‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 55 sur 102 · XLVI1 AU MÊME · texte numérisé non relu

XLVI1 AU MÊME

Turin, 24 juillet 1859.

Cher ami, si, — il y a deux mois, — on avait proposé le problème suivant : Aller en Italie avec deux cents mille hommes, dépenser un demi-milliard, gagner quatre batailles, restituer aux Italiens une de leurs plus belles y provinces, et en revenir maudit par eux, on aurait dé-

claré le problème insoluble. Eh bien, il ne Tétait pas; le fait Ta prouvé.

Le quadrilatère est intact; la Lombardie est ouverte : qu'une occasion se présente, et l'Autriche aura tout repris.

D'ailleurs, qu'est-ce que l'Autriche dans une confédération italienne? Le loup dans la bergerie. L'Empereur a oublié à Villafranca le chapitre des speranze 1 que vous citez, et qui est pour nous la loi et les prophètes.

Dans l'Italie centrale, les esprits enflammés par tant de promesses n'accepteront pas, soyez-en sûr, la paix de Villafranca. Ce sera, que sais-je? l'inconnu! — On peut répondre : Mais enfin , vous avez gagné la Lombardie ! — D'accord. — Mais la position est moins sûre aujourd'hui qu'elle ne l'était avant la guerre, et à un changement quelconque qui arrive en France ou en Europe, songez à quelles terribles éventualités nous nous trouvons exposés.

1. Délie Speranze d'Italia, cap. vi, p. 43 del'édit. de 1855. Dans ce chapitre, le comte Balbo démontrait que la Confédération était impossible pour les États italiens si on y admettait une puissance étrangère. « Alors même que l'on stipulerait et jurerait que le pape serait président, le pape ne le serait pas ; sa présidence ne serait qu'un mensonge; dt's que l'Autriche ferait partie de la Confédération, l' Autriche serait tout, et l'égalité des membres de la fédération deviendrait une Action diplomatique; non, les princes italiens et leurs ministres ne se feront pas volontairement plus dépendants, plus esclaves qu'ils ne le sont aujourd'hui. »

DE M. D'AZEGMO. 409

Après cela, je m'abstiens de tout jugement sur la conduite de l'Empereur; en fin de compte, il a été au feu pour nous contre l'Autriche; et pour ce qui est de vos admirables soldats, j'embrasserais leurs genoux. Mais cela n'empêche pas que notre pauvre Italie ne soit dans une terrible situation! En vérité, je m'y perds!

Pourxîe qui me regarde, voici mon histoire en peu de mots. Je ne voulais pas aller à Bologne tant que la question des Suisses 1 n'était pas résolue. Je disais au ministère : Vous vous mettez dans l'alternative de devoir ou vousretirerdevantunesommation, ou de faire la guerre au pape. Un ordre militaire m'a forcé d'y aller. Une fois là, la Giunta m'a déclaré qu'elle était impuissante à maintenir Tordre. C'était vrai. J'ai dû prendre la dictature, contrairement à mes instructions, qui me le défendaient formellement. Après trois jours, l'ordre m'est arrivé de me concentrer et de me diriger vers la Lombardie avec mes troupes et mes employés. D'un côté, les Suisses de Pérouse étaient à la frontière, et, à l'intérieur, les mazziniens n'attendaient que mon départ. Je n'ai pas hésité. Je me suis dit : L'abandon immédiat de ces populations serait le déshonneur pour le roi et pour moi; dès lors c'est l'impossible, et j'ai désobéi. Au lieu de me concentrer, j'ai fait un détachement de neuf mille hommes que j'ai envoyé couvrir la frontière, et j'ai laissé trois mille hommes à la défense du gouvernement que j'avais établi à Bologne, confiant à mon chef d'état-major, le colonel Falicon, tous mes pouvoirs.

Après cela, je suis parti pour Turin; je me suis présenté au roi, et je lui ai dit : « Sire, Votre Majesté peut me mettre sous conseil de guerre, car j'ai formellement désobéi à ses ordres. » Il m'a demandé des explications,

1 . On désignait sous ce nom les mercenaires allemands qui avaient figuré à Pérouse.

et, après les avoir écoutées, il m'a dit : « Vous avez bien fait; F ordre qui vous a été expédié était un malentendu. » Voyez pourtant de quelles circonstances imprévues et inexplicables peut dépendre le sort des hommes et la marche des événements! Vous imaginez quels moments j'ai dû passer; et ajoutez la circonstance matérielle d'une atmosphère de feu. Dans les salons du palais de Bologne, j'avais 32 degrés Réaumur ! Je suis encore^ accablé d'affaires ; ainsi, la suite prochainement.

Mille tenerezze.

AU MÊME

Cannera, J3 août 1859.

Mon cher ami,

J'ai à vous remercier de votre brochure 1 , véritable boulât rouge dont vous avez atteint l'Autriche à la ligne de flottaison. Et malgré tout cela, malgré le mensonge et la fraude permanente sur laquelle elle s'appuie, elle est loin de vouloir sombrer !

A ce propos, — à propos de Rome surtout, — » permettez-moi de vous dire mon idée, Je vois poindre à l'horizon bien des complications qui seront la suite de la paix subitement conclue, Ce qui a été dit et fait jusqu'alors pour l'organisation de l'Italie, les événements et la force des choses vont rayer tout cela; et Rome se trouve dans une situation absolument nouvelle. Eh bien, avant tout, — il s'agit ici de politique, — et coûte que coûte, le salut de mon pays) C'est au pape, comme aux autres princes italiens, à s'arranger en conséquence. Or défendre le pape pontife, G'est sans dpute le devoir de tout catholique convaincu. Mais soutenir, à un point de vue absolu, le pape souverain, présenter le pouvoir tem-

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