‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 57 sur 102 · LUI AU MÊME · texte numérisé non relu

LUI AU MÊME

Turin, 12 novembre 1859.

Cher ami, Je suis en retard avec vous, bien à regret, croyez-le. Mais si vous saviez combien j'ai eu d'embarras ces jours

1 . «Si l'Autriche eût abandonné la Vénétie, écrivait ailleurs et au même moment M. d'AzegJio (la Politique et le Droit chrétien, p. |20), il eût été politiquement , sinon moralement, possible (je ne parle pas ic| ( 4u yœu des populations) d'accepter la restauration des souverains déchus ; majs, dans )a situation présente, l'Autriche restant en possession 4^4 forteresses , y cpmprw Ppschiera et Mantoue, toutes deux, délacées pour e)}e <të la Lgmfrardie qwj s'affaiblit d'autant, le seul moyen de ne pas rendre absolument précaire la position de la Sardafgne et tout à fait illusoire l'indépendance de l'Italie italienne, consiste ((ans ia formation d'un Étal assez fort pour suppléer au défaut fjc frontières, et pour oppqser une résistance réelle au retour de l'état de choses que, sous les veux de l'Europe consentante, la France a enfendu renverser. Yoity ce que le bon sens de l'Italie entière a merveilleusement compris. De là cet é}an unanime vers la Sardaigne ; de là l'abapdop do toutes les traditions égoïstes, de tous les instiucis les plus enracinés et les plus cbers au inunicipalisme italien ; de là , enfin, les fameuses annexions. »

passés ! Et je ne suis pas au bout, qui pis est. Ainsi — poco e buono , — si c'est possible.

Je ne suis pas à Milan : je ne veux pas avoir pour maître M. R***... Quel Romain je fais! On dit qu'on trouva dans le cœur de la reine Marie... Calais l On trouverait dans le mien si on en faisait l'autopsie : Italie centrale. C'est là aussi que je pense me diriger sans autre chose que latïape et l'épée 1 . Je n'ai pas le temps de vous parler de tout cela. Je vous dirai seulement l'effet que me fait en général la politique de l'Europe. Elle me rappelle le trappiste donnant .tous les jours un coup de bêche à sa fosse. Tout le monde procj^ipe que l'opinion est la reine du monde, et tout le iponde agit comme si elle n'existait pas. Si réellement elle existe, ce qjie je crois assez, elle arrivera après le trappiste et en sera le fossoyeur... J„a suite à un prochain numéro.

J'aurai bientôt achevé mon travail. Il y aura après à corriger, limer; et puis je vous l'enverrai. Je voudrais savoir [vu que mes finances se modèlent sur celles de l'Autriche) si vous croyez qu'on trouverait un éditeur assez can-

1 . « Les positions y sont nettement dessinées : D'un côté, des populations trahies par leurs souverains; laissées sans guides, et cela quand les appels de la France et du Piémont avaient porté au comble l'exaltation du sentiment national, ces populations se donnent des gouvernements, les suivent avec une intelligente docilité, résistent aux bouillants entraînements de leur nature méridionale, déjouent les astucieuses menées de deux partis extrêmes : les voilà, depuis six mois, ces millions de révolutionnaires, donnant au monde l'exemple scandaleux de l'ordre quand on attendait d'eux l'anarchie , e} d'une société sauvée du naufrage de tous les pouvoirs par une sagesse qui déconcerte les habiles et par une modération qui exaspère les provocateurs. Ces perturbateurs, ces incendiaires, demandent un roi! Or, s'ils demandent un roi, qui voulez-vous qu'ils choisissent? le duc de Modène ou le grand-duc de Toscane, qui ont passe à l'ennemi ! Quel autre donc que Victor-Emmanuel , qui vient de tirer l'épée pour la cause nationale? » {La Politique et le Ùroit chrétien.)

i28 CORRESPONDANCE POLITIQUE

dide pour publier à ses frais 1 Avoir osé écrire en

français et paraître dans le monde parisien ! Ajoutez à tous vos témoignages d'amitié celui de vouloir me parcourir, et me dire bien franchement : Imprimez ou jetezmoi ça au feu. Je vous prie de croire que je suis aussi peu archevêque de Grenade que possible; aussi allez de l'avant. Mieux vaut pour moi une petite blessure d'amour-propre par la main de l'amitié, qu'une grosse égratignure de la lourde griffe du public. Songez qu'en étant cruel vous serez clément.

P. S. Je vous envoie mon article comme simple document : il n'est plus temps d'en parler. Les articles annexés sont de mon frère Robert, mon aîné 2 . C'est un homme d'une probité antique et profondément chrétien.

AU MÊME

Tarin, 18 novembre 1859.

Cher ami ,

J'ai fini mon pastiche. Maintenant je vais le lire pour voir ce qui en est. J'espère vousl'envoyer dans une dizaine de jours.

Vous serez content de nous. Garibaldi a donné sa démission, et s'est rendu à Nice 8 . Et le Times qui en fait

1. La brochure à propos de laquelle la modestie de M. d'Azeglio lui inspirait de telles craintes fut publiée par Dentu , et se vendit en huit jours à 1 5,000 exemplaires.

Page 1