XXII PRÉFACE
ici, au point de vue des passions du moment, là au point de vue de l'intérêt permanent de Tordre moral, la grande question posée par les événements à la sollicitude du monde catholique et à la raison des hommes d'État.
Issu de lune des plus anciennes familles de l'aristocratie piémontaise, M. d'Azeglio avait gardé, sinon dans la pratique de sa vie, au moiiis dans les instincts de son intelligence, toutes les traditions morales de sa race. Son âme tressaillit quand, au sortir du règne douloureux de Grégoire XVI, parut se lever, à l'horizon du siècle, l'astre lumineuxd'un grand pape. Jele visa Rome, en 1847; il y travaillait d'un cœur dévoué à consolider la jeune popularité de Pie IX. Sa correspondance, qui commence à cette époque, porte à chaque page les traces de cette préoccupation. « Voilà, — s'écrie-t-il au moment de la création « de la consulte d'État, —voilà Pie IX promoteur « de tout le mouvement libéral et la papauté à « la tête du siècle. Qui l'eût dit il y a dix-huit « mois? S'il continue, et pourquoi non? il dece vient le chef moral de l'Europe, et il fera ce « que n'ont pu faire ni Bossuet ni Leibnitz, il ré- « tablira l'unité du christianisme. J'ai toujours
PRÉFACE. XXUI
« pensé que les plus grands événements reli- « gieux étaient liés à la régénération politique « et morale de mon pays. » « Si Pie IX veut, « — écrit-il au mois d'avril 1848, — s'il con- « sent à être ce que l'opinion fait de Jui, la « papauté est définitivement la force dirigeante « de ce siècle. S'il s'y refuse, je ne sais ce qui « arrivera.»
La guerre nationale éclatant, M. d'Azeglio y vit, pour la papauté temporelle, le moyen de retrouver, en se transformant, une raison d'être et un principe de force. « D'ailleurs, — écrivait-il « tout en guerroyant en Lombardie (du quartier « général de Bellune), — il ne s'agit pas seule- « ment aujourd'hui de l'Italie; il s'agit de la « chrétienté tout entière. Il faut décider quel « sera le principe qui lui servira de pierre an- « gulaire; et je pense, comme vous, que leprin- « cipe catholique doit occuper cette place. »
Au milieu même de la lutte, il eut une grande idée. Il écrivit au pape pour le supplier de quitter Rome, de venir à Milan, de se poser en médiateur, et par l'action d'une autorité morale alors toute-puissante, d'arrêter l'effusion du sang chrétien. En demandant à la papauté de se faire