‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 43 sur 102 · Bataille de Novare; 23 mai · texte numérisé non relu

Bataille de Novare; 23 mai

DÉ M. D'ÀZÉGLIO. * 89

U'ëfrëurs et de fautes avait reriàue inévitable. Je crois vttuè l'avoir écrit dans le temps.

Votis ptiiivëz imagine* cbriirtïe j'ai Je cœur serré. Avoir tfrataillé tdutë Sa vie dans urie seule pensée, sans espérer jamais qu'ufte dccàsititi &ë J)réêeWfcât; la voir arriver, §îirpla$sàrit idiitë prétôydriëë raisonnable; et puis sentit* tout cet édifiëë s'écrouler dans un jour ! Après de pareils coups oh lie garde que les apparences de là vie. L'âme et lé ctetir sont morts. Je rie verrai plus ma pauvre fchèrë patrie délivrée du jbug. Qiië la volonté de Dieu fcoit fëitë !

Je il' ai pas la forte dé vous expliquer quel malheureux rôle ont joué danâ notre catastrophe l'ignorance, les mauvaises passions, les rages de parti. Je voUà raconterai cela un jour. Pour le momerit, je désire seulement qu'on sache,— puisque tout est perdu, — qu'au moins l'armée s'est bien battue. Nous ri'avOns plus que notre honiieiir. Dahs notre chambre, — forlnée par Yalerio et la jëiinè Italie (le totit ce qu'il y avait de médiocre et de vulgaire flàfts le pays; ~ ûh M. L... a prononcé des paroles inconcevables. Ge n'était guère mauvais vouloir, je pense, mais pure bêtise. Il donnait à entendre que l'ennemi était inférieur en nombre, et h' avait que trente -cinij ihille hommes! Voici ëe que m'écrit mon frère de Ttirin : « Abercromby ( ambassadeur d'Angleterre) ha detto e « ripetuto che Radetzki stesso ttattënèndosi con lui gli « ateva dichiaratô , che sënza la forte tnaggioranza del « riuhiero, e di hùovi bâttaglioni che faceva avanzare a « rinfralncar l'aziohe, la giôrnata, per lui, era perdûta : « quei diavoli di Pieniontesi, diceva, sono sempre gli stessi, « e malgrado il mincir numéro lbro e la starichezza délie « marée fatte, ho terriutd piu d'unà volta di dclvermi riti- « rare. » Deui géhéraui de division soni morts : le marquis Pàssalacqùa et M. Perrone, celui qui servait en France, et y à épousé la hièce.de M. de La Fayette. Un

autre est blessé, le général Bes. Dans tous les régiments, un grand nombre d'officiers tués ou blessés. Dans un seul de bersaglieri, sur trente officiers, vingt-cinq manquèrent à l'appel le soir. L'artillerie a fait des pertes énormes. Un des fils de Balbo, Ferdinand, un brave jeune homme de dix-huit ans, lieutenant dans la batterie où son frère Prosper était capitaine , a eu la tête emportée par un boulet. Ce pauvre Balbo, qui ne vit que pour ses enfants, supporte cependant ce malheur avec une grande fermeté. — Il paraît que le général Ramorino est un traître. Il a désobéi au général en chef, et fait manquer son plan. On l'a arrêté à Arona, comme il se sauvait en Suisse, et on l'a conduit à Turin garrotté. Il est sous conseil de guerre.

Je suis à la Spezia, tâchant de me rétablir; mais ma blessure est toujours ouverte, et je crains que j'en aurai encore pour longtemps. Elle m'a épargné d'être témoin de cet affreux désastre. J'attends ma fille qui est au couvent, à Florence, et dont la santé réclame des soins assidus. Je vais m'y consacrer. Cela m'aidera , j'espère, peu à peu, à accepter. Je ne vois plus rien à faire pour le moment. Il faut rouler jusqu'au fond de l'abîme pour voir où l'on s'arrête , et pour se reconnaître. Alors nous recommencerons! mais ce n'est pas moi qui cueillerai le fruit. Souvenons-nous que l'amour de la patrie est sacrifice, et non jouissance.

Veuillez; je vous prie, communiquer à M. Doubet ce qu'il y a d'essentiel dans cette lettre; je suis sûr qu'il partage notre affliction. Et surtout, tâchez que tout le monde sache que nous étions cinquante mille hommes, comme avoue Radetzki dans son bulletin, et qu'il nous a attaqués avec quatre-vingt mille, et que nous nous sommes bien battus. — Adieu, mon cher ami, nous sommes accablés, mais point découragés ; c'est un long travail à refaire, voilà tout. Vous qui avez plaidé notre cause avec tant de

cœur et de talent, aidez-nous à rétablir les faits, et à préserver le seul bien qui nous reste — l'honneur.

Sarzana, «s avril 1849.

Mon cher ami, j'ai reçu votre brochure 1 , et quoiqu'elle soit trop bienveillante pour moi, j'ai tellement besoin en ce moment que mes amis soient trop bienveillants, que je ne puis m'empêcher de vous dire : Vous avez bien fait, comme Jean Bart! Mais ce qui me contrarie extrêmement, c'est qu'il paraît, d'après votre lettre, que vous n'avez pas reçu ma dernière que je vous écrivais peu après le désastre de Novare, non plus qu'une brochure que je vous avais envoyée. C'était un document fort curieux : une discussion du conseil général de la république de Florence en 4497, concernant l'impôt pro- &-+. gressif proposé par un Proudhon du quatorzième siècle avec toutes les idées socialistes du jour. Si vous n'avez pas reçu ce document, je vous le renverrai, car il peut être utile de le publier ou de le faire connaître chez vous dans le moment présent.

Quant à nos désastres, il ne fallait pas être bien sorcier pour les prévoir; mais il fallait, par contre, être imbécile au suprême degré, et birbante à l'avenant, comme Mazzini et compagnie, pour commettre les énormes fautes qu'on a commises et qui ont jelé le pays dans un affreux malheur.

C'est à recommencer! — sans doute; mais l'occasion re-

1 . Vltalie devant la France, précédé d'une lettre à M. le marqui* Massimo d'Ar.eglio.

commencera-t-elle aussi? — Nous aurons toujours gagné des constitutions. — D'accord. — Mais il n'est rien moins que certain que, nous ayant été données prématurément, et sans que les masses y fussent nullement préparées, elles puissent faire le bien du pays, et constituer un véritable progrès. Vous savez mon idée que le riforme immature ritardano le riforme mature, et tout ce qui se passe depuis un an n'est pas fait pour me faire changer d'avis. Il me semble en outre qu'il en est de toute l'Europe à peu près comme de notre pauvre Italie; et quelquefois je me demande s'il n'y a pas une véritable analogie entre le grand mouvement du seizième siècle, la réforme religieuse, et le grand mouvement des dix-huitième et dixneuvième, la réforme politique ; et si de la même manière que les excès de la première ont abouti à l'indifférence religieuse,, les excès de la seconde ne nous conduiront pas à l'indifférence politique?

En Italie il me semble que nous sommes en bon chemin pour cela. Comment prétendre que notre pauyre peuple ait en vénération ce qu'il y a de plus vénérable au monde, l'indépendance et la liberté, après avoir vu à l'œuvre des imbéciles et des coquins tels que...

A propos de l'ambassade de Paris, j'avais été nommé ce mois de septembre, mais l'état de ma blessure me rendit impossible d'accepter, et je l'ai regretté. A cette heure je vous avoue que je ne le désire nullement et mon seul vœu est d'être où je suis, dans un petit endroit où je n'ai à rougir devant personne. Rien qu'à penser d'entrer dans un salon pu je rencontrerais des étrangers de tous les pays, cela me donne le frisson. J'avais espéré pouvoir un jour lever la tête, et dire: « J'ai l'honneur d'être Italien ! »

Je vous remercie de l'intérêt que vous prenez à ma blessure. Je suis obligé d'éviter tout ce qui estexerciceun peu violent; jepuis cependant marcher et monter à cheval, mais con riguardo. J'espère qu'en unecpupledemois

je pourrai être guéri, et cela étant, j'en aurai eu pour un an. Pour ce que j'ai h faire à présent, autant vaut être écloppé que sain. Nous n'avons pour le moment qu'à nous laisser rouler jusqu'au fond de l'abîme. Après, nous verrons quel est le nouveau point de départ.

Tout à vous.

AU MÊME

3o avfil.

Mon cher ami, voici de nouveau la brochure en question \

Je l'ai reçue de M. Ridolfi. Son beau-frère, le comte Guiceiardini, la lui a envoyée de Florence. Ce dernier a trouvé, dans les archives de sa famille, ces documents (c'est pour vous dire qu'ils sont bien authentiques) d'un haut intérêt de circonstance, et les a publiés. L'historien Guicciardini, dont il descend, était secrétaire du conseil, et a tenu note de cette curieuse discussion, retrouvée aujourd'hui, bien à point, dans ses papiers. La proposition du Proudhonduquinzième sièclea été' rejetée comme celle du Proudhon du dix-neuvième.

Comme vous savez, Florence secoua l,e joug des Médicis en classant Pierp, fils dp Laurenf lp Magnifique, pn i 494, et conserva le gouvernement populaire jusqu'en \ 51 2.— : Le second discours présente des rapprochements curieux entre la position des Florentins et celle des Français aujourd'hui; mêmes idées, mêmes désordres, mêmes craintes ou espérances, ou facilité d'une restauration.

Et votre proudhon , à vous , que deyieqt-H? P'esf un des produits qui, ce me semble, ne ferpnt pas monr

1. La décima scalata (l'impôt progressif; in Fircnze, nel 1497.

ter les actions de la république. Est-ce toujours le nom qu'on lui donne (à votre «gouvernement)?

AU MÊME

Turin, Si mai 1849.

Mon cher ami, je ne puis plus vous écrire ces longues lettres, comme dans le bon temps; mais au moins un petit mot pour vous serrer la main , et vous dire : Dieu vous garde de jamais devenir premier ministre!

J'ai refusé longtemps, parce que moi entrant au ministère des affaires étrangères au moment des négociations pour une paix avec l'Autriche, cela me faisait un drôle d'effet 1 , et je supposais que cela devait en faire un plus drôle encore aux puissances amies et ennemies. Mais les intérêts de la tranquillité intérieure l'ont emporté. On se méfiait, — à tort, je vous assure, — de mon honorable prédécesseur 2 , qu'on jugeait "un vrai codino, un rétrograde , etc., et le parti anarchique semait l'in-

1. Le soldat de Vicence, le « chevalier de l'Italie, » en acceptant le pouvoir pour signer la paix avec l'Autriche, faisait à son pays le plus grand de tous les sacrifices. — « Gouverner un pays dissous par l'anar- « chie, qui seule levait la tête au milieu de la prostration générale ; a recueillir l'héritage de deux guerres malheureuses; accéder aux « dures conditions d'une paix traitée d'ignominieuse par les partis « exaspérés; imposer à une nation ruinée l'humiliant sacrifice de sa « rançon; jeter en pâture à des haines certaines et à toutes les calom- « nies une gloire dont aucun nuage n'avait troublé l'éclatante popu- « larité, une telle œuvre ne pouvait être entreprise ni par une âme « timide ni par un esprit ambitieux. Sans hésiter Massimo d'Azeglio o y dévoua sa renommée. » (le comte de Cavour, récits et souvenirs, par M. de La Rive, neveu de M. de Cavour.)

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