CHAPITRE XII
Du Latium et des peuples Latins ; Rutules , Ëques, Hemiques et Folsques.
L'idée générale que nous acquérons d'abord dans les livres, relativement au Latium, ne pourroit que très-imparfaitement nous représenter l'état primitif de cette contrée célèbre, qui, par une étonnante destinée, vit une de ses villes s'élever de la plus humble origine à l'empire du monde. Les fables, le merveilleux le plus extraordinaire, dévoient être Içs titres fastueux de la naissance d'un peuple fait pour commandera tousies autres peuples; mais à travers ce langage mensonger, et pourtant excusable de l'adulation , l'on est heureux encore de pouvoir reconnoltre cette grossière et naïve simplicité des premiers âges , que la nature nous présente conime une garantie de l'histoire (a).
(a) Je ne comprends pat bien comment la nature pent nous pré^ ienier comme une garantie de Vhistoire la ntuve mais grossière simplicité des premiers âges ; et si cette simplicité antique est nn garant de la fidélité historique, je ne conçois pas poarqnoi précédemment l'autenr a pn rejeter tant de traditions qni offroient nn semblable caractère. R.-R.
19a PREMIÈRE PARTIE.
La mâle éducation , la frugalité , la constance sont les premiers éléments de la fortune des peuples ; et l'œil du philosophe se plait a y dé— couvrir les vrais principes de leur grandeur. Les idées et les sentiments de la vaine gloire qui naissent beaucoup plus tard, indiquent au contraire une certaine corruption de l'esprit , plutôt séduit par Torgueil qu'animé par la vertu , et ils appartiennent bien plus au temps de la décadence des Etats qu'à l'époque de leur élévation. Les plus antiques traditions du pays où fat Rome , lui donnent pour premiers habitants les Sicules, peuplade indigène de l'Italie (i). La société qui porta leur nom y et dont nous avons déjà raconté la funeste catastrophe , y remonta indubitablement à la première origine de la vie ^ civile. Leur ruine , qui engendra tant de révolutions en Italie , doit peut-être s'attribuer à une cause qu'il nous est permis de démêler malgré l'obscurité des temps. Parmi les étranges et contradictoires traditions qui ont eu cours sur les antiquités latines , il en est une qui mérite une attention particulière , celle qui fait descendre des cimes de l'Apennin les Aborigènes , pour occuper cette contrée , qui fut par la suite appelée
(i) Voy. Chap. VI,p. 4»
CnAPITRB XII. iq3
Latîum (i). Mais du haut de leurs rochers escarpés et du sein de leurs forêts descendirent à leur tour les montagnards de l'Abruzze, qui se répandirent avec impétuosité jusque sur le territoire de Riéti , en chassèrent les paysans , autrement dits Aborigènes , et jetèrent les fondements de la nation des Sabins (%). Chassés par ces usurpateurs^ les Aborigènes se précipi** tèrent de nouveau des montagnes dans la plaine , etse jetèrentsurlesSicules, qui occupoient alors tonte la campagne située entre les collines et la mer. La fuite des Sicules vers l'Italie inférieure laissa aux tribus Aborigènes la possession de ces régions agrestes, couvertes autrefois de volcans, maintenant encombrées de marais et de bois (3) ;
(i) Varro, L, L. IV, 8 : aborigènes ex agro Reatino ibi consederunl, conf. Dionjrs. I, 14 ; Festus^in Sacrani; SoHn , c. 1 .
(2) Voy. ci-dessus , Chap. XI.
(3) Sur toutes les montagnes adjacentes au Latium, et notamment aux monts de Tusculum et d'Albanum , on voit des traces manifestes d'anciens volcans. La lave forme le fond de la plaine qu'on appelle aujourd'hui Campagne de Rome, laquelle ëtoit probablement, dans l'origine , un golfe, qui fut ensuite comble par les érup* tions dès volcans et par les dépôts des fleuves. Tous les lieux bas, voisins de la mer, étoient marécageux. Strabon (Y, p. 160) nous représente la campagne Ardéate et Tespace'^ntier entre Antiom et Lavinium , comme étant
ig4 PREMIÈRE PARTIE.
et oii chaque éminence devint un oentre de population et une espèce de fort. De Tunion fédérative de ces communautés naquit ralUance générale des anciens Latins (i)9qui très*vrai* semblablement occupoient, avant la fondatioa de Rome , un territoire resserré dans l'espace de 35 millesi de Tibur kla mer, et de ao milles environ , du Tibre au pied du mont Alban (2).
On est surpris^ au premier coup-dœil, de trouver tant de communes disséminées daos un pays si peu étendu ; mais on cessera de I être , si Ton réfléchit que chaque tribu des Aborigènes déjà' intitulés Latins , usa du droit imprescriptible qu'elle avoit de se constitue^ en une société libre et indépendante (3) • Chacun de ces peu-
couverts de maratsinsalubres. Virgile (X, 709, XII, 748) place un vaste marais auprès de Lauréate. Voyez les O^ seîvazioni litologiche intorno la città di Roma, de M. Breislak; et Brocchi, dclîo stato fisico del suolo di Roma, 1820.
(i) Cû5ceiliflfmei, Ennius, Frag'/n. p. 14. iVim.... indîgenas Latini. Virg. V, 5g8, XIÏ, 823. Indigenos Latii populos , haciin. Il, 4^^- Prisci Latini proprie appcUati sunt ii qui priusquam condereiur Ro7na,Ju€^ Puni, Paulus, ex Festo. Conf Varron.£. L, VI , 3.
(2) Cluver. liai. Antiq. p. 820.
(3) Strab. V, p. i58 r^Hf tum kutÙ %if*mç MvrùUfnTvimi 9vviÇ»mfy vif' ihfi ifnS ^ixm Ttrctyfiifm, Conf. SetY. ex Catone y 1 9 6.