CHAPITRE HUITIEME LES OMBRIENS
Histoire de lOmbrie antique. — Parenté possibîe des Ombriens primitifs (Ambrons, Antra) avec les Is- ombres et les Insubres. — Ils appartiennent par la langue et la rclt^ioii au groupe ausone. — Découverte, en 1.444, *^ Gubbio (antique Eugubium), des Tables Euguhines. — Conjeciuics et controverses sur l'âge, l'écriture et le sens de ces documents. — Fréret remarque une de ces Tables écrite en caractères latins qui ne peuvent être antérieurs au 111'" siècle avant noire ère. Les autres sont rédigées en caractères étrusques. — En 1841-1851, Aufrecht et Kirchoff reconnaissent dans l'ombrien un dialecte iialioïc, voisin de l'osque et du latin. — En 1873, ^^' Michel Bréal donne au Collège de France l'explication raisonnée et savamment commentée des Tables Eugubincs. — La phonétique ombrienne. — Esquisse d'une grammaire ombrienne. — Les Tables sont des avis rituels destinés à Ctre suspendus, nlVichés à la porte des temples. — Formules sacramentelles et programme d'une Lustration de la cité Iffuviênne. — Procédés auguraux. Prise des auspices. — Les diviniirs do rOmbrie comparées à leurs similaires et homonymes latins, sabins et étrusques.
L'Ombrie a sa place dans l'histoire, place peu remplie sans doute, mais cependant jalonnée et comme dessinée, en ses contours variaMcs, par de grands événements, f.e nom de TOnihiie était connu des Grecs. Hérodote au V* siècle, Bavait que les Tyrrhénes avaient abordé en Omhrie. Ka \nm sance étrusque s'étanl développée en territoire ombrien, il s'en suit que la domination oml>ii':nne était antérieure à l'arrivée des Tyr^énc^t, c'c«ît-À-(lirc
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au X* siècle, et Ton a supposé, selon toute vraisemblance, qu'il ne lui avait guère fallu moins de trois ou quatre cents ans pour s'établir, de l'Adriatique à la mer Toscane où se jette l'Ombrone» du bas Pô au mont Gargan où la Valle dei Umbri en garde le souvenir, et à la Campanie, où Capoue était considérée comme une cité ombrienne. L'Ombrie indé* pendante fut réduite par la conauète étrusque à une bande étroite, comprise entre l'Apennin et le haut Tibre, d'Inguvium à Tuder, à Spoléte, où elle confinait à la Sabine. Lorsque l'invasion gauloise eut brisé la force des Etrusques et enrayé les progrés de Rome, TOmbrie espéra se soustraire au joug des futurs maîtres du monde, comme elle avait échappé à ses voisins Toscans. Ce fut le rêve d'un siècle.
Alors s'engagea une lutte de quatre-vingt ans (343-265). Tantôt coalisés, tantôt secourus par des aventuriers grecs (Pyrrhus) ou par les hordes gauloises de Sena et Sena-Gallica, Samnites, Campaniens, Japyges, Bruttiens d'une part, de l'autre Ombriens et Etrusques, disputèrent et vendirent chèrement leur pays à la fortune romaine. Tous succombèrent, les Ombriens en 293 (bataille de Sentinum), les Samnites en 290, le Sènons en 283, les Lucaniens en 275 (Bénévent), Tarente en 272, les Salentins et les Messapiens en 267; enfin «la destruction de Vulsinii en 265, fut le dernier acte de la guerre de l'indépendance italienne » (Duruy), et marqua la fin de la puissance étrusque. L'Italie péninsulaire était désormais sujette de Rome. Quant à la vallée du Pô, la conquête en fut commencée après la première guerre punique, 229-221, et achevée après la seconde, 200-163. Les Ombriens, qui nous intéressent principalement, avaient été si complètement vaincus et soumis qu'ils ne se compromirent plus dans les soulèvements passagers des peuples italiens; ils demeurèrent étrangers môme à la guerre sociale, 90-87. On voit Marins,
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sur le champ de bataille de Verceil (toi), donner le droit de cité à mille Ombriens et à des citoyens d'Iguvium.
A VerceiL ils se trouvèrent en face des Ambrons, peuple germanique ou gaulois, et on remarqua, non sans surprise que leur cri de guerre: Amr,^^ Amra î se confondait avec celui de leurs adversaires.
Ce menu fait vientàTappui d\mehypothï^se qui n'a point perdu tout crédit. Observant que les Ombriens de la Cispadane portaient le nom dlsombres, et que sur la rive gauche du tleuve habitaient les Insubres, nation celtique ou gauloise, on put soutenir, sans invraisemblance, que les Ombriens étaient un rameau de la race celtique. .Mais, d'une part, l'anthropologie distingue aujourd'hui les Celtes bruns, à tête ronde, des Gaulois blonds i\ têie longue, arrivés beaucoup plus tard sur le Danube et les Alpes. C'est donc aux Celtes seuls que les Ombriens pourraient être apparentés; ce sera aux ethnologues, à mon ami et collègue Hervé, de décider ce point. D'autre part, les (ombriens qui ont dû longtemps vivre avec les Celtes des .Mpes avant de suivre les Sabins et les Latins dans la péninsule, pourraient porter un nom celte, même gaulois, sans appartenir aux races Celtes ou Gauloises. Enfin, l'ethnographie qui ne connaît que les nations — et non les races — , que les mœurs, les langues et les dieux, est forcée de ranger les Ombres et Isombres dans le groupe ausonien; cl elle s'appuie sur un témoignage irrécusable, le déchiffrement et la traduction des fameuses plaques de bronze connues sous le nom de Tahles lùi^uhinc's.
La chute des langue^, ou leur léduction en patois, ne coïncida pas entièrement avec la défaite des peuples qui les parlaient. Sauf l'étrusque, idiome étranger et demeuré inconnu, qui semble s'être éteint peu de temps avant nutie ère, sans avoir laissé dans les dialectes voisins d'autres vestiges
que des termes liturgiques, les autres subsistèrent plus ou moins longtemps. L'osque, qui avait une littérature- (les Atelianes)^ très goûtée des Romains, l'osque, langue maternelle d'Ennius {239- 169), familier encore à Lucilius (148-103), avait survécu à l'introduction de l'alphabet latin (Table de Bcintia] \ il figure sur les médailles de la guerre sociale. L*ombrien, selon toute probabilité, était parlé encore au temps desGracques (i 33-121).
Les documents qui ont permis de restituer en grande partie cette langue sont authentiques et relativement anciens.
En 1444, dans la plaine où s'élevait l'antique Eugubium, près du théâtre, en un souterrain richement décoré de mosaïque, une heureuse fortune fit découvrir neuf tables de l'airain le plus pur, où s'alignent des caractères inconnus, (( les plus anciens monuments peut-être, du monde, au moins de l'Italie, » et que Ton regarda comme contenant les lois des anciens rois. Deux de ces tables, empruntées par un personnage très distingué, n'ont jamais fait retour au musée du palais communal où reposent les sept autres; vers 1540, elles ont passé pour figurer parmi les raretés du palais ducal de Venise; en fait elles ont disparu. Tel est, en substance, le récit qu'on peut lire dans l'ouvrage du jurisconsulte Antonio Concioli, originaire de Gubbio : Statiita civilatis Eiif>uhii^ 1673, in-f". La renommée de ces documents s'était quelque peu répandue; dès le XV% un comte Gabrielli en aurait transcrit un fragment; au XVI" siècle, un chanoine du Crémone (i$2o), puis un savant hollandais, Smetius, ij88, en avaient publié des spécimens, suivis par notre Dupuy (Puteanus) et par Gruterre en i6or. Bernardine Baldo risqua, en 161 3, un premier essai de traduction, qu'il intitule avec une sage modestie divinatio, et que l'orientaliste Richard Simon traitait (( d'impertinences )). En bon discipte d'Annius de Viterbe, Baldo traitait les tables par l'hébreu. « En