AVANT-PROPOS
Dans un précédent ouvrage (1) j'ai essayé de montrer quel avait été le développement de l'activité italienne pendant les cinquante premières années de l'unité nationale. Cette activité avait subi la loi générale. A des périodes de progrès avaient succédé des phases de dépression. Vu d'ensemble, le mouvement attestait une prodigieuse vitalité, témoignait d'un admirable effort. La terza Italia était bien la digne descendante de ses deux illustres aïeules.
Dix ans ont passé, dix ans pendant lesquels l'Italie a connu deux guerres — et quelles guerres ! De la guerre de Tripolitaine elle est sortie victorieuse, mais sa victoire fut pour elle une charge lourde. Cette charge, elle n'était pas encore parvenue à l'alléger quand éclata au mois d'août 19141e conflit européen. Pendant neuf mois, elle est demeurée neutre. Elle était partagée entre deux sentiments contraires : elle ne voulait pas la guerre, parce qu'elle savait le fardeau nouveau qu'en [devenant belligérante elle devrait assumer; mais, moralement, dès les premiers mois de la lutte, presque tout entière elle prit parti. Moralement, elle se jeta dans la mêlée : elle souffrit du martyre qu'endurèrent la Belgique et dix de nos plus beaux départements, elle partagea nos peines, elle vécut de nos espérances. Elle
(1) L Italie économique et sociale {186 1-1 91 2), AlcSiU, 1918.
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comprit aussi que, si ses intérêts immédiats l'éloignaient de la guerre, la réalisation de ses plus grands rêves, i'aclièvemenl définitif de son unité nationale l'obligeraient un jour à y prendre matériellement part. iMalgre des budgets difficiles, une situation intérieure précaire, était-il possible de laisser échapper l'occasion — peut être unique — d'obtenir de l'Autriche qui, en déchaînant le conflit mondial avait brisé le statu quo balkanique, ces « compensations » qui s'appelaient Trente et Trieste et sans lesquelles la patrie n'était pas complète ? Ce sera l'honneur de M. Salandra d'avoir osé la guerre, malgré les difticullés de l'heure ; ce sera son honneur d'avoir vu au delà des réalités immédfales, d'avoir fait confiance au grand mouvement idéaliste qui, malgré ces réalités, entraînait le pays, et, ayant épuisé tous les moyens pacifiques^ d'avoir dénoncé l'alliance autrichienne et conclu avec les puissances de l'Entente le pacte de Londres.
Belligérante, Tltalie a fait son devoir. La guerre a été rude pour tous. On a eu tort de chercher à établir des échelons dans le courage et l'endurance. Le poilu français a été sublime, mais ne soyons jamais ingrats envers ceux qui ont avec lui collaboré à la tâche commune... Si l'Italie n'avait pas été surleCarso, qui pourrait dire ce qu'il serait advenu en France ? Les armées italiennes ont eu des revers, des techniciens ont fait à quelques uns de leurs chefs de graves reproches d'impérilie, on a répandu sur les soldats des calomnies odieuses... Si l'on avait plus regardé la carte, sans doute eùt-on été moins injuste. Si les marais de l'Yser, la boue de Champagne, les routes de Verdun étaient un enfer, je ne sache pas que le front des Alpes ait jamais été, lui un paradis. Encore une fois, unissons dans la môme admiration tous les artisans de la victoire. L'Italie