‹ L'Italie antique (origines et croyances)Chapitre 13 sur 51 · GROUPE DE SATURNE ET LES DIEUX TERRESTRES ÇÇ · texte numérisé non relu

GROUPE DE SATURNE ET LES DIEUX TERRESTRES ÇÇ

vre, travail, opifex, ouvrier ; remarquez Tassociation inévitable de ces idées : richesse et travail. Combien peu d'entre nous, en écoutant un opéra, songent que ce mot latin et italien, le même que notre français œuvre, est le descendant authentique de la vieille déesse des Osques r

Bien que Ops ait été considérée comme la compagne, l'épouse de Saturne komme Rhea Tétait de Kronos), union sans doute suggérée par la mythologie hellénique, il est probable que son parédre primitif était Cousus, autre dieu de Tltalie prélatine. Denys d'Halicarnasse fait remonter le culte de Consus aux Arcadiens d'Evandre, c*est à-dire à la période de Faunus. La tradition fixait au jour des Consualia, qui tombait en août, la date de l'enlèvement des Sabines et lirait Cousus de consiliutUy à cause de certains conseils donnés par le dieu à Romulus. Étymologie ridicule, et qu'il faudrait rejeter quand même on n'en proposerait pas d*autre. Il est certain que Consus était un dieu de la terre et un dieu caché. Son autel, auprès duquel Tarquin avait construit un cirque, était recouvert de terre et on le découvrait trois fois par an, le jour des nones de juillet, le 21 août et le 16 décembre, peu avant les Saturnales. Si vous vous rappelez le Mundus, cette fosse consacrée aux divinités de l'abîme et des morts, Orcus, Dis pater, et au fond de laquelle on plaçait la pierre des mânes, lapis maualis, trois fois par an découverte et arrosée de libations diverses, vous ne douterez pas que l'autel de Consus ne fût cette pierre elle-même et que (Consus ne fût le dieu du Mundus. Les Consualia, ces fêtes où Ops toujours était invoquée, sous le nom d'Ops cnnsivia, étaient célébrées avec le concours des prêtres les plus considérés et des Vestales. En août, tandis que le Flamen quirinus et les Vestales sacri liaient sur l'autel de Consus, les Pontifes, dans le cirque voisin, présidaient aux courses, à celles où on avait invité les Sabines. Quelques jours après, dans la Ré-

gia et dans un lieu saint où seuls pouvaient entrer les Pontifes et les Vestales, celles-ci offraient àOps des sacrifices appelés Opeconsiva.

Ces indications jettent-elles quelque lumière sur l'origine du nom de Coîisits} Je n'oserais l'affirmer. D'une part, en tant que dieu caché, il pourrait être un participe contracté de condere (cum^ dare, condere Jiil^ur, enterrer l'éclair, condere urbem, enfoncer les fondements d'une ville), condiius, absconsus. Rien de plus satisfaisant, si la conservation de u dans Coftsiulia ne semblait pas donner à cette lettre une valeur radicale et non simplement désinentielle. Il faut donc décomposer ainsi le mot: Consu-s et non Con-s (= dt )-us, Dés lors, on rattachera su à la racine su engendrer et l'on aura légitimé non seulement les dérivés con-sivius (une des épithétes de Janus) constvta, Opeconsiva^ mais aussi l'inlervention de Consus dans les mariages. Quoi qu'il en puisse être, Consus est et demeure, de l'aveu de tous, anciens et modernes, un dieu de la terre et de la fécondité.

Ces variantes, mâles et femelles, de la Terre divinisée, sont nombreuses, et Ton n'en peut expliquer la surabondance que par le caprice des cultes locaux. Chacune, sans doute, prévalait dans une certaine région du Lalium, de la Sabine et del'Ausonie. Rome, en s'annexant leurs districts, avait conservé leurs noms. Ainsi, à côté d*Ops et de Consus, nous rencontrons Telluset Tellumo.

De Tellumo, forme antique et dérivée cependant, il ne reste que le nom. C'est le parédre masculin de Tellus ; mais celle-ci a gardé longtemps sa personnalité et ses honneurs. D'où vient ce nom, entièrement synonyme de Terra > Faut-il y voir une prononciation dialectale, amollie, où VL est substitué à R. Vous savez combien ces deux liquides se rapprochent et se confondent. Ici, toutefois, il faudrait admettre Tantériorité de terra, mot dont l'origine a été judicieusement établie. Terra, participe

GROUPE DE SATURNE ET LES DIEUX TERRESTRES lOI

de tergere^ est pour tersji ; c'est la ressuyée, la sache, et il est visible que Tellus n'aurait pu venir directement de tersa. On peut, sachant le latin dépour\'U d'aspirées, se rabattre sur une racine th^l qui a fourni aux Grecs Thalia^ la muse aimable, et Thallo, déesse de la germination, de la saison printanière, ou mémerappelerecV/tu, traire, fhj, allaiter, d'où Tcthus, la nourrice divine, ihclus, iéminin. Avouez que Thallo et Tellus sont des formes bien voisines et répondent à des idées tout à fait concordantes. 11 existe enfin une racine ial et //j, grec A-tal-ania. A ilas ; latin latus pour tlaius^ large, solide, tul-i\ ioNo, porter, qui convient également au sens. Tellus était en effet considérée comme le support universel ; on l'invoquait dans les tremblements de terre ; en 268 avant notre ère, un Sempronius, vainqueur desPicentins, lui éleva un temple, expiation ou remerciement, parce qu'elle avait tremblé pendant la bataille. Pour symboliser le rétablissement de Tordre, plusieurs médailles portent une figure de Tellus stjbtliij, Tellus affermie.

La Tellus latine est, d'abord, la Terre, opposée au Ciel : à ce litre, elle est la compagne de Jupiter, elle lui est associée dans les invocations. Elle personnifie le sein maternel de là nature bienfaisante ; (( Que deviennent les eaux, lorsque le Ciel, leur père, les précipite au sein maternel de la Terre ? » Lucrèce a merveilleusement rendu ce symbolisme, familier à toutes les races, exprimé dans toutes les religions naturelles, j'entends celles qui ne sont point factices ou révélées, qui sont nées du sentiment collectif et se sont développées en même temps que l'imagination. En Italie, comme partout ailleurs, Tellus^ Terra ont reçu le nom de Mater ; la Terre, déesse de la conception féminine, préside aux unions conjugales ; à côté de Junon qui insuffle à l'enfant la lumière, Tintelligencc, Tellus lui communique la sève de la vie.

Lucrèce dit encore :

: :i a: ie antique

■ .i-.-;- |iii:r uf SClI cl même p* Te.

..M'.. ;.. ■ £■ L ur.-.v^rst! s ir.trc. . . . N : ;» fs'i. I" dcp'-:.

■ j: »• ■ ii> ^'.i «^■^ dcr ha-i.

:■ . . .■ f 1:- rjarM- ItUi.laCt*,

■ 11.11 :ii? i- . f- ^:■lr^ sai.v..g'e&.

i: . i:i.' i:i n: If . uo: ncuT-ir leur corps,

:i .-. \-; !■: rrn p H<f îes moris,

. .: . . : v.'ii >M. 'f tit merc r

; .. ;■ ' - . :■ . i.i Mcni dc -aicirt.

...: .. ^:> i Hinii> hauie^r»

.. • . ■; .'î :.:■ mi-> rrcaieurs.

■ -Il ■

>lll

\(-Ill

' t»ll

im

Page 1