i I. ITALIE ANTIQUE
La d6îS9e de Syrie, dont la lignée a fort puliulc depuis, était, comme nous le disions, justement chdre au divin Néron; sous le nom de Maîuma, qu'avait populari.sé une vaine ressemblance avec Sfjïj, elle était adorée au mois de mai, surtout dans les ports de commerce, à Gaza, à Antioche, à Byzance. à (Jslie ; les fêtes de Maîuma, très courues, ramenaient tous les ans une sorte de carna.val populaire.
A cuté de ces manifestations désordonnées, souvent répugnantes et odieuses, les cultes égyptiens, d'aspect grave et pompeu.x, forment un contraste apparent, mais qui ne doit pas nous tromper; la forme varie, le fonds est le même. Rien n'est plus pauvre, plus buté, que les religions sémitiques hellénisées. Elles ne voient — quand elles voient — que le phénomène, journalier ou annuel, des victoires alternées des ténèbres et delà lumière, de l'hiver et de la belle saison — la nature pleurant la perle et -aluant le retour du soleil ressuscité et rédempteur. Cette idée, fort simple, est charmante quand on la j.iend puur ce qu'elle vaut. Mais, dés qu'on \ cherche une règle morale et la base d'une doctrine religieuse, elle devient — ce qu elle a toujours été — puérile, et encore, fausse et pernicieuse, comme <>n aura lieu de le voir. Au reste, la chaste Isis et le secourable Sérapis ne songeaient pas à mal, et il serait injuste de leur en vouloir si leurs a\enlures c(jntri huèrent à propager certaines rêvasseries mystérieuses. Plusieurs fois chassés de Kome sous la République, puis en 19 sous Tibère, ils reparais'-aient toujours plus aimés, toujours plus goûtés du peuple. C'est même de leur dernier exil cju'on peut dater leur triomphe définitif. Le culte proscrit franchit le Pomœrium sous les Fiavienset jouit de la faveur des Antonins. 11 se composait d'offices quotidiens célébrés le matin et le soir, et de deux solennités annuelles, qui sont des plus curieuses.
La première, populaire sur toutes les côtes de la Méditerranée, avait été complètement détournée de. son sens primitif. Apulée, qui l'a vivement décrite, et qui est pourtant un esprit délié, n'y voit qu'une fête d'Isis, patronne de la navigation. En effet, dès le matin, une procession se dirigeait vers le bord de la mer, à la lueur des flambeaux et des lampes (souvenir d'une cérémonie évidemment nocturne), au son des hymnes et de la musique, avec les prêtres, les attributs et les images des dieux. Le grandprêtre fermait la marche. On consacrait à Isis un vaisseau peint à la mode égyptienne [navigium Isidis) ; on le chargeait d'ornements et de marchandises, on l'arrosait de lait, on attendait qu'il eût disparu à l'horizon, et on revenait alors vers la ville en priant pour l'empereur, le Sénat et le peuple romain. Enfin la foule était admise à baiser les pieds de la statue d'Isis. Que de traits antiques émoussés, effacés, dans ces pratiques dénuées de sens ! Le vaisseau est la bari funéraire qui portait sur le Nil, ou sur le fleuve des enfers, la momie royale ou divine, Osiris tué par Typhon. Les ornements et les denrées dont la barque est chargée, ce sont les offrandes et les provisions qui accompagnent le mort dans la seconde vie. Mais Osiris, vous le savez, est le Soleil ; le navire symbolique n'est autre que la barque solaire emportant à travers Tocéan céleste l'astre décoloré, pour le ramener à Taurore, ressuscité et triomphant. La libation de lait dont il est question, c'est la blancheur de la voie lactée, ou cette « pâle clarté qui tombe des étoiles ». II y a là sans doute une addition grecque, une réminiscence d'Héraclès (le Soleil couchant) allaité par Hèra, la déesse du ciel.
L'autre fête d'isis, bien que célébrée à tort en octobre ou en novembre, était restée plus fidèle au mythe fondamental. Elle reproduisait l'histoire de Sérapis (Osor Ilapi) et d'Isis, la douleur de la déesse Nature après la mutilation et la mort de
lépoux, sa joie dcliraote lorsque le dieu reparaît dans toute sa vigueur^ soit en personoe, soit sous la forme d Ilot us, Harpocrate^ le dis du couple suprême, Tépou^c de sa mdre. Les prêtres cxpri matent par leurs lamenlalions et leurs chants d'al* légressc les sentiments d*lsis. Et lorsque le bon chien Anubis avait retrouvé dans les enfers la piste du soleil éteint, quand les caresses d*lsis avaient ranimé le dieu, quand Horus victorieux avait pourfendu le noir démon, le peuple saluait le retour d'Osiris par ces cris répétés encore à Pâques dans les églises de la Russie : a Réjouissons-nous! li est ressuscitél »
Le culte de Sérapis comportait encore des mys téi*c5, fort répandus, sous Tempiie, dans le monde romain* Les initiés, IsLici^ Osiiîjci\ faisaient profession de chasteté. On les reconnaissait, dans les processions, à leur tête tondue, à leur blouse de toile. « L'initiation »>, nous dit Apulée, a était une sorte de mort volontaire avec une autre vie en expectative n. Voici comme Lucius, l'amusant héros de l'Ane d*Or, en raconte les détails essentiels : « Un avertissement clairement exprimé, par une nuit des plus obscures, m'annonce qu'entin allait luire pour moi le jour à jamais désirable. Je fus instruit parla même voie de la ^rîmme fiecess.iire aux /mis de ma récepliou. Après avoir accompli Toffice du malin, îe prêtre tire d'une cachette d'un sanctuaire des livres écrits en signes propre? à les rendre inintelligibles, animaux, roues, spirales, hiéroglyphes, inventions étranges qui n*onl pour objet que de soustraire le sens à la curiosité des profanes. Il en lit un passage relatif aux prépat:ilifs indispensables. Tout ce qui devait être acheté le fut bientôt, à tout prix, tant par moi que par les miens », Des ablutions appropriées, dix jours de sévère abstinence, mettent le récipiendaire en état.
<t Le soleil sur son déclin ramenait le soir quand je me vis entouré de tou* les cotés d'une foule
nombreuse qui, selon l'usage antique et solennel, venait me faire hommage de divers présents. Le grand prêtre me revêt de lin écru et, me prenant par la main, me conduit au plus profond du sanctuaire ». Là se passent et se disent des choses incf fables que je ne puis révéler sans sacrilège. (( écoutez et croyez, car ce que je dis est vrai. J'ai touché aux portes du trépas; mon pied s'est posé sur le seuil de Proserpine. Au retour, j'ai traversé tous les éléments. Dans la profondeur de la nuit, j'ai vu rayonner le soleil. Dieux de l'empyrée, tous ont élé vus par moi face à face et adorés de prés... Au point du jour, couvert de douze robes sacerdotales, d'une robe de lin à fleurs, d'une précieuse chlamyde, ou étole olympiaque, chamarrée d'animaux ailés de toutes couleurs, on me fit asseoir sur une estrade, en face de la déesse; ma main droite tenait une torche allumée; mon front était ceint d'une belle couronne de palmier blanc, dont les feuilles dressées semblaient autant de rayons lumineux. Tout à coup, les rideaux se tirent, et j'apparais, comme la statue du Soleil, à la foule qui fixe sur moi ses regards avides. Trois jours durant, ma brillante intronisation se répète, accompagnée d'un somptueux et délicat festin. Un tribut d'actions de grâces, (( bien insuffisant sans doute », achève d'épuiser mes ressources modestes, 'Mon cœur se brise, mais je n*ai plus qu'à me séparer de hi déesse. La face collée sur ses pieds divins, que j'arrose longtemps de larmes améres, d'une voix étouffée par les sanglots, je lui adresse la prière suivante : Divinité sainte, source éternelle de salut, protec trice adorable, tendre mèie, etc., etc.. vèncrcc dans le ciel, respectée aux enfers, par toi le globe tourne, le soleil éclaire, etc., par loi les sphères se meuvent, les siècles se succèdent, les éléments se coovdonnent... Ton image sacrée restera profondément gravée dans mon âme. Mais quoiî ni mon génie n'est à la hauteur de tes lov\an^ci'>, t\\ ^c^a
fortune ne suffit à t'ofîrir de dignes sacrifices ». Hélas! une inspiration de la déesse qui vient d'alléger son esprit et sa bourse l'avertit que sa ruine et sa sainteté ne sont point parfaites encore; qu'il lui reste à être éclairé par la .lumière du père tout-puissant des dieux, de l'invincible Osiris ; que, malgré la connexité, l'unité d'essence et de culte, la différence est grande entre les forces d'initiation respective. De son côté, le dieu ne cessait de le presser par des rêves et des sollicitations plus directes. 11 se défait de sa garde-robe, et le voilà encore soumis à des jeûnes, à des épreuves, admis aux nocturnes orgies du grand Sérapis. Le dieu, sans doute, lui envoie quelques affaires — Lucius est avocat — dont les profits, bien que légers, l'aident à subsister. Enfin, au prix d'un troisième noviciat, il voit grossir ses honoraires. « A quelques jours de là, le dieu suprême entre tous les dieux, grand entre les grands, auguste entre les augustes, le souverain dominateur Osiris daigna m'apparallre dans mon sommeil, non plus sous une forme empruntée, mais dans tout l'éclat de la majesté divine. 11 m'engagea à persévérer intrépidement dans la glorieuse carrière du barreau, « en dépit de l'envie ». Il m'admit au nombre des décurions quinquennaux et même dans le collège âts pastophores, cctle corporation d'antique origine, contemporaine de Sylla. Au lieu de rougir de ma tonsure, je me promène avec orgueil nu-tète et j'en fais monlic à tout venant ».
Ces diverlissemenls pieux, prises d'habit, quêtes et autres procédés de drainage, qui sont de tous les temps, faisaient vivre en joie une foule de confréries, c;\7;r'.s, ihi'jses, des légions de sorciers chaldcens, — « la Clialdcc est dans Rome », disait Juvènal, — syriens, égyptiens, carlhaginois et les déliés correspondantes, féminines et masculines.
jusqu'ici, dans ces couples divins, la femme joue volontiers le premier rôle. Le principe féconde.
l'élément humide, la terre, la lune, la voûte nocturne, forment le pivot des religions dites chthoniennes. Mais le grand fécondateur, ciel, soleil, organe génésique, ne saurait y être oublié, puisqu'il est l'objet constant des désirs, des pleurs et des joies, l'instrument nécessaire du plaisir et de lapropagation. Les Indo-Européens lui ont toujours attribué la prééminence et la lui ont rendue, même dans les cultes empruntés à l'Orient. Ils ont accueilli d'autant plus aisément les dieux solaires mâles, soit du Nil, soit de l'Euphrate, soit de l'Arabie, de la Phrygie, ou de la Perse. A cette classe appartiennent les Jupiters Sabazios, Casius, Dolichenus, Héliopolitanus, et l'innocent Elagabal; ce sont les Flaviens qui en commencèrent l'importation, par reconnaissance. — Un certain oracle du mont Carmel avait promis l'empire à Vespasien, à ce crédule qui ne manquait pas d'esprit, cependant, et qui sut exécuter adroitement quelques miracles à Alexandrie. Après lui, les Antonins, grands cosmopolites, s'occupèrent de ces dieux que l'éloignement grandissait. Trajan, marchant contre les Parthes, consulta à Balbek (ïïéliopolis) le dieu soleil, à qui Antonin voua depuis le fameux temple décrit par Volney ; Adrien offrit à Casius un sacrifice aux portes d'Anlioche. Le Jupiter de Balbek s'appelait Adad ; c'était le mâle d'Atargatis ou Dea Syria. Jeune homme appuyé au timon d'un char, il tenait dans sa main gauche des foudres et des épis. Sa statue indiquait ses volontés par divers mouvements. Son oracle avait été institué par Apollon. Le Jupiter de Dolicha (Syrie septentrionale), très semblable, plus le sexe, à la Bellone de Comana, avait un caractère guerrier. C'est un homme armé à la romaine, monté sur un taureau vigoureux. Il eut un temple sur l'Avcntin, d'autres dans l'Italie méridionale. Les légions répandirent son culte le long du Danube et jusqu'en Angleterre.
478 l'itaub antique
Quant au Deus Sol Elagabal^ a montagne de El », fétiche d*une petite ville de Syrie, piene conique tombée du ciel, ni pire ni meilleur que le caillou de Pessinunte, il régna un moment sur le panthéon romain. On sait la bizarre aventure qui
Sorta au rang suprême deuj^ petits-ûls d'une yrie une ambitieuse, Julia Ma&sa ; comment Tainé, Bassianus, qu*on fit passer pour fils de Caracalla, étonna le monde, si blasé pourtant, par un mélange extraordinaire >àc faste, d'obscénité, de piété fanatique > Cest le beau, le féroce, le saint Héliogabale, Elagabal, prêtre du dieu dont il avait pris le nom. 11 amena avec lui la pierre sacrée d'Emése, lui bâtit sur le Palatin un temple enrichi des dépouilles de tous les sanctuaires les plus vénérés, temple où il sacrifiait tous les jours sous les yeux du Sénat ; et tous les jours inventant de nouvelles folies ; toutefois, il eut l'idée, que nous ne saunons blâmer, de marier son Elagabal avec la déesse vierge de Carthage. Mince empereur, fin mythologue, esthète incompris, il fut tué à la fleur de l'âge ; mais Elagabal, renvoyé à Emèse, survécut à son prêtre ; et nous le voyons encore recevoir Thommage d'Aurélien, le vainqueur deZénobie.
§ II. — Culte de Mithra. Dualisme Mazdée
Le dieu védique Milra, Miihia chez les Perses, dieu solaire, médiateur et réiempieur, a été épargné par la réforme Zoroastrienne. Héiodote, Xénophon, Théopompe, Plutarque ont remarqué la vitalité de son culte, la solennité de sa grande fê'.e annuelle. — Le Pont, l'Arménie, la Cappadoce, la Cilicie renfermaient, au I" siècle avant notre ôe, de nombreux adorateurs de Mithra. Les soldats de Pompée adopièrent ce dieu qui pas-^ait pour invincible. Très rapidement, les armées romaines suivirent leur exemple et portèrent le nom, puis la légende et les mystères de Mithra dans tous les coins du monde. — Comme tous les dieux lumineux, xMithra est le combattant céleste, le vainqueur du dragon de la nue; il poursuit le monstre dans la caverne de la nuit et en sort radieux au matin. — Explication des baî-reliefs symboliques de Mithra. — Epreuves des initiés. — Rivalité et rapports de Mithra et du Christ. Origine perse du diable. — Utilité du Démon. — La Gnos:. — Le Manichéisme.
Le plus grand de tous ces personnages orientaux qui assumaient, et rajeunissaient, les attributs des Zeus, des Bacchos, des Hèraklès, des Asklépios, surtout d'Apollon et du Soleil, c'est assurément le dieu Mithras.
Prellerdit, à tort, qu'on était tout disposé à l'identifier avec le soleil. Pourquoi Tidentifier ? Mithra était le soleil même, le parédre de Varouna et d'Ahoura Mazda, l'Aditya solaire venu du haut Indus avec les ancêtres des Modes et des Perses pour régner sur « les vastes campagnes » cèles tes.
Nul n'ignore quelle place d'honneur lui fut laissée par la réforme mazdéenne ; il garde dans l'Avesta sa montagne, d'où il s'élance à l'aurore, so.n paradis où il reçoit les élus jugés par ses fidèles acolytes Rasnu et Arstat, son armure d'or, son char et ses coursiers, ses tléches radieuses, sa massue fulgurante et son disque resplendissant. C'est
L^ITALIB .VSTÏQÙB
Timplacablc ennemi du mensonge, le dieu de la vérité. Héi ûdoie, soit qu'il le confondit avec la Mylitta babylonienne, soit qu'une déesse Mithra, la Lune ou TAuiore, ait réellement été invoquée par le^ Perses, lui a prêté le sexe féminin 11 importe peu» On sait par d'autres écrivains, non moins que par les textes zends, la longue faveur dont a joui Mivhra chez les Eraniens, Xénophon nous apprend que les Perses juraient par Mithra (Cyrop. Vil, Econom. I\^) ; ce mode de sermeni se retrouve chez Plularque dans la bouche d'Artaxercés et d'autres personnages. Théopompe, cité par le même Plularque, appelle Mithra le médiateur, Mèsitès ; titre conforme aux indications du Boundehèche* Miihra occupantt en effet, la vaste rég^ion de Vayou, Vai, Faimosphérc, intermédiaire entre la Lumière in créée et les ténèbres inférieures, se trouvait être le protecteur de la terre et des homraes* a L'historien Duris, cîlé par Athénée, et qui est un peu postérieur à Théopompe (540 â 27Ô). parle de fêtes importantes et mystérieuses célébrées en l'honneur de Mithra ï), le Mithragân (ou Mihragan) pour lequel le satrape d^Arménie (Strabon) envoyait au grand roi vingt mille poulains Le roi, parfumé, richement vêtu, coiffé de la mitre ou kidaris où était représenté Torbe solaire, recevait des mains du grand prêtre des citrons, du sucre, des lotus, des coings, des jujubes, des pom mes. des raisins blancs et sept baies de myrte. Des vctemenls étaient distribués au peuple ; et c*était dans toutes les villes un échange de ileurs, de fruits et de graines odoriférantes ; us*ages qui ont sur* vécu à la victoire de Tlslanv. Cette fêle tombait le 15 du mois réservé à Mithrii (le VU') et durait six jours» Au dire des écti vains orientaux, c'était à ce quantième de l'année que la terre et l'homme avaient été créés, et que lehéios Féridoun (Thrae* Inonn) avait Iriomphé de Zohak (A/.i Dahaka). De la Médie et !'• l^-ménie, où Mithra n'était pas
CAUSES x:5tAL£S :z '•- i£i--~î>iz ?:.n u>£ ,^3
Vritra. L'erre^ir i^: zl-= se-^iilt ii-i "ts - ers ce Commodie- :
(( Toujours il derjumâi: dans les îr.ires .es bceufs d'autrui, comme Cacus. ce n'.s lî:r.eu\ ce Vulcain ». Aussi les chrétiens s'empressaient-ils de traiter Mithra de dieu des voleurs. Mais comment le dieu libérateur et sauveur etait-il descendu du rôle d'Hercule à celui du brigand Cacus r par une confusion très naturelle ent: e deux cavernes, i'antre démoniaque et la grotte où la tradition perse localisait la naissance du dieu. Mithra est le soleil qui jaillit de la montagne : il est dit né de la pierre (na!iis de petra. ô h rrrrsx;), soit de la voùle céleste (Açman) considérée comme une immense pierre d'où se détachent les carreaux de la foudre, soit de la sainte Bérézaîti, la cime orientale d'où Tastrc paraît s'élancer ; il sort des ténèbres, des cavernes de la nuit, d'une grotte située aux flancs du mont sacré. Une comparaison, peu agréable aux chrétiens, assimilait cette caverne à la grotte de Hclhléem, dont Tinvention avait probablement été sug gérée par la grotte mithriaque ; des païens ingénieux allaient même jusqu'à donner pour inérc à Mithra une vierge de race royale.
Nous possédons, au Louvre, cjualrc bas-ifJic.fH où sont réunis les principaux clément ^ de la lé gende de Mithra, telle que TOccirlcnt la conc*". ait. Sous un cintre, mamelonné de fc^tofp. qui m; .H/rm blent plus à des nuages (ju'â de» ro' li/:r,, un ywiwf, homme coiffé du bonnet phrvgicn *y.\ à '\*mi\\ ' //u ché sur un taureau qu'il poij^nard'* *'A donf -.;% umimi gauche comprime les nas';aiiTî. S n I'-. \,\v\ ll'/« tants de son manteau sont if'r.Oy. 'Imi - '',U,tit\,t. Un chien se drc^-'-e eritrc !/:•. jarril/'-*i 'lu hi'jfaw abattu : un serpent ui'itin.n i ,ifiiM».ii '! /?. ut,' :■/•♦' de crabe ou de •': fT[f\'fU ••.';r/ilJ'i ;#;,'*'' > .'$**■'
L*ÎTAUB ANTtQCe
Pour les uns» îl fut et demeura simplemeot le
Soleil, le dieu invincible. Dca Soli inincfo MMr,v, est la foimule constamment employée dans les înscriplîons latines consacrées au dieu perse. Sur les monnaies de Kanerki, roi indo-sc5'lhe du l" siècle, Mithra est un soleil nimbé et radié. D'autres, comme Julius Firmicus Materous, un père de l'Eglise, voyaient en lui la personnification humaine du feu. D'autres un intercesseur qui, par le baptême et la confession, au prix de nombreuses épreuves, d'initiations pénibles, et même de transmigrations pythagoriciennes, assurait à ses adeptes la béatitude éternelle* Alais quelques altérations que les croyances et les doctrines ambiantes aient pu introduire dans la légende et dans le culte, on reconnaît toujours le dieu et le m\the indo-européens, tels que les Eraniens les ont accommodés à leur conception dualiste, Mïihra n'a pas cessé d'être le combattant céleste^ la lumière Iriomphant des ténèbres, Fastre ou la foudre écartant les nuées.
On a cité souvent des vers fort alambiqués de Stace î le poète dit au Soleil : Soit que lu préfères dtre appelé Titan vermeil, roscutu Tiima^ selon le rite du peuple achéménide, soit Osiris favorable aux moissons, soit Mithra, entraînant sous les rochers de lantre persique des cornes indignées de le suivre *
Ptrsei iub rupibus an tri
htJivnat^t sequi (orquenUm eornua MiflttJitj,
r.ette image Hscornue montre combien le viem mythe védique était encore familier aux Romains. Mithra, aussi bien qirindra ou Agni, reprenait aux démons ravisseurs les vaches fécondes, il arrachait aux nuées les eaux dtisirées par la terre. Seulement, Siace intervertit les rôles, ou du moins semble donner à Mithra pour demeure la caverne d*ûù il tir.ui les vnrhe< et les pluies enfermées par
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.LlTÂLiE ANTIQLE
Les deux coins sont occupés, en IjaiU par ta face du soleil, à îa droite du héros, et à gauche par le proiil de la lune, ou encore par deux chars, Tun qui arrive et Tautre qui fuit. En bas, deux génies tiennent deux torches, Tune est levée vers le ciel, c'est le flambeau du jour, l'autre renversée tristement. Ailleurs on voit figurer un hybride d'homme et d'animal» jEôn (grec Ai (V) on,, latin .^.vitnt), le Temps, qui fait sortir l'homme de la brute, îa pensée de repaisse matière \ — une de ces banalités vaines, dites sublimes, sur lesquelles ont déraisonné des gens très subtils.
A vrai dire, tout dans cette allégorie ne s'explique pas aisément Quel est ce taureau immole > Kst-ce le Fauieau unique, premier des êtres créés, menacé dans sa virilité par la Druje Busyantrta sous forme de scorpion, attaqué par Ahrimane déguisé en serpent Azidahaka ; le taureau dont les chairs et les entrailles doivent produire d'innombrables plantes salutaires, dont le sang doit régénérer le monde?- Et pourquoi est-il égorgé par Mithra, qui fait métier de sauver les vaches ? 11 sem ble que ce soit ici le bœuf Hudayœo^ sacrifié par Çosyant à la fin des temps. Le chien de l'Aurore aboie joyeusement à la venue du jour; ou encore il représente la bonne création, en face du serpent et du scorpion, créatures d'Ahrimane, Ce rôle conviendrait également aux colombes, à moins que ces oiseaux d'Aphrodite et de la Chaldéenne Sammouramith, attributs probables de la déesse Anaîlis, ne rappellent Tunion intime de la puissance humide, féconde, et du principe igné, solaire, générateur.
Quoi qu'il en soit, ats le premier siècle avant notre ère, tes mystères de xMithra, (baptême d'eau et de sang, confession, communion, appareil nocturne), obtenaient, dans le monde gréco latin, un prodigieux succès, et comptèrent des milliers d'adhérents. Ils n'étaient certes pas moins eflicaces que
leur puissance. Mais pourquoi les invoque-t-on > Quel péril, quel ennemi rendent à jamais nticessaire la médiation des saints, de la Vierge et du. Christ > Ne voyez vous pas que l'existence, l'action, Tinfatigable énergie du Diable sont les seules raisons d'être de la religion chrétienne et les garanties de sa durée ? Le diable est le prince du monde ; le diable est l'immortel adversaire et le précieux croquemitaine, le trésor inépuisable de l'église militante, captatrice et quêteuse.
Or ce diable, que le Messie a trouvé, il est vrai, dans la Genèse et dans le Une de Job^ ne paraît nullement sémitique. La Bible juive (combien je la vénère quand je songe au Nouveau Testament !) n'appartient nullement, par sa rédaction, aux antiques périodes de l'humanité. Remaniés, complétés sous Ezéchias et Josias (V111«-V11'), loialement récrits après le captivité par Esdras et Néhémie ( V-IV'' siècles), les anciens livres (et Ton ignore si le Pentateuque en faisait partie) se sont grossis, jusqu'après Tère chrétienne, de menus romans, fragments, psaumes de provenance et d'âge divers.
« Sans doute «écrit M. Michel Bréal,(( le dualisme systématique des Iraniens devait répugner à un peuple qui avait fait du monothéisme le dogme fondamental dé la religion. Mais il ne serait pas étonnant que quelqu'une des légendes si nombreuses du mythe de Vritra se fût frayé un chemin jusqu'en Palestine et eût pris sa place dans les livres juifs, en s'accommodant au caractère général de la religion Israélite...
» Le livre de Tobii contient des traces évidentes de la dcmonologie iranienne. Asmodée, ce mauvais génie qui aime Sarra, tille de Raguel, et tue suc cessivement sept hommes qui lui sont donnés en mariage, appartient à la l^crse par son rôle comme par son nom. C'est Aèshma Dacva (en Parsi : Eshem-dev), c'est à-dire le démon de la concupiscence, une sorte de Cupidon, plusieurs fois nommé
T rrALîL
(lètaLhàsdu puUhdisme gréco-romaîn ma;s que la
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conlre le ]u\\, arrêtait à nii chemm du (aoatisme chrétien. Constance Chlore, <])onslanliii, furent vaguement favorables à Mithra et à Sol (dont les rayons décorent plus d^une médaille de Constantin, même une image imberbe du dieu chrélieo). Le labarum (d'un mot chaldéen qui signifie u durée >^) paraît avoir été un liommage discret au Soleil oriental, à JMithra. Les derniers païens let* 1res ne voyaient dans les innombrables divinités de tous les panthéons que des variantes et des épithétes du dieu Sol. Macrobe consacre à cette exégèse un des plus précieux passajies de ses S.ihtf- «j//j (l, 17-23) ; il nous invite à faire rentrer tous les dieux dans le Soleil. « Les divci^es énergies du Soleil )) Dîversce virtittcs soi à. nous dit-il, « oni donné aux dieux leurs noms »>.
Miihra brilla d'un dernier éclat lorsque Julien tenta, vainement hélas ! cette restauration polythéiste qui eût peut-cire abrégé la fameuse nuit de dix siècles où le monde allait entrer ; enfin il disparut avec le paganisme expirant, dont il avait élé le dernier champion.
L'Eglise, qui combattait en lui un rival du Christ rédempteur, ne se doutait pas que le Christianisme lui même devait beaucoup, devait le plus vital et le plus fructueux de ses dogmes au dualisme Eranien. Quelesl. en effel* le plus utile personniige, quel est le pivot de la religion chrétienne?' Cherchez bien. Est-ce le Pdre éternel > Il a délégué ses pouvoirs. Est ce rEspril-Saint r 11 avait une besogne définie; il s'en est acquitté : nul ne songe à lui. Est ce Joseph, auquel on n*a rien à refuser parce qu'on lui doit trop ? Est-ce la Vierge, aussi révérée de son fils mort qu'elle en fut dédaignée pendant la vie > Est-ce Jésus, qui avait promis le royaume de Dieu et qui ne l'a pas donné ? Saos doute tous ces dieux et demi dieux ont leur n'jle et
-wottXte? «K'îQ!
KtîtxéÈrtômtSrè
sur puissance. Mais pourquoi les iovoquc-t-on r
juel péril, quel enaetni rendent à jamais néces ^ire la médiation des saints, de la Vierge et du -ihrist ? Ne voyez vous pas que l'existence, Tac- Iton, l'infatigable énergie du Diable sont les seules raisons d*être de la religion chrétienne et les garanties de sa durée > Le diable est le prince du londe : le diable est Timmortel adversaire et le brécteu-K croquemitaine, le trésor inépuisable de r église militante, caplalrice et quêteuse.
Or ce diable, que le Messie a trouvé, il est vrai*
la ns la Genèse et dans le Livre de foh, ne parait
Nullement sémitique. La Bible juive (combien je
vénère quand je songe au Nouveau Testament ')
'appartient nullement, par sa rédaction, aux anti-
Ities périodes de riiumanité. Remaniés, complétés
)us Ezéchias et Josias (V'Ul^-Vll'lt totalement
Écrits après le captivité par Esdras et Néhémie
f'-IV*^ siècles), les anciens livres (et Ton ignore si
Pentateuque en faisait partie) se sont grossis,
jsqu'après l*ére chrétienne, de menus romans^
t-agments, psaumes de provenance et d'âge divers.
« Sans doute décrit M. Michel Bréal, « ledualisrae
t^siématique des Iraniens devait répugner à un peu
yie qui avait fait du monothéisme le dogme fonda*
[lental dé la religion. Mais il ne serait pas étonna al
^ue quelqu'une des légendes si nombreuses du
lythe de V ritra se fût frayé un chemin jusqu'en
Palestine et eût pris sa place dans les livres juifs»
In s'accommodant au caractère général de la reli-
|ion israélite, . ,
)) Le livre de Tobit contient des traces évidentes |e la dcmonologie iranienne. Asmodée, ce mauvais hiie qui aime Sarra, fille de Raguel, et tue suc îssivement sept hommes qui lui sont donnés en lariage, appartient à la Perse par son rôle comme w son nom. C'est Aéshma Daêva (en Parsi : shem-dev), c'est â-dire le démon de la concupisbocÊ, une sorte de Cupidon, plusieur*^ fiiU nnmnir.
L ITALIE ANItQL'i
dans TAvesta comme le plus daûÉT^reux de tous les lievs. Il esl vrai que le livre de Tobit, dont nous n*avons même pas le lexie hébreu, est un des plus r^cenu de la Bible, Mais si nous trouvons dans les parties plus anciennes des conceptions du même genre, il sera permis de supposer que des légendes iraniennes ont pénétré che^ les Juifs, soit pendant, soit même avant Tépoque où ils se trouvèrent en contact immédiat, Le livre de Job introduit Satan dans le conseil de Jéhovah >^. (\ a-t-il rien de moins Juif>)
» Le récit contenu dans le troisième chapitre de la Genèse offre, avec les croyances mazdéennes, un rapport trop frappant pour que nous puissions nous refuser à y voir une infiltration des idées iraniennes. Non seulement le Serpent rappelle Ahriraane par sa forme et par son rôle, mais le paradis (Pairi-daezj, enclos), l'arbre de vie, l'arbre de la science» sont des représentations qui reviennent souvent dans les livres Zends, tandis qu'elles se trouvent isolées et même égarées dans le Peotaleuque» Le reste de la Bible (nous ne parlons pas des livres les plus récents) n'y fait aucune allusion ; bien plus, le caractère de la narration Juive semble indiquer une provenance étrangère. Le mythe est naïvement dèliguré, et certaines circonstances fa buleuses sont rapportées par Thistorien sans qu'il les comprenne. Ainsi le Serpent^ tout en jouant le rôle d'Ahrimane, est simplement présenté comme ii le plus rusé des animaux que réternel dieu avait faits ». Ces paroles de Dieu : o Je mettrai inimitié entre loi et la femme et entre la semence et la semence de la femme ; cette semence te brisera la léte et tu iui mordras le talon M, sont comme une réminiscence vague de la guerre éternelle qu'Ahrimane fait au genre humain...
}) Au reste, quand les Juifs se trouvèrent mêlés aux Perses et pénétrés en tous sens par leurs croyances, ils ne s'y trompêœnt pas, et d'instinct
ils reconnurent Satan dans le Serpent et un paradis dans le jardin d'Eden. Dans les derniers livres de la Bible, la ressemblance devient beaucoup plus directe ; dans Zacharie et dans le premier livre des Chroniques, Satan s'approprie le caractère d'Ahrimane et apparaît comme l'auteur du mal. Plus tard encore (Mathieu, Apocalypse, Luc), nous voyons que Satan est devenu le prince des démons, la source des mauvaises pensées, l'ennemi de la parole de Dieu. Il tente le fils de Dieu (comme Ahrimane Zoroastre) ; c'est lui qui, pour le perdre, est entré dans Judas. L'Apocalypse nous montre Satan revêtu des attributs physiques d'Ahrimane ; il est appelé le dragon, le Serpent ancien, il livre des combats à Dieu et à ses anges. Le mythe védique, transformé et agrandi par les livres iraniens, entre par celte voie dans le christianisme. Saint Michel, qu'un passage de Daniel indiquait pour ce rôle, défait le dragon, comme un autre Traêtaona . « Et il y eut bataille au ciel (Apoc, Xll, 7), Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon et ses anges combattaient contre Michel, mais ils ne furent pas les plus forts, et ils ne purent plus se maintenir dans le ciel. Et le grand dragon, le Serpent ancien, appelé le diable et Satan, qui séduit le monde, fut précipité en terre, et ses anges furent précipités avec lui ». Une fois que l'Apocalypse, en donnant place à une représentation répandue dans tout le monde indo-européen, l'eut autorisée aux yeux de la foi, les traditions locales substituèrent saint Michel, saint Georges ou saint Théodore à Jupiter, Apollon,. Héraclès ou Persée. C'est sous ce déguisement que le mythe védique est parvenu jusqu'à nous et qu'il a encore ses fêtes et ses monuments ».
Nous n'avons pas à signaler aujourd'hui toutes ces variantes épisodiques, recueillies par Maury (Légendes pieuses) . Nous voulions seulement montrer que l'essence même du christianisme, AKvv-
mane, Salan, le Alaiin, subordonne^ il est vraiv Dieu, mais aussi éternel que Teofer chrétien, son séjour rtoal, — aussi puissant que Dieu sur ta terre, dont il est le prince incontesté, appartient à une doctrine plus ancienne, étrangère au gdni juif et absolument incompatible avec le mono théisme. Celte anomalie fait, avons-nous dit, la joie et la force de l'Eglise* SatMi est l' au leur di pcché. Or le péché e^l le pain quotidien, l'inépui sable trésor de cette Druje aux mains longues.
Non content de s'être insinué, parriotermcdiain de la Bible» dans Torthodoxie chrétienne, le dualisme perse a inspiré îa plupart des hérésies gnosliques de rAsie-Mineurt; et de la Syrie* Le christianisme ou du moins des idées chrétiennes avaient rapidement gagné les alentours de l'Arménie et de îa Mésopotamie, pays si riche autrefois malgré les guerres couiinuelles des Romains et des Parlhes, et que la domination turque semble avoir luioé pour des siècles. La ûorissaient Samosaie, Edesse, Nîsibe, et bien d'autres cités qui ne manquaient ni d'écoles, ni de lettrés hellénisants, La tolérance des Arsacides pour les arts et les philosophies de la Grèce laissait librement se fonder sur cette zone indécise, demi perse, demi sémitique, demi-ro mai ne, les doctrines courantes anciennes et nôU velles. De là des divagations infinies qui plaisaieni aux esprits à la fois raffinés et mystiques, juif^ chrétiens ou païens. La foi aveugle était bonne pour les masses^ mais la Gno$t% comme on disait la connaissance, n*élait accessible qu'aux savants A réltte. On spéculait sur Tesprit et la maiière, su le Uni et Hntîni ; termes extrêmes qu'on reliait par! des transitions sans nombre où se perdait !al personne du Christ, où s'évanouissait Tindigentô mythologie chrétienne. En général, toute Gnose admettait Dieu, principe suprême, surnaturel, spoo*lané, éternel, invisible, manifcslé par des éma-i nations, par des éons^ entités métaphysiques qui
procèdent de ses attributs. Les éons s'étageaient entre l'infini et le fini. Le dernier éon, le démiurge, a la tête dans l'infini, mais il plonge à mi-corps dans la matière, qu'il a créée et organisée. 11 y a donc deux royaumes, celui de l'esprit, de la lumière et du bien, celui des ténèbres, de la nature, du mal. L*âme humaine tient des deux matières; le but de la Gnose est d'jen expulser les éléments grossiers, de l'alléger du poids qui l'empêche de monter dans l'infini, dans le pur. Le démiurge serre de toutes ses forces les liens qu'il a formés ; mais un éon sauveur viendra lui arracher sa captive. Pour les chrétiens, cet éon est venu, c'est Jésus, que Jean a baptisé Christ, et dont Tesprit divin s'est uni à un corps matériel. Ainsi pensaient, avec des nuances diverses, et Simon le Mage, et Cérinthe, et Saturnin d'Edesse, et Bardesane. Les uns et les autres admettaient deux principes : Dieu, le père inconnu ; et la matière mauvaise ou ingouvernable, d'où procède Satan. Saturnin prétendait que Jésus n'a eu qu'une existence matérielle apparente, et que le fondateur du christianisme est un éon envoyé pour détruire le démiurge, qui est le dieu des Juifs. Basilide d'Alexandrie et Valentin, Marcion de Sinope, luttaient avec les précédents de subtilités et d'enfantillages. Celui-ci, qui vivait au II* siècle, reconnaissait trois principes : le démiurge, aiilcur du mal, créateur du monde, dieu de l'Ancien Testament ; le dieu bon, qui a envoyé son fils pour détruire le démiurge ; et le diable, qui est entre les deux.
Il faut, pour goûter ces divagations, le pessimisme souriant, profond comme la mer, Witjuxie du sage, qui permet à un Renan de savourer le rêve d'un avenir funéraire et d'un ciel qui n'est pas. A force de compulser les textes, il les anime ; il comprend, il voit ceux qui les ont écrits dans l'ardeur d'une foi sincère. Ces noms qui neaovis d\?iVi.tvV
rien, Polycarpe, Irénée, Papias, Basilide et Marcion, et Clément, et Justin, et combien d'autres ! lui représentent des hommes, des figures distinctes et vivantes qu'il reconnaîtrait entre mille ; leurs traits lui sont familiers, non moins que leurs vertus et leurs faibles. Vulgaires, il discerne le grain de beauté qui les ennoblit ; creux et bizarres, il aperçoit en eux des profondeurs et des sublimités. Mais quoi ! ce style est plat, cette théorie incongrue : heureux les pauvres d'esprit ! Heureux certes ; ils ont mérité mieux que le royaume des cieux, parce qu'ils obtiennent l'indulgence attendrie du plus délicat des lettrés : Ne sentez-vous pas en eux la suavité naïve, l'arôme de la poésie populaire } Un je ne sais quoi s'exhale du pathos de la Gnose, et rayonne des Apocryphes ! Et notre raffiné s'ingénie à parer de sa prose la plus fluide des bribes de fausses épîtres, de faux évangiles, ou les monotones visions du pasteur d'Hermas. Il n'y a pas jusqu'aux Vers sihyllijis qui n'amusent sa sagacité d'crudit. l^niin, triomphe de l'art, il fait passer en nous quelque peu de sa curiosité, sinon de sa sympathie. Gagné par la finesse et l'aménité du guide, on prend plaisir à démêler avec lui les éléments complexes de l'orthodoxie qui, avant Nicée, éprouva tant de variations, et n'en subit guère moins depuis.
Le plus célèbre de ces dualistes fut Manès, Mani, né vers Tan 240 après Jésus-Christ, en plein fanatisme zoroastrien. Les Sassanides avaient depuis peu relevé la Perse et restauraient violemment Torihodoxie mazdéenne, traquant et massacrant l'impie Asémaogha, l'hérétique imbu de gnose chrétienne, alexandrine et même indienne. Mani avait mal choisi son heure, il eut à s'en repentir.
Emprisonné, fugitif, livré au roi de Perse par les Arabes, il périt à trente-quatre ans ; il fut écorché vif et empaillé, dure leçon pour les imposteurs. Sa légende est courte comme sa vie. Un personnage
CAUSES MORALES IJE LA ItKCMjKSCli Kn.W.WSK p,;
appelé Budas ou Térébinthe. avait reçu d'un .-a a ^eur instruit, Scyihianus. riche Arabe cunlempurain des apôtres, quatre ûuvrH;,'es iniitulès : les Myaières. les Capililes. V i'.vinoilc et les YV^sf; s- Ces livres, déposés chez, une veuve d.fni Mani. .->ous le nom de Kubrikus. était l'e-clavc. hirrnt rorijfine du manichéisme. Le réforruaicui- ^.'ai-ia aussi des livres sacrés des cl.rclieii-. rapp-.rlé^ de Jérusaiem par trois de ^cs fliscip!e>. Ihomas, Hermas et Addas ; il put aus^i : ^férer. !(;i • '1«: -a fuite en Arabie, avec un préii'e nrjmnv; 1 ry;;ii -i:. et avec Tévêque Archélau-. .\mis ve:i 'in ■!■: ii.-j quelle mort cruelle coupa z-,\xv\ -i s,i pr'.-.li .iti .;-. Ses adeptes se groupérer.i auîou!- 'îc ^:-, -.ii Si^ii-. nus, et la sccle. établie à lîaK;- i-^ne. .^i-m-lii ;.i[i dément, sous des pontift■.•^ -lui ''i'js:;^n;iii:r.i t:u\ up: ■ mes leur successeur. M.iis. i^fj! <jcii!'-. p.ir !<:- Sassanides et après eux ;/;ii- i--^ Musu-ni.in-, !'■ manichéisme, errant de lî.ii,; ":-jn«: .1 ii.i.i-. d-: S.imarcande au Kh'-»ras^;in. "'/«.-i^n:' «.ii < ' :';!ii -.i le neuvième siècle. C"c>l en Oicidenl -ju': -■:- !■■■; trines se mainiinren' le plus l^n^^ienips. I-^iîe- ^'^ étaient répandues r\c trc-. b-'i^ne heure et y cuisaient de î^ra. es -mici-. aux 'i'ifenseiir'- du chri--!i.inisme.
F'->sayon'- de dè;^;i;(er iju?.;! l'ie-^ p<'inl^ de ce --V'^ téme, aussi vj^nfus juc bi/arre.
n y;i. cela e-l enten*-!!!. deux piin:ipes -pp.»^.. ^. incompatible-: la lumi«jre, I -jh-curit'.'. I)!cu. I.i lumière, c>l sans .'immeni-ernent, il rè^nc --ui- un ciel lumineux et une terre idéale: r'W\scuiiu-. i^mal. a au*--! s-.n ciel ei -^a terre, denses et iciubrcux. \ .f:< fh-iix ni'inrles ^e limitent l un l.in::c. mais leu ■ e\tr'';nii(ès smit inlinie<. han^r-»'.'"*. u rite rè^fne Sit;m. m<insire ailé, dra-r-'-n a !a icU" .îvloup. ■' juvue f\r. j)'ii*-snn. à pattes de cr-K'-^ii-v'. I 1 lutte s'e-r ';n'.îa^ér aux coulins des Jeu\ cm -^iv-.. Le prototype humain {Gavo Marctham c:n»'N. pour combattre le démon fut vaincu ci a ni.*;; .
494 L ITAUB ANTIQUE
dévoré. Le roi du Paradis dut lancer l'Esprit de vie au secours du héros mal chanceux, qui» tout penaud, reg^agna la sphère lumineuse. Les démons ou Archontes^ capturés par l'Esprit de vie, furent crucifiés dans le ciel où nous les voyons encore: ce sont les étoiles.
Cependant, du mélange de Tombre et de la lumière, avec le concours des Éons et de deux dia* blés, l'un chaud et l'autre froid, étaient nées l'âme, fille de la vapeur, et la vie animale, fille de l'air ; puis huit terres superposées et dix cieux avec douze portes et treize cavernes. Citons pour mémoire un mur et un fossé qui séparent, la lumière des, ténébres, une colonne de louanges (voie lactée, pont Tchinvat) faite d*hymnes, de bonnes paroles et de bonnes œuvres, une grande roue à douze godets (les signes du Zodiaque) qui met la création en rapport avec la lune, le soleil et la lumière incréée ; le sextuple accouplement d'un archonte, d'une étoile, d'une force d'attraction, de l'avidité, de la convoitise et du péché, d'où sont issus Adam et Eve, premier couple, vainement secouru par Jsa (Jésus), par Thomme-type et l'Esprit de vie ; Eve unie à Gain, son fils, enfantant Abel et deux filles : la Concupiscence, épousée par Gain ; la Philosophie, épouse d'Abel, puis de Caïn, meurtrier d'Abel, son fils et son frère ; Eve, revenue à Adam, et mère du beau Seth ; les démons tuant les vaches dont le lait devait nourrir Seth ; le lotus merveilleux qui allaite ce dernier né d'Adam ; les adultères d'Eve ; la victoire définitive d'Adam et de Seth, leur ascension glorieuse ; enfin la chute aux enfers d'Eve, de Caïn et de la Concupiscence.
Ce n'est pas tout. La race des hommes s'est développée -, il faut régler le sort des âmes et des corps. L'âme des élus reçoit d'une vierge et de plusieurs dieux l'urne pleine d'eau purifiante, le vêtement, le bandeau, la couronne et le flambeau ; elle est conduite, par la colonne de louanges, à
riiomme primitif. Certaines forces vives que contient le corps remontent vers le soleil, où elles formeront un dieu. Le reste du cadavre est rendu à l'enfer. L*âme des lutteurs ou auditeurs^ sans vêtement et sans couronne, errera tristement dans les espaces jusqu'à la fin du monde ; de transmigration en transmigration, elle dépouillera les ténèbres et dégagera la lumière qui est en elle. On sent ici l'influence bouddhique. Quant à Tâme des impies, des athées (les non-manichéens), elle est vouée, cela va sans dire, à la damnation éternelle. Purification complète de la lumière par un incendie qui durera 1.468 années. Internement définitif de l'obscurité dans le grand fossé qui lui a été réservé au pied du grand mur. Et puis après? Au pied du mur? C'est bien le dernier mot du manichéisme, comme de toutes les autres mystagogies.
Comment ce chaos de toutes les croyances, on peut dire de toutes les extravagances superflues, a-t-il séduit tant de générations } Pourquoi des Runcariens, des Tisserands, Poblicans, Patarins, Bogomiles, Bulgares, Cathares ou Albigeois ontils indéfiniment ressassé les divagations deManèsr Sans doute pour entretenir le fanatisme orthodoxe, pour alimenter les bûchers de l'Inquisition et exercer le bras séculier, à la plus grande gloire du dieu bon, du lumineux Ahuramazda. Si cette réponse n'est pas la vraie, autant déclarer tout de suite que Thumaine crédulité est un gouffre insondable.
Oui, ces malheureux Albigeois, dont la saugrenue et innocente hérésie attira, au treizièmesiècle, sur la riche civilisation du Midi, les foudres abominables de Dominique et d'Innocent III, les fureurs de Simon de Montfort et Thabile complicité du pieux roi Louis VIII, furent les victimes de iManès, de Zoroastrc et du dualisme iranien. O retentissements profonds des aberrations humaines ; triste répercussion des systèmes les plus nobles et les plus inofl'ensifs î
§ m. — L'Invasion chrétienne
Esprit exclusif de la secte. Ses vertus anti-sociales. Ses débuts obscurs dans les colonies juives ou hébraïsantes cparses en Syrie, en Egypte, en Asie-Mineure et jusqu'à Rome. Pauvreté de sa légende première. Caractère mensonger des récits évangéliques et des promesses placées dans la bouche du Christ. Mais les malheureux, les pauvres d'esprit, éblouis d'une vision de mort libératrice, sont aisément séduits par ces mirages d'un avenir imminent. — Complètement dégagé du judaïsme après la révolte suprême de Harcocébas, le christianisme se jette dans la mêlée confuse des mythologies f.t théurgies ambiantes et leur emprunte discrètement ce qui peut plaire aux diverses classes de la population : beaucoup à Isis, à Mithra, un peu aux mythes helléniques, puis au mysticisme alexandrin, surtout à la Gnose. Invention successive du Verbe, de la Trinité, etc. Appelé au trône par Constantin, il installe partout sa hiérarchie à côté de la hiérarchie augustale. L'enseignement chrétien achève la décomposition de l'Empire. L'égoïsmc de l'Eglise l'abandonne aux barbares dont elle saura bien exploiter rii2:norance et l'avidité.
Dans ce chaos de mythologies confondues, j'ai dû choisir les quelques ligures, sinon nouvelles, au moins distinctes et marquées au coin de cet esprit oriental qui allait engourdir l'intelligence pour un millier d'annces. Mais toutes ces déesses de la nature et tous ces dieux solaires n'entendaient pas priver de temples et d'honneurs la multitude des autres dieux, civilisés ou barbares, anciens ou même récents, comme le serpent de Glycon dont Lucien s'est amusé ; tous s'acquittaient de leur mieux, dans tous les coins du monde, de leurs menues besognes, plus ou moins rétribuées. Ce monde surnaturel s'accommodait à merveille, surtout de Dea Roma, du Lare Auguste, du Génie impérial. L'apothéose de Caligula,ou de ALiximien Hercule, leur paraissait tout aussi innocente que celle d'un Apollonius de Tyane et de tous les Ca-
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Ainsi, par degrés, se dctiu-hani Ac'> miUi- ■. rieuses et vraies, touji>ur> suis ilr ic-uihi .i.ui l.i pureté morale par des pcniiciii-c^ luairi ull» - ni tituant les rêves morhitU-s ;'i l.i •-•iMiiir .1 1 .1. ii.,ii ainsi, les instinctifs, les mimIIh un u- l« ■ |..iu «.td'esprit, élaboraicnl île. i-.iiii ■ |..mI !• .1. ments de la litur;4i<: r\ «|r « i- ijn '.u i» m ..■ | 1 !• 1
Tesprit chrcticM. ^ic i/iiitri\t j/i'.<j;. ■■
blesprépar;iicnt sCiiriuMii I.i 'Il i',-.iii-.n
au preiiiier 'Arj'. \i«>!'i<i. .1.- -r ••
saicnt a'j-.'jrj': \-a, i!-- '/',' . . « -
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de ]*erijp;r':. ^,'. î .'•',• ■ ■• . ■
îjii:':- f '. •' '. :: ^- -, '
par les intéressés, — et qui visaient non les dieux des chrétiens, mais leur impolitesse et leur sécession politique, — les fanatiques répondirent par ce courage si contagieux, et si peu rare, en somme, du martyre, et les habiles par la préparation de cadres entièrement calqués sur la hiérarchie augustale.
Notre plan ne comporte pas la critique, ni Texégése de la doctrine si profondément étudiée par les Strauss, les Peyrat, les Nicolas, les Réville, par les Morin-Miron, les Renan et les Ilavet (i). Le christianisme n'apparaît ici que comme un des facteurs principaux, le plus décisif, de la décadence intellectuelle et morale dans le monde gréco-romain. Nous devons seulement en esquisser l'histoire, en rappeler les humbles débuts, les sourds progrès et Téclatant triomphe.
Nul personnage destiné à l'immortalité n'a été plus que Jésus ignoré de ses contemporains. Philon le juif llorissait à Alexandrie dans les quarante premières années de notre premier siècle; philosophe platonicien dune part, et, de l'autre, fort habile interprète de l'Ancien Testament, il a, pour ainsi dire, inventé par avance toute la métaphysique et la théodicée chrétienne. Or, pas une ligne dans ses écrits ne décèle une connaissance quelconque de la mission et des aventures attribuées à Jésus. Josèphe, l'historien des Juifs, qui a vu la prise de Jérusalem, ne tient aucun compte du maître, des apôtres, des disciples, ni de la nouvelle foi. C'est en vain qu'un interpolatcur maladroit a cru devoir glisser au travers d'une phrase qui s'en étonne une courte mention dont nul ne soutient l'authenticité. Pline, le naturaliste dont l'éiudition complaisante embrasse toutes les sciences et toutes les erreurs de son temps, garde sur Jésus, le Christ et
(i) Viiif dans noire volume VHistoirc Ic-^ ^hapilrc-^ intitulé-^ Origines chrétieuncs: D'A 11 truste à Th^'-" ''■^.- .
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rien de plus amphigourique et de plus insaiie que les lettres de Paul. Mais toutes ces imperfections étaient comme noyées dans la lueur, dans l'espérance que l'illusion chrétienne répandait sur les âmes endolories.
Les pauvres, les affranchis, les femmes trouvèrent dans les petites sociétés nouvelles des secours et une affection qu'ils n'avaient jamais connue; ils y exerçaient, selon leur âge et leur activité, des fonctions qui les relevaient à leurs propres yeux : prêtres, évoques, diacres, diaconesses, simples fidèles, leur vie avait désormais un intérêt immédiat et un but prochain. Aux désespérés, on promettait justice; aux déshérités de ce monde, un royaume éclatant de lumière. Leur foi était simple autant que fervente. Ils adoraient de toutes leurs forces celui qui leur annonçait, autre Bouddha, la délivrance finale et l'oubli de toutes les misères terrestres. Peu leur importait que Jésus fût un homme, un fils de Dieu, un dieu même. Rien, d'ailleurs, ne les étonnait moins que la divinité d'un mortel et l'incarnation passagère d'un dieu. Non seulement la mythologie officielle, mais toutes les théurgies orientales que la conquête d'Alexandre et la domination romaine avaient déchaînées sur le monde civilisé regorgeaient d'avatars et d'interventions miraculeuses. La Syrie. l'Egypte, la Perse, rinde fournissaient à l'envi les mets du festin servi devant une insatiable crédulité. Et les pauvres d'esprit n'accouraient pas seuls au banquet: le m(imc appétit de prodiges obsédait les âmes cultivées.
Adrien, ce curieux universel, ce dilettante archéologue que M. Renan traite en confrère de l'Institut, auquel on passerait Antinotis en faveur de sa bibelot-manie (si du moins il avait possédé à un égal degré l'amour du beau et le sens critique!), Adrien croyait à demi aux aventures de Sérapis, d'Adonis ou de .Mithra. L'homme divinisé des chré-
CALSEî XOaALES ÛE T-A 2 E lA- E\:E K . -l » N ' »
lien» n'était pas p«:ii:- le sihjquei- '.:*i' t '.".r^j . pas i ui-mème, d^< r.o rr. rs. t< i . c j \ ' Ce ^ •,: : : • .• ^: *sait contre les -hrerieni. :"é:a:: Itu-/ ùu; .■:■<■**.>.• c\ cluîif. leu:- e.'=pL-i: -iSLr.jpcliti, ".>:5 ài::.^ -.u-^i s;;:^ conârituaiect. en iehii-î ii TLim:, !c'/. > >.^x .-.^-^ secrètes. II ^en:aî: TeTiçire niin-j >.^i:< -^c^ -^c/- ;*.; un travail de taupe-s. D\;' A niè::ie .;u>:'.v:-.:v< •.•■•x .^o CCS artisans de rLiiae ievdier.t !d ic'.c. < .uv.x- ■-<.;•..-■.•; au monde en'.ier. au Sena:. .iLi\ ivh'.\.^:.s ;*-,:>'-.k'' . avec une inconscience nai.e. .:;:< ap.^ .\::'>'.cs >.';:ic naient îa parfaiiê inn.'CuitL' .ic la \n ■.■..^:\ o'-v*. :/■ .» lestaient de leui- obéissance aii\ î.^-.^. .= '.,; -.x- ;•.".** condition qu'on les dispensât Je îcs »>'i\sv*'. \ »•;
Les avocats du chi-istianisinc, ^hiaxiur.itv. lu-.; m».. Athénagore. etc., étaient oiJiiKuionu-iU xiv--. \\\s'\,\ physiciens dévoyés, heureux do dvMuu-i \\\\ »,»■.•.»■. aux entités par lesqu^lles^ ils a\auMU u'mj^'.î. . \- . dieux. Les néo-phitoniciens, luS^ pvihas»*»»- »*'»»•' d'Athènes • d'Alexandrie, tri-lpliOsQ' s'.»» , .Mutwi» daient aisément d'un dieu iiuiMiiui, v-qunaUiu au moteur immobile et au souvei ain bien SruKiurni . leur foi moins simple s'ert\n\'an iK- laiiaihri I.» légende juive et le vaj;ue messi.nu-.nu' aux »i»n,, j» tions mieux suivies de leur tUlnr lii^upir li.n tiers de Philon, même île Paul. il-. . h.i. li.n. m a doter le christianisme iruiu- p'nl.»-,,n.hu-, ,| un,, science transcendanlc. Tài-'u- .luhi.-, inii.|M i-..-» .«n iradictoire! La relif^iun ri^viU'e ni i rlli- jm-. la n." gation de la science el île la plnl.» ,i|iliii
PZn somme, vers le c'iuiiuifii» i-unnl .lu ni . .mi.I siècle, le Christian isuie, dt-nii juil, d» un ul»\aii.li m. était encore à l'élai i lianii-|Uf. liMi .1. )i l'.u I. nombre, il étail l;iiMc |hti U- hi.mi.|ui' •!•■ «.'Ii' i-n dans la doctrine, d'iniiu- dan- la dur. h. -m T. mi, prendre conscience d<! lui nnnn il iIi\.mi • .1. f..i {^cr de toute coiiiph- il» .i^<' I' iuiI.m m. r..iij .it venir vraiment uniwisel. il div.m h'.i tmiK i l'esprit du niMii'lf «ju il .1 pu. ni .i n^n \,i. ni .1. dissolution, IfH |"'«ii piéjj.uti l« .imr .i lii Im
L tTAÎlE ANTlôl'K
procname ae ra vie terresuCj puisque sou ]ûg supiïimc s obsiinail à ne point venir sur les nuties, puisque ses promesses étaient démenties par la | durée de Tempire, il devatti d moins de croulei sous son mensonge sincère, laisser dans Tombrej tout ce que Ttigoïsme du salut avait d'incompatible [ avec 1 ordre social, et fatalement, en dépit de son origine, accepter la famille, la cité, Tétat, s*adres-| ser non plus seulement à des dieux futurs, mais à des hommes présents et vivants, amants^ époux, fils, commerçants, soldats, magistrats» citoyenSt ' Singulier contraste 1 Une doctrine de mort forcée, de présider au cours naturel de la vieî II fallait ^nfin que TEglise devînt un organisme politique, ' capable de lutter avec le gouvernement établi sans le combattre ouvertement, capable, le moment venu, de partager et d'absorber la puissance civile. Une orthodoxie, une hiérarchie, telles étaient les deux nécessités qui s'imposaient au christianisme, La première ne fut constituée qu'au quatrième sid- 1 cle. L'autre ne déploya toute sa force qu'en maniant sur le trône de Constantin. Toutes deux s^ébaii* j ch aient confusément.
Aux yeux des contemporains, aux yeux de la 1 masse des tîdéles, le christianisme se distinguait mal du judaïsme; c'était, c'est encore, à bien des i égards, une hérésie juive. Les orientaux surtooi^ considérant que Jésus était venu accomplir la loîJ non la détruire, ne savaient trop s*il était loisible de renoncer aux pratiques juives, au sabbat, à la circoncision. Il y avait en Syrie et en Asie-Mineure | des ébionilcs qui se croyaient et qui étaient en réalité les vrais continuateurs de l'ascète nazaréen,! les disciples de Pierre, de Jacques, frère du Seigneur- La révolte de Bar-Coziba vint, sinon trancher, ce qui est impossible, au moins relâcher singulièrement le lien qui embarrassait le christianisme. Cette revendication désespérée, qui amena la ruiafi]
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une 7u>-.i^cj .'cv^a.*- -•:*. 7:\\î'.;;:vU'*c. II a'aband .'^ n n a 7 a - . .- : * ? .■ , e : c .^ :^i :r. c n : ' c 0 1- : 1 p u la i ro : ma; s : * ! a 7 - - " -^^ ' ' • ^^ ^' ** ■ •' ^^ v. :^ e v"^ :ct'a co , u ne t i ^ u i e en parv.c ::.r.s.:.' c ,c 'a \ laio re'.i^îvMi. 1\hU en laissan: ^c/.:*.:- ..a^^- c * \r: '»: J.cs c^Miiinuation^ dV'.'>\r.:>, J.cs .'•/.:..• ';.!>,■,>. ^los iv^nums leN ».|ue Ju.iit'! c: :'>.:, . c: cclto îaJ.c l^islv^îic J.o l\^bic v>ù M. Ken.ii^. .i.i:j;:*.c :..^i:\oî J.es J.v^uccui*». i! s'auavha de prctVioiuc a'a\ p:v^pî'OU'S, co-^ aÎMC-* viu v'hnst, ^.-hcrcha'a: 0; su.iv^m *.'ai».'i"pv^!a '.l vLu\> l\-ui-. pi Oi liguons api\"'s .\Hîp !es plus uutu'e-v vUi.nîs Je 1.» Ic^envic 01 vio la nu>'*u»i\ vÎinuu* S.un.e nu'pni sable vlv* Sv»:h<on pvUii ia ihOvMv^j^u' ^W N.iu'a-.mt's pour \'v^!ïaM\' " ^ h: a ivUiivUii-* pu vl r.»n p.Mn 1 a l»«u jiuus ai>iU»\UM\lei ^u^ v'o ihi^uie : \ iMu' iliou \'lait un juil cl \vu»^ li.M^'-vv \t»*» niaUros l'n K*. r\pL«i tant. Mais ^'c^i K» miuiulu' kx^Ic Av \a .\\\^"^\^^\\
S,ms Jt^Nus, pai v'vMisv\|iu'nl san-. I.i lîil K- il !»■ . Juifs, il i\'\ .luiail jamais m lU- *ln i- n.mi' mr ■ in.iipar cu\, par lui, v'vnuhuMi Ac iriiip . .nnitil il .iim
Il a M\'U, il ^'l'sl UiiUlM du lUllu'U mU il '.»* d^M'l ip
pait, au^pU'l \\ a dû s'.td.iplci . I '.idhi .i-m ilr 1 t. m les i^iiiH antrs lie lui .1111 .ni p,r ili>iui> l'i nipin du iniMule. Il lui i.iilatl ilc. Immk>'i ■ p«'Ui .Miidum Ir
troupeau, des officiers pour encadrer Tarmée. Or, ses adeptes métaphysiciens, nous l*avons dit, acceptaient malaisément, non les miracles, qui n'en faisait?- mais la légende et le dogme principal, le seul à peu près qui tendît à se fixer.
On ne priait encore, M. Courdaveaux l'établit dans un excellent article de la Critique religieuse, (oct. 1879), ni de Trinité, ni même d'égalité, moins encore d'identité entre le Père et le Fils. Le Fils était encore une créature du Père, l'Esprit un synonyme ou un envoyé du Fils. On admettait seulement, sans rien approfondir, qu'un être privilégié avait paru sur la terre, associant dans sa personne aux actes les plus humbles d'un corps périssable, une puissance déléguée par un être éternel et infini. C'est contre cette confusion que protestait un reste de logique.
Les Gnostiques — nom commun de sectes sans nombre — demi-philosophes, demi-hallucinés, qui ont fourni à l'c^^lise plus d'un père ou d'un hérésiarque, ctaienl f^éncralemcnt enclins à subordonner, à écarter, à nier même Vhumanité du Christ. Dans leurs hiérarchies d'éons, de démiurges émanés du divin plérome, — sorte du synonyme du néant ou être absolu, il n'y avait point de place pour des f^cns de chaii- et d'os. Non, le Jésus souffrant et mant^-eant. le cruciiic abreuvé de fiel n'était qu'une apparence, une fantasmagorie, derrière laquelle se cacliail l'Harmonie préétablie de Leibniz, la raison raisonnante des choses (cette quintessence dernière de l'anthropomorphisme), le Logos de Platon ; et comme Logos signifiait tout ensemble « raison )) et <( discours », le Christ devenait la manifestation de la raison divine par la parole : en ce sens il était \ raiment dieu et coéternel au Père. Ces Gnostiques, en accentuant la divinité au Christ, en préparant la dualité divine, sauvegardaient du nioins le monothéisme fondamental.
Avec son cortège d'imaginations baroques, ce
i Al^KS MOKA! r> l»»^ 1 A l'»\ AMiNi^K Rv^MAlNK ^^^^
jîcnrc de mxsiicismc moiaphysique, supérieur as> sui ciuenl ;i î.i nah o my ih.>logie chiLHicnnc, 'clTrax «nt ù bon tluùi les a\i.sc> politiques, d'auiant qu'il excr^aii Je \<>niables raxavics pain\i les >implos cxalic>. C'ieux ^m, mêla ni à la lo^cnJe le paihv>s gnosiiquc. in\eniaicni une Lutlc Je ^\^nic> pi.iis sur la \ ie aniciieuie Je Jésus, sur son enfance mer vcilleu>e, >e:. ^: aces de bambin Mir le.s bras de >a mCie, 1ms de ce nou\el lloius, ^ur ses menu> travaux de charpente, sur >es entretiens avec les oiseaux, ses disputes avec sc> petits eamar.ide> ; ils iappi>itaient les pcMipeiies de sa descente aux enfers ; d'auues faisaient une liisioire à .Warie. lui erï^aient une famille, nommaient son pOre et >a mère ; l'immaculée CvM"icepti.»n. la prosentativ>n au leniple, rassi»mi'»tion, s.mu vies fiuits de Ivujs veilles. ()n forjjeait des apocaU pse*^, des \isii>ns, des épîlres, des é\anj;ilcs qui s'insinuaient dans le C-anon, qui se lisaient vlans les assemblées, ;\ la grande edillcation des pieux j;^>be-mvuiches.
De ces inni>ccnts, ri-lj^lise .iccepla beauciuip. M. Uenan fait voir que plus d'un di>j>nie est né de cette manie snpeistitieusc. vpK- Tari khulien en a tire la plupart de se> mi»lif^. \c culte sc^ lèus et ses cerenivuiie^. l/l\f;hseeut piun principe. l«»ut en prenant j^Mrde de dep.isser la nie^-ure de la . redu lit<5 courante, d et. il'ilir li»! tl\v>vloxie sui l,i m»»senne des licti»>ns conipalibles avec l.i légende ».enliale ; clic liiait l'ïarti de tout ce qui ne Ci>ntiedisait pas aux d»>^meN \itaux de la ie\elalii»n. vie la rédemption, de lincai nalinii, de la rc^urrectum des miMt^ et ilu jui^ement dernier. 11 send^le qu'elle ail le nonce, de nos jours, à celle sagesse leLiiive.
Mais si elle agréait, â tilie de menus '-ulïr.i^e*- el de hors d'ieu\re édilianis. nn j^rand utiml^e île puérilités, elle eut préfère ne d»>nner .lucnne j^lace à la j;n«>»*e. 1 .a t:n«>se faisait «lu chri^lianisnie une Secte aiexanilrine, une tusion de*- mvllK»^ de la <îréce, de riOf^yple. de l.i S\iicetdela l*er.-e. I.'m
506 L*1TALIE ANTIQUE
lerprélation néo-platonicienne pouvait s'appliquer à tout, aussi bien qu'à la vraie foi. Que deviendraient les mystères, si la sagesse humaine les expliquait à sa fantaisie?
L'Eglise ne se départait pas encore de l'unité divine, et ici elle pouvait s'accorder avec la gnose. Mais, d'autre part, elle tenait absolument à son homme-dieu, vrai homme et second dieu, qui devait posséder une personne composite, distincte de celle du Père, tout en lui demeurant identique par une de ses deux natures. C'était singulier; mais bientôt n'allait-elle pas s'écrier : credo quia absurdum 1 Bien plus, elle tendait à reconnaître un troisième dieu, non moins distinct, non moins identique, inférieur cependant, dieu-colombe, dieu intermédiaire, souffle qui guidait la raison, portait les ordres et les exécutait atu besoin. L'incarnation, en révélant son utilité, avait mis son existence hors de doute. Et dès qu'il existait, sa place était marquée à côte des deux autres, pour ainsi dire entre eux. Déjà quelques-uns voyaient dans ce Pnenniji aux langues de feu, dans ce Paraclet qui inspire et console, la vraie essence et le fin fond de la divinité.
Vn apocryphe célèbre vint couper court à ces perplexités de la foi, et introduire, àdoseorlhoxode, la ^unose dans le canon sacré : (( In principio er.it Vcibuiu )) cl le N'erbe était Dieu. En lui était la \ ie, et la \'ie était la Lumière : La Lumière luit dans les réncbres, mais les Ténèbres ne l'acceptèrent pas. .. Et le \'crbe a clé fait chair.... Fils unique, venant de la part du Père )).
rsV>us savons tous qu'il n'y a point de parole ou \erbc sans troisième circonvolution, sans cordes laryn^iques et sans ca\ ilc buccale. C'est donc au sens de virtualité de la parole, de Raison, qu'il faut prendre l'entité du Pscudo Jean ; et, pour la seconde ou troisième fois, un des dogmes chrétiens se trouve établi sur un jeu de mots, sur le double
CAl.'v'îES MORALES DE I.A DliCADENCE ROMAINE 507
. sens du mot grec Lo<ros. De plus, nous retrouvons ici, l'illusion bien connue qui consiste à extérioriser une faculté humaine pour en faire Taltribut, ou môme la substance d'un être conçu et créé par l'homme à son image. Rien de plus commun que ce procédé. Déjà dans les hymnes du Ri'ty-WKiji la parole nous apparaît divinisée, et qualiliée, avec une merveilleuse justesse, de créatrice des Dieux. Thaut chez les Egyptiens, Hermès chez les Grecs, ne sont également que la parole personnifiée. Il n'est pas jusqu'aux Juifs à qui une telle conception ne fût familière.
Dans les Proverbes, dans Job, la Sagesse joue le rôle d'un assesseur de la Divinité. Les anciens textes, dit M. Renan, « faisaient parler Dieu dans toutes les occasions solennelles » ; ce qui justifiait des phrases comme celles ci : «Dieu fait tout par sa parole, Dieu a tout créé par sa parole ». On fut ainsi amené à considérer la Parole comme un ministre divin. Peu à peu, on substitua cet intermédiaire à Dieu, dans les théophanies, les apparitions, dans tous les rapports de la Divinité avec l'homme ». Chez les Juifs d'I-^gypte qui parlaient grec, le double sens de lo^^os permit de rattacher les symboles de la théologie égyptienne aux spéculations du platonisme. Dans le livre alexandrin de la Sagesse, attribué à Salomi'^n. le Logos c>t le parédre, le luèLilhionc de Dieu. Phili^n en vint à le considérer comme «unsecond Dieu»,<>u (( l'homme de f3ieu ». On voit comment les idées messianiques pouvaient se combiner avec ces creuses métaphores.
Le quatrième évangile, en consommant l'identification du Christ avec le Logos, se trouvait pleinement d'accord avec la foi et la métaphysique de son temps. Bien avant que ce livre fut reçu dan< le canon sacré, la même théorie était suggérée par Justin et d'autres apologiste^.
Cet écril, qui ne prit d'autorité que veis la tin du
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second siècle, est, dit Renan, le manifeste, « habile à sa manière », d'une école distincte ; rien n'en révèle plus clairement le caractère artificiel que les entorses données à la légende, que les discours placés à tout propos dans la bouche de Jésus, que les Ki lourdes et solennelles affirmations )) dont le ton présomptueux répugne au tact subtil de iM. Renan. Le Pseudo Jean ignore Tart des nuances. Et c'est justement sa parfaite assurance en ses amphigouris m>stiques qui a fait illusion sur l'auteur et consacre sa doctrine. N'était-ce pas là le pur style de Pathmos > L'évangile de Jean fut tenu pour authentique, pour vrai et, plus encore, pour sublime. ILibeut siui fjita lihclli .
Désormais, la monothéisme est bien près d'être sacrilié. Le crucitié est vrai homme et vrai Dieu, une émanation incarnée de Dieu : la seconde personne est constituée. La troisième se forme. La Trinité peut venir avec ses contradictions insolubles. On plongera longtemps, sans en rien rapporter. Jans ce mystère que seize livres d'Augustin p.\-r.t pu colaircir : el il faudra répéter avec lui, cette conclusion aussi naïve que modeste : <( ce n'est pas que j'eusse quelque chose à dire, mais il fallait bien diie quelque chose». 11 nous a été dv-nnc de \ oir entrer dans le triangle suprême, une quaiiième personiie — la femme était trop ou- MiOe ! -- voir une cinquième, l'innocent et putatif jv'^cpli. C\\\ est trop: la Trinité ne peut plus se rcieriner : clie c-t en\ahie, elle croule et disparaît. A la p-lace «.-ù fut le mythe fondamental, on n'aperçoit plus que Jeux cteurs. trois cccurs ou quatre, cœurs saignants, viscères réels, cœur de Jc-u<. cœur Je .Matie. C(cur de Maiie Alacoque, et encore cicur de Joscj h. >aiU(Js par les (Juviirs (\t< aiiges. siégeant au sommet de la mythologie, en avant des dieux hoiioraires.
Tout en élaborant ainsi, en retouchant sans cesse, et en émondant de son mieux Téditije touffu
le ::--^-: : .-. .= :. • ... . ^ ■ ■'
cipa :.; r.;;^....:^. . , . ^ ■ ■ ^ *
thé.v'i\i:ui;u* .i v .: .«»;.. ». r- '
jamais \ ne. N.-u- n .i\ .u i « . ii- ■ glisc < lalholi-m-- • .«II. I iM.i . i- .. rcni|Mic.
N'J I mr. .iiii '• ■ •'
chci ;i I'»'!''- ■ ' .!■..< '
510 L ITALIE ANTIQUK
pu se consliluer de tous les résidus mythiques et métaphysiques, se grossir, se parer de toutes les idées, de tous les rêves flottant sur la décomposition gréco romaine ; aux prises avec toutes les mythologies et théurgies ambiantes, il leur a emprunté tout ce qui pouvait relever et populariser sa légende. Apollonius de Tyane faisait force miracles ; les écrivains sacrés en ont bourré les Evangiles. Attis renaissait au printemps, Hercule montait au ciel, de là la Résurrection et TAscension. L'Incarnation surabondait dans tous les polythéismes. Mithra sortait d'une grotte. L*agneau, ou le bélier, donnait son sang pour les divers baptêmes, Isis portait sur ses bras le jeune Horus radieux ; La Triade régnait sur le panthéon égyptien. Platon et Philon avaient esquissé l'a Trinité. Le Logos, le V^erbe, florissait dans toutes les écoles, dans toutes les Gnoses. De tout cela la religion nouvelle tira ses mystères et ses dogmes, elle apparut enfin dégagée et distincte du Judaïsme, et, lillc in,L,''iate, elle renia vSon péie. l'^nfin le démonisnic perse, qui livrait le monde à d'innombrables agents du bon et du mauvais principe, lui permit d'enrôler tous les olympes, c'est-à-dire de ranj^^er dans les armées de Satanas- Ahrimane toutes les divinités du paganisme, et de leur op- ]joser les phalanges de Sabaoth, les myiiades des saints (-ïbscurs ou saugrenus, commandes par quelques milliers de diacres, presbytres, cpiscopes, ai-chimandrilles et patriarches experts aux cxnrcisnics. aux ci)njnratii>ns. aux tours de magie Man.'he ou noire. ( >'esi riche de toutes ces dépouilles, qu'elle a pu faire illusion aux disciples plus ou moins con\aincus des cultes et de< doctrines auxquelles elle piéiendait se substituer ; qu'elle s'est mesui'ée avec la froide orthodi^xie simplement politique et civile, imaginée par Auguste pour servir de lien au faisceau incohérent de TEmpire : et que par son triomphe même il a proclamé la dé
composition sociale, l'effondrement du colosse.
Le chiisiianisme a élé le plus puissant démolisseur de la civilisation antique. On ne détourne pas vainement de la terre vers le ciel, de la vie vers la mort, de la lutte douloureuse mais fortifiante vers le nirvana des béatitudes éternelles, des nations écrasées sous un joug victorieux, des populations épuisées par des siècles de hasards ; on n'enseigne pas en vain ces fausses vertus, la résignation, l'abnégation, l'obéissance, ces faciles servantes de la tyrannie et du fanatisme. On ne soigne pas en vain l'anémie par les débilitants.
C'est pourquoi, sans apporter au monde une amélioration morale appréciable, il a éteint la lumière de l'esprit et brisé le dernier ressort d'une énergie défaillante. lia livré TKmpire aux barbares, aux (( Fléaux de Dieu » si admirés des Augustin et des Miéronyme, espérant bien empêtrer ces enfants farouches dans les mailles du Hlet de Pierre, liit il y a réussi. Et si pleinement que malgré les efforts du XI h siècle, malgré les déchirures violentes de la Renaissance, de la Réforme et de la Révolution, l'immense et funeste réseau couvre encore la moitié de l'univers.
Avant de fermer ce livre, embrassons d'un coup d'œil le vaste espace que nous ven«jns de paicourir ensemble ; en vingt pas nous avons franchi vingt siècles.
Après avoir assisté à l'arrivée successive de toutes les populations diverses qui se sont entassées. du couchant et du levant, du midi et du nord, dan-s la longue et étroite péninsule, \m\u< nous ><»mMic< attachés d'abord à ce gr^'upc au<t"»nicn, omlM*».»sabell'^-latin, au centre duquel devait se constituer la puissance romaine. Nous avûn< dépeint lc< fru«itc^ di\inités de s«)n enfance animiste, <e< dieux indigèlcs. >es coutume*^ funéraires, ses mânes, «-es lares, ^es génies. *^cs pénates, s«'n culte pour le foyer domestique et naliima!. s-jn g«»ût p'»ur les
512 l'mALIK ANTIQUIS
présages, les augures et les formules liturgiques, les grandes ligures de son panthéon lumineux et céleste, pastoral, agricole et guerrier : Janus et Diane, Jupiter, Junon et Mineive, Mars, Quirinus, Saturne et Ops, Cérès, Liber et Libéra, tous ceux qui ont prtisidé à la naissance de Rome, latine avec Romulus, Sabine avec Tatius et Numa, étrusque avec les Tarquins ; sans oublier l'histoire des diverses corporations sacerdotales, Luperques, Saliens, Pontifes, F'iamines, Ai valcs, dont nous avons interprété les rites et les hymnes. Celte première et importante étape ne pouvait être dépassée si nous laissions derrière nous les Etrusques et les Ombriens, instituteurs industriels et liturgiques de l'Italie centrale ; nous nous sommes donc arrêtés quelque temps à étudier leurs origines probables ou certaines, leurs arts, leurs croyances et leurs langues. Tune encore indcchiffrée malgré la découverte de la précieuse inscription d'Agram, l'autre reslitUL^e par la sagacité des Aufrecht et des Michel Brcal. Xcus uuirnant alors vers la Grande Grèce, nous a\(>ns \u les dieux hellénique^, Héraclès. ApulliMi. et îalcL;ende ti-oyeiine d'Lnéeetdc \'énus se confondre, dans un intime amalgame, avec le< divinités et les mythes du Latium ei de Rome: puis l'invasion du mysticisme oriental et des mystères de la déesse phrygienne, de Bacchus-Sabazir.s, d'Ni^ et Sera pis. à peine enrayée par les réf-'imes d'AuiîUSte, et, malgré l'insiitution de la religion impériale, fi*ayant lavi)ieà une conception nouxelle des choses humaines, au culte d'un dieu mi'it. re^>uscilé, médiateur et lédempteur, culte expnigé. amendé et faussé i^arle christianisme, au détriment de Tenipire et de la civilisation.
Xou< avens muntré que la fusion entre la puissance romaineet le génie hellénique, si divers bien que procédant de peuples apparentés et d'une commune culture, a été trop tardive pour fonder un organisme solide el \ivace. .Mais Ktune, élève d'une
CAUSES xMORALES DE LA DÉCADENCE ROMAINE 513
Grèce et d'un Orient corrompus, n'en a pas moins été l'initiatrice et la maîtresse des nations occidentales. Dix siècles de nuit ont en vain étouffé la lumière qu'elle y avait répandue. Et c'est à cette lueur, pour ainsi dire exhumée, que la Renaissance a rallumé le flambeau de la civilisation moderne. Athènes et Rome, du fond de leur passé, ont éclairé l'avenir ; et leur éclat n'a été dépassé que par Vtclosion des sciences, j'entends les sciences objectives, physiques et naturelles qui, découvrant l'origine et la succession des mondes, l'évolution des formes animées et des tissus vivants, arrachant à la nature des secrets supérieurs à tous les rêves religieux, — vapeur, électricité, photographie, télégraphes, transmission et fixation du son, que sais-je encore ! — ont, dclinilivement et quoi qu'il arrive, émancipé Tesprit humain.