‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 35 sur 102 · ADRESSE A SA SAINTETÉ PIE IX · texte numérisé non relu

ADRESSE A SA SAINTETÉ PIE IX

(traduction)

Très-Saint Père,

En nous approchant du trône de Votre Sainteté, nous sentons que nous sommes des sujets respectueux et soumis; nous sentons en même temps que nous sommes des fils que le souvenir des bienfaits reçus et qu'un sentiment d'affectueux abandon poussent à chercher dans le cœur d'un père leur plus sûr, ou mieux, leur unique refuge.

Nous mettons dans Voire Sainteté une confiance entière. Comment cette confiance nous manquerait-elle, quand nous pensons à la sollicitude pleine d'amour avec laquelle Votre Sainteté, se sacrifiant elle-même, épuise ses forces et sa vie pour soulager nos misères?

Mais précisément parce que nous connaissons les sentiments de Votre Sainteté, parce que nous nous sentons le pouvoir de lui offrir ce retour dont Dieu luimême se tient pour satisfait, le don de nos cœurs et de nos volontés, nous élevons la voix pour lui faire connaître que cette main bienfaisante qu'elle tend à son peuple ne parvient pas jusqu'à lui. Nous devons croire

qu'une force occulte et ennemie s'interpose entre elle et nous, nous enlève le fruit de ses bienfaits, et entrave le plus ardent désir de Votre Sainteté : celui de nous voir tranquilles et heureux. Contre cette force nous supplions Votre Sainteté de nous défendre en nous arrachant à des incertitudes qui peuvent être exploitées au profit de desseins pervers.

Nous ne considérons pas comme sans péril notre condition présente.

Il est, nous le savons, dans la pensée de Votre Béatitude d'accorder l'institution d'une garde nationale à des citoyens que le sentiment de leurs propres intérêts et leur dévouement rendent les plus fermes soutiens de la paix publique. Dans les villes où cette institution existe déjà, ils ont donné l'exemple de l'ordre et de l'obéissance, et c'est grâce à eux qu'on a vu cesser les délits qui çontristent trop souvent votre cœur paternel et portent de cruelles atteintes à la morale publique. Nous formons des vœux ardents pour que les sages intentions de Votre Sainteté ne soient pas entravées par les insinuations qui montrent le péril là où sont le salut et le remède à de graves désordres.

Que Votre Sainteté se fie à son peuple. S'il vous vénère et s'il vous aime, vous l'avez vu; et il sait que s'il s'éloignait de Votre Sainteté, il n'aurait plus à qui recourir.

Votre Sainteté a voulu être informée des besoins des populations et a pensé qu'il convenait d'interroger ceux qui vivent au milieu d'elles. Elle a convoqué auprès d'elle les hommes considérables des provinces. À ce généreux appel, les cœurs se sont ouverts à l'espérance. Mais voici qu'on élève des obstacles, qu'on fait surgir des difficultés imprévues; et l'on sent se répandre dans les masses ces craintes, ces inquiétudes, peu mesurées parfois dans leur expression, qu'excite naturellement la menace continuelle d'un péril caché et mal défini.

DE M. D'AZËGLIO. i;>

Encore une fois, que Votre Sainteté se fie à son peuple. Il ne place pas dans les envoyés 4es provinces l'espérance illusoire de systèmes inopportuns et prématurés, de nature à entraver un pouvoir qu'il voudrait, au contraire, voir plus libre et plus plein dans son exercice*. S'appuyant sur les paroles et sur les intentions bienveillantes du Saint-Père, il a l'espoir qu'avec le concours de ces envoyés, on réorganisera l'élément communal et

Provincial mis en œuvre par l'élection populaire; il a espoir que la désignation des députés provinciaux sera fendue stable par un mode de nomination à époques fixes qu'il plairait à Votre Sainteté de déterminer ; il a l'espoir enfin que Jeurs conseils, fondés sur la connaissance sérieuse des besoins, et sanctionnés par la puissance suprême, se transformeront en lois; et v que l'exécution de ces lois sera confiée à un conseil de ministres dont les attributions, nettement définies, seront fixées par un acte du pouvoir souverain.

Votre Sainteté a ordonné que, pour la protection des citoyens, on rédigeât un code qui fît connaître et déterminât les attributions de la police. Cette sage et paternelle volonté a dû recevoir son accomplissement; nous en attendons avec une vive anxiété l'application et les effets.

L'édit sur la presse a fixé de sages et raisonnables limites à la manifestation de la pensée; mais l'exécution n'en est pas régulière. Des instructions secrètes , des applications arbitraires, nous pouvons en fournir la preuve, dénaturent l'œuvre généreuse de Votre Sainteté. Ayez confiance, ô bienheureux Père, dans ceux qui ne demandent rien que ce qu'il est dans la pensée de Votre Sainteté de leur accorder. Nous vous supplions seulement de faire en sorte que vos dons ne nous soient pas enlevés, et que Votre Sainteté nous maintienne dans la possession de ses bienfaits.

Dieu ne repousse pas les justes prières, les prières des cœurs sincères, inspirées par une volonté droite. Si tels sont nos cœurs et nos volontés, si nos paroles sont dictées par des intentions pures, Votre Sainteté le sait. Qu'elle les accueille dans son cœur paternel, qu'elle les pèse dans sa justice, et qu'elle reçoive les protestations d'obéissance absolue que nous lui faisons dès à présent pour tout ce qu'elle voudra décider dans son amour et dans sa sagesse.

Unis dans ces sentiments et prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous lui demandons appui et protection, en implorant la bénédiction apostolique.

A MONSIEUR DOUBET,

25 juillet «847.

Mon cher ami, en vérité vous me faites une part que je ne mérité pas, en me croyant si fort indispensable à Rome. Je vous assure qu'on s'en tirerait fort bien sans moi à l'heure qu'il est. Ce sont gens qui comprennent à demi-mot. L'essentiel était de leur montrer en quoi consiste leur véritable force et où est leur faiblesse. Je vous assure qu'ils ne s'y trompent plus maintenant. Et quant aux applications, laissez-les faire.

Je passe aux nouvelles, qui sont l'important. La garde nationale une fois accordée 1 , on voulait abandonner l'idée de Y Adresse; mais j'ai fait comprendre, et aisément, qu'au contraire (qu'elle dût être présentée ou non) il était important que tout le monde sût que l'Adresse circulait et se couvrait de signatures, et qu'il ne fallait pas,

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