CHAPITRE XIII
Climat et Hygiène. — L'hiver de Naples n'est pas tout-à-fait aussi convenable aux malades qu'on le croit communément , soit à cause de la rapide variation du temps , serein, orageux et horriblement pluvieux dans la même journée , soit à cause du vent du nord (tramontana) qui parfois est d'une force et d'un froid épouvantables: j'ai plus souffert du vent à Naples qu'à Versailles,
Le docteur de Rcnzi, auteur du livre excellent La Guida medica di Napoli e del Régna, et traducteur du spirituel ouvrage de M. Réveillé-Parise, sur la Physiologie et Hygiène des gens de lettres , parque ainsi dans les divers quartiers les malades selon le genre de leurs infirmités. Il interdit l'espace compris entre Martinella et Mergellina aux personnes attaquées de la ])htliisi(' et des affections rhumatismales. Les quartiers de Santa Lueiaj, Cliialamone, la Riviera de Chiaja jusqu'à Mer gel-
NAPLES. lâl
/fwtf, conviennent à ceux qui souffrent des fièvres périodiques. Les gens sujets au mal de tête et aux affections nerveuses doivent habiter l'intérieur , c'est-à-dire le Largo dcl CastcUo et dclle PignCj les rues Médina et Tolède , ainsi que Capodimonte^ à l'exception de l'hiver, où il est trop humide. L'air vif du Pausilype le fera rechercher par les tempéraments sains ou cachectiques. Ces derniers et les névrotiques seront bien au VomerOj, mais seulement pendant les mois d'avril , de mai , d'août et de septembre. Les affections chroniques de la poitrine, et surtout la phthisie tuberculeuse, habiteront Toria^, S. Efrem Veccliio^ OttocaUij, et S. GiovanneUo, lieux où l'air est peu actif, légèrement humide et plus constant qu'ailleurs. La partie haute et les collines de la ville seront salutaires dans les chloroses et les cachexies; elles nuiraient dans les catarrhes et les inflammations. 11 faut avoir partout égard à l'exposition de la maison et à la largeur de la rue.
Les personnes atteintes de surdité naissante, pourront se bien trouver de recourir aux religieux Pasqualini de Sainte-Lucie. Quelquesuns ont une manière de nettoyer les oreilles,
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et (rcnlcvcr la membrane qui s'y forme . et cause la surdité dans l'âge mûr. Si le peuple croit au miracle, ils ne le contredisent pas, puisque cette foi peut devenir pour lui un moyen de moralité. Mais quand le mal est trop avancé, ces honnêtes PasquaUni savent très bien avertir leurs consultants , parmi lesquels il se trouve des gens de la meilleure compagnie de Naples, qu'il n'y a rien à faire.
L'eau de Naples passait pour médiocre à cause de la mauvaise construction des citernes; mais depuis quelques années il en arrive d'assez bonne, et celle de la fontaine du Lion à McrgeUlria, est justement renommée. L'eau devient plus tonique et plus agréalile , rafraîchie par la glace formée de neige , dont elle est d'ordinaire frappée et quelquefois mélangée. C'est une opinion reçue depuis longtemps en Italie, que les boissons rafraîchies par ce dernier moyen , sont salutaires dans les débilités de l'estomac et contre les émanations des Maremmes ; ce qui a fait dire au célèbre médecin de la lin du XVL" siècle. Castelli : La neve non pua riccvej'c conUii^w. Aussi le principal et presque l'unique plaisir de la soirée estil là de se glacer le gosier. Un vice-roi conve-
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liait ([11 'il ne icpoiidiait point de la tran(|uillité publique si le peuple n'avait point de neii;e. Les jours de fête et lorscpie la eloture des boutiques et des diverses administrations est rigoureusement observée, il n'v^ a à Naples d'exception que jiour les boutiques d'apothicaires, deboulanj;ers, et le bureau de la neige. Médecins- Chirurgiens. — MM. Vincent Lanza ; LucATELLi ; VuLPES ; De Renzi ; Grillo ; Chiari, très habile opérateur; Qr adri , pour les maladies des yeux '.
Médecin anglais. — M. Roskilly. — Pharmacie anghiise en face le théâtre Saint-Charles. Prix des visites, une piastre; les consultations, trois ducats, et deux carlins au domestique.
Comestibles. — La pagnotta napolitaine , petit pain rond, est d'une pâte un peu lourde, quoique savoureuse et substantielle. La nouvelle boulangerie française , en face du palais du roi et très à la mode en 18/i0, fournit toutes les espèces de pain de luxe, comme à Paris. La cuisine napolitaine a de la réputation et la mérite. Elle est le sujet du livre intitulé, le
' V. les Vorfogcs, liv. XIII, chap. h.
iàli NAPIES.
Galant Cuisinier {il Cvoco Galante) j j>ar un religieux Célestin Dom Vincent Corrado, auteur aussi tl'un livre sur la préparation du chocolat et du café, traitée par principes {la Manoi^i^a délia Cioccolata e del Cajfc j, tratiata perprincipij deuxième édition, Naples 179/|), dédiée à son spirituel compatriote Nicolas Valletta '. Après avoir traité de tels sujets , Corrado faillit dans sa décrépitude , à mourir de faim , s'il n'eût été recueilli à l'intéressant collège des Chinois de Capodimonte % où il mourut en 1836, âgé de cent trois ans.
Le macaroni d'Amalfi est le meilleur du royaume '. Les lasagne sont une autre sorte de macaroni estimée, un peu plus durs, plats, et qui doivent leur nom à leur forme de ruban. Les raviuoli, rissoles composées de farine et de jaunes d'œufs, s'assaisonnent de même.
Bœuf médiocre. Veau et porc excellents de Sorrente, ainsi que les bec-figues exquis. Cailles de Capri.
La sole {palaja) passe pour l'un des meil-
' V. les Voyages, liv. XIII, chap. H, et les Variétés Italiennes. — V Archevêque de Tarcntc.
■> V. les Voyages, liv. XIII, chap. Ik. ■' V. ci-après, page 17/i.
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Jciirs poissons du {^ollf . L'anguille est un plat national de rigueur à Noël, et qui, sous le nom de capifoncj se sert jusque sur la table du plus frugal lazzarone. Aussi, peu de jours avant eette fête , voit-on aborder à Naples des bâtiments chargés des énormes et grasses anguilles des Marais Pontins, de la vallée de Comacchio, et même de l'étang de Biguglia en Corse.
C'est près de Naples que vient le polypore tubérastre, champignon renommé en Italie, dont la racine, appelée pittoresquement pierre à champignons (pietra fungaia), s'exporte et pousse ailleurs d'autres produits fms, délicats, parfumés. Il s'accommode coupé par petites tranches, cuit dans du lait, et frit ensuite au beurre ou à l'huile.
Les truffes, imprégnées des feux volcaniques du Vésuve et de la Solfatare, ont une saveur soufrée peu agréable. Leur noir d'ébène pourrait les faire prendre à quelque amateur, pour des truffes de Sarlat ou de Brivesla-Gaillarde, et il est bon qu'il soit averti, pour ne pas éprouver un si affreux mécompte. Cette ardeur du sol, fatale aux truffes, favorise singulièrement la précocité des légumes, et dès Noël, on mange des petits pois exquis.
\'M) NAl'LES.
Fromage dit cacio cavaUo parfait, le meilleur du royaume , que Lalande avait pris pour du fromage fait de lait de jument, ce qui lui donne occasion d'insulter à la sauvage barbarie du peuple napolitain. Le cacio cavaUo est ainsi appelé , dit-on , parce qu'il est séché comme à cheval sur des bâtons.
La pâtisserie est excellente. Les zeppole, beignets de pâte trempée d'huile , frits et recouverts de miel ou saupoudrés de sucre , ont heureusement inspiré M. deRitis, habile poète en dialecte napolitain '. La pizza, gâteau poj'.ulaire fait aux conlitures ou au fromage frais, plaît encore aux palais de la classe élevée.
Délicieuses petites figues fraîches , rouges de sang au-dedans, dont M. Cooper s'était fait un cas de conscience de manger une seule , mais une seule après la soupe, comme à Florence'. Oranges de Sorrente, et à la lin de janvier, exquises petites oranges chinoises dites manflarinij, qui viennent de Palerme. Les meilleurs fruits, et à bon marché , se vendent au poids à Sainte-Brigitte.
' V. les Variétés Iluliennes. — Du Dialecte napolitain. ' V. cliap. XI.
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Les célèl)res huîtres du Fusaro doivent être mangées sur place. Il y a un joli casin bâti au milieu du lae par le roi Ferdinand I/% où l'on va se réjïaler de ces huîtres blanches, larges, fortes , bien différentes des petites huîtres sans fraîcheur qui se vendent chez les restaurateurs de Naples 16 p'ai?is (environ ili sous) la douzaine, et ne valent pas les huîtres normandes du Roclur-de-Cancale. Cette partie d'huîtres du Fusaro forme une très agréable station au milieu de la visite assez laborieuse des antiquités de la côte de Baies.
Les frutti di mare, petits coquillages qui se mangent à Sainte-Lucie, jouissent d'une juste renommée. Mais si le peuple se régale de la grosse araignée de mer (pulpo)^ de l'espèce de petites sèches frites, dites calmar [calamarcllo^ encrier, ainsi nommé parce qu'il lance un liquide noir comme de l'encre pour échapper à son ennemi), de moules, etc., il y a des frutti pour les palais plus délicats, tels que les châtaignes de mer [ancine) , les manches de couteau [cannoliclii) , et surtout le petit coquillage [rongole) , excellent en potage ou mêlé au macaroni fait au beurre.
f^ins. — Il a été créé à Naples, ainsi que
dans pliisifuis autres parties de l'Italie . une société œnolo^^ique qui obtient d'utiles résultats sur la confection et le commerce des vins. Vin blanc d'Iscliia , de Capri. Le vin de Lacryma-Chrisli , produit par la cendre du Vésuve , que Cliiabrera trouvait si improprement appelé de ce nom de douleur, tandis qu'il fait le cœur joyeux:
Chi fu de' Contadini il si. indiscreto
Ch' a singotlir la gente
Diede nome dolente Al vin che sopra gli altri il cor fa lielo? Lacrima dunquc appelterassi un riso Parla di nobilisaima vendemmia?
Le vin du Pausilype est excellent. Le Tasse l'a célébré dans le beau sonnet :
Prema il bel Pausilippo , e quel rli' asconde ,
par Ic^quel il en demande au duc Alphonse II, qui lui en envoya gracieusement une pièce '. Les vins de Naples , chantés par de si grands poètes , ne coûtent guère dans les bonnes tavernes, ainsi que je n'ai pas craint d'en faire l'expérience, qu'un carlin la bouteille. On
' V. les Varirtf's Italiennes. — Le Tas>se en France.
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trouve à la maison de eommission anglaise de MM. CoTTERELL, Iggilden ct compa{;nie , du vin de Falernc récolté dans leur propre crû. Ce vin classique rappelle assez le vin de Cliampa{;ne; il se conserve et peut être exporté. La ressemblance qu'a le moderne Falerne avec notre vin de Cliam]iap;ne annoncerait qu'il n'a plus l'amertume , l'àpreté . la chaleur du vin antique , auquel Horace applique les épithètes de severum et d'arde?is. Galiani explique cette diflérence d'une manière spécieuse lorsqu'il remarque que les vins des anciens étaient composés , épais . tandis que les nôtres , pour première qualité , doivent être naturels et clairs. Ce sévère et brûlant Falerne pourrait bien n'être qu'un ratafia d'un rouge foncé , jiresque noir, véritable contraste avec la mousse blanche et pétillante du vin français. Il fallait, selon Pline, quinze ans au Falerne pour parvenir à sa parfaite maturité ; il ne faut pas tant d'années au Champagne.
Auberges. — * La Victoire. — * Le Cro- CELLE. — * HoTEL DE Bellevue , à Cliiaja. — * La Grande Bretagne. — La Ville de Paris. — I FioREXTiM. — La Lombardie. — L'Hôtel DU Commerce, de Martin.
140 NAPI.ES.
Les grands hôtels de Naples sont les plus chers de l'Italie. Il n'y a point de dîner tudessous de 12 carlins (110 sous). Le déjeuner est de 5 à 6 carlins. La nourriture des domestiques revient par jour à 6. Il y a un petit ra- }3ais pendant l'été. La table d'hôte de Martin, bien servie , n'est que de 50 sous.
Il y a des maisons particulières dans lesquelles un appartement de deux ou trois pièces avec deux repas par jour, revient au mois à 100 francs. On peut s'abonner encore avec un cuisinier ; et telle est l'abondance de la ^ie à Naples , qu'une famille de dix personnes , y compris les enfants et les domestiques, était nourrie ainsi pour 20 francs par jour. Parmi les maisons particulières , on cite la maison meublée de Brizzi, fort agréable gîte au Pausilype.
Voitures. — Les voitures se louent par jour 3 ducats, et 18 carlins la demi-journée. Le prix de la course pour les voitures de place est fixé à 24 grains ; mais avec de la résolution , et en se dépouillant, autant qu'il est possible, de son air de forestière (étranger) , on fait marcher ces cochers napolitains, les plus adroits de l'Italie, pour 2 carlins et même 15 grains.
si la coiuso n'ost pas trop longue. La première heure S(* paye 3 carlins, la suivante, même prix.
Le tarif (lu prix des voitures et des barques, pour les environs de Naples, est ainsi qu'il suit: Une calèche à quatre chevaux, Jucau. graw.s.
par jour
Une calèche à deux chevaux.
Un cabriolet [corricolo). .
Une barque à quatre rames pour
traverser le golfe et visiter les
antiquités , par jour. ... 2 »
Une barque à deux rames pour
aller à Portici » 60
Une place dans les barques qui
vont à Castellamare , Sorrente ,
Capri, Ischia et Torre del Greco. » 10
Angrisani, qui pendant si long-temps emporta en trente-six heures les voyageurs de Naples à Rome, et qui paraissait à certains prélats et chanoines prudents une sorte de chemin de fer, a terminé son engagement avec les deux États en 1840. Une très bonne diligence, qui part régulièrement trois fois la semaine et couche à San -Germano, où l'auberge est excellente, conduit aussi à Rome,
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et pour 10 écus seulement, en trente-six heures. On a , (le plus , ra\ antai:;e d'échapper aux Marais Pontins.
Omni bu f>. — Naples a reçu ee perfectionnement qui semble fait pour le peuple, mais dont ailleurs , ainsi que de beaucoup d'autres choses , profite la classe plus relevée. La principale ligne est de la Villa Reale au Sérail par Tolède , et le prix de 5 grains. Quoique ces omnibus soient moins longs que les nôtres, ils sont beaucoup plus habités; ce qui en exclut à peu près les dames, et doit les rendre suspects aux voyageurs dont l'épiderme serait trop chatouilleux. Ces accidents ne sont point particuliers aux omnibus; on n'y échappe pas davantage dans les légers et économiques cabriolets [corricoll) ^ ni dans les calèches , ni même à pied , car l'été les puces jaillissent là jusque des pavés. II faut bien s'y faire, et l'on m'assurait que si elles pouvaient cesser d'exister , les sensations qu'elles produisent manqueraient à certaines vieilles Napolitaines.
Chemin de fer. — Le chemin de fer de Naples à Nocera et à Castellamare, ouvert le :i octobre 1839. qui le (i sejUembre 18/l0 at-
t(Mp;nait Torrc di'l Groco . et qui s'avance sur Torrc dcir AniHin'/.iala . est \r premier qu'ait eu l'Italie. Il s'exécute par une société française, sous la direction de MM. Bavard de la Ving;trie frères, et de Vergés, concessionnaires; ce dernier ingénieur, illustré par la construction du grand pont de Cubsac , le plus admirable monument de l'art industriel, le seul peut-être aujourd'hui possible. Les rails sont de fer anglais ; des essieux , des aiguilles . des plateformes ont été exécutés avec nos excellents fers deFourcliambault, qui soutiennent dignement la concurrence. Ce chemin a échappé au discrédit dont ailleurs ont été frappées de semblables entreprises: le fonds qui n'est que de douze millions et demi, a été formé par les actionnaires, et la conliance a été telle qu'on a pu se soustraire à l'intervention coûteuse de nos seigneurs les banquiers. Un intérêt de cinq ])our cent est garanti aux actionnaires pendant la durée des travaux ; malgré les difficultés du temps et des commencements, il a toujours été servi , et le dividende , pour le dernier semestre de 18/fiO, s'est élevé à 6 V4 ]iour cent.
Le débarcadère est à côté de la ])lacr du MercatOj où stationne une ligne d'omnibus. Ce chemin traverse la riche plaine qui s'étend jusqu'à Portici, et saute par dessus Herculanum. Sur quelques points, il est presque baigné par les flots : du fond de la voiture on ne voit pas le rivage, et l'on pourrait ])resque, sauf le mal de mer, se croire sur un bateau à vapeur. Indépendamment de sa rapidité , cette manière de voyager est charmante, puisqu'on échappe à l'inconvénient de la poussière, si horrible sur cette route très fréquentée , véritable grande rue de trois lieues. Le macaroni, principale industrie de Torre del Greco , s'en trouve tout aussi bien , et il n'arrive plus altéré par cette poussière ou brisé par le cahot des voitures. La moyenne des voj^ageurs par jour montait en octobre 1840 , à 3,600. Les dimanches et les jeudis, la musique militaire placée sur un wagon accom])agnait les convois ; les sons, par l'effet de l'air fendu rapidedement , donnaient une idée de la mélodie des harpes éoliennes. La partie de plaisir est , ces jours-là , de visiter d'abord le palais de Portici et les jardins. J'y ai vu bondir les dix-huit difformes kanguroos, jadis à la villa Floridiana,
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acquis bizarrement de l'Angleterre, moyennant un nombre éiral de pa|>Yrus d'Herculanum , échange nép;oeië par l'ambassadeur sir William Aceourt. On va dîner ensuite au (Iranatello, d'où l'on jouit d'une riante vue de mer et de l'aspect imposant du Vésuve. Le poisson est excellent, et les huîtres, petites, délicates, exhalent, une forte odeur de marée du p;oùt de certains amateurs. De là, on retourne à Naples par la station établie sur ce point.
Ce joli chemin de fer, bijou industriel , qui ne m'avait semblé qu'une sorte d'amusement mis à la porte de Naples pour le monde élégant , les dames et les seigneurs des villas voisines (le Roi le prenait pour aller à Portici), commence à devenir véritablement utile, et à servir aux classes laborieuses. Les nombreux ouvriers de Torre del Greco, travaillant à Naples, qui ne revenaient autrefois dans leurs familles que du samedi au lundi , et passaient la semaine exposés aux grossières dissipations de la capitale, retournent maintenant chaque soir coucher chez eux pour quelques grains, et repartent le lendemain matin. Mais, avec une destination plus étendue, ce chemin peut devenir une grandiose entreprise. Il réunirait les
deux mers et aboutirait à Manfredonia. L'évaluation forcée porte la dépense à soixante millions. La France doit s'intéresser à l'achèvement de ce projet, qui sera un monument du savoir et de l'habileté de ses ingénieurs , sans parler de l'agrément probable de voir doubler la valeur des actions possédées par nos compatriotes.
Bateaux à Vapeur. — Les bateaux à vapeur ci-après , qui vont de Naples à Marseille en quatre jours, touchent à Civita-Vecchia , Livourne et Gènes : le Pliaramond et le Sully, Français, partent les 3, 13 et 23 de chaque mois; la Marie-Christine et le Lèopold-Second, Toscans, les 6, 16 et 26; \di Marie- Antoinette et le François-Premier^ Napolitains, les 8, 18 et 28.
Le })rix pour le voyage en- ''"^""«'■•■»- seconde».
tier est de 220 f. 150 f.
Pour Civita-Vecchia. . . 60 40
Pour Livourne 125 85
Pour Gênes 160 100
Les enfants au-dessous de dix ans payent demi-place, les domestiques la moitié du prix des secondes ; le bagage personnel , audelà de 65 rotoli (le rotolo vaut 0 kil. 89 j,
NAl'I.ES. illl
pour les premières places, et de 45 pour les secondes, est rigoureusement taxé, et il n'est pas jusqu'aux chiens tenus en laisse sur le jHuit. qui ne doivent j>ayer trois ducats chaque.
Les dix bâtiments français de l'État, chargés de la correspondance du Levant , partent aussi de Marseille trois fois par mois , mais ne touchent point à Gènes. On y est très bien , et le prix est inférieur aux précédents. Indépendamment de ces bateaux, il vient d'être créé en janvier 1841, une directe et très commode voie de communication entre Naples et Marseille. Le bateau à vapeur français , V Amsterdam y fait trois fois par mois ce trajet en cinquante heures. Les départs de Naples ont lieu les 1.'% 11 , 21; et de Marseille les 6, 16, 26. Le prix de la traversée est fixé à 46 ducats les premières places, et à 32 les secondes , y compris la nourriture.
Restaurateurs. — L'Aliîergo Reale , place du Palais. — La Ville de Paris, à Tolède. — L'Hôtel de Rome, à Santa Lucia. Ces bons restaurants à la française donnent (a pasto) des repas suffisants à 4 carlins. — On est encore assez bien à I'Hôïel de Milan et à la Corona
148 \vi<ii>.
Di Ferro. Uu go (ici Casîcllo; et chez Giu-
SEPPE , à Santa Lucia, pour le poisson.
On va dans la belle saison souper à Santa Lucia après l'opéra. A la Ville de Rome, établie dans la jolie villa Cirelli , les tables se dressent sur la terrasse baignée par les flots. La partie sera faite surtout au clair de lune, afin de contempler le ravissant spectacle que présente le golfe dans lequel se reflètent l'éclat argenté des rayons de l'astre , les lumières des barques de pêcheurs, tandis que le Vésuve étincelle ou répand sa fumée rougie, qui, peinte d'azur par la lune . dessine un arcen-ciel dans la nuit, selon la belle remarque de M. de Chateaubriand. Je n'ai joui de la Ville DE Rome qu'au mois de février , mais j'ai pu , de ce restaurant , avoir une idée des voluptés de la terrasse d'Aglaé , située sur le même rivage , et si admirablement décrite par le chantre des Martyrs.
Le beau monde soupe encore au Pausilype, chez Brizzi. On y va en calèche ou en barque illuminée, et au son de la musique. La cour même fait de ces parties dans le mois d'août , et se rend à la pointe de Gajola . où le souper <'st j)<)rté . tandis que h-
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peuple mail';»', hoit cl (liante dans les barques ou le long (le la nier.
Cafés, — Le café Donzelli était le plus à la mode en 1840, malgré son vilain local. — Café de l'ALBERCrO Reale.
M. Cooj)er rapporte que le jiremier bon café qu'il ait pris en Italie, c'est à Naples.
La bombe napolitaine , grosse glace ronde , est une des meilleures que l'on puisse demander, ainsi que les glaces au chocolat, dites mat (oui j, de leur forme et de leur couleur de brique.
Théâtres. — Saint Charles. — Fondo. —
FlORENTINI. NUOVO. SaN CaRLINO.
Partenope. — Fenice'.
Il n'est pas nécessaire, comme à Rome, d'écrire d'avance pour retenir une loge à Saint- Charles. Elle revient environ à 2,000 francs pour douze places. L'usage inhospitalier des autres grands théâtres d'Italie, de faire payer à la porte les gens qui visitent dans les loges les personnes de leur connaissance, n'a jamais pu s'établir à Saint-Charles , et beau-