‹ L'Italie antique (origines et croyances)Chapitre 36 sur 51 · LES :M3RI · texte numérisé non relu

LES :M3RI

ve zi :é- af'j uxni t Richa rd Si tli : c . u à u : j v c i i: ■ ;:spi u btea pQgècrrtrrr. oa pi^c.c îcit; : n^^pi :•;*, ^oc: v>,n*: que :es mots scacliecmu.^. Uc: .-hi-jcic^ y ::v^ .^ijtic plat-:t 5a langue ^hiiioi^^i qii'u-: Ju.if ::'y ::cU'.^:j ".* langue hébraïque. •!

L'anaee suivunte. :ô:4. vi: pd:-jL::-.\' .i > v:-.^s, -.iiic iraducâoa no a moins e.\:ruord::M;:T?. l'^ji^x v-u lÎT-Te sur Les Origines v.v.'it.'s ;^i >e. ;;:.'>'. '\iu:^»"u:\ îc Hollandais Adrian van Scrieck» avau iasciv 'a sO^^is" de la /ji'^cf.VIL re\;ue, à Paris, d'un Je ^^vTs aiîus qui la rapportait de Rome: il y voyait U" i^Uîs< aucicu monument de la la langue lîsrcrUinJais^c, v.\* u'èuit pas de quoi encourager les cruôits plus puuîciu^i. «Je n'y ai jamais pu mordre, ^criviiit SsUuu.^ise <^ Peiresc. Je ne sais comment il s \ faut picUsUv; s'il faut aller de dextre à scnesirc. ou de scuesuo «^ dextre. Ceux qui ont voulu interpi\ 1er ces l\\hUs /.'w giihines ne me peuvent satisfaire. Mêlions donc ceci entre les choses que nous ignorons parfaiien\enl. ^>

Après une accalmie d*un sic^cle» il se moduisil. vers 1726, un accès d\'nlusi\ismo W/iïncc, lorn de \i\ publication très complète et assez ciMiecle, dt*s Tables par Bonaruoli (1723); celui ci douta le. pie. mier qu'elles fussent rédigées en étrusque : u Mai-i, disait-il, peu importe, puisqu'on n'cnlend pas nluA l'ombrion. » Les divagations recounneuiï^renl «miiiet parfois bizarres, mais non sans Iiicuim de. véiiir. Si le marquis Scipion Malïci. les ahhés Pabbiii, Gori, Olivieri, le I''ran(;ais Hoiir^uct cojjliniifMl d'en appeler au grec où à l'iièhittu, f^i \r \^.r^\n\a Stan. Bardctti a plus vohiMtiers rrtouis a \\nni\n saxon, au vieux haut aileman/l et an 'clli'jut:; quelques uns de ces cilcrclJeul^^, 1i':î> ^jh» ^ i^js, nul mis le doigt sur 'quelque re^^'^i t .'-.':' *c«, qu'il t-.niiiifi de pousser ju'^tc ;/OUi d'';V'yiJ<:< le iir/^.if.n-. Ath^i Bonaruoti avait ^ujyj/O?^'': u',*; \ntinu*. oml/n* /ji<:. Oiivicri rtiftHr-^um:* \h i6\jOi\ï'ju UOid* n^'. 'li n-'J lioiehtj^ HiUt'itrA. VH'.ii\\ i ;;;,;,">' iy- c lymium '<:

3l6 l'iTAI.IK ANTrQUB

fixé la valeur réelle des lettres, jusqu*à lui très mal établie, et, fait capital, il avait reconnu que la table VI en caractères latins, et la table I en caractères étrusques, donnent foncièrement le mèmetexte.Ce Bourguet (Louis), réfugié protestant dé Nimes, numismate, géologue, mathématicien, orientaliste, a été de son temps, 1728, 1732, 1734, un homme considérable, et ses vues ont été généralement acceptées. Pour lui, quelques-unes des Tables sont antérieures à la guerre de Troie, et elles contiennent généralement les lamentations des PélasgeschasséSil'Asie.ll prétend y lire des phrases de ce genre: a Le produit des semailles a été renversé et brûlé. Les plus gras pâturages ne seront soutenus que d'un peu de rosée. Les veaux qui croissent ont le corps endommagé, et le laboureur est perdu. »

Un p^re Lami, sans être moins chimérique, se demande {1744) s'il ne faudrait pas chercher dans le latin vulgaire l'explication de la langue; et Passeri écrit: (( Savez-vous en quel idiome sont rédigées les Tables > en ïguvien antique. Ce sont là nos vrais et légitimes monuments, et tout bon citoyen doit considérer cette étude comme œuvre nationale. Ce que nous avons de romain nous est aussi étranger qu'il peut l'être aux Daces et aux Sicambres. Ce peuple, qui a tout foulé aux pieds, n'a d'autre relation avec nous que de nous avoir opprimés. Ces inscriptions contiennent les noms et les prérogatives de nos ancêtres, ici sont renfermées les traditions et les coutumes de notre patrie.» Avec moins d'exagération, Maffei disait : « ces lames ne peuvent contenir que des documents publics ou privés, des traités ou des contrats; j'y crois entrevoir des formules relatives aux sacrifices et aux choses de la religion. » Fréret, de son côté, jugeait très sagement les tentatives d'interprétation. Remarquons, ajoutait-il, que l'antiquité attribuée à ces monuments n'est rien moins qu'établie. « Ceux qui sont en caractères latins, à n'en juger que par

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la forme de ces caractères doivent cire p^'Sléi ïcum^^ à la conquête de l'Etrurie par Icv J<ouici:n^, e' rtmontenttoutauplusau temp'r clc la prcîiiitît ^uihc/mj punique. ))

Petit à petit, la voie s'ouvrait c-u:: îd.'.-.'.t sérieuses. En 17S9, paraît à Kjui»:. .'IJb^e O. Lanzi. Cet auteur, après Frtrei. disi;ri;jufc .''.-îii brien de l'étrusque. 11 ne ^a'jiaii c^'ibi':!'!!*.' 1'.^ Iguviens comme des Etrusques, pui^^=^ Lie, c.a' ^ it^ Tables, les Etrusques soui n-.'iuup.- cj lou-x lettres à cuté des l^ruvieri^. y J.a ic- ;.-.lic. c ' . . <. .' une sorte de latin rustique, ci .■:..'. !a -y'^'.': '. '. pour la plupart du temps. \z'^:.\ .. u'. i < ■; • 'i '. latine. Quant au contenu. 1" •."•-•.c •. y^-. r.J.l. : «. '. «: le deviner : tant de noms dt ^x ir;;'.',^ 'J c: •«..•. fices nous anr:oncent un i::i;e;. Lo iî.'.'.- ':!'; <; tables ne peut être antériei-ic au "^t'.. ^ ;cîJiC ;..^'..'j avant notre ère. o

Trente ans plus tard. O:!!r:od M'j >.-. •>.'>■. reconnaît les dèsinence^f de ceïta'rj-: '.c>. U;:- I'.-'îj.'.^. de l'impératif cl du fulu»' aM.èî''-ir. So'. ','.'':. Lepiius, 183-5. améliore ^^ ï'^.'.!, '^ d': < ;j ;. ♦,' : ; admet un i.nervaîle de d-j'^v -:0..':^ c: '■'. ''. '; • ■■ rêdij^ées en caractère- ê'.: =j<r .jo'.v '. • '♦■!.''.- • 1. ■ '. sont en lettres latincr. ^Ji".-r!^. p'.U' lu^mo.K:. Chr. Lassen. 1S33. et Gro'.'.ferjd. iHy luii.r., ^ n 1^49-51 idcux vo'.. in \' -, A'^i.f; .i,' <.l Kii f.i.'.fj. appliquant aux texte- o:j/'. :;erj^ .'0 jjjCîIio'.!'; 'j^î' ;i livré à Eugène liurnoîjrie -e.ici d'j /<,!.'!. 'on.;.;i rant avec soins les diverses fonijC^ d''j:i fii'';r)i<; uj'^». airivcntâ constituer \èritai.!e!jjcr.î la \A-i.tiit U']n(:. la grammaire et le v .-cabulaire. i.cuf I:'.m; «■-• l.i base de^ étude- oiiibiien!;e-. Mais i; •- *:n f.iui «jui! aient triomphé de t-^utes le- difïi. ull'^ . I.«;iji ré:îerve, si louable, et aussi leur»- ■. u«> --y-t^'iiii tique.-, ont laissé beaucoup à faire .1 ra\'ijiiii'M>. Huschke. au sagace SophusBûgge.aij^<:!.' >;i > < u Ascoli, Zeyss, liQcheler, etc. T^nc les tfbhiu'Un préliminaires écartés par la i^AiJ'VM tin

3l8 L ITALIE ANTIQUE

Fabrelli, 1867, Corpus des inscriptions Italiques^ M. Michel Brdal a entrepris et accompli la traduction presque sans lacunes et Télucidation totale des Tables Eugubines et de tout ce qui s'y rattache. Les inscriptions ombriennes sont bien, comme Taugurail déjà Lanzi, (( le plus grand monument de liturgie païenne qui nous ait été conservé ». De pluSj elles nous révèlent, elles permettent de reconstruire, et de toutes pièces, un dialecte original, parlé et compris, à côté du latin, jusqu'aux premiers siècles de notre ère, une langue dont les formes altérées n'ont pu dérober à la philologie le fonds archaïque.

Je me rappelle encore notre étonnement, lorsqu'en 1873, au Collège de France, les auditeurs, munis de fac simile authentiques, ont lu sur le tableau les premières lignes transcrites par M. Bréal : Eslc. pcjscio jvcis jscn'afer enelu : p:irfa curnjse Jersva, pei'jjii peica inerslit. Ou encore : Sersi pirsi scsusi poi au(^Li .iscnalo est, erse neip mugatn nep arsir ander sisln. Il faut, n'est-ce pas, pour trouver là une variante du latin, un certain effort d'attention?

Des deux alphal^ets employés sur les bronzes de Guhio, l'un, purement latin, n'offre pour toute parlicularilc qu'une sorte de S surmonté d'un accent grave adhèrent ; l'autre ne diffère de l'étrusque que par la suppression de deux ou trois signes, la présence du B et du K grecs, l'addition d'un R dental et sifOant qui correspond à un D médian primitif, et d'un Ç (le S accentué), équivalent à une ancienne gutturale forte. Bien qu'au premier abord les caractères étrusques, écrits de droite à gauche, étonnent le regard peu exercé, on en constate rapidement la ressemblance avec les majuscules grecques, et on parvient à les déchiffrer sans hésitation (i). La comparaison des deux alphabets pré-

(i) On peut consulter sur les alphabets italiques, le tableau qu'en donne Fabretti, les fac-similé de M. Rabasté et surtout

sente d'ailleurs un haut intérêt : elle sert à déterminer les changements phoniques intervenus dans Tespace de deux siècles, sous l'influence de la prononciation latine et de la désuétude.

Le vieil ombrien, celui des cinq premières tables, est caractérisé par l'absence de Vo, toujours remplacé par u ; il exprime l'allongement par la répétition de la voyelle ou par l'addition d'un h inorganique ; il emploie et pour oj\ ê, f. Uu, qui devient souvent un v en latin, s'aiguise parfois en / ; c'est ainsi que Tombrien seriaiu^ seritii, correspond au latin servatmn, servato pour serualum^ sentaio. Au reste, le latin 'classique offre des affaiblissements analogues ; le son de Vu y est souvent douteux, et l'oreille a longtemps hésité entre vmxumus et maximus^ incliUus et inclitits, incuens (enceinte) et inciens. Le G manque en vieil ombrien. Le P initial et final est souvent le substitut de K ou plutôt de Q ; c'est ainsi que le ^«Matin est représenté par piici^ neque par neip. 11 arrive même que /> remplace/ comme dans andersesusp pour anderscsitst [intcrsisial).

Cette équivalence des trois lettres fortes, gutturale, labiale et dentale est un fait très curieux, commun à toutes les langues indo européennes, et qui déroute absolument ceux qui ne sont point versés dans la science étymologique ; elle enlève aisément à des mots identiques toute apparence d'affinité, d'autant qu'elle s'étend quelquefois aux altérations dialectales des trois sons qu'elle confond : c'est là un souvenir du temps antique où la parole se dégageait du cri par une articulation vague, sorte de consonne indivise encore, il est, dit Max Mûlier, des îles océaniennes où les naturels n'ont pour K, P et T qu'un seul son, que l'on peut

rimportanie monographie, de M. f''rançois I.cnormaiu, dans le second fascicule du grand Dictionnitire Jcs Antnjuiti^s f^'fi'c^ ques et romaines^ de M. Kdmoful Saglio (Hachette, gr. in /|*,

transcrire indifféremment par Tune des trois lettres. Voici quelques exemples empruntés aux langues aryennes : sanscrit pantcha (le tch est un affaiblissement palatal de k) ; grec pente ; osque pump... aians (pompeianus, qui équivaudrait à un latin quintianus) ; latin quinque \ italien cinque (tchinque) \ français cinq (et la prononciation populaire ctntiôme) ; allemand funf et anglais five. Toutes ces formes sont parfaitement identiques et supposent dans l'idiome aryen primitif un prototype hésitant entre panka^ panpa^ panta^ kanta^ kanka. De même pour quatre : sanscrit tchatvaras ; grec teitares ou tessares ; éolien pisures ; latin quatuor \ osque patur \ germanique fiavôr^ vier, four. On en trouvera nombre d'autres dans la Phonétique de M. Baudry.

Devant un E le vieil ombrien adoucit le /r en ç (S accentué). Il remplace le D médial par un. son intermédiaire entre R et S (ainsi, là où le latin dit med-ius, le grec a 77îes-os ; meridies est pour medidies ; on trouve aussi en latin les formes arvena pour advena^ arvorsiim^ arfari^ arcessere, arhiter, etc.) ; il admet encore trois autres sifflantes : s simple, s chuintant et 2. Son /"équivaut souvent, dans les corps des mots, au b latin: te/e est tibi ; piife répond à (c) ubî\

La dentale douce tombe après la nasale, à laquelle elle s'est assimilée : peihanes n'est autre chose qut pi andt (génitif de piandns) ; on peut rapprocher l'osque ups.innam pour opesandamy operandam ; et, dans le vieux latin de Plante : dispenno (pour dispendo), disteiinite.

Les lettres de liaison, quand elles sont brèves surtout, sont omises et entraînent souvent la perle de la dernière consonne radicale, qu'elles préservent en latin, c'est ainsi que sistu^ iistentu, antenttt^ cowr/z/, représentent sislïto, attcndito, intendito^ converiito. Le suffixe latin cliim^ culinn^ affecte toujours la première de ces formes.

Dans le nouvel ombrien (tables VI et VII), l'o et

le g se sont introduits. / remplace souvent ei, G entre deux voyelles devient^" ou i : liovina répond au vieil ombrien Ikuveina [à'Iguvium], Les finales m et /"tombent généralement, phénomène commun à tous les dialectes romans et qui apparaît déjà dans le latin des inscriptions : des formes comme Scipione (tombeau des Scipions) pour Scipionem, et Télision constante du m dans le latin classique, prouvent combien, dès avant notre ère, la prononciation se rapprochait de celle de l'italien. Les sifflantes du nouvel ombrien sont réduites à trois par la suppression du ;[ et du s chuintant ; restent le ç, le s simple, et la digramme rs équivalent à i ou / médial.

Enfin le rhotacisme, substitution de r à s, si caractérisiique en latin (et dans les dialectes Scandinaves), ailére complètement les terminaisons dans le nouvel ombrien : totar, lioveinai\ ocrer y remplacent partout toLis, iovetnas, ocres. De même, en latin, arbor, color^ct les formes passives aiJior, amarer pour amo-se, amarem-se : c'est un fait général dans le corps des mois latins, tandis qu'il n'affecte guère en ombrien que les finales ; il apparaît toutefois dans le génitif pluriel de la première déclinaison, liitarum (des cités ou des peuples), tandis que Tosque a gardé la sifflante primitive du sanscrit [azum),

11 suffirait de ces particularités phonétiques pour déguiser presque totalement la parenté de deux langues qui seraient dans tout le reste identiques. Mais ce n'est pas seulement par le son que l'ombrien diffère du latin ; c'est encore par la formation des mots, par la flexion et la terminaison, enfin par la construction et la syntaxe. Toutes ces difficultés accumulées font comprendre la Umgue résistance dont les procédés de la giammaire comparée pouvaient seuls avoir raison. Va si, après quatre siècles d'assauts répétés, la place a fini par se rendre, ce n'est pas sans opposer encore aux '

ciucurs d'hier un grand nombre de passages obscurs, dont la clc est perdue, et bien des pièges où risque de trébucher l'érudition la plus prudente.

Nous passerons sur la syntaxe, qui d'ailleurs est des moins compliquées ; les désinences, ayant conservé plus de force expressive qu'en latin, suffisent d'ordinaire pour indiquer les rapports des mots entre eux et relier les parties de la proposition.

Les particules isolées qu'on nomme prépositions et dont l'usage croissant a tant fait pour disloquer le savant artifice de la déclinaison n'ont ici ni place ni rôle ; ou plutôt, incorporées au mot par voie de postposition, elles viennent s'ajouter à la llexion casuelle comme une désinence supplémenlaire ; on peut dire qu'elles constituent des cas nou\caux : les diverses formes de la déclinaison ne sont pas nées autrement. Le latin a gardé des expressions toutes faites, comme mecitm^ nobtscum, etc. ; mais ce qui est là l'exception, est la règle en (•uîbricn. Le fait est curieux et porterait à supposer que les dialectes se sont séparés de la souche aryenne, dans un âge où la déclinaison n'était pas (ixée encore et où le mécanisme agglutinatif n'avait pas fini son œuvre. A ce point de vue, la déclinaison ombrienne revêt un caractère d'antiquité qui manque à la déclinaison latine. En composition, toutefois, dans les noms comme dans les verbes, en ombrien comme dans toutes les langues indo européennes (sauf l'allemand), les particules se placent toujours en tête du mot.

L'omission des lettres brèves, si fréquente dans nos l.ihlcs, n'est pas seulement un accident d'écriture. Llle indique une tendance de la prononciation, et aussi une formation archaïque. L'ombrien repousse les suffixes dits de liaison, et, autant que possible, il attache la terminaison, surtout dans les verbes, à la racine nue. Il ne faut pas s'étoniier qu'une langue beaucoup plus altérée en somme que le latin et que l'osque ait gardé à l'état fruste

des vestiges cl*une période reculée. Ces débris, usés et rejetés lentement par les dialectes cultivés, ont justement pour asile les langues délaissées ou patois.

Mais venons aux formes grammaticales proprement dites ; elles nous fourniront des exemples propres à éclairer ce qui précède.

La première déclinaison, correspondante à Rosa, nous offre un paradigme complet : singulier, nominatif, à ouu \ gén. as ou ar ; datif e ; ace. am ou a ; abl. a ; locatif composé ; am ou etn-en, eme ; attributif a ^/^er ; comitatif a-co ; aditif am-ar. Pluriel, nomin, as, ar ; génit. ariun ; datif-ablatif es, er \ ace. af.

— S. N. Tutu^ Tiita, nouvel ombrien Tota, la cité, le peuple. C'est la terminaison latine.

L'osque a une forme en o, qui répond au vieil ombrien ttitu.

Génitif. Totas, toiar, de la cité. Comparez le latin ancien familias.

Datif. Tote (pour totai], à la cité.

Ace. Totam et tota.

Ablatif. Tota. La forme complète, qui se trouve en osque et en vieux latin, comporte un d primitif et organique, tombé en ombrien.

Désinences composées. ToLxm-e, asam-e (pour asamen, équivalent à araîn-in], vers ou près l'autel, la cité ; Totaper, pour la cité ; asa-co^ avec l'autel ; asamar (pour aram-ad)^ vers l'autel.

— PI. N. Tutas, totar, les cités (comparez Tosque et l'ancien latin lœlitias insperatas miJii irrepsere in siniim, cité par Noniiis),

Génitif. Totarum,

Datif, ablatif. Tûtes, toter,E pour ai, que le latin a contracté en /, par exemple, queis.

Ace. Tutaf^ totaf. Ce F est embarrassant ; il correspond en osque à ss. Y a-t-il une prononciation particulière du s final redoublé, analogue au th anglais fort? C'est l'opinion d'Aufrecht. M. Bréal

pense que les Ombriens ont adopté un ancien datif abandonné en hhis dont les grecs ont fait G>t et ©tv. et qu'Homère emploie indistinctement à plusieurs cas, locatif, daiif, instrumental.

La seconde déclinaison est également bien établie :

Singrulier. nominatif, masculin : pof^ios ; neutre, peiskium. pcrsclo (sacrifice, invocation). Pluriel. piiplus, poplor. L'osque et le latin ont des formes analogues.

\'ocatif. 7, ic ; Di Grahovie, O dieu Grabovius !

Génitif, piiples. popîer . Pluriel, puplum, poplinn. lie latin dcitm, diviim est probablement tout aussi ancien que denriim. etc. )

Datif, pitplc. pople (pour poploi^ dont le latin a fait populo). Pluriel, puples, poplci\ popleir.

Ace, pupliim, poplom, poplo. Pluriel, puplu/. pop lof.

Ablatif, puplu, poplu (le d final organique est tombé comme en latin). Pluriel, popler.

Locatif si m pi L- en ci : stahmei (in icmplo).

L)c?inences c<'>mpc)sées : angluio, de l'angle : j;?c!:^jnc. ve^^ l'ancie. etc.

La ir.'isicme dcclinaison, beaucoup plus comrkxc. DC'U.- fournit au nominatif singulier des ûn- Cies en ur et .i?\ en u. en c (neutre\ en C7- (comp. ie ]'c.\'n us. pour es et uis. et les mots comme z/er. .\"dryrr), Pai" exemple, arsjcrtur, censtur {.idfe^l.'n. cesui qui offre le sacrifice, ccnsnr), ukai\ la montai frne : l;aru icarr-^ : vcr/ale i verbale, formule, paroic- C'>nsacrées' : ludcr (limite >). Le nominatif plui-ic^ est tantôt en -^'-pour us {hidcioî\ le? limites), tant--: San'; flexion [fratcr. ccnslur. frère?, censeursi. Lv génitif e?t en cr pour es : ocrer, de la montagnt- : au pluriel iuni et iom . I)atif, as/eriurc. kanic. oCi : pluriel es. eis. cir. Accusatif r;;/, o pour nm : .7.s/^turo. karneni : pluriel l<:»u jours en / : aveif. Ab!a:i: en c, 7, pluriel es. er. eii . us ; on peut compare:- le latin fon's. L'ombrien n'a pas connu la terminais «n

en hus (avihus), calquée sur l'organique hhyjs ; il a préféré sans doute la forme en su (sanscrit su). dont Vu sera tombé.

A la quatrième déclinaison appartient le nominatif/nyô, la tribu.

Les Tables Eugubines sont peu riches en pronoms personnels et possessifs. Nous y notons les datifs mehe et tefe correspondant à milu\ iibt, Taccnsalïî tiofu, teiom^ tio^ toi, exemples d'un possessif [teius est analogue à wews) employé au sens personnel, tout comme en latin mei, iui. de moi. de toi ; le datif-abl. tover [tuis). Joignons-y les démonstratifs ef (latin ens) \ es?neï^ dans ce (în hoc]. Parmi les relatifs, il faut citer /)oe/, poi^ qui équivaut lettre pour lettre au latin qui ; porsei, par si [quod-ei] \ pirsi (quid-ei). Ces formes, rendues étranges par la substitution du digramme rs à un d primitif, ont révélé à Al. Louis Havet la composition du qui latin, où Ton s'étonne de voir un nominatif singulier. Qui comme poi est le ihéme po ou ho combiné avec un sufîîxe enclitique e/, /, débris d'un pronom déjà fléchi et devenu adverbe. Autre particularité : le neutre porsei est employé au singulier et au pluriel masculin. M. Bréal reconnaît justement, dans cette confusion des genres et des nombres, une marque de décadence partielle : c'est un fait d'atrophie, probablement dû à Tinva- Habilité de Tenclitique ci.

Les thèmes et les flexions pronominale^ ont fourni, comme dans toute langue, des conjonctions et des adverbes : porsei a pris le sens de jusqu'à ce que, tant que ; ^im ceux de quelque façon, après que. Dans este (ita^ ainsi), cso pour es oc ou esunc (ainsi), erse (alors), ene{m) (comparez le latin ciiiiv, en efiet), on retrouve le latin et l'osque is, id, avec divers suflSxes et enclitiques. Pu/e (dés que) est identique à cubi^ ubi ; ncip à ;zec, svei à sz ; otc(m] à aut et auiem, Nersa[m) pour ned.im est Tinhibitif «f suivi de l'affixe latin dam. Quelques-unes de ces

formes conservent des traces de flexions que le latin classique a perdues.

Nous ne possédons qu'une faible partie de la conjugaison ombrienne : des infinitifs supins en tu(m), to : aseriato (observaium) ; des participes passés déclinés sur poplos et remarquables par la substitution fréquente de Ve à Va de la première conjugaison (aja s'est contracté en e, parfois en t, moins souvent en a) ; des participes futurs en nos pour iidos : peihaner, en latin piandi^ au génitif ; des participes présents en hunt \ des premières personnes du présent de l'indicatif en o, sHplo (5/1pidor), anzerio (observa)^ dont Aufrecht a voulu faire à tort des infinitifs ; un parfait subocau, j'ai invoqué; des optatifs tnaia (comp. le grcciuseièn) ; des troisièmes personnes singulier de futurs, ees/, est (ihit), que Ton peut rapprocher des futurs grecs et sanscrits ; enfin et surtout des futurs antérieurs: fiist (fuerit), iust [iverit)^ sesiiU (steterit), peperscust (poposcerit), coiiriusi [converterit)^ etc., ambrefurcnl (amhivenni), procatiureni (procinerint ?), etc. ; et des troisièmes personnes d'impératifs: e/i/, enetu (ito^ inilo], sliplalii^feitn^ deitu, anlentii^ etc. (stipulalor,Jadlo, dicito^ inlendito). Le passif semble s'être formé volontiers avec le participe et le verbe substantif ; des locutions comme stahmiio est^ tiideralor sent [stabilitiis est^ finiti simt, dans le sens de stabilitur ou describitur, definiiintur] ont déjà une apparence toute romane.

Telles sont, bien succinctement résumées, les ressources restreintes dont disposent aujourd'hui les interprètes des bronzes de Gubio. Ces détails, bien qu'arides, nous ont semblé indispensables ; c'est par eux seulement que le lecteur assiste aux tâtonnements sagaces de la linguistique, au curieux travail de la restitution d'un idiome perdu. Il s'en faut que Aufrecht et Kirchoff, malgré la puissance de leur méthode, soient arrivés à tout élucider ; plusieurs de leurs hypothèses grammaticales de-

vront être mocinëeseî: le s;-: iêM p^irli jrlhcue pénétrante de M. Bréal: q^eL^jieseip'.i^i rions scn: demeurées d^uteases. des passages gt: graphiques resteront tonjours enTeI:ppes i'j'rscuriié Miîs enfin le sens général est ac^îi:s

Dans son grand oavrage - I^s TjcU:> E'^^:.c:r:;is. 1875. avec un magnifique .-l:/js-.4-'r:*m'. le djc:e professeur ne s'est pas borné à 1 dmde minutieuse de la langue et à la traduction des teites : il y a rassemblé les notions les plus curieuses et les plus neuves sur les croyances, les rites e: les dieux des Ombriens.

Iguvium, dans l'antiquité, surtout sous la domination romaine, a été une ville importante et riche. « Le voisinage de mines de cuivre et d'argent, et plus encore celui de la voie ilaminienne qui, cou pant l'Apennin, reliait la mer tyrrhénienne à TAdriatique, en faisaient un centre ••. un rencjez-vous pour toutes les populations de TOmbrie ; on s'explique donc qu'une telle cité conservât avec un soin jaloux ses institutions locales et sa religion.

Les Tables Eiigubi nés. prcscvipiions rituelles jadis appendues, clouées aux parois d'un temple, sont les actes d'une corporation de prêtres, tout ù fait comparable à celle des Arvales. Ils s'appelaient Fratcr Atiiediur^ les Frères Attidiens, sans doute originaires d'Attidium, Altigia, ville de rOmbric. Ils étaient douze. Leur confrérie (//wi/ec.i/e) était dirigée par divers magistrats : V ad/crior (cid/crtur), le questeur, (/tves/z/r), [Qjratricus (/)\iire/is). Leur siège parait avoir été un sanctuaire élevé sur une colline d'iguvium, VOcris Fisi'us^ dédiée, selon toute vraisemblance, au dieu ombro-sabin Fidiits.

Le texte se rapporte à différentes céiémonics dont leur collège était chargé : les auspices, la |)Urification de la colline fisicnne, la lustration du peuple iguvien. Il donne sur les gestes, les vases, les accessoires, les victimes, les paroles sacranien-

LLiNt: -'. ;.':£?> iïMtta> . mcgrtfigtt; .îiHBngim. Itegacnfine

mwYrauxcc jâuittlétates&lk^wirmBBJift. Uni, ibm6 i^â!(.HCiiOK». rxïikiT jaisfti Jiin. ûà llb aôkvteamie dfc-

■•itr Cl ]a comcijjc Tcnam de dcnnèie* le pic et la

p:t -^enaci vers moi. Les -oiseaiix. les

<^ui viecdront tcts moi seront favorables.

V^it^/ertur réponde ainsi : je les ok

eu., propices pour moi, pour la cité-,

<ï^nH les limites de ce temple figuré (ou

terminé) n.

LES OXBRIENS 329

II faut, pour rintelligence du passage cité, se rappeler que l'augure figurait, dans le ciel {tempusï. avec son bâton augurai, un espace restreint ^tempulum) dans lequel devaient se manifei?tcr les présages. Tel était le temple antique avant iicvention de l'architecture. On sait que l'enceinte des camps romains était précisément tracée à l'image du temple imaginaire dessiné par le lituus. Supposons donc que Taugure. placé en un point .4. au lieu consjacré prés de VAsa Jeveiiy fixe au loin, du regard, un point B, désigné par le terme encore inexpliqué Va pi des avieculi ; et tire d".\ et de B quatre lignes à angle droit, qui formeront les côtés du carré ou temple augurai. La droite perpendiculaire, A B. est le CarJo^ Taxe de la figure ; la droite C D (la décumane des camps romains) a une grande importance dans l'opération. C'est en deçà deC D que doivent être observés lépervier et la corneille venant de derrière le prêtre ; c'est au delà de cette même ligne qu'on observe le pic et la pie, et seulement s'ils viennent vers le point A. En dehors de ces conditions, les auspices sont nuls ou funestes.

Cette configuration du carré imaginaire me paraît indiquée dans les prescriptions suivantes : « Sitôt que TArsfertur a prononcé les termes sacra mentels, on procède au tracé (idéal). Depuis l'angle inférieur près de VAra devei'a, jusqu'à l'angle supérieur près des rapides avieculi ; et, de l'angle supérieur jusqu'à la borne terminale, et de l'angle inférieur près de l'autel ; jusqu'à cette même borne, et entre les bornes terminales des deux côtés, — qu'il observe ». Suit l'énumération, fort précieuse pour la topogiaphie ancienne, des lieux dits, villages, chapelles, bois sacrés, que sont censées trave^er les liffncH du carré ima^Mnâirc* — t( (in jH| ^fiUX points extrêmes

|c est-à-djre en ^B^H «nale qui les joint)

ci'dessus 5p<icifif<?^B ""«er et la

corneille venant derrière lui ; au delà de ces points le pic et la pie venant vers lui. Dès que les oiseaux messagers auront chanté, que, de la place consacrée, il tire son pronostic. Puis, interpellant par son nom VArs/ertur: « Je vois, dira t-il, l'épervier d'arrière en avant, ou la corneille d'arrière en avant, le pic, la pie venant vers nous, les oiseaux favorables, pour toi, pour la cité d*Iguvium, dans ce temple figuré. »

Il semble que ces conditions pouvaient manquer souvent, et )*aime à penser qu'on aidait le hasard en lâchant des oiseaux tenus en réserve, comme les fameux poulets sacrés que Ton consultait à Rome. Je ne serais pas étonné que ces vapides avieculi dont il est parlé eussent quelque rapport avec les cages ou avec ces oiseaux chanteurs qui devaient donner le signal à l'augure. Quoi qu'il en pût être voilà une affaire heureusement terminée. Les augures sont pris, et ils sont favorables. On va maintenant procéder à la lustration de la colline fisienne et à la visite aux sanctuaires des portes de la ville.

(( Qu'il expose (le prêtre ou Yadfertur) à la porte Trébulane les vases qu'il est d'usage d'exposer dans la cérémonie expiatoire. Après la purification du feu, qu'il fasse de même à la porte tyrrhénienne, à la porte véienne. »

La lustration proprement dite consiste dans une procession autour de la ville et dans une série de sacrifices. Devant la porte Trébulane, trois bœufs sont immolés à Dius Graboviûs ; et derrière la même porte trois truies grasses à Trebus Jovius. Le second double sacrifice est offert à la porte de Tasana : trois bœufs à Mars Graboviûs, trois truies à Fisus Sancius. Puis à la porte de Veies, trois bœufs à Vofionus Graboviûs, trois brebis à Téfrus Jovius. Le quatrième sacrifice, trois taureaux à Mars Ilodius et trois taureaux à Hondus Cerfius, n'a pas lieu prés d'une porte, mais à deux endroits

désignés sous les noms de Voeu /ori.7, et Voeu Coredier. S'agit-il de bois sacrés, comme le propose M. Bréal r Bois sacré de Jovis, bois sacré de Curiatius î^ On bien d'oracles, si Ton rattache voeu à vnx à vocare,^ invocare't \'ocu pourrait aussi rappeler la déesse sabine ou marse, Vacu-na, Le mot n'est pas encore expliqué. Coredier confirme nos conjectures sur le caractère divin des héros légendaires d*Albela-longue, les Curiaces.

Pour chacun des sacrifices, l'inscription énumère les dons accessoires qu'il faut offrir aux divinités. (( Le double caractère que Cicéron, dans la République^ dit être le propre de la religion romaine, se retrouve à Iguvium : une extrême simplicité des offrandes unie à une grande complication du rituel. Du lait, du vin, un peu d encens, diverses sortes de gâteaux composent le menu ordinaire des dieux ; ce qui fait le mérite du sacrifice, c'est l'exacte observation de tous les rites. Les prières, dont quelques-unes sont citées in extenso^.,, présentent la même superfluitéde mots, les mêmes répétitions... et le même attachement aux formules, que Cicéron relevait chez les jurisconsultes romains. »

«Je t'ai invoqué, je t'invoque, Dius Grabovius, pour la colline Fisienne, pour le peuple Iguvien, pour le nom de la colline Fisienne, pour le nom du peuple Iguvien. Sois favorable, sois propice ù la colline F., au peuple 1., au nom de la colline 1^\, au nom du peuple I. Saint, je t'ai invoqué, je t'invoque, Dius Grabovius. Je te consacre ce bœuf ambarvale comme expiation pour la colline F., pour le peuple I., pour le nom delà colline, pour le nom du peuple. Dius Grabovius, sois enrichi de ces dons. Si le feu a été souillé sur la colline F., si dans la cité Iguvienne des rites ont été omis, liens le pour non avenu. Si quelque chose dans ton sacrifice est manqué, mal fait, transgressé, négligé, vicié ; s'il est à ton sacrifice un défaut connu ou inconnu, Dius Grabovius, comme il est juste, reçois

en expiation ce bœufambarvale. Dius Grab., purifie la colline F., purifie le peuple I. Dius Grab., purifie le nom, les lares, Içs rites, les hommes, les troupeaux, les champs, les fruits de la Colline F., du peuple I. Purifie-les.

« On trouverait chez le vieux Caton, dit M. Brôal, dans les formules de prières qu*il donne comme modèle à Tagriculteur romain, dts invocations et des prescriptions toutes semblables. » Ce sont précisément ces formules, ces litanies qui constituent la reiligio, le recueil des rites ; et partout elles en sont l'essence. Nous sommes heureux d'appuyer ici de l'autorité d*un esprit si mesuré les idées que nous avons tant de fois émises. « Il s*agit moins, dit-il, d*obtenir la bienveillance que d'enchaîner la liberté du dieu. Le brahmane qui connaît le rituel dispose du ciel, et par le ciel il est le maître du monde. L'italiote, sans aller aussi loin, croit que, s'il est fidèle à toutes les prescriptions sacrées, le dieu, de son côté, ne saurait manquer à son office. »

Les Frères Attidiens n'étaient pas seulement préposés aux purifications ifitra muros. Les Tables décrivent d'autres sacrifices offerts sur différents points de la banlieue, et qui sont accompagnés de particularités intéressantes. Le prêtre, vêtu de la robe prétexte garnie de pourpre, et deux acolytes avec lui, conduisent les victimes autour du territoire. Arrivé au point déterminé, bois sacré ou chapelle, le prêtre s'arrête et prononce contre tous les étrangers, Tadinates, Etrusques, Nariques, Japydes, une sentence d'éloignement. C'est là un trait des plus antiques, si l'on voit dans les Japydes, par exemple, les Japyges, refoulés alors par les Messapiens jusqu'à l'extrême talon de la botte italienne, et qui, en des temps reculés, peut-être à l'arrivée des Ombriens, occupaient toute la côte adriatique; notez aussi une protestation manifeste contre l'invasion étrusque. Mais, à l'époque où les Tables furent rédigées, sans doute copiées sur des

LES OAIBRIENS 333

textes plus anciens, la formule de bannissement n'était plus qu'une fiction légale; car le prêtre indique aussitôt à ces étrangers le moyen de se racheter de l'exil à prix d'argent. (( La lustration, à Iguvium comme à Rome, paraît avoir été l'occasion d'un recensement, d'une taxe sur les étrangers. La procession achevée, le prêtre prononce une sorte d'imprécation contre les dieux du dehors, suivie d'une invocation aux dieux nationaux: O Cerfus Martius, O Praestita Cerfia fille de Cerfius Martius et Tursa Cerfia fille de Cerfus Martius, effiayez, terrifiez, expulsez, mettez en fuite les Lares (Nerf) et les génies des Tadinates, des Tuskes, des Nariques et des Japides! »

Un autre document précieux nous est fourni par la table II, une liste de peuples admis tous les ans au sacrifice commun d'une truie et d'un bouc: et parmi eux les Altidiates, et deux tribus de Curiates ce qui implique une parenté reconnue entre les Ombriens et les Sabins. Chacun de ces peuples, huit ou dix, avait droit à un morceau des deux victimes. «En retour la confrérie recevait de chacun une contribution de blé ». Pareil usage existait à Rome et à Albe. Les quarante- sept villes des Latins, des Ilerniques et des Volsqués, qui célébraient tous les ans sur le mont Albain les fériés latines avaient chacune sa part du taureau falisque immolé en l'honneur de Jupiter Latiaris; en retour, elles envoyaient du lait, des fromages, des gâteaux, des moutons. Tarquin lesuperbe avait établi, ou plutôt respecté cette coutume cette visceratio, qui se pratiquait encore au temps d'Auguste. On entrevoit donc dans le passé une confédération ombrienne, tout à fait analogue à l'alliance latine ; et l'on se convainc de plus en plus que, par les institutions aussi bien que par la langue, les Ombriens appartenaient au groupe Ausonien.

La religion italique était foncièrement la même, aussi formaliste, aussi profondément imbue d'ani-

pc4. ^. nc4. ic« «iiv3nit(S dv v^i-anngt Le pers^assae^ ^n li: «>u: n<v3< c«* reA^éic par i» Tables jfJnriiss. matitfX certasne^ fnmies^ boarRCS. oc iHficre pas «rjubihlem^n ! au panihtOA latin ei safaic : il contîQît

f *a««an> ei ■ revue -ce^ fiersouomg^ âovsi le n^m i*r\ len! .'1 ^h^iqiK ii^rne. pour ainsi dire, de ax» iss* 4iipiiim>. en U> ivioireani par ^oaqics aatmirde Jupiiri. de Mars, de Ftdins. ife Sanois. Mais il t.itii inr.iiix- ù pan une sorte de nom on adjectif 4f^ii£ru]ur rcp^i^ ;t provision ei applioiié Â la pinp.-iii <Ut> «iiviniits : Çér/us,\Çerfùis. Çerfi^. Le Ç <'uiiii u*i un amniiijutemcni du K tooi comine dans < .iri*tt. pnut AVAvfn. — ei le F, comme dans parfit pi un /).rr;.T 'cpcrvicri. le subsiilul d'un R.. on p lui. il lU '';tNni.;m»»n qui suit cette lettî-e, Çeifvs i--\ Kii iiiu|n: . f\.' u> «.•^''-i/wn. p,>î5Sàâc' le Ct"*jrs lîiiti. il'. //;; . ;;; f.irmt »>squc AVvï-j ii/> Nous .1 .u:> .1**1. nliiv . ijiu- Il »i> montre que Kerka -Circéi ijiii < .iT£:v iMihij. iir si»ni vjuc des formes ou des £Ui!':> ÙMiiinin- iit la mcmc racine Kr |ci*eare. ..■■c-iii.iM. t.iirr. :ji^i:. hc'tis, Cchcs, Çer/tis sont les l'iii' -aiu'o H.îpt'- c-î îhwirahlcs. les ^cnics. aiitanî .!.;:• ic•^ liic'iiv. (.l'c'Ni piuirqiitii l'cpilhôlc Çcrtius. »..c-;ii*i. f^; M iii^cnK-ni j.nnic ;i loiis les noms sai-'.i-. «..crfii- n';i p«> d'cMslcncc propice. Çcrfits U.7'/;i/.s. If gc-nu' .'U la puissance de Mars, représtnic- simplcnuiti U- Mars des campafrnes, des prai- Mc>. Ain^i r-.a ir-a-A--»,. la ((force heraclôenne », îlé^aLlL■^.

<Jcitc épiiluMe, îiu moins dans nos Tsthics. n'est l-a*- il^N■.lJJccr au ^rand dieu de raimosphère,7i/ri5,

Ju'f.Ui'\ vtlui-ci prck^re S:jncus: Sanciis Joiis,

JiipAtti S.incus: maii^ sous T^rmc --^--— --- -' ^joiiJi prc^^.Jue indifTciemmeni .i îoii-

Cl femelles, Tefrus Javim ïW^ ,. j .tj>. i. ....

Jurîus, 7 in sa Jcm'j et, o sue ^ /iia, devieuî kl

plus souvent un explétif. On ne peut séparer <ie Juvis^ Diiis^ autre forme de îa célèbre rccv.tJjiv. Diti, Diaii, Nous avons vu avec quelle fer.eur /jîua est invoqué; c'est justement le méie ce .a /a'^ 7^2 -i des Arvales, coïncidence curieuse en ces cérémonies si semblables. Son nom est tvujoujs accompagné d'une épithéte inexpliquée, ^jraboviua (vieil omb. Krapuvi). qu'il partage avec Màrb et avec Vofionus Dans le voisina^^e immédiat de Jupiter et de Di us, il faut certainement placej fiMm, Fisiovius et Sanciis, qui n'en font qu un I^isub-^.^n cits^ Fisiovitts-Sancius, Ces dieux étaient connu= ceî; Sabins et des Latins sous les forme-: Ihiua, \'edïovisti Sanciis, Fidius a paru c*.ie une cpi'.iiéie de Dius, on disait en effet hius FUiin; — et on le rattache à Fides, divinité de la bonne foi. Toujours est-il que F/s/or/ws semble contenir /'V(^zz/.s tijoiius. Safîcus est de même origine que Sac-er et S. me l us, c'est le Saint, le vénérable. De Trehu.^. nuu^ ne saurions que dire, sans Tépithéte qui l'accompagne, joviiis. C'est un Jupiter local, dieu de la porte Trébulane^ et sans doute d'une ville voi.^ine. Tid nia ou Trebuhe. Tefrits. autre varia lae de Jo\ ib et de Sancus, a donné un adjectif /e/;, 7 /z"^-. que M. Bréal traduit par saint, sacre, et peut être rapproché du mot osque tefunnn, sanctuaire ou bacrifice.

-Mars est encore un des grands dieux d'iguviuni. soit sous son propre nom, seul, ou qualilié de Grabovius, de huJiiis, hodius, soit sous le nom déjà signalé de Çerfus Alartius. et flanqué de deux déesses: Prcestita Cet fia Cerfi Mariii, Tursa C\'r/ij Cerfi Marlii. Prcustila, qui rappelle les I.ares Prœstites, personnifie l'assistance, la faveur du dieu: Tiirsa^ par opposition, serait la /crrc'//; inspirée par Mars aux ennemis d'iguvium. Celte explication, plausible, avait souri d'abord à M. Bréal, mais il paraît l'avoir abaadoonée. Tursa, pour torsa <ju kTAï (h< c,. j^^ i^ Terre. En effet le .Mars

Iguvicfi •*:-' is cbair»--- -*♦ même des pro-

fondeurs, hudius^ hodiits, horsus, infernal. Hondus, qui est dieu aussi, Hondus çerfius, jovius^ c'est le hint, hintht\ des Etrusques, le génie ou le dieu des enfers; il constitue avec Vo/ionus (Fufluns)^ et peut-être le mot esunu (hommage, sacrince, — de yEsar), tout ce qu'il y a d'étrusque, à notre connaissance, dans la mythologie ombrienne.

Les traces d'influences celtiques sont plus rares et plus incertaines encore :\ine déesse Vesona a été rapprochée du nom de Périgueux, Vesona Petroco^ rioritm^ et de Besançon, Veson-tio, Une inscription gallo-romaine est dédiée à Vesuntia. Mais il y avait aussi une Vesoua chez les Msirses. Corssen Tassimile à Ves-ta^ En Ombrie, Vesona est associée à Poïmonus, forme masculine de Pômona, conjointement avec Tursa jovici. Cette triade calquée sur la précédente Prcestita, Mars^ Ttirsa^ est selon toute probabilité un groupe terrestre, pastoral et agricole.

En résumé, les Tables Eugubines nous font connaître un rameau original et vivace de la famille ausonienne, dont les dieux et la liturgie présentent les plus grandes affinités avec les croyances et les usages des Sabins et des Romains. Les travaux de M. Michel Bréal ont le grand mérite d'avoir solidement établi ce que la vraisemblance permettait de supposer.

Ca^PJTRE NEUMO'IE LA UÉGENDE: D'HERCUIf

Herculus, gardien de l'eDclos, Indigeste cl Stm-r ref vtrç:c"> et pâturag«=, paièdrc de Sylvanu*.. aTii à:: Cé:-es. àc Pale? et de Flora, — Cest, en sommt, unt ep:iî^e:e ci: un dc.jblei d'un grand dieu sabin. Sanri;*., Di.> Fidiu>. ou Garanus. — Le dieu grec Herakles esî pc-^û- en lia'ic par les colons de Cuines, pénèire chez les E:ru-qc£5 ci ^cc-mpâirc les Tarquins à Rome iVI* fiècJe', où il jenconireci ab$r,:be Herculus. Celui-ci devient Hercules ei >e parc de tous les exploits de son presqu'hoaionyme. — Hcrcu;C ci Cacus; explicati'»n de ce mvihe, seul épisode cr'nsci"\é i^ar les lia- Ilotes de la grande lutte céleste où les dieux li:mineu\ poursuivent dans les cavernes de la nuée orageuse les \achcs fécondes qui doivent allaiter la terre. — le rc.ii de Virgile. — Hercule, dieu de la victore. reçoit la dîme du butin; il porte souvent le nom de Sancius. Inscriptions votives de Mummius.

Nous avons étudié jusqu'ici les croyances el les dieux qui sont nés ou ont grandi sur le sol de rJtalie. Airivés maintenant ù l'époque où Tllalie devient tiibutaire de la Grèce, nous allons voir entrer dans le panthéon latin Iléraklés, Apollon. (Castor et Pollux, Enée et tous les personnages homériques. Mais, en mettant le pied sur le sol latin, ils changent de nationalité ; ils prennent, bon grc mal gré, une physionomie latine. Ce ne sont pas des personnages entièrement aulochlhoncs ; ce sont des figures nouvelles, mais intimement lices à l'histoire et aux destinées romaines.

338 L*1TALIE ANTIQUE

La légende d'Hercule est Tancien et curieux exemple d'une fusion singulière entre des dieux latins, sabins et grecs réunis pour vaincre, dans la personne de Cacus, les antiques démons de la nuée orageuse. Virgile nous donnera le texte et M. Bréal nous fournira le commentaire.

Parmi les anciens patrons des champs et des propriétés qui figuraient dans Tanciennè mythologie latine, nous avons mentionné déjà un Herciiltis^ plus connu sous le nom de Hercules, La vraie forme Herculus nous a été conservée par Cicéron ; elle est, d'ailleurs, attestée par l'exclamation si fréquente Mehercule^ Mehercle^ vocatif de la seconde déclinaison. On trouve sur les monuments Herclits, C'était un dieu indigéte, un Semo, proche parent de Terminus, de Horta, surtout des Pénates. 11 porte, sur diverses inscriptions, les titres de rustîciis, ciomesttciis, genialis^ agrestis. Il est adoré à côté de Gérés, de Paies, de Flora. Son autel, qu'il partage avec Sylvanus, reçoit les prémices des champs, des moissons, de la vigne. Son culte, répandu dans tout le pays ausonien, avait pénétré jusque chez les Osques ; il est mentionné, avec d'autres génies de la campagne et des saisons, sur la Table d'Agnone. Herculus est le gardien de l'enclos, hercium. Le radical herc ou, sans aspiration, erc^ n'est pas sans rapport avec Orcus, le domaine infernal, avec arcere, entourer d'une défense, et, par suite, écarter; il est . d'ailleurs resté dans le langage juridique : la loi De familia herciscunda délimite l'héritage, fixe et consacre le lot de chaque copartageant. Homère appelle la mâchoire crkos ociontôn, Tenclos ou barrière des dents. C'est donc une expression qui est commune aux Hellènes et aux Latins. Mais la terminaison A/s, ulus^ nous avertit que le nom du dieu est purement italique. Herculus est formé comme Caeculus, Faust-ulus, Rom-ulus, ulius, pour tniuluSj bellus pour boiiuius. D'abord simple signe de déri-

LA LÉGENDE d'hERCL'LE 339

vation, ce suffixe itlus, comme tnus, est devenu un diminutif.

Tandis que le Sémon Herculus végétait, obscur bien qu'honoré, dans les champs et les jardins du Latium, le héros solaire des Hellènes, Hera-klejea, la gloire de Héra ou de l'atmosphère, était introduit dans ritalie méridionale parles plus anciennes colonies grecques. Cumes, dont on ne peut rabaisser la fondation au-dessous du IX^ siècle, regardait rièraklés comme un dieu national, qui avait élevé des villes, construit des digues, vaincu des géants sur son territoire. Les Etrusques, soit qu'ils l'eussent connu en Asie, soit qu'ils l'eussent reçu des Phéniciens, voyaient en lui le père de Tursénos ; ils l'appelaient Ilerkle ; ils le représentaient armé de l'arc dans leurs peintures funéraires. Ainsi, du nord comme du midi, Ilèraklés se rapprochait des sept collines, sous un nom de plus en plus latinisé, et avec une personnalité, un attrait que ne possédait pointson quasi-homonyme. La forme Hérukaios, Héridlos^ populaire en Sicile, acheva d'effacer l'origine céleste et glorieuse du dieu : et du contact entre Herculus et Heruk.ilos naquit Hercules^ VHercule classique. Le modeste génie latin disparut dans le rayonnement du héros grec. Hercule hérita de la famille, des épreuves et des aventures d'Hèraklés, qui lui-même avait repris déjà les voyages du dieu phénicien Melkarth.

Quand cette fusion s'estelle opérée? Certainement avant Tan 402, où l'Hercule hellénisé fut honoré d'un lectisterntum (d'une de ces pompes où les images des dieux étaient portées sur des lits ou coussins); très probablement, vers la fin du VI^ siècle, lorsque Tarquin le Superbe reçut de Cumes les fameux livres Sybillins, dont nous traiterons plus tard. De toute façon, l'entrée d'Hèraklés dans le panlhéon latin doit être, avec celle d'Apollon et des Dioscures, considérée comme l'un des premiers emprunts faits par Rome au monde grec. Cette

période de deux ou trois cents ans, comprise entre les derniers rois (520 environ) et la première invasion des Romains en Campanie (345), a vu naître et se développer les légendes mixtes qui rattachèrent les origines de Rome aux souvenirs mythiques rassemblés par Homère, par Hésiode, puis popularisés en Sicile par Stésichore au VI* siècle. Au reste, Rome, vers cette époque, était en rapports directs avec la Grèce. Brutus et bien d'autres furent envoyés aux oracles de Delphes, et des commissaires allèrent étudier en Grèce, dès 450* les lois d'où les Décemvirs ont tiré les Douze Tables, La formation des mythes italo-grecs est ainsi fixée dans le temps, presque dans Thistoire, avec une sufEsante certitude.

Lorsque les Romains apprirent les exploits accomplis par Hercules (qu'ils avaient immédiatement assimilé à Hèraklès), lorsque la Géryonide de Stésichore leur eut révélé le voyage du dieu aux confins du monde connu, sa victoire sur le triple monstre, et son retour par la Gaule et l'Hespérie, ils saisirent avec empressement cette donnée, si honorable pour eux; ils se plurent à imaginer et certainement à croire qu'Hercules, ramenant les troupeaux de Géryon, avait passé par Rome, où plutôt sur le territoire où Rome devait naître, qu'il s'y était arrêté pour délivrer le pays d'un autre Géryon, qu'il avait été l'hôte d'un antique roi du Palatin, de Pallantée, qu'il avait donné des lois humaines, adouci les mœurs et fondé un culte vénérable, aux lieux mômes où il avait conquis ses bœufs enlevés par un brigand de l'Aventin. Les Argées passèrent pour des Argiens, compagnons du héros.

Or, et c'est, à mon avis, ce qui fait l'intérêt de cette étude, tous les éléments de la légende à laquelle le personnage d'Hercule allait rendre la vie se trouvaient réunis sur le sol romain, autour d'une Place aux bœufs. Forum boaiium, et de l'Autel maxime, Ara maxiwa, une pierre sacrée où sié-

LA LEGENDE D HERCLLE 34 1

geaientsans doute les maîtres du lieu, les PotitiL et où les gardiens du butin, des provisions [penus)^ les Pinarii, en faisaient le partage, la distribution, à la ffens, à la clientèle, à la tribu. Ces deux familles, qui restèrent assez longtemps préposées au service de cette jrj maxima, étaient sabines ; campées entre le Quirinal et TAventin, elles possédaient dans la vallée cet emplacement, ce fbrupu, sans doute alors prairie marécageuse (i) où leurs bœufs étaient parqués.

Les Sabins, en venant de Cures s'établir plus bas sur le Tibre, avaient apporté avec eux, comme de juste, leurs dieux, leur culte et leurs réminiscences mythiques, plus ou moins semblables, analogues plutôt, aux patrons et aux rites locaux. Us adoraient des génies propices, les Semuneis\ que nous avons vus invoqués par les Arvales, des énergies fécondes, puissances vagues éparses dans l'atmosphère, dans les pâturages et les champs ensemencés : Semo» semen (la semence) sont des mots de même origine. Le principal, le chef des Semons sabins portait plusieurs noms, Sjncus, Diiis Fidïiis, Sancits, en langue sabinc, désignait le ciel, mais dans un sens moins physique que \\\o rai ; c'était, par excellence, le Saint, Sanciiis, l'adorable : quand nous sanctifions un jour, quand udu^ sanctionnons un traité, nous pronon^'ons cnccnc son nom ; Diits, variante de Dianus ( |anus) et de Diovis (Jupiter), était aussi le ciel, lumineux cl puissant. Piciius, le 7'^/.s7/.s des OndMicns, le Pisiitis des Grecs (Zens pistios), clait le dieu de la bonne foi, du serment. Tous ces noms, qui réllétaienl \c^ nuances indécises d'une idée confuse, idée d'ordre universel et d'ordre social, s'aj)|jliciujucnl indilTc remment au dieu suprême ries Sabins. « Je dc-

(i) Qua Veliibra tuo staunihaiit /luniiiic. .///.* >fuâ

Nauta fer urbanas veli/ioilhit acjuis AV uni'Wt .1., I V, i\;. Vers le Vélabre où le neij\c <lc\<:«f>.'«ii •><;■» iiiaïc» sia^naiiu ^, où le baielier déployait sa \/iilc sui les e.i'ix < n>i'ljfwrf>.

mandais, nous dit Ovide, s'il faut consacrer les Nones à Sancus ou à Fidius, ou bien à toi, Père Sémo ; Sancus me répondit : à Tun ou à l'autre, il n'importe, c'est à moi qu'en reviendra l'hommage. Les trois noms m'appartiennent ; ainsi l'ont voulu les gens de Cures. » Sancus donc, premier père et premier roi des Sabins, prit, avec eux, possession du sol romain ; il eut, par la suite, un temple au Quirinal, un autre dans l'île du Tibre. Une porte de Rome garda le nom de Sancalis\ une sorte d^aigle fut appalè avis sancalis. (( Enfin des monuments fort nombreux trouvés, dans le sol même de Rome portent le nom de Semo.Sancus, » L'Ara maxima était l'autel de Sancus ; ainsi s'expliquent, dit M. Bréal (i), « l'ancienneté de$ cérémonies, la défense de prononcer dans les prières le nom d'aucun autre dieu, la sainteté et le nom même de l'autel. Voilà pourquoi, de même qu'on gardait à ciel ouvert [siib dw), dans le temple de Sancus, les traités avec les peuples étrangers (Plularque, V^arron, Denys d'il.), de même qu'il était défendu d'invoquer Dius Fidius sous le toit d'une maison, on allait jurer, tête nue, losagmencn main (c'était une touffe d'herbe sacrée), devant rx\ra maxima, les serments inviolables. Voilà pourquoi, de même que ni les femmes ni les enfants ne devaient prononcer le nom de Dius Fidius, il leur était défendu d'approcher de Wiiitel maxime. Voilà pourquoi enfin le triomphe, qui est une cérémonie consacrée à Jupiter, se trouve mêlé au culte célébré à cet autel, et pourquoi le temple de Jupiter Inventor est placé au lieu où les bœufs ont été reconquis sur le monstre. » Car c'est Jupiter, c'est Sancus, qui a été le véritable vainqueur du Géryon italique. Un autre personnage est mentionné par la tradition, mais nous allons voir qu'il n'est qu'une épithète de Jupiter.

(i) Hercule et Cacus, thèse de doctorat, par Michel Bréal.

LA LÉGENDE d'hERCULE 343

« Aurélius Victor, exposant les origines de Rome, raconte, ainsi que beaucoup d'autres l'avaient lait avant lui, l'épisode de Cacus ; mais il nomme, comme vainqueur du brigand, un certain Recaranus, grec d'origine, berger d'une taille gigantesque, que sa belle stature et son courage avaient fait surnommer Hercule. 11 a soin d'ajouter qu'il emprunte ce nom à l'ancien annaliste Cassius Hémina. Un écrivain du temps d'Auguste, Vcrrius Flaccus, qui avait fait une étude particulière des antiquités latines, dit de son côté que le vainqueur de Cacus était un berger nommé Garanus, qu'on appela Hercule parce qu'on donnait anciennement ce nom à tous les hommes d'une force extraordinaire. » Recaraîiîts, Garjtntis (ou Caratius, car la distinction entre le c et le «• est relativement récente) appartiennent à la même classe que Kronos, cre.ire^ Cents, Kères; Jupiter Recaranus peut se traduire ^diV Jupiter recuperator^ celui qui reconquiert. Avant d'arriver à la confusion qui s'est opérée entre Sancus, Recaranus, etc., et Hercule, il me faut vous présenter l'ennemi, l'odieux et calomnié Cacus.

Cacus était visiblement un dieu de la région envahie par la tribu sabine adoratrice de Sancus. Il régnait à Préneste sous le nom Caeculus, fils de \''ulcain ; et des Latins l'avaient installé dans une caverne du mont Avenlin. La forme adoptée par Diodore et par Denys, Kakios, Kai/cias, nom donné à un dieu du vent par Aristote (dans Aulu-Gelle), un passage altéré de Festus, rétabli par M. Bréal : Subjeciorum Caeci. improbi viri, iinperio, « ceux qui étaient soumis à l'empire de Caecius^ ce méchant homme », et encore l'A long de Câcus, auto risent, ce semble, l'assimilation de Cacus à Caeculus. C'était un dieu du feu, qui convenait très bien aux terrains volcaniques, aux solfatares de la campagne de Rome. Nous savons maintenant pourquoi il vomissait des flammes. 11 n'était pas

méchant pour cela ; ii avait même one sœur Câca^ considérée comme une divinité fiivor&ble. Mais Sancus trouvait en lui an adversaire, qui ne fut pas dépossédé sans combat. Le dien décha passa brigand ; c*est assez le sort des vaincus. La déEeiveur jetée sur le nom de Cacas s'accmt encore, lors-

Ïue ie surnom d'Héraklés alexîcactn fat con na des .atins. Le héros secoarable, qai détourne les maux, devint ie vainqnear du méchant, de Cacus. Les autres dieux du pays. Janns, Satnmus, Fan* nus, ne prêtant pas à d'aussi ftcheusés étymoiogies, ou trop puissants pour être éliminés, ne partagèrent pas l'infortune de Cacas. Us restèrent ho* norés. L'un d'eux, même, le bon Faunns, reçut le. nom flatteur à^Evandros^ Evandre, le bon homme. Mais la victoire de Sancus ou de Recaranos ne fut pas seulement la substitution d*an culte à un autre et le simple rappel d'une petite révolution locale. Un fait si mince ne justifierait pas Timportance attachée par les Romains à l'épisode qui nous occupe, la solennité des cérémonies qui en sanctifiaient la commémoration. Non ; il y a là le retentissement, l'écho de réminiscences plus antiques encore. Le nom de Cacus est ici accidentel. La victoire est de l'essence de Dius, de Jupiter. Le grand mythe indo-européen du combat entre le soleil et la nue, entre la lumière et les ténèbres, le mythe de l'orage, était commun aux Latins et aux Hellènes, comme à toutes Içs branches du tronc aryen. L'histoire de Cacus en reproduit les principaux traits. Et ce qui la rend plus précieuse, c'est qu'elle en est le seul vestige qui se soit conservé chez les Italiotes, mais conservé avec une telle fidélité que Virgile, sans y songer, reproduit les expressions mêmes des poètes védiques. Ce n'est point Tobscur Cacus, c'est Vritra, c'est Ahi, c'est Python et Typhée, ou encore Azidahaka et Ahrimane, Fenris et Albérich, c'est la nuée orageuse et stérile qui est pourfendue par Dyaus ou

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Indra, par Phoibos ou Zeus, par les Izeds, par Vuotan. La montagne, la caverne de Cacus, c'est la nuée encore, montagne céleste, c'est la forteresse des dragons ennemis des dieux, et dont les débris volent par quartiers énormes dans la bataille des Champs Phlégréens. Les vaches, prix du combat, ce sont les troupeaux de Hélios Hypérion gardés par Argos aux cent yeux, volés par Hermès, détournés par les dragons de Tair, les bandes mouvantes des nuages chargés d'eaux fécondes que leur soutirent les rayons et les éclairs. Tous les dieux lumineux ont combattu pour la délivrance des vaches, dont la mamelle doit abreuver le inonde. Tous ont lutté contre le démon, le dragon, le monstre. Il n'est pas de religion où n'ait trouvé place ce thème fertile en variations, en métaphores sans nombre; ce mythe, invinciblement suggéré par les alternances de la naturcf et confirmé à première vue par le spectacle des vicissitudes et des iniquités sociales. Pour peu que l'on y réfléchisse, on verra que cet antagonisme de la lumière et des ténèbres, du bien et du mal, d'Ormuzd et d'Ahrimane, qui constitue tout le mazdéisme, qui s'est glissé dans l'Eden de la Genèse après la captivité de Babylone, dans Job, dans les fables évangéliques, dans les légendes de Michel, George, Théodore ou tout autre saint vainqueur de monstres, est le propre pivot du christianisme. Tout l'effort de l'Église n'est-il pas dirigé contre Tennemi, le séducteur de la femme, le tentateur du Nazaréen, le « serpent ancien » cité par l'Apocalypse, enfin contre le « prince du monde » ? car l'Eglise flatte de ce nom l'ennemi qu'elle serait bien fâchée de détruire, le père du péché, de ce précieux péché qui est une véritable, dirai-je, poule aux œufs d'or r non, je dirai vache à lait, pour rentrer dans notre sujet. Et en suis-je donc sorti, en montrant que la vraie religion, la religion révélée, vit de l'exploitation d'un mythe indo-euro-

pécn r Nullement, puisque ce mythe lui-même est Tobjet de notre entretien.

L'esprit grec était trop libre, trop largement ouvert, Tesprit ausonien trop positif, trop opiniâtre pour se préoccuper outre mesure de la conception dualiste,, étroite et vaine malgré ses prétentions à la grandeur. Les contrastes physiques, les successions de phénomènes qui semblent se combattre et qui sont le complément i*un de l'autre, ce sont des faits qui peuvent fournir de riches développements poétiques, rien de plus et aussi rien de mieux. Mais tirer de ces images brillantes ou sombres des divagations morales sur la distribution des biens et des maux, c'est rapprocher deux ordres de choses qui n'ont aucun rapport entre elles, enliser l'activité humaine dans un fatalisme bien stérile et bien monotone entre un dieu bon, qui abandonne Thomme au dieu du mal, et un démon qui n'en sait que faire. Les Grecs donc, malgré leurs croyances, aimaient à marcher de Tavant, à faire eux-mêmes leur clestin(ie ; c'est pourquoi, tout en multipliant les varia ntCvS du récit mythique, Guerre des Titans, Travaux d'Apollon, d'ilèraklès, de Dionysos, fables de Persce et d'Andromède, des Hespérides, de la Chimère et d'Echidna, ils ne firent pas de TEternel Combat le centre de leurs religions. Les Latins, quoique infiniment plus superstitieux, — mais peu doués du côté de l'imagination, — étaient trop actifs, trop persévérants, pour s'absorber dans une oiseuse méditation. Après avoir constaté que les choses sont ce qu'elles sont, ils s'occupaient d'en tirer le moins mauvais parti. En somme, ils avaient presque oublié l'inépuisable source des chants de leur race adolescente, lorsque l'adoption dTIèraklès amena la retraite de dieux surannés. Trouvant dans l'héritage de Sancus une fruste ruine, une légende demi-morte, Hercule répara, il embellit ce débris, et, le reliant à ses propres aventures, lui infusa une nouvelle vie.

Des considérations de ce genre, réduites sans doute à la portée d'esprits encore peu exercés, donneraient peut-être plus d'intérêt à tant d'auteurs anciens dont notre jeunesse scolaire maudit le souvenir. Entourée de tout ce monde de merveilles, de toutes ces légendes qui lui forment comme une riche toile de fond, la narration de Virgile reprend sa valeur et sa beauté. Et nous pourrons peut-être, en la relisant ensemble, oublier que nous l'avons jadis récitée, ânonnée, copiée en pensum^ sous un œil juste mais sévère.

Le Tibre est apparu en songe au héros troyen et Ta envoyé vers Pallantée où l'Arcadien Evandre lui accordera son alliance. Enée remonte, sous d'épaisses forêts, le cours du fleuve. Il débarque, un rameau d'olivier à la main, et trouve tous les habitants en fête, dans un bois sacré, devant la ville. Le roi offrait en ce jour un sacrifice solennel au grand Amphitryoniadès (au fils d'Amphitryon) et aux dieux. L'élite de la jeunesse, un sénat rustique, le fils du roi, faisaient brûler l'encens *, le sang tiède fumait sur les autels. Après un échange de paroles courtoises: (( Asseyez-vous, amis, dit Evandre, à ce repas solennel, et célébrez avec nous cette cérémonie que ramène chaque année et qu'il est défendu de remettre )). Enée installé sur un trône d'érable recouvert d'une peau de lion, les jeunes gens et le prêtre s'empressent d'apporter les entrailles rôties des taureaux, qu'ils découpent avec l'airain ; ils chargent de pain les corbeilles et font circuler le vin. Quand il voit ses hôtes rassasiés, Evandre dit : « Ce n est pas une superstition vaine, ce n'est pas notre ignorance des anciens dieux qui nous rassemble en cette solennité. Ce repas traditionnel, cet autel voué à un si puissant dieu sont un hommage de notre reconnaissance. Nous rappelons chaque année le souvenir de cruels dangers, et du héros qui nous en a délivrés. Voyezvous ce monceau de roches suspendues, ces blocs

de sang. Le monstrueux Cacus à la fi occupait ces retraites; fils de Vulcaio, midable. dont la bouche vomissait le

î^arerne'.les. Hntin le temps, après u a:ie:ite. conduisît en ces lieux un dieu î Al.ide. le ^rand justicier. Enorgueilli i cî .:e< dcpouîUes du triple Géiyon, le h : vux p.u>>ait devant lui des taureaux ma .c< > cji> remplissaient la vallée et le r r::e ;\irle> l'iuies, et pour qu'il ne fût ] S-^n auiav-e eût reculé devant un forfait :c:At iamais dans le crime et dans la r dcîoiiîP.a de Telable quatre taureaux de: et lou: autant de superbes génisses. Voi ber leurs traces, ils les traîna par la qu caverne, de façon que leurs pas éloij Tantre au lieu d'y conduire. Il les ter sous les rochers épais. Cependant, le philryon avait fait sortir des étables ses 1 sées. rassasiées; il allait partir. Le troup nos collines de mugissements plaintifs meur d'adieu remplissait la forêt. Une va dit. du fond de l'antre obscur, et sa v l'espoir du ravisseur. Le fiel de la colèi le cœur d'Alcide. 11 s'arme, il enipoigne noueuse, il prend sa course vers le son

crevasse. Trois fois, brûlant de rage, il a parcouru l'Aventin, trois fois il a voulu forcer l'entrée. Vains efforts. Trois fois, épuisé, il s'est assis dans la vallée. Sur le dos de l'antre, dont il forinait la voûte, se dressait un silex aigu, roche inabordable, refuge assuré pour les nids des oiseaux de proie. Ce pic s'inclinait un peu sur la gauche, vers le fleuve. Le héros rassemble ses forces, il pousse le oc, il l'arrache de son alvéole, le renverse. Le fra- :as de l'ébranlement fait retentir les airs ; le rivage ressaille ; le Tibre reflue épouvanté. La demeure le Cacus, dévoilée, apparaît dans son immensité ; e jour envahit les profondeurs du palais ténébreux. 3n eût dit que la terre entr'ouverte livrait aux ^eux le séjour infernal, les pâles royaumes reloutés des dieux, et que, tombant d'en haut dans 'énorme gouffre, la lumière épouvantait les Mânes. » Pris à rimproviste dans ce flot de clarté, au Dnd de sa caverne, Cacus pousse d'affreux rugisements. D'en haut, Alcide l'accable de traits, de ouches, de vastes pierres. L'autre, qui s'est fermé ji-même toute issue, vomit des tourbillons de fuàée qui l'enveloppent d'aveuglantes ténèbres (calizne caeca) et plongent la demeure souterraine ans une nuit épaisse par moments traversée de ammes ; l'antre immense exhale un nuage som • re ; Alcide ne se contient plus ; d'un bond violent, s'élance à travers le feu, au cœur de la fumée, là i Cacus vomissait en vain l'incendie dans les téibres ; il enserre le monstre d'une étreinte invinble. Cacus, étouffé par le sang, les yeux hors des "bites, expire entre les bras du dieu. Les portes rachées, renversées, laissent voir les vaches dé- 'bées, les rapines amassées dans l'ombre ; le caivre informe est traîné par les pieds. On contem- ^ ces yeux hagards, cette face redoutable, la rude îson qui garnit la poitrine bestiale, les feux à peine ^ints de cette gorge noire. Les cœurs ne peuvent rassasier de ce spectacle ».

ry

i; ITALIE ANTIQUE

Coi une rude tâche, de iraduire Virgile, un i puCle qui met une intentiofl dans chaque mot, une j peinture dans chaque épithête. Mais, quelque imparfaite que soit ma paraphrase, je pense qu'elle a 1 pu vous rappeler, et la nfiassue d'Indra frappant | Ahi, abaiiant les forteresses des Asuras, et la lutte entre Zeus et Typhée, peinte par Hésiode de 1 si vives couleurs. Il s^agit biea du même événement mythique, du m&me phéaumôoe céleste] ramené â des proportions humaines: c'est le drame de l'orage. M. Bréal fait remarquer que les noms de (>acus et de l'yP^^^ représentent pareillement la nuée ténèbreui^e, Tun analogue à Caecus^ Tautrc I à Tiiphlo^ a aveugle n. Un trait que j'ai meniionn* déjà, et qui fait allusion à la marche rétrograde d« certains nuages^ à la force aspirante des trombes, c'est Tariificc du voleur tirani: les bœufs â reculons, ('c n'est pas une invention de Virgile; c'est ' un dctail consacre. qu*il jdpéte sans même ea >oiipi;>)nner l'oiigine. Dans Ihymne homérique â 1 Icrnics, celui-ci emploie le même procédé pour j dctournei' les bteufs d'Apollon ; mais Virgile, s'il a connu le passage, ne semble pas l'avoir imité;/ non, c'ctnï! une tradition indo curopéenoe ; les Perses Tonl connue, on la retrouve dans le culte de Alithra, et l^'irdriusi l'a transportée, transformée* dans un beau récit du b^hcih-Xameh. Ovide, Properce (i), plus lard Siace ont reproduit la même circonstance, évidemment (ixée dans les souvenirs | populaires de la région A\ online.

u Depuis, continue Evandre, la reconnaissance a |

(i) PRoi^EFici: \\\\ i?c}, tiui faii de Cacus un autre Géryofv, poussant piir iroîs bouches dt!^ clameurs distincUit :

(i( Jn,;n]a O^cu^ erat metuendo raptor ab aritro. l^LT iria pMiitos qui d^bai sra sonos a)^ n'oublie pa^ la marche rétrograde des bdeufs, précamipn dû voleur :

Ilii:, nCtJcnB foreni maniftstae signa rapLnaç, A versos cauda iraxii in aiura boves»

LA LÉGENDE d'HERCULE 35 I

consacré ce jour, ces hommages, au libérateur. Potitius le premier institua cette cérémonie, et la maison Pinaria, gardienne du culte herculéen, établit dans ce bois cet autel, que toujours nous appellerons, et qui sera toujours VAi'a maxima. » — Ici, rappelons VAsa deveia des Tables Eugubines, manifestement consacrée à Dius, ou à Fisus, ou à Sancus, autant de synonymes de Jupiter ; ce rapprochement suffit pour indiquer que Vara maxima n'était pas dédiée à Hercule ; une autre preuve nous est fournie par Properce : « Maintenant, parce qu'il avait de ses mains purgé, pacifié le monde, piirgatum sanxerat orbem^ Cures, le peuple de Tatius, créa pour Hercule le nom de Sanciis ». Festusditqu'Hercule et Sanciis sont le même dieu ; et Varron, qu*Hercule se nomme Sancus en sabin. Or, nous savons à n'en pas douter que Sancus était à la fois très supérieur à l'Hercule latin, très antérieur à l'arrivée d'Hèraklés dans le Latium.

(( Cependant le vieux roi se couronne du feuillage argenté du peuplier, arbre d'Hercule ; il prend de la main droite la coupe sacrée, — allusion à la coupe du Soleil dans laquelle Hèraklès a traversé le ciel ; — « aussitôt les convives font la libation et prient les dieux, et déjà le soir descend vers le couchant qui décline, déjà les prêtres, le Potilius en tête, évoluaient, ceints de peaux selon la coutume et portant des flammes. On renouvelle le festin, on apporte les mets succulents du second service, on entasse sur les autels les plats bien remplis. L'heure des chants est venue. Autour de l'autel illuminé se rangent les Saliens, le front couvert de rameaux de peuplier; ici, un chœur de jeunes gens, là, les vieillards; ils chantent un Carwen, un hymne qui célèbre les exploits d'Hercule, comme dès le berceau il étouffa les serpents envoyés par sa marâtre, comme il détruisit ces villes fameuses, Trace, Œchalia ; et, sous le joug d'Eurysthée, ces mille travaux que lui imposa la volonté

de Junon : « C'est toi, invincible, dont la main abattit les (centaures, tils de la Nue, Hylaeus, Pholus : et le monstre de Crète, et le vaste lion sous la roche de Némée ; devant toi ont tremblé les marais de Styx et le gardien d'Orcus, couché dans son antre sanglant sur des os demi-rongés. Aucun ennemi ne t'a vu trembler, non, pas même Typhée debout et brandissant ses armes ; ton âme ne fût pas ébranlée quand le Serpent de Lerne t'environna de ses têtes sans nombre. Salut, digne rejeton de Jupiter, honneur ajouté à la gloire divine. N'iens à nous d'un pied favorable, prends part au sacrifice que nous t'offrons. Et nos et tua dexler adi fede sacra secutido. )) 11 est vraiment impossible de rendre ces expressions d'un caractère si rituel et si antique, ce dexler surtout qui veut dire venant de la droite, et par suite propice, et qui semble un écho des \'édas. Le prêtre indien invite les dieux à venir du côté droit, dakshinatas, da/isliinit, (( N'estil pas intéressanl, dit M. Bréal, de trouver dans le chef-d'œuvre de l'épopée savante un fragment qui tiendrait sa place parmi les créations de la poésie la plus spontanée > » Surtout lorsqu'on lit dans des écrivains presque contemporains les plates divagations que X'irfj^ile assurément devait connaître, et dont il a su dégager au moins quelques vestiges des traditions nationales.

(( X'oici, par exemple, comment Denys d'Halica masse, d\iprès beaucoup d'auteurs^ dit-il, expose l'histoire d'Mercule et de Cacus. — (( Hercule, grand général grec, le premier homme de guerre de son temps, grand ami de la civilisation, libérateur désintéressé des nations opprimées, donnait aux peuplés de sages constitutions, réformant les lois, fondant des villes, construisant des routes, endiguant les fleuves débordés. 11 vient en Italie, non pas seul, ni chassant un troupeau de bœufs devant lui, mais à la tête de l'armée qui, sous ses ordres, a soumis l'Espagne. Obligé de s'arrêter

quelque temps pour attendre sa flotte, il arrive à Rome et y fait camper ses troupes. Un barbare, du nom de Cacus, surprend son camp pendant la nuit et lui enlève du butin. Hercule assiège et prend d'assaut sa forteresse. Son territoire est partagé entre les alliés d'Hercule, Evandre, roi des Arcadiens, et Faunus, roi des Aborigènes. Avant de s'embarquer, le chef grec licencie ses vétérans et fonde une colonie composée d'Epéens, de Phénéates et de Troyens. 11 laisse aussi dans le pays deux fils, Palas,.mort jeune, qui a donné son nom au Palatin, et Latinus, adopté par Faunus et chef de la race latine. Les colons établis à Rome par Hercule ne furent pas étrangers à l'histoire de la ville. Les Epéens y introduisirent le culte de Kronos éléen : les Phénéates accrurent le peuple d'Evandre leur compatriote, et les Troyens, qui avaient été engagés par Hercule après la prise de Troie, sous Laomédon, firent obtenir un peu plus tard un accueil favorable à leurs concitoyens amenés par Enée. » Ainsi tout s'arrange, tout s'e.xplique et la fable est mise d'accord avec l'histoire. C'est de cette façon (lue nos poètes du Moyen Age et de la Renaissance ont compris les origines des Francs, et que nos historiens ont longtemps accepté et converti en événements réels les aventures de Pharamond.

L'évhémérisme de Solin est plus bizarre encore que celui de Denys. « Cacus est devenu un ambassadeur envoyé par le roi de Phrygie Marsyas à Tarchon, roi des Tyrrhéniens. Mis en prison, il trompe la surveillance de ses gardiens, s'en retourne en Asie et revient avec des troupes s'emparer des bords du Vulturne et de la Campanie. C'est au moment où il voulait ajouter à ses états le territoire concédé aux Arcadiens qu'il est tué par Hercule. » Et pourquoi Marsyas ? Uniquement pour expliquer le nom des Marscs. Ici, vous le voyez, il n'y a plus même une lueur de vérité, pas

un indice qu'on puisse relever, sauf (>eat-6tre le nom de Tarchon, pour Tarquin, le roi sous lequel Herculus s*est confondu avec Héraklto. C'est d'après de semblables autorités que s*est fabriquéela mythologie classique*

Au reste» les Romains eux-mêmes, saafVarron peut-étre, avaient perdu le sens de leurs traditions. N'irgile a*a été guidé que par rinstinct. Ni les noms, si latins, si antiques, des Potitii, des Pinarii, des Saliens. de Cacus, de Cœculus, ni ce fait que l'Hercule Sabin portait à Cures et à Réaté le nom de Sancus, rien ne Tavait averti que les exploits d*Héraklés et la défaite dé Géiyon n'avaient rien à voir avec des légendes de TAventin et da Palatin.

Ces légendes, sans doute, et la fable d'Héraklés avaient eu un point de départ commun ;les Latins et les Hellènes appartenaient au même groupe ; mais leur parenté remonte à la préhistoire, à une période où ni les souvenirs de Tltalie, ni la poésie épique des Grecs ne pouvaient atteindre. Et seule la critique moderne s'est trouvée en état de démêler, dans la fusion tardive de leurs conceptions mythiques, ce qui procède du génie grec, ce qui appartient en propre au fonds italiote. Trois éléments donc se sont combinés dans rhisloire de Cacus : i" élément indo-européen, le mythe de l'orage et le triomphe du dieu lumineux ; 2" élément local, la rencontre et la lutte du dieu sabin du ciel, Sancus, DiusF'idius, avec un dieu igné des Latins, Cacus, Caeculus ou Vulcain ; 3° élément hellénique, venu de Cumes et d'Etrurie, entre le VI* et le IV* siècle. L'Hercule latin, pareillement, naît de trois dieux : Sancus ou Garanus, le dieu de TAra maxima, le véritable vainqueur du monstre ; le génie champêtre de l'enclos domestique, Herculus; et le héros solaire lléraklés. Si bien que le nom de tergemina, conservé par une des portes de Rome et qui fait allusion au triple Géryon, pourrait jus-

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lement s'appliquer à la physionomie d'Hercule, qui est restée longtemps, malgré les progrès de Thellénisme, très distincte de la personnalité du héros grec.

U Hercules ciistos^ domesticus, pacifei\ etc., et les innombrables Hercules préposés à la garde des mines, des industries, des maisons, des bains, représentent le vieux Semo Herculns, Et sur le Forum hoan'um, en face de l'échelle de Cacus, Scala Cad, de r Atrium Cact, même du fanum où Ton conservait la massue d'Iléraklés, devant Y Autel maxime, c'est encore Saucus, c'est Fidius qui est invoqué ; c'est en la présence du dieu véridique, en plein air, que se prêtent les serments solennels, et qu'on renouvelle chaque année l'antique festin de la tribu Sabine : cela, quand s'est éteint le souvenir des Potitii, disparus vers le temps d'Appius Claudius (V'' siècle), et des C///>e«c2, autres prêtres sabins de Fidius ; quand les Pinarii ont cessé de recueillir et de distribuer le butin du clan primitif. Et ce n'est pas en l'honneur d'Hèraklès, c'est en l'honneur de Jupiter Victor que les triomphateurs s'arrêtent devant l'Autel maxime au pied du Palatin et montent au Capitole, revêtus des attributs d'Hercule. Mais, à mesure que les statues, venues de Grèce ou commandées à des artistes grecs, multipliaient et popularisaient le type d'Hèraklès, le héros victorieux devint la figure prèdomidanle, et ses obscurs prédécesseurs tombèrent dans l'oubli. L'usage se propagea, dès le III" siècle peut-être, d'adorer rilercule de l'Ara maxima surtout comme un dieu guerrier, de l'invoquer en partant pour une expédition et, au retour, de lui offrir en grande pompe un dixième du butin. Dans ces occasions, on habillait richement la vieille statue consacrée, disaiton, par Evandre, et on la qualifiait d'Hercules triumphalis ; le général vainqueur régalait Rome entière en un plantureux banquet. Notez combien les pratiques restaient, sans y songer, lidèlcs àl'e^-

:. ir.iiïE WTZûtiE.

p .• . i ■ ic il -u.îe :a .e 5a::;nie et Le repii i^aLea: :.'. c% .:.-'i:>ri: ah.tî. Les fesLin* de LiL^aLiLiï. de S;. ..M. ':': ^,.iî-:i»as euie::t des pr-:.portLOr.5 fabuLe-sc ; ^^nt-.-.u^ y dépensa le diiiicne de sa fortunée: la-.sa-.ia pcr.ri^mt îr-jis moi* le peuple de Rome.

^/<:-t -an": doute à de pareilles '.>ccasL'â;is qui^ fauî îiitFir.uj: 10U-! ccs temples d'Hercttle. dont la vil.'; ct.'iii icmpiic. et q-jî ne se distîaguatent qcc ]jHi '.f: n Jiu au gcncral qui les avait fondés. Hercule S,h.i/iit\. licjvUÎe Pnmfetjnus, Celui de Luc ut lus s'.ippclaii tituicatits, sa as doute parce que la statue était '. ctuc îi la i ^maine. Paul Emile, le vainqueur à'z Pydri'i. ;tvait dcdié à Hercule, sur le Forum fo>j- 7I////I in'jinc. une ^îides ^-Emîiîj. Un de ces sauclu;ii:':'. retrouve dans le voisinage de Latraa. ji i:*-: ''1 p'.»it;jiî l'in-criptiva suivante:

. ;.. F. C'-'S. L-''-'Zî .

. ■■. IMF'Et'M-jVE

:\. :\PT. OkîNTO.

F' 'V-V-l. HEOÎEIT.

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:.î5. vi'LroRis.

Î'.'.PERATOK. IjEOICAT.

I.H.iu^ Mnmmius, Liizii filins, consul, Jiicinr. ji/spi,i-f inip:rù,qu.: ejiis Az'uï.i capta, Corinto Jeleto. I^om.im r,'di':il triiimplians. Oh hasce resbene ^^estas. .]ii"J in ' •jllo vr,yer.it, liinc .icJem et si g n u m He r c u lis vi:t"yi^, imper.it or dedicat. — ^^ Lu ci us Mummius. fi: scie L., consul, gcnéia!. l'Achaîe conquise. Corinthe détruite -o'js -es auspices et son commandement, e-t leiitré à Rome en triomphe. Pour cet heureux su:c(i^, acquittant son vœu. Vimperator dédie ce tempie et cette statue c Hercules victor. >■ — Un document analogue, plus précieux encore, rédigé en

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mauvais vers hexamètres, a été recueilli à Riéti, dans les ruines du temple dédié à Sancus.

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