‹ L'Italie antiqueChapitre 2 sur 23 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

F. R. DE RUDEVAL, Éditeur

4, nie Antoine Dubois. }

L'esprit autoritaire et absorbant de Rome achève l'œuvre de l'expansit génie grec. — Les populations primitives de l'Italie.— Les Terramares. — Immigrationsnombreuses: i" occidentales : Ibères (Liburnes, Sicanes) ; 2° sud-orientales : Pélasgks dodonéens. constructeurs d'enceintes dites cyclopéennes (Oinotres, Messapes, Opiques, lapyges, Dauniens, Peucètes, etc ) ; 3* nord orientales : Ligures (Apuans, Sicules) ; Euganéens, Carnes, Venètes ; Ausones, Latins (RutLiles, Eques, Herniques, Voisques ; Sabei.liens (Sabins, Marses, Samnites) ; Omk iens (Isombrie. Vilombrie, Ollombrie) ; 4" centre-orientales: Ktrusques, Tyrrhènes ou Rhasènes \ 5* Helléniques: colonies Eolo achéennes, Ioniennes et Doriennes de la Grande Grèce et de la Sicile ; 6. Gauloises : Boïens, Cénomans, Lingons, Senons. — Les noms de la Péninsule: Argessa, Saiurnia, Italia : origine sicule (?) du mot Italus. — l.aborieuse et persévérante annexion de tous ces groupes ethniques par la seule et unique Rome, destinée à être, non pas seulement la capitale de l'Italie et de l'empire romain, mais la maîtresse effective, réelle, de l'univers civilisé.

Nous avons essayé naguère de restituer l'histoire des origines helléniques, d'expliquer la formation, le développement et la décadence de intelligent polythéisme grec. L'Italie antique n'a pas moins de droits, sinon à notre amour, tout au moins à notre curiosité. N'est-ce pas Rome qui, iiéritière — souvent inconsciente, il est vrai, souvient infidèle, — a transmis aux contrées occidenales, les idées, les arts, et les rudiments de science bclos ou cultivés sur les rivages de Tlonie, de l'Atique, de la Grande Grèce et de la Sicile ? Est-ce jue toute la civilisation moderne, qu'on s'en afflige )u qu'on s'en réjouisse, ne procède pas des Hellèles et des Latins P

L'antiquité italique est le complément, le pendant de l'antiquité grecque -, mais un pendant très original, très différent, et qui l'est resté, même après la fusion d'où est issu le monde grécoromain.

Avant de se confondre, les destinées de ces deux institutrices de l'Europe ont présenté de frappants contrastes. Rarement deux régions aussi voisines, baignées des mêmes flots, peuplées de races ou de tribus identiques et de si près apparentées par le langage, par les coutumes et par les croyances, au moins fondamentales, ont débuté plus différemment dans l'histoire, ont fourni l'exemple d'aptitudes, de caractères plus distincts, de mœurs politiques plus opposées.

Ne semblerait-il pas que la contrée appelée à devenir le centre de l'univers a dû posséder au plus haut point l'esprit national, l'idée de la patrie ? Il n'en est rien. L'Hellade, avec son génie dispersif, son morcellement incurable, a manifesté, dès la fabuleuse guerre de Troie, dès les temps achéens,, le sentiment national le plus vif. L'Italie antique' ne l'a pas connu. Elle n'a dû son unité, géographique bien plus que morale, qu'à la défaite de toutes les populations qui s'y trouvèrent juxtaposées. Sa révolte tardive contre la ville qui l'avait domptée | ne lui a valu qu'une sorte de prééminence parm les sujets de Rome. Le monde n'a point porté son? nom ; elle n'a été que la province centrale d'uni empire romain, d'une patrie romaine.

Si Athènes, qui faillit obtenir et qui garda, en somme, la véritable hégémonie hellénique, celle de l'art et de la pensée ; si même Sparte, l'égoïste Lacédémone, où l'on croit parfois saisir une ébauche imparfaite de l'égoïste Rome ; si l'une de ces deux cités eût réussi à ranger sous sa domination tout le bassin de la Méditerranée, c'est pour la Grèce, c'est au nom de l'Hellade qu'elle aurait vaincu. Lorsque le Macédonien conquit la Grèce et

l'Asie, il combattit et régna en Hellène, en généralissime des Grecs ; il fit hommage de ses conquêtes à la patrie commune.

Rome n'agit qu'en son propre nom et pour ellemême. Ce n'est pas à l'Italie, c'est à Rome seule qu'elle a^djugea l'univers/'^

Le monde hellénique a été constitué par l'expansion du génie grec. Le monde romain par l'âpre concentration, par l'absorption d'une ville reine. La Grèce, comme une main ouverte, a prodigué ses richesses. Rome, dans ses mains fermées et tenaces, a serré les fils d'un réseau avare. L'une s'est donnée, l'autre a pris.

Ces deux forces, l'une centrifuge, l'autre absorbante, se sont fatalement rencontrées et combinées, mais tard, lorsque chacune était lasse de son excès même. Et, malgré sa grandeur colossale, l'œuvre accomplie par leur accord apparent n'a pas tardé à vaciller, à s'abattre dans le chaos.

Ces forces rivales, cependant, n'ont point péri. Quand la seconde eut triomphé, la première continua de subsister, de s'étendre, principe latent de désorganisation contagieuse.

C'est de l'Orient hellénisé que, sourdement, se propagea le virus dissolvant dont certains chocs extérieurs allaient accélérer les effets redoutables. Mais au milieu même de la Barbarie, Rome garda son instinct dominateur. Identifiée à l'Eglise, qui avait su y établir son siège et son centre, elle essaya d'imposer à l'Europe une sorte d'unité, bientôt convertie en oppression morale et matérielle.

Si bien que, aujourd'hui encore, à travers tant de vicissitudes, le large et libre esprit grec, représenté par la science, et l'ambition insatiable, auto- " ritaire, de Rome orthodoxe continuent à se partager, à se disputer le monde.

Ces perspectives lointaines dépassent sans doute le cadre de notre sujet. Mais, avant de descendre

en un de ces champs que nous limitons pour les mieux explorer, il n'est pas inutile d'embrasser un plus ample horizon. Il est bon de rappeler que chaque étude spéciale occupe dans l'ensemble une place déterminée et concourt, pour sa part, aux conclusions plus générales de la science de l'homme. Ces raccourcis à vol d'oiseau, découvrant les pistes, les fils qui relient le présent même au passé le plus reculé, rétablissent les proportions, diminuent sensiblement l'importance de certains faits dits providentiels, de certaines révolutions qui font illusion aux courtes vues, et dans lesquels il nous faut reconnaître des résultantes, des accidents de rencontres fortuites, ou du moins non raisonnées, entre des peuplades en marche ou stationnaires, entre des tempéraments ethniques et des milieux divers.

De même que l'intelligence humaine s'est lentement, et en partie, dégagée des impulsions animales, de même, et bien plus lentement encore, et bien plus imparfaitement, l'activité, la volonté, la prévoyance ont diminué, dans l'histoire, la part des fatalités brutes et impassibles. Oui, plus nous remontons le cours des siècles, plus nous voyons les choses humaines rentrer dans ce va-et-vient, dans ce mouvement réflexe qui caractérise la nature vivante. Un brouillard confus sur une mer vaguement agitée, d'où se détachent par moments et par endroits des courants plus ou moins durables qui ondulent, s'écartent, se rapprochent et déterminent enfin les lignes principales de l'histoire, tel est le point de départ de tous les peuples en formation, éléments passifs avant d'être les agents d'une évolution sociale ; telle est l'image exacte du passé, qu'on l'applique à l'Egypte, à la Chaldée, à la Chine, à la Grèce ou à l'Italie.

Nul pays, plus que cette dernière contrée, n'a vu se superposer et s'amalgamer des races et des nations diverses, des tribus autochthones et immi-

grées, toutes vivant chacune pour soi, serrées les unes contre les autres, sur les deux versants de l'Apennin, entre les trois mers et le demi-cercle irrégulier des Alpes. Dans quel ordre s'est produit l'établissement de ces peuples } Quelles différences et quels rapports de race et d'origine ont pu les séparer ou les rapprocher ) Dans quelle mesure, à quelle dose ils se sont mélangés et confondus ) Voilà les questions que nous essaierons d'élucider dans cet ouvrage. En l'absence de monuments datés et de documents écrits, l'archéologie et la linguistique nous fourniront des données moins contestables que des traditions, très postérieures aux événements dune histoire inconnue.

Rappelons d'abord que l'existence de l'homme, en diverses régions de l'Italie, remonte aux temps géologiques. Le coup de poing chelléen, le plus antique ouvrage de l'industrie quaternaire, et plus encore la hache de Saint-Acheul, se rencontrent soit dans la vallée du Pô, soit sur le versant adriatique de l'Apennin. La période moustérienne, à laquelle on rapporte le fameux crâne de l'Olmo, est surtout largement représentée et semble se prolonger jusqu'à l'âge néolithique. L'outillage magdalénien fait défaut, tout comme la faune qu'on ne saurait en séparer. Le renne n'a guère dépassé le pont du Gard, c'est par exception que l'on en signale dans le Latium ; l'éléphas primigénius est rare ; c'est pourquoi l'Italie n'a pas connu les hommes qui vivaient avec ces animaux. Maintenant, quelles populations, pendant les centaines, les milliers de siècles d'un âge qu'on a appelé mésolithique, ont lentement amélioré les ébauches d'une fruste industrie ? C'est ce que l'archéologie préhistorique découvrira peut-être. Encore ne pourra-telle s'avancer qu'avec une prudence extrême, en un passé si lointain, et si obscur. De ces races, il est probable que plus d'un trait s'est perpétué dans les régions où elles végétèrent. Mais tant de cou-

ches les ont recouvertes, qu'on peut négliger, sans l'oublier toutefois, le faible reste de leur sang qui coule en leurs successeurs.

Les grands mouvements d'hommes constatés par l'archéologie ont ouvert la route à ceux qu'enregistre l'histoire. Mais le fil qui les relie nous i échappe ; et c'est seulement vers la fin du néolithique, aux approches du bronze, que les jhocs de races ont laissé des vestiges moins douteux.

Les habitations lacustres et les terramares ou palafittes artificielles, dont les débris abondent en tant de lacs ou marais de Suisse, de Savoie, d'Italie, paraissent avoir été, aux temps de la pierre polie, du bronze, et même du fer, les refuges, très insuffisants, de populations mal armées, contre, des envahisseurs du Midi et du Nord, surtout contre les masses brachycéphales qui, du fond de la Sibérie, comme une longue traînée de termites, sont venus prendre l'Europe en écharpe, du nord à l'ouest moyen, et dont les descendants peuplent encore la zone qui joint les Alpes à l'Armorique, voire à l'Irlande. Les pilotis brûlés qu'on déterre chaque jour dans la plupart de ces retraites semblent raconter la défaite, le massacre ou la capture — car les ossements humains n'y sont pas si nombreux qu'on pourrait le désirer — des pauvres habitants, potiers, pêcheurs, tisserands inhabiles, retranchés dans ces lagunes.

L'usage de ces abris imparfaits s'est prolongé cependant jusqu'aux temps pleinement historiques, puisque Hérodote en signale en Thrace, et que des découvertes récentes ont mis au jour aux environs d'Esté des poteries et des inscriptions votives enfouies dans certains territoires marécageux fort analogues aux terramares.

D'après une tradition recueillie par les Hellènes, tout au seuil de l'histoire, les maîtres de l'Occident méridional, entre la Seine (Sequana) et la Libye, entre les Canaries et la mer Egée, auraient été les

Ibères, nom vague sous lequel il faut ranger des peuples aussi divers que le P'ellah du Nil, le Tamachek du Sahara et du Mahgreb, l'Espagnol, le Basque, l'Aquitain et, en Italie, le Liburne et le Sicane. Les Ibères se seraient heurtés — en Attique, pensaient les Athéniens — à l'invasion sud-orientale des Pélasges, et, dans la vallée du Pô, à une première colonne indo-européenne, les Ligues ou Ligures. Le résultat de celte double immigration fut, d'après M. d'Arbois de Jubainville, le refoulement des Liburnes vers la Vénétie et l'Illyrie, et le recul des Sicanes, coupés des Ibères, au nord, par les Ligures, poussés, de l'est, par les Pélasges qui, sous la pression des Selloi ou Graïkoi (avant-garde hellénique), envahissaient déjà tout le versant oriental des Apennins, sous le nom de Prétutiens, Peucétiens, Dauniens, Messapiens, lapyges (Terres de Bari et d'Otrante). On a de ces lapyges un certain nombre d'inscriptions, encore indéchiffrées.

Les Ligues, probablement congénères des brachycéphales répandus le long du Danube et dans toute la largeur de la Gaule centrale — c'est l'opinion, fortement motivée, d'Abel Hovelacque, — ces Ligues, donc, se développèrent sur tout le pourtour de la Méditerranée, depuis l'Arno jusqu'à î'Ebre. Une des divisions de leur armée, les Sicules, s'enfonça dans les pays ouverts que borde la mer tyrrhénienne, puis, cédant les vallées de l'Arno et de l'Ombrone aux Pélasges constructeurs d'enceintes cyclopéennes, chassa du Latium ou engloba les débris des Sicanes. Ceux-ci, pas à pas, réduits à l'extrême pointe de la botte, durent se réfugier dans l'île de Thrinakie, qui prit d'eux le nom de Sicanie, déjà connu d'Homère, mais dont ils ne gardèrent pas longtemps la côte orientale. Il y a lieu, en effet, de penser que, dès le XIV^ siècle, les Sicules, à leur tour poussés vers le sud, occupaient les rivages occidentaux de l'Œnotrie (Lu-

canie et Calabre) et les bords opposés de la Sikélie, Siculie ou Sicile. Les Shakalas de l'incription de Karnac, ce sont, à n'en pouvoir douter, les Sicules, devenus (( peuples de la mer », pirates redoutables, alliés contre l'Egypte aux Shardones, aux Lib3'ens de la Tripolitaine.auxDaanou, Akhaiuashas, Takkaro et Tourshas de la mer Egée.

Quelles que soient les incertitudes inévitables de telles hypothèses, on ne saurait douter, et c'est ce qui importe ici, que les Ligures n'aient occupé, de temps immémorial, et n'occupent encore le golfe de Gênes et les monts Apuans jusqu'à l'Arno. Pise fut une de leurs cités. La présence des constructeurs cyclopéens dans la Toscane et le Laiium est attestée par les nombreuses enceintes restées debout en partie, et qui rappellent les murailles de Mycénes, de Tirynthe et de l'Asie Mineure.

A Alatri, on voit encore les blocs énormes et les hautes murailles de la citadelle pélasgique ; à Segni, une triple enceinte; à Norba, sur un escarpement qui domine les marais Pontins, des portes flanquées de bastions. Les débris massifs de la ville des Aurunces, la porte de Volterra, dont trois têtes coupées semblent figurer la clé et les chapiteaux, datent sans doute aussi de ces temps reculés où de pareilles défenses étaient nécessaires contre l'envahisseur ou le voisin.

Il n'est pas moins certain que les Sicanes ont habité la rive gauche du bas du Tibre, et qu'ils ont disputé les sept collines à des Pélasges (Evandre) plus ou moins originaires de l'Arcadie ; ils ont été remplacés à Aricia, à Tibur, à Coenina, Crustumerium, par les Sicules (i), qui les ont

(i) Un quartier de Tibur s'appela longtemps Siktlion. On montre, près de Tivoli la Valle di Siciltano. Les Sicules venaient de Paieries et de Fescennium, sans doute rejetés audelà du Tibre par l'invasion des Ausones.

poursuivis jusqu'en Sicile ; enfin, la domination des Sicules dans la partie méridionale de la péninsule a été brillante et longue. Au VU® siècle encore, la ville de Locres a été (ondée en territoire sicule, et jusqu'au V^ siècle les Sicules n'avaient pas totalement disparu de la Calabre occidentale.

Ces indications ont été recueillies par des écrivains sérieux ou illustres, Hellanicos de Lesbos, Philiste de Syracuse, Thucydide, Aristote, Polybe ; et, bien que postérieures de mille ans peut-être aux événements, il n'y a guère de doute qu'elles ne renferment une certaine part de réalité. Elles sont d'ailleurs confirmées par de précieux passages de l'Odyssée (XVIII et XXIV).

Laërte a pour intendante une esclave sikèle (forme conservée par Virgile : Sicelides iniisae). Ainsi, vers le IX" siècle, les pirates de Zacynthe et d'Ithaque, ou les marchands phéniciens, faisaient la traite, échangeaient des esclaves sur la côte sicule, dans la future Grande-Grèce, avec les Oïnotres ou Pélasges civilisés par les Sikèles. La tradition, en effet, attribue aux Sicules l'introduction de l'agriculture. Comme les Thraces en Grèce, ils avaient apporté en Italie les céréales et la faucille, sicula ou secula, peut-être même le dieu des semailles et des moissons, le porte-faux, /a/cz/er Satiirnus .

Le nom qui allait devenir si célèbre, Italus^ Italie^ semble avoir appartenu à l'une de leurs tribus méridionales. L'histoire fabuleuse a conservé le souvenir d'un roi Italus qui gouvernait en paix l'OEnotrie, et de ses successeurs, Mo^gétés et Sikèlos, ce dernier venu du nord, (( de Rome », écrit Antiochus de Syracuse (424), chassé probablement des bords du Tibre par de nouveaux envahisseurs.

Morgétès est rattaché par Mommsen à merga^ la fourche, merges, la gerbe. Italiis est peut-être un dérivé de /, aller ; c'est le voyageur, l'immigré.

L'étymologie courante : Vitalia, de Viitilits^ la terre des veaux, des bœufs domestiques, s'appuie, il est vrai, sur un document national ; lorsque les Osques et les Sabelliens se révoltèrent en 91-87 contre le joug romain, ils inscrivirent sur la monnaie insurrectionnelle le nom de Vïteliu. Leur éducation, toute grecque, les avait induits en erreur, aussi bien que Varron et les savants contemporains. La chute du V inïùdil, du di gamma, est un phénomène étranger à la phonétique italiote ; encore ne s'est-il produit chez les Ioniens que vers les VP ou ¥*■ siècles. Si donc Italia était dérivée de Vitulus, elle eût été dès le principe et elle serait restée Vitiilia ou Vitilia. (Vitellia^ nom d'une divinité pastorale du Latium). Tout au contraire, Italiis ou Italia semblent bien les formes primitives, contre lesquelles ne peut prévaloir l'archaïsme factice de la légende monétaire.

Le temps, d'ailleurs, est loin encore où le nom d'Italie doit s'étendre à toute la péninsule. L'appellation pélasgique à'Argessa^ Argissa, le nom probablement sicule de Saturnia, vont s'effacer, ou se confondre avec une dénomination qui marque une période nouvelle : Aiisonia, la terre des Ausones ou Orientaux (Ushas, Aôs, Ausosa (( l'aurore )), qu'il faut peut-être retrouver sous la forme égyptienne Ouashasha). On a vu, dans ces Ouashasha des inscriptions pharaoniques, les Osques. Sans discuter ce point douteux, notons que le plus ancien nom des Osques est Opiques ou Opiskes, évidemment lié à Opis ou Ops, divinité éponyme de ces peuples, et qui rappelle sans doute l'antique Apta, nom pélasgique du Péloponnèse, et Apii, ApiL lu, plus reconnaissable encore dans Apulia^ l'Apulie, aujourd'hui la Fouille.

Je ne crois pas que les Ausones, dont nous allons parler, aient apporté avec eux le nom d'Opiques; ils l'ont trouvé dans les régions dont ils se sont emparés, ils l'ont pris aux peuples qu'ils ont

évincés ou absorbés, en leur imposant une langue nouvelle, curieuse variante du latin et de l'ombrien. — Qui étaient, maintenant, et d'où venaient ces Ausones, l'avant-garde du groupe ombro-sabello-latin "^

Les considérations d'ordre linguistique viennent ici à l'appui des conjectures ethnographiques et chronologiques. Si nous avons admis comme infiniment probable le caractère indo-européen des Ligures et des Sicules, d'une part, et des Pélasges, de Tautre, indo-européen quant à la langue et à la culture, non quant à la race proprement dite, — il ne faut jamais oublier cette réserve, — nous nous sommes bien tenu en garde, pensons-nous, contre les affirmations téméraires. C'est qu'en fait, et sauf quelques mots conservés, et altérés sans doute, par des écrivains très postérieurs, on ne sait rien des idiomes ligures ou sicules, moins encore que du parler pélasgique. Mais nous sommes en pleine possession des dialectes ausoniens et des dialectes helléniques ; nous en connaissons les vocabulaires et les formes grammaticales. Et la comparaison de ces divers éléments nous conduit à des conclusions qui peuvent être qualifiées de certaines.

Les langues italiques et les idiomes de l'Hellade forment deux groupes aussi étroitement apparentés que le sanscrit et le zend, par exemple, ou encore l'allemand et le Scandinave. Les différences sont notables ; mais, le dirai-je, elles n'en font que mieux ressortir l'identité du fonds : mêmes racines, mêmes suffixes, mêmes relations entre le pronom, le verbe et le nom. Or, chacune de ces familles de langues s'est développée séparément ; elles ne sont entrées en contact qu'après l'établissement des colonies grecques sur les côtes méridionales de l'Italie. Ce qu'elles possèdent en commun est donc antérieur à la descente des premiers Hellènes (Graïques, Achéens, Aioles) en Thrace, en Epire

et en Thessalie, à l'entrée des Ausones dans les vallées du Pô et du Tibre. Elles ont donc voyagé ensemble côte à côte jusqu'au point où elles se sont séparées, après y avoir vécu dans une longue intimité ; et ce point dernier ne peut être cherché qu'au nord des Balkans et au nord-est des Alpes, entre les Thraces et les Celtes bruns à tête ronde, ceux-ci remontant la vallée du Danube sur les flancs et les derrières des Ligures, ceux-là s'épanchant à grands flots sur l'Hellade, l'Archipel et l'Asie Mineure. En effet, des particularités, soit phonétiques, soit grammaticales, rapprochent, d'une part les idiomes celtiques et italiques, et d'autre la langue grecque et les dialectes iraniens auxquels on rattache le parler des Scythes, des Thraces, des Phrygiens.

Si l'on considère que, à titres divers, au moins égaux, le latin et le grec peuvent se dire des héritiers directs, immédiats, de la langue mère indoeuropéenne parvenue à sa perfection organique, telle qu'elle était avant la séparation, avant l'altération respective des nombreux idiomes qui en sont issus ou dérivés, si l'on ajoute que le fonds originel du latin et du grec est celui de l'iranien et du sanscrit, sans parler des autres rameaux du même tronc, on concevra que, toute question de race écartée, les ancêtres ou les instructeurs de tant de peuples qui ont emporté en Asie et en Europe, pour les accommoder chacun à son propre génie, les éléments, déjà élaborés, de leurs vocabulaires et un organisme fondamental commun, on avouera, dis-je, que ces initiateurs se sont rencontrés quelque part, qu'ils ont passé des siècles, avant l'histoire, dans une région quelconque justement appelée le berceau de la culture indo-européenne. Quelle que soit cette région, ce berceau, — et nous avons vingt fois exposé les probabilités qui l'établissent entre la Caspienne et l'Indou- Kouch, — c'est de là que sont parties les tribus

ausones, latines, ombriennes, suivies de prés par les Achéens, poussées de l'est et débordées au sud par les Thraces, flanquées et devancées au nord, puis à l'ouest, par les Ligures et les Celtes, dont la masse les séparait des futurs Gots, Scandinaves et Germains. Rien n'a pu ébranler en moi la conviction de ce point de rencontre ou de départ.

Toutes les langues du groupe indo-européen portent l'empreinte d'une unité première. Toutes dérivent d'une source commune, réunion peut-être d'autres sources inconnues ; toutes s'en écartent, mais en descendent: aucune n'y* remonte et n'y remontera jamais. Tous les pionniers du grand exode y ont bu, s'y sont abreuvés plus ou moins longtemps, à quelque type humain qu'ils aient appartenu.

Et ne croyez pas que cette diversité, chaque jour mieux constatée par l'anthropologie, ait de quoi embarrasser l'ethnographe et le linguiste. Elle aide, au contraire, à motiver le mouvement des peuples et la diversité même des idiomes aryanisés.

Pourquoi, en effet, toutes ces langues sœurs sont-elles devenues à ce point étrangères les unes aux autres? On n'a rien dit quand on a rapporté à l'altération dialectale leurs écarts progressifs ; on a constaté un phénomène, on n'a rien expliqué. On a bien invoqué la loi du moindre effort; mais quoi! Cette loi, si variable, s'est exercée sur des idiomes déjà distincts et divergents. Il faut chercher plus haut et plus loin. Il faut admettre que, dés le principe, les dialectes les plus voisins, les plus intimement unis — sanscrit et zend, grec et latin, latin et celte — étaient séparés par des différences originelles, répondaient à des aptitudes, à des races diverses; qu'ils gardaient, soit dans la prononciation, soit même dans la formation des mots, quelques traces de langues antérieures effacées, enfouies sous eux comme le pélasge sous le grec, ou

le gaulois sous le latin. Ainsi pour les langues, ainsi pour les moeurs, les croyances, les dieux.

Entre l'Hellène et le futur Italiote, les contrastes sont plus frappants encore que les ressemblances. L'un grand, blond, vif, amoureux de la beauté, de l'éclat et du panache; l'autre trapu, brun, entêté, d'esprit sec et borné, sans échappée vers le beau; celui là, ouvert aux passions tendres et nobles, à l'art, aux subtiles abstractions de la philosophie; celui-ci, brutal conservateur du butin, de l'épargne, satisfait de raisonnements indigents, de formules brèves et rudes, tendant à l'autorité avec autant de force que l'autre à la liberté. Tout, chez les Grecs, s'épanouit avec une richesse infinie; les mots, les formes, les dieux pullulent et s'engendrent et se développent ; c'est un chatoiement. Chez les Latins antiques, certes, les mots sont nombreux et expressifs, et les divinités abondent; mais les dieux sont incolores, sans histoire, sans aventures, résumés en leur propre nom; les mots, contractés, lourds, résonnent sourdement. Le temps et d'heureuses rencontres ont tardivement affiné l'esprit et l'âme des Latins, limé, poli leur langage au point d'en faire cet idiome majestueux, si plein et si flexible, le père des six langues romanes; et ce n'est pas nous qui en contesterons la gandeur. Volontiers dirons-nous avec Sainte-Beuve, mais seulement lorsque nous arriverons aux temps des Plaute, des Lucrèce et des Virgile:

Les Latins, les Latins, il n'en faut pas médire !... La muse des Latins, c'est de la Gi-èce encore. Son miel est pris des fleurs que l'autre fit écloi-e.

Nous n'avons à faire encore qu'aux bouviers obscurs, aux humbles et superstitueux laboureurs qui vingt siècles environ avant notre ère, abandonnés des Hellènes, arrêtés par les masses celtiques, s'avancent péniblement au milieu des Sicules, des Liburnes, des Pélasges, des Ligures refoulés, le

long des Apennins, à l'ouest jusqu'au Liris et au Vulturne, au centre jusqu'à la Lucanie. Pendant de long siècles, leurs petites tribus rivales gagnent d'année en année, de proche en proche, un vallon, une montagne, où elles se fortifient de leur mieux, lançant chaque printemps leur jeunesse aventureuse vers des cantons nouveaux, d'où elle chasse les loups, les ours et une partie des anciens occupants. (( Des Sabins, dit Pline, descendent, par un Printemps sacré^ les Picénins de l'Adriatique. )) Chacun se fixe, se pourvoit de femmes, dresse des cabanes, sème, récolte l'orge et le froment, vendange, forge des socs de charrue, des aiguillons, des piques et des javelots.

Ainsi se forment des groupes qui ont plus ou moins figuré dans l'histoire, mais dont les noms se sont perpétués jusqu'à Virgile et Tite-live: les Ausones, Aurunces et Sidicins, qui bordent la Méditerranée du Silarus au Liris (les débris de la ville des Aurunces se voient encore dans le pays montagneux qui sépare le Liris du Vulturne); les Volsques d'Antium et d'Anxur (Terracine), autour de ce mont Circello où la tradition a placé la demeure de la magicienne Kerka (Circé). Derrière ceux-ci, les Casci (Caski, chassés de Réaté par les Sabins), les Rutules (Ardea), les Herniques, les Eques, se confondant avec les Ahorigines (Pélasges, Sicanes, Sicules), descendus d'Amiternum, se cantonnent dans les marécages, les forêts et les côtes escarpées qui avoisinent la rive gauche du Tibre, dans la très petite région, mais si fameuse (retraite, cachette?), dans le Latium enfin: ce sont ces minimes tribus de laboureurs, de pâtres et de pillards qui ont constitué la race latine proprement dite ; mais on peut à peine les séparer, du moins à l'origine, d'une autre famille qui occupa les gorges de l'Apennin et le versant de l'Adriatique.

Avant ou après les Caski, — c'est ce que nul ne peut savoir, — des mêmes régions situées sur le

l6 INTRODUCTION

Tibre descendirent latéralement lesSabini, Sabelli, Sabnites (Samnites): un même nom terminé par des suffixes à peine différents. Laissant en arrière, au nord, vers le Rubicon et l'yEsis, dans l'obscur Picenum, une de ces bandes qui s'en allaient chercher fortune, les Sabins s'arrêtèrent entre le Tibre et l'Anio, à Narnia, Reaté, Amiternum, Cures, en contact immédiat avecs les futurs Romains; plus à l'est, du nord au sud, dans le pays des antiques Prœtutiï, dont les Abruzzes rappellent seules l'existence, autour des plus hauts et des plus froids sommets de l'Apennin (Gran sasso d'ItaHa, Corno, V^élino), se fixèrent les Vestini et les Pœligni, les Marrucini et les Marst, la rude et farouche confédération Marse. A Test encore, et plus avant vers le sud, débordant au nord sur les Peucétiens qui bordent l'Adriatique, s'échelonnèrent les Samnites : Caraceni, Pentrii, Hirpini^ Cjudinï {cQux des Fourches caudines), Liicaiii enfin, — ceux-ci très mélangés de Messapi au nord-est, d'Œnotrii au sudouest. — Vous voyez la situation du Samnium, confinant aux riverains des deux mers, d'une part aux vieux Pélasges de la Daunie et de l'Apulie, d'autre part aux Volsques, aux Aurunces, aux Ausones et aux Osques de la Campanie. Les Samnites adoptèrent ou apportèrent le dialecte osque ; et bien que cette langue, que nous devons croire très rapprochée du latin archaïque, et encore plus de l'ombrien, fût comprise et parlée à Rome même, elle accentua l'antagonisme des Latins et des Sabelliens, rapprocha les Samnites des méridionaux, et fit d'eux les héroïques et derniers défenseurs des primitifs et vrais Italiotes contre la domination romaine. Leur résistance ne fut domptée qu'au premier siècle avant notre ère, vers l'an 89. On peut même dire que leur défaite a été une victoire. En contraignant Rome à reconnaître les droits de tous les Socii, de tous les habitants de la péninsule jusque là considérés à grand'peine comme alliés et

sujets, les Samnites vaincus ont été les véritables créateurs de l'Italie, de l'unité italique.

Nous venons de faire allusion au dialecte ombrien. C'est une conquête de notre siècle. Nous aurons à dire plus au long comment cete langue, retrouvée par deux savants allemands, Aufrecht et Kirchoff, a été entièrement reconstituée par la sagacité de notre maître, M. Michel Bréal. Bien qu'étroitement apparentée au latin, elle avait défié depuis trois siècles, les plus aventureux comme les plus prudents interprètes. On espérait la rattacher soit à l'étrusque, encore inconnu, soit aux idiomes celtiques. Mais il a fallu abandonner ces hypothèses. La seconde avait cependant pour elle quelques vraisemblances; d'abord le nom, qui rappelle les Ambrons, combattus par Marius, et dont la forme première, Ajijra^ a noble, illustre, )) paraît celte d'origine ; puis la longue cohabitation des Ombres, Ombriens, et des Celles du Danube. Quoi qu'il en soit du nom, et même de la race, la langue, du moins, et les croyances, appartiennent sans conteste au groupe italique.

Les Ombiiens ont suivi les Sabins, et n'ont été arrêtés dans leur marche que par le tassement des populations sabelliennes dans les Abruzzes et des tribus latines sur la live gauche du Tibre inférieur. Au quatorzième siècle, pense-t-on, leur domination s'étendait sur la Lombardie, dans la vallée du Pô moyen, sur la Romagne, l'Emilie et la toscane, limitée au sud-est et à l'ouest par les deux mers, au nord-ouest par les Ligures et les Taurins (Celtoligures) — les Piémontais, — et au nord-est par les Vénétes ou Enètes, — illyriens, liburnes ou slaves, celtiques peut-être (si l'on ne craint pas de rapprocher ce nom des Wendes de Lusace et des Vénètes de l'Armorique).

Homère (Iliade^ II, 852) a mentionné des Enétes en Paphlagonie, et c'est de là qu'est venue la légende, accueillie par Sophocle, d'Anténor émi-

l8 INTRODUCTION

grant avec les Vénètes après la chute de Troie.

En fait, on ne sait rien des antiques Vénètes de l'Adriatique (les Victorieux, d après Hés^^chius), sinon qu'ils avaient refoulé vers l'ouest les Euganéens, vers le nord les Carnes (habitants de la Carniole), que la plus puissante de leurs cinquante villes était Padua (Padoue), que leur race, d'ailleurs industrieuse et enrichie par le commerce de l'ambre, a plié sous toutes les invasions sans disparaître ; enfin que, réfugiée dans les Lagunes lors d'une invasion d'Attila, elle y a fondé l'illustre cité de Venezia. Toute autre fut la destinée des Ombriens. Ceux-ci, du XiV^ au X^ siècle, ont dominé dans toute l'Italie centrale, et il semble quils aient eu des établissements jusque dans la Campanie. Capua, encore au V° siècle, était considérée comme une ville ombrienne. Même privés, au X* siècle, de leurs possessions du nord et de l'ouest, ils continuèrent d*y former, surtout en Toscane, le fond de la population agricole et servile. Leurs villes centrales, dans la vallée du haut Tibre, Iguvium, Pérouse, Tuder (Tutere sur une monnaie du iV^ siècle), protégées par l'Apennin, atteignirent un haut degré de prospérité, et leur indépendance ne succomba devant la fortune romaine que peu avant les guerres puniques, après le désastre de Sentinum (295). Leur ancienne patrie a gardé leur nom ; et le village dJUmbricchio^ la Valle dei Umbri, au pied du mont Gargano, attestent encore leur expansion orientale.

L'Italie, désormais, semble pleine ; même la vallée du Pô, avec ses Ligures, ses Taurins, ses Ombriens, Isombres ou hisubres, ses Euganéens et ses Vénètes, ses Carnes installés dans les Alpes juliennes, peut désormais se passer d'éléments étrangers. La péninsule a cependant à subir le contre-coup de trois mouvements extérieurs : la conquête de la Grèce et de l'Archipel par les Hellènes lui vaut l'invasion étrusque ; la trouée tardive

des Doriens à travers l'Hellade et le Péloponnèse lui envoie les nombreuses colonies achéennes, ioniennes et doriennes de la Grande Grèce et de la Sicile : enfin des pressions inconnues font déborder par-dessus les Alpes le flot redoutable des Gaulois blonds, dolichocéphales, qu'il faut se garder de confondre avec les Celto-Ligures bruns à tête ronde.

L'origine, le nom, la race, la langue des Etrusques sont encore aujourd'hui des problèmes non résolus. Ils occupaient, au XIV^ siècle, nombre de points sur les côtes et dans les îles de la mer Egée où leurs pirates enlevaient Dionysos (Hymn. homér.), la Lydie très vraisemblablement, d'où Hérodote les fait partir, Lemnos où les historiens du V^ les signalent encore, certains cantons de la Thrace où Hérodote les a vus. Ils figurent parmi ces Peuples de la mer qui s'alliaient aux Libyens pour envahir l'Egypte, au temps des Ramessides. Les inscriptions de Karnak les désignent par le nom de Toursha, qui, pourvu des désinences anos^ ènos^ èbos et kos^ a pris les formes Tursénos ou Tîirsatîos, ou Tiirrhènos, Torrhèbos^ plus tard Tyrrhénus, et encore Tiirs-ciis, Ttiscus (d'où Toscan), Etruscus^ avec métathèse du R, et un E prosthétique.

Maintenant, ce nom de Toursh avait-il été bien entendu par les Egyptiens et les Hellènes. En Italie, les Etrusques s'appelaient eux mêmes Rhasèna ; et une ville du Tyrol, de la Rhétie, Rhazuns, aurait fidèlement gardé le nom national. Y avait-il des Rhasènes venant du nord, et des Tursènes ou Etrusques arrivés de l'Orient par Tlllyrie et l'Adriatique î^ Quelques-uns l'ont pensé ; mais Tite-Live, qui n'ignorait pas la présence d'Etrusques en Rhétie. dit qu'ils s'y étaient réfugiés lors de l'invasion gauloise. Au reste, Rhasèna ne peut guère être séparé de tant de noms en na répandus dans le monde étrusque, Porsena, Mcecena^ Vipina^ Mas-

tarna, Mutina, Pupluna^ Vetlima, et, tout en se gardant bien de croire à l'unité ethnique des Etrusques (d'après Nicolucci et Zanotti, il existe au moins deux types de crânes : 70 dolicho, 30 brachy 0/0), on peut, je pense, écarter la provenance septentrionale, même pour les Rhasènes. Chassés du bassin de l'Egée, les Étrusques ont gagné l'Adriatique, soit en contournant le Péloponnèse, soit en traversant la Péonie, la Macédoine, l'Epire. Ils paraissent avoir pris terre sur toute la côte orientale de l'ancienne Ombrie entre deux villes qui portent le nom de Hatria, Adria, l'une près des bouches du Pô et de l'Adige, l'autre au sud du Picenum, au pied de l'Abruzze. Le corps de la nation, à cheval sur l'Apennin, occupe au début, d'un côté, Ravennes, Bologne, Modène, de l'autre Arretium, Cortone, Pérouse. Il envahit ensuite et remplit toutes les vallées de l'Ausar (Serchio), de l'Arno où s'élèvent Fœsulae et Pise, du Clanis, qui joint l'Arno au Tibre, et qui devient une sorte de frontière indécise pour les débris de la puissance ombrienne. Toute la côte toscane, depuis les Alpes Apuanes et la ville deLuna, jusqu'à l'embouchure du Tibre, s'anime d'industries variées, s'enrichit d'un commerce actif avec la Sicile, l'Afrique, l'Egypte, la Grèce. Vetluna, Pupluna, en face de Tîle d'Elbe (Ilva), exploitent le minerai de fer, dont les scories encombrent encore leurs ruines ; Telamone, Cosa, Tarquinii, Rusellae, Agylla-Cœre- Pyrgi, Graviscae, déjà perdues dans la Maremme

Et Pyrgi veteres intempestse que Graviscœ

au temps de Virgile, marquent autant de jalons vers le Latium ; de même, à l'intérieur. Volaterrœ (Felathri)^ Clusiiim (Camars), Vulsinii, Sutrium^ Ocriciilum, Faleriœ, Veïes, la rivale de Rome naissante.

. Il est hors de doute que ces villes, pour la plu-

part, existaient longtemps avant l'arrivée des Etrusques. Comme plusieurs autres dans le Latium et le pays des Ausones, elles étaient ceintes de murs cyclopéens, analogues aux constructions pélasgiques d'Asie Mineure et d'Argolide. Mais il ne semble pas qu'elles aient opposé une résistance prolongée aux Tyrsénes, aux Tyrrhéniens, peutêtre apparentés à leurs habitants, et qui les délivraient du joug ombrien. En deux siècles environ, les Etrusques étaient devenus la première puissance de l'Italie.

Leur invasion avait commencé, selon Denys d'Halicamasse, 590 ans, selon les annales étrusques, citées par Varron, 432 ans, avant la fondation de Rome, mais plus probablement au début du X^ siècle ; et, dés l'an 800, ils franchissaient le Tibre. Hésiode, qui florissait alors, considère Latinos comme un Tyrrhène ; et les Grecs, pendant longtemps, ne connaîtront sur la côte méditerranéenne que trois régions, OEnotrie, Tyrrhéhie, Ligustique (Sophocle). Encore au V' siècle, Rome est, pour les historiens grecs, une ville étrusque. Et cette désignation n'était pas inexacte.

Il existait parmi les habitants des sept collines, au VIII^ siècle, des Lucères, qu'on a tout lieu de regarder comme étrusques (Litc-M-xno, nom des chefs étrusques), et qui, mêlés ou associés à des Ramnetes (Latins) et à des Titienses (Sabms), ont expulsé de la vieille Saturnia ses fondateurs sicules. Les Latins et les Sabins y ont dominé d'abord, ensemble ou tour à tour (Romulus-Tatius, Numa, Tullus, Ancus) ; puis les Tarchnaf^ les gens de Tarquinies, sont venus s'y implanter ; les règnes, plus ou moins légendaires, de Tarquin l'Ancien, de Mastarna (Servius Tullius) et de Tarquin le Superbe coïncident avec le plus grand développement des Etrusques. Rome révoltée est réduite à l'enceinte de la ville ; Porsena la harcèle de toutes parts ; elle perd plus d'un siècle à reconquérir le

Latium (environ 40 lieues sur 10) ; elle assiège pendant dix ans une ville située à quelques myriamètres, la fameuse Veïes : et quand elle s'est enfin ouvert un chemin sur la rive droite du Tibre, Brennus (390) la rejette à cent ans en arrière.

Pendant cette pénible gestation de la ville-reine, Tantœ molis erat. . ., la fortune étrusque s'est élevée à son apogée. Alliés aux Carthaginois contre les Phocéens de Corse [Cyrné) et Cumes, 536, les Etrusques avaient envahi la Campanie par terre et par mer (524-521), s'emparant de Capoue (Volturnum), de Nola où l'on a récolté tant de vases précieux, deNucera, Acerrae, Calatia, Teanum, Atella, la ville osque d'où les menues comédies Atellanes furent portées à Rome par les précurseurs de Polichinelle, de Pantalon, de Cassandre et Zanni, Pappus^ Maccus^ Casnar^ Sannio^ Manducus \ de Cales, Suessa chez les Aurunces, d'Herculanum, de Pompéi et de Salerne. Un temple de leur déesse Menrfa dominait le rocher de Sorrente. Tarquinies et Cœré avaient leur trésor à Delphes. Bien que brouillés avec Carthage à l'occasion de la Sardaigne, battus sur mer par les Cnidiens de Lipari, chassés du détroit par Anaxilaos, tyran de Rhegium ; bien que Hiéron, allié aux Cuméens, eût remporté une grande victoire navale célébrée par Pindare et consacré à Zeus d'Olympie les armes tyrrhéniennes prises à Cumes, ils inquiétaient la Sicile et prenaient parti pour les Athéniens. Encore en 432, Euripide, dans sa Médée^ appelle le gouffre Scylla (\ monstre tyrsénide ». En même temps qu'ils s'étendaient au midi, les Etrusques remontaient au nord, passaient le Pô vers 450 et fondaient dans la Transpadane douze villes, entre autres Melpum et Mantua. Ainsi, dans le courant du V*" siècle, l'Italie semblait étrusque sur les deux mers, depuis la Rhétiejusqu'àHatria du Picenum, depuis Luna jusqu'à Salerne.

Mais nous aurons bientôt à étudier moins som-

mairement et à mesurer l'influence exercée pendant cinq cents ans par l'Etrurie sur les mœurs, les institutions, les croyances et surtout les pratiques religieuses du groupe ombro-latin. Mêlés à tous les peuples de l'Orient et de la Grèce achéenne, les Etrusques avaient apporté avec eux les arts de l'Asie, de l'Egypte, les légendes homériques, entées sur les souvenirs pélasgiques de Lemnos, de Samothrace. Ils ne cessaient de répandre dans l'Italie centrale une somme considérable d'idées inconnues aux Sicules et aux tribus de l'Ombrie, de la Sabine et du Latium. Celles-ci, à leur tour, leur apprirent beaucoup et gardèrent leur génie propre, que ne leur ravirent ni l'éducation étrusque, ni le contact direct et prochain des Hellènes.

Déjà, vers le X" siècle, 1035 selon la tradition, à l'époque même où les Etrusques apportaient en Ombrie des souvenirs orientaux, il existait en Campanie, sur la côte voisine d'Ischia, dans les régions marécageuses et volcaniques où Homère peut-être, et à coup sûr Virgile, ont placé leurs enfers et leur Achéron, un foyer de culture hellénique. Conduits ■par Hippoclès et Mégasthénès, des aventuriers de Chalcis en Eubée et des Phocéens de Kumé (maladroitement défigurée en Cy?7îé) dans l'Eolie asiatique étaient venus fonder une ville bientôt florissante, Cumes, la mère de Dicaearchia, plus tard Puteoli (Pouzzoles), et de Néapolis, Naples. Guidés le jour par une colombe, la nuit par les sons d'une trompette mystérieuse, les hardis émigrants étaient venus implanter sur ce rivage inconnu les idées et les légendes achéennes. La Cumé de Troade n'était-elle pas une des patries d'Homère, un des centres où s'était formée l'Iliade? Le père d'Hésiode y était né.

La Grèce avait un passé, l'Italie ignorait le sien ; Cumes lui fit une histoire fabuleuse, lui apprit les amours d'Ulysse et de Circé (Kerka), les aventures de Télégone et de Latinus, lui donna des héros et

des dieux, entre autres cet Apollon, dont la statue verâa des larmes quand sa ville sainte dut subir, en 420, le joug des Samnites. D'autres colonies : éoloachéennes, Zancle (Messine) et Rhegium, bientôt Sybaris, Laus, Posidonia, Métaponte, Locres, Crotone ; ioniennes, Elée (Vélia), Thurium (celle ci regardant Athènes comme sa métropole) ; doriennes enfin, Tarente, Syracuse, Ancône (380, syracusaine), continuèrent l'œuvre de Cumes. Avec elles s'établirent, se localisèrent sur tout le pourtour de la péninsule tous les survivants de la guerre de Troie : Diomède chez les Dauniens, à Lucérie qui gardait son armure, chez les Vénètes qui, encore au temps de Strabon, lui sacrifiaient chaque année un cheval blanc ; Idoménée à Salente ; Philoctète à Pétélia, à Macella qui montrait son tombeau, à Thurium, gratifié de l'arc et des flèches d'Héraclès ; Epéos, près de Métaponte, avec les outils de fer qui avaient fabriqué le cheval de Troie ; Anténor à Padoue, dont les habitants revendiquent encore leur sang troïen [sangue troiano). Enée déposa à Lavinium son vaisseau incorruptible ; il eut sur les bords du Numicius sa tombe, honorée tous les ans par les consuls et les pontifes. Evandre siégea sur le Palatin. Circéii posséda la tombe d'Elpénor et la coupe d'Ulysse. Enfin, aux défenses du sanglier d'Erymanthe, visibles à Cumes, Maléventum (plus tard Bénévent) opposa celles du sanglier de Calydon. On sait avec quel succès furent accueillis ces articles d'importation rétrospective.

Une Grèce nouvelle, la Grande Grèce, plus brillante alors que l'Hellade elle-même, s'épanouit dans une terre peuplée de Sikèles et d'antiques Pélasges Dodonéens. Partout s'élevaient des temples dont nous admirons les ruines, à Métaponte, à Posidonia (Pœstum), dans toute la Sicile. Zaleucos, Charondas donnaient des lois aux cités ; Pythagore, Parménide et Zenon, Empédocle, y fondaient des écoles et des systèmes. Certaines villes, depuis

longtemps déchues, ou dont on cherche en vain les traces, étendaient au loin leurs possessions et leur renommée.

Sybaris, après cent ans d'existence, vers 600, commandait à vingt-cinq villes et régnait sur l'OEnotrie. Elle se vantait de pouvoir armer trois cent mille combattants. Laus, Posidonia, étaient ses colonies. Lorsque, en 510, elle fut prise et détruite par ses voisins les Crotoniates, les citoyens de Milet prirent le deuil ; et les champs où fleurit Sybaris, cette terre féconde qui rendait cent pour un, ne sont plus qu'un désert inculte, une plage marécageuse.

Ainsi de Métaponte, où Sybaris avait attiré des immigrants achéens ; la lagune de Santa Pelagina recouvre aujourd'hui celte cité, dont les débris, assure-t-on, se distinguent encore à mer basse.

Ainsi de la belliqueuse Crotone à la vaste enceinte — cent stades de tour — ; trois fois saccagée par les tyrans de Syracuse, elle n'opposa aux Romains aucune résistance.

Aux querelles deces brillantes filles de la Grèce, qui auraient dû se soutenir l'une l'autre, vinrent s'ajouter les incursions des Samnites et des Lucaniens, des rois d'Epire, des aventuriers doriens qui se disputaient la partie orientale de la Sicile et les côtes de la Calabre. A partir du V'' siècle, la décadence de la Grande Grèce fut rapide, mais les mœurs et les croyances helléniques demeurèrent longtemps attachées aux rivages de l'Italie méridionale.

Tarente, merveilleusement située au fond d'une petite mer intérieure,

Porius, ab eoo Jluctu curvatus in arcu?ti, Ipse latet ; gemino demitHmt brachia niuro Tutriti scopuli ; refugit que ab littore templum^

derrière deux bras que forment des rochers garnis de tours, garda un peu plus longtemps son indépendance. Les trophées de ses victoires sur les

lapyges, les Messapes et les Peucétiens se voyaient encore à Delphes au temps du voyageur Pausanias. Ce fut elle qui déchaîna Pyrrhus contre Rome avant la première guerre punique. Ellb trahit Rome en 2 12, et se livra à Annibal.

Cette audace, qui coûta si cher à l'orgueilleuse Tarente, était justifiée par le développement prodigieux de la Grèce, ou plutôt par l'éclat factice de l'Orient tout entier hellénisé par Alexandre. Le prestige naissant de Rome ne pouvait balancer encore toutes ces gloires antiques et récentes dont la moindre cité grecque se sentait solidaire.

Deux fois déjà l'expansion de la puissance romaine avait été enrayée, par les Etrusques au V*" siècle, par les Gaulois au IV*". Deux fois elle avait dû recommencer la conquête de l'Italie centrale. A peine elle triomphait de Véies et prenait pied sur la rive toscane du Tibre quelle était écrasée à l'Allia et mise à sac par Brennus, opprimée quarante ans par les terreurs du tumulte gaulois.

Des hordes de géants au cou blanc cerclé d'or, aux cheveux dorés, vêtus de blouses rayées

Aurea caesaries ollis . . .

Virgatis lucenl sagulis ; tum lactea colla

Auro innectunttir...

avaient, pense-t-on, dès le VI° siècle, ou mieux vers la fin du suivant, franchi, sous leurs chefs Sigovèse {celui qui sait vaincre, Sieg-weise) et Bellovèse, la barrière des Alpes. C'étaient les Senons, qu'il ne faut pas se hâter d'assimiler aux Senones de Sens, les Lingons (Langres), les Boïens, ancêtres des Bavarois, les Cénomans, en tout cas de véritables Gaulois n'ayant de commun avec les Celto-Ligures que la langue, empruntée de ceux-ci ou vice veisa, mais ni la stature, ni la couleur des cheveux, ni la forme du crâne. Ils ne venaient pas des Gaules ; c'est en s'élançant pour les conquérir qu'ils avaient laissé tomber à travers les Alpes

noriques ou juliennes, etc. (Styrie, Pannonie, Rhétie), les flots débordants de leur cohue. Zeuss, Grimm, Mommsen, d'Arbois de Juboinville ont réformé sur ce point l'opinion courante, trop aisément acceptée d'après quelques lignes ambiguës de Tite-Live.

L'invasion gauloise en Transpadane ne peut avoir précédé de longtemps la ruine de la domination étrusque en cette même région et la prise de Melpum, qui eut lieu en 396, la même année, le même jour, a-t-on dit, où Véies tombait aux mains de Rome. L'Italie étrusque, ombrienne, latine, n'avait pas eu le temps de se reconnaître que le Pô était franchi, la Toscane et l'Ombrie inondées de pillards insatiables, bandes joviales et féroces, exactement semblables à ce que seront les Cimbres et les Teutons de Marins, les Suèves de César, les Germains de Varus. Pendant sept mois ou plus — car les historiens, tous postérieurs, ne s'accordent guère, — les sauvages piétinèrent les ruines de Rome ou, à leur fantaisie, se dispersèrent au loin, en Toscane ou Sienne a gardé leur nom, et jusqu'en Apulie, Quand ils ne trouvèrent plus rien à prendre, le gros de leur armée, 70.000 hommes, reprit le chemin de l'Ombrie adriatique, de leur ville Sena-gallica (Sinigaglia), d'où ils venaient. Harcelés, coupés de leurs traînards par les vaincus, mais toujours redoutables, pendant 25 ans, ils fourragèrent dans la Sabine, s'emparant d'Amiternum, assiégeant tour à tour Privernum, Tibur, Praeneste, campant en plein Latium parmi les Eques, les Herniques et les Volsques.

La persévérance de Rome fut admirable. Il lui fallut d'abord reconquérir pied à pied et s'annexer le Latium, puis soutenir trois guerres acharnées contre les Samnites, enfin abattre à jamais à Sentinum et au lac Vadimon (283) l'indépendance des Ombriens et des Etrusques. C'est alors que, définitivement maîtresse de l'Italie centrale, elle se

trouva en face de la Campanie hellénisée, de la Grande Grèce défendue par Pyrrhus, puis de la Sicile et de Carthage. Mais le nord de l'Italie restait Gaulois encore. Elle employa vingt-huit ans à dompter les Boïens et les Cénomans ; et sa rude tâche était à peine accomplie que la seconde guerre punique vint brusquement lui en ravir le prix. Elle retrouva les Gaulois dans les armées d'Annibal.

Les Gaulois qui ont tenu dans l'histoire de Rome une si grande place, et qui, jusqu'aux temps, encore lointains, des invasions gothiques et lombardes, ont constitué, dans la Gaule cisalpine, dans la vallée du Pô, le fond de la population rurale, n'ont exercé qu'une très faible influence sur les mœurs et les croyances de l'Italie. C'est avec étonnement qu'on retrouve, sous l'empire, au fond de la Vénétie, un de leurs dieux (Belenus), encore en honneur dans la ville d'Aquilée. Race vigoureuse et malléable à la fois, hommes par le corps, enfants par l'intelligence, par les coutumes et par les idées, ils adoptèrent avec une extrême facilité les institutions et les dieux, même la langue, de peuples plus anciennement cultivés et fixés.

Mais ce qu'on peut savoir et conjecturer de leur vie sociale et religieuse reste en dehors de notre cadre. Nous aurons assez à faire de démêler dans le vaste domaine de la mythologie italique et des institutions qui s'y rattachent, les apports successifs ou simultanés des Sicules ou Aborigènes, des Latins, des Sabins, des Sabelliens, des Etrusques, des Ombriens, et d'expliquer la fusion de tous ces éléments — qu'on peut appeler nationaux — avec les panthéons de la Grèce, de l'Asie Mineure, de l'Egypte et de la Perse. Cette laborieuse enquête nous conduira jusqu'à cette période de syncrétisme classique où, sous le nom de religion impériale, le vieux culte italiote, singulièrement vivace, se superpose à toutes les religions, à toutes les supersti-

tions provinciales ou locales. Il sera temps alors de résumer largement les destinées de Rome, Thumble bourgade de Romulus, la Ville reine du monde antique, jusqu'à l'heure douloureuse où elle abdique sa puissance déchue entre les mains ambitieuses de l'Eglise romaine.

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