CHAPITRE PREMIER
Anciens peuples de l'Italie centrale: Sicanes, Pélasges, Sicu* les. — Le groupe ausonien ; Aurun es, Volsques, Rutules, Herniques, Eques, Latins ; Sabcllicns, Marses, Samnites, Sabins ; Ombriens. — Caractère indo-européen et parenté des dialectes qui se fondrmt dans la langue latine. — Aire étroite des Latins primitifs : le mont Albain, vallées de VAqua Ferentina, du Numicius et du bas Tibre. Les voisins immédiats des tribus latines. — Origine volcanique des monts Albains ; \epépértn et le travertin ; forêts marécageuses du littoral. — Absence de documents vraiment anciens. Valeur des traditions conservées par Virgile et par Ovide. — Traces dune antique zoolâtrie : Le loup, la louve, le taureau, les toisons de brebis immolées ; les oiseaux, les augures et auspices ; le pivert, le poulet. — Culte des forêts, des clairières, du hêtre ; des fontaines, des fleuves, des lacs ; des montagnes, des pierres. — Groupes divins qui répondent aux diverses catégories d'objets animés d'un vague anihropisme. — Génies, mâles et femelles, des bois et des eaux, de la végétation, du printemps, de la moisson. — Dieux Indi^ètes qui président à tous les âges delà vie humaine, à tous les actes de 1 homme et de la femme, défenseurs du champ, de l'enclos et de la maison. — La faveur des dieux indiaètes assurée à ceux qui récitent correctement certaines formules nommées indtgitamenta. — Indigèies du mariage, de l'enfance, de la jeunesse et de la virilité. — Indigèies agric'»les. — Liturgie : Sacrifices humains (Ver sacrum); substitution de victimes animales; choix des victimes, d'après la couleur, l'âge, le sexe et /es préférences et antipathies présumées des dieux. — Prédilection des dieux pour les entrailles, diversement accomodées. — Outils, vases, accessoires sacrés. — Offrandes végétales, pâtisseries. — Libations, lustrations. — P^xpiations. — Interprétation et frocuratwn des prodiges ou signes, maladies, catastrophes, tremblements de terre. ^ — Minutie extrême du rituel. — Divinités locales et nationales. — Dieu suprême des Latins : Jupiter Latiaris.
Je crains que la complexité du tableau esquissé dans nos préliminaires n'ait Taissé dans l'esprit du lecteur une image quelque peu trouble et confuse :
tel est l'encombrement, Tenchevêtrement des peuples entassés, concassés et amalgamés dans cette longue botte italique, autour de Tinégale et capricieuse arête des Apennins ! Aussi vais-je en repasser les divers plans, prenant soin de les marquer d'un trait, sommaire, d'autant plus net et plus vif, vers la fin des temps néolithiques, — cinq à six mille ans avant notre ère. — L'Italie est occupée par des races venues d'Afrique et qui ont très probablement suivi les contours méditerranéens d'Espagne et de Gaule: ce sont les Liburnes, arrivés les premiers peut-être, sur le versant oriental de l'Apennin, et les Sicanes, qui couvrent l'ouest et le sud de la Péninsule. On peut considérer les uns et les autres comme des Ibères : Ibères est le nom donné par la tradition même aux premiers conquérants de l'Europe sud -occidentale, qui forment encore le principal élément des populations espagnoles. Quelle pouvait être la manière de vivre de ces Ibères ? On Tignore ; on peut seulement penser qu'ils ignoraient l'agriculture, et même l'usage des métaux.
Les Ibères s'avançaient d'Occident en Orient. Leur marche fut arrêtée par deux invasions orientales, Pélasgique au sud, Liguro-Sicule dans la vallée du Pô. La première, de beaucoup antérieure à la seconde, amena sur la côte adriatique, les lapyges peut être, plus sûrement les Messapiens, Dauniens, Apuliens, Peucéliens, Frentans (qui refoulèrent les Liburnes vers les bouches du Pô), et, sur le flanc occidental de l'Apennin, les Oïnotres, les Opisques, et les constructeurs inconnus des enceintes cyclopéennes encore debout sur divers points du Latium et de l'Etrurie. Les Sicanes, écartés vers le sud-ouest, comme les Liburnes l'étaient vers le nord-est, gagnèrent, tout en laissant de? groupes çà et là, la Calabre et la Thrinakie ou Sicanie (future Sicile). Les Pélasges, sans doute supérieurs aux Ibères, tout au moins pasteurs
et vignerons (Ot nôtres)^ avaient changé la face de l'Italie jusqu'à TAmo et au Pisciatello (Rubicon) ; et une de leurs tribus, les Argées, gens d'Argessa, dont la tradition a fait des Argiens, puis des Arcadiens, les fabuleux Arcadiens d Evandre, campait sur quelqu'une des sept collines (le Palatin, dit Vigile), lorsque se produisit la grande trouée Liguro-Sicule. Proches parents sans doute des Thraces, des Illyriens, les Ligures (originairement Liguses) couvrirent ou plutôt remontèrent la vallée du Pô, franchirent l'Apennin à sa jonction avec les Alpes et filèrent, le long de la Méditerranée, jusqu'en Espagne. Mais nous n'avons à nous inquiéter ici que d'une très notable partie de cette nation, solidement ûxéQ autour du golfe de Gênes, jusqu'à TArno, et d'où se détachèrent au nord, les Taurini, futurs Piéinontais de Turin, et au sud, les Sicules, en grec Sikéles, en égyptien, Shaikkalas, « faucheurs, moissonneurs », si l'on admet quelque rapport entre leur nom et ceux de la moisson seges^ du seigle, secale^ de la faucille, secula ou sicula, — Au reste, et quel que soit le sens de ce nom, il est difEcile de lui refuser une physionomie tout indo-européenne. Le suffixe /o, r-«tiaché ou non au radical soit par un autre suffixe, soit par une voyelle de liaison, commun à toute notre famille de langues, est particulièrement familier au groupe italiote : Rutuliis^ Cœculiis^ Romidus, vitulus, oraculum^ poculum, teniplum, etc.
Laissons maintenant les Sicules, poussant devant eux les Sicanes, descendre vers le Sud el donner à un canton de l'Œnotrie le nom d'un de leurs chefs ou d'une de leurs tribus, Italos, Ilali. Ces événements sont nécessairement postérieurs à l'arrivée des Ausones, des Volsques, des Latins cl des Sabins, puisque c'est cette immigration nouvelle qui amena la retraite des Sicules. La venue des Ausones ouvre une quatrième période, celle où nous allons nous arrêter. Il s'agit ici du groupe
central proprement dit, celui où s'est formée la langue latine, celui d'où est sortie la puissance romaine.
Nous avons déduit précédemment les raisons qui obligent à fixer aux environs du vingtième siècle rétablissement des Ausones et congénères entre le Tibre, l'Anio et la Vulturne,des Sabins un peu plus haut, sur la rive gauche du Tibre et dans TApennin. Cette date, approximative, cela va sans dire, est déterminée par le départ des Hellènes pour TEpire et la Thessalie. En effet, une même pression, soit de Celtes remontant le Danube, soit de Carnes et de Venètes, Gètes ou Daco- Slaves, a ébranlé et séparé les deux éléments du groupe Hellèno-Latin. 11 a fallu des siècles à ces deux agrégats voisins, pour s*oublier et pour développer, chacun à part et pour soi, deux langues aussi parentes et aussi distinctes que le sont le grec et le latin. Ces deux dialectes d'un même idiome ne s'étant rien emprunté, tout ce qu'ils ont de commun, — le fonds du vocabulaire et l'organisme grammatical — est nécessairement antérieur à la séparation des deux groupes. Enfin, lorsque les Ombriens, puissante arrièregarde des races Ausones et Sabelliennes, assirent leur domination sur toute la moitié septentrionale et orientale de l'Italie, c'est à-dire vers le X1V*= siècle, ils trouvèrent le massif central des Apennins, occupé et barré pour ainsi dire, par leurs prédécesseurs Sabello-Latins. Leurs pointes sur la Campanie et sur l'Apulie se perdirent, se noyèrent parmi des populations déjà compactes. Ils ne délogèrent ni ne recouvrirent les Vestins, les Sabins, les Pèligniens ni les Eques, ni les Herniques, ni les Vosques. Toujours est-il que, dès l'an 1400, tout au moins, entre les bouches du Pô et la Messapie, entre TArno, d'autre part, et le Silarus (golfe de Salerne) régnaient des dialectes destinés à se fondre dans la langue latine.
L'aire primitive des Latins proprement dits fut
des plus restreintes. Toutes leurs tribus étaient cantoonées entre la mer et les anfractuosités des monts Albains, d'où leur ville Albela Longue dominait et bordait les charmants lacs d'Albano et de Némi, cratères de volcans éteints. Encore la curieuse légende de ce sanctuaire de Némi, de cette Diane meurtrière, agréant pour ministre l'assassin du brigand qui avait arrosé ses autels du sang de son prédécesseur, donne à penser que ces minimes escarpements n'ont pas été occupés sans combat. Le nom d'Albe, en dépit de la tradition postérieure consacrée par Virgile, semble appartenir aux Ligures (ici aux Sicules), comme Alpis, comme Albium- Ingaunum (Albenga) et Albium-hitemelium (Vintimiglia) ; il existait sans doute longtemps avant que l'adroite vanité de la famille Julienne, originaire de Bovilles, eût attribué la fondation d'Albe au fils d'Enée, Ascagne, changé en lulus, et comparé la ville avec les humbles hameaux des environs à une truie blanche, animal cher aux dieux, — au milieu de ses petits pendant à ses mamelles,
Alba solo recubanSf albi circum ubera nati.
« Ainsi » dit Properce, en son langage élégamment alambiqué, « Albe s'éleva puissante, Albe née, selon l'oracle, de la truie blanche, en un lieu qui paraissait alors bien loin de Fidènes. .. Dans ce temps là, moins petite était Bovilles, cette banlieue ; et Gabies, qui n'est plus rien, abritait un peuple » :
Quippe suburbanœ parva minus urbe Bovillce, Èt^ qui nunc nulli, maxima turba Gabî.
Quand ce chaînon latéral des Apennins a-t-il jailli du fond des eaux qui ont certainement couvert toute la frange toscane, latine et volsque, entre le Soracte et le mont Circello ? Sans doute vers la fin des temps secondaires. Les laves épanchées par ces soulèvements ignivomes et dont un courant des-
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ccndit jusqu'à rendroit où devait s'élever le tombeau de Cécilia Metella (Capo di Bove, sur la voie Appia), ont formé ce tuf compact, Itpépérin^ qui a fourni aux constructeurs romains tant de fortes assises et tant de larges dalles. Elles ont aussi, à Tétat granuleux, donné la pouzzolane, qui constitue le sol des Sept Collines. Entre les coulées laviques, les cascades des torrents, les eaux sulfurées etcarbonatéesdes lagunes, déposaient des calcaires légers, le travertin que Tair durcit et que dore le soleil. Puis des limons saumâtres apportés par des ruisseaux stagnants, Numicius, Amasenus, s'étendirent en dunes ondulées, gagnant sur la mer, se couvrant de forêts marécageuses, hantées d'abord d'hippopotames, de rhinocéros, de mammouths, enfin, plus modestement, de sangliers, de loups et de couleuvres. On y a découvert des vestiges de de l'homme, des silex d'apparence néo lithique, de menues pointes de flèches. Le Tibre (peut-être Rumon) couvrait de ses eaux l'emplacement de Rome et déposait sur le Capitole, l'Aventin, l'Esquilin, le Pincio, à cinquante métrés au-dessus de son niveau actuel, des coquillages fluviatiles. Pendant bien des siècles encore, il devait inonder ses rives, notamment le quartier du Vélabre où les bateaux voguaient dans les rues :
Qua Velabrasuo stagnabant flumine, quaque Nauta per urbanas velificabat aquas. (Properce).
Déjà dans les régions basses couvait la fièvre, l'antique déesse Fehris^ à grand'peine écartée par les purifications (februatio) du mois de février, surtout par l'agriculture latine et le drainage étrusque .
C'est là, dans un étroit carré circonscrit par TAqua Ferentina, le Tibre, le rivage et le Numicius, que les Latins fondèrent une trentaine de villages, vers le nord : Bovillae, Aricia, vers l'ouest et le sud : Laurentum, Lanuvium, Lavinium. Sur
la côte, entre le Tibre et Laurente, ils avaient englobé les Aborigines et les Caskes. venus de la montagne. L'humble vallée du Numicius les séparait seule des Rutules, peut-être les roux, ou les brillants (rM/i7/), ou bien encore les conducteurs de chars (leur grossière monnaie est ornée d'une roue {rota). Ces Rutules tiennent plus de place dans 1 épopée que dans l'histoire. X'ir^nle a eu, sans doute, quelque raison pour les distinguer des Latins ; il donne pour aïeux à son Turnusdes Achécns (Danaens plus tôt) de Mycénes, Inachus. Acrisius; les relations étroites qu'il lui proie avec les ICtrus ques demi-grecs de Caeré Pyr^^n rappellent, ù dessein peut-être, le caractère sensiblement tyrrhé nien des objets trouvés dans les ruines d*Ardea, la capitale rutule. Mais on ne peut que former des conjectures sur les minces vicissitudes d*un si petit peuple, serré entre les Latins et les V^)lsqiies.
Ceux-ci dont le nom, antérieur cependant à lu domination étrusque, semble appareuic ii Volsi nies, à Vulci, ont joué un l«»ut autre vCAc : le déve loppement de leur marine et leur puissance militaire a retardé longtemps les pro^^rcs de Rome. De Corioles (rapprochez Cures, la ville des Sal)ins, et Cora) à Antium, d'Antium i Circéii et à Aiixur (Terracina), ils occupent les marécages des fleuve*: ruisseaux Aslura et Hfens — les maiais poniins (poînptijit) — et confinent aux mau\ aises terres des bidicins et des Aurunces. ou Ausoncs, leurs jjro ches parents de race et de langage.
Entre la Ferentina et l'Anio { Tcvcionc), de Pal lanteum et Saturnia à Tihur (Tivoli), à Gahies, a Pedum, des Pélasges, des Sicarnes et des Siciiles se maintenaient péniblement contre les Sabins, vignerons frustes et superstitieux, faucheurs aussi comme leur dieu (un décalque Saturne) :
Pater que Sahinus,
Vitisator^ curvam serrans sub ima'^ine falcem .
A côté des Sabins, sur un sol rude, les Eques, duris jEquicula glebis, laboureurs armés, ne négligeaient aucune occasion de pillage, leur principale ressource :
Armait terrant exercent^ semper que récentes Convectare juvat prcedas et vivere rapto.
Derrière les Eques, dans les gorges de l'Apennin, au bord des sources froides, les Marrubes et les Marses cueillaient les herbes salutaires, récitant la naenia, la nénie — soutenue, dit Horace, par les (( sons magiques des flûtes », — disant l'incantation puissante qui guérit la morsure des vipères. Tel Virgile nous a peint encore le très vaillant prêtre Umhro qui charmait de sa voix endormeuse « la colère et la dent des hydres empestées » :
.... graviter spirantibus hydris
Spargere qui somnos cantuque manuque solebat
Mulcebatque iras et ntorsus arte levabat.
Ennius, plus sceptique, s'était fort diverti des sorciers marses et de ces superstitions qui avaient survécu à la liberté. Mais bien longtemps ces crédules montagnards devaient braver et fatiguer les armes romaines.
Un peu plus à l'est, sur le haut Anio, embusquées parmi des roches refroidies à peine, les tribus Herniques guettaient les troupeaux des Aurunces, les marchandises des caboteurs Volsques, et les chariots des Rutules. Le héros national de ces Herniques, Caeculus, fils de Vulcain, fondateur de Praeneste (Palestrina), passait pour s'être manifesté au milieu des flammes :
Inventuvtque focis otnnis quem credidit cetas.
C/était, comme le Cacus de TAventin — son homonyme— un phénomène ou, plutôt, un souvenir volcanique. Contre ces déprédateurs, les Latins d'Albe étaient faiblement protégés par le demi-cer-
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C'est ià, cependant, parmi ces ivci'.c s et ."c< bois marécageux, que les vieilles cî\'»yancvs î.U!pc<. les vieilles divinités sans lustoire. sans avc:iîu;o<. se sont pénétrées d'une vie si i:iîen^v\ -ii le-ia. »'. qu'elles ont rêsisié et souvent suiac.vi au i^.uuIu'mi des Etrusques et aux brillanls pcts.Mina'-.v". y\c l'Olympe. Il n'est guère facile, iviis 1 e ''au-MMis pourtant, de dégager celte inytholi>f:u* v( -iin.ii tutions. gravement puériles, souvent b.n l^ur?;, .le toutes les influences et de tous K-s nu-l.in;;»' . K\u'r\ les ont subis avant d'clrc ob^oivri-i r\ iliinir. plus ou moins fidèlement par de . histin icn . ci d.- . érudils.
« Les sources di)nt nous disposoii'., dit Tu lin lais>ent beaucoup à dOsirer, tai riniiininr lt.dn . à part quelques mt)nuincnls ln.;mx, «st nniiit' . «i la littérature de Komc ne comnirncr (jn'.i un»- » \*" que où la civiii-alidn gieciin: a d«-j;i |i»ii«"if' \r . idées romaines, d Ajoute/ qu^: 1*: , 'n\rr. . ioiii;imr . étaient cUc's-mcmes un compromi * ir/r.'-. \r.-, rl/m
nées latines, sabines et étrusques. Puis les documents de cette première époque littéraire, les Annales des Pontifes, les anciens chroniqueurs, les Cincius Alimentus, les Fabius Pictor, les poètes des guerres puniques, Naevius, Ennius, ne nous sont connus que par des fragments épars dans les grammairiens et les polygraphes. Encore avaientils reçu Téducation grecque, si séduisante, à laquelle pas un, même Caton TAncien, n'a pu se soustraire. Nous ne négligerons pas sans doute les indications précieuses que peuvent fournir les compilateurs, soit trop philosophes comme Varron imbu de symbolisme stoïcien, soit trop crédules comme Denys d'Halicarnasse, les écrivains trop étrangers à Tesprit latin, comme Plutarque, et les historiens uniquement préoccupés de la grandeur de Rome, tels que Tite-Live. Les guides les plus sûrs, à tout prendre, sont peut-être Virgile et Ovide. Le premier, en dépit de nombreux anachronismes, a, dans les six derniers livres de l'Enéide, restitué avec une intuition merveilleuse la vie et les croyances de l'antique Latium. L'autre a suivi, jour par jour, dans ses Fastes, les fêtes et les cérémonies de la religion nationale. Malheureusement il n'a écrit que six livres de ce calendrier poétique. Mai^s tous ces auxiliaires, auxquels il faut joindre un certain nombre d'inscriptions précieuses, authentiques ou traditionnelles, ne viendront utilement qu'après la fondation de Rome.
Nous sommes, en ce moment, avant l'histoire -, il faut nous figurer les Latins s'installant par petites bandes, avec leurs troupeaux, soit dans quelque enceinte de pieux, soit dans quelque citadelle abandonnée par les Pélasges, les Sicanes et les Sicules ; se partageant, par tribus d'abord, puis par génies et familles, les territoires conquis, commandés par le Conseil des Pères, des patres ou patriciens qui le plus souvent élisent un magistrat suprême, prêtre et chef de guerre, rex, preitur, em-
bratiir (imperator), meddix tuticus. Ils parlent des dialectes rapprochés, mais plus différents de ce que nous appelons le latin, que peut Tètre le français du Serment de Strasbourg de la langue de Voltaire ; ils ont chacun leurs divinités favorites qui régnent sur une ou deux lieues carrées, et quelques grandes divinités communes à la race, cinq ou six apportées du berceau de la culture indoeuropéenne, d'autres inventées ou empruntées en chemin. Mais ces dieux, ou aryens, comme Jovispater, Juno, Janus, Diana, Vesta, ou proprement latins et sabins, Picus, Mars, les Pénates, les Génies, ont dû s'associer à des dieux antérieurs, déjà établis dans le pays, et qui appartenaient aux plus humbles couches de l'animisme. Des phénomènes analogues se sont produits chez tous les peuples, et notamment chez les Grecs ; mais ceux-ci, plus avancés dans Tanthropomorphisme, ont plus rapidement évincé ou subordonné les fétiches grossiers Bes Pélasges, ou bien, les revêtant de formes humaines, leur ont infusé une vie indépendante des rites et de la liturgie. Tout au contraire, les dieux italiques, sans passions et sans histoire, demeurent vagues et indéterminés ; ôtezleur les formules et les cérémonies, ils s'évanouissent. Ce ne sont plus que des noms impersonnels.
Ces dieux Indigètes, que, par une intuition vraie, mais d'après une étymologie douteuse, Virgile considère comme indigè?ies, dii palrii, convenaient au tempérament superstitieux et formaliste des Italiotes. L'esprit positif des Latins s'ingéniait aux minuties; leur dévotion pratique leur semblait d'autant plus efficace que les objets en étaient plus nombreux et plus variés. Ils se plaisaient à multiplier à l'infini les signes des volontés surnaturelles. Autant de choses, autant d'ôlres, de phénomènes réels ou chimériques ; autant de dieux à fléchir ; autant de chances d'être exaucés. C'est ainsi que
chaque lieu, chaque circonstance, chaque phase ou incident de la vie, chaque mot de la langue, se trouvèrent doublés pour ainsi dire d'une divinité spéciale, indiquée ou indicatrice : indiges, index^ de die (deik-numi) montrer, digiius^ doigt indicateur. Et toute une science naquit, celle des indigitamenta, formules destinées à indigitare, à honorer et à fléchir les indigètes.
Les dieux supérieurs eux-mêmes, et leurs nombreuses épiihétes, tantôt prises à part, tantôt associées — auront aussi leurs doubles^ des génies mâles ou femelles — comme les Saktis du Civaïsme, — où réside leur puissance, leur virtualité. Cela au même titre que les animaux, les sources, les forêts et les pierres, que les morts et les vivants, que le champ et le foyer, que les saisons, les âges, les maladies, que les institutions, les industries, les arts, les passions et les idées. La simplicité, ou plutôt la pauvreté du système aboutit à Tencombrement, à la confusion dans la monotonie. En somme, le panthéon italiote va nous apparaître comme une sèche et interminable nomenclature d'êtres métaphysiques. Et pourquoi non> La métaphysique, on ne saurait trop le rappeler, est Tanimisme même ; elle n'en est que la forme rationnelle, Indigètes, Semons, Génies n'ont pas de parents plus proches que les Types de Platon, les Catégories, les Entités et Qualités occultes de la Scolastique.
Abordons maintenant, suivant notre méthode, rénumératton des objets divinisés, en montant des êtres prochains, des choses ambiantes, aux aspects plus généraux de la nature. La plupart des animaux que l'on voit figurer auprès des divinités, à titre soit de compagnons, soit d'emblèmes ou de victimes, ont été, dans les époques primitives, l'objet d'un culte direct. Et, bien que les Indoeuropéens eussent déjà dépassé ce stade mental, ils continuèrent longtemps de regarder, avec une ter-
SB r. .t. p: l: . ■ ru: r -i. ::l.
.{4 l,'lTAI.IE ANTIQUE
^ju*A ;ii(ji.'ir»i •:<: cachait dans ces peaux sanguinol'i/.ic: • Ix*. l.htiii^ ne le savaient pas. Mais ils /.Cl. rj;iii:fit |,ab riionis convaiocus qu'une puis- ..ijr<. |.i</|ili6iir|uc y résidait.
J .'i<ii|«(eb:}ii/ii produite sur tous les esprits in- ' ulich i«.ii II: vmI, le chant et les mœurs des oiseaux .1 j.ii:^;^f: it i dr;^ liuccs plus profondes que partout .«iliciiib. au point de donner lieu plus tard à la oiu.. ûii.th^ti (les institutions politico-religieuses. I .iié'.i i.ilUVi |)ai la hardiesse, la force et la vora- M' «U.b ailles Cl des vautours, les laboureurs et I' t> iMlirn du Lalium ont accordé une attention |i.nii' uhOïc cl allribuô un mystérieux pouvoir aux
• .i>i>iuH (]ui annoncent le retour des saisons et les .oi.itiiiiis de la température ; les devins habiles en
iiiiiiriit aisément, non sans profits, des pronostics )Ui l'avenir des récolles, la santé des troupeaux, et pMi .'iuile sur le moment favorable aux expéditions t\r. pillage el de guerre.
(' Je méprise, disait Ennius, les augures du pays i\r.H Marscs, aussi bien que les aruspices de village f I l<;s a«itrolrjgucs de carrefour, les pronostiqueurs
• rl'iisct les interprètes des songes... Ils promettent i\i:". it^îsors et rleinandent une obole. ))
l)c coïncidences bien ou mal observées, réelles u imaginaires, est né Tari augurai, Tart des ausi<rs el tout son cortège de sottises officielles.
)us ne nous doutons guère quand nous entreprenons quelque tAche sous d'heureux ou inquiétants
• luspices, quand nous regardons quelque incident ronimc de bon ou mauvais augure, que nous sousriiirndons certaines croyances ou pratiques qui ont ru cours officiel pendant deux mille ans et plus. I ,rs fleux mois auj^ure el auspice, veulent dire con- ^ult ttinn^ inspection des oiseaux : Avigurium, avihpirinni. ICn passani, je vous présente le vieux vcihc ;;,'//.v t'; cf, d'où vient gus-tus, goût, et qui se lï-iiouvc en germanique sous la forme ktusan,
'. (luserc est devenu gurere, d*où le nomina-
tif gurium, peut-être essai, épreuve, dégustation.
Parmi les volatiles dont la fortune a passé le mérite, citons le poulet, qui décide du sort des armées rien qu'en refusant le grain mondé qu'on lui prodigue. Le modeste pivert occupe aussi un rang à part. L'anthropomorphisme en a fait un roi légendaire, Picus (Picus eqiium domitor), ch.moé en oiseau par les maléfices de Circé, Picumnus qui fait pendant à un autre guerrier, Pilumnus (orné du filum, pour pinslum^ de piusere^ frapper, piquer). II ne se doutait guère, en piquant l'écorce des arbres pour y chercher quelque vermine, que le bruit régulier de ses coups de bec serait interprété comme un avertissement donné dans la profondeur des bois.
C'est que toute rumeur, tout mouvement des feuillages ou de leurs hôtes éveillait l'inquiétude du passant. Le silence de la futaie sombre, fiemus (le temple des Gaulois : nemet), le jour tremblant des clairières, lucus^ la grâce ou la majesté du hêtre, du chêne, de l'yeuse, du peuplier, frappaient tour à tour d'un égal étonnement l'esprit faible du pâtre et du guerrier en marche ou en embuscade,'et qui, dans ces arbres croyaient voir leurs propres ancêtres :
Gens que virum truncis et duro robore nata.
Tel fourré ténébreux était plein de terreur sacrée ; tel bouquet de hêtres, /a ow/jr/, tel grand, arbre isolé, semblait un protecteur. Des aliments, des lambeaux d'étoffes, des peaux de bêtes tuées à la chasse, des trophées, des exvoio de toute sorte cloués aux troncs, suspendus aux branches, attestaient la reconnaissance de ces peuples enfants. A ces coutumes, si universelles, se rattache l'usage curieux de planter un clou en cérémonie dans la paroi d'un temple. On citerait bien des exemples
/, I *rrAlJE ANTIQLE
/ [./•/ 1^ ^ prifriilifft de ce singulier hommage rendu ;iii 'h^'iK. A l^»iîic, c'était un recours si i m pori.inf, .1 c;olrnrirI, (ju'uu dictateur était nommé pour |.l:iniM \r t \ii\i ".;ick'-.
I Mil! rhiM : Im fi;itin'c, avant de reprendre ses proi"itiJMM<: (t M>ii iiiM^ dans la série des choses, a p-i" '='■ i'hi l;i«li\im!é: ainsi des eaux, des fontaines. Mm » :. I;i. :. MUM s, ainsi de l'eau considérée en elle- .... Ml. ..MMMir une source de force et de pureté; ,M. . .Il l.i iMonluf^^ne d'où jaillit le soleil (Sor-acté) • M I. Il II (\'nlcaînis), du rocher sourcilleux aux ... .11. « piDfondcs, de la pierre tombée du ciel, car- .. IM .Ir foudre (Jupiter Lapis), ainsi de la borne .,. 11. .1 f de vin, de sang, d'huile, Terminus, le dieu \t iinr. (|ui veille sur le champ et qui garantit le .Inmainc sacre de la tribu ou du laboureur ; ainsi .!»• I:i nuiraille qui enclôt la cité et ne peut être fon- ,\rti (jii'cn nn terrain consacré par des victimes et d/--. offi andcv ; ainsi du jambage et du seuil de la j.oife, de !a dalle du fover; ainsi de la prairie et du ■-iii'.n.
Il f:sf p.":'')iie impossible, même chez les peupi' . 1rs (Jus frustes, à plus forte raison chez des lii'lo (Mifopéens, d'établir une démarcation entre I'-. culte dire l rendu aux objets, et l'adoration des piii '^aiices in^Juses dans les choses, puis émanées f\'r. '':ljoses. l)ans la vieille Italie comme en toute .'lufre contrée, l'illusion anthropique avait donc '•.v'.'jii'': nrnis l'avons fait entendre, d'innombrables M':uir.'., inhérents d'abord, puis attachés, puis pré- \,(r.r.--. aux r,bjets et aux phénomènes, aux accidents f\f: la nature et aux événements de la vie humaine. li'. formaient des troupes, des essaims assez librenirjii rrpnndus entre ciel et terre, mais vaquant 'ha' lin à ^a t'klie préférée, qui dans la forêt, qui dans Im piniiie, qui dans les campagnes, pour surveiller les semailles et les moissons ; d'autres au l'Oifl (les fontaines ombreuses, autour des lacs et fleuves ; ou bien au foyer, dans Tâtre ; ou en-
core parmi les sépultures, au fond des antres ou des fosses qui conduisent aux demeures souterraines. Ceux-ci présidaient à Tunion des sexes, à l'accouchement, à la naissance, ceux là aux cérémonies funèbres, à la guerre, aux "arts de la paix, aux plus humbles métiers. Les uns protégeaient les cités, les autres les familles, les individus ; les uns apportaient la santé, d'autres les maladies. Ces groupes indéterminés et, pour ainsi dire, anonymes, reconnaissaient pour chefs soit des divinités locales déjà pourvues d'une personne et d'une légende rudimenlaire, soit quelque soldat sorti du rang, le premier entre ses pairs, qui s'était approprié le nom commun à son escouade et résumait en lui les attributs de tous.
Les forestiers, Sylvains et Faunes (les Favorables), faisaient cortège à leur confrère Faunus, vieux héros du Latium, père de Latinus, et à leur mèie Fauna Luperca. Les pastoraux se pressaient autour des deux Paies, mâle et femelle. Les printaniers autour de Mars, Maïa et Flora. Les agricoles obéissaient, les semeurs à Setno Sjncus le Sabin, à Saturnus, à Consus ou Consivius, les moissonneurs et vendangeurs à Tellumo et Tellus, à Ops, à Cérès, à Herculus, gardien de l'enclos, à Vertumnus, à F^omona, à Liber, dieu de la libation. Dans le monde féminin des bois et des eaux, les \'irûe ou Vires, Viriles, Lymphce ou Nymphx^ Casmenœ, Fiirice avaient pour coryphées C2erca, Egeria, F'eronia, Ferentina ou Méreniatis, Juturna, llia ou Venilia, proche parente de Venus.
Les préoccupations génésiques, si invétérées en Italie qu'une certaine image est restée jusqu'à nos jours une amulette chère aux femmes les plus honnêtes, donnaient lieu à une foule de pratiques licencieuses. La lubricité féconde était l'un des attributs les plus ordinaires des génies et des nymphes. On retrouve ce caractère chez les menus dieux qui veillent sur tous les incidents des unions chastes
4< L ::a:.îe antii^le
i.: i'-i n"i.i::ic:e Jj^^d^ic }futunus Tutunus qui a<<uie \\ j:n:ep ::.'::. et Subigus et Dca Prema, Peitun...!, r-jnja. .',-'- P'esiden: aux mystères con iu^aux
Lorsque Lujina .• zt\ï\ : è îa mère et mis Tôtre au jour, Teafan: e>: a:cuei": par Potina qui Tabreuve, liduca OUI lelè'. e. Cu>a qui îe touche. Ossipagû qui arïe •'.r.i: <ef .5, S:a:.i"u5 qui le met sur ses ;Mei<. Fa:inu>. Fa'ru'.'.njs, L:.:utius. qui lui apprend, e:.: A parler : î:e: ~u.:a !e jonduit. Domiduca le ramène à !a maison. Mens. Se:Uia, Volumnus, X'oîeta, Pa\en; a. \'en:.ia, X'oiupia. Lubentina, Pr.Lstana, P. "..eniia, e:,:. exercent son esprit, forment sa vol 011:0, ca'.:v,en: ses teireuis, guident ses désirs, favorisent ses p:emicres amours, le livrent, déjà fort et a^ile. à Peragciior. à Agénoria, à Stimula, qui riniiient à la luite guerrière, aiguillonnent son cneri^ie. tandis que Murcia, Numéria, Canier.a. (^iiius. C r;<u-, tempèrent son exubérance, cultivcr.t et aftinent sa raison. Flntin Juventas, sur le seuil oe la vie active, le recommande à Nério, la virile, et à la Fortune barbue.
Homme, il rencontre à chaque pas, en chaque lieu ou conjoncture, la divinité appropriée, dieux du repas cl de Ihabillement. de la cuisine, de Tétable, de la prison ; dieux des passages voûtés, Janus, Jana, Arquis. des montées, Ascensus et Clivicola, Limones; du secret, du regard, Forculus, Limenlinus, Laicranus, Carna ou Cardea qui écarte les vampiies ; dieux de l'honneur, Honorinus ; du gain, Lucrius, Pecunia, Argenlinus; AfFerènda, qui apporte la dot ; Arculus qui ferme les cassettes. Fessonia attend les gens fatigués avec sa sœur Quics. Pcllona chasse les ennemis. Rediculus soutient la rclraile. rs'oublions pas Salus, la Santé et Februa, qui, je pense, guérit de la Fièvre, Febris.
La série des dieux agricoles est peut-être la plus complète de toutes. Dans aucune autre n'apparais-
sent avec plus d'évidence la minutie et la pauvreté, le fétichisme verbal des vieux Italiotes. Aux noms mentionnés déjà, il faut ajouter les dieux du coteau, de la colline, de la plaine et du vallon : Jugatinus, Collatina, Rubina, Vallonia ; Seia, la semeuse ; Segetia ou Segesta, la moissonneuse; les protecteurs de l*épi, naissant, laiteux, mûr, de sa tige et de sa gaîne : Proserpina, Lacturcia, Lactans, Matura, Nodotus, V'olutina, Patelena. Hos^ tilina égalise les têtes des épis. Runcina enlève les mauvaises herbes. Messia procède à la coupe, Tutilina à la rentrée en grange, Terensis au battage. Il y en a bien d'autres, qui souvent font double emploi, Insitor, Subruncinator, Messor, Convector, Conditor, Promitor. Obarator et Occator remuent la glèbe ; Vervactor brise les mottes; Imporcitor herse ; Sarcitor sarcle. Meditrina s'occupe de la vigne ; Mellona des ruches ; Bubona et Epona des bœufs et des chevaux.
Ainsi se présente à nous, indéfiniment grossie par la cohue des abstractions personnifiées (Bonus Eventus, Annona, Pax, Victoria, Pudicitia, Libertas, Spes, etc.), la foule de ces dieux Indigètes, véritable fonds des religions italiques, consacrés par une liturgie rigoureuse, par des fêtes et cérémonies innombrables inscrites dans le calendrier, et intimement associées à la vie privée, publique et politique des Latins. Nous verrons qu'avant de se dégager du menu fretin qui grouille autour d'eux, les grands personnages de la mythologie s'y sont pour ainsi dire plongés et confondus. Ils se sont fait naturaliser indigètes.
A ce nombre indéfini de menues ou grandes divinités, dont les niimina^ nutiis, clignements d'yeux, causent ou arrêtent tant de prodiges, d'augures, signes souvent équivoques de volontés qu'il s'agit d'interpréter, les Latins prodiguent les prières, les offrandes et les expiations. Sans doute le rituel ne comporte pas encore cet excès de rigueur formalis-
S(i I. I lAI.IE ANTIQUE
tes, OÙ se sont ingéniés lesclergés de Romenaissantc, l'Iamiiies, Poiuifes, Saliens, Luperques, Arvales, l'ilicns, etc. Il est évident toutefois que les Indigitanienlj, Lihri ponti fictif Commentarii^ rédigés au temps tic Nunui et d'Ancus (VIII* et VIÏ'"), s'autorisaient d'usa^'cs et de formules plus antiques, déjà consacrées peut-être par l'écriture et, par cela même, antérieuis à l'influence étrusque. En effet, les Latins, Sahins et Sabelliens possédaient l'alphabet athénien archaïque avant que les Tyrsènes eussent enseifjrné le leur à l'Italie septentrionale. An reste, les mots bizarres, les ternies obscurs conseivcs par (-aton, par V'errius Flaccus, appartiennent à des â^^es reculés ; c'est la tradition qui les a imposés aux compilateurs liturgiques.
Nous pouvons, sans anachronisme, donner dès à présent quelque aperçu de l'appareil et du mobilier sacramentel, des pratiques expiatoires et propitiatoires.
La nouiriture étant l'unique souci du primitif, rien de mieux a»»:réé ne pouvait être offert aux dieux que (\c<^ aliments, des viandes, des gâteaux, du laitaj^^c, du vin, de l'eau fraîche. Le difficile était de connaître leur goût, sauf en un seul cas : le sang et la chair de l'homme, étaient pour tous, dieux et hommes, un vif attrait ; aussi, nul acte n'était plus pieux que l'immolation de toute la jeunesse d'une tribu, d'un ver sacrum ; mais il est à croire que celle insanité passa vite ; on jugea beaucoup plus sage de jeter dehors le croU importun, cet essaim nouveau que la vieille ruche ne voulait plus nourrir. Les sacrifices humains isolés durèrent plus longtemps ; l'histoire en a recueilli d'assez nombreux exemples. Toutefois, grâce à la substitution, procédé commode, on fît accepter aux dieux des animaux au lieu d'hommes, puis des mannequins et des poupées, puis des figurines d'argile ou de pâte, pourvu qu'on n'oubliât pas de les présenter ritu humano^ selon le rite consacré.
Sctendum in sacris simulata proveris accipi : tinde^ qiium de anima libus quia difficile inveniiintur est sacrificandiim^ de pane vel cera fiunt et pro veris accipiitntur,
« Il faut savoir que, dans le culte, les objets simulés sont acceptés pour réels. Quand les animaux requis pour le sacrifice sont difficiles à trouver, on en fait en pain ou en cire, qui tiennent lieu des vrais. ))
Maintenant, comment connaître l'animal préféré de ces gourmets invisibles^ Qui demande un taureau, un bouc, une brebis blanche ou noire, un agneau non encore tondu ; qui une vache stérile, une chèvre bien encornée, une truie vierge ou mère, un cochon de lait? Celui-ci voudra, sans doute, une victime qui n'ait pas encore porté le joug [injugis), celui-là un agneau de deux ans, ou une brebis de haute laine (altilanea). C'est la question que la probation, examen des plus sérieux, avait pour objet de résoudre.
11 importait d'abord que la victime fut appropriée à l'intention et à l'objet du sacrifice, selon qu'il s'agissait d'une consultation divinatoire, dune prière, d'une action de grâce, ou d'une expiation : hostia consultatoria, commendatoria, impetratoria, depulsoria. Il fallait aussi deviner les préférences des dieux. On s'arrêta au procédé fort commode de leur offrir des victimes qui leur fussent ou agréables ou antipathiques, pensant qu'ils se réjouiraient de recevoir les unes et de voir mourir les autres. Ainsi on pouvait sans scrupule immoler à Cérès le porc ennemi des moissons, à Liber, le bouc qui broute les vignes, aux chastes Cainénes, la truie immonde En général, on réservait aux dieux infernaux les victimes noires, les rousses aux dieux ignés et à ceux qui semblent brûler les moissons, tels que Vulcain ou Robigo, les blanches aux personnages solaires et célestes. Le plus souvent les dieux et les déesses demandaient des victimes
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de leur sexe et de leur caraclére, réel ou supposé : Mciis, Neptune, des mâles enlieis et fiers, taureaux, \ Cl rats, béliers ; Jupiter des bétes sages et soumises, bœufs, porcs et moutons; Proserpine une ^'cnisse bréhaigne, Gérés une vache pleine; Juno I.ucina les brebis mères de deux jumeaux, amhi^ncv oves. Tous aimaient que la victime eût f)u deux dents à chaque mâchoire ou une dentition de deux ans, hiJcns, hidetiiaL Mais le porc, par dessus tnul, déjà si cher au bon Eumée et aux héros de riliade, faisait les délices de ceux qui le nianf^eaient au nc^m des dieux ; il était doué, et plus eii«.'oic la truie ffiassc et tendre, d'une haute vertu expiatoire. En somme, cl malgré tant de formalités, les dieux latins n'étaient pas trop difficiles à satisfaire, ayant toujours le goût même de leurs interprètes et de leurs lidéles. En prenant soin de ne jamais leur présenter de poules à bec et à pallcs jaunes, — qu'ils avaient en horreur, — on pouvait, avec un peu de craie, leur faire accepter un Ineuf roux jxnir un blanc, et rajeunir singulièrement la bc.e en lui dorant les cornes.
Il suffisait de savoir correctement frapper la victime, sur la lûte, au cou, dans le poitrail, avec la hache [sccna ou .s\7C<.';/.7), le cluuAchim ou \tculciiu!tts^ avec le maillet de bois ou de plomb ; découper les chairs sur le billot, inolucrum^ avec la secespita^ ce bon couteau du prêtre, lame oblongue solidement fixée par des clous d'airain (de l'airain de Chypre !) â un manche d'ivoire, rond, orné d'or et d'argent à la garde.
Ce n'était pas tout cependant. Il fallait encore que le sacrificateur fût parfait cuisinier, qu'il sût apprêter à une sauce avantageuse le morceau, le mets favori du dieu, les partes prœsiciœ ; soit les entrailles, fendiccv, hiraœ^ ou le péritoine, omenium^ les testicules, polimina, les estomacs des ruminants, ceriimnœ^ soit la queue de bœuf saupoudrée de farine, palasea, ou garnie de chair à la base,
offa penita ; soit la cuisse, strebula, ou la poitrine, ritma. Guidés par leur propre. goût, les habiles parvinrent à connaître assez bien, à deviner les plats de choix, les far cimin a, ragoûts et hachis. On s'aperçut, notamment, que tous avaient un faible pour les abats (i) exia, intestins grêles farcis (apexabones), boudins de sang de bouc (hircice), de poumon haché [silicerniœ^ longabi), de saindoux et de tripes (tœdœ, nœniœ). Dès lors, il ne fallut pas se tromper, mener un taureau à qui voulait un bœuf, servir du bouilli (arvigœ^ hosiîœ)èi qui aimait le rôt! Surtout il importait de n'omettre aucune des formalités prescrites: les rubans et bandelettes, infulœ, vttice, pour le temple et les victimes, le sujfibulum, sorte d'agrafe chère à Vesta, le voile pour la tête (capital), ou même pour la main droite, ni, en certains cas, le cincius gabinus (manière de trousser la toge) ; encore moins les herbes saintes, verveine et autres, les arbres heureux seuls admis aux foyers divins, enfin les paroles, les prières, dans l'ordre fixé par le rituel. Fi de l'invocation qui ne débutait point par Janus î (( Jane paler, te hac strue bonas preces precor uti sies volens propitius mihi liberisqiie meis, dojno familiœ que meœ... Ejusdeni retergo mactevifto inferio esto,.. )) (( Janus pater, avec ce gâteau je t'adresse des prières pures ; veuille être propice à moi et à mes enfants, à ma maison et à ma famille... Aux mêmes fins, sois honoré (glorifié) par le vin répandu ! )) Il y en avait comme cela pour tous les dieux, toutes les offrandes, toutes les victimes et toutes les circonstances. Chaque oubli, chaque erreur entraînait une nouvelle cérémonie, expiation, piaculum, réglée par le prêtre et, naturellement, très profitable
( I ) Exta porriciunto, dis danto. in altaria aramve focumve eove quo exta dari debebunt. (( Déposez les entrailles, donnezles aux dieux sur l'autel, Vara, \t focut (autel portatif), enfin à Tendroit où les entrailles devront ôtre offertes. »
;. i r. rr \:.lk an tu'^i:e
: . . j •:','.::': !v puii. :i y avai: '.es amendes
'..- :-.':: lit .;n:n'^r''iis ieî incoavcnients : -'. ; j :.'z:.- r-.'jfi n-jÇj for.:riant'i. d'acroi3 /îj/o- 'c; .j >.j .-r^.'ir^ ^'irri-î.iiciu le miiie façons, en ;f;*;j-? Î.J.. ;- .': 7 îa-'in-c-s. it: inicl. le lait et le sei. S . . ,i . j.' .•:*» n-.iri- ':t ^açl-^uetoi-î la recette de .-. ^ /*/./-/ 'lii /// ï (./-/. /'.-.r lihi. V'iRorLE) : a/'rici^^ tr.n'.iiA. . ifnnii:uin, cnn.'il'oltum, cuhulj. glomus, ^y itill I fi.iiUtini. \nhit.:uli. siimm.injliji, turundji. t'. I. '/ -i. iir 'l'.-s t.ilricLî'*s. situes, fabriquées par 'l'i'i Uru/fr J (ni : .!<:• i.'ï im//ij jomposés de qua- ».'c « > .'. rr- ■•: faîi.-^- : .ic-ï suffîmcnta^ fdve et mil- .'.'. •:':. iv- ' : w:- '.lu mq nouveau. Le /-ir piiim ou iii'r// /■// î//j/. -*! c:npli.yo dan-? les sacrifices ou U- . ■. f<Jfii-.ni'.'»i -.ju'xn CM a ti:é les mots confarretio r 'MfiiiinMi- iM ruipii.ilc) et inimolare, dounait lieu .111' iii.iMiiiiil.iii.>ns les plus méticuleuses. Il n*y i-ii'i.iii .jM'- lin «.'.-l hiuc et fondu par les Vestales, ^|ii iinr tieiii <le r.iiiii'j extraite d'épis cueillis, séi Im-- , i-;.'n-ii..-s, ^nilés, piles j^ar les mômes person- II'- ;iinif^. (.■h.ui^cc'* d'approvisionner les autels. I.(v.'iirii\ lie liédai.uî'iaieni pa^^ non plus certaines liMiiiIJK-s, /i7///i, /iiimcu, f>u!tds rc/rivx ; ils buvaicMi aussi du lait, du vin doux (.sMcriwjt), surtout (Ir. l'iMu ilu Numicius, de l'eau de source, qu'on ji-iaii sui la U-rie pcndaiu que l'officiant mangeait cl liisftihuail les ^àlcaux.
I xs vases sacrés étaient en argile ; tous les textes •. ;u-i-<Mileiii sur ce point; lorsque l'abondance des métaux peruiii de les faire en bronze, en argent et en ()i\ ils ^^ardéreiit les formes de la poterie antique, telle que (^icérou put la voir encore dans les temples de Vesla. « Ces pots, disait-il, lui en avîuent plus appris sur les rites des ancêtres que les dissertations des Stoïciens. » A des formes anciennes demeuraient attachés d'anciens noms, calpar, .irfcn'j, ailurnitim, .ithaniivium, simpulum ou simptivium (d'un usage si général que les dévo-
LB LATIUA AVANT RO.^B nx
tes s'appelaient simf'uUh'îcfts)x Kï/e^.ï (l'insigne des Epulo'as) ; gtiUus, qui versait le via goutte à gouite X tutite. amphoi-e sans pievl. toujouis portée par les Vestales ; mMluvium^ f^otluhum^ dx^wi^ix^ et bassins à laver les maias ; cifts^ c.ï/^^t/.^ s:.ipi.\i<\ cj/^triunca/j, Uf^^st,^^ vaisselles sabines ; /jxkv^wV, grands bénitiers placés à l'entrée Jes ieiuples» pleins d'une eau dont les dieux reconnaissaient déjà la vertu.
S'ag ssait-il de laver quekjue faute iudivivluelle, ou d'attirer sur une maison, une \ille, un champ» sur les moissons et les veno anges la ta\eur des patrons célestes et terrestres (fft^JtiWutut) ou sv»uterrains? des Indigétes ou des .Vtuv«&i<.yçN (sabius)> une aspersion correcte, !usif\^in\ le plus sou\eni ambulatoire, antbuthnim^ Jm^.l/ t.i/m» produisait les résultats les plus salutaires, suuoui, cela va sans dire, quand elle était di1n\ent accon>paj;néede sacrifices, d'oflVandes et d'invocations cv»nvena blés, indéfiniment récitées et répétées sans qu*uno syllabe en fût omise.
Tout ce « mécanisme liturgique >^ dit lUniché- Leclerc, inventé pour porter aux tlien\ ei iraduiic dans la langue qu'ils avaient choisie les luunma^ifs des individus, ()u de la tribu, de la natii»n w tivail pour centre et pi>ur mineur Tuiiliu^ pratique . l lue partie des actes relij^icux avait pDur but troblemr leur protection » ; tous les autres, de déiouiner i»u prévenir leur colère
(( La théologie dimnait Ci ces derniers le nom d expiations », quand ils étaient destinés A rc^parrr les effets de fautes privées ou publiques, ic-elles i.u supposées ; et le nombre de ces péchés, pirvu*. et catalogués dans les C<^niwctJtiJiiifs Jcs I*t>nh/f\ éiait aussi considérable que la nature en était puéiile ; ils consistaient presque toujours dans romissionde quelque formalité liturgique: « ScicnJiitn... s/ ijniJ in certmonih non fitetil ohsovcitinn^ piaciiluni .ni mitti, )) (( Si quelque point dans les cérémonie-.,
^f, l. ITALIE ANTIQUE
Il 1 i>.i . ':i': .jl)-»cr\é, l'cxpiatioii est nécessaire )». On '-.;: !.n' luiilc puur recommencer les processions, I''.: ji-.m u! lc■^ sacrilices vicies par la négligence !•:; ..ih i.iiils uu àcii tidcles. ou bien pour offrir aux ilii-.iu iMilc-^ de> hccauuiibes, libations et lustrali'iiii uiuivL-llcs. Mais il > avait aussi des fautes jii^M'.n im:\|)ial'Ics. Cl qui entraînaient Texcommu- II i> .iiKMi inif^ins ne jitJelu f'Ijcjrc Jouis ir.imdeoriitn. 1 ' : .licu\ iiumifcsiaient leur mécontentement par iir. 4 iii^m: . qu il fallait interpréter, par des mala- .lii:j, .If» ciia^Uoplics et des prodiges, incendies, ..iiifi;iin ;, tiupiions Nolcaniques, apparitions de l.nii.'int ■: ou .le Cv>inv:ics. Tantôt une vache ou une ai.iiui a\.ui p. Il le. Il était ne un veau à cinq pattes ..u .1 lUuv une-.. Mars axait brandi sa lance. Un i lil.iiii a\aii ^lie victoire Jaiis le sein de sa mère, lin Lbi.iiin vl'abeilles s'élail posé dans un camp ou -m un laui ur »^acré.
/ ..I. ..> .■•.»/ r.w.i »#i;r.ir> in t^enctralibvs altis.,. IL.i.. .•/-.i M.ni'ium .i<!n<.r . '/lI'J^l/e iicfu .'I « •/■...i\-. .ii-j.. ".■, i. /^*.:.i\".,N par mutua nexis
I ittfn,,.. \ .»/v.\ . ^\Ui>*ufi ^n nimus^ induit,
.. l'ji Liiiii.,! -i'cUn. lU AU ^cixux de la haute deli.v.iiiv .•'«.•iivl.nii. v^ pu\li>;e, s'abattit sur cet arbre . »»i»»i loi I..IM l'»llv»a d'abeilîes, et l'on vit Tessaim ..li» |i»itu > !> nu. l.t.Ov*s pciul'.e à ruîi des verts ra- ».....m\ \».*^mU^i U- .U-n ii\ le \ .''is. dit- il, arriver de I K .. I. i.» iu» lu'»,«-ï vMianjLic;. 'C le vois dominer
I'... L.itjo /i;u» i\i xiv.îOn e;î/s îa ville; des .;..i..i»«^ .o.M.iii la»; !xi-.; i'..J el,^:''.^ la barbe de |i., n». I».a i.u-5 ;n:îî.. ■. . ^v■ ^^-^ .-.OS lip.gots d*or OU .1.. (. .
. N ; > . . . ". - ' jt \\'^ c: y'C \ous dire
II tonnait dans un ciel serein. Une pierre était tombée du ciel. Des armées avaient paru dans l'air. Des flammes avaient jailli du sol. Un gouffre s'était ouvert dans un champ, sur une place publique.
Chaque fait de ce genre, et bien d'autres, donnaient lieu à une instruction sérieuse. On entendait les témoins dignes de foi. On décidait si le prodige concernait la nation ou l'étranger, s'il était privé ou tuhlic^ prodigium publicum. C'était ce qu'on appelait suscipere, procurarc proJii^'ium, (( prendre en considération le prodige et en procurer l'expiation ». Quand les prêtres, les augures (plus tard les haruspices et autres devins) en avaient expliqué le sens, les mesures étaient prises pour en conjurer les effets probables, ou en effacer les conséquences. Un décret faisait connaître la requête, la volonté (poshlioncni) des dieux, et ordonnait les cérémonies nécessaires, et l'ordre des prêtres était sanctionné par les p.itrcs, les anciens. Plus tard un sénatus-consulte donna force de loi au décret des pontifes : mais nul doute que ces formalités ne consacrassent de vieilles traditions latines etsabincs. Quelques procii)\ilions, qui nous ont été conservées, rappellent des époques tout à fait primitives,
Toutes les fois qu'on avait entendu parler un bœuf, il était d'usage que le Sénat tint une séance en plein air, — sans doute dans la prairie même où les vaches pouvaient Tentendre ! Les pluies de pierres, si fréquentes en ce temps-là, devaient être procurées par neuf jours de fériés (processions et danses) solennelles, par ces jutnJines (yoveniJies) qui devinrent plus tard des ioires et marchés. Les sécheresses, très naïvement, étaient traitées par VAqiieliciiim^ cérémonie où l'on faisait jaillir de l'eau. Quand il naissait un hermaphrodite (à l"rosinone), ou que Jupiter laissait la foudre tomber sur Junon, il était recommandé de faire chanter
',H I 'lIAI.IK ANTIQUE
Il «II--: \nr\ iirMif jrtiiif?s vict'H^CR, sans omettre les vicfimrii vtifrufrs, c! .'iiitrcs îicccssoircs. On n'avait p.i-, iilii-î lui -.rnii iMi .ippris un tremblement de f' iir «jur t\v\ |(*ri(v» convenables (étaient immédiairiiinii (itfJMiinrcs ; mais, par prudence, ignorant fjtirl flint nu i)U(*ll('. (iôcKSc faisaient trembler la irifr, Ir-» piTiics se scrvalcnt de ia formule: Si .frin, ti ./r.f, SI (/rr», si ./(\r. qui nc pouvait choquer tiif II lie- ilr't puiHHiimxs mystérieuses conviées aux ciH. iili.r. V'iuii le icxtc de V'arron : Ubi terram $$iin'i\\r M'ftsn.int, fnitut\ilut}i re ercit^ feiias ejus rei i .ri/%.r '■■//• /•' nfif^ri.ih,nit, st\i dei nomcHy lia uti solet^ i tn \rn.ni /i-M.r.s i»/><»;/<Tr/, st.itiictcci edicere quies- . rl'.nit, in\ .i/inin f)it) i/ic) nomiuaudo^fahareltgione l'ttf^ithiin .id/ii^.nrni.. . liosti\im si dco st deœ — inimtt/.ih.vtt . .\ .///f»/i/ji// vt .]nj vi ut per qiiem d'ttntm ir.innn vr trrt\i tt C9ficrct, inccrtum est,
\ .r , picMi i|)iM>ns litudles se sont évidemment « uiii|ilii|uir'. La ihlicssc cl l'orgueil du peuple iiiiniiin, 1.1 iiv.iIiIj' mi(^rcssùc dcs collèges de prêiif., mil IwMuroiip ajiluici aux pompes rustiquesde I ..imnilr. i|r I m\ inmni, et luûme de la Rome priiiiih\r. Mais lien n'a dOnalurci le vieux fonds du < iilte italiiiic.
Nnus avons re^'onnu, dans les croyances les nlir; inliiucs et «lans les ptipulalions de l'antique l.atiuin, une naïvclO scirieuse, une ôlroitesse d'esj)iil, ijiii l'onlrasienl avec TcViat joyeux des Achéens iiniiK^riiiiies et îles belles lif^ures olympiennes. Ce n'est pas que les friandes ilivinités manquent à ces «)bsciiis porchers de Kaurentum, î\ ces farouches laboureurs Iù|ues, tenant d'une main la houe, de l'autre le javelot, et nous serons fort embarrassés d'établir entre ces dieux une hiérarchie ; toutes les tribus latines célèbrent en commun les fêles de Jupiter Latiaris, qui siéjîc sur le mont Albain ; les Sabins honorent Mars et Sancus, et Quirinus ; les Prénestins (Herniques) Cacculus ; les Volsques Jupiter Anxur et la Fortune ; autour de Saturnia,
c'est Saturne, c'est Janus qui tiennent le premire rang, Diane à Aricie. Mais ce sont, en somme, les petits dieux, les dieux de Tanimisme qui touchent de plus près au cœur des Latins, et qui sont l'objet d'un culte si minutieux, si perpétuel, qu'on se demande où ces peuples prenaient le temps d*aiguillonner leurs bœufs, de paître leurs porcs et leurs moutons, de forger leurs pilums, leurs piques et leurs boucliers, de piller et de chasser leurs voisins, hommes et fauves, enfin d'exercer leurs diverses fonctions laïques ou sacerdotales. On s'explique comment, durant tant de siècles, parmi tantde dévotions parfois barbares, souvent égayées par des sacrifices appétissants, leur existence a coulé si obscure, si inutile et si digne d*oubIi.