CHAPITRE XXIT. l
Maintenant si nous faisons attention à la grande facilité avec laquelle se nourrissoient des hommes dont les mœurs ëtoient simples et frugales f il nous sera facile d'expliquer comment la population de ces temps fut si considérable. Le philosophe célèbre qpi parolt si peu disposé à croire que le monde ancien ait été plus peuplé que le nôtre , Êtit pourtant une exception rela-^ tivement àTItalie ; il reconnoit que dans ce pays le concours d'une foule de circonstances physiques et morales favorisoît éminemment la multiplication des hommes (i). Chez un peuple agricole, le principe de la population trouve naturellement^ dans la sommé des subsistances produites par le travail , un accroissement aisé et progressif. Ainsi parmi nous, grâce aux soins persévérans de nos vigoureux ancêtres , ont été arrachés aux bétes sauvages, pour être cultivées, beaucoup de forêts horribles , tels que le M ont- Soracte, chez les Falisques (a), le Ciminium,
(i) Hume et WaWàcc s'accordent sur ce seuI^poÎD^* Selon le demîer, l'Italie antique auroit pu nourrir environ trente millions d'hommes. V. Wallace , Diss, on ihe rtumber» ofMankind in pncieni and modem iimes $ Hume, Poliiical dhcovrses, X. Consulte!; ans» Montesquieu, Espr, des Lois, XXIH, 17, 18.
(a) aujourd'hui le ment Sain^Oveste , jadis >e repaire
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et un grand nombre d autres lieux semblables. En outre, l'industrie desagriculteurs augmentant les moyens de production , a'voit transformé en terrains d'une admirable fécondité , une grande quantité de marais infects , qui , de nos jours , ont été une seconde fois envahis par les eaux et par les vapeurs d'une atmosphère impure. Ces prodigieux travaux dont nous sommes si étonnés; nous qui ne poqvons rien entreprendre qu'à force d'argent 9 coùtoient peu à une nation libre et frug^ile qui , voyant son intérêt dans leur exécution , s'y livroit avec ardeur, et en venoit à bout malgré d'immenses obstacles. Alors les stériles occupations du luxe n'enlevoient pas une partie considérable de la populatioipi aux travaux de l'agriculture , aux arts utiles et à la société* Une vie longue et prospère étoit la récompense de la sobriété (i). On n avoit point encore ima-
ges iMips } de \k cette fable curieuse rapportée par Servius, XI, 785. Add. Coiuinell. VIII, 16.
(1) On éprouvera un étonnement mêlé de jalousie , quand on saura que » d'après le recensement £àii par les deux YespasienSy le père et le (ils , Tan 74 de l'ère vulgaire, il se trouva dans la seule région entre l'Apennin et le P6 , deux cent quatre-viiigtr<|uiase individus qui avoient vécu au-delà de cent ans. Dans la seule ville de Velléia , près de Plaisance , on compta six individus de ceqt dix ans, quatre de cent vingt, et un de cent quarante ( Plin.