PRÉFACE
« Interprète du sentiment public, et voulant « payer un tribut solennel d'admiration et de re- « connaissance à la mémoire de Massimo d'Aze- « glio, nous invitons tous les Italiens à s'unir, « pour élever un monument au grand citoyen « qui, par les œuvres de la pensée comme par « les œuvres de la main, a tant fait pour l'in- « dépendance et pour la gloire de l'Italie. »
Le Municipe de Turin résumait jadis en ces termes les titres de l'homme d'État que l'Italie venait de perdre; et, le même jour (16 janvier 1866), le grand Conseil de Florence décidait que les restes mortels de l'illustre défunt seraient déposés à côté des dépouilles de Michel-Ange et d'Alfieri, dans le sanctuaire national de Santa- Croce.
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il PRÉFACE.
Je n'ai pas le dessein d'écrire en détail la vie * «
politique de Massimo d'Azeglio. Cette vie est tout
entière dans les Lettres qu'on va lire. Elle s'y
peint avec la sincérité des confidences intimes
et le charme des révélations imprévues.
M. d'Azeglio a laissé des mémoires dont il
traça les premières lignes à la fin de l'année 1862
(V. Lettre cxxi). Ces mémoires, qui devaient
éclairer les péripéties et mettre en relief mille
détails secrets de l'histoire contemporaine de
l'Italie *, ne se rapportent qu'à la jeunesse de
l'auteur, à son existence d'artiste, de romancier,
de touriste politique, à ces temps, en un mot,
où il avait pris domicile sur la grande route*, et
1 . « A propos, vous êtes trop mon ami, pour que je vous laisse ignorer ce qui serait fort indifférent aux indifférents. J'ai entrepris un travail de longue baleine t j'écris le Memorie de ' miei, degli amici, le mie e quelle del mio tempo'. Est-ce assez ? C'est un cadre où tout peut tenir, et qui me permettra de vider mon sac. Inutile de vous dire que je tâcherai d'être juste, ce qui veut dire sincère, comme si j'écrivais de l'autre monde. » (V. p. 265; 14 février 1863.)
2. M. d'Àjeglio, dès ce moment, commença son œuvre de propagande au profit des idées qui ne cessèrent de diriger le parti « libéral modéré. » Il parle ainsi de cette curieuse période de sa vie (1844) : «Des diverses parties de l'Italie centrale, on me proposait « de prendre le rôle d'une espèce de Grand-Orient directeur de « toutes )es sociétés «secrètes ou non secrètes , d'une sorte d'impre- « sario en chef de toutes les représentations révolutionnaires qu'il y « aurait lieu de donner. Moi qui ne voulais, fût-ce en rêve, me lier « à aucune secte , je refusai ce généralat , mais je résolus d'entre a prendre une tournée, qui me permettrait d'exposer officieusement
au v.
PRÉFACE. ni
n'était encore, comme il le dit lai-même, que « patriote fantaisiste. » La mort brisa la plumé de l'écrivain, lorsqu'il retraçait les derniers événements de Tannée 1847.
Or, de Tannée 1847 datent précisément les premières lettres de notre recueil ; et la correspondance, se continuant jusqu'au mois de novembre 1865, embrasse presque complètement la grande et décisive période qui s'ouvre avec le règne de Pie IX et se clôt par la délivrance de la Vénétie. Cette correspondance achève donc l'œuvre interrompue ; elle pourrait être intitulée : « Continuation des Mémoires » ou « Mémoires politiques de Massimo d'Azeglio. »
En effet, c'est avec les lettres en question que commence la vie politique proprement dite de l'homme illustre que l'Italie appela « son chevalier ; » en qui s'est éteint le héros de la première
« mon projet. Un beau matin je partis seul, pour être sûr de a n'avoir pas avec moi un espion ; dans un vetturino de la Marche, « je sortis par la Porte du peuple, el commençai ma « via crucis. » « J'allais, sous prétexte de peinture, à petites journées; des noms € m'étaient donnés de pays en pays ; il va de soi que, pour trouver les « propriétaires de ces noms, je ne prenais mes renseignements ni « auprès des gens d'auberge, ni auprès d'aucun des protégés ordi- « naires de la police. Ce fut tout un petit travail diplomatique dans « lequel je déployai assez de grâce ; et de fait, je n'ai jamais compromis c persqnne. »
IV i PRÉFACE.
phase, de la phase irréprochable de la révolution péninsulaire ; et qui, ayant réuni tous les talents et savouré toutes les gloires, restera le représentant le plus complet du génie italien au dix-neuvième siècle.
Dans notre Correspondance, se révèle tout d'abord le chef de ce grand parti qui, depuis l'insurrection romagnole de 1844 jusqu'à la guerre de 1859, s'arma de la réforme contre la révo-* lution; l'auteur des pamphlets célèbres 1 qui, avec le Primato de Gioberti et les Speranze du comte Balbo, préparèrent le mouvement libéral de 1846 et l'explosion nationale de 1848. Puis, au milieu de la fumée des champs de bataille, apparaît le soldat de l'indépendance qui philosophe tout en guerroyant : on le voit entraîner au delà du Pô la petite armée pontificale, et tomber à Vicence sous les balles de Radetzky; on l'entend, après Novare, pousser le cri d'une âme indomptée :
Nous recommencerons ! Vient ensuite le président du conseil, le ministre qui sacrifie à son pays une éclatante popularité, dévoue son nom aux responsabilités douloureuses d'un lendemain de défaite,
1. Casi di Romagna, 18 45 ; — Programma per VOpinione nazionale, 184Î ; — Lntti di Lombardia, 1848.