‹ L'Italie antique (origines et croyances)Chapitre 4 sur 51 · CHAPITRE DEUXIÈME LE CULTE DES ANCÊTRES ET DU FOYER · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME LE CULTE DES ANCÊTRES ET DU FOYER

Les pratiques funéraires : impureté du cadavre, de la maison où il réside et des personnes qui le touchent ; aspersions et sacrifices expiatoires. — Inhumation : sacrifice et banquet funéraire ; Saciificium novemdiale^ Feriœ denicalts, Parentatio. — Incinération : os exceptum^ os resectum. — Le monde d'en bas : inftri; enclos d'Orcus ; Dispaier, roi dts trésors et des ombres. — La devotio^ rites et formule. — Le mundus et le hpis manalis. — Les Lémures, les Larves, les fantômes nocturnes. — Les Mânes : Kerus Manus, Mana Géniia, Summanus, Maier Maïuta. — Commémoration des morts : ks Feralia, les Caristia. — Les Laret {Lases), de la famille, de la rue, du carrefour, familiarcs, violes, compitales. — Les Génies, le dieu Genius. — Les Pénales, fidèles gardiens des provisions [penu] et du foyer, domestique ou national. — La reli8:ion domestique, culte des ancêtres et du foyer, dont les rites secrets se transmettent de mâle en mâle, préside au mariage patricien (Coti' nubium) ; tiaditio, deductio, confarreatio . - Vesta, déesse du foyer privé ou public, intimement liée aux Mânes, aux Lares et aux Pénates, est inséparable de l'autel et du sacrifice. — Le rôle du viuudus et du feu sacré dans la fondation des villes, notamment de Rome. — L'atrium et le penus de Vesta ; simplicité et pureté de son culte. — Les Vestales, honneurs qui leursont rendus. Châtiments qu'elles encourent.

Le problème de la mort est le premier qui se soit posé devant Thomme, au sortir de rinconscience animale ; on peut même dire qu'il a été résolu avant d'être posé. Herbert Spencer, E.-B. Tylor, Fustel deCoulanges, nombre de savants après eux, ont expliqué comment Tombre mouvante des ob-

jets, l'image réfléchie par les eaux, les fantômes évoqués dans le rêve et Thallucination suggérèrent la conception d'un double^ d'un corps subtil, plus ou moins séparable du corps mortel, d'un simulacre inaccessible à la maladie et à la mort. De ce dédoublement sont issues toutes les croyances et les pratiques funéraires. Mais, bien qu'il éludât, qu'il écartât les terreurs de la séparation définitive, cet expédient idéal ne pouvait supprimer l'impression vraie causée par l'évidente extinction de la sensibilité, de la parole et du mouvement. Si bien que, partout, le culte universel des morts fut, et est resté, un compromis entre deux convictions presque égales : la certitude de l'événement lamentable et sans remède ; et la foi craintive à la vie d'outretombe. C'est ce conflit et ce mélange de deux sentiments contraires que le Folk-lore retrouve dans les traditions et les usages qui intéressent au plus haut point le philosophe, l'ethnographe et l'historien : car, dans le livre des religions, le chapitre de la mort, à quelques variantes près, ne diffère que par la langue où il est écrit ; en tout pays, chez tous les peuples, l'organisme de la famille, de la tribu, de la cité est intimement lié aux croyances et aux pratiques funéraires. Mais bien que foncièrement identiques chez toutes les nations qui ont reçu, à un degré quelconque, la culture indo-européenne, ces croyances, ces pratiques ont pris dans l'antique Italie, dans la vie privée et publique des Latins, un développement, une importance dont la Chine seule nous offrirait l'image et le pendant.

L'ordonnance des funérailles latines reproduit la marche même de l'esprit. On y sent tour à tour l'effroi, le dégoût, le respect, le chagrin et l'espérance.

Durant sept jours le mort reste dans sa maison, où, d'après Servius, on le laissait se dissoudre jadis. C'est la collocalio (de locus^ lieu ; le cadavre demeure sur place). Pendant cette période, nul ne

LE CCLTB DBS ANCÉTRBS ET 1>V Fv^YER 6j

peut toucher le cc»rps sans contracter une Sv^uillure ; les parents, la maison sont i-^puies impars, j.^musJr.n^slJi. De là toute une stînc de pu ritî calions expiatoires : la salle est balayée a\ec um balai sacré: devant la porte est tichë ou suspouviu un rameau de cyprès ou de sapin, ancdire do noire goupillon ; u:îe truie, qui trouvera bicnii^l son emploi, est immolée en Thonneur du mon, cVst la porc.i pfji^scntanej (un terme assez \a^uc ; la truie offerte en présence du défunt, ou bien préliminaire, préparatoire) ; car le moment est venu du convoi, des obsèques, cxsi\jui.v (de se,pn, suivre, e.r, hors de la maison), I.e corléjie, qui devint si somptueux, detîlant sur les places avec ses pieu reuses, ses musiciens et ses mimes, se rendait au lieu de la sépulture, ordinairement très prés de la maison, dans l'enclos même, pour que le mort se sentit encore chez lui, pour que le lils put, chaque jour, rencontrer ses ancêtres.

Le mot qui signifie enterrement, hutn.itio (de humus, terre, sanscrit h/iumi), a survécu A lusage, très postérieur, du bûcher. (Noterai- je que notre mot inhumé sij?nitie le contraire du latin înhum^tus, qui veut dire privé de sépulture. In est timtiNi nt^ gatif, tantôt It^calif ; c'est dans ce sens que le fiançais Ta employé).

La fosse était arrosée de vin ; des fruits, des fleurs étaient déposés sur le cercueil, ainsi ijue deux béliers immolés ; il est certain que des créatures humaines, plus tard représentées .symboliquement, accompagnaient l'hôte des séjmirs inférieurs. Une pelletée de terre, la première, celle qui nous remue encore le cœur, était jetée solennellement ; puis sur la tombe comblée, pnrnii des arbustes fraîchement plantés, un banquet (silicft ■ nium) était offert aux assistants et au nn^it j^résent, bien que couché sous la dalle funéi:iiie. L'idétî d'impureté s'évanouissait dans une fumigali(»n de baies de laurier. Le neuvième et le dixién»e jour

64 l/lTALlE ANriQlB

aprCs ies lunoraillcs. une nouvelle cérémonie, sacn'ndîtm r.orcmJijIc. un nouveau banquet, accompagne de jeux funèbres. fWLv acmcales^ fixaient dctinilivcmeni îa ^iiuaiion du mort, jusque-là fort indécise, et consacraient son retour et son installation favorables dans sa famille, sa maison, au foyer domestique, où les anniversaires, annuels ou mensuels, ramenaient d'autres commémorations, comprises sous le nom de f-arcntatù-^.

L'inhumation demeura seule admise en principe ; seule, correctement accomplie, elle purifiait le moil Ci les parenis qui l'avaient touché, donnait aux Mânes accès dans les royaumes souterrains et levait l'interdit qui frappait la familleywwes/e.

Lorsque l'incinération l'eut emporté, sous les Tarquins peut être, le Rituel f^onlificjl usa de subterfuge pour sauvegarder au moins un simulacre de la CvHitume ancienne. D'abord une motte de terre, jeiee sur les cendres éteintes, figura l'inhumation ; ou bien quelque débris épargné par la tlamme. .\n' cxccf^iunK lut enterré; puis on prit Thabiiude siniiuiiere de couper sur le cadavre un doigt, (\'î *cscct:njK et de faire à celte partie réservée, les honneurs de véritables funérailles, — ces fenje dénicjIcs, qui assui aient au tombeau l'inviolabilité. — Par un privilège, qui compliqua beaucoup, plus tard, les questions de propriété, les sépultures étaient retranchées à jamais du monde profane, et exceptées de tous contrats de vente. — Au reste, lentement, les mœurs modilîérenices proscriptions traditionnelles ; les cénotaphes, les fosses communes - - pitiictili\ culÙKv - - les tombeaux de famille, les co///m/\irM, enfin les cimetières, obtinrent tour à tour les honneurs, le caractère sacré, mais nullement le prestige de crainte respectueuse, attachés dans le principe aux sépultures antiques.

La sépulture était refusée aux hommes frappés de la foudre (haïs des dieux), aux suppliciés, indignes de frayer avec les mânes (les bons), et aux

Page 1