lui, il parvint à la porte de la salle en criant :

— Clotilde, ne mangez pas, vous êtes empoisonnée l

Ici je puis dire avec orgueil, que j’ai préparé un admirable cinquième acte. L’exclamation du juif ne fut pas entendue, parce qu’elle était couverte par les clameurs des blessés; par les ordres que donna l’évêque, joyeux de ce nouveau combat et sûr cette fois de la victoire ; enfin par le tumulte qui arrive à son plus haut période.

La maison tout entière est assemblée dans ce petit endroit, l’escalier est plein, et parmi cette foule, l’intrépide Castriot traverse et tâche de parvenir au Juif. Un peintre! un peintre! qu’il saisisse ses pinceaux. L’on juge bien que l’effroyable total du tapage de ce drame parvint alors dans la salle à manger. Aussi Trousse ouvre la porte, et Nephtaly, faisant un dernier effort, quoique terrassé, se traîne sous les assaillants, avance sa belle tête sous les pieds du docteur, et il répète d’une voix terrible :

— Clotilde, ne mangez pasl Et l’expression de son visage semble dire : — Et moi aussi je vous sauve ! Mon rival n’est pas seul à veiller sur vous.

Voilà dans quel état il parut devant sa bien-aimée. Aux accents de cette voix chérie, Clotilde laisse tomber sa cull-

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lèreet arrête celle de son père; elle se lève, ce fut l’alfaire d’un instant.

Nephtaly, voyant le potage abandonné, dit fièrement à ceux qui l’accablent : — Vous pouvez me tuer maintenant, j’ai sauvé Glotilde !

Jamais cinquième acte ne fut plus beau. Cet homme renversé par terre et près d’expirer, cette foule assemblée et cette multitude de têtes tendues offrent un spectacle curieux, surtout si vous pouvez, de l’endroit où vous êtes, parvenir à bien voir l’émotion de Clotilde, rougissant jusque dans le blanc des yeux, son père étonné, et le Juif, au comble de la la joie, faisant sortir des éclairs d'amour de ses yeux en apercevant, sur le sein de Clotilde, la rose qu’il apporta le matin.

L’amoureuse princesse remarque que la posture et le regard de son Israélite sont les mêmes que ceux qu’elle rêva naguère.

Sur un signe du prince, cette lutte cesse, l’Israélite se relève, et le murmure de la foule finit par degrés et fait place au silence.*

— C’est le Juif qui nous sauva du naufrage! s’écria le docteur regardant avec attention Nephtaly.

— Un juif! répéta le monarque, tuez-le. Et le visage de Jean II peignait l’horreur.

Comme Trousse prononçait son dernier mot, il se sentit saisir et tordre le cou; alors il lança dans les airs un effroyable : — Je meurs, qui attira toute l’attention.

C’était Castriot qui punissait le docteur de son indiscrétion; l’Albanais, après avoir lâché le cou deTrous-se, alla se mettre à côté de Nephtaly, comme pour le défendre, et il eut la seule récompense qu’il enviât, un coup d’œil flatteur de Clotilde. Trousse devint muet en apercevant les contractions menaçantes du visage de Castriot.

Qu’on juge, s’il se peut, de l’étonnement de la multitude en voyant le farouche Albanais prendre place à côté du Juif sans lui faire aucun mal, lui qui n’hésitait jamais à tuer les Juifs et ceux qui déplaisaient au prince.

— Que signifie tout ceci? demanda Jean II en se tour-

l’israélite

nant vers sa fiile et Nephtaly. A celte question, le Juif reste immobile en regardant Clotilde. La jeune Glle, pour ne pas laisser lire son amour dans ses yeux, les tourne vers la terre ; mais sa prunelle, toute baissée qu’elle est, regarde en dessous. Quel groupe ! Je voudrais être Canova pour le sculpter, Girodet pour le peindre.

— Parleras-tu, déicide! cria l’évêque au Juif.

L’attention redoubla.

Nephtaly se penche à l’oreille de Castriot, et l’Albanais, s’avançant, caressa son sabre en forme d’exorde et dit :

— Cet honnête Juif, chrétien par sa vertu, n’ose pas parler devant le prince, et il fait bien; et il a fait mieux, puisqu’il a risqué sa vie pour apprendre que le dîner du prince doit être empoisonné; c’est ce qu’il faut voir.

L’étonnement fut grand.

Comment rendre les regards furtifs de Clotilde et lo tremblement qui agitait l’Israélite en se voyant à côté do sa bien-aimée? Ils maudissaient de bien bon cœur l’assemblée qui forçait leurs yeux au silence; mais, à l’air dont ils ne se regardent pas, on voit qu’ils s’aiment.

On attend ce que va dire le prince.

Pendant qu’une petite chienne, amenée par Vérynel, mangeait le potage, le prince réfléchissait; tout à coup il demanda :

— Comment ce Juif a-t-il appris que notre dîner devait être empoisonné?

Castriot se penche derechef vers l’Israélite; — Ce Juif observe, dit l'Albanais, qu’il ne peut dévoiler comment i a découvert cette trame. — C’est lui, s’écria l’évêque, qui l’a ourdie pour avoir une récompense en la dénonçant.

Nephtaly fit un mouvement d’indignation qui intéressa vivement l’auditoire en sa faveur : la majorité était séduite par sa belle figure, ses formes gracieuses et la majesté de son attitude ; la femme du concierge pérorait tout bas pour le beau prévenu, et les femmes, quand une fois elles pérorent, ne cessent que lorsqu’on est convaincu.

A ce moment la petite chienne expira dans d’horribles convulsions, et Nephtaly se penchant encore vers Castriot,

au bout d’un instant l’Aibanais s’écria : — Nephtaly Jaffa prétend que c’est Michel l’Ange, le chevalier que l’on a reçu ici, qui est l’auteur do cet empoisonnement; il dit que Michel l’Ange est un envoyé de Vénise, qu’il a mission de détruire la famille des Lusignan, et que dans peu l’on en aura des preuves. Et moi j’ajoute que, si je le rencontre je le tue.

L’étonnement, comme toutes les passions humaines, a une gamme composée de tons et de demi-tons; si l’on peut se servir de cette image, je dirai que l’étonnement atteignait alors la dernière octave. Il y eut un murmure en tant de sens divers, qu’il faudrait vingt pages de musique et un bon orchestre pour le rendre.

Le prince fit signe de la main et l’on se tut. Ici je dois observer que le peu de temps que cette histoire embrasse n’a pas permis de dévoiler toutes les nuances du caractère de Jean IL On l’a vu tenant ses conseils, aimant l’étiquette, bou père, prince généreux et reconnaissant; mais on ne l’a pas vu rendant la justice avec une sévérité, une égalité merveilleuse; il se piquait d’étre un petit Salomon, et l’affaire du chevalier n’a pas suffi pour le prouver.

En ce moment, le grand Kéfalein perce la foule avec sa tète pointue, se présente au prince, et, les yeux effarés, il s’ecrie :

— Le chevalier vient dé s’enfuir, monté sur un de mes meilleurs chevaux.

— C’est le complice de ce Juif, dit l’évêque. Au surplus, je réclame ce coupable comme relevant de la justice ecclésiastique.

Clotilde trembla.

— Vous êtes bien hardi, répondit le monarque, de donner votre opinion sans que nous la demandions; que l’on songe à se taire.

L’assemblée admira la majesté du prince. Il se leva, et. se tournant vers l’endroit où il supposait Castriot, il lui dit*.

— Ce Juif ne se nomme- t-il pas Nephtaly Jaffa?

— Oui, mon père, répondit doucement Clotilde. c’est notre pauvre protégé.

— N’avions-nous pas défendu, sous peine de mort, à Nephtaly Jaffa d’approcher du château ? reprit le prince avec le ton de Pharasraane répondant à Rhadamtiste.

— C’est vrai, dit Bombans, je lui ai transmis les ordres de monseigneur.

— Ne souille-t-il pas notre palais? continua Jean II avec chaleur.

— Non, mon père, observa Clotilde à voix basse.

— C’est à nos ministres à prononcer maintenant. Et le roi se rassit.

— Il doit être pendu, dit l’évêque.

Kéfalein fit un signe de tète affirmatif, et Monestan leva les yeux au ciel. — Castriot, faites votre devoir, ajouta le prince, mais il attira l’Albanais par le bras et lui donna des ordres secrets. Castriot disparut et revint bientôt.

L’évêque triomphait, mais Monestan, connaissant le roi, ne pria seulement pas pour le juif ; sa figure douce annonçait qu’il contemplait l’Israélite en pensant combien sa conversion serait agréable au Seigneur.

La salle fut évacuée par tout le monde, et Castriot emmena le beau Juif, dont le dernier regard fut à Clotilde. Elle resta muetto et immobile comme un marbre et n’eut pas la force de dire un seul mot à son père, tant elle était étonnée de cette cruauté. On suivit Castriot et le Juif jusque dans la seconde cour. Là, le farouche soldat s’arrêta devant le gibet de la justice seigneuriale, et il passa une corde au cou de Nephtaly.

— Castriot, lui dit ce dernier avec un ton de reproche, tu ferais mourir ton bienfaiteur? — Je suis l’ordre de mon prince, je ne connais que cela.

La foule, épouvantée, fut saisie d’horreur, et déjà Nephtaly, sans se décontenancer, allait se dépouiller de ses vêtements, je ne sais dans quelle intention , lorsque l’Albanais, tirant une magnifique chaîne d’or, la mit au cou de l’israélite en s’écriant ; — Monseigneur a puni ton crime, maintenant il récompense ton dévouement. Sors, et ne reparais plus.

En un saut, Nephtaly atteignit le pontr-levis, et il

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s’enfuit à travers la campagne. La femme du concierge était évanouie, et son époux, fort de cette preuve, la fit revenir à elle assez brusquement. Elle put entendre les cris d’admiration que la foule élança vers les deux; ils parvinrent jusqu’aux oreilles du monarque, qui racontait à sa fille comment il avait su concilier la reconnaissance et la justice. L’on doit voir le contentement de le jeune amante et son soin palpiter.

Un pareil événement aurait fait dans une ville de province le sujet de trois semaines de récits et de commentaires; à Casin-Grandes, on en parla jusqu’au soir seulement, et le prince tint son conseil fort longuement sur cet événement, qui annonçait clairement les desseins de Venise-.

Les Camaldules ont omis de nous en donner -l’historique ; mais ceux qui lisent avec attention et qui connaissent l’humeur du prince et des trois ministres, doivent imaginer facilement celte scèneet voir l’évêque proposer de soudoyer des troupes, Kéfalein se promettant de créer un corps de cavalerie, etc, etc.

Le pieux Monestan fut le seul qui se rendit à la chapelle, s’agenouilla sur le marbre et tendit ses mains reconnaissantes vers l’Éternel pour le remercier de sa protection, et surtout de ce qu’il avait inspiré au concierge de sevrer sa femme; car, si le ménage eut été d’accord, Nephtaly ne serait pas entré, ie prince et Glotilde n’existeraient plus, et cette histoire serait finie. Elle tient, comme vous le voyez, à une scène maritale, et de nuit encore.

Pendant que l’on commentait à Casin-Grandes toutes ces graves circonstances, que la femme du concierge préten- . dait avoir sauvé le prince, que, que, que, etc, la tempête grondait sur cet asile du roi de Chypre, et l’orage se préparait au loin. Michel l’Ange était arrivé à la forteresse d’Enguerry, il avait fait armer toute la troupe, et le plan de campagne n’étant pas long à décider, on se mit sur-lechamp en marche vers le bord de la mer à Jonquières, et...

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