‹ L'Italie confortable manuel du touristeChapitre 76 sur 125 · V. chap. XL · texte numérisé non relu

V. chap. XL

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divinité du tendre Catulle ; ta llauiine , 6 Tibulle ! fut la gracieuse Néère. Pour moi, vieillard, il n'est point de Cynthie, de Néère , de Corinne , ni de Lesbic qui m'inspire ; mais je méprise facilement les muses et les llammes des jeunes gens, si tu ne me miuiques pas , belle Caraque. »

Dictavit versus tibi Cynlhiapulchra, Properti;

Musa fuit, ISaso, puUiira Corinna libi; Lesbia numen erat tencro fonnosa CaluUo;

FUimma, Tibulle, tibi blanda Necera fuit. Cijtttliia nutla seni milù dictât , nulla ISecera ,

JSulla Corinna seni , Lesbia nuilavoiit.

Sed facile, juvcnuni musas et spernere flammas.

Tu modo 7wn desis, pulckra Caraca, mihi.

Parmi les produits romains , a<i;réables ou utiles , c'est un devoir essentiel de recommander l'excellente eau délia Scala, faite par les carmes de ce couvent, près Sainte-Marie in Trastcvere. Cette eau, si efficace contre les maux de tète et les plus violentes contusions, est fort supérieure à l'eau de Cologne dont se frotte et s'infecte toute l'Europe.

Tabacs. — C'est à Prosper Santa-Croce, créé cardinal ])ar Pie IV, le 12 mars 1565 , que l'Italie doit l'introduction du tabac qui, de son nom, fut appelé Erba Santa, étymologie confirmée par l'enseigne de la croix, mise encore sur les boutiques des débitants. Alors

il se vendait cii«"/, les apothicaires, qui le qualifiaient de clystcrium nasL Antoine Vitaliani, dans un opuscule de Abmii labaci (Rome, 1650). et Benoît Stella, dans son livre Iltabaccoj, ossia trait ato sopra l' origine ^ storia j ciiUura , preparazione, qualità, natura, virlii. ed uso in fuma, in polvere^ in foglinj in lambitivOj e in medecina délia pianta volgarmoUc detla tabacco (Rome, 1669, in-8."), le conseillent aux prêtres, aux moines et aux divers religieux,'comme un aide à la chasteté. Le premier de ces écrivains rapporte que plusieurs d'entre eux, et surtout le Père Joseph de Copertino , mort en odeur de sainteté au couvent d'Assise, lui avaient assuré qu'ils s'en étaient fort bien trouvés. L'usage du tabac fut toutefois interdit dans les églises espagnoles, par un concile provincial du Mexique, tenu en 1575. Le fantasque pape Innocent X excommunia , en 1650, ceux qui prendraient du tabac dans Saint-Pierre , et Urbain VIII l'ayant, huit années auparavant, défendu dans les églises de Séville encore aujourd'hui célèbre par sa grande fabrique de cigarres, s'attira de Pasquino la jdaisante citation du verset de .Toh:

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« Vous laites éclater votre puissance contre une feuille que le veut emporte , et vous poursuivez une paille sèche. »

Contra folinm qiiod vento rapitur, oslendis potcntiam tiiam, et stipuUint siccam persequeris.

Jamais idée, principe, religion même, ne s'étaient propagés avec la rapidité du tabac; en quelques années, la feuille américaine avait envahi l'Occident et l'Orient , et le protestantisme, la révolution française, parqués sur eux-mêmes, sont bien traînards à côté de sa course. Il paraît que le tabac fut altéré de bonne heure , si l'on en juge par le titre du Traité du Tabac ^ ou ISicotiane Panacée , Petum, autrement herbe à la Reytie, avec sa préparation j les diverses façons de le falsifier et les marques pour te rrcognoistrCj traduict du latin de J. Neander, par J. V. (Jacques Veyras). Lyon, chez Vincent. 1625, 626 pages in-8.°. Cette reine était Catherine de Médicis, à laquelle le tabac fut offert par l'ambassadeur de France en Portugal, Nicot, qui le premier, en 1660, l'apporta à Paris.

Aujourd'hui le tabac est traité avec quelque faveur à Rome. L'inepte excommunication d'Innocent X fut levée par Benoît XIÏl.

Pie Vil aimait le tabac, et il en prenait énormément. Il n'avait point oublié celui de France qui, de son aveu, l'avait consolé au milieu des rigueurs de Savone et de Fontainebleau. Un jour qu'il travaillait avec notre chargé d'affaires , il lui témoigna le vif désir d'en recevoir: « Mais, dit -il aussitôt avec un plaisant mystère , que monseigneur le trésorier n'en sache rien. » La négociation fut habilement conduite, et l'on fit venir du tabac de la réserve de Paris. M. le comte de Blacas, ambassadeur, remit directement le paquet ; il racontait que jamais il n'avait eu audience plus secrète et plus courte , tant le pape était pressé de s'enfermer, afin de savourer en cachette son délicieux tabac. Ce petit fait de contrebande ignoré pourrait bien j>lus tard être objecté contre la canonisation méritée du saint pontife, comme on vit réclamer ce vieux gentilhomme savoyard qui , lorsqu'il fut question de celle de saint François de Sales, prétendait que Monsieur de Genève était jKU'fois sujet à tricher au piquet. 11 est vrai, ajoutait-t-il, que c'était pour les pauvres. Les capucins , qui ne peuvent rien posséder, ont dr<ut à Rome

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d'en obtenir chaque jour une ration du pèro Gardien. La régie en tolère la culture dans leurs jardins, et ne poursuit point les charités qu'ils en font. Celui qu'elle fabrique passe maintenant jiour assez bon, et le gouvernement ferme les yeux sur la contrebande des tabacs étrangers. Il existe, comme à Naples, une boutique d'exception (spacclo)^ rue des CondoltL Les amateurs seront satisfaits aussi du tabac et des cigarres qui se trouvent aile Convertite au Corso.

Baina. — Bernini.

Afin d'assister dans la chapelle Sixtine aux cérémonies de la semaine sainte et à la grand' messe chantée par le pape le jour de Pâques et de la Saint-Pierre, il faut obtenir d'avance des billets par l'entremise des légations. On arrivera à neuf heures: les hommes seront en uniforme ou en noir ; les dames en noir et avec un voile.

La girandole se tire à deux heures italiennes (dix heures du soir), après les deux illuminations de Saint-Pierre. Pour jouir complètement

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(le la vue de ces dernières,on pourrait solliciter du majordome une place dans la grande loge tout en face , que le cardinal Consalvi eut l'attention de faire construire pour le corps diplomatique et les étrangers de distinction. Si l'on veut arriver à temps pour la girandole, il sera bon de faire le détour du pont Sixte, et d'éviter le pont Saint-Ange qui est trop encombré. Le meilleur endroit est au palais Altoviti, où les places doivent être retenues d'avance, et se payent un écu.

Une permission du majordome est nécessaire pour voir aux flambeaux les statues du Vatican. Elle sera demandée quelques jours auparavant. Le prix est de 12 écus pour la permission , et de 6 pour les custodes et la fourniture des torcbes. On se réunit d'ordinaire un certain nombre de voyageurs , mais on ne peut être plus de douze '.

La manda aux custodes des principales galeries d(; Rome , est de 1 ou 2 pauls.

Clievaux. — Les chevaux romains , plutôt petits que grands , stmt vifs, nerveux, agiles. Ils deviennent très bons comme chevaux de

' V. los \ oyaqrs, liv. XV, rhap. h.

selle. On cite les races Chij^i et Brasclii; mais celle-ci, élevée dans les Marais Pontins, est sujette à des liiinciirs aux. jambes et à l'amollissement du sabot. M. le prince Borglièse s'aj)plique aujourd'hui à renouveler l'ancienne renommée des chevaux de sa maison , au moyen d'étalons arabes tirés d'iVlIemagne, et M. le duc Alexandre Torlonia, à se créer une réputation analogue. Ces chevaux Borghèse, couleur de bronze, servaient jadis de modèles aux artistes, et le Guide les a attelés au char de sa célèbre et brillante Aurore, du palais Rospigliosi. Un cheval romain , non dompté , coûte à la foire annuelle du mois de mai , à peu près 60 écus (un peu plus de 300 fr.). La race commune, malgré son peu d'apparence, ne manque ni de fond ni de souplesse. M. de Tournon rapporte que les cinq cents chevaux qu'il fournit à l'armée, en 1813 , quoique âgés de trois ans seulement, et mis en route immédiatement après la castration , firent un bon service pendant la campagne que termina la bataille de Leipsig '. Les gros chevaux noirs à l'usage des cardinaux, se vendent

' Eludes statistiques stir Rome, liv. Il , chap. 2.

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cher, et ils se tirent pour la plupart de la polésine de Rovig:o.

C'Iiaeise.

Rome peut être encore recommandée aux chasseurs , el le gouvernement ne dédaigne point de s'occuper de leurs plaisirs '. Le portd'armes, qui ne coûte que 3 pauls (moins de /1.O sous), s'accorde à peu près à tout le monde. Il suffit aux étrangers d'exhiber leurs passeports. Léon XII qui , dans son temps, avait aimé la chasse avec passion, mais qui, sur le trône pontifical, différent de son glorieux prédécesseur et homonyme Léon X, ne s'y livrait plus, rendit une ordonnance par laquelle les })ortes de Rome s'ouvrent à toute heure aux chasseurs qui partent et qui prononcent le seul mot : cacciatorl.

La chasse se compose principalement d'oiseaux de passage ; savoir : l'hiver, les bécasses, les ])erdrix grises (starne) j les vanneaux (pavoncel/e) , et une énorme quantité d'oiseaux a(juatiques ; au mois de mai , les cailles qui

' V. les Variétés Italiennes. — Les Tahatiùres du cardinal (Jonsalvi.

.•urivcnl d'Afri([u«' en Europe , et que l'on chasse sur le bord de la mer, depuis Civita- Veeeliia jusqu'à ïerracine ; l'été , les petites cailles (ijuaiiliurcU) restées dans les champs après la moisson et avant que l'on ne brûle le chaume ; l'automne , les cailles qui retournent en Afri<pie , les ^^rives (tordi), les bécassines, et surtout les alouettes (lodole).

Cette dernière chasse est pratiquée par tout le monde. Pendant les vacances d'octobre, juges , avocats et prélats même , bottés à l'écuyère , chevauchent grotesquement sur de petits ânes , et s'y livrent avec ardeur.

Le siffleur est toujours un Florentin qui fait payer fort cher sa supériorité sur les autres siffleurs de l'Italie, et qui fait tomber dans vos filets jusqu'à deux ou trois cents alouettes.

Le sanglier se chasse principalement l'hiver dans les bois de Nettuno et de Cisterna. Ces sauvages lieux ne sont pas très sûrs; car, si le brigandage en grand a cessé en Italie, quelques individus l'exercent encore en détail. Ce fut une (le ces petites troupes qui arrêta, vola et dépouilla de son manteau ainsi que de son beau fusil, l'infant don Miguel, non moins emporté à la chasse que sur le trône.

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Un guide })iécieux et agréable pour eette chasse, est M. Vallati, le meilleur ehasseur et le premier peintre de sangliers de l'Italie. Il dirige chaque année , pour les étrangers , une grande chasse d'où ils reviennent toujours enchantés.

La chasse du lièvre , si peu abondante aujourd'hui, paraît avoir été autrefois très belle. Il en fut donné une magnifique au duc de Saxe , le 10 avril l/tSO, par le comte Jérôme Riario, neveu de Sixte IV, nouvellement marié à l'héroïque et effrontée Catherine Sforze, fdle naturelle de Jean-Marie Galeas , duc de Milan '. Elle avait eu lieu à la villa Magliana , sur le bord du Tibre, à six milles de Rome, rendez-vous de chasse alors très fréquenté malgré son insalubrité. La noblesse et le peuple romains , ainsi que le rapporte Jacques Volterrano, dans son DiariOj, avaient été invités , et l'on fernia les boutiques comme aux jours des plus grandes solennités.

La chasse dite la lanciatora se fait la nuit , et sans clair de kme. Le chasseur met une lanterne sur sa poitrine , et tient sur l'épaule

' V. les Voyages, liv. XII, chap. 6.

Ho.Mi:. '2''2?>

un hr^e lilot déployé en et rcl*' sur un bâton. Il s'avance alors à pas de louj). et lance rapidement ce lilet sur les oiseaux qu'il a découverts. Un îrrcl(>t attaché à sa jambe sert, diton, à dissimuler son approclie aux oiseaux t[ui le prennent pour les vaches ou les chèvres dont est peuplée la campagne. Cette chasse, véritable casse-cou qui alimente le marché de la rottmdcj est j)art'ois interdite, et devrait l'être tout-à-fait, tant elle est destructive.

La plus hardie , la jilus aventureuse des chasses . est celle qui se fait en barque , au cœur de l'hiver, sur le ïeverone (Anio), depuis le pont de Lucano jusqu'au Tibre. Cette partie de chasse de seize heures, dirigée contre les oies et les canards sauvages, est mêlée de pêche. On parcourt les sites les plus romantiques et encore plus pittoresques que celui du pont de Lucano , modèle d'un des plus admirables paysages de Guaspre Poussin. Parfois il faut, à coups de hache, frayer une route à la barque arrêtée par des monceaux de troncs d'arbres tombés, rompus, ou par des arbres entiers que le torrent débordé a emportés dans sa course. Un de ces troncs fit chavirer la barque de cuir du célèbre graveur en coquilles,

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Clément Pestrini , que l'industrieux artiste s'était plu à construire lui-même, et quoique le meilleur nageur de Rome , il périt dans la rapidité du courant.

La chasse du Teverone est le sujet d'un petit et dramatique tableau d'Horace Vernet, presque aussi bon chasseur que grand peintre. Il a pu s'y appliquer le quorum pars magna fui, sans la fausse modestie qui fait supprimer à certains citateurs le magna.

Un des plus sûrs guides pour cette chasse périlleuse , est un serrurier de Rome, d'origine française , qui s'appelle Conscience^ beau garçon, tout-à-fait digne de son noble nom })ar sa probité, sa droiture et son impassible intrépidité.

KuYiroii» «le Konie.

TIVOI'I.

Le meilleur hôtel est la Regina; mais les artistes doivent préférer la Sybille , beaucoup mieux située. Le diner de celle-ci, qui l'été n'est que de 2 pauls , monte l'hiver à 6. La résidence l'été revient par jour à 5.

Les ânes pour aller aux Cascatelles , se pavent 15 baïoques.

SUBI ACU. l llASCATl. CIVIÏA-VECCHIA. 12^5

Les jolies pétriiieations bien polies, bien travaillées, pour serre -papiers, sont à des j)rix modiques.

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