KP:<.IÎ ai I»A\ \ l)ir\ I A
i! A \'ciiiovi . p.iiii l.'i oen; )iili:i, anicl déclic par une loi cl'Albe »
Nmr^ venons r.lc faire allusion à l'un des attributs les plus orcliiiancs des dieux lumineux, l'éclair, hirii 'le l(»nlc Iiiniièic, Jupiter ne l'est pas moins »le la Inudie que du soleil et même de la pleine lime, qui iinis^;iii le jour nocturne au jour solaire, «•t qu'on a|)pclait pouv celte raison bidiicia Jovis " }ia/»e donné par Jupiter ». 11 a reçu, à ce titre, de iiombi (Mises épiihétes qui s'expliquent d'elles-mêmes: Jupiter /!//;» //r,////;;7nz.7/z.s, ciltitouans, eliciiis " qui jaillit )^ ; ce dernier nom est mêlé à une bizarre lê{;einlc o\\ Numa joue le rôle de conjurateur. Numa supplie cet ICIicius. vieille divinité de l'Aventin, de lui apprendre à ccMijurer les éclairs, et le dieu lui deniamie l'àme et la tête d'un homme; Numa lui offre un oignon, cep.i, et Jupiter, souriant, se dé-
clare satisfait. Nous citons cette fable parce qu'elle fait allusion à des sacrifices humains, et aussi à l'extrême terreur que la foudre inspirait aux Jtaliotes. Ils voyaient dans ce phénomène gênant un des signes les plus évidents de la colère, puis delà volonté et même de la justice des dieux. Ces flammes stupides, qui, passant, comme dit Lucrèce,
A côté du coupable, atteignent l'innocent
sont pourtant le dernier attribut dont on pût faire honneur à un dieu juste et sage. Ce serait plutôt la distraction d'un enfant aliéné. Eh ! bien, l'épouvante a divinisé l'éclair, et telle est la force de la tradition et de l'ignorance primitive que la foudre est demeurée pour beaucoup l'arme de la divinité. Boileau (( croit que c est Dieu qui tonne )), et, en dépit de Franklin et de la physique, il est aujourd'hui encore peu de paysans, même de citadins, qui pensent autrement que Boileau.
Dans l'ancienne Italie, la foudre était l'héroïne d'une foule de coutumes, de pratiques superstitieuses, qui avaient, d'ailleurs, leurs analogues chez tous les peuples. On sait quelle place tiennent l'orage et le feu céleste dans la poésie védique. Chez les Latins, ce qui était imagination grandiose aux bords de l'Indus est devenu plate et sotte dévotion . Les Etrusques en firent une science, et quelle science ! VArs fiib^iiritonim (( l'interprétation des éclairs », à droite, à gauche, sur l'horizon ou dans les hauteurs du ciel. Les Latins leur ont certainement emprunté les Haruspices^ a interprètes des éclairs » et tout un rituel fulgural ; mais ils n'ont certes pas attendu la nymphe étrusque Bégoé pour consacrer les endroits et les choses frappées par la foudre. Quand l'éclair avait pénétré dans la terre, le sol visité par Jupiter était religieusement enlevé et conservé ; c'est ce qu'on appelait fulgiir condcrc (enfermer la foudre) ; on disposait en forme de
jli,\ I, II AME ANTIQLE
I ml , futr.il, r «uvcilurc par où était entré l'éclair, cl 1 on > .'i'^iiliait un a^^ncau de deux ans, hiJenlal. 1/;-. p':i'-"niics ^\ui^ lu foudre avait touchées sans les luci Vivaient (\nn> celte faveur divine un heureux pi<;':;iHe |j'>ui Icui p*iblcritc. N'est-ce pas là l'expression rl'iin sentiment tout aussi naïf et primitif que raciiiiiiJiiiun de ccrlains sauvages des Pampas pour les lioinuics tjui survivent aux morsures du jaguar r
! .<; culte de Jupilei' L.ipis nous reporte encore à (le ( r>iy:iiices tout à fait archaïques. Lapis, le ( .'lilluu s;icr(:. détaché de la voùle céleste, fulgurite, inciétuitc. .idoié d'abord pour lui-même, était devenu le tr.iil, ]niis le symbole du dieu tonnant, silex (le Tlior, mioUiir de Donar, un de ces carreaux rie loiidre lancés par tant de c^ivinilés du \Uxii]ue ei du Pérou. S'ous verrons ce Jupiter I .aj)is iiilervenir dans les traités et les déclarations (k- /^U'ire, ain-^i tjuc d'autres épithètes du dieu Iniiiiaiii, l'is/in. PicuSj Pilumnits, Picumniis.
Tn antie dieu dunl nous avons déjà signalé la paicnU: avec JujMler, c'esl Summanus, l'éclair nocturne ou (lu moins matinal. Le jour commençait à minuit I)ans les cas douteux, quand on ne savait si l'cclaii" éiail Jiuw ou nocturnum, on faisait un sa«'iiliie aux deux clivinilés. Les Actes des Frères Afwtli's nous oiïienl un exemple de ce genre: la fouihe frappe le bois sacré de Dca Dia \ on immole à Jupiter deux béliers blancs, deux noirs à Sumuiaiius. I)es j^Aleaux en forme de roue, ofTerts à Summanus, font allusion au char du dieu fulgurant, pcul-ôtre à l'orbe solaire. C'était, si Ton en iroit \'arron, un dieu sabin, mais en tout cas bien mal.iclroit : au temps de Pyrrhus, il foudroya sa propre statue d'argile, et du coup la jeta, décapitée, dans le Tibre. C)n repécha Summanus et on lui décerna de nouveaux honneurs.
Nous venons de voir Jupiter dieu solaire et dieu tonnant. 11 est, bien entendu, dieu et soutien de la voûte céleste, Ttgilliuu^ Jupiter-poteau, Comme
lui. mais avec plus de majesté, les grands dieux védiques soutiennent, affermissent, unissent le ciel et la terre. La langue poétique, même courante, employ ait yoris et Dtriis avec le sens de ciel et d'air : Sitb jove fn'giJo, sub divo^ en plein air: et Ovide : « Tout ce qui est alto sub Jorc, sous la voûte du ciel, sous le haut Jupiter, tout cela appartient à César ».
Comme dieu de Tair, Jupiter régne sur les nuages et envoie les pluies. Encore une fonction, et peut-être la plus ancienne, de Zeus et de toutes les divinités atmosphériques, un oflice que gardent encore tous leurs similaires et successeurs, tous grands manieurs de foudre et dispensateurs d'averses, bienfaisantes, quand elles ne sont pas nuisibles. Pauvres dieux ! pauvres humains I Enfin, Jupiter est donc Imbn'citor, plitvius, f^luvialis ; il commande, avec et avant Neptune, au « favorable » Fjvomus (même racine que Faunus) qui, vers le milieu de février, ramenait les hirondelles, au Scf)tentrio meurtrier, au noir Aquilon, à Torageux Auster, au salubre Circius, à TAfricus fiévreux et lourd. Et le vigneron se jugeait bien heureux si les paroles magiques, si l'image bénite d'une grappe placée entre les ceps, avaient détourné de son vignoble le souffle, parfois trop peu ménagé, du dieu des tempêtes. « Assez de neige à la terre, s'écrie Horace, assez de grcle odieuse ! Assez, les traits de ta main flamboyante ont jeté la terreur sur le monde ! )) C'est la mesure qui manque ; et les prières des mortels ont plus de peine encore à obtenir la cessation que la venue de la pluie et du vent.
Je m'arrête un moment au mot Scplcntrio^ que nous ne retrouverons plus sans doute. C'est un des noms de la grande Ourse, une des belles constellations du nord. D'après les grammairiens, trio, de tero fouler, signifiait (( bœuf battant le grain » ; et le nom de Sept bœufs donné à sept
puits, puteal, l'ouverture par où était entré l'éclair, et l'on y sacrifiait un agneau de deux ans, bidental. Les personnes que la foudre avait touchées sans les tuer voyaient dans cette faveur divine un heureux présage pour leur postérité. N'est-ce pas là l'expression d'un sentiment tout aussi naïf et primitif que Tadmiration de certains sauvages des Pampas pour les hommes qui survivent aux morsures du jaguar?
Le culte de Jupiter Lapis nous reporte encore à des croyances tout à fait archaïques. Lapis, le caillou sacré, détaché de la voûte céleste, fulgurite, météorite, adoré d'abord pour lui-même, était devenu le trait, puis le symbole du dieu tonnant, silex de Thor, miolnir de Donar, un de ces carreaux de foudre lancés par tant de c^ivinités du Mexique et du Pérou. Nous verrons ce Jupiter Lapis intervenir dans les traités et les déclarations de guerre, ainsi que d'autres épithètes du dieu tonnant, Pistor, Piciis, Pilumnus, Piciimniis.
Un autre dieu dont nous avons déjà signalé la parenté avec Jupiter, c'est Summanus, l'éclair nocturne ou du moins matinal. Le jour commençait à minuit. Dans les cas douteux, quand on ne savait si l'éclair était ciium ou nocturnum, on faisait un sacrifice aux deux divinités. Les Actes des Frères Arvalcs nous offrent un exemple de ce genre : la foudre frappe le bois sacré de Dea Dia \ on immole à Jupiter deux béliers blancs, deux noirs à Summanus. Des gâteaux en forme de roue, offerts à Summanus, font allusion au char du dieu fulgurant, peut-être à l'orbe solaire. C'était, si Ton en croit Varron, un dieu sabin, mais en tout cas bien maladroit : au temps de Pyrrhus, il foudroya sa propre statue d'argile, et du coup la jeta, décapitée, dans le Tibre. On repêcha Summanus et on lui décerna de nouveaux honneurs.
Nous venons de voir Jupiter dieu solaire et dieu tonnant. Il est, bien entendu, dieu et soutien de la voûte céleste, Tigillum, Jupiter-poteau. Comme
-ri'i- i»i-: .R-piTER
'.w 11 est certain que tous :es tîLiii ;! ce canton : des Ram-nes V-..1 i'Avcntin. la colline de Hemus.
«. nî principal ayant été transfcr^i .^ îr uvcrciit là le culte de Kumi- • :!ic cl de ^on liiîuier. cl ad^iptèrent . .l!k- la f-'nnc intermédiaire A'»'77/.7. : \..":-«!i. i^lïraient à Rumina des . !'. - i etiis animaux encore à la ■ .îiii:;:-l n'était pas oublié dans les .'/ /.? et antres rogations expia-
.'.:: Jiipiîer des champs, le labou-
!'.!•. ••'inne et au printemps, un
•<•.• ; et au temps des mois-
• ! '. liuie. de la porc.i pi wcL-ijttiea
•«.m- piières de la plus grande
■- le m.iiché qui fait l'objet de
". '.e. IL- dieu est lié, .ijinfuius,
..."^MMement appuyés d'offrandes
■ :.'i4reê !e ct^nlrat, et doit s'exé-
.. •il!-» vjue... à moins qu'il ne lui
■. ••; .'lie::t aux Kalendes. .Mais le
':•.'■[ ■. iiillc pnur recommencera
• . ! a-' e!i .irrière du labou-
■• ^•î^i4iilièroment la ci'upe
■•; . ": !.i jviappe et du vin. Le
". V: 'Wv éiail en Italie Liber
. ••! i'!i:^ sûrement h-jjiit)r
• ii( n o.>n!Uie. variante de
. : -.1 ^M'ur et sa campagne,
. ■:!, / ih.r p.ilcr. comme ti^us
:- i' lui fallut céder le pa^ à
■ ■: • «-^î ..-innu par des insciip
". • ri!:i'.». d' \miiernum. Dans
" .:i^v- elaienl mises sous la
:. .■^'- -jiè à \'énus. soit à la
•:•.:. -ûi aux McJiliîu.ilij
étoiles ne convient pas mieux que celui d'Arctos (ourse) donné par les Grecs au populaire Chariot David. Mais de même que la linguistique a découvert dans Arktos et Arkas la racine ark « resplendir », de môme elle a trouvé dans trio le débris d'une racine S/r., mère de S/er/a, S/e//a,de-467;-um, et encore de Strio ; de sorte que les sept bœufs ne sont autre chose que sept étoiles, auxquelles nous ne songeons guère quand nous nous servons des mots septentrion, septentrional. C'est par suite de confusions de ce genre que tant d'animaux habitent la voûle sidérale. Revenons au dieu des intempéries.
La terre se trouvant si mal aménagée qu'elle a besoin de pluie pour alimenter les herbes des prés et les moissons des champs, le pluvieux Jupiter, qui, selon l'expression de Virgile, descend en joyeuse pluie — îceto descendit Jupiter imbre, — est nécessairement almiis, nourricier, (de alere, atinienliim^ alujjuiiis), frugifer^ ruminus, pecunia. Vous connaissez, grâce aux intérêts pécuiu\iires, le mot peciini.i, pour peculia (cf. peculiiim, pécule), qui, tout en signifiant richesse, n'avait aucun rapport avec l'argent ; la richesse primitive consistait en bestiaux, pecit, peciides. JupïiQv pecit ni. i était un dieu rustique, protecteur des troupeaux. De même mminus, celui qui allaite ou qui préside à l'allaitement. Ce nom est mêlé aux origines de Rome, à ce point qu'on ne sait si la légende n'est pas née du besoin d'expliquer les vieilles formes Ruma^ Remat Ramnenses, lorsqu'on prit l'habitude de lattacher le nom de Roma au grec Rome qui signifie force, ou du moins au latin robiu \ De fort bonne heure, assurément, il y eut sur le Palatin, tout près du Lupercal « enclos ou antre de la louve », un figuier ruminai, consacré à Jupiter Rîiminus et à Diva Rumina, et sous lequel la bonne mère Acca ou A tta Larcniia, épouse du berger Faus /«/z/.s' (un dérivé de Faunus), trouva les deux jumeaux
allaités par la Louve. H est certain que tous ces noms appartenaient à ce canton ; des Ram-nes (Ruiuini) habitaient l'Aventin, la colline de Remus. Leur établissement principal ayant été transféré sur le Palatin, ils trouvèrent là le culte de Ruminus, de sa compagne et de son figuier, et adoptèrent pour leur ci té nouvelle la forme intermédiaire /^oma. Les bergers, dit Vairon, offraient à Rumina des jattes de lait pour les petits animaux encore à la mamelle ; et le Ruminai n'était pas oublié dans les hisfralioîis^ ambiirbia et autres rogations expiatoires.
En l'honneur du Jupiter des champs, le laboureur célébrait, à l'automne et au printemps, un festin largement arrosé ; et au temps des moissons, le sacrifice de la truie, de la força prœcidanea traditionnelle, non sans prières de la plus grande efïicacité. Car dans le marché qui fait l'objet de toute pratique dévote, le dieu est lié^ damuatus, par les vœux convenablement appuyés d'offrandes et génuflexions. 11 a agréé le contrat, et doit s'exécuter ; il le doit, à moins que... à moins qu'il ne lui plaise de renvoyer le client aux Kalendes. Mais le bon laboureur en était quitte pour recommencer à la moisson suivante.
Le vigneron ne restait pas en arriére du laboureur, et Jupiter écrémait singulièrement la coupe offerte aux dieux du cep, de la grappe et du vin. Le nom propre du dieu buveur était en Italie Liber (comp. /ibare, lah-rum, ou plus sûrement li-qiior (ber étant une désinence bien connue, variante de fer et de i,>er) : il avait sa sœur et sa compagne, Libéra; on l'appelait, lui. Liber pater, comme tous les grands dieux ; mais il lui fallut céder le pas A Jupiter Liber, qui nous est connu par des inscriptions de Capoue, de F'urfo, d'Amiiernum. Dans le Latium, les vendanges étaient mises sous la protection de Jupiter, associé à Vénus, soit à la fête des Vtnali\i (19 août), soit aux .Veditrifi.ilia
2o8 l'italie antique
( 1 1 octobre) où Ton goûtait à la fois le vieux vin et le vin nouveau, en disant: Novum, vêtus, vinum hibo \ novo^ veteri vino morbo medeor : (( Je bois le nouveau et le vieux vin ; j'oppose au mal le nouveau et le vieux ».
Le dieu des buveurs était par excellence le dieu de la libation, et comme tel invoqué à tout propos, dans les repas de chaque jour et les innombrables cérémonies de la religion. Mais, résultat assez imprévu, la libation donna naissance à une divinité d'abord mal définie, joie, bienveillance pour les faibles el les enfants, influence exhilarante du vin, Libcrtas, enfin, la Liberté, dont la figure idéale devait présider plus tard à tant de nobles actions. Chère à l'esclave que Tivresse affranchissait momentanément des soucis de la servitude, elle donna son nom à l'affranchi, libertus; auxiliaire de l'amour, elle favorisait la fécondité, elle aidait le nouveau- né à quitter la prison du sein maternel, elle le libérait.
C'est pourquoi l'enfant s'appela libeî' et libéra, aussi bien que filius cl fîlia, que 7iatns et nata. Quoi qu'il en soit, cette déesse devint la parédreet l'épithèie de Jupiter. 11 y eut à Rome un temple de Jupiter liber tJts.
Une autre divinité dut une pareille fortune aune ressemblance de nom, plus ou moins fortuite ; c'est Juvcntas, patronne de la jeunesse. iMais peutêtre à l'origine était-ce une forme féminine de Jnris, Jovis. On raconte qu'elle habitait le Capitole, lorsque les Romains y établirent Jupiter ; elle ne voulut pas se retirer, et il fallut lui réserver une chapelle dans le sanctuaire ou prés du nouveau temple du dieu. Juventas, symbole de l'éternelle jeunesse de Rome, était, comme de juste, célébrée dans toutes les familles, lorsqu'un fils sortait de l'adolescence ; et le jeune homme devait à cette époque offrir un sacrifice à Jupiter et à la déesse. Au reste Jupiter, almus, javenis, adullus, auteur de
LE GROUPE DE JUPITER 2i»g
loute vie et de toute croissance, veillait sur tous les âges et prenait part à toutes les joies de la familie. Assis au foyer, dans Tatrium. il était le pénate suprême, Jcits pcnehalis, et. comme lel, l'objet d'une vénération profonde. La maison, la propriété n'avaient pas de plus ferme défenseur ; en cet emploi particulier, il prenait le nom de Jupiter Terminus.
Terminus était une des plus antiques divinités du Latium. Selon la légende, comme la déesse Juvenlas. il refusa de céder le Capitole à Jupiter. C'était contraire à sa nature, et il prétendait bien (( ne bouger non plus qu'un Terme » (La Fontaine Ta dit). Derrière celte explication ingénieuse on entrevoit sans peine un passé que nous a révélé déjà le culte de Jupiter Lapis, un temps où la pierre, météorique ou terrestre, recevait des honneurs divins. Tous les peuples ont connu cette religion, antérieure aux conceptions polythéistes, et qui a laissé tant de traces dans les croyances populaires. Elle est encore en vigueur en divers lieux de la Sibérie, et il est probable que les Latins, comme les Celtes, comme les protohellénes, la tenaient des races mongoliques, auxquelles tant d'affinités originelles semblent et peuvent les rattacher.
Avant d'être le limes, la limite, la borne du territoire commun et du domaine familial ou personnel, Terminus était la pierre fétiche de la tribu. On n'en saurait douter lorsqu'on assiste à son installation. Voici les formalités qu'on remplissait avant de fixer ces pierres de démarcation : on commençait par les mettre debout à côté de la fosse qu'on leur préparait ; on les oignait de graisse et d'huile ; on les ceignait de guirlandes et de bandelettes ; puis dans la fosse, un sacriiice était célébré ; au sang de la victime largement répandu, on ajoutait des libations de miel, de vin, de fruits, d'encens. Quand la victime était tout à fait consumée, on
iixail la pierre sur les os et les débris fumants,
f)uison nivelait soigneusement la terre tout autour. )cs Tenuinalta, décrits par Ovide, réunissaient tous les ans les voisins à des sacrifices commémoralils, à des réjouissances communes, à de somptueux banquels où l'on chantait des hymnes en l'honneur de la pierre sacrée.
Rien n'égalait la sainteté de Terminus. « xMalhcur », dit un ancien texte, qui nous a été conservé, (( malheur à celui qui y portera la main pour accroître son domaine ou diminuer celui du prochain. (]e rr.cfait lui attirera la malédiction des dieux. Si le coupable est un esclave, ses maîtres doivent le juger sévèrement. Si les maîtres sont complices, leur maison sera bientôt renversée, et loule leur race s'éteindra. Ceux dont la main a commis le crime seront éprouvés par des maladies el des blessures cruelles ; et leurs membres s'affaibliront. Leur domaine sera ravagé par des orages, leurs linits seront abattus par la tempête et la grêle, brûlés par la canicule, rongés par la nielle, el le peuple sera en proie aux discordes. Voilà ce qui airivera. si de pareils crimes sont commis. Ces limites, établies par Jupiter, les hommes les violevoin clans la huitième génération (sœcuîuw)^ lorscjuc le monde touchera à sa fin ! ))
Ainsi se reliaient à Jupiter les dieux et les usages antiques. Je citerai encore un exemple, la céiémonie du clou de la (Jella Jovis. Tous les ans, aux Ides de Septembre, anniversaire de la fondation du culte C^apilolin, et le jour le plus sacré des Jeux romains, le plus haut personnage de l'Etal (7/// /^iwlor maximits sit) fichait un clou dans le temple de Jupiter. On ra|:)portail cet usage aux lùrusques, qui chaque année aussi, à \'olsinies, consacraient un clou à Nortia. la déesse du Destin, (^e clou, disait-on. symbolisait le caractère irrévocable des arrêts du Destin ou de Jupiter : « De là vient, ditPreller, avec mille légendes, la comparai-
son proverbiale du clou, pour désigner une affaire arrangée et conclue. (Cicéron, Vér. ¥,21,53))). iVlais il est facile de découvrir à cet usage une signitication beaucoup plus antique ; dans la vie privée, où il était fort répandu, il répondait à des idées, qui n'ont pas disparu encore. On iichait un clou pour suspendre l'ex voto, et aussi pour attacher les bandelettes préservatrices, pour détourner de soi et fixer ailleurs les maladies et les maléfices. Cela est si vrai qu'en des temps où le clou annuel était quelque peu oublié, en cas d'épidémies ou de dangers publics, on désignait souvent un dictaior clavi Jîi{etîJt\ un dictateur pour ficher le clou. En 39 r de Rome, à l'occasion d'une peste, et, en 423, d'empoisonnements mystérieux, il fallut recourir à ce remède. Pareillement Auguste luimême envoya les censeurs porter un clou au temple de Mars Ultor.
Tout en nous efforçant de présenter dans un ordre logique les attributs dont Jupiter s*est peu à peu emparé en vertu de son origine lumineuse, solaire, céleste, puis atmosphérique et fécondante, nous nous sommes de plus en plus rapprochés de la terre et des choses humaines. Il était inévitable qu'un dieu, si haut soit-il, imagine par les hommes, fut mêlé par les hommes à leurs besoins et à leurs intérêts les plus pressants, phy.-iques d'abord, la génération, la croissance des moissons, des troupeaux, des cnfanls, à la jeunesse, à la famille, à la propriété, à la santé enfin, puis aux événements sociaux et nationaux, aux institutions, aux lois, aux vertus nécessaires à l'ordre et à la durée de l'Etat.
Ces attributs, que nous appellerons moraux, au sens le plus général du mol, Jupiter les a acquis à l'occasion des rapports de toute sorte qui se produisaient entre les tribus, à mesure que leurs populations allaient croissant. Ilomo homini lupus. Qu'on subtilise autant que Ton voudra sur cet
aphorisme de I lobbes, la moindre connaissance de l'histoire suffit à démontrer, qu'à moins de subir la domination du voisin, tout peuple à Tétroit tend à se jeter sur les autres pour s'étendre et s'enrichir à leurs dépens. La guerre fut la première et la plus commune des relations internationales ; force fut donc au principal dieu de chaque tribu de combattre avec ses guerriers et de leur assurer la victoire. Jupiter, comme dieu local ou régional» fut donc appelé au commandement des armées, tout àcôté, bientôtau dessus de Marset deQuiriiius.
Saint- Augustin nous a conservé toute une série d'épilhétes qui s'appliquent au Jupiter des combats : Victor, Inviclus^ Impulsor, Opitulus, Centumpeda^ Siipinalis, Stator, vainqueur, invaincu, entraînant, secourable, aux cent pieds, renverseur d'ennemis ; tous les mots s'expliquent d'euxmômes : opilulus, de opem tollere « porter secours» centumped.i^ (( celui qui se lient ferme sur cent pieds », c'est le dieu des fantassins ; i^upinalis, « celui qui couche l'ennemi sur le dos ». Je n'ai point traduit s/j/or, parce que l'inlerprélation commune et ancienne est inexacte. Romulus, dit on, aurait élevé un temple à Jupiter Stator pour avoir arrêté la retraite des Romains ou le progrès de l'ennemi. Le plus probable est que Stator est celui qui se lient debout, et debout sur son char de guerre. La plupart des anciens ont ainsi combattu avant toute organisation militaire. Un autre titre bien connu, feretrius^ confirme ici le sens que nous donnons.
Jupiter possédait à Rome un Jeretriim (ferre, « porter »), un brancard, plus sûrement un char, dont l'image d'argile formait, avec un vieux sceptre et le fameux caillou, Lapis, le fonds le plus précieux de son mobilier sacré. Comment Properce a t-il pu s'égarer en interprétations puériles ? Feretrum dit-il, parce que le général a féru le chef ennemi... ou bien par ce qu'il a rapporté ces dé-
pouilles sur ses épaules (i) ►». La légeade était pourtant bien connue. Le /ère/; //m était le véhicule sur lequel Romulus avait rapporté les dépouilles opimes, les armes d'Acron, roi latin de Cénina. Ajoutons que, dans la pompe triomphale, le général honoré de cette apothéose paraissait sur un char, tensa, orné des emblèmes divins, la foudre, le sceptre ; enfin que ce quadrige, ce char, s'est perpétué jusqu au Moyen Age dans le Carroccio des républiques italiennes. Le char de Jupicer passait pour avoir été transporté de Véies à Rome par un des Tarquins ; il n'est pas douteux que les Etrusques possédassent cet emblème ; mais pourquoi les Latins le leur auraient-ils emprunté, sinon comme œuvre d'art > Le char ou le chariot n'est il pas le meuble de tous les autres indo-européens, héros des Védas ou des épopées indiennes, guerriers d'Homère ou barbares Teutons ?
Le Jupiter des Latins Lw7//:ïrz*s, celui dont le temple couvre encore de ses débris les sommets sudouest du mont Albain, et plus encore le Jupiter Capitolin, après la défaite successive de toutes les peuplades ou nations que leurs propres Jupiters n'avaient point protégées, finirent par se confondre en un seul arbitre suprême des combats, d'autant plus vénéré que la victoire s'habituait à accompagner le plus souvent les armes romaines. Ce maître de la guerre devint en môme temps, mais au nom et en faveur des plus forts, le garant de la bonne foi, des traités et du serment, à ce point que Ennius considère comme dérivées du nom Jii — ou Jov — pater, le serment, jous-jitrandum et la justice. C'est d'ailleurs avec une conviction parfaite, un sérieux profond, que les Romains (non moins que Latins ou Sabins, ou Samnitesjdcinan-
(i)Nunc spola in icmplo iria conJiia, causa l'crc.ii:
Ominc iiuod ccrlo dux fcrit «inlc diiccm.
Scu quia vie a suis humeris hacj arma fcrcliai .
Ilinc l'erctri dicia est ara supcrha jovis.
daient au plus grand, au plus juste des dieux, la consécration de leurs promesses tant de fois éludées ou enfreintes, et invoquaient sa vengeance, méritée, contre les rébellions et les perfidies des vaincus. Ils étaient persuadés qu'eux seuls rendaient un culte correct à la déesse Fides (la bonne foi), jadis sabine, cédée par le Jupiter sabin Dius Fidius au Jupilerdu Capitole, et si intimement liée à Jupiter Lucetius et à Terminus.
11 y avait à Kome, en effet, un très antique sanctuaire de cette l'icies piiblica ou populi romain, où le Sénat se réunissait souvent. Les alliés du peuple romain, par flatterie sans doute, gravaient parfois sur leurs monnaies Teffigie de la fides romana. Tite-Livc nous a conservé sur le culte de cette déesse de curieux détails (I, 21). D'après la législation attribuée à Numa (pour dire que celte religion avait été apportée par les Sabins), les trois flamines de Jupiter, de Mars et de Quirinus, chargés dû service divin, monlaienl au Capitole dans un char couvert d'un dais, et devaient, pour le sacrifice, envelopper leur main droite d'un linge blanc ; Fidés elle-même portail un voile blanc, couleur de lumière et de pureté, et sa main droite étendue semblait confirmer sa parole.
Je rappelle ce que j'ai dit déjà de la racine fid, fiuderc, rompre, fendre, éclater. Je suis bien tenté d'y rapporter la blanche Fidés, tout coniraQ F idi us \ ses affinités avec Diespiter eijovis Luceliiis décèlent assez ses origines lumineuses; c'était quelque aurore, ou quelque déesse du jour, très naturellement détournée vers des fonctions morales, transformée en fîducia Jovis, patronne de la clarté, de la sincérité, du respect de la foi jurée.
Pour terminer l'énuméralion et rassembler tous les attributs et tous les noms du dieu de la bonne foi romaine, je décrirai rapidement la pantomime et les rites observés par les envoyés que le Sénat chargeait de traiter avec les peuples du voisinage,
ou de leur déclarer Ja srztrrt. Ces zt.t^zt^^ f:rmaient le C3iltge des Ftz^si^x. -i.t. :rts i:-:r£i:i sans douie, ei dont "■:ri£-:i.t trt :::ï:::rc : .tz: zr.tf. notamt paitT pilT^iu^. chef iirs::::;;. sr rr.t:*E:: t:; marche vers Jcs iimil^s, J£:s ;:-£rs i^ :t:r:::.-e. précédé d'un i^trl'mnriii^ ç::: p:r:£:: une t.ufc d'herbes avec sa mjtit '<jiot:i'zi. -. irrf:^?. ^r. :s< consacrée >^ racine ijc. >j;^^^ cf sjtjl-. ver- e^ni- sauvages |. Celte m oitc, a; ra ;r. £e i - r 1 e 1 3 p :: : . e — n: i ;s cette coutume est plus ancienne ç-c R: .-ne — ^y^îbolisait le sol de la pairie e: rr::ia:: !e Fè::a: ir.vio lable. comme nos ambassèceurs cans icur 'r.l\ti. Le père patrat tenait dans ses mains ;e Jupiter Lapis et le sceptre du dieu. Sur la frontière, i' prononçait un serment solennel, ainsi rapporte par les historiens: w Si je dis la vérité, puisse !e dieu me prêter secours: si j'ai commis quelque perfidie, que Jupiter, sans porter dommage à la Ville, me précipite hors de ma demeure et de mes biens, conformément au droit divin et humain, comme je précipite moi-même celte pierre loin de moi n. On procédait ensuite à la négociation. Tite-Live a décrit le cérémonial d'une alliance conclue entre Rome et Albe. Le texte du traité est lu ; ensuite le pjir.it us recite lecjrmeii ou precaiio^ la formule ou prière: ^* Ecoute Jupiter, écoute, toi, représentant dWlbe et vous, peuple albain. Les clauses du traité viennent d'être lues d'un bout à Taulre, sans ruse, sans supercherie ; elles ont été clairement comprises, et le peuple romain les respectera religieusement. S'il y manquait jamais, par perfidie et par méchanceté, puisses-tu, Diespiter, frapper le peuple romain, comme je frappe moi-même ce porc, et frapper Rome d'autant plus fortement que lu es loi-mcmc plus puissant et plus fort ». Puis le Fécial touche le porc avec le caillou sacré. Lapis, emblème de la foudre vengeresse. L'yVlbain répèle la formule, et le sacrifice du porc cimente l'alliance.
S'agissait-il d'un éclaircissement, cljiif^ntio^
d'une satisfaction demandée, le Fécial se transportait sur le territoire des violateurs de la trôve et demandait un tribut ou des otages : (( Ecoute Jupiter, écoutez, dieux des limites, écoute, oracle sacré du droit (fas) . Je suis le messager du peuple romain ; je viens en toute justice, et mes paroles méritent toute croyance. Si c'est contre le droit et ma conscience, ô Jupiter, que je demande qu'on me livre ces personnes et ces choses, à moi le messager du peuple romain, ne me laisse jamais rentrer dans ma patrie )). Si les objets et les otages n'étaient pas livrés dans un délai de trente-trois jours, le Fécial menaçait de répression : « Ecoute, Jupiter, et toi, Janus Quirinus, et vous tous, dieux du ciel, de la terre et des enfers, je vous invoque comme témoins que ce peuple est injuste et viole le droit. Comment vengerons-nous notre droit outragée Nos vieillards en décideront ». Il retournait à Rome. La guerre résolue et décrétée, il revenait au territoire ennemi, et là, en présence de trois hommes adultes, il déclarait la guerre ouverte, et lançait la pique traditionnelle, la lance de Quirinus.
11 est impossible de ne pas reconnaître dans ce formalisme un véritable souci de la Justice. Mais nous savons qu'il est avec Jupiter des accommodements.
li Gi:^TPE I« ". P.'TÎ-Î.
§ II- — jupmx opTutT^ TCftTTjcv?- TiviA-rî cuLri": m ni
Prééminence d j Icriic' tlrt-r. .jjvi-i». — 1*5 .~r-^« .jr:««f surriTcni à la da^tmiTare z. ^ r»i- *.:-.5 J« r::> i:r^Ss:..i> iî la république TomUx. Li i-iiis' se le :*-rsji- ^ ir.c .">e Paieries. — Le triynphs alTK:-:^. — Lis Ta-^-:-f f:-i?.r.: sur îe Capiiole 3e RTapLe rit J jp!:er Opi.x:::? ,Vjjii.i- j< ^c;, brûle ei rêiabli bâcn ce? f-is, ciisia;: £r.c:re a- i\* <iecle de notre ère. — Saiaieie a- fV^^^f* iu.» — Ju^:îir Capiiolin préside aux J^i^-v Lmîs Cji^i::J:v:, .Vjjcs:, \?^..-teii^ eic.l et aux pompes iriir^mrha'es. — Trésor e: irs.'riplions du temple cipiiol.n. — Les parèdrcs ce Jcriier : ,,.:'.' r, et Minerve. — La Jiinon de LaaaviurQ, 5i>ir:;j. ','i;-,\î. — La junon de Prcnesie, n.le de Fjr/i.nj /••j-nurK;^, >a\:r de Véjovîs. — La Juncn dWrdee : J;;:j:ni. — 1 3i J:^Kjt virgo du Soracte \Ferùnia\. de Paieries et du Picenum {Kufra). — Inscription falisque. — La Junon s,ibîne, Qutritts, Curitis. — La Juno Lucina préside aux Calendes* au mois yMiif us. au mariage et à raccouchement. — Junon caprotina met fin à la stérilité des Sabînes enlevées, — Afaironalia. — Compagnes ou épithètes de Junon Lucine. — Minerve. Sa forme étrusque : Mnr/j. — Grandes et petites Quinquatries .
Le culte de Jupiter ou de quelqu'un de ses homonymes lumineux et célestes, Jovis, Dius, Oicspitcr. Véjovis, Summanus, etc., était généralemcnl répandu dans tout le groupe ausonien ; mais il scm ble bien qu'il ait eu son principal centre dans le Latium; et il faut entendre le t^alium au sous le plus étroit du mot; parmi les nombreuses bourgades éparses sur les pentes et îiu pied du luonl Albain. Si vous passiez l'Algidc et l'Anio, vous trouviez d'autres patrons, C'icculus î\ Préneste flic/. les Ilerniques, Mars chez leslùjucs, Ich Marsivi ci les Samnites, Quirinus et h'idius chez, les SabiiiM ; si vous descendiez vers la mer lyrrlicnic;rwi<\ * ''• tait Anxur chez les Volsqucs, l'aiinir. d;in". I' «> forêts marécageuses de Laurcnluin, hui I': ''/m-, inférieur du Tibre Janus et Satuine. S;in-. d';uf'î, en un territoire si restreint, tou-, ce. dieux ;jv;iM;nf
21 8 l'itame antique
des relations de voisinage et d'hospitalité, mais chacun était Tobjet d'une prédilection locale. C'est l'accroissement de la puissance albaine qui détermina, qui établit la prééminence religieuse et politique de Jupiter.
11 sufGt de lire les historiens romains pour entrevoir sous les fables traditionnelles le rôle important qu*Albe-la-Longue a joué dans les temps antérieurs au VI* siècle. C'est à des rois d*Albeque la légende a soin de rattacher les fondateurs de Rome. Albe commandait à trente villes ; c'était cette laie blanche (alba) entourée de ses trente petits que Virgile montre à Enée, comme un présage, un signe, de la cité future. Lorsque, vers le huitième siècle, au moment même où de nombreux fugitifs se fortifiaient au milieu des sept collines, les Etrusques se répandaient dans le Latium, occupant sans doute Ardea, comme le font supposer certains objets trouvés dans le sol, et l'alliance légendaire du chef rutule Turnus avec Mézeiice, roi de Gaeré, oui, dans cette époque troublée, Albe, plus que Rome naissante, fut l'asile et le rempart de l'indépendance latine. Ses Medix ou Metiiis étaient les chefs suprêmes de la Ligue, à laquelle Rome fut d'abord affiliée ; et son dieu, sous le nom de Jupiter Laiiaris^ était le souverain protecteur du Latium tout entier. Rome, ayant derrière elle toute la nation sabine dont elle était devenue le poste avancé, favorisée d'ailleurs par sa situation sur les deux rives du Tibre, s'empara de sa métropole. Le meurtre du Métius, Fufétius ou Fabidius (l'ancêtre des Fabius ou Fabiani), lui livra le commandement et la présidence de la Ligue latine. Mais la décadence et même la ruine totale d'Albe (la date en est incertaine), ne portèrent pas atteinte au prestige et aux honneurs de Jupiter Latiaris. Son temple, élevé sans doute par les rois de Rome, et dont les vastes ruines couronnent le plateau du mont Albain, resta le centre de la religion nationale. Ces débris se
LA GROUPE DE JUPITER ii^
voient dans Fenceinte d'un couvent de frères de U Passion; sur le versant de la colline, on distingue encore les traces de la voie sacrée par où les prO'cessions montaient au sanctuaire,
11 est curieux de voir le cuUe iMùris rétabli, ou plutôt restauré par les Tarquins, dynastie évidemment originaire de Tarquinies, et notoirement étrusque. Ces rois, qui paraissent avoir été fort habiles (Rome recula de cent ans, après leur chute), ces rois qui introduisirent tant d*usages et tant d'arts étrusques dans le Latium, n'avaient garde de froisser leurs alliés et vassaux latins, dont le concours leur était nécessaire pour assujettir ou maintenir tout au moins le sud de TElrurie. Selon Denys d'Halicarnasse, la première fôte de la ligue latine, reconstituée sous la présidence de Kome, fut célébrée après une victoire remportée sur les Etrusques par Tarquin l'ancien. Un second jour férié fut ensuite ajouté après la chute des rois, diversement accueillie, mais considérée avant tout comme une délivrance par les aristocraties locales (çio). Un sentiment contraire accrut encore la fête d'un jour, lorsque, après l'institution du tribunal, victoire notable des plébéiens, le consul Sp. (bassins renouvela l'alliance latine (494). On parle d'un quatrième jour institué après un nouvel accord entie patriciens et plébéiens (361 ou environ). Ces fêtes avaient lieu entre avril et août, mais non à des époques fixes ; on en arrêtait la date au commencement de cl)a(jue année, et on le proclamait dans tout le Latium. C'est ce qu'on appelait (Jonctpcre Laliar ou lùnian Latinas. Fériés latines, c'était la durée des fêtes, une période de paix, durant laquelle on se serait fait scrupule de déclarer la {guerre ou de livrer bataille. Lattar, c'était la céréiuonie j;roj>r*:nient dite, dirigée soit par les conj^uls a vaut leur ^Jépttil pour leur commandcmerjt, n(A{ par de« diciaieur^ spéciaux, Fetiarum Laiinaium caunu ; quand le consul présidait en personne, accompîigné de tous»
220 L ITAIJE ANTIQUE
les magistrats, à quelque ordre qu'ils appartinssent, il était suppléé à Rome par un Préfet dés Fériés latines.
L'office religieux, dans ces fêtes semi-politiques, consistait, comme toujours, en un sacrifice solennel suivi d'un grand festin. La victime était un jeune taureau blanc, à peine arraché à sa mère et dont la tête ne s'était pas encore courbée sous le joug. On élevait ces animaux de choix dans les prairies de Paieries, sur le versant oriental du Soracte, région où se conservaient de très anciennes dévotions ombro-sabines. Beaucoup d'autres animaux, d'autres offrandes, agneaux, lait, fromage, gâteaux sa* crés, étaient présentés par des particuliers — c'était à la fois pour chaque notable une charge et un honneur. — Mais le taureau était fourni, à frais communs, par tous les membres de la ligue ; toutes les corporations, tous les représentants des villes assistaient au grand sacrifice, les délégués de Rome chantant des hymnes en l'honneur des Latins, ceux-ci formulant des vœux pour la prospérité de la Ville éternelle. Et tandis que le Latiar s'accomplissait sur la montagne sainte, chaque ville de la ligue fêtait le dieu national. (( D'après le témoignage de nombreux écrivains, on célébrait à Rome une solennité de ce genre, avec course de (Quadriges sur le Capitole. La victime offerte à Jupiter Latiaris était un homme, un condamné, plus tard nommé bestiarius, après l'institution des Jeux du cirque )) (Preller).
Au temps où florissait la Ligue latine, le triomphe se célébrait sur le mont Albain ; et même lorsque Rome fut assez grande pour mettre de côté les traditions qui ne flattaient pas assez sa vanité, un triomphe albain était jeté comme consolation aux généraux qui n'obtenaient pas de triompher dans Rome. Ces triomphateurs de province ne. portaient pas la couronne de laurier, mais celle de myrte, où il faut voir une allusion à Murcia ou
er. ce := ~ rs-. i , t : , ,- r ; <c v r . > ;: .^ vr / ,■ / , ,* ^ »' / .^ ». dan:. 1= :£:e :r:u îî .*,i:is .c >,\ x\* ;; ;*,^^ •;/»>: ;^.* De ceiîe :^:e. Or:,:, .^r. ,i i.i.: x*\*;;\r; .0 ^^m^\ ,:»■ C.Tf iix'Iiu f 77 . 5 a r s û .^ i: : o ^ 0 .uk\^ \î jm ^ '. r. % ; r, ^ . , . ^ l »^ temple de Jupiter 0.*pi:.^*;n csi lovu' m^--.;;» .\ 1 .im vée des Barbares îe plus sa-.ni sU". Nai\%u\.un-. «.« mains, et le caracitïro Cm vlion ;\ ha\*'i'.»^ U •■ r\s\ I, 1 sans ôtre altère par .nu'uiu* mihun.r »'«i in»f;.'«i- Celle solidité du Jupiu'i- ii.ilioic. mi. a ni>>n *-. n-' un des faits qui clonioniifiu li* tnirn\ .pii L- • Etrusques ont moins dninu^ ipi'i ntpi uiiii' I • m inlluence a ùiù sminiii cvIc^mcum-. iI un iiin changé aux croyaiucs ininl.iiiii-itiiili - < iiiniiiiii par des artistes cti u- (pir-h |iiiiii lU- inm •! iiiifiiicétrusque, décoré (riitic -.iiiiii'- <i ■! uu •jhikIi )(.• étrusque, en teiiccuii»:, !»■ ii-mph li'.i p'iini .|i «• ini sur le dieu. J>étiiiii <-.ri f'^ p. m imi hiiu'Ii' il
étf'iit ic-'édebout 'juaif: ' 'ni^ .m- , »« • «iii- ii un ■■ ui \'anz'i<:n \Ahii \,iii Ijj1;jijij- ' ..iiulu- * ». />■ »i. :«■•.«• d'urî'; '.'f\ji': 'itj JlJpJ!^f < f'.-.n.u.' •■ i-.i'i- .1 <■. • 1
fit élever sur le Capitule à Jupiter Tonnant (22). Comme Taffluence des dévots attachés au prince se portait vers le sanctuaire nouveau, Auguste, ami des vieux usages et habile à détourner les moindres mécontentements, fit suspendre au fronton du temple neuf de nombreuses sonnettes, comme pour dire, ou plutôt en faisant dire que ce Jupiter Tonnant n'était vraiment qu*un portier au seuil du vénérable Opt. Max. Il est à croire que les deux dieux et les deux cultes n'eurent guère de peine à se confondre. Au reste le temple élevé par Auguste périt avec bien d'autres dans Tincendie qui inaugure le régne de Vespasien. Tacite a décrit cette épouvantable bagarre entre les Vitelliens et le général révolté Primus. A peine relevé par Vespasien 80, dévoré sous Titus par un nouvel incendie, restauré par Domitien 82, il survécut à l'empire.
« Stilicon enleva les plaques d'or de ses portes. Genséric et le pape Uonoriusy commirent des vols importants. Jusqu'au IX' siècle, la tradition parle du temple de Jupiter. » 11 disparut dans la confusion du Moyen Age, et ses ruines dispersées muraillèrent sans doute quelque forteresse féodale. On pense que son emplacement correspond à celui du palais Caffarelli, sur la colline la plus rapprochée du Palatin et de l'Aventin. C'est de là que le culte de Jupiter Capitolin se répandit dans le monde romain tout entier.
On peut dire que ce culte avait commencé avec Rome elle-même ; car le Jupiter O. M. des Tarquins, le rival et l'héritier du Latiaris, avait eu sa période sabine. Tatius et Numa, les représentants légendaires de cet âge reculé, l'avaient connu sous ses noms de Jovis et de Dius et lui avaient consacré les trois divisions du mois, les Kalendes, les Nones et les Ides, qui s'ouvraient par un sacrifice et un banquet, epulum. Le Jupiter des Ides était le plus honoré. Son prêtre et sa prêtresse lui offraient
un agneau blan,:, d pneadiieni ca sca h^3i;«:r i des proccssic'ss cipiirc-ires str --e tc-jc ^h: en ji pris le nom de saznec Riez 2 ;§-al£:: -a pi:r;frc, la sainteté de ce cDnp!c poniinral. le F^nirîen i:a ■:< et la Raminica. Le jjôiis éra:î Je ri^cmiir c^r^ la hiérarchie. Son cosnime« sa tenue es pub'.ic cr*:eni pleins de dignité, de grandeur. Seul de îous les prêtres, il était excin des fonctions civiles, lî lui était interdit de monter à cheval, de voir des trc^upes armées en dehors du fowjrTVnm, de prêter aucun serment, de porter une bague (un anneau^ signe peut-être de servitude! : ses cheveux et $a barbe ne pouvaient être coupés que par un homme libre. Une foule d'obligations minutieuses, impo~ sées tant à lui qu'à sa femme, témoignaient toutes de la sainteté exemplaire qui Télevait au-dessus des mortels.
Puisque nous rencontrons ici le plus imporiiint des prêtres honorés du titre de Fiatncfi, il est ù propos de nous arrêter quelque peu à ce nom sacré. Signifie-t-il le personnage inspiré, .ï///j-/mn, le souffle et Témanation du dieu } Sa syllabe radicale est elle contractée comme dans /Zwïmm.i pour//.i,vma (le grec phlog-s } Lg Jîagmen serail-il celui qui allume le feu sacré, ou bien l'hymne vivant, hnichmari, celui-là même qui, dans rlnde, i\ In lin de la période védique, a pris le nom de Hrahmanc } 11 n'y a pas lieu d'insister sur ces hypothèses. MaisrlItvM n'ont rien d'invraisemblable, pour qtii connaît cl lo caractère contracte du parler latin et le r^lo capricieux du son F dans tous les diaIccIcH ilali(|iir«, où il répond tantôt au h, U[/c pour //V'i (oinhtim), tantôt à une aspiration forte ou douce ihinnti^^ fumus; bhumi, humus ; gharma, lunmirn ; liiiH'inu farina; et à la semi-voyelle v.
Mais Jupiter nous rappelle. \J()\f\\u\\\% M««f, d' «^ Tarquins paraît avoir succédé particnliérr/rn'ril *im Jupiter iduliuH, au Jupiter des Idc**. I/C«i «;«' ri/i' ' ^-v les festins et les luxucu%c«t Uttuiht\\c^ /{mî Iim
étaient dédiées partaient ordinairement du jour de^ Ides ; ainsi des Jeux que Tarquin l'Ancien y avait ajoutés. Ces Jeux du cirque, d'origine étrusque, prirent, comme on sait dans la vie des Romains une importance croissante. Ce n'étaient d'abord, disons-le, sous Romulus ( Enni us ), q^ue des courses et des pugilats rustiques sur des peaux graissées, étendues à terre ; mais peu à peu l'art des savantes tueries se développa largement. Toutefois, l'origine religieuse de ces spectacles ne fut jamais oubliée. Les Ludi capitolini, du 1 5 octobre, sont peut-être les plus anciens. Après eux, vinrent les Ludi romani^ ides de septembre ; ]qs Ludi plebeii^ ides de novembre, sans doute institués après une victoire du peuple sur l'aristocratie; puis, à des dates variables, en des occasions solennelles, des Ludi magni ou maximi, inaugurés, pense-t-on, après la victoire du lac Régille, remportée sur les Eques et les Latins (496 av. J.-C). Tous étaient ouverts par une procession solennelle, pompa, qui descendait du Capilole, escortant les voitures, tensa (couvertes d'un dais) où, sur un piilvinar (( coussin », reposaient les exiiviœ, les insignes de Jupiter, le foudre, le sceptre, la couronne d'or, la tunique palmée, la toge brodée (picta) et le trône — la chaise curule, — et les emblèmes de Junon et Minerve, parèdres du dieu. Devant les teiisa marchait le magistrat chargé de présider les jeux, entouré de sa famille, de ses amis et de ses clients ; un esclave public lui tenait sur la tête une couronne de chêne ornée d'or et de pierres précieuses. Derrière les exîiviœ et autres objets du culte se pressaient les baladins, les danseurs, les prêtres et les images de tous les dieux qui avaient envahi le Capitole et dont les temples, les chapelles, les autels encombraient les abords du temple de Jupiter.
Le dieu suprême de l'Etat présidait, comme son collègue honoraire du mont Albain, aux triomphes, mais aux vrais triomphes décernés par le
Sénat. Cecre c^rsaicme* q.i: zicum:: i. 0^;-;:,".^. au liea c'en iesjsnr/:;. ririise.rri:: uc ^iracic:^ aussi reii^ieiLi ::u.-± ziem-er. Li :::::r:7hj^:j: y figurai: cotnzie xz-f i=,i^ . :va:i:e ii • ^p::^:- cjp:tûlia. Soriwhir CLi : le qcicr'.jis ii.::2 : >a :u:::<ue. sa toge, sa zz'zzzcjz^. <:z. ^c^iz'.r^ z :■:::•:: :j-\>"claieat les insigres sacrés. Ar-v- jiu <,^:iiir:e:, il mettait pied à :erre. sir-nri:: les ie^: •.■;:> ^'.u :cii>^<e et déposai: entre :es mairs eu ciiu le laui:er .^u la palme du triomphe. Suivaien: le sacridce. I hécatombe solennelle e: le festic, auquel p;-enuît part tout le Sériât.
Jupiter étaî: le gardien des richesses et des gloires romaines. Aux riches cadeaux, aux parts vie butin, qui lui étaient apportés par les maiîisirais et les généraux. les chefs, ies rois etran^reis, les vu les ne cessaient dajouter des lingots, des ustensile* ornés, des Victoires d'airain, d'argent ou d'or. Dans les caves, sous le trône même, s'accumulait un trésor, plus d'une fois utilisé ou vol(^. Les monuments commémoratifs. boucliers, trophées, tablettes, faisaient du temple un musée d'une incomparable valeur. Il n'en reste rien. Fa de tant de pertes, la plus douloureuse n'est pas !a disparition des objets les plus riches, c'est ranéaiuissemenl complet des affiches triomphales et des inscriptions vjui célébraient les grandes actions, les conquêtes, les magistratures des Romains iameux. Les colonnort, les murailles en étaient couvertes, ;\ ce point qu'il fallait de temps à autre les f,n altcr et les remettre A neuf. Les auteurs ont recueilli bien peu de ces textes précieux; celui, entre autres, où ( liniinnulin rend grâce à Jupiter et aux auties dieux cle s^h victoires sur les Frénestins, du temps oi"! un rayon de dix lieues atteignait presque aux limites <lu futur empire.
Nous avons dit, déjà, qucsur le (^Hpiloli:, )u)yii«:r était entouré d'une cour de dieux, parmi l':sqiicU il figurait lui-môme sous les noms de l''':M;lnus,
Victor, Ultor, Stator, Juventas, Fides, Terminus, etc. Dans son propre temple, il avait deux compagnes, Junon et Minerve.
Ces déesses suprêmes — leur adjonction à Jupiter le prouve assez, — siégeaient au fond des deux nefs latérales, modestes parèdres, à droite et à gauche du roi géant des dieux ; elles étaient associées à son culte ; mais en dehors de ce sanctuaire commun, elles reprenaient leur indépendance et leurs fonctions particulières.
La Junon italique n'a rien à voir avec la quinteuse et vindicative Héra. En lui prêtant des fureurs jalouses, des discours farouches, Virgile a dénaturé le caractère de Junon ; il obéissait, et à son sujet, et à son éducation hellénique, qu'il partageait d'ailleurs avec tous les Romains instruits du temps d'Auguste ; mais, très habile à relier aux vieilles traditions nationales les légendes factices qui plaisaient à la vanité des Jules, il avait été heureux de donner un rôle en son poème à Tune des plus antiques divinités du Latium et de la Sabine.
Le centre du culie de Junon dans l'ancien Latium paraît avoir été le bois sacré et le temple de Lanuvium, dans les environs du mont Albain. Il y avait là un serpent sacié auquel une vierge apportait tous les printemps un gâteau ; si le serpent agréait l'offrande, c'était signe que la jeune fille était pure, et promesse de fertilité pour l'année (i). Ce serpent, j'oubliais de le dire, passait pour la forme passagère de Junon, ou plutôt du génie de Junon, de la JiiJio Junoîiis : car, la déesse représentait le principe féminin, opposé ou associé au principe mâle (Jupiter), enfin, l'essence même de la femme,
(i) Lanuvium annosi vctus est tutela draconis. . . nie sibi admotas a virgine corripit escas. . . Si fueiint castac rcdeunt in colla parentum, Clamanique agricoloc : « feriilis annus erit. » Properce IV, 7.
de chaque femme : elle ;;Li:: i !a r^îinaxe ce ^u c$l à ITiomme le g^nîus. Te me fercraie vioac» et la déesse elle-mimc. avaient leur Jur:oa Mainrenaat, qnelle était, aa fond, cette divînire serceaùiie r D'abord, l'héritière d'un ancien asicnji fécicbe s^ue les primitifs érigeaient en juge ces questions délicates : «< Telle tîlle est elle pure ^ >> xi l.a moiîiîiou sera-t-elle bonner»: rien n'est pius familier v^ue cette méthode aax sauvages et aux attardes de nos jours. Ensuite, cette Junon de Lavinium ressemble plus à une déesse de la terre qu à Tincarnatiou de la lumière céleste. Cela tient à une contusion v^ue nous avons notée mainte fois dans Tlnde ei en Grèce. Si Jovi no, comme Dionè, est bien, de par son nom « Téclatante », la u lumineuse ^\ elle est aussi la moitié, le complément de lovis, l\t quelle peut être Tépouse du Ciel sinon la Terre > Tout do suite, nous allons voir notre Junon assimilée i\ la Lune, comme épouse et complément du Jovis Soleil.
Ici même, elle empiète sur roflîce de Diane ; sa statue fut armée d*un épieu qu'elle bramlil, et d'un bouclier échancré ; ainsi, chasseresse, cl encore pastorale — elle est couverte d'une peau ilc chèvre — , elle est considérée comme KnerriL^o et protectrice, Sospiia ou Sispita (forme dillitilu A expliquer). Elle est en même temps par excclleiK-e maler^ soit mère du matin, Matiita^ soil déc-^Mj des matrones, des mères de famille, cl de, hi miib* sance. La Juno Lanuvina était honorée h Uonie, où elle avait deux temples ; les consuls dr.viiitnl lui faire à Lanuvium un sacrifice annu<;|. Anlonin le pieux, né dans les environs, lui éleva un h-moh: nouveau. Le titre Juno Sosftla WAlrt ta^ini, qu on lit sur les inscriptions dédicatoircH, j>crinel dr v/ni dans la Junon de Lanuvium le piololype dr lu /// non reine de l'Aventin et du Capilole, rjfininr, i\\i; le fut de la Juno cjprotina, fort en lionM<;ui n Home après une bizarre avenlui*; deu ''>iibjn/:ii
228 LITALIE ANTIQUE
enievees par komulus. Nous en parlerons à propos de Lucina.
Un culte également très antique, et dans les régions toutes voisines, c'est celui de hortuna. à Antium, et de Fortuna primigenia à Préneste, chez les Volsques et chez les Eques. Il est très probable que Fortuna, celle qui porte, celle qui est favorable n'a pas été, dans le principe une divinité abstraite de la destinée. C'était la terre qui produit tout, la mère universelle, une Juno archaïque. Puis, le Protoi/énès, la Protngeneia des doctrines orphiques ayant pénétré par la Campanie dans le pays des Aurunces et des V'olsques, des Herniques et des .Eques, ces entités cosmogoniques seront venues se greffer sur la Fortune de Préneste, déjà considérée comme une déesse de la fécondité. Ce mélange se serait opéré vers le temps de la première guerre punique, ou vers Tâge de Pyrrhus. Ne sachant que faire de Véjovis, sorte de soleil jeune et radieux, les Prénestins le donnèrent pour fils à leur Primigenia sous le nom de Jupiter puer,
Junon ne pouvait être séparée de son frère et de son époux. C'est ainsi que Fortuna primigenia devint la mère de Jupiter et de Junon. Mais cette trinitè locale n'eut jamais d'accès à Rome, et n'y fut d'ailleurs connue que pendant la seconde guerre punique après la rèconcilialion de Rome avec Préneste. Chez les Latins, les grandes divinités n'ont pas d'ancêtres, ni Saturne, ni Faunus, ni Mars, ni Janus et Diana, encore moins Jupiter et Juno.
Nous avons montré que Junon n'était pas sans affinité avec la Terre ; à titre de puissance féconde, elle n'a pu être étrangère à la végétation, au principe humide, aux sources. La nymphe Julurna^ que Virgile donne pour sœur à son Turnus, paraît être une variante de Junon, une Junon d'Ardea, protectrice des Rutules. Les poètes nous racontent sur elle toute sorte de vieilles fables latines, où elle est rapprochée de Janus, de Jupiter et de Ju-
non. Ici, dans Virgile, elle est l'amie, la favorite de Junon ; ailleurs, elle est épouse de Janus et mère de Fontus (le dieu des fontaines); ou bien, aimée de Jupiter, qui lui donne l'empire de toutes les eaux du Latium. Bien que descendue au rang des nymphes, elle reste longtemps chère aux Latins. Aux bords du Numicius, puis à Rome même, diverses sources portent son nom, et toujours celles dont Teau est réputée la plus pure, la plus appréciée dans les sacrifices, la plus salutaire aux malades — (on dérivait son nom dQJuv-are, aider, t7c/;//tor, qui peut-être eux-mêmes procèdent de Juvis^ de Jupiter), Elle avait à Rome une fête annuelle, les Juturnalia (ii janvier), fête de tous les métiers qui emploient l'eau.
Il a déjà été question ici d'une autre divinité qu'on apparente d'ordinaire, et non sans raison, à Vénus, mais qui, plus d'une fois, semble suppléer Junon : c'est Feronia, la parédre du dieu du Soracte et, chez les Volsques, de Jupiter Anxur ; ses variantes, Ferentina, Herentatis, issues, comme elle et comme Fortuna, de la racine/er (( porter » c. f. fertilis^ étaient honorées chez les Latins et chez les Osques. Selon Servius la Feronia du Soracte s'appelait aussi Juno Virgo ; elle était donc identique à la Juno des Falisques, des gens de Faléries, au pied oriental du Soracte. On sait que les prairies de cette région nourrissaient les taureaux blancs destinés aux autels de Jupiter. La Junon de Faléries était célèbre; sa fête annuelle, décrite dans les Amours d'Ovide, attirait un grand concours de population ; les colons envoyés de Rome se donnèrent même le nom de Colonia Junonia.
Le nom de Faléries est latinisé. Il s'en est conservé une forme plus antique, //a/e.s«s, héros fondateur et éponyme, que Virgile fait venir de Grèce. L'erreur est ici palpable. L'aspiration initiale et le S médian témoignent précisément d'une origine italique ; et quelques fragments d'inscriptions fa-
lisques semblent déceler une étroite parenté avec les dialectes latins :
MENERVyE. SACRU.
A. COTENA. LR. F. PRETOD (r). DE
ZENATUO. SENTENTIAD. VOOTUM
DEDET. CUANDO. DATUM. RECTED
CONCAPTUM.
(Minervce Sacrum. Aulus Cotena, Lartii filius^ de Senatus sentenlia votum dédit. Quando datum^ recte conceptiim).
Consacré à Minerve. Auius Cotena, fils de Lartius, préteur, en vertu d'une sentence du Sénat, a accompli ce vœu. L*offrande a été faite correctement.
Ce n'est là ni de Tosque ni de l'ombrien. C'est à peu de choses près du latin de Duilius ou des XII Tables. La fourniture annuelle du taureau sacré n'est pas non plus une coïncidence négligeable. Virgile a eu ses raisons pour placer les Falisques, avec les gens de Fescennium et ceux de Capène, parmi les contingents latins, non loin des lïerniques, avant les Sabins (^n. VII, 696). Il les nomme JEquos que Faliscos, Faut-il traduire Eques ou justes} Se hasarderait-on beaucoup, en considérant ce petit groupe falisque, si curieux par ses privilèges et ses dévotions surannées, comme une arrière-garde latine, restée sur sa montagne au milieu de l'invasion ombrienne et sur limite de l'occupation étrusque?
Le Picenum, sur l'Adriatique, avait aussi sa Junon, d'origine étrusque, a-t-on dit, mais plus probablement Sabine ; le pays avait été peuplé par un Ver sacrum des Sabins. Cette déesse, certainement une Bona dea^ une Ferowza, s'appelait /îTi^pra. En sabin, paraît-il, Kuprus voulait dire bon, favorable. Peut-être encore était-ce une Aphrodite, une Kupris (que nous prononçons à tort Cypris),la
Dsesse de Cfc^-prf;. imponct na: ieç Ph^*n»o«en>. I<*î=> Peiasg"e5 ou tes t-trusques.
La Sabinfc. qut nous îr2ve:^an5 non: roveni. i\ Rome, rendaii â Junon un cuire te: von:. I.lîc !'f*sscciaiî à Quirinus. if riieu viril c: t«o:-;»o:. oui tient à la fois de Mars ei de jopirc- . Or. VHcio/f:it sons Je nom de Quv-itis. Ci/vïte. cicessc cio la Cff"u\ Ci/T-jJ. la tribu en armes : sa Uncc. la hcishi ^v//tjris des Romains, lance du jeune homme pr^t à se marier, symbolisait des idées eomnleves, taciie ment associées dans l'espri-i ces ai^ioiens. lo:ve. \ irilitè. protection, fécondité. Junon O^iriîis tMail aussi Jej nuptj. Tépouse par excelle nco. la )\^ tronne du mariage, et par suite des jeiip.es mOro^. Cette fonction, que nul halioie ne sonjjeaii A lui contester, prit à Rome une telle inuvMtanoo que Junon s'en trouva pour ainsi dire dOdonM<}c t^rt Regina, reine du ciel, adorée (/»<>t»>«^.v mi^7»/iM»U') sur toutes les hauteurs, compagne du Jupilor <!« pitolin, o/)/imMS ffiaximus, et en /.«if'fh» T>/\v7t'/M.\, Irt déesse des femmes cl des acco\tchctncnt^ ; Irt I\inon majestueuse qui préside jum dr^tin«M»q .li» TEtat, Jiino mnneta^ qui conseille, «pti piMi«r, niii^îi l'entendaient revins Anflronicn^rt NnviM«5,» l.pMi un jeu de mots très explicable, ^mnntil TnlKi df Im ttinn naie et garde le trésor piihli' : ' t d'MHir' pjut ht Junon familière, colle (jiii vrill'' nv' un*» ffiirm tieuse tendrcs'ic /i foiitc'^ l'«; pli^iv •- d' hi i/f/»^*;"*;^" et de la première nriffnrr.
lî est facile de ^uivr'i I'':-. ti ■u,^i'>nft»U',f,' 'pri t:i mènent Junon dti '•,\'i\ ^'tr ,;i **tr' l/r.',^», .'/'j-- !'•
traire. 1! n er. (î?.* ^jî^ '>, ;/.»^ -»'■' 'i r*-, ' ' ■* i '•;,* thete or*rr.:ère ':^, ,ï* •'.'. ^, '4 '^''' 'I r'i {'> '■■• >^'f' nin. /7»^o f,u',yii •■*^-,-'; */^''/--*,' ;, i .•, v. • / /^ ■zetiu.^ ou /'n^ **'■''*'• ; '^^ -*, *■;* W'f^< W-^f /f / * -.-''■■-• :iu •','".:'. Vî^ <^ i-',*' v,/» --^'- il*' ', i '/- «- I V'* >*■'■ • yr/.fttr fi e* in»», %",'>'•'-■■ • *• •« r*^: -^ '''. -- •-• '■'^ » *
diurne, elle est le flambeau des nuits, lucna, liina^ la lune. Cet emploi a fait oublier l'autre. Et ce n'était pas une déchéance. Aux yeux des anciens, il n'existait pas d*astre plus puissant et plus utile que notre humble satellite. La lune, par ses phases inquiétantes mais régulières et facilement observables, fournissait la mesure du temps. Juno Lucina fut donc la régulatrice des mois et des saisons. A Rome, les premiers jours de chaque mois lui étaient consacrés; c'est pourquoi on l'appelait à Laurenie Kalendaris. Dès que le croissant s'était montré au ciel, un prêtre nomma P on ti /'ex min ôr avertissait le Rex sacrorum, directeur des choses sacrées. Celui-ci montait au Capitole et offrait un sacrifice à Junon dans la Curia Calabia (Curia^ Ciuitis)^ {Calabra, calendœ, de calare^ crier, annoncer, Ktritx) ; dans le même temps, la femme du Nex, la Ref^ina sacrorum, immolait dans la Rc'oia un mouton ou un porc ; puis on annonçait au peuple {diLiic), combien il y aurait de jours jusqu'aux Nones dans le mois qui s'ouvrait. Ainsi, Jupiter avait les ides, Juno Lucina les calendes. Elle était donc incessamment mêlée à toute la vie des Romains. Elle avait môme un mois tout entier, juHîus, juin \ c'est du moins avec beaucoup de bonnes raisons qu'elle le réclame, au VI* Livre des Fastes ;
« Je m'appelle l'épouse du dieu tonnant, et mcn temple a été joint à celui de Jupiter tarpéien. Et quand une concubine, Maïa, a pu donner son nom au mois de mai, on m'envierait le même honneur ! Pourquoi donc m'appeler reine et la première des déesses > Les jours composeraient les mois, je tiendrais des jours [luces] le nom de Lucina, et aucun mois ne porterait mon nom ! Ah! ce serait à regretter d'avoir soumis à la domination romaine et le vieux Tatius et les P'alisques, mes adorateurs fidèles. Non, point de regrets, aucune nation ne m*est plus chère ; je suis adorée sur cent autels.
iléjs \t prise £ I iga ::=s p.^ir rr^rcs r.rsa^i^ j*
de le sy'rrts:rz J-jnzii.. cfi:^: ri: ri-urje -^ïirï'rz.r. et de niDa: l-azi:--:i:iL 1^. ci !!>:.:< es: C4^1u. c^x" Juzo^Jjsnprzzim zDi^nJif Tirera: :îs jr.ïins ^^x":*^ de la déesse Prenestiui : rr y -.erras ^ce oe K^rr.^s a pp artier : à J iin z-n . .7i. n >-•?! j.i -vit r j^s K : Ro rr. u i u j^ n'a pas ÎDZiZé ces ";"i-lcs '. *
Bien plaide : e: la déesse a *:arde p,>ur U f.;": Ioî^ meilleurs ar«-ziinei:ts.
Maintenant rappellerai -je de quel ir.icr^: Sv'^n: iv\< mois pour les femmes, et surtout pv-^ur colles oui comptent les jours en aitendant ieur dolivî\tnoo^ Aussi, de quelles invocations pressantes elles assiègent la déesse qui commande au mois^ LucinA qui aporte le jour à l'enfant qui va naître, Juno» la première des épouses, celle qui a IVni le mariage des Sabines, en ces temps reculés où Ton couchait sur des peaux de bouc et de chèvre étendues sur U terre battue, y««o Caprotina !
-A propos des Sabines, Ovide raconte une lé gende saugrenue et d'autant plus aniiv|uo. l .e lapt de ces femmes était parfaitement conlornu^ n\u coutumes du mariage cxoi^awo, c'csi ;\ diie « nn tracté en dehors de la tribu. Mais, dnns \in IcMnp't moins barbare, cet acte brutîd était rcuanl*^ rnnum' criminel, et l'on supposait, on conlait «|iii' l'inh i vention de Junon avait été néccsHainî poiii Ir ic j»u lariser. Vainement on avait recoins aux ImîiIk", Ir» plus efficaces, les unions étaient di;nM:m«^«") ■ h' riles; et Romulus s'écriait : " A 'jiM»i i\n\u'. \\\'i\ servi l'enlèvement > Ne valait il pM«t nii'tiK wnw^s passer de femmes' a
a Alors s'élevait, au pied de \'Vm'\\ï\\\u, mu I/'h ■, sacré de Junon, bois anti'juc dont l;j ' ny^u^j ir/:n\ respecté les ombraf^^;-. Cet \ii (\\ï*: - *; r'.n'J':ri» f' »n mes et rnaris : tous llé'.hi*v;nt un v/',u'in '- u|yjyh;»/i< Et la 'J me des grands ar^yi^y. iiOinK t* î>< *\rf ■ *
234 L ITALIE ANTIQUK
remplit la for6t de paroles étranges : (( Mères du Latium, qu*un bouc velu vous féconde ! » Une stupeur muette régne sur la foule consternée. Mais un augure, dont le nom s'est perdu, s'avise d'immoler im bouc et faire toucher, d'un fouet taillé dans la peau de l'animal, les matrones dociles. O merveille I Pour la dixième fois la Lune rentrait ses cornes, lorsque l'époux reçut le nom de père et que la maternité vint réjouir l'épouse. O Lucina, â toi l'honneur de ce prodige I Daigne secourir, bonne Lucina, les jeunes mères et enlève doucement le fardeau de leur sein ! »
Et comment douter du miracle? Ovide a vu encore, aux Esquilies, le bois sacré et le sanctuaire où les dévotes accouchées vont couper leurs sourcils en l'honneur de Lucina. Leurs sourcils, vous avez bien entendu, parce que Lucina protège le jour et que les sourcils protègent l'œil, lumière du corps. C'est Varron qui nous transmet cette judicieuse explication.
La plus grande fête de Lucine avait lieu en mars, au premier mois de Tannée ancienne, dont les calendes semblaient annoncer la renaissance universelle. Cette coïncidence était certainement sentie, comme le prouvent certaines médailles où Junon paraît tenant dans la main droite une fleur, symbole d'espérance, dans la gauche, un enfant au maillot.
La fête du mois de mars, les Matronalia, était célébrée uniquement par les vierges et les femmes mariées pures. Les courtisanes en étaient rigoureusement exclues; si l'une d'elles, par malheur, touchait l'autel, il lui fallait faire à Junon, les cheveux épars, le sacrifice d'une brebis expiatoire. Dans ces grandes réjouissances, les femmes servaient les esclaves comme les hommes aux Saturnales, les maris faisaient des cadeaux aux femmes, et la déesse était assourdie de vœux pour la prospérité des ménages.
IX GRCVPi 31 yjTTT t't j-^:
Junc Luciiiâ avai: rmc-^nir;: ^etii :"iu:t ctt men;;^ divmitŒ qu: prcsulŒ-. au:, mur mîn.n-.t- î•3'^^.^^^^ de rfaonmat a\"cc s^s &cniî:iarit:- e: £^v*. i^r rr.^^c^. ccb gcnissr àsii: huit^iijmmu: au n^^ra- s::.". ; r.ei. prêB coimui- pa: tse sxtraiSr et \ a-rot rtroeiliTdans icîr Pêre:^ œ ^'Egitst Comint ! am^rx. fr^tt^: attire ics poussitrre^ voîrsmas. aic^. Lujiim: raîi.it toutet ces mnijcs puissancer qu lu. lou-niren: un* riche moisscm d'epitrwiiaTs Nour er :'• nR> CDumcri qneiaues-uniif' pa: e va net., maîr i '■ en l bx^r. GEUtreB. avHB: it manairi. psndan: li c-:»nocprK*ir:. la g^rDsscsBt e*. iefr ri:ifvai!i£t nncs -^^''tr.mc^ t'crti? d'abord det fonctioi» friinerLies oi n^'-rr* 'i?n-»' par Pc*pu i(ma :m Pc*puinnia . ce. «^ ^ u . rr. u ! : . r» ?< -. pc'pnlatioii. Ce ddih xrLriit pi.r cn^ cies cirés .vs plus iadustrienses 6t ."Ermrîe ^'/.■^ ;/:»?.•: oi v.r. indice de p:ns ôes e.T.;.";:^:* :ré< r.ôrr.brer.v ù:rs par les Eirns^DC? aax Liirir.?. Juvr r:*cr vior.t ensuite, nous la c: r-n£;i*>:n<. ^vec F !uo :::?.. v'r* K;\ïviona : mais ii est çrisitjr. ic r.'^.ri^.jro. ^ussiî.^t -A déesse parait ec Affc::3.i o;:: ^pp.^rto 'a v-,^î. en PronuJ-a qui prépare !e> r.vVcs. c;". .\'i«^/.î/.a ni;^iivV voilée du Pimmcum, er. /X-^'tîîjî^v.ï p^^r.^ c.^n^innv celle-ci à la maison, en (*»jv?\i pvHir vMrtviw. p«N\n huiler les gonds de la îVMlo et ^<^vhi^ <\v.i^\ v^ni les garde. Ce rite sacrauienlcl a vi»>nn<î a\i\ iio\»\ époux le nom qui leur est couunun. ïrvi^f. ptnt» ?r»f, tor. Mais les préliminaires sonl av'hovi^«î. \*ii^ini»nsis ou Cinxia détachent la ceinluic: ./mc». ^^'I^' «H^' unit, Prema^ Pertun^iu l^ctfi\\i {Ui'MnpIi'iconl la tâche que Lucina leur a cnnljor. Ni»«5 « MRni*5h'P nr sont pas plus habiles que les prêtie*; latin*^ î^ m\\\ter les secrets du niarin^e. Il s'npjf tnflinlnuinl fl»» conduire l'enfant à la clailé fin jnnr. i\nint*tii compte les mois ; mais c'est N/m-i. r'r^\ hniint, la Neuvième, la bixiérnc, qni irf\t,u\f\n '\f' ^"\n^\ /f Partula doncl il lui faut sonvcnf fair/- af»;»/ 1 ^^.if à
cierge, soit même aux deux Carmentes Proàa et Postversa, selon que Tenfant se présente plus ou moins heureusement. Enfin, voici le nouveau-né posé à terre, sur le sein de la vieille Ops ou de sa tille Jiino Opigena, sous les yeux de la vénérable Nalio, antique déesse des naissances. C'est alors que VirtpLica, qui apaise les maris, et Levana engagent le père à relever l'enfant et à le prendre dans ses bras, pendant que Cunina chauffe les couches, que Rumina et Alemona font abonder le lait dans le sein de la mère ou de la nourrice. Tout est bien. La Junon du neuvième jour, Nundina, n'a plus qu'à recevoir les offrandes et les remerciements de la jeune mère, dûment purifiée par de saintes eaux. Ce dernier trait, si antique, et qui s*est perpétué jusqu'à nous, rappelle les plus naïfs, les plus grossiers sentiments de l'homme encore animal ; la maternité était une souillure. Ce neuvième jour, des relevailles, et de la lustration (lustriciis) était notable dans la vie de l'enfant; des devins tiraient le pronostic, l'horoscope; la bulle, à la fois jouet et signe du rang, était suspendue au cou du petit patricien, avec divers talismans et amulettes des plus efficaces (comme les médailles et menus fétiches ou reliques encore aujourd'hui en usage). Junon ne quitte pas l'enfant avec Nundhia, et il est bien certain que Ëduca^ la première maîtresse, Ossipaga qui fortifie les os, et quelques autres encore, mais vous les connaissez déjà, travaillent sous ses ordres, et s'ingénient pour remettre l'adolescent en bon état à Jitventas et à la Fortune barbue^ la jeune fille à Diana et à Jimo virgo. Et c'est un cercle qui toujours recommence. La grandeur de Junon Regina n'avait été nuHemement diminuée par les occupations intimes et si utiles de Juno Liicina, qui ne formaient toujours qu'une seule et même déesse. Les oies et les vaches qu'on sacrifiait à la Junon du Capitole n'étaient-elles pas tout aussi bien appropriées à la
déesse lîLnairs t: ci^mu^ i Σ ir£r- jenue Des irt:sons bien rigjets r Les z^ies. cil: s:»::: eue: :;e s: îTiti apprivoisées, ccvaien: ^:re zue prfcjeiïse e: :^ cente cccçuêic ces tribus iitli: tes ; tt ■£ tTîer.airi';'?, frappée de leur fer riidite, 5Ct&:î ÎEii tr iîvrir ie les vouer à Jun:>3: et elles ?::î faii bMii3*t:r, cer:e>. à la déesse, en sauvanî, comme on le Sîi:, > C=r> tôle. Cet événeme::! famcUT et r:i:Cw> <'c:js:: rîvc, enracine, sous le crâne du Roni=iii. âu po;n: clc s'imposer à l'histoire, qui n'en p<a: mais Rien ne prouve mieux la pauvreté, la puérilité inîcilcoiucr.o des primitifs haliotes.
Juno regina était adorée encore, sur rA\cnUî>, ei sans doute plus anciennement que sur lcl\ïpuole, bien qu'on la représente comme la déesse apportée de Véies après la destruction de cette cite. Nous savons, d'une part, que Rome a re^^u toutes les images de ses dieux, d'artisies Vèiens; J*auiie part, que tous les cultes de TA vent in appariiennent aux plus antiques périodes du Latium. Cetlc Junon passait pour fort puissante. Lors de rapproche d'Annibal, les matrones romaines se cotisèrent pour faire une offrande à la Junon aveniine et lui préparer un lectistenihim, procession et exposilion des châsses et emblèmes. Plus lard, sur Tordre des pontifes, trois chœurs do neuf jeunes lilles alli^ rent lui chanter un hymne de Livius Aniironi^UM. Tite-Live fait mention d'une cérémonie ;\ Toi-i'n sion d'un éclair tombé sur son temple. Jupiter iMail distrait sans doute. Un troisième saïutuiiiic fui consacré à Junoii reine, en i7(;, dans le (piailici populaire du Cirque l'iaminiiis.
La troisièmcdivinitè du Clapilole, lVlinrrvt\ riDiri arrêtera moins longtemps que le \i,\i\\u\ cnupl<', au quel est confiée la garde, la ^'landenr i\r. Kom'*, Non pas qu'elle lui cède en renomme/.;, nu v^nt.iM^: gloire ; non pas Cjuc le haut tan^ ou Tout ],\iii h', les organisateurs du culte romain n'attc.f': «*ori;in tique origine, antérieure, selon noui ,i\ rinvaîiio/i
238 L* ITALIE àNTIQUB ^
tyrrhtnienne. Mais elle a rapidement perdu aon caractère italique, pour devenir une pâle et froide copie de Palias Âthénô.
Ses fonctions primitives ne paraissent pas d*ailleurs avoir été nettement déterminées. Comme déesse des hauteurs, elle se rapproche de Juno moneta. Le vieux verbe qui dérive de soa nom» prometiervarè, nous montre en elle celle qui avet^ tit, qui signale soit rapproche de Tennemi, soit les signes et les présages de Tatmosphére, par suite celle qui veille tout ensemble à la défense des cita* délies, et à cet ordre intérieur qui évite les surprises du dehors. Elle est la pensée active et persévérante, Mens, qui invente et améliore, qui inspire les vaillants et les habiles .
Elle siège dans la tête deThomme, Capta, comme sur les cimes de la terre, où les Etrusques envahisseurs l'ont partout rencontrée et adoptée. (Telle est du moins notre opinion. Leur Menrfa n'est que la transcription imparfaite de Menerva). Suprême sagesse, elle est inséparable de la toute puissance, du couple Capitolin ; et c'est pourquoi les Tarquins Tont installée ou laissée à côté de Jupiter Optimus Maximus, séparée de lui seulement par le clou sacré. Ils devaient d'ailleurs la considérer comme une déesse commune aux Italioteset aux Etrusques.
Mais elle est aussi la mère de tous les arts, la patronne de tous les métiers, c'est pourquoi nous la voyons honorée par les joueurs de fifre et par les foulons, plus tard par les poètes, les acteurs, les grammairiens, les maîtres d'école, les savants et les philosophes. Et à ces divers titres elle recevait sur l'Aventinet le Cœlius un culte populaire et joyeux, le cinquième jour des ides de Mars et de Juin.
Ces fêtes, les grandes et petites Quinquatries, attiraient les femmes et les jeunes filles, qui saluaient en Minerve la patronne des industries domestiques, les écoliers en vacances, et leurs mai-
nef gui tpiirrnatgir. se :s: inir tsur^ nDiuirarres» tf
Prmr J jmpDriHiitt: luiTTiDraïuir xies îrmtn&s «> QprngiiHrTgf satsnruit:; sprvputut xi-îSTr^ssemen: Les cDraaiuiiEit. jîs justuisicts*. i£S m^to^cirts ics peirtrre^ ies smmEBir^. nrsr iruîs csti eu. ^': ' i^ vc^r :
ftîe mTBT inrsiir..
Les £ir^ 5 tvTfiffin" pinir rus. r;rî i!.r»nror»:*î^ ws^
doisie. ticsii i se p^^ce r.F-n5 n-ïs :-.rch<s^rrcs ; r.'i*»^
dig^esce 5c î'irtiqiic rLusçiïi :r-E~ :ir. r.i.. 1 .c^ •■■ ." ;:«;; ;':i denfne éiaicni i :-r«ù: ce f^TtJ;:^ i\:;-Ao:v.. ^*;;'C::^. Aux QuiaqnatrJcs rrmnratr.:- :.u; ^cu; c;*;; j^cr mis: ils avaScsai drcn â tn rt?::r. copieux o.a;";^^ le temple même du Capiio'.e. c: :a oce^:^!^ ne ï^^cxAà qu'une très peiiie pan ce leur^ ii^anv>n^. Oc* ^\ us tes exigeants s'enfuirent un jour à ribu)\ il ùUul les griser et les ramener en \ oiiui^ jusque Ki>n\c où ils daignèrent oublier leur frasque Je Irt veille.
Minerve indulgente tolérait ces caprices vl\utistc. gaités du vieux temps dont Técho résonne onvoio dans ces vers d'Ovide (mais il n'est plus v|UO'*li\>n des fifres) :
« Enfants et fillettes, ornez In stniuo vie l\\lla^ \ il faut plaire à Pallas pour devenir savant. < '.*o«»l elle, jeunes filles, qui vous apprend ;\ a«*m>upllr la laine, à épuiser vosqucnoudlcs pIcincM, A lanm In navette, à serrer la trame avec le poiHtïC d'Ivnim •, honorez-la, vous qui détache/ Ich v/^lrmrnlq «»nl|q, vous qui plongez les toisons rhinn Irn » IniUflh'M^p. Personne, fut-il plus habile (juc Tyrliin»», |»n«;»»Mn»» en dépit de Pallas ne réiiftsiia une rluin';«;iir*', 'oinq elle, eût-il surpassé, vaincu Ir f>ihnhn< I'J'^mq, le charpentier ne sera cprnn rnan^hof V/»m«î imi^^îI qui chassez les maladies, él^'r/c; d'Ap';ll';fi, p'ffM*/ à la déesse une faible p;jr( d'; v^/n ^«irr. i\i y^M«<, maîtres dontccttcfétCd souvent tru%U^, l>^;yfflf»''».
ae dédaignez point, pour si peu, la déesse ; elle vous enverra de nouveaux élèves. Vous qui étudiez les mouvements célestes; toi qui répands sur le panneau la cire brûlante et les couleurs variées, toi. qui donnes au marbre la souplesse de la vie. C'est la déesse de tous les arts, la déesse de la poésie, enfin. Puisse-t-elle, si j*en suis digne, me regarder en amie » !
USS £lia!SQCS$
Idcn:î:e des ::o3i$ : r*K»* da rAfc»*^\ T^^Wha^^ t^*»-W^y^^
— Origine oîienule, jxfU^^i^wc x>a hxi^o«»>\\ ><%>k V>v*vN\\Vk*.
— Les Tyr^ènes, cha$$<6s Je rAivhijvl t\ \\<^ \4k \\\^w \\4i\ l'invasion hellénique* vn^ le X» îii^Mo *\,n\i »\\\n\^ ^u\ \\^V«-* pent rOmbrie mariiimc et lu Toî^vM^o» «Ui*»||«\f»»M W ISN» d'une part, et, de Tauirc, fr,inohiî*Hmi lo I^^im Tumo» • \s» viii» siècle, établis au pied do TAvoniln» du m»\d»»M\uiMU Romulus contre les Sabins ilu Quiiiurtl, \»» \ l», lU régnent à Rome et font IViliicrthon turtl«^nol^t oi ohu^iUmii») du peuple romain: mais \c f«M\(U hiln n ««ddit |«tMtii»iU) m s'accentue. — Au V*, hicn ipio Uurnc* Itmi iV hit|i|i( , lin iImhiI nent sur les deux vcrhantH th' rA|)ciiiiilii, mii Ici ttuii^ iIvuk du Pô et en Campanic. • Mjii«», Imiiiin tmi imci hmi lu.» Grecs de Lipari,do UhéKiuin, dr Hy\t\n\»r., &iii l*> 1 lliMi |Hit les Romains, sur le Po pur Im (itmlMiti, lin in hu uMilMiltiM nent en P^truric pcndatd le IV ok • l« '|ti<) i^i/i' i- n I fiIttilldlH sèment de Rome. - Au III' hi/;< N', iithn, iK* i^Hiti^t^Hi lnn défaites des ^îauloU, dc»t OMii/iithii «i '!< n ''(I'h>i)<<'H »| s'étcignerji dan»* r^ncrvcrnCfH d uim </(/•<!' »<<'- i^j/MOd' I>cur lang'jÇ tçinble «voir di?p«nj v<.«f, k 1" u'* U d>. /»*/<;*.
M. Duruy consacre aux Étrusques dans sa grande Histoire des Romains. Aux difficultés qui résultent de la diversité des opinions émises sur le point de départ et sur les caractères ethniques de ce peuple, M. Duruy ajoute une distinction inutile et mal fondée entre les Étrusques et les Tyrrhènes. Ce sont là deux formes d'un même nom; et sur ce point, il n'y a pas l'ombre d'un doute. Tyrrhène, qui d'ailleurs se prononçait Turrhène, est une variante dialectale de Tursène ou Tursane. Avant de sonner comme un z, l'upsilon flottait entre ou et u, (i) Quant à R aspiré, c'est le substitut ordinaire, en grec, d'un S précédé d'un R, Ènos est un suffixe bien connu. Reste Turs, véritable nom de la race ; et ce nom, nous allons le retrouver en Italie, muni d'un autre suffixe, dans l'ombrien Turs-cum. La chute ou la métathèse du R ont produit Tusctis, ou bien Triiscus^ allongé et adouci en Etrusciis, C'est ainsi que des mots aussi différents que Toscane et Etrurie sont non seulement synonymes, mais identiques, au moins par le radical. Si, de ce qui est certain, nous passons à ce qui est probable, nous rattacherons, avec Ottfried Millier, au nom des Turrhènes, les déformations Tarchôn, en étrusque Tarchtiaf, (2) en latin Tarquinius^ Tarquinta, et aussi Tarrutius^ Tarux ou Tiirax ; Tarchon^ que Virgile donne pour allié à Enée contre Mézence (JEn, IX, X), était considéré comme le frère du héros éponyme Turrhènos. Tarquin et la ville de Tarquiniessont suffisamment connus. Tarrutius est le grand propriétaire étrusque donné pour époux à Acca Larentia. Maintenant, du probable, venons au possible. Denys d'Halicarnasse rapporte que, du nom d'un de leurs princes, les Tyrrhènes s'ap-
(r) Le son demeura également indistinct et flottant en latin ; Indutus et inclitus; maxutnus, oplutnus et maximus^ etc.; e.rw/, exilium; consul^ consilium^ etc.
(2) Le F final de l'étrusque, de l'osque et de l'ombrien est une sifflante.
pelaient Rasenna, Eh bien, d*assez nombreux auteurs voient dans ce Rasenna une altération de Turasena (Heine), Tarasena (Lepsius). Ta ou Tursènos. Qui sait si Porsena, le fameux Lars de Clusium, n-'a pas la même origine (Po-rasena) > Mais tenons-nous-en, pour l'heure, au point fondamental: Tyrrhènes, Tusques, Étrusques se nommaient originairement les Turs.
Qui étaient ces Twrs^Chamites, Simites, Aryas ^ Libyens, Lydiens, Hittites, Illyriens, Slaves, Celtes, Italiotcs ? Toutes ces origines, et bien d'autres, ont été proposées et défendues. Avant d'en discuter quelques-unes, s'il y a lieu, essayons de déterminer l'aire géographique des Tyrrhéniens avant leur établissement en Italie : car nous savons qu'ils avaient été précédés aux bouches du Pô et sur la côte adriatique, dans les vallées de l'Arno et du Clanis, par de nombreuses populations, Sicaneset Liburnes, Vénètes, Ligures, Sicules, enfin par les Ombriens ; quand l'occupation de la Toscane par ces derniers ne serait pas reconnue, comme elle l'est, chez tous les écrivains anciens, le nom seul du fleuve Umbfo suffirait à l'attester. Nous savons aussi que la conquête étrusque était certainement accomplie au VIII*" siècle : Hésiode, à la fin de la Théogonie, cite Latinos comme un Tyrsène. Or, vers la même époque, plutôt un peu après, un hymne homérique célèbre signale des pirates Tyrsènes dans la mer Egée : ces aventuriers, qui enlevèrent le jeune Dionusos pour en tirer rançon, venaient-ils des côtes adriatiques ou toscanes) Ce serait possible, à la rigueur, puisque, en ce même temps, les Étrusques dominaient déjà dans l'Italie centrale ; mais la présence constatée de Tursénes en divers points de la Thrace, et sur diverses îles de l'Archipel, rend l'hypothèse superflue. Déjà la tradition rapportée par Hérodote (V*' s.), — nous la citerons tout à l'heure, — montre que, de temps immémorial, ce peuple vivait dans les bassins de la
mer Kgée el de la Méditerranée orientale. Cet historien parle de Tursénes établis en Thrace, à côté des Pélasges ; Thucydide (IV, 109) rappelle qu'ils ont jadis habité Lemnos, le mont Athos et Athènes. Pausanias mentionne un temple fondé à Athènes par le fils de Tursénos.
Au reste, des documents, antérieurs de huit à neuf cents ans à Hérodote, sont venus appuyer les souvenirs accueillis par les anciens. Ce sont des inscriptions égyptiennes, traduites par de Rougé et Devéria, qui se réfèrent aux XIX* et XX* dynasties. On y lit que des « peuples de la mer w jadis vaincus par Ramsès Meïamoun(Sésostris) assaillirent, vers la fin du XIV" siècle, la frontière occidentale de la Basse-Egypte, et furent repoussés, avec les Libyens leurs alliés, par le roi Méremptah ou ?éti II. Parmi eux figurent les Shardanas, les Likou, les Akaiuashas. les Shakalash, les Tourshas enfin, instigateurs de Tentreprise. Il n'est pas difficile de reconnaître ici les Sardes (peut-être Lydiens), les Lyciens, les Sicules, les Achéens, enfin les Tiirses. Au siècle suivant, Ramsès 111 eut encore affaire à cette coalition. Sur une table de Médinet-Abou (Thèbes, rive gauche) est représenté un Toursha coiffé d'une sorte de casque (i) ou tiare pointue. Des Tourshas mercenaires servaient dans les armées de Ramsès III.
Ces circonstances ont été alléguées par M. Daniel Brinton pour soutenir la provenance libyque, africaine, des Etrusques. Mais il faut prendre garde ici de confondre des époques séparées sans doute par des milliers d'ans. S'il est, en effet, probable que des Africains, des Berbers, aient formé la population primitive de toutes les côtes méditerranéennes ; si les Ibères, les Liburnes, les Sicanes, étaient des Libyens, — fort transformés d'ailleurs,
(i) Signalé par Properce comme une importation étrusque: Prima galeritus posuit practoria Lucmon.
— il est plus évident eacore que les Tourshas des inscriptions venaient (comme il est dit) udu milieu delà mer >^ avec divers peuples dont nous connaissons l'origine orientale, ligure, ihrace ou hellène. Ils tenaient encore, au XI V* siècle, le premier rang parmi leurs alliés. C'est le développement de la puissance achéenne, c'est la poussée des Koliens, Ioniens, Doriens qui les réduisit peu ù peu ;\ la dispersion et à la fuite. Mais leur domination ne tomba pas tout d'un coup. Us se maintinrent plus ou moins longtemps en Arcadie, patrie du légen daire Evandre, à Samothrace, à Lemnos, d'où ils emportèrent le culte des Kabires. D*après une tradition conservée par Théopompe et Aristoxène, Pythagore était le fils d'un Turséne lemnien établi à Samos. 11 est difficile de les séparer des Pelasges, auxquels ils sont assimilés par Ilellanicos, par Sophocle (Inachos), par Thucydide. Sophocle réunit les deux noms : Pélasges-Tursanes. On ne peut récuser les textes anciens rassemblés par M. d*Arbois de Jubainville. Et nous admettrons, avec cet auteur, que, — comme les Lydiens, IcsTcucricna, les Léléges, les Œnotres, les lapyges, les Dauniens, — les Tursènes appartiennent à la race qui, dans les temps de sa plus large expansion, couvrit l'Asie-Mineure, la Grèce et riialic d'enceintes pélasgiques ou cyclopéennes. Seulement, ils ont quitté les derniers l'Archipel et le continent grec. Cette hypothèse, ou mieux cette (juasi-ccrtitudc, écarte, il est vrai, les origines septentrionales houtenues par Mommsen et Helbig, les origines africaines que M. Brinton défend, avec queUjues autres ethnographes, mais elle concilie toutes les données des plus anciens écrivains grecs ; elle s'accorde avec la marche de l'invasion étrusque en Italie. Le récit d'Hérodote, dégagé de ses éléments mythiques, nous paraît correspondre à des faits réels.
" Aux jours du roi Alys, (ils de Manés, dit l'hi*-
torien, il y eut une grande famine par toute la terre de Lydie... Le roi se résolut à partager la nation par moitié, et à faire tirer les deux portions au sort. Les uns devaient demeurer dans le pays, les autres s'exiler. Auxémigranls, il assigna pour chef son fils Tursènos (ou Torrhèbos). Le tirage accompli, ceux qui étaient destinés à quitter le pays descendirent à Smyrne, construisirent des navires, y chargèrent tout ce qui pouvait leur être utile et s'en allèrent à la recherche d'une terre hospitalière. Après avoir suivi bien des rivages, ils parvinrent dans rOmbrie maritime, où ils fondèrent des villes qu'ils habitent jusqu'à ce jour. Ils quittèrent leur nom de Lydiens et, d'après le fils du roi, qui leur avait servi de guide, se firent appeler Tursènes. » Cela veut dire que, sans doute sous la pression des Brigesou Phrygiens thraces, les Turses durent quitter la côte d'Asie. L'invasion hellénique amena un peu plus lard des exodes tout pareils, soit de l'Archipel vers l'Egypte, soit d'Acarnanie et d'Épire vers l'Italie, comme le rapporte Denys d'I lalicarnasse. Ainsi que l'avaient fait avant eux nombre de tribus pélasgiques, les Turs ou Tursques occidentaux partirent de Dodone et, traversant l'Adriatique, gagnèrent les rivages des Prétutiens (Abruzzes), lePicenum, fondant Hatria, Cupra. Spina, et se rencontrant peut-être aux bouches du Pô avec d'autres Tursènes, venus par terre en contournant l'Adriatique, et groupés autour d'une seconde Hatria.
Le domaine des Ombriens s'étendait alors depuis le Pô jusqu'au mont Gargano, depuis l'Arno jusqu'au Tibre; C'est donc bien en Ombrie, comme le dit Hérodote, que s'établirent les envahisseurs. Il est très possible que des navires tyrrhéniens aient fait le tour de l'Italie par la mer Ionienne et le détroit de Messine, et déposé en Toscane les fondateurs d'Alsium, de Caeré-Pyrgi, de Gravisca, si voisines du Tibre et de Rome. Mais la masse du
peuple est arrivée, par l'Adriatique, sur les bords de rOmbrie orientale. Laissant Spina, Ravenne, Bologne (Felsina), Mutina à Test et au nord, le corps de la nation franchit l'Apennin vers Sarsina, se concentre à Cortone, à Arretium, à Pérouse, à Paieries. D'étape en étape, d'autres bandes, par Fesulae, Pisae, d'où les Ligures sont chassés, s'avancent le long de l'Arno et de l'Ausar (Serchio) et s'arrêtent à Luna, au pied des Alpes apuanes, devant la résistance obstinée des Ligures. Cependant la Toscane se remplit. Felathri (Volaterrae et, au sud du Tibre, Velitrae), Camars (Clusium), Volsinii, Viterbe, Sutnum, Ocriculum, Véies, jalonnent l'intérieur; et. sur la côte tyrrhénienne, Vetluna, Pupluna, Rusellae,Telamone, Cosa, Tarquinii (Corneto), etc.^ aujourd'hui perdues dans la Maremme, s'échelonnent vers le Tibre inférieur et le Latium. Un grand nombre de ces villes existaient déjà sans doute, et leurs murailles cyclopéennes doivent être attribuées à une très antique immigration des Pélasges. Les Étrusques s'en emparèrent d'autant plus aisément qu'ils y rencontrèrent des peuples de même origine, peut-être de même langue, heureux d'échapper au jougombrien. Pline évalue à trois cents le nombre des villes conquises sur les Ombriens. L'Ombrie indépendante se trouva réduite à Iguvium, à Tuder, à Spoléte, et la population des campagnes fut asservie à une nouvelle aristocratie conquérante. Ce grand mouvement s'opéra, selon Denys, 500 ans, selon les annales étrusques citées par Varron, 432 ans, avant la fondation de Rome, mais plus probablement au début du X* siècle avant notre ère (994 974). Les Grecs avaient déjà pris pied à Cumes, ou allaient s'y établir (1051-800).
C'est dans la Toscane que se développa la puissance et ce que l'on appelle la civilisation étrusque. Les plus anciennes possessions des Tursèncs au delà de l'Apennin, sur l'Adriatique et le Pô, mal-
248 L*1TALIB ANTIQUB
gré un important commerce d'ambre, apporté de Posen, ne sortirent guère d'une demi-obscurité. Les produits très nombreux, de leurs industries, à Ravenne, surtout à Bologne, témoignent d'une culture peu avancée, d'un art fruste et indigent. L'antiquité relative de ces objets, de style fort primitif, autorise à douter de Topinion commune qui voit dans les Etrusques les grands éducateurs de l'Italie. Il faudra probablement reconnaître que les Tyrsénes, lors de leur exode, malgré un assez long contact avec les Hellènes, étaient encore barbares, et nullement supérieurs aux Ombriens et aux Latins. Ce qu'ils ont appris, et ensuite répandu autour d'eux, ils l'ont dû aux Phéniciens, aux Carthaginois et à la Grande-Grèce. C'était un peuple de pirates et de trafiquants. Une fois maîtres de leur nouvelle patrie ils ne tardèrent pas à reprendre leurs habitudes maritimes. Leurs flottes, si ce mot n'est pas trop ambitieux, allaient enlever ou échanger au besoin des esclaves, des poteries, des objets de bronze, — puis de fer, quand ils eurent découvert Tîle d'Elbe. — Ils mirent la main sur la Corse et la Sardaigne, où ils rencontrèrent les marchands de Carthage ; puis leur commerce alla se régularisant, s'étendant aussi, à mesure que la navigation devenait plus hardie; c'est ce trafic qui apporta en trurie non seulement tous les modèles égyptiens, asiatiques et grecs dont l'imitation a constitué l'art étrusque, mais aussi les échantillons variés de toutes les races méditerranéennes, dont tous les types semblent avoir été représentés dans la population toscane. Sur nombre de crânes recueillis dans leurs nécropoles, on a reconnu des caractères négroïdes ; rien de plus facile à expliquer par le caractère nécessairement mixte d'une population déjà composée, avant les Etrusques, de Sicanes, de Pélasges, de Ligures et d'Ombriens, et qui dut s'accroître de Tyrsénes, fort hybrides euxmêmes, et en relations constantes avec tous les
LBS ÉTRUSQUES 249
pays maritimes d'Asie, d'Afrique et d'Europe. Retzius avait admis que les Etrusques étaient brachycéphales, Ba6r (1859) qu'ils étaient dolichocéphales. Cette dernière assertion commençait à prévaloir, lorsque Cari Vogt (Sur quelques crânes antiques trouvés en Italie, Bulletins de la Société d'Anthropologie, 1866), recueillant les mensurations prises sur quatre crânes (c'était bien peu), classa les Etrusques parmi les sous-brachycéphales. Ces déductions n'étaient contradictoires que parce qu'elles reposaient sur des observations trop restreintes. Disposant d'une série plus nombreuse, Nicolucci (Nécropoles de Marzabotto et VilLinova^ 1865) constata la coexistence des deux types, mais en proportions inégales, les dolichocéphales s'élevant au chiffre de 63 0/0, les brachycéphales seulement à 37. D'après les recherches de Zanetti, la proportion pour les brachycéphales s'abaisserait à 23 0/0. Les chiffres varient suivant la composition et la provenance des séries ; notons, d'ailleurs, que les moyennes ne peuvent répondre à la réalité tout entière. Un graphique soigneusement dressé par M. Hovelacque, en confirmant les résultats acquis fait voir cependant que TEtrurie présente tous les types crâniens intermédiaires entre la dolicho et la brachycéphalie. Nul doute qu'à la tète de cette population mixte ne fussent placés des chefs tyrsénes; et c'est de ceux-là que nous voudrions posséder les crânes, et encore les plus anciens ; car les envahisseurs, relativement moins nombreux, ont dû se fondre plus ou moins vite dans la masse ambiante. Le nom le plus authentique de ces membres de l'aristocratie conquérante était l.auchm^ sans doute prononcé Lô ou Luciimo, (l'écriture étrusque est très imparfaite). Ces lucumons, (Propcrcc écrit Lucmo) chefs à la fois guerriers, religieux et municipaux, gouvernaient chacun une ville ou une bourgade, et se réunissaient en quelque temple, lorsque les circonstances l'exigeaient, pour élire
350 L ITALIE ANTIQUV
un roi-pontife suprême. Chaque état tyrsène, — et il y en eut seulement deux dans le principe, — comportait douze cités, douze lucumonies. Ces dodécapôles, de l'Adriatique et de TEtrurie, formaient deux fédérations peu consistantes, et, nous le verrons, peu capables de résister à des forces plus disciplinées.
L'installation des Etrusques entre TApennin du nord et le Tibre dura environ deux siècles. Vers 800, en 805 dit-on, ils avaient passé le fleuve latin, qui devint dés lors Icfluvius tuscus par excellence, colonisé Fidènes, Crustuméria, fondé ou nommé Tusculum, aujourd'hui Frascati, dans le voisinage immédiat d'Albe- la -Longue, Velitrae ( Velletri), qui rappelle Felathri, et subjugué les Rutules et les Volsques. Anxur, chez les Volsques, prend le nom de Tarracina (Tarqina). Ardéa, dont Tenceinte est, d'ailleurs, pélasgique, a fourni des tombeaux et des objets étrusques. Virgile, avec un sens parfait des origines, a mêlé intimement les Etrusques à la querelle d'Enée et de Turnus ; il les a partagés entre les deux camps, donnant pour alliés principaux, au chef des Rutules le farouche Mézence, roi exilé d'Agylla (Caeré), et au prince troyen Tarchon, successeur de ce même Mézence, et ancêtre évident des Tarquins. 11 se rappelle Tancienne puissance maritime de l'Etrurie. Tarchon fournit trente vaisseaux commandés sous lui par huit chefs, menant au combat la jeunesse de Clusium, de Cosa, de Populonia, d'ilva généreuse en métaux, de Pise célèbre par ses devins et ses haruspices, de Caeré, de l'antique Pyrgi et de la malsaine Gravisca. Virgile joint à ces troupes les Ligures de l'Eridan, et le contingent de Mantoue ; il nous apprend que cette ville, — il la connaît bien, puisqu'il est né dans le voisinage, — renferme trois peuples, sous le commandement d'un quatrième, des Ligures, des Etrusques, des Gaulois, destinés au joug romain. Les indications de Virgile sont
112- tu: r^r izi ^ -:^ ^ ir> ^ L j r ; Ji . ^c jï ,\i s xV>^^ :<n?
Rur-lcs, Vclscu^s. Oaib"e:r$ ^: Sji^i:^.^. Il s^'s: x^io r ibli que c'cs: liur ^lirtji^anî vo:$:x'tA^c s\ W.v w lu27. qc: i frrc;: une rarùe ce U '^v^inîlAîîOU xtUxti;\v'^ â se retrancher sur le Pala:::^, ^ Vs: s^îî^si v^wo K>^ mu "us fonda Rome, — et il et a;: ;o;up^. \M\U\^ les Sabins. malîrcc? du Qui:i«.\u et iîi\ t,u\lv\u^ déjà cirusque, le non5 ^^^v^v<» qui se tsMiuAU >\u pus! même de rAveniin. l,A $ans vUnuc so \uaî<s.uc\\l peu à peu ces Luccrcsyi) \quVnesitenlo vie iaj^jmv^ cher de Lucumo) qui, avec U\^ /V/iVmxWw srtbuvs \M les Ramncs de rAvenlin, ne laixUMxMil pa?» A l\Mmci autour du Pomérium une pv^puhuion pluH nombreuse que la petite troupe patricienne enleunOo dans la Roma qusiJt\Usi. Le maria^îc ilWcca I .aien tia avec le TyrrhCnc TarrutiuH c\prin\o Mvn\l»i»lt quement la fusion rapide et nc^'e.ssaiio i)tii ho pio duisit entre les immigrants OtrusipieH et Iom I .alhiM des collines. L'entcnic avec les Stti>in« lui nitiln»i aisée ; la tradition nous nntntu^ 'raliim luillii i\ I .a nuvium par les litrusiiuci. (Irt (^pJHmltt n'cmp^i ha pas le chef sabin de surpirndtr In ( lapilulc v\ irim poser à Komulus le paitaf^i; d'tiiM*. auloilli^. juii précaire.
Les IZtrusqucH u*(H]\ {ian ixi^ iinr i/ail lUtr» h: a la fondation de la I^oum; pal.itinr ; lU /// < m|/i«m:iiI seulement une faible pariM: /!<; lu If'tiitr fiiiuM . i\r, la Rome étendue aux '.cpt ";l)in<:«i. flt^ n'/iuMfH pas asse;: forts encore j/oui f\'jtnut*j mj/ I*-' d'u^
^ti-'-fc. IV, j„
éléments latin et sabiii Ce qui le démontre, c'est la royauté de Taiius et les longs règnes de Numa et d'Ancus. Rome fut une ville latine, une colonie d'Albe-la-Longue, d'où Romulus apporta ses dieux primitifs, d'ailleurs semblables à tous les dieux de la région tibérine. Janus et Faunus, Jupiter et Junon, Mars, Ops, Gérés, Liber, pas plus que le dieu local Saturnus, n'ont rien à voir avec le panthéon étrusque, et lui sont demeurés étrangers. Au contraire, et du vivant même de Romulus, si Ton s'en rapporte à l'histoire légendaire, l'influence sabine prévalut, et cela se conçoit puisque la ville nouvelle était située aux confins mêmes de la Sabine, à quel ques lieues de Tibur, d'Antemnae, de Cures. Aussi avons-nous vu Janus, Mars et Romulus se confondre avec le dieu national sabin, Quirinus.
Au VII* siècle, la situation changea. La découverte des mines de Tîle d'Elbe, la fabrication du fer à Populonia (Piombino), la diffusion à Cacré, à Volaterra. à Pcrouse, des richesses et des arts de la Grande-Grèce et de l'Orient, la mise en valeur par un drainage habile de toutes les terres marécageuses, tant dans la Maremme qu'autour des lacs de Volsinies, de Pérousc, de Bracciano, avaient donné à l'Etrurie un éclat, une prépondérance indiscutables. De Cxré, de Véies, Rome recevait les premières statues de ses dieux, des architectes, des décorateurs, des devins et de nombreuses institutions et coutumes liturgiques et politiques. Tout en restant foncièrement latine et sabine, elle s'accommodait à l'éducation, aux mœurs de ses puissants voisins. C'est alors qu'une famille de Tarquinies, établie à Rome depuis peu, se trouva aisément portée au trône. L'histoire de Démarate, exilé corinthien réfugié en Toscane, et père de Tarquin, peut-être vraie en partie : les Etrusques étaient en perpétuels rapports avec le monde hellénique ; Cocré avait son trésor au temple de Delphes ; elle peut-être apocryphe, inventée au temps où Rome
LES ÉTVL-SOlï* 2>5
fat pénétrée d'bclJénisiDe. Maïs elle impoi'ic pc-u. Ce n'est pas comme Grer, c'esi ccmmc TpThtr.ien que Tardinaf- TarchL-n. Tarcuin i'Aricicn rn: pc^sessioa do pouvoir. Son successeur Mâsîarna. auquel on fit une grcnéajog^ic jaiiuc. même civir;e, et qu^on nomma Servins Tullius, n'était rr^-bablcment qu'un esclave favori de la reine lanaqinl. Mais c'étîiîl un Etrusque, et un Eirusouc fort habile. Rome dut beaucoup à ses trois pnnce^ étrangers, des temples et des égoûts tla chxicj mjAJwjU des cirques, des jeux cruels ci magniiiques, un agrandissement considérable. .Masiarna. le plébéien, fit entrer dans sa seconde ou troisième enceinte toutes les populations qui se pressaient à ses portes, les distribua, selon le cens, comme un autre Solon (et peut-être à l'exemple de Solon) en tribus, en centuries, en comices électoraux. Sous les Tarquins, elle prit rang parmi les principales cités étrusques, et, comme te^le, exerça sur les deux rives du Tibre une véritable suzeraineté. Elle régna sur le sud de TEtrurie, de Caeré à Véies, à Paieries et jusqu'à la forêt Ciminienne qui protégeait Clusium. Dans le Latium, elle éclipsa sa métropole, et prit la direction de la ligue et des fériés latines. L'entreprise de Brutus fut une revanche de l'esprit latin et du patriciat romain. La preuve en est dans rhostilité immédiate et triomphante des Etrusques. La république naissante fut réduite A l'enceinte de Rome. En dépit des lloratius (>oclés, des Clélie et des Mucius Scacvola, elle subit le joug de Porsena, roi ou lars de Ciusiuni, vcngcui et continuateur des Tarquins. Ceux-ci icnnicnt la campagne en plein Latium, à Prcncstc, chez les Eques, appelant au combat les Volsc]ucs, les S;i ■ bins même, qui cachaient leur iiKlcpcndriiicr. reconquise sous une apparcnic fidclilc aux niicirns rois. Ce fut une époque de confusion incxprirnîil»lc, où éclata, il est vrai, la persévérance ind(;[n[)tal)Ic de Rome, déchirée par les dissensions civiles et
254 L*ITALII AimQUI
traquée par tous ceux quelle avait subjugués. La cité révoltée mit plus d'un siècle à reconquérir le Latium, délivré des Etrusques, mais luttant contre ses nouveaux maîtres. Â grand peine les historiens romains ont dissimulé etdénaturé les faits qu'ils croyaient humiliants pour leur patriotisme, et qui sont au contraire l'honneur de Rome ; quoi qu'il en soit, les Grecs, qui voyaient de loin et jugeaient sur les apparences, regardaient Rome comme une ville étrusque. Sophocle, à la fin du V* siècle, ne
?araît connaître encore sur la côte occidentale de Italie que trois régions, Œnotrie, Tyrrhénie, Ligustique.
C'est que, en effet, les débuts de la République coïncidaient avec la plus grande expansion de la puissance étrusque. Dés le IX* siècle, suppose-t-on, la Campanie avait été visitée par les navires tyrrhénes ; Nola, où ont été recueillis tant de vases italo-grecs, Capua, auraient été fondées alors, et sans doute aussi Calés chez les Aurunces, d'où était venu un fabuleux devin, Olénos, consulté lors de la construction du Capitole (Pline le Naturaliste, etc.). Les événements du VI' siècle sont plus authentiques. La rivalité séculaire qui existait entre les deux commerces et les deux influences qui se disputaient l'Italie éclata tout à coup en luttes sanglantes. Forts de Tappui des Carthaginois également menacés par le développement et la richesse de la Grande-Grèce, les Étrusques livrent aux Phocéens de Cumes une grande bataille navale dans les eaux de la Corse (536). En 524, une grande expédition ombro-étrusque se jette sur la ville de Cumes. Cumes est sauvée par un certain Aristodémos Malachos, mais elle est désormais en terre tyrrhénienne. Selon Polybe, les Champs Phlégréens, selon Sophocle, le lac Aornos (l'Averne), voisin de Cumes, appartenaient aux Etrusques, et pareillement, d'après Pline l'Ancien, Dicaearchia, Putéoli, Herculanum, Pompéi, Surrentum, Mar-
cioa, Salerne et, jusqu'au fleuve Silarus, un territoire peuplé par des colons du Picenum et nommé Ager picentinus. Nous avons dit, déjà, que le cap de Sorrente était dominé par un temple de Menrfa^ la Minerve étrusque. Nocera, Acerrae, Calatia, Teanum, Atella, Suessa, iEsernia, villes des Sidicins et des Osques, firent aussi partie d'une dodécapole campanienne, qui eut pour capitale Capoue, changée en VuUurnum (471). — Ce nom est à noter ; s'il rappelle le fleuve de la région, le Vulturne, il fait allusion aussi à la divinité étrusque ou adoptée par les Etrusques, Voltumna. Les Étrusques ne furent pas toujours heureux dans leurs guerres avec les Grecs. Ainsi, brouillés avec Carthage à l'occasion de la Sardaigne, ils furent battus sur mer par les Cnidiens de Lipari, qui envoyèrent à Delphes des statues votives (Thucydide) ; chassés du détroit par Anaxilaos, tyran de Rhégium ; et encore vaincus en 474 par les Syracusains. Pindare a célébré cette grande victoire, remportée par la flotte de Cumes et de Sicile. Hiéron, le vainqueur, consacra à Zeus d'Olympie (( les armes tyrrhéniennes prises à Cumes », entre autres un « casque de lucumon » retrouvé en 1817 dans le lit de l'Alphée, et qui figure depuis au British-Muséum. En dépit de ces échecs, la Campanie restait étrusque encore en 432. Euripide, dans sa Médée, appelait le gouffre Scylla (( monstre tyrsénide )) ; et, dans la triste guerre du Péloponése, Athènes recherchait contre Syracuse Talliance des Etrusques.
En même temps qu'ils s'étendaient vers le midi, les Etrusques passaient le Pô, vers 450. Par Bologne, Modène [Mutina)^ Parme sans doute, ils tenaient la rive droite du fleuve ; quant aux bouches, ils les occupaient depuis leur entrée en Italie ; déjà il existait une dodécapole cispadane, qui a fourni son contingent de poteries et de sculptures très primitives. Mais la rive gauche du Pô paraî' restée jusqu'au V*" siècle à ses anciens habi
les Taurins, les Ligures, les Euganéens, les Vénotes. Si les Etrusques réussirent à s*y établir, au moins dans la Lombardie et dans le Tyrol ; s'ils fondèrent ou nommèrent les villes de Melpum et de Mantua, celle-ci dotée d'un héros éponyme, Man- /us, qui rappelle à la fois le mot grec Mantis « devin » et les termes latins Man-es et Mundus\ — si donc les Etrusques établirent leur domination dans la région transpadane, c'est qu'ils y furent poussés par des circonstances impérieuses. Evidemment les bandes gauloises descendaient des Alpes ; il était urgent de leur fermer le plus vite et le mieux possible Taccès de la Péninsule. Il était malheureusement trop tard déjà. Bientôt les Cénomans, les Boïens, les Lingons et les terribles Sénons allaient inonder la grande vallée jusqu'au revers septentrional de l'Apennin, et pénétrer à leur tour dans rOmbrie adriatique et le Picenum.
En attendant, l'Italie, dans la seconde moitié du V* siècle, était étrusque sur les deux mers, depuis Luna jusqu'à Salerne, depuis l'Atria du Pô, jus- <|u*à l'Atria des Picéniens. A l'intérieur, toute l'Italie, des Alpes au Tibre, semblait accepter la domination ou la suprématie tyrrhénienne. Mais jamais apogée n'avait touché de plus près -au déclin, abaissement politique, désorganisation sociale. Tout d'abord, et dès 428, Rome a pris Fidônes (qui n'est pas sans doute en Toscane, mais qui défend l'embouchure de la Créméra, la rivière de Véies) ; en 424, les Samnites enlèvent d'assaut Vulturnum (Capoue) et dévastent la Campanie, qui échappe désormais, sinon à l'influence, du moins au pouvoir des Etrusques. Ce n'est pas tout. Entre Rome, attachée à sa frontière sud, et la Gaule sauvage épanchant son trop-plein des Alpes à l'Apennin, l'Etrurie corrompue par la richesse, par l'abus des plaisirs, s'affaissait dans l'anarchie et l'inertie. Voici un trait rapporté par Valère-Maxime : (( Ces vices (la bonne chère et les
LES ETRUSQUES 2n7
voluptés) livrèrent la ville de \*olsinies à des calamités cruelles et honteuses. Elle était opulente ; elle avait des mœurs et des lois ; elle passait pour la capitale de TEtrurie. Mais une fois sur la pente de la luxure, elle tomba si bas dans l'opprobre et Tinfamie, qu'elle dut plier sous le joug insolent des esclaves (sans doute de toute Tancienne population asservie). Ces nouveaux maîtres, après avoir osé entrer, en petit nombre d'abord, dans le Sénat, envahirent bientôt tous les pouvoirs. Ils dictaient à leur gré les testaments, interdisaient les festins et les réunions de citoyens, épousaient les tilles de leurs maîtres. Enfin la sanction d'une loi leur permit d'abuser impunément des veuves et des femmes, et quant aux filles, elles ne purent épouser un citoyen avant d'avoir livré à un esclave les prémices de leur virginité ». Que ce soit revanche de vaincus, épisode d'une de ces luttes entre la plèbe et Taristocratie que prévinrent ou atténuèrent à Rome les réformes de Servius Tullius, l'institution du Tribunat, la loi des Douzes Tables et les concessions successives du patriciat, — de pareilles épreuves ne tombent pas sans danger sur une société sans mœurs et sans gouvernement. Et tel était bien le cas pour les Etrusques. Le lien national, chez eux, était faible.
Nous l'avons dit, par suite de certaines superstitions numérales (si communes chez tous les peuples et dans tous les temps), douze ville fédérée.H, mais indépendantes sous l'autorité de lucumons, lars ou rois élus souvent rivaux, constituaient ciincun de leurs établissements, sur le Pô inférieur cl moyen, en Campanie et en Toscane. Dans le prin cipe, comme les Amphictyons grecs, — ce qui plaide en faveur de l'origine pélasgique des Etrusques, leslucumons se réunissaient à certaines époques sur le territoire central de Volsinii, près du lac de Bolséne, au temple de Voltumne, sous la pr^«dence d'un suprême pontife-roi. Mais, à mesur
2$8 L*1TALIE ANTIQUE
s*étendait le domaine de la nation et que chaque citécroissait en puissance, on vit s*évanouir Tunité fact tice représentée par ces assemblées. Comme en Grèce, le sens de la patrie s*éteignit dans le morcellement des alliances variables et temporaires. Chaque fédération, chaque ville furent laissées à elles-mêmes. Il parut imprudent d*engager la nation dans les querelles et les risques locaux. De sorte que le lien qui rattachait le centre aux extrémités se relâcha, et le faisceau se rompit au moment où la cohésion devenait le plus nécessaire. Les Samnites avaient coupé les pieds du colosse ; les Gaulois menaçaient la tête. Rome visait le cœur« Véies se défendait avec une rare énergie, mais elle n*était pas secourue ; en dépit de ses fortes murailles et de ses rois, les Tolumnius, les Propertius, les Morrius, elle succomba sous les coups de Camille, après dix ans de siège, 396. Le même jour, si Ton en croit Cornélius Népos, les Gaulois enlevaient Melpum.
Malgré les progrès des envahisseurs au nord de TApennin, les Etrusques, dit M. Jules Martha, ne disparurent pas complètement de la région, lisse maintinrent aux environs de Mantoue, par exemple, que Pline cite encore comme une ville étrusque, et dans la Rhétie, qui demeura jusque sous TEmpirc un centre de population et de langue étrusque, soit que la contrée eût échappé au péril des invasions, soit, d'après Tite-Live, que des tribus en fuite eussent cherché un asile dans les montagnes du Tyrol. Les antiquités étrusques retrouvées dans cette contrée ont suggéré à Mommsen et à Helbig leurs théories sur Torigine septentrionale, germanique môme, des Etrusques. Le nom d'une ville Suisse, Rhazuns, a paru un souvenir des Rasenna, et Rhétus, héros éponyme, dont la statue orne Fa place de Rhazuns, est regardé par quelques-uns comme un ancien roi tyrsène. Rien de plus conjectural que ces étymologies. Le plus sage est de s'en tenir à
l'indication de Tite-Live, qui explique fort bien la présence des Etrusques dans un canton de la Rhétie.
Tite-Live nous dit encore que les Gaulois furent appelés en Toscane par un Etrusque outragé dans son honneur par un des principaux magistrats de Clusium. C'est possible assurément, et Thistoire offre des exemples avérés de pareilles trahisons. Mais il n'importe guère. L'invasion gauloise en Toscane fut la conséquence inévitable de conflits antérieurs. Les fouilles de Bologne prouvent surabondamment que, dès le VI* siècle, les Etrusques avaient multiplié leurs colonies en Emilie, pour couvrir leurs frontières menacées. Le jour où Bologne, la clé de l'Apennin, leur fut enlevée, les chemins de la Toscane étaient ouverts, et les Gaulois Sénons s'y précipitèrent avec leur fougue bien connue. Et comment ces hordes aventureuses n'auraient-elles pas été attirées par les richesses fameuses de l'Etrurie > Clusium, la cité de Porscna fut réduite à implorer le secours de Rome, espérant ruiner l'un par Tautre l'ennemi nouveau et l'ennemi héréditaire. Rome aussi avait tout à gagner en se portant arbitre entre les Gaulois et les Etrusques. Si elle réussissait à écarter les uns, clic restait protectrice, c'est-à-dire suzeraine des autres. On sait le reste : le sac de Clusium, le désastre de l'Allia, la prise et la destruction de Rome, les cinquante ans de terreur gauloise (392). Rome se releva. Mais l'Etrurie était frappée à mort. Tardivement coalisée avec les Samnites, les Ombriens et les Gaulois Sénons, elle fut écrasée à Sentinum (295), et au lac Vadimon (283). Sous le nom d'alliés italiques, les Etrusques gardent cette fois encore une ombre d*indépendance ; mais un dernier réveil, après le passage d'Annibal (218 environ), leur attire une nouvelle humiliation. De vassaux, ils passent sujets, résignés aux plaisirs du luxe et de l'oisiveté. Le pays était encore industrieux et
200 l'italib antique
riche ; certaines villes au moins restaient florissantes. Les Maremmes fournissaient à Rome une partie de son blé. Tarquinies, à elle seule, donna à Scipion assez de chanvre et de lin pour la voilure de sa flotte ; et Arrétium trente mille boucliers. Les navires du vainqueur de Zama furent construits avec les pins de Pérusia, de Clusium et de Rusell». C'est ainsi que l'Etrurie concourut à la suprême défaite d'Annibal, dont elle avait espéré sa délivrance.
Au temps de Marins et de Sylla, les paysans de la Toscane, à la fois émancipés et livrés à la -misère par les lois agraires et les troubles civils, allèrent grossir les bandes du Samnite Télésinus et se faire tuer en foule avec lui sous les murs de Rome. Mais les cités et les riches, TEtrurie en tant que nation, ne prirent pas de part à la guerre sociale. A quoi bon ? Leurs haruspices avaient déclaré que le « grand jour » de l'Etrurie allait finir. Sylla livra les campagnes à ses vétérans ; la dépopulation, qui effrayait Sempronius Gracchus au retour de Numance, l'abandon du commerce, des industries, des canaux, l'envahissement de la grande propriété, la malaria, suivent les dévastations de la guerre des triumvirs. Horace parle encore du gras Etrusque, du Toscan obèse ; il vante son ami, rhabile et sceptique Mecaenas, qui descend des rois tyrrhéniens. Mais la contrée est maigre et le peuple avili. La zone maritime se couvre de maquis, de marécages et de ruines. La langue même, parlée au I**" siècle de notre ère, s'éteint, s'efface si complètement qu'on ne l'a pas retrouvée, laissant, pour le désespoir des érudits, des milliers d'inscriptions où l'on ne déchiffre que les noms des dieux, des hommes et des cités.
L'empereur Claude s'était inquiété des Etrusques. Dans un discours prononcé à Lyon, et dont cette ville conserve des fragments, il faisait allusion à Servius Tullius (Mastarna) et à Célius Vibenna.
Il avait même composé ou fait rédiger une histoire en trente-deux livres, qui a péri tout entière. Et c'est dans les écrivains de la Grèce et de Rome qu'il a fallu rechercher à grand'peine les éléments épars de ce récit incomplet.
Ainsi les Tyrsènes, expulsés de l'Orient par l'expansion des Hellènes, ont envahi au X* siècle ritalie déjà pleine ; ils ont subjugué la puissante nation ombrienne, colonisé la vallée du Pô, imposé leur suprématie à Rome naissante ; ils ont balancé la puissance commerciale de Carthage et de la Grande-Grèce, conquis la riche Campanie ; ils ont développé une agriculture, une industrie, des arts, qui ont fait l'admiration des anciens et des modernes. Ebranlés au V" siècle, ils ont succombé au siècle suivant sous les armes des Gaulois et des Romains, et ils ont disparu, noyés dans l'immense empire. Depuis, tant de peuples, tant de régimes se sont succédé sur le territoire qui fut le centre de la civilisation étrusque, que l'on ne saurait où y rencontrer une goutte du sang, un trait du type ou des mœurs antiques. Tout au plus songerait-on à voir dans l'évolution brillante des petites républiques du moyen âge, dans les hiérarchies compliquées de leurs citoyens, dans leurs âpres rivalités, une sorte de reviviscence inconsciente du vieux particularisme des lucumonics.
Mais les événements et les dates ne sont que le squelette de l'histoire. Il nous reste à l'animer, à lui donner la vie par la peinture des institutions, des mœurs et des croyances. Une immense quantité de monuments de toute sorte, entre lesquels on commence seulement à établir une chronologie approximative, nous permettra d'entrer plus avant dans l'âme étrusque, de calculer ce qu'ils ont apporté, ce qu'ils ont reçu, et comment ils ont combiné les inspirations de l'Orient, de l'Egypte, de la Grèce, avec le génie ausonien.