‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 58 sur 102 · Le marquis Robert d'Azeglio, sénateur · texte numérisé non relu

Le marquis Robert d'Azeglio, sénateur

3. En quittant l'Halle centrale, Garibaldi jetait pour mot d'ordre aux populalions : Armement général; souscriplion pour l'acquisition d'un million de fusils.

un Washington î A-t-il perdu l'esprit? Mais je vous avoue que je suis saisi de dégoût en voyant comme on s'y prend pour conduire, sans qu'il y paraisse, les moutons à l'abattoir. Après les tours de force de ces malheureux pour maintenir l'ordre, ils demandent un homme, — non une armée, — qui, par son nom , suffira à éviter l'anarchie! et on répond froidement : Ça préjuge la question !

Elle est, pardieu ! assez préjugée, j'espère, par la votation de déchéance et l'élection ; et si le congrès passe outre après cette immense manifestation d'un peuple, il mettra des mitaines apparemment pour faire rappeler le prince de Carignan ' ! Quelle élévation, quelle sagesse d'un côté dans ces populations î Quelles misères, quelles finasseries dans la politique ! Mais ce temps-ci a de bons yeux : Si le duc deValentino, Machiavel, etc., vivaient aujourd'hui, je parie qu'ils seraient francs, et ne mentiraient jamais.

Ma course en Toscane est ajournée, nous verrons plus tard.

Tout à vous.

1. Après la lettre de l'Empereur au Roi de Sardaigne (20 oclobrc), lettre qui remettait sur le tapis le plan primitif de la Confédération (Parme et Plaisance devant être cédés au Piémont, le grand-duc rappelé en Toscane, la duchesse de Parme à Modène ) ; après la signature du traité de Zurich, qui réservait les droits des princes dépossédés, la réponse de l'Italie centrale ne s'était pas fait attendre. Les quatre assemblées, toscane, modénaise, parmesane et romagnole, avaient voté simultanément (7 novembre) « la régence du prince de Carignan. » — Le prince de Carignan répondit aux députations venues à Turin, que « des raisons de convenance politique, au moment de l'ouverture d'un congrès, l'empêchaient d'exercer son mandat. » M. Buoncompagni remplaça le prince avec le titre de gouverneur général de la Ligue « pour maintenir les bonnes relations entre les États confédérés et le gouvernement du roi Victor-Emmanuel. »

AU MÊME

Turin, 25 novembre 1859.

Mon cher ami,

Je vous expédie mon manuscrit. Je l'ai /m, et franchement j'espérais mieux. Mais puisque vous avez l'obligeance de le voir, je m'en rapporte à vous entièrement, et je vous prie et supplie, si vous trouvez qu'il n'est pas opportun de le publier, de me le dire clair et net; et ce sera, comme vous comprenez, un véritable trait d'ami de votre part.

Dans ce moment de questions archi-po$itives y je crains qu'on ne trouve que j'appuie trop sur les principes, que je disserte trop. Mais, à mon sens, tout le mal vient d'une erreur dans le point de départ, et, cela étant, qu'y a-t-il de plus positif qu'un principe à établir, surtout au moment où le concile politique qui va s'ouvrir devra, comme celui de Nicée, fixer son symbole? Il paraît, quoi qu'on fasse, que l'Italie du centre gardera son bon sens et sa tranquillité. C'est une singulière époque que la nôtre! Les soldats à la guerre corrigent les sottises des généraux; les populations, en temps de paix, corrigent les sottises des hommes d'État. Si cela continuait ainsi, ne pourrait-il pas en advenir que le peuple souverain se décidât à faire ses affaires lui-même? Si j'étais roi ou empereur, je mettrais cette question à l'étude.

Je vous envoie le texte de cette espèce de catéchisme autrichien, d'où j'ai tiré ma citation. C'est un monument.

DE M. D AZEGL10. *3t

AU MÊME

Turin, 17 décembre 18S9,

Cher ami,

J'ai été pour voir Desambrois 1 , mais il est déjà parti. Je vais lui écrire pour le prévenir. Veuillez lui remettre l'exemplaire pour l'Empereur. J'ai à vous prier d'envoyer ma brochure à M me de Rayneval, dame de l'Impératrice. J'ai dîné à côté d'elle aux Tuileries, et nous avons parlé théologie tout le temps. Le lendemain, elle m'envoie trois volumes pour me convertir, avec quelques lignes aimables et spirituelles, écrites sur le premier feuillet. La conversion n'est pas encore complète, mais je voudrais du moins lui prouver que je n'ai pas oublié sa bonté pour moi, — sans prétendre à mon tour la convertir.

Veuillez bien ajouter à la liste M. Cousin, M. Pourtalès, ministre de Prusse; M. Kisseleff, de Russie; M. Lavradio, ministre de Portugal à Londres , et M. Bunsen , qui était ministre de Prusse en Angleterre, et qui doit être à cette heure à Heidelberg. M. Pourtalès saura probablement où lui envoyer la brochure.

Je vous nomme encore Reizet, malgré son équipée de l'Italie centrale; et puis enfin, — j'y tiens beaucoup, — les quatre évoques qui nous ont si vivement attaqués. N'oubliez pas surtout M gr de Poitiers : c'est un homme de grand talent et d'un fin esprit, avec qui je regretté bien d être en si profond et si complet dissentiment.— Pardon de tout cela.

1. Président du conseil d'État, l'un des négociateurs du traité ck* Zurich, mi nistre de Sardaigne à Paris.

Comme j'ai juré de ne plus vous ennuyer de mes remerciements, je les saute à pieds joints.

Il paraît que le congrès fait comme le mirage du désert; si j'avais prévu un tel retard, j'aurais pu me reconnaître un peu mieux, être plus concis, plus serré.

Envoyez-moi la lettre pourP***. Nous avons notre poste, comme de raison, et sûre comme la tombe. Voilà ce que gagnent ces gouvernements-là : diminution dans la recette des postes î

AU MÊME

Turin, 25 décembre 1859.

Cher ami,

Les cent exemplaires ne sont pas encore arrivés. On m'assure que même à grande vitesse ils mettront cinq jours.

Le libraire d'ici en a reçu six par la poste, et je me suis lu. Vous réclamez l'amnistie. Puisqu'on m'a fait étudier le grec, je sais que le mot veut dire oubli; et comment jamais oublier ce que vous avez fait en cette occasion? Je vous serre la main en frère, et je vous dis merci du fond du cœur.

J'ai fait un gros oubli dans l'envoi des brochures : la princesse Mathilde. Si ce n'est pas trop tard, veuillez y pourvoir. Je suis un ingrat, car la princesse a été toujours excellente pour moi.

On a eu l'idée, en effet, de me nommer représentant de l'Italie centrale au congrès*. Mais il faudrait que je

1 . Pendant que le comte de Cavour eût été, devant les représentant de l'Europe, l'organe du Piémont, l'Italie centrale eût eu pour interprète M. d'Azeglio, assisté, pour la Toscane, de MM. Galcotti et Giorgini; pour les provinces Émiliennes, de MM. de Minghetti et Malmusi.

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