HEUREUX AMANTS — DÉVOUEMENT — PILLAGE DE C A S I N-G R A N D E S
.... Aussitôt que la nuit fut arrivée, Clotilde s’empressa de renvoyer Josette et d’ouvrir sa fenêtre. Nephlaly n’était pas sur sa rocaille. La princesse s’impatienta d’autant plus, que son désir de le voir avait plus de violence. Ah! je ne connais rien de plus douloureux que l’attente; eh amour, c’est un supplice.
Enfin un léger bruit annonce que le juif est sur la crevasse ; il se cramponne à sa corde, et son poids le fait parvenir à la rocaille chérie.
La nuit ayant redoublé ses voiles funèbres, ce qui veut dire qu’il faisait plus noir encore que dans la nuit du charpentier, l’obscurité força Clotilde à mettre sur l’appui do la croisée sa lampe de nuit. Cette lueur colore son visage d’une lumière rougeâtre, et, dans l’ombre de la nuit, elle apparut à son tendre amant entourée d’une espece d’auréole qui lui donnait une grâce nouvelle.
— Nephtaly, dit-elle, voilà deux fois que vous me sauvez la vie.
— Ah! Clotilde, nome la sauves-tu pas chaque jour, chaque soir, chaque matin? La vue do ton cou si bien attaché sur tes épaules do neige, l’aspect charmant de tes joues rosées où tout le carmin delà nature semble infusé, de tes yeux bleus plus doux que le lait et plus brillants que ior, ne me donne-t-il pas la vio ? Ah! Clotilde, no comptons jamais en amour, je craindrais de savoir qui l’emporte do nous deux.
— Mon bien-aimé, je veux te récompenser en te donnant un talisman d’amour qui te représentera Clotilde; il te dira sans cesse qu’elle ne sut pas feindre et que tu es tout pour elle!... ce sera le seul monument de nos tendresses.
— En ai-je besoin? s’écria le juif; n’es-tu pas sans cesse présente à ma pensée?