‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 60 sur 102 · On garnie la cloche du Capitole à la mort des papes · texte numérisé non relu

On garnie la cloche du Capitole à la mort des papes

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moi': impossibilité de fait, sinon de droit, que le gouvernement du pape se réforme, c'est-à-dire change ses principes; — impossibilité qu'un peuple se résigne à le conserver tel qu'il est.

Que faire donc? Ce qu'on faisait aux XIII* et XIV e siècles, et la religion ne s'en portait pas plus mal : laisser le gouvernement romain en tête-à-tête avec le peuple italien. A deux, il faut bien finir par s'arranger! Quand des tiers s'en mêlent, tout est perdu; et en outre, c'est celui qui se jette dans la querelle par bonne intention, et pour empêcher la bagarre, qui finit par recevoir les coups de l'un et de l'autre, — avec pas mal d'injures, en témoignage de gratitude, par-dessus le marché !

Ma lettre a tourné à la dissertation, Dieu me pardonne! c'est qu'avec vous, cher ami, je suis sûr d'être compris; et par vous, peut-être, compris par d'autres.

Ma brochure, la brochure de Giorgini, c'est bel et bon; mais moi qui ne vous parle pas de la brochure parisienne 1 ! Voilà qui fait tapage ! Je ne l'ai vue jusqu'à présent que traduite par YOpinione. La conclusion me va assez. Précisément Giorgini propose de neutraliser Rome, et j'ai dit à peu près la même chose dans la Politique et le Droit chrétien. Rome déclarée ville libre, et comme placée hors de l'Italie, s'administrerait par des institutions municipales; les Romains seraient dédommagés de leur isolement politique par la concitoyenneté italienne qui leur serait garantie là où il leur plairait. Je ne vois pas pourquoi on n'y ajouterait pas la concitoyenneté universelle : française, espagnole, allemande, catholigue, en un mot. Rome serait alors municipale et cosmopolite.

A cela je ne vois qu'une objection, ou plutôt deux : d'abord, c'est un peu l'embaumement de la papauté,

1 i Le Pnpc et le Congrès,

(temporelle s'entend) ; voudra-t-elle se momifier de cette façon? — Et puis, et surtout, les Romains accepterontils? Car enfin, les Romains au moyen âge, et jusque dans les temps modernes, ont vécu de la vie de tout le monde en Italie. Leur plaira-t-il de se faire exproprier de la vie publique, pour cause de convenance religieuse?

J'ai usé une rame de papier, et vous voilà forcé de me lire. Encore pardon.

AU MÊME

Gènes , 1 janvier 1860.

Cher ami, pendant que je m'évertuais pour être en règle relativement à la traduction, elle a paru à ma barbe, publiée sans nom d'éditeur, et avec celui du traducteur seulement. J'ai immédiatement écrit à Galeotti de pousuivre ledit traducteur, si la loi est pour nous. J'ai chargé un avocat de Turin de s'occuper de l'affaire. Que M. Dentu fasse des démarches : il doit y avoir des traités. En attendant, on va faire un article de quelques lignes pour mettre en garde le public, et déclarer M*** pirate.

Je ne pleure ni M. Walewski ni le congrès. Seulement, comme le premier a toujours été parfait pour moi personnellement, si sa chute le contrarie, je le regrette. J'ai toujours éprouvé de grandes difficultés à me figurer le S désespoir d'un ministre tombé. Quant au second, je lui

chante son Requiem sans restrictions.

Qu'avons-nous besoin de congrès une fois que France et Angleterre déclarent qu'on n'emploiera pas la force? Toute la question est là : qu'on laisse les Italiens s'arranger entre eux; les choses prendront leur assiette naturelle. Voilà assez longtemps que, grâce à l'Autriche, on n'a eu en Italie qu'un ordre factice. La France ne peut

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s'y faire à son tour, et indéfiniment, le gendarme du pape : qui donc y gagnerait quelque chose ? Ce ne seraient pas les intérêts religieux, assurément.

Je suis enchanté d'avoir l'approbation de l'évêque de Troyes. N'est-il pas M. Cœur? J'ai connu, en 4836, à Paris, un abbé de ce nom. Il prêchait avec une vogue immense dans une église en forme de rotonde, il me semble, dont j'ai oublié le nom. Serait-ce le même?

Quoi qu'il en soit, si vous êtes en correspondance avec lui, veuillez lui exprimer la vive satisfaction que je ressens d'être approuvé par un prélat d'autant de savoir et de renom. Cela prouve qu'on peut aimer son pays, quand ce pays est l'Italie, et ne pas être un aussi grand mécréant que le veulent certaines gens : Dieu en soit loué !

Je suis décidément très-satisfait du succès de ma brochure française. En Italie, on ne me trouve pas du tout trop chrétien , et Ton accepte parfaitement mes sympathies religieuses : (ant il est vrai qu'en général , on ne soupire ici qu'après le moment où les soldats et les sbires ne se dresseront plus entre les cœurs et le Christ !

AU MÊME

Turin, 14 janvier 1860,

Cher ami, j'aurais dû vous écrire plus tôt de ne plus vous inquiéter du sort des exemplaires. Après neuf jours de grande vitesse, ils sont arrivés. Pour moi, c'était toujours à temps. Mais mon libraire Giannini s'arrachait les cheveux, car c'était de beaux écus de moins. Bref, on me . fait bon accueil ici ; mais l'essentiel est ce que vous me dites de Paris.

Au surplus l'attention est ailleurs : Le Pape et le Congrès l'absorbe naturellement. On l'a traduit, retraduit, imprimé, réimprimé : on en pourrait paver l'État romain. Singulière brochure ! si vous l'eussiez écrite, vous, vous l'auriez faite à la fois plus radicale et plus catholique.

Telle qu'elle est, elle met ici à tout le monde le diable au corps. Malgré cela , aucun désordre n'est à craindre, tant qu'on espère. Mais Dieu garde qu'on crût pendant seulement vingt-quatre heures, en Romagne, que le gouvernement dei preti reparaîtra ! Les Romagnols ont brûlé leurs vaisseaux. Ce serait au dernier sang désormais. II y a quelques mois, un homme du peuple accosta Pepoli sur la placé San-Petronio, à Bologne, et lui dit : Forse i preti ai Roma torneranno; ma allora, dei preti di qui non ne scappa uno ! Si les choses s'arrangent, il n'y aura pas un cheveu d'arraché; si elles se gâtent, gare !

L'Empereur me paraître rendre compte de la situation; vos évêques, par contre, ne semblent pas s'en douter. Ils m'ont tout l'air de supposer qu'il ne dépendrait que d'un acte de sa volonté pour rendre les Romagnes au pape. Où donc vivent-ils? L'Empereur s'est décidé à parler net, et dit au gouvernement romain, dans sa lettre au pape, quelques vérités nécessaires; il a serré le bridon ! a II est probable que les puissances serontd'avis de ne pas recourir à la violence pour les soumettre (les Romagnes 1 .) » Je le crois, pardieu! bien.

Hélas! c'est à Pie IX qu'il faut dire cela aujourd'hui! Et penser que cet homme-là a tenu le monde entre ses mains, et qu'au cri de : Viva Pio nonol l'Italie se courbait comme une cavale domptée. — Ah ! les gens qui l'ont tué!...

Le congrès paraît donc définitivement ajourné : pour nous, l'inconvénient n'est pas grave, on s'organise.

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