‹ L'israéliteChapitre 8 sur 9 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

trahissait son maintien , blessait rame généreuse du chevalier : prenant une résolution pleine de grandeur, il se leva, s'avança vers l'assemblée, fit signe de la main, et se retournant vers Jean II , il lui dit : ■

— Prince , voici le moment d'accomplir votre promesse ; mais , je ne vous en somme pas encore, et j'attendrai les réponses de madame!

Regardant alo^fs la princesse , le chevalier s'écria d'une voix retentissante :

— Clotilde, je vous rends à vous-même, vousétes libre , parfaitement libre, je ne veux être votre époux que pour faire votre bonheur. Consultez donc votre âme ? et voyez si vous m'apportez en dot , non pas un empire , mais un cœur dont tous les sentimens soientpour moi ! . . M'aimez-vous ?

A ces mots , qui surprirent l'assemblée , tous les yeux se tournèrent sur Clotilde , on la vit successivement pâlir et rougir : enfin , elle se leva ^ fit quelques pas, resta immobile , sans rien dire^ mais prête à parler, et un singulier silence régna pendant quelque temps.

Alors, la clioutîtlc cria crune manière si lamentaljîe, que chacun en fut frappé , et tressaillit involontairement : ce cliant funèbre et comme solemnel semblait être la épouse de la jeune fille.

Pour elle, en entendant cette musique augurale, un froid glacial pénétra tout son corps, elle regarda le chevalier Noir et répondit d'aune voix tremblante et faible : •

— La reconnaissance, sire chevalier. . . .

— La reconnaissance seule madame!.... interrompit celui-ci d''un ton pénétré

Clotilde rougissant, et sentant combien son espérance était vaine, songeant que'rienn''empécherait le chevalier d'hêtre son époux , reprit en ces termes : mais ses paroles dénuées, comme ses yeux, de cette chaleur que donne Pamour , tombèrent une a une.

— Je consens à vous donner ma main.. ..>» sire chevalier, vous ne me devez qu*'a ma propre volonté , et vous m'avez conquise par vos marques d''amour, et par vos services ; mais souffrez que je

itîclamo un jctur de solitude Après quoi, sire

chevalier, >ous pourrez me conduire à Taulel , et je jure , qu''alors, vous aurez une épouse fidèle , qui ne vous donnera jamais de chagrin.

Aussitôt le chevalier, saisissant la main de la princesse qu'il serra avec toute la force du dépit, luii dit :i Toreille :

— Perfide!.... ô mille fois perfide , d^oii vient donc votre pâleur?....

Clotilde, dégageant sa main avec un air de dédain, se recula de trois pas j et regardant le chevalier avec colère, sY'cria :

— Je sais libre encore , sire chevalier, et ce n'est que dans trois jours que vous aurez le droit de m'interroger!....

— C'est vrai, madame, répliqua l'étranger ; il parait que nous avons tous deux des secrets , car ce n'est que dans trois jours que les sermens qui me font rester caché doivent expirer ; mais du moins, continua-t-il enflammé de colère , je puis vous nommer votre époux.

Alors le chevalier se tournant du «ôtë du roi

Jean II, du. comte de Foix et du comte Enguerry, leva sa visière, et s^écria d'une voix sonore :

Je suis Gaston II , comte de Provencel.

Le monarque tressaillit de joie, ainsi que ses ministres. Les plus vives acclamations accueillirent CCS paroles, mais elles furent un coup de foudre pour Clotildc; elle tomba évanouie dans les bras de Kéfalein , de Moncstan et de Févéque.

— Ramenez-moi dans la grotte du Géant!... s''écria-t-elle en délire, lorsqu"'elle revint a elle^ que je le revoie... Non, non, transportez-moi dans mon appartement.

La plus vive inquiétude régna dans rassemblée, le comte de Foix entraîna dehors le prince Gaston en lui parlant avec vivacité, conijne pour le calmer. Jean II seul était impassible sur son trône; malgré son amour pour sa fille, le visage du monarque indiquait la sévérité. La nuit étant trèsavancée, chacun se sépara en s''entretenant du singulier évanouissement de la princesse : les uns k prenant pour une preuve d'humour, les autres

pour uue marque d'aversion ; la vérité est que Clotilde, en entendant le nom du prince, vit toutes ses espérances se renverser; rimpossibilité d''écliapper a cette union commandée par la politique et la reconnaissance , devint palpable jusque la, Clotilde avait conservé Pespoir du contraire; elle sVtait flattée que Tincognito du chevalier Noir couvrait un homme plein de qualités brillantes, mais de basse naissance, et cpie cette circonstance suffirait pour la sauver.

Les nobles hôtes du roi de Chypre se retirèrent dans leurs appartemens , et le plus profond silence, le silence de la nuit envahit le château..,

Castriot et Jean Stoub veillent dans la galerie, et leurs pas seuls retentissent sous les voûtes... je me trompe ? on entendait encore le murmure de plusieurs voix confuses qui résonnaient dans le cabinet du prince.

En effet Jean II, en rentrant dans ses appartemens, fit appeler ses ministres , et , au milieu de la nuit, il se tint un conseil tellement secret, que rien n'en ayant jamais transpiré, je me vois,

tomme historien, dans le plus grana embarras ; je ne sais ni ce qu''il y fut agité, ni les discours, ni les opinions des trois ministres ; tout ce que je puis dire, c''est que Trousse, Josette, Bombans, furent successivement éveilles et introduits dans le sein du conseil, par les soins du premier ministre. Mais Castriot ayant menacé de couper la tête à ceé troiâ personnages, s''ils ouvraient la bouche pour parler de Nephtaly , il est à croire que, si ce fut sur Clotilde que roulait le conseil, le roi et les ministres ne purent pas tirer grande lumière des révélations de ces trois serviteurs. •

Revenons à la princesse ? Appuyée sur les bras de la fidèle Josette et de Marie , elle avait regagné lentement son appartement. Arrivée a l'entrée, l'on ne put ouvrir, la clef manquait : partout on la cherche, mais vainement^ elle ne se trouvait point. Clotilde , succombant à sa fatigue morale et physique, se reposa quelques instans, pendant que Ton s'*enquérait de cette clef par tout le château. Tout-a-coup la princesse, en arrêtant ses yeux sur les dalles de marbre de la galerie ,

aperçut la clff , adroitciuent placée liaus \r léger espace qu'il y avait entro le bas cl*- la porte et les dalles. Elle la montra à Marie, qui se baissa, la prit et ouvrit rentrée des appartemens. Clotilde s'y précipite el court a sa chambre : 6 surprise ! . . .

Les étoffes précieuses qui garnisaient la grotte du Juif, transportées tlans îa cha.Tilire de Clotilde, eu tapissaient les murs; elles étaient disposées avec un jjoùt admirable, et se rattachaient pat intervalles à des boutons d'or qui brillaient sur cette tenture rouge, en produisant a Toeil un effet enchanteur qui plaisait par une certaine grâce indéfinissable.

La princesse foulait aux pieds le tapis de Pers« du Juif; elle apperçut sur un magnifique prie-dieu sonévangile de vélin dans lequel les fleurs qu^^elle y mit jadis étaient conservées, et le livre, ouvert à cet endroit.

Sur un autre meuble favori , elle vit ses vases de cristal garnis de fleurs, qui répandaient une odeur suave; les trépieds d''or du Juif, placés aux lIsraélite. II. 20

quatre coins sur les mêmes colonnes de la grotte du Géant, exhalaient un reste de fumée odorante; du milieu du plafond pendait la lampe remplie d''buile parfumée; et, au centre, s'*élevait une riche table d''ivoire et dVr, sur laquelle le magnifique luth de Nfephtaly remplaçait celui de la princesse qui fut brisé lors du pillage.

Les vases murrhins, Tor, les pierreries, enfin toutes les richesses du Juif embellissaient la demeure de Clotilde; des rideaux d'aune étoffe inconnue, légère comme le vent, douce comme la soie, blanche comme le lait, et disposés admirablement, jetaient un éclat charmant, le lit était une féerie, Tameublement un enchantement , et le tout, brillant comme Fécaille de nacre dVne perle orientaleoii se jouent les plus belles couleurs.

Après avoir admiré ce gracieux ensemble avec avidité, la princesse aperçut, sur une chaise, un sabre turc de damas dont la poignée était enrichie de pierreries ; elle s''approche et lit dessus : «■ Nepktaly à Castriot. » •

Elle prend le sabre, sa main blanchie et débile

le tire hors du fourreau... il seinl>lalt voir Vénus, au milieu de son boudoir, jouant avec les armes

de Mars! Clotilde sVcnu dans un tendre ra-

vissenient . — Il n'*oublie rien

Cette parole fut de rhcbr<îu })our la pauvre Marie, qui regardait sa maîtresse avec ctonnement. Clotilde, tombant sur une chaise, mit sa jolie tête dans ses mains, et dit avec Taccent d''une profonde douleur:

— Il m''a légué ses richesses, il est mort!.-, cela seul devrait me Pindiquer ! Et des torrens de pleurs inondèrent les joues de la jeune fille; sa fidèle nourrice Pimita.

— Mon enfant, rassurez-vous! disait Marie, si tu veux qu^il vive, il vivra!... il existe.

— Il existe!... répéta Clotilde, il existe!... et d''oii le savez- vous, ma bonne Marie, ah parlez i" parlez?... que vous êtes coupable de me laisser ignorer!... vous le savez... et vous ne calmez pas ma douleur!... parlerez-vous , cruelle?... oii Tavez-vous vu ? d'oeil le connaissez-vous ?. . . parlerez-vous i*. . .

■ — Mais qui?... demanda Marie.

— Vous rignoFiiz donc?... repartit Clotilde^ et c''est pour me consoler que vous me disiez qu'il existait... Ah, nourrice, de pareilles consolations sont plus funestes que la vérité !... dites la moi si vous la savez 1 . , . dites ?. . .

Après ces paroles prononcées avec une extrême volubilité, la princesse, en délire, parcourut sa chambre en baisant ie luth, les fleurs, le sabre, la pourp re, tout en disant : — Oesl lui il a touché cela ! . . . son charme y réside ! . . . O Nephtaly, ces ornemens sont presque toi ! . . . — Nephtaly l . . . s'écria Marie épouvantée. La princesse, en voyant son fatal secret découvert, devint stupide, elle resta comme si la tète de Méduse Teût pétrifiée; et, les yeux égarés» s'avançant lentement, elle dit ces paroles avec des inflexions de voix différentes .

— Nourrice, tu m'aimes P... n'est-ce pas? Marie s'empressa de répondie par un signe de

tête.

— Eh bien!... ma bonne Marie, ensevelis ce

— sisnom chéri dans ton cœur, comme dans une tomhw» garde-moi le secret?.,, ou sinon, je mourrais de douleur, vois-tu?...

A ces mots, Josette entra et fut frappée d''étonnement a Paspect de Téclat et de la beauté de ces lieux, et elle s''écria innocemment :

— Ah madame, il faut avouer que le prince a des recherches bien délicates!. . . c''est un temple.

— Sans divinité!... ajouta la princesse d''un ton plaintif, et elle s'^assit à côté des fleurs qur ^rnissaient les vases de cristal,

Josette, heureuse de posséder son cher Jean Stoub, fit avec une merveilleuse promptitude son service accoutumé auprès de la princesse, sans trop prendre garde à la profonde mélancolie empreinte sur son visage , mélancolie voisine de Taliénalion. Quand on songera que , pour Josette , cette nuit déjà avancée, était en quelque sorte, la première nuit des noces, on excusera, j'*espère, la pauvre petite gourmande Provençale, et le dépit qu''elle manifesta en entendant sonnermmuitloi'squ'elle sortit de chez la princesse.

Quant a la mauvaise humeur quVUe témoigna lorsque le comte de Moneslan la vint arracher des bras de son époux, pour Pentraîner au conseil.... je pense que tous ceux que Ton réveille au milieu de leur sommeil ne sont pas très-contens; et, si, Ton savait dans quel moment, Monestan vint interrompre la jolie Provençale, toutes les femmes se récrieraient sur Tinconvenatice de Monestan , et peut-être sur celle que je coiumets, en dévoilant de pareils forfaits qui pourraient servir de vengeance a des maris malivoles.

Aussitôt que la princesse fut seule, elle s''achemina vers Penlrée de ses appartemens, où Cas- Iriot était couché sur le seuil de marbre. Au bruit soyeux, des vètemens de la jeune fille, PAlbanais se lève, en mettant la main sur ses armes ; Clotilde, regardant les soldat fidèle, lui fit signe de la suivre par un douxmouvement de son index, qu'elle replia gracieusement vers son charmant visage.

O ma maîtresse adorée, tâchez d'imiter la finesse et ^enchantement de ce signe magique et rien ne vous résistera!....

L** Albanais suivit la princesse, etClolilde refermant la porte de sa chambre , lui dit d'une voix e'mue en lui présentant le sabre turc damasquiné en or: — Tenez Castriot, voici ce que Nephtaly vous lègue...

— Lègue, madame, Nephtaly n*'est pas mort!, et c'est Jean Stoub qui le sauva au péril de sa vie!...

— Castriot!.. . et Clotilde s'assit sur un fauteuil. Le faible tissu de sa peau ne suffisait pas U contenir les torrens de bonheur qui fesaient mouvoir son sein, et tout son sang. — Castriot!... reprit-elle d'une voix doucement entrecoupée, vous choisirez dans ce que j'ai de plus riche et de plus précieux, ce qu'il y a de plus brillant, et je vous le donne pour vt>us et Jean Stoub : et , pour que vous vous souveniez à jamais de ce moment de ma vie, tiens, iîdèle Albanais:'... et elle embrassa les joues noirâtres de Castriot, qui resta immobile de plaisir, comme S. Jean dans Pathmos en voyant les cieux se dérouler.

— 0 ma bienfaitrice!... etCa?triol sa proster-

niint , frappe le tapis de son front , vous êtes un

angsî.... vous pardonnerez a votre serviteur?

tel grossier que je sois , je crois avoir deviné que Nephtaly vous est chéri....

— - Castriot!... je Faime, je Taiine mon ami.... rëpondit-elle comme égarée.

— Comment ce Juif'.....

^ — Castriot, vous m''affligez?....

— Tuez-moi donc, madame ?.... et TiVlbanais présenta son sabr<; et sa tète. .

' — Songez Castriot que je ne puis vivre sans lui, que la nature nous destina Tun à Tautre !.. il est si beau!.... son âme est si pure!.... nos cœurs sWtendent!.... ah jVn mourrai de douleur!

• — Vous mourrez? s"'écria TAlbanais en se

relevant et reculant de trois pas, vous mourvez?.. ..

— Oui Castriot, puisque l''on veut que j'épouse le prince Gaston.

— Vous mourrez!.... répéta iMlbanais.

"^ Oui, reprit la princesse.

(Castriot, plongé dans une réflexion profonde ,

— anse relira k pas lents en caressant la poignée d« son nouveau sabre. Les présens, donnés délicatement, font sur notre âme un singulier efFet : Cas~ triot pensa tout le reste de la nuit au beau Juif.

Lorsque PAlbanais eut quitté la chambre de Clotilde, elle courut, poussé par Pamour, a la fenêtre qui donnait sur la Coquette, pour revoir la rocaille chérie. Elle tire la mousseline , ouvre la croisée, et aperçoit ISephtaly couché sur un manteau de poupre : sa belle tète penchée, et dormant du doux sommeil de Tinnoccnce , était dans une pose si gracieuse , qu''on Paurait pris pour le bel Endymion contemplé par la Lune amoureuse.

Au faible bruit de la croisée , il s^éveille, tressaille et pâlit de joie en reconnaissant sa bien-aimée. Quant à la princesse , muette , interdite , joyeuse, elle était là comme si elle n''y était pas, oublieuse du temps, des circonstances, de la nuit, de la fatigue, de tout ; elle ne voit, ne sent qu'une seule chose, son cher Nephtaly. Nephtaly qu^elle

ci'oyail a jamais perdu , ^lephlaly dont les yeux éloqueiii et pleins do flammes la dévoraient, Neplitaly qui portait fidèlement sur son sein le gland d''argent , talisman dVm amour immortel ; enfin , elle ressemblait à Pâme d'un juste , qui , s''éveiliant d\ni long sommeil, de mort , aperçoit l'Eternel.

Il faut avoir aimé, pour se faire une idée de ce moment plein d'un chanae indicible. Ils furent long-temps sans pouvoir parler , et comme cherchant a s''identifier avec le bonheur. Le danger imminent qui menaçait leurs amours contribuait singulièrement à remplir cet instant fugitif d'une mélancolie qui n'était pas sans charme.

Enfin Nephtaly s'écria le premier d'une voix doucement accusatrice.

— « Clotilde ! le chevalier Noir a traversé la contrée en vous montrant à tous les yeux comme sa conquête , et vous abandonnerez sans doute le pauvre Nephtaly ! . . . . Aussi, devant que de mourrir, je vous ai légué tout ce qui m'appartint ; allez ingrate, soyez heureuse ! . . . . voilà le seul vœu que

forme Nepiitaly inoiuaut . et « Clotildel »

sera le dernier mot (ju''il prononcera pensez a

lui, il mourra content.

— Nephtaly, je vous aime ?.,.. s''ecria la jeune fille d'un ton de reproche , même plus que je ne

le dois ! et, me souvenant de mes sermens et

de ta promesse, je viens d''obtenir un jour de répit. Tu m''as dit naguère, qu'eau dernier moment , la veille d''ètre Pcpouse d\m autre, tu saurais nous unir!... accomplis ta promesse?....

— O maîtresse chérie ! ô vierge adorée !

reprit Nephtaly, il est donc vrai que tu m\^imes ! que tu m''aimes dVn véritable amour! —

— Tu me fais injure ! en peux-tu douter ,

quand mille fois je Fai laissé voir ? mille fois mes yeux Pont dit , mille fois ma bouche Ta prononcé.

— Hé bien Clotilde, nous serons unis î... mais permettras-tu point à ton fidèle amant de prendre un faible gage de ta tendresse!

Aussitôt il jette la corde, Pamoureuse Clotilde, entraînée par sa passion, l'attache, et ie Juif se

trouve en un clin d'^oeil dans la chambre de la princesse.

O mon épouse !.. . ma fiancée chérie, jurons devant le Dieu de tous les hommes, qui nous écoute, jurons d'hêtre Pun à Tautre, et de ne jamais nous séparer.

— .Te le jure!... dit Clotilde, avec une charmante naïveté et en regardant Nephtaly d''un air indéfinissable, tant il renfermait d''idées.

— 0 mon amour! le ciel a reçu nos sermens, nous avons la nuit pour témoin... et son flambeau est notre torche d^hyménée; entends- tu les anges applaudir , par leurs concerts divins , au bonheur d'un ange qu'ils envoyèrent ici bas ? 0 amour !...

Le Juif enivré, déposa lentement sur les lèvres de son amante enflammée, le premier baiser des amours, ce baiser plein de charme, ce baiser plus doux (|ue ceux des colombes, ce premier chaînon de la chaîne amoureuse, suave, enivrante, qui lie notre premier âge.

Ce chaste baiser, que dis-je chaste ?. . . Nephtaly brillait, comme Hercule couvert de la robe

de Nessus, du feu qu'allume tout ce que nous pouvons ressentir de désirs!... Mais Clotildel... Ah Clotilde, succombant sous le poids de cette Tolupté inconnue, ivre, bouillante, ëchevelée, car sa tête penchée sur le col d''ivoire de risraclite laissait aller ses noirs cheveux qui se mêlaient à ceux de son amant; Clotilde, renversée par le bonheur, comme St.-Paui par le rayon de la gloire de Dieu, ressemblait à une Pythie mourante sous les efforts d\\.pollon : puis revenant à elle, elle noya ses regards languissans dans ceux du fougueux Nephtaly; et, tout en jetant les cris inarticulés cjue lance le plaisir, elle laissa tomber cette phrase, céleste pour un amant : — Ah que je suis heureuse!.... Tous deux brûlaient d''amour, et leur sang enrichi d''une chaleur pénétrante ^ afflua dans leurs veines trop étroites ! . . .

— Nephtaly va-t''en ?. . . ta présence me fait trop de mal î . . . Et, tout en prenant ses cheveux^ elle ne put se défendre du plaisir de caresser légèrement, oh bien légèrement ! la chevelure noire du bel Israélite.

— > Aflipu donc, Clolildel à demain soir!... oui^ înon amour, je m''introduirai dans le château, je viendrai dans ton appartement : et, c'est en présence de Castriot et de ta fidèle nourrice, que je veux consumer avec toi le charme de nos dernières amours. . .

Et ie Juif ayant encore cueilli un doux baiser, plus lent que le premier, plus ressenti, plus savoureux, s''élance oursa corde et rejoignit sa rocaille.

Vainement Clotilde se coucha^ vainement elle voulut sacrifier au sommeil, son àme avait trop bien reçu Pempreinte brûlante de la volupté, le mouvement était donné, elle ne pensait qu''au beau Juif, le désirerait, Tappelait même!... et, dans Pignorance des délirans plaisirs de l'amom', son imagination, mobile et vagabonde, s'élançait dans le champ de Fidéal, s'y égarait; tantôt feignant de dormir comme pour se tromper ellemême, elle restait immobile sur sa couche virginale; puis, elle la fatiguait vainement sans trouver le repos; enfin, poussée par la curiosité, l'amour,

— 32S — Je désir, elle courait eu faualiqur legarder par la croisée le heaii Juif, qui ne donnait pas plus qu'acné.

— 11 est-là!... se disait-elle, il pense à moi!... et la fureur se glissait dans son âme en songeant qu''ils étaient plongés dans un abîme.

Uauvore la trouva dans cet état, elle entr''ouvit la croisée, et le parfum des fleurs nouvelles, cueillies par JVephtaly, embaumait les airs : le Juif lui adressa une prière matinale comme a une divinité.

— TV'ephtaly, dit-elle, nous n^avons plus que ce jour, demain il faut que je marche à Tautel.

— Clotilde, répondit Plsraélite, regarde f... regarde bien le soleil se lever, et vois comme il s''élance dans lescieux, admire le firmament azuré, le parc, la verdure, les bois, enfin toute la nature?. . nous ne la verrons plus long-tems!... notre dernier soleil se lève, et toi, ma bien-aimée, mon épouse fidèle, à chaque heure du jour, mets la main sur ton tendre cœur, et dis en le sentant battre: ^ile Hen cH là... » autant en ferai-je de mon coté!...

A ces mois le Juif sair^it sa cmde et regagna lu crevasse en envoyant a Clotilde des baisers quV,He lui rendit sur les ailes des fidèles zëphirs de Taubc matinale.

Quand il fui disparu, elle écouta le bruit léger de ses pas sur le sable, etn''entendantetne voyant plus rien , elle resta dans la même attitude , sentant le divin parfum des fieurs, et pensant aux paroles funèbres de son bien-aimé —

Josette la trouva dans cette attitude

DELIRE. — OKT MEUHTaS,

La joie des amours brille sur ie visa;je de la fille di;s Lusijnaus ; elle chante , marche, soaiit avec Pair de la déesse de Paplios : Josette ne coiiçoit pa» ce changement , mais la nourrice aperce l, d\m coiip-crœil, dVii vient le coloris nouveau qui s''est infiiîé dans le tendre incarnat des joucs de Clotikh.

Àvouons-le r" tous les senlimens extrêmes sont plus ou moins des folies, et surtout Tamour ; aussi la princesse avait-elle tous les diagnostiques de la folie , ce guide aveugle des aveugles amours.

Au milieu de ce délire, Trousse arrive dans les appartemens de Clotilde, et, d'un air sinistre et composé , vient chercher la jeune fille de la part du roi son père.

Ce message inusité, frappa de terreur Clotilde, rjui suivit en silence les pas du docteur.

Elle traversa la galerie , la salle des gardes , le salon oii déjà le chevalier Noir , les ministres , les seigneurs formaient une foule empressée. A son approche, le murmure des conversations cesse; un murmure flatteur s''élève, on se range, et Clotilde marche, au milieu dVine haie respectueuse, en recueillant les hommages de chacun : quand elle arriva près du chevalier Noir, elle lui tendit gracieusementla main en souriant; et cet amant, au comble de la joie , y déposa un l)aiser de feu. En entrant dans le cahinet du roi , Clotilde entendit le murmure d''étonnement se prolonger

comme le bruissement des vagues après un o!;i|»(!.

Trousse la conduisit gravement jus( ju'à la cJiamhrc du prince; cl, cntr''ouvranL la porte , il sVcria de sa voix clairette : — Madame la princesse de Chypre.

Clotilde trouva son père assis sur la chaise de Mc- Uisine; son visage avait une expression de ;;e've'rité qui ne disparut point quand elle entra ; il ne la pria point de s'^asseoir, comme il le faisait ordinairement; et Clotilde resta debout dans une attitude respectueuse : le viellard laissa s'^écouler un instant de silence, que sa fille n^osa point interrompre, puis, Jean ÎI se tournant vers Pendroit oii il entendait le sein de Clotilde murmurer doucement, il dit d\m ton lent et grave :

— Mademoiselle, ne croyez pas que votre eontUiite nous ait échappé; elle a donné lieu i» bien des conjectures; et, soit comme père, loit comme monarque, soit comme descendant des Lusignaiis , nous devons rexaminer.

Soyez bien convaincue, ma fille, de notre tendresse pour vous, et répondez franchement a voire

vieiix pèi e ? Qiu Ue fut votre intention en retardant la célébtatioîi de votre liymea avec le prince Cî:i!5tijîi :'

— D'y reflccliir, monseigneur.

• — (!iolil(ie, SI vous Taimiez, vous n'auriez pas

cherché à réfléchir N'user, point de détours....

ce n'est pas Ui votre motif.

Clotihle roujyit et garda le silence; elle aurait voulu se trouver a cent pieds sous terre ; alors la vie lai parut d''un poids insupportable : regardant les cheveux blancs du prince, elle restait dans une fixité d^inccrlilucle vraiment poignante, et sa conscience lui foisait de cruels reproches.

— xVravez-vous compris?.... répéta le monanjiK .

— Oui , monsî'i;» aeur ; mais quei(|ue soit ce inutif, nt vous sufSl-jl pu> que demain j'^épouse le comte tie Provc:îce.

— INon, mademoiselle, si Thonneur des Lusignans est compromis j)ai votre conduite oii Tétat de voire cœur, cela ne snfFil pas!... Ah! Clotilde! reprit k- monartpie avec un accent de bonté,

commentse fait-il que vous rcdoutir/, vnirc pèrr ^ <|ue vous ne r.iycz pas rendu votre rpnfidont ? — Craignez-vous ma sévérité? INe vois pas le monarque, vois un père indulgent, ma fiHeT parle T e1 , si des peines affiigenl voire jeune eœur, je làclierai de les calmer, la vieillesse a de rexpérience !

— Ecoutez mon père , l'iionneur est clier e? passe avant tout, nVst-cc pas voîrc maxime favorite?

— Oui ma fille.

— lié bien, mon pcrc, sV'st-il dans noîrc illustre famille trouvé des traîtres ?

•— Jamais! répondit le monarque avec orgueil.

— Ne tachons donc pas c^tlc candeur hércditaire?.... si je parlais, mon père, je trahirais un malheureux!... un malheureux qui compte sur ma parole , qui s''y repose comme sur un autel de ^onze î

— Clotilde, le sein d\m père, semblable à celui de la divinité, doit connaître les moindres pensées et les moindres action'^ de ses enfans.

— Monseigneur, cVst vrai ; mais si dans votre jeune âge vous aviez promis le secret à un ami malheureux, et, que mon aïeul, \ous eut sommé de le révéler, Païu-icz-vous fait?....

Le monarque garda le silence; mais irrité et rendu plus curieux par la résistance de Clotilde, il s'écria : — A.llez, mademoiselle, vous n'*aimez pas votre père et vous devriez avoir honte de prononcer ce nom....

— Voila ce qu'eut dit mon aïeul! répliqua

la jeune fille , en riant , pour donner le change ; et elle embrassa le front du vieillard.

Mais celui-ci la repoussant lui dit : — Indigne

fille, je sais ce qui a perverti votre cœur C'est

un autre amour!.,., et qui ne devinerait pas?.... Depuis quinze jours n'ai-je pas entendu cent ballades d'amour ? ne me rappelai-je pas le froid ac^t: cueil que vous fîtes au comte de Provence ? les événemens du tournoi , le chevalier inconnu, et surtout vos paroles entrecoupées , vos soupirs , votre agitation, votre inquiétude , et ce que vous disiez il y a trois jours dans ce cachot oii nous

avons manqué périr!... vous bénissiez la moi t.

— Mon père ! . . . de grâce, cessez vos remarques, craignez de les continuer.

— Hé quoi, ma fille, je crois remettre, entre

les bras d^un époux, une vierge de coeur et

je me trompais ! . . . . Dites-moi sur-le-champ le nom de celui qui surprit votre amour? je le veuï? je l'ordonnne ?

— Mon pcre, s'écria la jeune fille en inondant de larmes la main de son père ; oui, je vous le dirai ! mais demain, n''exigez rien de plus ; n'estce pas assez que votre fille soit malheureuse P ayez un peu de pitié pour elle ? 6 mon père.....

Le vieillard , séduit par les larmes de sa fille , réfléchit un instant et lui dit : — Eh bien soit, j''y consens, ma fille relevez-vous? mai.<? gravez dans votre âme que demain je veux que la chapelle du château reçoive vos sermens, tout l'exige avant votre père

— Mais ne l'ai-je pas promis î....

— Eh bien! quel espoir nourrisez-vous donc! si cela doit être, soyez plus affable avec votre époux

ftt ne donnez pas lieu a des remarques <jui nuisent à voire caractère.

Clolilde soupira; et le rnonar{|ue émut prit la hiain de sa fille et lui dit d''un ton de |>€re : — Tu es donc mailiearcuse ?

La jeune fille, posant sa tête contre celle de son père, versa un torrent de larmes.

— Oh! oui, beaucoup mon père? —

— Mais ma fille il faut rompre cette union.

— Jamais réplicpa Ciotilde, hélas! j'aime

sans espoir! et.... je me résigne!

— Pauvre enfant ! . . . . sèche tes larmes, le temps guérira U blessure, laisse-moi croire que le prince Gaston te rendra heureuse.

Alors le monarque, prenant le bras de sa fille , parut au salon , oh chacun s''empre5sa de lui faire sa cour. Ciotilde s'appuya sur le bras du chevalier Noir et lui dit quelques paroles douces , mais qui ressemblaient a ces potions calmantes que les médecins donnent aux mourans pour adoucir leur étgonir»

Là jduriiéc se par-sâ sans autre e'vénemcnt; le

chevalier Noir fut d'hall tel empressement auprès de sa fiancée et martjualanl d'^amour, par ses soins^ que si les yeux de la princesse n''eussent pas été aveuglés, elle Teùt trouvé tout aussi séduisant que Ncphtaly^ tout aussi beau, tout aussi digne d*'ctre aimé. Mais le bandeau de Tamour est si épais , si redoublé sur nos yeux!....

La princesse, tout en répondant aux intentions amoureusies du prince ^ ne cessait de caresser de Toeil et de jouer avec le bouquet de fleurs qu''elle avait sur son sein ^ et elle pensait a la fête brillante que Nephtaly donnerait k son cœur lorsque la nuit serait venue.

11 est impossible de rendre le tableau mouvant qu''offrait le château de Casin»Grandes ; Taillevant, Bombans et les officiers ne savaient où donner de la tête pour la cérémonie du lendemain , et tout respirait le mouvement et la joie. Les nobles hôtes du roi de Chypre eux-mêmes s"'apprêtaient pour briller et se surpasser a cette éclatante solenmité, et, jaloux de prouvera leur souverain leur empresment, ils allaient et venaient sur la route, cher-

chant, apportant leurs richesses et leurs habits lesi pkis pompeux?

Enfin cette nuit tant désire'e par Clotilcle, arriva : elle s''échappa du salon comme furtivement, et Ton n*'osa pas la retenir, car, de tous temps, on a respecté les volontés des jeunes filles la veille de leurs noces ; aussitôt qu''elle eût disparu chacun Timitii. En effet, Clotilde, dans ce salon, était la clé de la voûte : une fois tombée , tout se sépare : et , ce jour-la , le sommeil envahit le château beaucoup plus vite qu''à Tordinaire, comme c'est naturel la veille d''une grande fête

Tout repose, excepté Clotilde , Josette , Marie et Castriot qui sont réunis dans les appartemens de *Hnfortunée princesse de Chypre.

Clotilde voit arriver Pheure a laquelle Nephtaly doit venir, avec un effroi dont elle n''est pas maîtresse ; son cœur tremble, palpite, et elle regarde fréquemment la porte, ou prête Poreille a de vains bruits qu''elle croit entendre et que "personne n**cntcnd.

— Josette , (iit-ello , je veux une plus belle parure que celle que je porte en ce moment ? ma fille, revétez-moi d'une tunique bleue à glands (Vargent, d'un cothurne rouge, d''une robe blanche

comme la neige? retenez mes cheveux captifs

sous des bandelettes blanches, ainsi qu''elles étaient disposées le jour où je rencontrai ee pauvre Juif. . . Rassemblez tout ce que Part de la toilette et mes trésors ont de plus recherché? songez ma fille fjue je veux plaire!...*..

— Mais madame, il n'est pas encore temps!..,

— Fais ce que Ton te dit? lui répliqua Marie.

— Ma bonne nourrice, reprit Clotilde en s*'asseyant devant un miroir contenu dans une bordure en filigrane ; ma bonne nourrice allimiez les bougies des quatre torchères , les flambeaux et surtout cette lampe d'argent remplie d'huile odorante?... que tout resplendisse et que tout soit brillant !

— Oh! Josette, dit-elle en s'adressanta la jeune Provençale , arrangez mes cheveux noirs en boucles plus arrondies? qu'elles tranchent , par leur jais ,

sur l''albàtrë de ma peau? qu'halles se jouent aii^

dessus de mes yeux !

Nourrice, viens placer mes bandelettes blanches

sur ma tête?* toi seule connais cette coiffure ,

fille de la Grèce ; surtout, ma mère, entoure-moi

d''un voile aérien? J''en avais un , ce jour-là ,

pour me garantir du soleil?.... mais aujourd'hui,

je veux Pavoir , pour qu"'il soit foulé? je veux

que tous ces charmans apprêts soient comme ceux d''un festin dont il ne doil point rester de vestiges...

— Josette i) mon enfant, n"'oublie pas les parfums ?.i..i Et i) de ses doigts légers, la princesse donne, a droite, a gauche, le dernier coup de main à Félégant édifice de sa parure.

— Castriot ^ dit-elle en se retournant et en lui souriant, allumez le feu de ses trépieds d'^or? que Pencens fume ? Jamais les sacrifices ne se font sans encenser le Dieu.

— Mes amis , leur demanda-elle en se levant et se regardantdans le fidèle miroir, suis-je belle ?. . .

Ils se récrièrent unanimement et Clotilde fit quelques pas dans sa chambre en essayant sa parure.

— Maintenant Josette, dit-elle, remets tout en ordre? cjuM n''y paraisse plus, que rien n''interrompc la beauté de ce lieu.

— • Sors mon enfant ? Adieu ; viens que jet''embrasse?

— Ah! madame, vous êtes brûlante!

— Cest vrai — Tiens, Josette, prends celte

riche ceinture? prend aussi ce diamant! je te

les donne. Josette!.... ajouta-t-elle en lui prenant la main, tâchez que le souvenir que vous garderez de moi ne soit point i?iuable^ pensez quelquefois à Clotilde et priez pour elle?..,.

Josette se mit à pleurer et dit en sanglolam: — Ah! madame, est-ce que vous me renvoyez?... Pourquoi donc tous ces apprêts et ces paroles dont le seul accent m''attri?te?

— Ce n^est rien, ma fille, lépondit la princesse avec un sourire légèrement sardoni([ue. Ne vois-tu pas que Clotiidc va périr pour renaître comtesse de Pl'ovenct- !...

— Ah! si ce n'est que cela, madame, reprit Josette en essuyant ses yeux, je n'*ai qu'a me réjouir..."

-"- Adicudonc Josetle!... Et Ja princesse embrassa, la fille de l''int.endant; puis, saisissant une bourse pleine d^or, elle lui dit : — Prends encore ceci ? je veux que rien ne nianqueà ton bonhenr ! . .

Josette sortit lentement et en retournant plusieurs fois la tête pour voir Clotilde, qui s^assit sur une chaise en posant sa tête souffrante dans sa jolie main. Restée seule» elle regarda tristement Castriot et la fidèle noin-ricc, et leur dit avec un accent de mélancolie.

— Mes amis, la jeune rose va sV'fFeuiller ! car, maintenant, je comprcjids les paroles de mon bien-aimé ! . . Vous nous élèverez un même tombeau, n''est-ce pas?... et toi Castriot, tu viendras arroser les fleurs qu^aura plantées Marie parmi le gazon; nos cendres les animeront... Respirez-les quelquefois ?... Todeur en sera douce!...

A ces paroles, Castriot jeta des regards farouches surtout ce qui Tentourait, et Marie se mit à pleurer à chaudes larmes. . .

— Hé quoi! continua la princesse, je veux faire un dernier repas et savourer la vie avec

///i/... Marie ne me refuse pas t" les prièros des inourans sont sacrées!... Va, cours chez iJombaiis, apporte de cjuoi composer ce festin du départ, et surtout, apporte les vases les plus précieux... Je veux entourer ma fin de tout ce qu'il y a de plu« brillant, de plus beau dans la nature et dans \c. cœur de riiommc; une jeune mort doit être voluptueuse î...

La fidèle nourrice ne tarda pas à reparaître avec ce que demandait Clotildc. On plaça, sur une table d*ébène et d'argent, une serviette peluchée et a franche d'or, que Clotilde parsema des fleurs du bouquet de l'Israélite.

— 11 faut louteffeuiller, tout flétrir... dit-elle. Les plats d'or et les fruits de Tart de Taillevant

brillèrent bientôt sur la table, ainsi que les cristaux ciselés : on alluma des flambeaux; et Clotilde, posant alors un 2 couronne de roses sur sa tête, s'écria :

— Castriot, n'est-ce pas toi qui dois introduire mon bicn-aimé?... Pourquoi ne vient-il pas ? estce à moi de l'altendre !.. oui, car je l'aime le plus !

Ncpiitaly, je te souhaite!... arrive avec tous tes enchantemeps, arrive promptemeïït, nos heures sont comptées, la moitié du sable de mon horlog^e est consommée, il est minuit!... Viens, tout est p?èt, le temple, ja ff-tc, Tautcl, la victime, les festons, Va Castriot, va a sa rencontre?

L''A.lbanais pleura de rage en entendant ces mélodieux accens, le chant du cygne.

— Je voudrais être plus belle!... mais... je le suis asse^î... dit-elle avec un léger sourire, puisqu**!! m''aime!.,, Et elle se mit à parcourir sa chambre en admirant le Iuxp, la propreté, la grâce de ce lieu; puis elle s''écria encore :

— Cest trop beau pour une tombe!... et elle sera comme nos amours, suave, délicieuse, brillante et funèbre ! . . .

Tout-a-coup, des pas légers retentissent dans la galerie •• la première, Clotilde les entend; elle court, elle vole, elle est dans les bras de Nephtaly. Elle jette, avec grâce, ses bras d^'ivoire autour de Talbàlrc du cU de Tlsraélite; leurs têtes semblent se confondre; ils marchent lentement,

appuyés l'un sur l'autre , sentant ballre leurs cœurs , et le Juif pressa contre son sein tumultueux la gorge divine de la princesse qui, semblable A la rosée matinale, rafraîchit son àme.

En proie à cet accès d'amour, ils arrivent, s'asseyent sur une espèce de divan, en se tenant par la main, et ils se penchent l'un sur l'autre : pas un mot, pas un geste, mais des larmes!... Ah ! des larmes brûlantes de désirs de part et d'autre, et puis de ces longs regards d'amour qui rendent ivres!...

Le Juif exale l'ambre, les choses les plus précieuses le parent; il n'a plus sur son sein la roue •nfàmante, mais le gland sacré de la tunique de Clotilde et l'écharpe diaprée que broda l'amoureuse jeune fille; enfin, les boucles de ses beaux cheveux noirs ne sont plus flétries par le bonnet vert à cornes rouges.

Heureux de pouvoir satisfaire leurs désirs, sans être avares de leur joie, ce n'est plus à la dérobée, et en tremblant, qu'ils se regardent et qu'ils se parlent; mais ils se roulent dans la volupté, l'Israélite, II. 22

ainsi qu'au printemps, de blanches colombes vo tigent de branche en branche, et savourent les plaisirs.

— Clotilde ! . . . tu es à moi, s''ëcria Nephtaly , rien ne trouble nos caresses : ô mon amour , laisse-moi me noyer dans le lait de ton sein délicieux, m'y rassassier de baisers ?. . .

— Nephtaly tout est à toi î . . . Et les doigts légers de la jeune vierge caressent avec une charmante pudeur, une timide crainte, les cheveux, le col, le sein de Flsraélite.

— 0 que tu es belle et que tes yeux dévorans dardent de feux î... L'étoile de Vénus n'est pas plus brillante.

-— Ah ! mon bien-aimé, ne crains rien ? dérange ma coiffure f... je ne m'en offenserai point.

Après que le respectueux Nephtaly eût adoré tous les charmes de sa belle maîtresse, il déposa sur sa bouche de rose, sur sa bouche affamée, sur cette bouche solliciteuse, un de ces baisers dont Vénus serait jalouse, et ils allèrent s'asseoir auprès de la tabh*, et sur le même siège; car Ta-

luoureiu Israéiile attira Clotilde sur ses gnioui. C'astriot et Marie semblables a des statues, ornement d''un palais, les servirent en pleurant ^il le* admirant tour-à-tour.

Les deux amans mangèrent des mêmes met», dans la même assiette, avec la même fom^chctte, buvant dans le même banap à la même place, ei entremêlant Tambroisie de leur suave repas avec Tambroisie mille fois plus suave de leurs baisers enflammés . baisers charmans, leurs derniers pas dans cette vie de volupté. Une grâce indéfinissable, un charme inexprimable, léger comme Tair, pénétrant comme le feu, doux comme un bienfoit, se répandait sur cette scène d'*amour : un espèce de nuage céleste les environnait: tout aux yeux de ces heureux amans, se présentait comme surnaturel; les moindes objets avaient une autre figure, une autre forme, leur bonheur se reflétait sur tout, et semblait jeter des flots de lumière. On €Ùt dit, qu''autour d''eux , régnait cette auréole dont on entoure les habitans des cieux quand iU descendent iciba^.

Cette divine magie redoublait leurs jouissances et Paspcct de la mort les rendait solennelles...

— Neplitaly, s*'éeria Clotilde, voici le moment d''exëcuter ta promesse... vois-tu comme les heures s''écoulent ? *

— Ah ma Clotilde, auras-tu le courage d'obëir!...

— Eh! crois-tu, mon bien-aimë, que je ne t''aie pas deviné'....

— Dis-moi, chérie, qu'as-tu compris!...

— Que nous mourrons ensemble.

— Cruelle!... tu le dis en riant ?..

— Nephtaly, pourquoi m''affiigerais-je?...

— Tu dis vrai, Clotilde, nous sommes mille fois plus heureux; nous abandonnons une terre odieuse ; nous montons purs , et sans tache , vers le palais des cieux, où déjà les anges apprêtent, pour nous, leurs plus divins concerts!... Dieu peut-il se courroucer de nous voir arriver un peu plus tôt et fuyant le malheur ? Nous obéissons à la voix de la nature, et, si le front céleste de TEternel se ride un instant, il est trop

bon pour condamner deux âmes vertueuses, coupables seulement de trop d''amour, et puis,.notre bonheur aurait pu se faner ici bas ?. .

— Non, Neplitaly, jamais!... répliqua Clotilde avec un charmant coup-d'œil.

Ce mot fut suivi de mille baisers, et Famoureux Israélite serra la princesse dans ses bras avec la force d''Hercule soulevant le fils de la terre, Ante'e, son rival.

— Ma maîtresse chérie , trésor d''amour , tu auras donc la force de quitter une aussi belle vie, une vie à peine commencée,

— Nephtaly, ne la quittes-tu pas?... et, n'estce pas un bienfait que de ne faire qu''effleurer une coupe au fond de laquelle sont les chagrins et les malheurs ! . . .

— Tu n''hçsiteras pas à percer ce beau sein, ce trône de Tamour oii je viens de reposer ma tête ?, . .

— Non... Que puis-je être hors de ta vu« .? Puis-je vivre sans toi ? toi seul, entre les hommes, m''as souri de ce sourire que j'aime.

— Eh bien, oui, fille céleste, nous nous endormirons voluptueusement, et les mains entrelacées, dans la nuit qui n''a point d^iurore.

— Oui, Wephtaly, quand tu le désireras... mais, je t''en supplie, fais-moi donc entendre encore cette douce voix, ces doux chants, qui charcharmèrent mon âme ! Epuissons, dévorons toutes les joies, réunissons notre vie toute entière en un seul moment, et... absorbons-le! Chante donc? achève de m''enivrer?...

Nephtaly, saisissant son luth, que Marie lui présenta sur un signe de Clotilde, chanta les stances suivantes :

Que la fleur des champs soit SL'chée Par le noir souffle des hivers.

Ou . que de sa tige[°arrachée , Ouand les prés encor verts , Sont oni.js de sa lêtc élégante, Elle soit, d'un cruel^ zéphyr

La victime odorante ,

Son sort n'est-il pas de mourir !

Qu'importe la faible durée Pc no3 irop misérables jours ,

Si du bonheur la main dorée

N'en fleurit pas le cours !

P<3rir le front plein de jeunesse,

Parés des roses du plaisir..

Ou flétris de vieillesse

Ne faut-il pas toujours mourir ?

Que le voyajjeur accomplisse

Sa longue route en peu d'instans ,

Et que sa course en réunisse

Les nombreux accidens;

Ou que , marchant avec prudence ,

De sa peine il fasse un plaisir , ,

Pour toute récompense

Ne faut-il pas toujours mourir!*

Hélas ! mourons , ma douce amie ?

Mourons sans répandre des pleurs ,

N'avons-nous pas, de cette vie ,

Senii toutes les fleurs ?

Lorsque , dans un charmant bocage ,

Les mains n'ont plus rien à cueiUir,

Qu'il n'offre plus d'ombrage....

Alors... n'en faut-il pas sortir ?

Jamais J'Israélite ne mit tant d''expression dans son chant. Clotilde, le cou tendu, «''abandonnait toute entière à îa volupté : attendrie, elle re-

gardait frémir les cordes du luth en pleurant.

— Voilà la vie, dit-elle en faisant résonner la corde.

Le son retentit fortement d'abord, s'amortit, parut renaître, puis s'éteignit doucement. C'ette exac te image émut jusqu'à Castriot.

— Tu pleures , s'écria Nephtaly , tu regrettes ton existence. Ah Clotilde, tu pourrais t'éviter ces larmes, et nous serions heureux î

— Comment, mon ami?

— Ecoute!.., fuyons? suis-moi dans l'Asie; nous irons dans le fond d'un désert. . .

— Oui.

— Une simple demeure sera notre asile, ("lie sera belle comme toi : mes richesses suffiront à nos besoins; là, heureux, sans entraves, nous vivrons toute une vie de bonheur, en présence de la seule nature; et, tu seras jusqu'à ta mort comblée des plaisirs que tu ressens aujourd'hui.

— Mais Nephtaly, mon père!... il mourra de douleur.

— Clotilde î... s écria le Juif, lu auras des

— Mon ami, dit la princesse, clemuin j'épouse le prince Gaston.

— Hc quoi!... s*'écria risraélite.

— Je le dois, Neplitaly , j'ai promis; mais écoute à ton tour, et suis les ordres de ta maîtresse. Trouve-toi dans la chapelle au matin? Castriot t''introduira ; cache-toi contre un des piliers? et là, tu verras si je t''aimc?... lorsque je tirerai mon poignard, saisis-toi du tien ? et que nos derniers soupirs s''entremélent.

— J'y serai Clotilde... répondit le Juif.

En ce moment Castriot s' approchant de ce couple charmant entrelacé comme deux dauphins qui jouent, dit à Colilde :

— Il n''y a donc que le prince Gaston qui s'oppose il votre bonheur ! . . .

— Oui, répondit le beau Juif.

— Eh bien, vous serez heureux !... croy*zcn Castriot?...

Et sans plus tarder, le féroce \lbanais courut H la chambre hospitalière du comte de Provence; i] ouvre doucement la porte, il tressaille de joi«

en voyant la lampe expirante ne jeter qu\me faible lueur; il s'avance à pas lents vers le lit; et, sourd à sa concience, à tout, il détourne la tête, tire son sabre, et frappe à coups redouble's, en s'e'criant: «il le faut!... il le faut!... » et. dans sa fureur, il laissa son sabre sur le lit du prince.

Il revient pre'cipitamment et rentre dans la chambre de Clotilde avec un visage serein.

— - Vous serez heureux!... rëpéta-t-il, ainsi vous pouvez vous séparer sans crainte, vous ne

mourrez pas ! ,

— Comment cela Castriot!... s''écria la jeune fille.

— \ ous serez heureux ! . . . et rien ne s*'opposera plus a votre union, si le roi y consent toutefois!...

A ces mots, un frisson glacial parcourut tout le corps de la princesse; elle resta muette, pâle, immobile, froide, et Neplilaly regarda Castriot avec un profond étonnement.

— Séparez-vous ? reprit FAlbanais brusquement.

— QuVt-il fait?... sVcria Clotilde revenant à elle aux baisers que Neplitaly lui prodiguait.

— Clotilde, à demain donc ! . . . dit le Juif. Alors tous deux s''achcminent vers la galerie,

mais Clotilde est toujours stupéfaite, et son sein palpitant: elle est accompagnée de Castriot qui les suit. La voûte de marbre retentit de leurs adieux; et, quand Neplitaly, après avoir savouré le dernier, le plus longs des baisers , s''élança dans Tescalier, Ton entendit le léger bruit des fantômes résonner au fond de la galerie; et, de la chambre de Gaston, une grande ombre projetée par la lueur de la lampe mourante, se mouvoir d''une[manière indistincte.

— Cest son ^prit ! dit Castriot tremblant; ou bien ne serait-il pas mort ?

A cette parole, Tidée du crime que l'Albanais avait commis, se glissa dans le cœur de la princesse en le glaçant : elle rentra dans sa chambre, comme engourdie, et ce ne fut qu''après un long moment de silence , que regardant sa chambre vide, elle s''écria: « il est parti !... m

- — Oiii, madame, dit Marie.

— Ah î Castriot, qu\ivez-vous fait?.., continua Ciotilde.

— Ne m'*avez-vous pas dit que le prince Gaston était le seul obstacle à votre bonheur?...

— Mais on vous fera mourir Castriot :*... ol>-

serva la princesse.

— Oui, répondit PAlbanais, mais, vous serex heureuse!...

Le jour commençait a poindre dans les cieux, les lampes palissaient : Ciotilde : accablée sous le poids des voluptés, pouvant a peine soulever ses paupières, appuya sa tête en désordre sur le sein de sa nourrice, et un instant de sommeil vint la saisir... Castriot, respectant son repos, s^en fut veiller a sa porte, et sa nourrice contempla, en pleurant , ce sommeil précurseur de Téternel sommeil.... qui devait envahir sa fille..

AFFBJST7SE RSS0X.UTI02? SUIVIE B^ETFXT.

Cependant tout était en mouvement dans Casin- Grandes. Dès Paurore, une foule considérable ne cessait d'y arriver, car la nouvelle du mariage du souverain de laProvence avec Phéritière du royaume de Chypre, la célèbre Clotilde, s'était promptement répandue ; et, de tous les côtés de la contiée, Ton accourait pour cire témoin des fêtes qui dc-

Yaient célébrer cette union. Uon avait annoncé que les deux souverains tiendraient cour plénière» et que Ton recevrait tout le monde , jusqu^aux plus simples paysi^ns. Uon doit, après cela, juger de Tempressement que Ton mettait a se rendre a la majestueuse demeure du roi de Chypre.

Aussi était-ce déjà un spectacle que Faspect de la route d''Aix à Casin-Grandes? Une foule de dames, plus ou moins parées, jalouses de voir cette beauté tant vantée , arrivaient sur des haquenées, en litière ou a pied; les chevaliers , les barons , les seigneurs et leur suite, les paysans, les curieux , tout cela formait une longue procession dont le commencement semblait être Casin-Grandes, et la fin a Aix.

On eût dit que la nature voulait favoriser cette solemnité, en la protégeant par un ciel dV zur sur lequel les yeux cherchaient en vain des nuages : — Heureux augure de bonheur des époux!... se disait-on.

Mais Factivité qui régnait sur laj'route ne pouvait pas se comparer a celle qui se déployait dant

Pinlérieur du château de Clasin-Grandcs. Mailre Taillevant, et le {jrand Hercule Boiiiljans, sans cesse sur leur chaiiip de bataille, ne cessant d'aller et venir, paraissaient se multiplier.

La foule, ayant déjà envahi les cours, rendait le service très difficile : néanmoins , la décoration magique du château ne laissait rien à désirer , et le génie du célèbre Taillevant y brillait de tout son éclat : ce n''était que festons, que guirlandes d e fleurs , galantes devises , heureuses allégories , feuillages, arcs de triomphe, troupes de musiciens, symphonies, tables dressées a tous venans, comme aux noces de Gamache ; enfin , une profusion de toutes les ressources de Tart (.ndinaire et du décorateur. Choisissez de toutes nos décorations modernes la plus belle et la plus somptueuse, et vous . n''arriverez pas encore au luxe déployé par Taillevant.

Aux deux coins du portail d^entréc , deux syrènes versaient â tous les survenans, Tune du ^^n d'Orléans et Tautre de Thydromel. ^ ^:

La première cour se distinguait par un appa- L'^IsjiAÉLrpE. II. 23

reil militaire, qui consistait en une brillante cavalerie commandée par Kéfalein ; il présidait à tout avec la précision d''un brigadier de gendarmerie, en mêlant toutefois aux formes militaires Fespèce de bonté résultant de cet heureux caractère qui devait lui ouvrir les portes du ciel.

La chapelle, ornée de ce que les pompes de la religion ont de plus brillant, était ouverte, et Ton admirait la multitude des cierges , les bannières , les simples festons que Ton avait suspendus entre les vieux piliers et les armes royales des Lusignans confondues avec les armes royales des descendans de S. Louis qui était la tige des comtes de Provence. On entrevoyait les deux fauteuils dorés, et les coussins et le dais sous lequel les deux jeimes époux devaient s*'asseoir.

Je dis , on entrevoyait, car l'impitoyable Castriot défendait à tout le monde d''entrer dans cette chapelle. En effet, dès le matin, le Juif Nephtaly s''était glissé dans la cour , PAlbanais Pavait caché dans renfoncement d'une vieille chapelle consacré h St-Guy.

Mais rien ii''était couipaïaJjlc au spectacle c^juc présentait la seconde cour, Taffluencc des seigneurs, des clicvaliers bannercts et des dames ne permettant pas que tous fussent admis dans les appartemens royaux ; les dame* dWix et des environs, étaient assises tout autour de cette vaste

-,,cour, et une multitude de seigneurs, et les comipagnons d''armes du comte de Provence, se te- .naient au milieu, en formant des groupes divers ;

(iiles uns parlaient entre eux, les autres sVlressaient aux plus jolies d''entre les dames , et de jLeaux pages, de jeunes écuyers allaient et venaient, por-

, tant et recevant des ordres.

iSiur les marelles du bel escalier de marbre, le

; .^gfand écuyer Yérynel et Jean Stoub commandaient la garde du prince, qui gai^nissait, le pe'ristyle, Tescalier et la salle des gardes conjointement avec les oflSciers, les pages et les éçuy^rsjdu ÇOfl^tc ,<le Provence.

Le salon rouge , le cabinet du prince et sa chambre royale, étaient inondés par Pélite des a^iis .du comte, les pi us belles dames parées avec tout le

luxe du temps, les plus grands seigneurs, tels que le comte de Foix, le comte Enguerry, et même le beau Dunois , parrain de Gaston II qui, pour la moment, se trouvait à Aix, formaient une assemblée imposante, et telle qu'il ne s'en était jamais vue de si brillante a Nicosie. Aussi, les trois ministres , les seigneurs Cypriotes , avaient-ils, malgré leur grand usage , la contenance d'un Maire de province, qui reçoit un ambassadeur et sa suite, et qui se confond en eflForts pour se mettre a la hauteur du diplomate.

Le seul Jean II se trouvait au milieu de celte

pomjSeuse cérémonie dans son élément naturel. Ce beau vieillard a cheveux blancs , vêtu simplement d'une dalmatique précieuse , portant, a son côté , l'épée du premier chef des croisés , et , sur sa tête , la couronne de Godefroi de Bouillon , avait une contenance majestueuse, il parlait avec bonté à chaque seigneur , et l'entretenait de ses exploits comme s'il eùtétéson compagnon d'armes ; il s'adressait aux dames avec cette courtoisie calme et sans empressement qui convient aux vieillards.

Cependant, rinipaticncc régnait sur tous les visages, et une espèce de murmure re'sonna dans les cours et dans les appartemens, lorsque le beffroi de Casin-Grandes sonna dix heures du matin. Cette impatience avait un juste motif lorsqu'on apprendra que ni le chevalier Noir , c''est-a-dire Gaston II , comte de Provence , ni la belle Clotilde, n'avaient encore paru.

Le roi Jean II se fit guider par Monestan vers les comtes de Foix «t Dunois, et il leur dit avec enjouement :

— Nobles chevaliers, vous semblez de concert avec le comte de Provence, et peut-être pourriezvous nous expliquer la cause de son retard le jour de ses noces.

— Sire, lui répliqua Dunois , nous l'avons accompagné ce matin, car il est sorti du château et nous a recommandés , si nous l'aimions , de ne point nous inquiéter de sa personne ; c'est aujourd'hui qu'expire le vœu qui le force à ne point découvrir son visage, et je présume qu'il est allé remplir des devoirs sacrés à quelque autel du voi-

— 3éîï—

sinâge... Il nous expliqua même qu'ail arriverait avec son e'cuyer à la chapelle de votre* château lorsque la messe commencerait , et que les sons de la cloche suffiraient pour Favertir.

A-lors le monarque siffla son huissier qui ne parut point , Monestan eut toutes les peines du monde a trouver le docteur tapi daus un angle de la salle des gardes , et s''étant arrangé de manière a ce que personne ne le froissât et ne troublât le repos de sa petite machine.

Jean II ordonna au docteur d''aller trouver Clotilde , et de la pre'venir qu'elle était attendue au salon rouge.

Clotilde venait de s''éveiller , et là fidèle nourrice aidée par Josette déployait aux yeux de là princesse les magnifiques présens que le Sénéchal du comte de Provence avait apportés dès Paurore.

La jeune fiancée contemplait d'un air triste et distrait , les vêtemens somptueux qu'un marié donne ordinairement a sa prétendue; et qui, dans îe temps oit vivait Clotilde , étaient de iiature à

tlurer toute la vie. La robe de mariage , d'une 'étoffe précieuse, figurait, sur le devant, les armes des deux époux selon Tusage et la mode de cette épotjue; le voile précieux annonçait par sa richesse une production orientale ; un collier de perles , des anneaux, des pierres précieuses, complétaient une parure digne d'une reine.

Clotilde se laissait habiller, sans dire un seul mot, elle ne donnait aucune attention h la manière dont ses cheveux étaient disposés et dont ses vétemens s'arrangeaient sous les doigts légers de Josette et de sa nourrice. Elle ne regardait qu'une chose, et elle la regardait avec une expression remarquable : on y lisait l'amour, les regrets et le souvenir de la volupté, qui renferme un sentiment tout à la fois pénible et gracieux : cette chose unique, était la table du festin de la nuit et le siège occupé parNephlaly, la lyre, les débris des mets, les roses effeuillées, sa couronne de fleurs, et l'ensemble de toutes ces ruines d'amour.

A l'approche de la mort, les pensées deviennent solennelles et la jeune fille ne pouvait s'empêcher

de réfléchir profondément ; son ame, en proie aux souYenirs du moment enchanteur qu'elle ayait passé ayec Nephtaly, n''hésitait pas à consommer le sacrifice qu'elle avait promis, mais elle se perdait dans un la]:)yrinthe de pensées confuses, qu'elle ne pouvait pts renvoyer de son cœur.

Lorsque Trousse parvint à elle, il fut étonné de la pâleur de la princesse, qu'il trouva assise sur le siège qu'avait occupé l'Israélite ; elle tenait un poignard entre ses mains, et le regardait fixement : une larme roulait sur ses joues; Marie et Josette interdites, debout et stupéfaites, contemplaient leur maîtresse adorée dans le plus grand silence.

— C'est moi, madame, s'écria le docteur, je viens par ordre de monseigneur, vous prier de vous rendre au salon où vous êtes attendue ; dix heures sont sonnées; la chapelle est prête; mon-

seif^neur l'évèque est en habits pontificaux

Mais j'ai bien peur que la cérémonie n'ait pas lieu votre pâleur annonce une forte indisposition. . . vous pensez beaucoup trop 1.... et, je prévois que Yons aurez besoin de mon secours, car vos nerfs.,.

Le docteur s''arrcta, Clotilde avait tourné la tète vers lui, et comme elle présenta la pointe du poij»nard au nez du médecin, on conçoit que ce mouvement était plus que suffisant pour glacer la langue de Trousse.

— Je vous suis, maître Trousse, dit la princesse.

Le docteur interdit s'en alla lentement, et rassembla toutes les forces de son entendement pour s'expliquer h lui même l'état de la princesse ; mais voyant que cette méditation tendait trop fortement son intelligence, il s''écria : « Qu'est-ce que cela me fait!.... » et il rentra dans la salle des gardes.

Clotilde embrassa Marie et Josette pour la dernière fois ; elle toucha tout ce qui avait appartenu au Juif ; baisa son luth ; parcourut de la main les étoffes précieuses qui paraient sa chambre ; elle s'en fut regarder une dernière fois la rocaille de la Coquette , et , trouvant sur la fenêtre un dernier bouquet, elle en orna son sein.... puis, jetant un dernier coup-d'oeil sur cet ensemble qui

fesait tant palpiter son cœur, elle dit adieu à la vie, cacha son poignard dans son sein et s''achemina vers le salon, en tâchant de déguiser, par un air riant, la douleur profonde qu^elle enfermait dans son âme.

Aussitôt qu''eUe parut dans lesappartemens royaux, il y eut un instant de silence, et chacun contempla la beauté de cette charmante princesse. Elle fut se mettre à côté de son vieux père, et sourit à tous ceux qui la regardaient avec cette affabilité, cette grâce qui doublaient ses charmes ; néanmoins Pexpression de la souffrance triomphait sur son visage, et elle fut remarquée par tout le monde.

Après s''étre montrée dans tous les appartemens, elle demanda a son père la permission de se rendre à son oratoire de la chapelle, pour se recueillir, ajoutant qu''au bout d'aune demi-heure, et lorsque le beffroi sonnerait onze heures, on pouvait commencer la cérémonie ; Jean 11 y consentit et serra la mainde sa tille de manière à lui faire comprendre qu''il compatissait a sa peine .

Clolilcle suivie de Marie, de Josette, de Jean Stoub et de révèquc, eu habits pontificaux, traversa la cour de Hugues au milieu de la foule ijui se pressa sur son passante; elle entra dans le temple avec Marie et révcque; ce dernier se rendit a son oratoire, et Castriot conduisit Clotilde et la nourrice vers la chapelle de St.-Guy , 011 depuis longtems le Juif attendait sa maîtresse avec une anxiété sans égale. L'Albanais confia la garde de la chapelle à Jean Stoub, let resta avec la nourrice contre un des piliers de l'autel de St.-Guy.

Clotilde se précipitant dans les bras de son cher Israélite, y donnaunlibre cours aux larmes qu'elle retenait, et la voûte sacrée retentit de leurs baisers de flamme, de ces derniers baisers avant-coureurs de la mort ; ils se tinrent longtems embrassés et sans pouvoir dire une seule parole.

Le Juif, le premier, s'écria : « Ah, Clotilde! tes larmes me disetit assez que tu n'auras pas la force

de mourir Est-ce à toi, jeune et belle, de

j^brtiét le joiîg que nous impose ma naissance im-

pufef. . . , non, non, moi seul dois périr. ...» Pour toute réponse, Clotilde tira de son sein

le poignard qu''elle y avait placé et le montra au

.hiif étonné.

Des larmes de joie s''échappèrent des yeux de

Nephtaly, et il cueillit un doux baiser que ne lui

rendit pas Clotilde.

— O ma bienfaitrice, s'écria Castriot en s''approchant, que craignez-vous et pourquoi cette arme cruelle ?• n''ai-je pas levé tous les obstacles? attendez et dans peu le bruit de la mort du comte de Provence va vous dégager de vos serments.

— Castriot, dit la princesse, le comte de Provence n''est pas mort, et Dunois Ta conduit ce matin au prieuré de Sle. -Marie.

L"* Albanais resta stupéfait.

Llsraélite ne cessait de contempler sa pâle maî^ tresse dont les yeux se confondaient avec les siens par des regards pleins de langueur.

— Neplîtaly, dit-elle, viens que je te conduise au sombre pilier oîi je veux que tu sois.

Elle saisit la main du beau Juif et Pentraîne

vers une énorme colonne (jui se trouvait auprès de la sacristie : en cet endroit, les voûtes étaient obscures, les vitraux extrêmement bruns, etNepbtaly enveloppé d''un grand manteau pouvait s''y cacber facilement.

Ils s''acbeminent lentement eu se tenant par la main et s'enivrant par les derniers regards qu'ils

crurent jeter dans cette vie Nepbaly est

auprès du pilier Clotilde le place ; et là,

rassemblant toutes les forces de leurs âmes, ils se donnent le dernier baiser de Tamour : ils dévorent leurs lèvres de grenades, ils semblent s'emparer de leur souffle, et un frisson glacial les parcourt en pensant que c''est leur dernière caresse. . . Clotilde attérée par la volupté, s''arracbe des bras de son bien-aimé, elle regagne à pas lents le coussin et le fauteuil qui lui sont destinés, mais elle retourne maintes et maintes fois la tète pour regarderPlsraélite Quand elle est agenouillée devant Tautel , elle voit Nepbtaly tirer son

poignard , le fer brille elle ferme

l\»il Un bruit cruel vient frapper con-

fasément son oreille ce bruit annonce une

chute elle croit entendre une douce voix

crier faiblement: « Clotilde !. . . » Ses sens s'é-

moussent un f.oid perçant arrête son sang;

un nuage épaissit sa vue, le nuage flotte, hésite, se fixe bientôt sur ses yeux mourans et elle tombe évanouie. •

Castriot et Marie, sans s'inquiéter du brui^t tjui vient de retentir dans le temple et qui ressemblait assez au bruit d''une porte qui se ferme, s''empressent de faire revenir la princesse, Lorsqu''elle commence à respirer, onze heures retentissent; Castriot et Marie ne voient que Clotilde ; mais dans ce moment révéque, suivi de Fabbé Simon et de ses acolytes, s''avance à Fautel ; les portesi de la chapelle s''ouvrent ; Jean II guidé par Monestan arrive avec la foule des seigneurs ; les cloches sonnent avec force et Ton aperçoit par les portes du temple, une multitude curieuse qui suit le cortège, envahit les cours et se prosterne en attendant le chant des prêtres qui ami once le commen-

cernent de la cérémonie. Le conile de Foix fut longtems inquiet en ne voyant pas Gaston II.

Mais enfin, le comte de Provence ne tarda pas à paraître, smvi d'un seul écuyer. Il portait encore son armure noire, son casque noir et sa visière baissée ; il prit sa place à côté de Clotilde, qui pâle, stupéfaite, n'apercevant rien qu'à travers un nuage, ne regarda même pas son fiancé.

Un songe n'est pas plus fugitif et plus rapide que tous ces mouvemens ne l'étaient pour la pauvre Clotilde : elle rêve elle écoute le chant

monotone de la liturgie sans la comprendre, elle voit fumer l'encens sans le voir, elle entend le léger bruit de l'assemblée sans y être, et elle regarde son père avec les yeux de la stupeur ; enfin, elle rêve ! . . . .

Tous les personnages sont réunis, et chacun les yeux fixés sur ce couple charmant, attend le moment de leur union avec une impatience bien naturelle.

Après un laps de temps dont la princesse n'eut aucuns idée, l'évéquc s'avance, prend la main

glacée de Clotilde, la joint a celle du prince; . . i Alors, la jeune fille revenant a la vie, et tirée de son sommeil par ce mouvement dirige le poignard dans son sein

COl^CLUSION.

— DÉirOUKMSWT mSX ZKATTESn>U. —

A Pinstant où Clotilde saisit son poignard, Vécuyer du prince Gaston Tarrêta, et la princesse étonnée reconnut en la personne de cet écuycr, le beau chcvricr, le jeune Raoul.

Le comte de Provence jette précipitamment son casque, il se tourne vers Clotilde et s^écrie :

— Enfin je suis aimé!...

LMsUABLire. II. 24

La jeune princesse s'évanouit à ce mot. L'organe enchanteur du prince, n'étant plus déguisé par le creux ménagé dans sa visière, résonna comme celui de INephtaly; les boucles de ses cheveux noirs s'échappant de dessous son casque, vinrent effleurer le col de la jeune fille... et quand Clotilde revint a elle, elle put admirer la noble tète de son bien-aimé, dans celle de son époux!...

— Vous fûtes bien cruel!... s'écria-t-elle , après l'avoir regardé long-temps.

— C'est à vous de me punir, répondit le prince.

— Je le devrais î mais, le puis-je ?

La messe était finie, Clotilde mit en deux mots son père au fait de cet événement extraordinaire, qui bientôt vola de bouche en bouche.

Le bonheur de Clotilde fut trop fort pour qu'elle put y résister. Elle se vit obligée de rester a la chapelle, assise sur son fauteuil : alors seulement, elle remarqua que le prince Gaston portait l'écharpe brodée pour Nephtaly, et qu'au

bout crunc chaîne cVor qu'ail avait au col, pcntlait le gland qui s''était détaché de la tunique de Clotildc a la colline des iVmans.

Le peuple et la foule faisaient retentir Tair d''acclamations ; Castriot, muet et immobile, contemplait en silence le visage rayonnant de sa bienfaitrice; Josette, pressant la main de Jean Stoub, jugeait par elle-même combien sa maîtresse serait heureuse; la nourrice pleurait de joie ; Bombans survenant et apprenant cet événement, s^écriait : « Je Tavais bien dit!... » Trousse se demandait « Que m''en reviendra-t-il?... » Et à quelques pas de là, le bon roi Jean II, entouré de Dunois et de sa cour, écoutait le récit que le comte de Foix faisait de Tadresse que le prince Gaston avait mise pour remplir le double personnage du Juif et du chevalier Noir (1) et comment, au

(1) Je crois qu'il est fort inutile, en ce momdli, d'expliquer, selon l'usage des romanciers, les secrets du comte Gaston, pour avoir pu se trouver sur la rocaille en sortant du château de Casiii-Grandes, etc. Ceux qui vou-

tournoi, ce fut Raoul de Crëcy, écuyerdu prince, qii remplissait le rôle difficile du chevalier à la devise.

Il Llâma beaucoup, ainsi que Dunois, la folie de Gaston, en convenant toutefois que la fragilité et les perfidies du beau sexe pouvaient lui servir d''excuse.

Bientôt la princesse fut assez bien remise, et toute la cour retourna dans les appartemens du roi de Chypre.

Je pense que je puis me dispenser de raconter les fêtes qui remplirent cette célèbre journée :

dront se convaincre qu'il n'y a aucune impossibilité dans l'entreprise du méfiant comte de Provence^ peuvent relire les passages qui leur paraîtront les plus merveilleux sous ce rapport, et leurs doutes seront lefés.

Au surplus, cette aventure, toute romanesque qu'elle semblera, a un fait historique pour appui ; on peut consulter à «il égard le 37» volume, marqué J. J. , des manuscrits de la bibliothèque de Marseille. — Ils y ont été déposés par M. le marquis de Stoubiére.

(Note de VÉditeur)

qu'ail suffise de savoir que le grand Taillcvant avait dresse les tables du festin dans le parc, et que c'est à cette occasion qu"'il inventa le fameux entremets des noces de Tliétis et de Pelée, drame qui l'a rendu célèbre dans toute la chrétienté.

Cest pour cette fête qu''il composa son nouveau plat, nommé la nuptialine.

Les grâces, la décence, les vertus et Tamour accompagnèrent Clotilde au lit nuptial ; la nuit fut le seul témoin du dernier hymen des amans, et le prince amoureux reposa sa tête sur un sein qui ne battait que pour lui.

Le lendemain, Ton abandonna Casin-Grandes, en le commettant à la garde d'Hercule Bombans, de Jean Stoub son gendre, et de Josette.

Les deux époux, le roi Jean II et toute sa cour firent leur entrée solennelle a Aix; les rues étaient tendues de tapisseries, et tout le peuple sur pied.

Le roi de Chypre y séjourna quelque temps, et bientôt il partit de Marseille avec une escadre et des troupes destinées h reconquérir son royaume.

En quittant le§ bords hospitaliers de la Pre-

\ence, le bon Monestan remercia rEtcniei; Këfalein ne dit mot, et Févèque s''écria : « Nous nous compléterons en route!... » Ce qui signifie sans doute que Tarmée ne montait pas à trente mille hommes.

Trousse ne voulut pas se hasarder dans cette navigation périlleuse, et il resta en Provence.

C'est ici que je dois m''arrêter.

Cependant je sens que mes lecteurs ne seraient pas satisfaits si je ne leur donnais pas des détails sur les divers personnages'de cette véridique histoire.

Le docteur Trousse ne voulut point faire d''en~ fans, pour ne pas altérer sa santé, et nous devons annoncer qu'ail mourut à Page de cent quatre ans, sa mort fut la suite d''une chute , c''est ce qui lui fit dire avec Paccent du désespoir : « Quel malheur d^étre arrêté au milieu de sa carrière !... »

Castriot resta près de sa bienfaitrice , et le comte de Foix lui rendit le sabre qu''il avait laissé sur le lit du comte Gaston, de manière qu'il put toujours faire à ce sabre chéri sa caresse habituelle, PAlbanais avait conçu poiu' Marie une

haute estime^ à compter du jour qu""!! lui vit déchirer le Mécréant, et un beau jour il épousa la nourrice de Clotilde. — Je dirai avec plaisir que la bravoure de Castriot fut héréditaire dans sa famille, et qu''il existe à Aix un sergent de la vieille garde, nommé Castriot, qui ressemble en tout à son célèbre aieul et qui fait avec orgueil à son sabre la caresse que notre Castriot faisait au sien, mais le Castriot vivant, en même temps qu'il caresse son sabre, frise sa moustache, chose que ne faisait par son ancêtre.

Josette laissa une nombreuse postérité, et la famille de Bombans dure encore, grâce à la circonspection qui la distingue.

Bombans vécut riche et partant honoré, car il acheta, sur la fin de ses jours, le marquisat de Casin-Grandes.

C'est M. le marquis de Stoubière à qui je suis redevable des manuscrits précieux où j'ai puisé cette intéressante histoire, et la ville de Marseille le compte aujourd'hui comme un de ses meilleurs citoyens.

Il descend en ligne directe de Jean Stoub; et pour ne pas Toublier, il porte dans ses armes cette branche de cyprès qui distinguait les soldats du Mccre'ant ; il possède dans son parc la colline des Amans, et il y a un banc de pierre à la place oïl son aïeule Josette agita son mouchoir.

Je me suis assis sur ce banc, et, c''est de cette place, que i''ai décrit le paysage que Ton a remarqué au commencement de cet ouvrage; j'ai vu la Coquette et la place où fut Casin-Grandes, campos ubi Troja fuit ! . . . .

Les antiquaires, les littérateurs et les savans savent tous ce que devint Taillevant, l'écrivain le plus distingué de la cuisine française; il fut le premier cuisinier de Charles YII, et s'il revenait de nos jours, il serait digne de faire le dîner d'un ministre, la veille de l'ouverture d'une session ou du vote d'une loi d'élections.

Monestan mourut d'un coup de froid qu'il gagna dans une église, et Jean II reçut le dernier soupir de ce fulèlc ministre dont le dernier mot

fui : «Omon Dieu! pardonnez-moi «t pTolc-

gez les jours du roi!..... »

Kéfalein et Vol-au- vent périrent ensemble dans une charge de cavalerie, ce fut la première et la dernière fois qu'il tomba de cheval

Vol-au-vent fut enterré avec son maître. Le bon connétable avait souvent manifesté ce désir.

Hilarion devint cardinal, et c''est lui qui dirigea les armées du pape. Il mourut dans un âge avancé, au moment où il avait amené les armées du Saint- Père a ce nombre si souvent désiré de trente mille hommes. Ce succès adoucit Famertumc de son dernier soupir, et même en expirant il invoqua le secours de la jniUce céleste»

Pour ce qui est de Jean II, du prince Gaston, et de Clotilde, on peut consulter l'histoire, car je ne veux pas empiéter sur son domaine.

Fin du deuœiè^jie et dernier volumn^

ELBEUF.— Irap. d'A. FotMiBR.

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