CHAPITRE VI
VEXISE.
Climat et Hygiène. — La situation de Venise au sein des laj^unes , semble devoir rendre l'air humide et vaporeux ; mais, selon notre spirituel compatriote, le docteur Thouvenel, dans son Climat d'Italie ^ cet air est continuellement renouvelé par les vents est et sud -est qui le dépouillent du gaz méphitique. Il parut à Cologne, dès 1694, un livre de Louis Testi pour combattre les préventions élevées contre ce climat . et démontrer sa parfaite salubrité (Disinganni ^ ovvero ragioni fisiclie sopra l'aria di Venezia intieramente salubre). Selon le savant docteur vénitien Valeriano Brera , déjà cité, il est doux , égal, nourrissant quoique sans pesanteur , moins humide même que celui de Milan. Les émanations salines des lagunes créent une atmosphère particulièrement favorable aux personnes atteintes de phthisic îuilnionaire, scrofuleuse , tubercu-
leuse ou de dispositions rachitiques , et les bains de mer j sont très efficaces contre ce genre d'affections. Ces bains, qui peuvent être pris l'hiver et continuer le traitement commencé l'été à d'autres bains salins de terre ferme, doivent leurs qualités à la vase et aux algues. La meilleure de celles-ci est le sp/urroceus conf'ervoides , à cause de la quantité extraordinaire de substances gélatineuses qu'elle contient, et de la facilité à l'extraire et à l'avoir toujours fraîche dans ces eaux où elle croît abondamment l'hiver, même dans le grand canal.
Le régime ichthyologique si excellent à Venise, surtout les huîtres et les célèbres p«docclii dont il va être parlé ; les promenades en gondoles , qui bercent doucement au soleil pendant deux ou trois heures les malades enveloppés de la vapeur marine , secondent merveilleusement l'effet des bains et du climat; et l'agrément de la vie et de la société le complète. L'été seul produit quelques fièvres périodiques communes aux plages maritimes de l'Adriatique et de la Méditerranée, voisines des marais. Les pestes dont Venise a souffert n'ont pas été plus désastreuses que celles de Milan
et do Florence ; et jiarmi les grandes cités italiennes elle est celle qui soutînt le moins du choléra. L'air est temj^éré, et le vent sud-est qui adoucit la rig:ueur du froid de l'hiver, est surnommé par les Vénitiens « le manteau des pauvres. » Ce climat est réparateur pour les entants et les vieillards; mais il paraît moins convenable aux ])ersonnes de l'âge moyen, et il produit parfois chez les étrangers un dérangement intestinal. La santé de Venise est généralement bonne ; on y parvient à un âge avancé , et l'on y compte quelques centenaires.
Médecins. — M. Zanim, encore distingué par ses productions scientitiques et littéraires et son goût éclairé des beaux-arts ; M. Henri Trois , médecin de la cour.
Cliirurgiens. — MM. Rima; Constantim; Fa- Rio, pour les maladies des yeux.
Prix des visites : 3 francs.
Comestibles. — Venise offre aux gastronomes des jouissances vives et variées. Les bœufs venant de Styrie , élevés pour l'alimentation , et qui ne travaillent pas, donnent une viande d<' qualité supérieure. Le veau de Chioggia est exquis et meilleur que celui de la
terre ferme. La Polésine de Rovigo fournit en abondance de grasses et fines volailles. Le voisinaj^e des marais rend le gibier nombreux, excellent et peu cber. Les bécassines en hiver se donnent pour quatre ou cinq sous de France. Le lièvre est bon ; et le lapin , dédaigné, n'est mangé de personne.
Le poisson de l'Adriatique jouit d'une juste célébrité ; il fournit d'abondants et de délicats tributs à la reine de cette mer. Si les Vénitiens, remarque ingénieusement Addisson , étaient bloqués de tous côtés , ils pourraient en quelque sorte échapper à la famine par la quantité de poissons que la mer leur fournit, et qu'on peut prendre au milieu même des rues ; ce qui est un magasin naturel que très peu de villes peuvent se vanter d'avoir. On cite : le magnifique rouget (//■/glia), le premier des poissons de l'Adriatique; le turbot [rombo)^ déjà loué par Boccace dans sa longue et remarquable lettre au prieur des SS. Apôtres de Florence , où se trouve un tableau si vivant de la maison, du luxe et du train de vie d'un grand de l'éjioque; les sardines fraîches [aardellc). qu'on a surnommées les ortolans de l'Adriatique,
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»'t (jui se mangent j;;iillét's et se passent d'assaisonnement ; <ni en donne 20 pour 2 sous; les soles (^sfog/ic) exeellentes; les petits poissons (sachette); les gobies [paganetlo de mar)^ «[ui ne coûtent que 5 sous la livre; l'ombrine qui pèse jus([u'à 40 livres, et le thon jusqu'à 500, mais d'ordinaire de 10 à ZtO. Ce dernier arrive du mois d'août au mois d'octobre; afin de l'avoir toujours de bonne qualité et d'échajipcr au danger de sa putridité , la police examine les barques qui l'amènent, surtout lorsque le sirocco en a retardé l'arrivée , et jiour peu qu'il soit avancé, elle le fait jeter à la mer. Les huîtres de l'arsenal, énormes, grasses, ne pourraient se manger à la douzaine; cuites et assaisonnées aux fines herbes, à la vénitienne , elles forment un mets agréable et digestible. Malgré l'horreur de leur nom , on estime encore plus les pidocclii (poux de mer) de l'arsenal , sorte de rnoule fort savoureuse ; mais ils sont assez, rares , ils ne se pèchent qu'en juin et juillet, et l'on est quelque peu surpris , au milieu des flots , de les j)ayer aussi cher. Les muges voluptueux pulliilcînt dans la fange des canaux de Chioggia. On en fait d'amples salaisons ; la chair bonne,
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tendre, expose, si l'on en mange trop, à des maux de tète et même à la fièvre. Les œufs comprimés, salés et sèches, donnent une sorte de caviar appelé bottargue , très recherché, qui s'accommode avec de l'huile et du citron. La plupart de ces poissons si exquis , et d'autres, tels que le rouget, la sardine, les poux , le turbot , le maquereau , le homard et les huîtres surtout, ont encore le mérite de donner aux malades un bouillon très salutaire.
Les fruits abondants et bons viennent des collines d'Esté , de Monselice et de Montagnana.
Il faut se méfier du vin à Venise, parce que souvent il est frelaté. Les mariniers en boivent pendant le trajet, et le remplacent par de l'eau des lagunes, eau insalubre, quoiqu'elle ne manque pas d'agrément et ait un petit goût d'eau de Seltz. Les ])ersonnes aisées et précautionneuses chargent un domestique éprouvé de surveiller sur la barque le transport du vin. Les vins de France et d'Espagne , grâce au port franc , arrivent sans payer. Le vin de Chypre véritable coûte au café de 5 à 10 sous le verre; l'ordinaire se pa5^e 34 sous la bouteille, et la première qualité 5 fr. Les autres
bons \ins sont le lid PoUicella et lo piccolil (le Concî^liano et ilii iMioul dont il vient d'être parlé.
Auberges, — Elles ne sont pas de premier ordre, et l'avis donné ju'écédemment snr le vin n'y sera pas inutile. — L'Kirope, qui a une table d'hôte à 3 fr. 50 eent. , fréquentée par les Franeais. — LAi«*E. — L'Albergo Reale.
— Le Lion Blaixc. — La Reine d'Angleterre.
— Il Vapore. — Le Pèlerin.
Les logements en garni sont peu eliers, mais assez négligés. Ils eoùtent par mois de 20, 25 à 40 fr. Il existe à l'entrée de la plaee Saint-Mare un bureau de location où l'on ]>eut s'en procurer. Les personnes qui désirent des appartements plus élégants s'adresseront, soit au magasin d'objets d'art du GondoUerC:, près des Procuratie Veccliie, soit au cabinet de lecture du GondoUere , plaee Saint-Marc. Il faut, principalement l'été, se loger sur le grand canal , alin de parcourir le soir, en gondole , ce Corso liquide , bordé de magnifiques palais de marbre, construits pendant dix siècles par les premiers architectes, et qui, s'il était pavé , serait la plus belle rue de l'univers.
5() VKNISK.
Gondoles. — 50 centimes l'iieiire ou la course; pour toute la journée ififcrfr.
Le voiturin pour Bologne , nourriture et logement compris , 20 fr. par place.
Un bateau à vapeur part le soir trois fois par semaine pour Trieste. 11 arrive en sept ou huit heures. Le prix des premières places est de 20 swantziger (17 fr. 40 cent.)
Restaurateurs. — Il Cavaletto. — Il Vapore. — Il Capello. — Le cabaret de S. Bene- DETTO, aimé des artistes.
Les amateurs de bons poissons et de l'originalité culinaire doivent aller à Quintavalle chez Sur Zuane, qu'il faut avoir soin de prévenir d'avance. Ils auront là des jouissances que le Rocher-de-Cancale parisien n'effacera point.
Cafés. — Le café se prend perpétuellement et par petites tasses à Venise. 11 est supérieur à tous les cafés de la chrétienté, surtout chez Florian. Ce célèbre café était, dans les anciennes mœurs de Venise , une espèce d'institution ; il n'a point échappé à sa décadence. Ce café, comme Jes autres grands cafés de la })lace Saint-Marc, Quadri, Suttil, etc. , fréquentés sans inconvenance , animés par