PRÉFACE. V
et négocie une paix de laquelle on peut dire qu'elle désarma le vainqueur sans rien faire perdre au vaincu. On le suit dans sa résistance aux entraînements d'une réaction partout maîtresse* : c'est le temps où il en appelle au pays dune Chambre en proie aux fureurs démagogiques; où il conserve au petit État sarde le statut constitutionnel qui , dans le naufrage de la fortune de l'Italie, surnage comme un signe de ralliement; où enfin , lorsque le Piémont, resté le seul pays vivant de la Péninsule, est en mesure de participer à l'expédition de Crimée, il remet au comte de Cavour une armée reconstituée et des institutions libres.
Tout cela sans bruit ni fracas, avec la simplicité de bon goût et la grâce parfaite qu'il savait mettre en toutes choses; héros sans emphase, patriote sans fanatisme, libéral sans comédie, ennemi de la déclamation et de l'enflure. Chez lui rien qui sentît l'apprêt, mais l'horreur du guindé et du faux ; dans ses actes comme dans son style un naturel exquis ; quoi qu'il fît ou dît, rien d'emprunté ni de factice; toujours semblable à lui-môme, dans la villa de Cannero où, au milieu de ses pinceaux et de ses livres, il fai-